Le chapitre 68 est un cantique de victoire et de louange, au sujet duquel existe une divergence fondamentale parmi les commentateurs quant à l'événement historique auquel il fait référence. Selon le Radak, le psaume décrit la guerre entre Hizkiyahou (Ézéchias) et Sanhériv (Sennachérib), ainsi que la chute du camp assyrien autour de Jérusalem. Selon le Malbim, il s'agit d'une guerre qui s'est déroulée à l'époque de David dans la région du Bashan ; et à chaque délivrance décrite au présent, le psalmiste juxtapose un tableau parallèle puisé dans le passé - le don de la Torah, la sortie d'Égypte et les guerres contre Sihon et Og. Dans le passage qui suit, nous suivrons l'ordre des versets, en nous appuyant sur Rachi, le Radak et le Malbim, ainsi que sur les enseignements de nos Sages et les leçons de moussar qui s'en dégagent.
לָמָּה תְּרַצְּדוּן הָרִים גַּבְנֻנִּים, הָהָר חָמַד אֱלֹהִים לְשִׁבְתּוֹ, אַף ה' יִשְׁכֹּן לָנֶצַח׃ - Pourquoi bondissez-vous, monts aux cimes altières ? Cette montagne, D.ieu l'a désirée pour Sa demeure, et l'Éternel y résidera à jamais.
Le Radak rapporte deux explications pour le terme « tertsedoun ». Certains l'interprètent dans le sens de la danse : pourquoi bondissez-vous, vous glorifiant et vous enorgueillissant ? Vous n'êtes rien face à la montagne que D.ieu a désirée pour Sa demeure, c'est-à-dire le mont du Temple et le lieu du Sanctuaire. Rabénou Haï Gaon explique quant à lui que « tertsedoun » évoque l'observation attentive et l'attente, apparenté à un mot arabe similaire, d'où le sens : pourquoi convoitez-vous des honneurs ? Pourquoi espérez-vous que l'on vante vos mérites de montagnes hautes et imposantes ? Tout l'honneur n'appartient qu'à la montagne que D.ieu a désirée pour Sa demeure, le mont sur lequel l'Éternel a établi le Beth Hamikdach, la gloire de Jérusalem, ce lieu sublime et vénéré d'où rayonne une abondance de lumière pour le monde entier.
Considérez-en la preuve : les ennemis avaient conquis et dominé toute la terre d'Israël, tandis qu'au sujet de Jérusalem, il est dit dans Isaïe (chapitre 37) : « Il n'y lancera point de flèche, ne lui opposera point de bouclier et n'élèvera point de terrasse contre elle » - une terrasse désignant un amas de terre déversé en pente contre la muraille pour pouvoir l'escalader - et il y est dit : « Je protégerai cette ville pour la sauver ». Dès lors, pourquoi bondissez-vous, monts aux cimes altières ? La montagne que D.ieu S'est choisie surpasse infiniment tout le prestige de ces montagnes, fussent-elles grandioses, élevées et fertiles.
Bien plus encore, le mont du Temple est supérieur au mont Sinaï lui-même. En effet, sur le mont du Temple, l'Éternel réside à jamais, alors que sur le mont Sinaï, Sa présence n'a pas duré éternellement : sa sainteté n'était que temporaire et a pris fin. La preuve en est qu'il est écrit : « Dès que le cor retentira, ils pourront gravir la montagne ». Aujourd'hui, si quelqu'un gravit le mont Sinaï, cela ne pose aucun problème halakhique, et même s'il y soulageait ses besoins - pardonnez l'expression - on ne lui reprocherait pas d'avoir profané un lieu saint. Certes, cela n'est guère convenable, puisque D.ieu S'y est révélé, mais quoi qu'il en soit, ce lieu ne possède plus aucune sainteté. En revanche, de nos jours, quiconque monte sur le mont du Temple s'expose à la peine de mort céleste, au Karet - signe manifeste que cet endroit demeure saint pour l'éternité. C'est précisément ce que souligne le texte : cette montagne que D.ieu a désirée pour Sa demeure, l'Éternel y résidera à jamais. Il n'en fut pas de même pour le mont Sinaï où, malgré la grandeur de la révélation divine au sein de la nuée, la présence ne fut que passagère. Ici, elle est éternelle ; c'est pourquoi la main de l'ennemi s'est abattue sur toute la terre d'Israël, mais a épargné Jérusalem aux jours de Hizkiyahou. Certes, Jérusalem fut conquise plus tard, mais le verset fait ici référence à cette époque précise et au miracle survenu du temps de Hizkiyahou.
