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Psaume 71 - La prière de David au temps de la vieillesse - Première partie

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Introduction : un psaume sans titre

Le psaume 71 des Téhilim s'ouvre de manière inhabituelle : « En Toi, Éternel, je m'abrite ». La plupart des psaumes débutent généralement par « Au chef des chantres » (Lamnatséa'h), « Chant des degrés » (Chir Hama'alot), « Prière de David » (Téfila LéDavid) ou « Prière de Moïse » (Téfila LéMoché). Or ici, le psaume entre directement dans le vif du sujet, sans le moindre titre. Le Radak explique qu'il semble que David ait prononcé ce psaume immédiatement après le précédent, et c'est pourquoi il n'y a pas mis d'introduction - il constitue en réalité la suite directe du psaume précédent.

Le Radak ajoute que David a composé ce psaume alors qu'il fuyait devant Avchalom, comme nous l'avons déjà mentionné pour le psaume précédent. Sa preuve repose sur ce qui est écrit plus loin : « Ne me rejette pas au temps de la vieillesse ». Lorsqu'il fuyait Chaoul, David n'était absolument pas âgé, il avait une trentaine d'années, et à trente ans on n'est pas vieux. Il est donc impossible de soutenir qu'il s'agit ici de la fuite devant Chaoul. Force est d'admettre que ce texte a été prononcé lors de sa fuite devant Avchalom, et c'était alors véritablement « au temps de la vieillesse ».

« En Toi, Hachem, je m'abrite » - La différence entre s'abriter et avoir confiance
בְּךָ־יְהֹוָה חָסִיתִי אַל־אֵבוֹשָׁה לְעוֹלָם׃ - En Toi, Éternel, je m'abrite, que je ne sois jamais déçu !

David déclare : puisque j'ai cherché refuge en Toi, je sais que je ne serai jamais déçu. Lorsqu'un homme s'abrite auprès d'un être de chair et de sang, celui-ci le sauvera peut-être, ou peut-être pas ; quand on a la promesse d'un mortel, il l'accomplira ou ne l'accomplira pas. Mais lorsqu'on s'abrite sous la protection du Saint, béni soit-Il, c'est une garantie absolue.

Nous avons déjà expliqué par le passé la différence entre « placer sa confiance » (Livtoa'h) et « s'abriter » (La'hassot), d'après le Gaon de Vilna. Le verset dit : « Mieux vaut s'abriter en l'Éternel que de mettre sa confiance en l'homme ; mieux vaut s'abriter en l'Éternel que de mettre sa confiance dans les puissants ». Qu'est-ce que « mettre sa confiance » ? Le Gaon de Vilna explique : c'est lorsqu'on a reçu une promesse. Vous vous êtes adressé à un notable fortuné pour régler une affaire, et il vous dit : « Mon cher, considère la chose comme réglée, tu as ma parole ». C'est cela « avoir confiance » - on a reçu un engagement. En revanche, « s'abriter » se fait sans aucune promesse préalable : tel un homme surpris par une tornade ou une attaque de missiles, qui pénètre dans un abri et se protège sous son ombre. S'abriter signifie : je me réfugie sous Ses ailes. Et l'Écriture affirme : il vaut mieux s'abriter en Hachem, même sans promesse explicite, que de s'en remettre à une promesse formelle d'un être de chair et de sang. Et même si celui qui promet dispose de tous les moyens - les « puissants », les grands donateurs - il est toujours préférable de dire : Maître du monde, je me réfugie en Toi, bien que Tu ne m'aies rien promis formellement. C'est ce que dit David : « En Toi, Hachem, je m'abrite », et c'est pourquoi je sais que je ne serai jamais déçu, que Tu ne me laisseras pas tomber.

La suite du psaume 31

Le Malbim montre que notre psaume constitue le prolongement du psaume 31. Le chapitre précédent prolongeait le psaume 40, et notre chapitre s'inscrit dans la continuité du psaume 31. Il y est écrit : « En Toi, Hachem, je m'abrite, que je ne sois jamais déçu ; par Ta justice, délivre-moi ; incline vers moi Ton oreille, hâte-Toi de me secourir ; sois pour moi un rocher protecteur, une forteresse pour me sauver... car Tu es mon rocher et ma forteresse » ; et ici, dans notre texte : « En Toi, Hachem, je m'abrite, que je ne sois jamais déçu ; par Ta justice, sauve-moi et délivre-moi ; incline vers moi Ton oreille et sauve-moi... car Tu es mon rocher et ma forteresse ». Là-bas, le psaume évoquait la fuite devant Chaoul, et David implore ici : Maître du monde, tout comme Tu m'as sauvé autrefois lorsque je fuyais devant Chaoul, sauve-moi à présent alors que je fuis devant Avchalom.

Trois arguments pour la délivrance
בְּצִדְקָתְךָ תַּצִּילֵנִי וּתְפַלְּטֵנִי הַטֵּה־אֵלַי אׇזְנְךָ וְהוֹשִׁיעֵנִי׃ - Par Ta justice, sauve-moi et délivre-moi ; incline vers moi Ton oreille et sauve-moi !

Le Malbim explique que le roi David avance ici trois arguments. Sauve-moi aujourd'hui comme Tu m'as sauvé jadis, afin qu'on ne dise pas que le Saint, béni soit-Il, est incapable de sauver - et c'est le sens de « que je ne sois jamais déçu » : si l'on s'appuie sur quelqu'un qui ne peut secourir, on est couvert de honte et l'on prétend qu'Hachem n'a pas la force de délivrer. Le premier argument repose sur le refuge : « En Toi, Hachem, je m'abrite » constitue en soi un motif pour me sauver. Le deuxième argument : « par Ta justice » - au nom de la justice du Saint, béni soit-Il, et puisqu'Il est juste, il convient selon la justice et la bonté de me sauver. Et le troisième argument : « incline vers moi Ton oreille et sauve-moi » - il convient de me secourir en vertu de la prière ; l'oreille est ici l'expression de l'écoute attentive de ma supplication et de ma requête.

Le Radak relève une nuance : « Par Ta justice » vient exclure « par ma justice ». Que cherche à souligner David ? Je sais que la persécution menée contre moi par Avshalom m'arrive en toute justice et selon le strict jugement, à la suite de la faute de Batshéva, lorsque le Saint, béni soit-Il, lui a dit : « Voici que Je vais faire surgir contre toi le malheur du sein de ta propre maison ». C'est pourquoi je ne peux pas demander « sauve-moi par ma justice », mais seulement « par Ta justice ». David sait bien que toute cette épreuve constitue un châtiment pour l'affaire d'Ouriya et de Batshéva ; aussi ne s'appuie-t-il nullement sur ses propres mérites : de mon propre chef, je n'en suis pas digne, mais Toi, en vertu de Ta justice, il convient que Tu me sauves.

« Sois pour moi un rocher de refuge »
הֱיֵה לִי לְצוּר מָעוֹן לָבוֹא תָּמִיד צִוִּיתָ לְהוֹשִׁיעֵנִי כִּי־סַלְעִי וּמְצוּדָתִי אָתָּה׃ - Sois pour moi un rocher de refuge où je puisse toujours venir ; Tu as ordonné de me sauver, car Tu es mon roc et ma forteresse.

Le Radak explique : étant donné que David a fui sa demeure à Jérusalem, le palais royal, il formule à présent cette supplique - Maître du monde, sois pour moi un rocher d'asile, sois le roc qui me servira de demeure, le lieu où je pourrai être préservé de l'ennemi. « Où je puisse toujours venir » - Rachi commente : pour entrer constamment dans cette demeure afin d'échapper au poursuivant, et y trouver un abri inaccessible aux persécutions de mon fils. Et pourquoi demandé-je que Tu sois pour moi un rocher d'asile ? « Car Tu es mon roc et ma forteresse » - Tu as toujours été mon rocher et ma citadelle, et c'est pourquoi j'implore qu'aujourd'hui encore, Tu sois pour moi un rocher de refuge.

« Tu as ordonné de me sauver » - Le conseil de Houchaï l'Arki

Que signifie « Tu as ordonné de me sauver » ? Le Radak l'explique : Tu as décrété mon salut à travers le conseil de Houchaï l'Arki. Avshalom avait en effet prévu d'envoyer immédiatement des hommes à la poursuite de David, et Akhitofel avait conseillé d'agir dès le soir même. Mais Houchaï l'Arki a déjoué ce dessein en disant : point du tout, rassemble d'abord une armée comme il se doit, et alors tu pourras le frapper efficacement. Par cette ruse, le conseil d'Akhitofel a été déjoué. Et lorsqu'Akhitofel comprit que son conseil n'avait pas été suivi, il réalisa que la rébellion était perdue - l'entreprise courait à l'échec. Et en cela aussi, il voyait juste.