Rachi explique que tout cela se rattache au verset précédent, « Le Seigneur prononce une parole, les messagères de victoire forment une troupe immense », c'est-à-dire qu'il s'agit des paroles du Saint, béni soit-Il. D.ieu s'adresse pour ainsi dire aux nations : pourquoi guettez-vous, monts aux cimes altières, pourquoi tendez-vous des embuscades pour détruire la montagne que D.ieu a désirée pour Sa demeure, à savoir le mont du Temple ? Les nations sont comparées à des montagnes altières, et le peuple d'Israël au mont du Temple. Vous, montagnes, vous bondissez d'allégresse et cherchez à anéantir le mont du Temple, mais « l'Éternel y résidera à jamais » : Sa Présence divine y demeurera perpétuellement et sa sainteté est éternelle. Rachi rapporte également deux interprétations pour ce mot : au nom de Rabbi Moché Hadarchan, la racine « ratsad » signifie tendre un piège ou guetter, comme pour tendre une embuscade au mont du Temple ; et au nom de Menahem, il explique que « tertsedoun » signifie danser, ce qui s'accorde aussi avec son commentaire : vous semblez danser et vous réjouir sur votre chemin, alors que la montagne désirée par D.ieu est le mont du Temple ; pourquoi donc vous agiter ainsi pour soumettre le peuple d'Israël établi à Jérusalem ?
Le Malbim précise à qui s'adresse le texte : aux rois des armées. Rappelons que d'après son commentaire, tout ce passage fait référence à une guerre livrée dans la région du Bashan. Vous, rois des armées, pourquoi sautez-vous et vous agitez-vous sur ces montagnes escarpées afin de descendre des cimes pour combattre Israël ? Comme on le sait, occuper les hauteurs confère un avantage stratégique indéniable, et il est toujours bien plus ardu d'assaillir une montagne qu'une plaine. Cependant, cette montagne que D.ieu a désirée pour Sa demeure - ce lieu que l'Éternel a sanctifié de la sainteté de la terre d'Israël pour y faire résider Sa Chékhinah - l'Éternel y habitera à jamais ; par conséquent, vous ne parviendrez pas à les en déloger.
Fidèle à sa méthode, lorsqu'il évoque le présent, le Malbim esquisse des réminiscences du passé : il rappelle ici ce qui s'était produit jadis lors de la guerre contre Sihon et Og, où Israël l'emporta brillamment sur ses adversaires. Il en ira de même dans la guerre menée par David contre ses ennemis. En conclusion, selon le Radak, le psaume traite de la guerre de Hizkiyahou contre Sanhériv, tandis que selon le Malbim, il s'agit d'une bataille livrée à l'époque de David. Le psalmiste évoque ainsi la victoire historique sur Sihon et Og, comme pour lancer un avertissement aux nations : sachez que le peuple d'Israël triomphera de vous aujourd'hui encore.
רֶכֶב אֱלֹהִים רִבֹּתַיִם אַלְפֵי שִׁנְאָן, אֲדֹנָי בָם סִינַי בַּקֹּדֶשׁ׃ - Les chars de Dieu se comptent par deux myriades, des milliers d'anges ; le Seigneur est parmi eux, le Sinaï est dans la sainteté.