On a déjà souligné que l'usage de l'expression populaire « un conseil d'Akhitofel » pour désigner un mauvais conseil est un contresens, car son ultime conseil était lui aussi militairement infaillible. Seulement, c'était un conseil malveillant - mauvais dans son intention, mais redoutablement efficace. Si Avshalom l'avait suivi, il aurait triomphé. C'est précisément pour cela que le roi David avait dû formuler une prière bien particulière : « Déjoue donc le conseil d'Akhitofel ». Il savait pertinemment que si Akhitofel épaulait Avshalom, la révolte réussirait sans l'ombre d'un doute, car les paroles d'Akhitofel étaient considérées « comme si l'on consultait la parole divine ». En toute logique, il était impensable qu'Avshalom préférât l'avis de Houchaï l'Arki à celui d'Akhitofel : il avait devant lui un conseiller infaillible à cent pour cent, sans jamais le moindre faux pas, et face à lui Houchaï l'Arki, compagnon fidèle de David jusqu'alors - comment pouvait-on se fier à lui ? Mais tout cela relevait de la prière de David : David avait imploré « Déjoue donc », et l'esprit d'Avshalom s'est égaré, l'amenant à s'en remettre au conseil de Houchaï l'Arki plutôt qu'à la stratégie redoutable d'Akhitofel.

Rachi explique « Tu as toujours ordonné de me sauver » : Tu m'as sauvé à maintes reprises dans le passé, et c'est pourquoi je Te demande de me secourir de la même façon aujourd'hui. Le Radak interprète « Tu as ordonné » (« tsivita ») au sens de « ordonne » (« tetsavé ») - un passé employé à la place d'un futur : Maître du monde, de grâce, ordonne ma délivrance ! Et à qui donnes-Tu cet ordre ? Précise le Radak : aux anges, ainsi qu'il est dit : « Car Il ordonnera à Ses anges de te garder ». Tout comme Tu as jusqu'à présent enjoint à Tes anges de me sauver, ordonne-leur de même à présent de me délivrer.

Le Malbim explique : à quoi ces mots font-ils référence ? Dans sa jeunesse, Hachem avait déjà été pour lui un rocher d'asile - comme il l'avait imploré au psaume 31, dont notre chapitre constitue le prolongement. David formule donc cette prière : je demande de toujours pouvoir pénétrer dans ce même rocher d'asile, et d'y trouver une protection semblable à celle dont j'ai bénéficié jadis. « Car Tu as ordonné que j'y vienne toujours » - Ton décret voulait que je vienne constamment vers ce roc afin que Tu m'y sauves. Tu ne m'as point promis une protection éphémère, mais un secours permanent ; ce que Tu m'as déclaré à l'époque demeure valable aujourd'hui. « Car Tu es mon roc et ma forteresse » - Tu es ce rocher et cette citadelle où je me trouve hors d'atteinte, et cette même délivrance que Tu m'avais garantie alors reste, pour David, pleinement en vigueur à présent. Jusqu'ici, note le Malbim, s'étend l'introduction du psaume, où le roi se remémore les épreuves de sa jeunesse lorsqu'il fuyait Saül. À partir d'ici, il supplie pour le présent et pour l'avenir : ce qu'il sollicite et demande à présent face à la poursuite actuelle menée par Avshalom.

« Délivre-moi de la main de l'impie » - Avshalom et Akhitofel
אֱלֹהַי פַּלְּטֵנִי מִיַּד רָשָׁע מִכַּף מְעַוֵּל וְחוֹמֵץ׃ - Mon D.ieu, délivre-moi de la main de l'impie, de l'emprise de l'homme inique et violent.

Qui est l'impie ? Le Radak indique : il s'agit d'Avshalom. Et qui est « l'homme inique et violent » (« me'awel ve'hometz ») ? C'est Akhitofel. « Me'awel » - celui qui commet une injustice. Et que signifie « hometz » ? Rachi explique, conformément au Talmud, que « hometz » équivaut à « hometss » (le spoliateur violent), dans le sens de « redressez l'opprimé » (« acherou 'hamots ») - passage que nos Sages ont commenté ainsi : soutenez celui qui est spolié et non celui qui spolie. Le sens est donc : délivre-moi de la poigne de l'homme inique et du spoliateur, de celui qui cherche à me dépouiller. Cela s'accorde d'ailleurs parfaitement avec la prononciation traditionnelle yéménite ou irakienne, dans laquelle la lettre Tsadé est très proche du Samekh, si bien que prononcer « hometz » revient quasiment à dire « hometss ».