Rachi explique que ce verset se rattache lui aussi à « Le Seigneur donne une parole », c'est-à-dire qu'il fait partie de la parole divine par laquelle le Saint, béni soit-Il, vient rappeler à quel point Il aime le peuple d'Israël : lorsque se sont révélés les chars de Dieu, deux myriades de milliers de chinanim - « chinanim » désignant les anges, avec une nuance d'êtres affûtés et subtils (chenounim) - et « des milliers de chinan » signifiant des milliers d'anges, l'Éternel était parmi eux au Sinaï dans la sainteté, là où Il s'est révélé au peuple d'Israël.
Le Radak explique : les chars de Dieu, au nombre de deux myriades, sont descendus au secours d'Israël. Comme il est écrit dans Yoël : « C'est là que l'Éternel fait descendre Tes braves », et comme pour « les chars de feu autour d'Élisée » - on voit que le Saint, béni soit-Il, est dépeint avec des chars et des chevaux, qui sont pour ainsi dire Ses coursiers de guerre. « Des milliers de chinan » : des milliers d'anges appelés chinanim ; et certains expliquent chinan dans le sens de « deux » (chenayim), c'est-à-dire des milliers doublés, deux mille. « Le Seigneur est parmi eux » : l'Éternel était avec eux comme Il l'était au Sinaï dans la sainteté. Et selon le Radak, pour qui il s'agit de la guerre de 'Hizkiyahou (Ézéchias), l'Éternel est descendu avec Son char pour anéantir toute l'armée de San'hériv qui assiégeait Jérusalem, et de même qu'Il était descendu sur le mont Sinaï, Il est descendu ici pour sauver le peuple d'Israël.
Le Malbim explique qu'ici, le psalmiste se tourne vers le char lui-même et s'adresse à lui. Après avoir dépeint l'Éternel chevauchant dans les cieux pour venir combattre à notre place là-bas, dans le Bashân, il décrit à présent l'Éternel qui s'élève vers les hauteurs du mont Bashân pour en chasser les ennemis, comme s'Il montait sur un char et des chevaux - ce qui est la description d'un homme de guerre. Toi, char de Dieu, « tu es monté sur les hauteurs » - sur les cimes du mont Bashân ; et il qualifie ce char de « deux myriades, des milliers de chinan », s'élevant avec une armée de nombreuses myriades de héros puissants et vaillants. « Chinan », selon le Malbim, désigne des princes, des chefs, des puissants ; et bien que ce terme s'applique aussi aux anges, son intention est ici de souligner qu'il y avait là une force prodigieuse qui allait combattre les ennemis de David sur les hauteurs du mont Bashân.
Et quel est ce char ? Un char avec lequel l'Éternel est monté au « Sinaï dans la sainteté » - le thème du Sinaï revient une nouvelle fois, car Il était déjà monté avec un char semblable au Sinaï ; à la différence que là-bas, cette élévation n'était pas destinée à la guerre mais « dans la sainteté », une élévation pour nous donner la Torah, tandis qu'ici, l'Éternel monte sur les montagnes pour combattre les ennemis d'Israël.
עָלִיתָ לַמָּרוֹם שָׁבִיתָ שֶּׁבִי, לָקַחְתָּ מַתָּנוֹת בָּאָדָם, וְאַף סוֹרְרִים לִשְׁכֹּן יָהּ אֱלֹהִים׃ - Tu es monté sur les hauteurs, tu as emmené des captifs, tu as pris des dons parmi les hommes, et même les rebelles, pour que Dieu, l'Éternel, y réside.