Le Malbim explique la différence entre « yad » (la main) et « kaf » (la paume, la poigne) : « Fais-moi échapper à la main du méchant » - il s'agit d'Avshalom et de sa faction, dont la main est déjà tendue vers moi, ce qui représente un danger. Mais « de la poigne de l'inique et du violent » - la paume va plus loin que la main : je me trouve déjà véritablement enfermé dans sa poigne, et le péril est sept fois plus grand. David s'exclame donc : bien qu'il m'ait déjà saisi dans sa poigne, délivre-moi de lui, car c'est un être inique et spoliateur, un homme de perversion et de violence.

« Ma confiance depuis ma jeunesse »
כִּי־אַתָּה תִקְוָתִי אֲדֹנָי יֱהֹוִה מִבְטַחִי מִנְּעוּרָי׃ - Car Tu es mon espérance, Seigneur D.ieu, ma confiance depuis ma jeunesse.

Le Radak explique : dès ma jeunesse, j'ai reconnu et su que Tu es le D.ieu unique, et c'est pourquoi je n'ai placé mon espérance qu'en Toi, car le salut ne provient que de Toi. Et comme l'explique le Malbim, « depuis ma jeunesse » renvoie à l'époque où j'étais persécuté par Chaoul : dès ce moment-là, Tu as été mon espérance et mon appui ; sauve-moi donc à présent comme Tu m'as sauvé autrefois.

« Dès les entrailles de ma mère Tu m'as extrait »
עָלֶיךָ נִסְמַכְתִּי מִבֶּטֶן מִמְּעֵי אִמִּי אַתָּה גוֹזִי בְּךָ תְהִלָּתִי תָמִיד׃ - Sur Toi je me suis appuyé dès le ventre maternel, depuis les entrailles de ma mère Tu m'as extrait, en Toi est ma louange pour toujours.

Le Radak explique : « Sur Toi je me suis appuyé dès le ventre » - bien qu'à ma sortie du ventre je ne susse rien, je m'en remettais à Toi, car c'est Toi qui prépares ma subsistance par l'intermédiaire de ma mère. « Tu m'as extrait » (gozi) - ce terme signifie « celui qui me fait sortir », à l'image du verset « vayagaz selavim » (et Il fit venir les cailles), où le verbe exprime l'action de faire sortir. « En Toi est ma louange pour toujours » - je me glorifie sans cesse en Toi pour tous les bienfaits que Tu m'as accordés, Te louant et Te célébrant continuellement.

Le Malbim distingue ici deux étapes : après avoir dit « ma confiance depuis ma jeunesse », David ajoute que cela remonte non seulement à sa jeunesse, mais même « dès le ventre » - c'est-à-dire lorsqu'il était déjà dans le sein maternel. Et plus encore : « depuis les entrailles de ma mère Tu m'as extrait ». Le Malbim précise que l'expression « entrailles de la mère » désigne le stade antérieur à la séparation de l'embryon d'avec les organes générateurs, avant même qu'il ne quitte les ovaires. Le « ventre » correspond à l'étape où le fœtus commence à se développer, alors qu'au tout premier stade, il se trouve encore dans les ovaires. C'est à ce propos qu'il est dit « gozi », de la racine signifiant détacher ou retrancher : le fœtus prend forme lorsqu'il est pour ainsi dire détaché des ovaires pour entrer dans l'existence, et c'est à partir de là qu'il commence à croître dans les entrailles de sa mère. Ainsi, la protection divine ne date pas seulement du « ventre », c'est-à-dire de la période de gestation, mais de bien plus tôt encore : Tu m'as détaché de cette origine première pour m'orienter vers le ventre, là où s'amorce le tissage de la créature.

« En Toi est ma louange pour toujours » - c'est en Toi seul que j'ai placé ma gloire. Dès lors, si Tu ne me sauves pas, il y aurait là, à D.ieu ne plaise, une profanation du Nom divin (un 'Hiloul Hachem), car on pourrait dire : voilà, l'Éternel s'est trouvé sans pouvoir, à D.ieu ne plaise.