Rachi rapporte ce verset à Moché Rabbénou : tu es monté sur les hauteurs, tu as emmené des captifs - la sainte Torah ; tu as pris des dons parmi les hommes - comme l'ont enseigné nos Sages, il a reçu des présents de la part des anges, et l'ange de la mort lui a offert en présent le secret de la ketoret (l'encens) ; « et même les rebelles, pour que Dieu, l'Éternel, y réside » - tu as fait en sorte que le Saint, béni soit-Il, réside dans le Michkan au milieu d'un peuple pourtant rebelle. En effet, quand l'Éternel a-t-Il résidé dans le Michkan ? Après la faute du veau d'or : Moché est monté supplier, il est redescendu, a ordonné la construction du Michkan, qui fut érigé au mois de Nissan suivant - tout cela après la faute du veau d'or. Il s'avère donc que le Saint, béni soit-Il, est venu résider avec les rebelles.
Le Radak explique l'ensemble du verset sous un jour négatif, comme une description de la situation avant la délivrance, avant que toute l'armée de San'hériv ne périsse : jusqu'alors, la terre d'Israël était dans l'angoisse, le siège durait et le peuple était exilé. C'est comme si « Tu es monté sur les hauteurs » signifiait : en montant, Tu nous as abandonnés et livrés aux mains des ennemis, et l'ennemi est venu, nous a faits captifs et a conquis toute la terre d'Israël. N'oublions pas qu'à l'époque de 'Hizkiyahou, les dix tribus étaient déjà en exil, et il ne restait que deux tribus, Yéhouda et Binyamin. « Tu as pris des dons parmi les hommes » : les dons que Tu avais accordés à l'homme, aux enfants d'Israël - c'est-à-dire Ta Présence parmi nous, Ta providence et Ta protection -, Tu les as repris et en as privé le peuple d'Israël. Au point que « même les rebelles, pour que Dieu, l'Éternel, y réside » : même les rebelles, le roi d'Assyrie et ses émissaires, se sont permis de venir assiéger Jérusalem, lieu de résidence de l'Éternel, et de faire la guerre contre la maison du Saint, béni soit-Il, voyant que l'Éternel était monté au ciel et nous avait, pour ainsi dire, délaissés et oubliés.
Le Malbim, quant à lui, rattache ce verset au char de Dieu mentionné précédemment, et tout le verset exprime selon lui notre bien : « Tu es monté sur les hauteurs » - sur les cimes du mont Bashân ; toi, char de Dieu, tu es sorti à la tête de nos armées pour livrer notre bataille, et « tu as emmené des captifs » pris sur les ennemis. « Tu as pris des dons parmi les hommes » : alors qu'autrefois, lorsque Tu es monté sur les hauteurs, c'est-à-dire au mont Sinaï, Tu as reçu le peuple d'Israël en don - puisqu'avec le « Na'assé véNichma » (nous ferons et nous écouterons), ils se sont donnés à l'Éternel de leur plein gré et ont accepté la Torah -, à présent, Tu les as acquis par voie de captivité : en les sauvant de leurs ennemis, ils sont devenus pour ainsi dire Tes captifs. Ce qui avait alors été acquis sous forme de don est maintenant acquis sous forme de captivité, et nous voilà désormais pleinement engagés. C'est semblable à ce qu'enseigne la Guémara à propos de Pourim : jusqu'à Pourim, il subsistait un statut de « moda'a rabba le-Orayta » (une réserve quant à l'acceptation de la Torah, comme sous la contrainte sans réel choix), mais avec la venue de Pourim et l'immensité du miracle, nous sommes devenus engagés de plein gré. Il en va de même ici : le Saint, béni soit-Il, nous a sauvés et nous a pour ainsi dire conquis, et désormais nous sommes tenus de Le servir non plus seulement au titre d'un don volontaire, mais par devoir absolu de captifs.
Et tu n'as pas seulement captivé Israël pour qu'il soit Ton peuple, mais « et même les rebelles, pour que Dieu, l'Éternel, y réside » : tu as également fait prisonniers les rebelles, ces nations venues combattre le peuple d'Israël, afin que l'Éternel puisse résider sur la montagne. Ils voulaient Te chasser pour que Tu n'y demeures point, et c'est pourquoi ils sont venus nous combattre sur les montagnes ; mais Toi, Tu les as réduits en captivité afin que Tu y demeures et que le peuple d'Israël y réside également. Et pourquoi cela est-il appelé « pour que Dieu, l'Éternel, y réside » ? Parce que le Saint, béni soit-Il, est avec nous et réside parmi nous ; lorsqu'on chasse Israël de sa terre, c'est pour ainsi dire la Présence divine que l'on exile de Son domaine. Lorsque le Saint, béni soit-Il, capture les ennemis sur les montagnes, Israël y demeure en paix, car tant que l'Éternel est sur la montagne, Il ne permet pas aux nations de nous en chasser, empêchant ainsi, pour ainsi dire, qu'on exile la Chekhina - car le Saint, béni soit-Il, et Israël ne font qu'un.
בָּרוּךְ אֲדֹנָי יוֹם יוֹם יַעֲמָס־לָנוּ, הָאֵל יְשׁוּעָתֵנוּ סֶלָה׃ - Béni soit le Seigneur jour après jour, Il Se charge de nous, ce Dieu qui est notre salut, Sélah !
Rachi explique que ce verset fait partie du cantique mentionné plus haut, « Chantez à Dieu ». Et quel est ce cantique ? C'est de chanter pour Hachem et de reconnaître que béni soit le Seigneur qui, jour après jour, Se charge de nous, c'est-à-dire qu'Il nous accorde un salut immense, nous déchargeant de tout fardeau selon toute notre capacité à le recevoir. « Ya’amos lanou » s'entend au sens de charger : Il charge sur nous une abondance de délivrance, autant que nous pouvons en porter.
Le Radak explique : Il portera vers nous Ses bénédictions. Hachem, qui est notre délivrance, Lui qui nous a sauvés de la puissante et immense armée de Sanhéric qui assiégeait Jérusalem, portera vers nous Ses bénédictions et nous comblera de Ses bienfaits. Et si l'on demande : le texte ne précise pas ce qu'Il charge sur nous ? Le Radak répond qu'il ne faut pas s'en étonner, car le texte biblique est fréquemment elliptique. Le Saint, béni soit-Il, charge jour après jour sur nous Ses bienfaits et Ses bénédictions, et le verset s'interrompt sans conclure, à l'image de ce qu'Éli a dit à Samuel : « Ne me cache rien », sans préciser ce qui adviendrait s'il cachait quelque chose. De même ici : jour après jour, Il charge sur nous bonté, bénédiction et abondance, et le texte laisse cela sous-entendu. Autre explication possible : Il nous charge de « notre salut » mentionné à la fin du verset - jour après jour, Hachem déverse sur nous Son salut.
Le Malbim explique : par cela, Hachem sera béni pour ce qu'Il accomplit chaque jour, aussi bien pour ce qu'Il a fait jadis que pour ce qu'Il a accompli récemment lors des guerres de David contre les ennemis venus attaquer la terre d'Israël. « Ya’amos lanou » : Il porte et transporte les délivrances pour nous. Et comme nous l'avons expliqué, pour chaque délivrance décrite ici, il donne un exemple tiré des générations passées ; son intention est donc la suivante : les délivrances qu'Hachem a opérées dans les temps anciens sont comme chargées avec Lui, elles demeurent dans Son trésor pour être à nouveau déversées sur nous. Il les porte avec Lui, jour après jour Il nous apporte ces fardeaux de délivrances, et continue de faire descendre sur nous ces mêmes secours encore et encore. Et « Sélah » marque la conclusion du sujet, selon l'interprétation habituelle du Malbim.