« Comme un prodige pour beaucoup »
כְּמוֹפֵת הָיִיתִי לְרַבִּים וְאַתָּה מַחֲסִי־עֹז׃ - Je suis devenu comme un prodige pour un grand nombre, mais Toi, Tu es mon puissant refuge.

Selon une première explication : beaucoup ont vu les épreuves qui m'ont frappé et ont redouté qu'un sort semblable ne les atteigne, craignant que ce qui est arrivé à cet homme ne leur arrive à eux aussi. En d'autres termes, je suis devenu un « prodige », un exemple et un avertissement : les gens disent : « As-tu vu ce qui est arrivé à David ? Que D.ieu nous en préserve et nous en garde, qu'il ne m'arrive pas ce qui lui est arrivé ! » Selon ce sens, « je suis devenu comme un prodige pour beaucoup » s'entend de manière négative : je suis devenu un triste exemple, l'archétype de l'homme persécuté sur qui s'abattent les malheurs. « Mais Toi, Tu es mon puissant refuge » - mais Toi, Maître du monde, Tu es la force dans laquelle je trouve abri.

Le Radak explique au contraire : lorsque les gens verront que j'ai été puni pour cette faute, je serai pour eux un exemple frappant, un signe et un symbole montrant que le Saint, béni soit-Il, punit le péché. David déclare : j'ai mal agi, et par le fait que Tu as exigé des comptes de moi, beaucoup en tireront un enseignement et recevront un moussar - ils verront que David a été châtié pour sa faute et comprendront qu'il y a un jugement et qu'il y a un Juge. « Et Toi, Tu es mon puissant refuge » - et bien que je sois maintenant en fuite en raison du châtiment de cette faute, je me réfugie en Toi pour que Tu me donnes la force de retrouver ma royauté.

Ibn Ezra l'interprète de manière positive : dans la mesure où je me suis appuyé sur Toi et que Tu m'as soutenu, et qu'à la fin Tu me rétabliras sur le trône, ce sera un exemple éclatant pour beaucoup de ceux qui ne comptaient pas sur Toi. Ils apprendront de moi comment placer leur confiance en Hachem et s'en remettre à Lui : voici que le roi David a compté sur Hachem et a placé sa confiance en Lui, et Hachem l'a rétabli dans sa royauté. Ceux qui ne croyaient pas en Toi prendront exemple sur moi pour croire en Toi et s'attacher à Toi.

Le Malbim explique : beaucoup me considéraient comme un phénomène prodigieux. Ma bravoure et ma réussite ne relèvent pas de l'ordre naturel, mais constituent un prodige et une merveille.

יִמָּלֵא פִי תְּהִלָּתֶךָ כׇּל־הַיּוֹם תִּפְאַרְתֶּךָ׃ - Que ma bouche soit remplie de Ta louange, tout le jour de Ta splendeur !

« Et Toi, Tu es mon puissant refuge » - ma force ne vient pas de moi-même ; ma vigueur vient de Toi, et c'est pourquoi je T'ai constamment loué et exalté, et « que ma bouche soit remplie de Ta louange ». Je ne me suis attribué aucune louange ni aucune gloire - ni pour ma vaillance, ni pour ma force, ni pour ma sagesse ; j'ai tout rapporté à Toi. « Tout le jour de Ta splendeur » - tout le long du jour, ma bouche était emplie de Ta splendeur, c'est-à-dire de ces événements exceptionnels qui font la gloire d'Hachem, béni soit-Il.

Le Malbim précise la nuance : « Ta louange » se rapporte à ce pour quoi il convient de louer Hachem, tandis que « Ta splendeur » désigne les phénomènes surnaturels empreints d'une véritable magnificence. Par exemple : il convient de louer Hachem lorsqu'Il fait tomber la pluie et de Le remercier pour l'abondance qu'Il dispense au monde. Mais la splendeur d'Hachem se révèle dans l'ouverture de la mer Rouge ou dans « Soleil, arrête-toi sur Guiv'on » - c'est-à-dire dans les prodiges qui dépassent les lois de la nature. Ce sont là les hauts faits dont Hachem, béni soit-Il, se glorifie, et qui Lui confèrent éclat et majesté.

Explication du « Téhilot Maharits » : un prodige pour beaucoup - pour enseigner la Techouva

Dans le livre Téhilot Maharits, l'auteur apporte une explication remarquable. Nos Sages disent : « Quiconque affirme que David a fauté ne fait que se tromper », car il est dit : « Et David réussissait dans toutes ses voies, et Hachem était avec lui » - se peut-il qu'un péché soit commis par lui alors que la Chekhina l'accompagne ? D'un autre côté, nos Sages enseignent : David n'était nullement fait pour commettre cet acte, mais cela est arrivé pour enseigner le repentir (la Techouva) - afin de montrer que si l'on vient à fauter, la Techouva reste toujours possible. Et qui nous l'enseigne ? Le roi David, qui a trébuché avec Bat-Chéva et a fait Techouva. Il s'avère donc que David ne méritait nullement de tomber dans une telle faute, mais que toute cette épreuve a été amenée par son intermédiaire pour qu'il serve de guide sur la voie du repentir pour le grand nombre. Certes, les Sages précisent « pour enseigner la Techouva à l'individu », mais la collectivité est faite d'individus, et cet enseignement s'adresse donc à tous.

Quel est le lien entre ces deux enseignements ? Le Téhilot Maharits explique : « la Chekhina était avec lui » signifie que la Halakha est fixée selon son avis en tout domaine. Or, celui qui a le privilège d'élucider la tradition conformément à la Halakha ne peut être la cause d'une faute. Dès lors, puisque David a mérité que la Halakha soit toujours fixée d'après lui, il est impossible de prétendre qu'il a réellement péché. C'est le sens des paroles de David : « J'ai été comme un prodige pour beaucoup » - tout ce qui est survenu à travers moi dans l'épisode de Bat-Chéva ne provient pas d'une propension au péché, mais avait pour but d'être un modèle pour la multitude et de lui tracer le chemin de la Techouva : si tu as fauté, prends exemple sur David et repens-toi.

La preuve en est la suite du verset : « Et Toi, Tu es mon puissant refuge ». Nos Sages enseignent : il n'y a de force (« Oz ») que la Torah, comme il est dit : « Hachem donnera la force à Son peuple ». En d'autres termes : Maître du monde, en m'accordant l'autorité décisive dans la Torah, de sorte que la Halakha est toujours fixée selon moi, Tu as été mon rempart contre mes ennemis. En effet, ceux-ci prétendaient que j'étais un pécheur, etc. - or, précisément, le fait que la Halakha soit toujours tranchée en ma faveur réduisait à néant leurs allégations et démontrait ma droiture. Dès lors, comment aurais-je pu fauter ? C'est bien comme nous l'avons dit : j'ai été un exemple pour beaucoup, et cette faute a été provoquée par mon intermédiaire pour servir d'archétype et montrer que la Techouva est toujours accessible.

En conclusion :

Ce psaume s'ouvre sans titre car il s'inscrit dans la continuité directe du psaume précédent et a été prononcé, selon le Radak, lors de la fuite de David devant Avshalom, comme le prouve le verset : « Ne me rejette pas au temps de la vieillesse ». David commence par « En Toi, Hachem, je me réfugie » - un refuge qui ne repose sur aucune promesse explicite et surpasse toute assurance humaine - et avance trois arguments pour mériter le salut : parce qu'il s'abrite en Hachem, en vertu de la justice d'Hachem (et non de son propre mérite, sachant que cette persécution découle en toute justice de la faute de Bat-Chéva), et par la force de la prière. Il rappelle qu'Hachem a été pour lui un rocher d'asile, un roc et une forteresse lors de sa fuite devant Chaoul, et demande que cette protection devienne permanente et s'applique aussi maintenant - tout comme « Tu as ordonné de me sauver » s'est concrétisé par l'échec du conseil d'Ahitofel face à celui de Houchaï HaArki, fruit direct de sa prière. Il implore ensuite d'échapper à la main d'Avshalom l'impie et à l'emprise d'Ahitofel l'injuste et le violent, tout en attestant que sa confiance en Hachem ne date pas d'hier, mais remonte à sa jeunesse, dès le sein maternel et dès ses origines. Enfin, « J'ai été comme un prodige pour beaucoup » : qu'il s'agisse d'un exemple par le châtiment apprenant qu'il y a une justice et un Juge, d'un modèle de confiance montrant comment s'en remettre à Hachem, ou d'un archétype pour ouvrir la voie de la Techouva - dans tous les cas, « Toi, Tu es mon puissant refuge », et c'est ainsi que sa bouche s'emplira tout le jour de la louange et de la splendeur d'Hachem.