La Guémara rattache le verset « Béni soit le Seigneur, jour après jour Il Se charge de nous » à l'abondance et à la bénédiction que l'on observe chez Chamaï : chaque jour, il achetait un animal pour Chabbat ; s'il en trouvait un meilleur par la suite, il prenait le meilleur pour Chabbat et consommait le premier, et le lendemain, s'il en trouvait un encore plus beau, il le réservait pour Chabbat et mangeait le précédent. C'est ainsi que « Béni soit le Seigneur jour après jour, Il Se charge de nous » : chaque jour que Dieu fait, Il nous comble et déverse sur nous Sa bonté.
הָאֵל לָנוּ אֵל לְמוֹשָׁעוֹת, וְלֵיהוִה אֲדֹנָי לַמָּוֶת תֹּצָאוֹת׃ - Ce Dieu est pour nous un Dieu de délivrances, et à l'Éternel, mon Seigneur, appartiennent les issues de la mort.
אַךְ־אֱלֹהִים יִמְחַץ רֹאשׁ אֹיְבָיו, קָדְקֹד שֵׂעָר מִתְהַלֵּךְ בַּאֲשָׁמָיו׃ - Mais Dieu écrasera la tête de Ses ennemis, le crâne chevelu de celui qui s'obstine dans ses fautes.
Rachi explique : Hachem nous délivre, et Il dispose de nombreuses « issues » - c'est-à-dire de multiples voies et formes de mort. Il a d'innombrables manières de donner la mort, mais Il ne les inflige pas sur nous ; au contraire, Il nous dispense des délivrances. Et sur qui fait-Il s'abattre la mort ? « Mais Dieu écrasera la tête de Ses ennemis, le crâne chevelu de celui qui s'obstine dans ses fautes » : c'est sur la tête de Ses ennemis qu'Il déverse ces multiples formes de mort. Et de qui s'agit-il ? Du « crâne chevelu », allusion à Ésaü qui était un homme velu ; « qui s'obstine dans ses fautes », persistant continuellement dans ses transgressions sans faire téchouva ni corriger ses voies. C'est sur lui qu'Hachem déchaînera les issues de la mort, tandis qu'à nous, Il n'accorde que des délivrances.
Le Malbim explique qu'ici s'ouvre la troisième partie du psaume, qui relate qu'Hachem est pour nous le Dieu des délivrances. Le terme « El » évoque la puissance et la force, comme dans l'expression « Il est au pouvoir de ma main » (yech le-el yadi) ; cela signifie que la toute-puissance et la vigueur des délivrances appartiennent à Hachem, béni soit-Il - mais cela nous est réservé, Ses délivrances sont pour nous. Quant à nos oppresseurs, « à l'Éternel, mon Seigneur, appartiennent les issues de la mort ». Pour l'explication du terme « totzaot » (issues), le Malbim diverge de Rachi et l'interprète au sens de limites ou frontières, comme dans le verset « et ses limites aboutissaient à la mer » (véhayou totzotav hayama). Autrement dit, le domaine et les frontières de la mort se cantonnent aux terres des nations, et le Saint, béni soit-Il, ne la laisse pas pénétrer en terre d'Israël. Il lui a assigné des bornes, la confinant aux terres profanes ; mais en terre d'Israël, la mort ne règne pas, car ici les frontières appartiennent à Hachem, « une terre sur laquelle les yeux de l'Éternel, ton Dieu, sont constamment posés » - l'ange de la mort n'y a pas d'emprise.
Dès lors, on pourrait se demander : qui donc fera périr les ennemis parvenus à la montagne du Bachan si l'ange de la mort n'a point d'emprise en ce lieu ? C'est à cela que répond le texte : « Mais Dieu écrasera la tête de Ses ennemis » - là-bas, ce n'est pas la mort ordinaire qui les frappera, mais Dieu Lui-même qui les écrasera. Et puisque la mort n'a pas accès en cet endroit, ce n'est pas elle qui éliminera le chef des ennemis ; c'est le Saint, béni soit-Il, en Sa personne même, qui fracassera le crâne de l'homme velu, le chef des fils d'Édom qui s'obstine dans ses péchés. Cela implique qu'ils n'y sont pas morts d'une mort naturelle, mais d'une manière miraculeuse.
Il existe une magnifique explication de Rabbi Ari Hayoun, rapportée dans le Me'am Lo'ez : « Le Dieu qui est pour nous un Dieu de délivrances » - le Saint, béni soit-Il, qui est le Tout-Puissant, nous apporte le salut à nous et non aux autres, et c'est pourquoi « et à Dieu le Seigneur appartiennent les issues face à la mort » - car même si nous nous trouvons au bord de la mort, c'est de l'Éternel que viendront les issues et Il nous arrachera à la mort. En d'autres termes, ne sois pas effrayé : même si une épée tranchante est posée sur le cou d'un homme, qu'il ne perde pas l'espoir d'obtenir miséricorde. Celui qui te sauve et qui a le pouvoir de te secourir est l'Éternel, béni soit-Il, et même s'il te semble avoir déjà atteint la mort - « des issues », de là aussi Il peut te faire sortir et te délivrer. Ne désespère jamais de la miséricorde, car le Tout-Puissant dispose d'innombrables portes. Et nos Sages ont dit : « Qu'ainsi tout homme pieux Te prie au temps propice » - cela désigne l'heure de la mort.
C'est ce que dit la Baraïta : neuf cent trois sortes de mort ont été créées dans le monde. D'où le sait-on ? Car il est dit « face à la mort sont les issues (totsa'ot) », et « תוצאות » en guématria équivaut à 903. La plus pénible d'entre toutes est l'askara (l'étouffement), et la plus douce est le baiser divin. La mort par askara, que Dieu nous en préserve, se caractérise par une suffocation progressive jusqu'à la mort, la gorge gonflant au point de ne plus pouvoir respirer. On raconte qu'à l'époque du Coronavirus, ceux qui ont connu des détresses respiratoires extrêmes disaient qu'il s'agissait de l'askara - ce qui permet d'entrevoir de quoi il s'agit ; à un certain stade, on les endort, mais la personne en arrive à éprouver d'immenses difficultés à respirer, et la Guémara compare cela au fait de retirer de la laine accrochée à des épines, tant cette réalité est effroyable. À l'opposé, la plus douce de toutes est la mort par le baiser, où le Saint, béni soit-Il, pose pour ainsi dire Ses lèvres sur les siennes et recueille ainsi son âme.
Le Radak explique « Mais Dieu écrasera la tête de Ses ennemis » : Dieu seul accomplira cette œuvre, car en une seule nuit périrent cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée. « Mais Dieu » - Seul Dieu est capable d'un tel prodige : fracasser la tête de Ses ennemis en un instant, sans épée et sans lance.
Et que signifie « le sommet chevelu » (kodkod sé'ar) ? Le Radak explique que le kodkod est le point culminant de la tête, d'où la chevelure se sépare à droite et à gauche, et il le qualifie de « coin de la tête » - ce terme, dans le langage de nos Sages, désignant un angle, comme dans l'expression de Rachi « dans l'angle sud ». La tête de l'homme est semblable à un angle d'où les choses descendent vers la droite et vers la gauche, ce qui est une parabole des décrets mauvais et bons : à droite les décrets favorables, et à gauche les décrets rigoureux ; les décrets qui s'abattent sur l'homme descendent pour ainsi dire du sommet de la tête vers la droite et vers la gauche. C'est le sens de « sur la tête du consacré parmi ses frères » ou encore « et sur son propre crâne retombera sa violence ». Et « qui chemine dans ses péchés » - Il fracassera la tête de celui qui persiste dans sa méchanceté, qui s'obstine dans ses fautes sans chercher à corriger ses voies.
אָמַר אֲדֹנָי מִבָּשָׁן אָשִׁיב, אָשִׁיב מִמְּצֻלוֹת יָם׃ - Le Seigneur a dit : « De Bachan Je ramènerai, Je ramènerai des profondeurs de la mer. »
Rachi explique que l'Éternel a promis de nous ramener du milieu des puissants de Bachan et des monstres marins, et qu'Il nous délivrera - ceci s'inscrivant dans la trame de tout le psaume qui évoque le don de la Torah, et où le Saint, béni soit-Il, annonce également ce qu'Il accomplira dans les temps futurs, montrant que le peuple d'Israël reviendra même des contrées les plus lointaines. Nos Sages ont également interprété « Je ramènerai des profondeurs de la mer » à propos de ceux qui ont fait don de leur vie en se jetant du navire lorsqu'ils ont compris qu'ils étaient capturés pour le déshonneur - le Saint, béni soit-Il, déclare : Je les ramènerai tous des profondeurs de la mer.
Le Radak explique quant à lui que le verset se rapporte aux ennemis, et propose une interprétation remarquable - ces paroles étant prononcées pour ainsi dire avec ironie : le Saint, béni soit-Il, déclare que de Bachan Il « ramènera » les ennemis tout comme Il a fait « revenir » les Égyptiens des profondeurs de la mer. Mais quelqu'un est-il jamais revenu des profondeurs de la mer ? De même que personne n'en est revenu, de même personne ne reviendra d'ici. De la même façon que les Égyptiens sont « revenus », ainsi reviendra le camp d'Assyrie - en termes clairs : ils périront tous. Et pourquoi mentionner Bachan ? Parce que Bachan se situe en terre de Galaad, lieu où débuta la campagne d'Assyrie : Poul, roi d'Assyrie, s'empara de tout le pays, et l'issue de cette guerre eut lieu sous les murs de Jérusalem, où tous périrent et devinrent des cadavres inertes. Mais le début du conflit s'était déroulé à Bachan, d'où l'expression « De Bachan Je ramènerai » - ceux qui sont venus combattre à Bachan reviendront comme sont revenus ceux qui ont sombré dans les profondeurs de la mer.
Le saint Alshikh enseigne : ne va pas t'imaginer que le Saint, béni soit-Il, soit indulgent envers quiconque a tourmenté Ses enfants ou a persécuté Israël au fil des générations, ni qu'Il lui pardonne ou ferme les yeux sur son péché. Certes, il t'arrive de voir un tel individu s'éteindre paisiblement dans son lit, sans souffrance, sans avoir enduré le mal qu'il a infligé au peuple juif ; mais l'Éternel dit : Je le ramènerai de Bachan, Je le ramènerai des profondeurs de la mer, et Je lui demanderai des comptes. À titre d'exemple, Titus voulut s'assurer que personne ne pût le retrouver et ordonna que l'on brûle son corps pour disperser ses cendres sur sept mers et fleuves, afin d'échapper à tout châtiment. Le Saint, béni soit-Il, affirme alors : Des profondeurs de la mer Je le ramènerai, Je rassemblerai ses restes, Je le reconstituerai, et ensuite il subira son châtiment. Même si tes cendres sont dispersées dans les abysses de la mer, cela ne te servira de rien - « De Bachan Je te ramènerai pour te rétribuer comme tu le mérites, des profondeurs de la mer Je te ramènerai pour te punir selon tes actes ».
Et comment cela se produira-t-il ? C'est ce qu'enseigne le Zohar dans la parashat Beshalakh : dans les temps futurs, le Saint, béni soit-Il, fera venir tous ceux qui ont opprimé le peuple d'Israël au cours de chaque exil, et Il nous fera assister à leur châtiment. Et d'où cela s'apprend-il ? Du verset : « Et telle sera la plaie dont l'Éternel frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem : leur chair se décomposera alors qu'ils seront debout sur leurs pieds, leurs yeux se consumeront dans leurs orbites, et leur langue pourrira dans leur bouche ». Cette prophétie a été énoncée au sujet de la guerre de Gog et Magog et semble décrire ceux qui assiègent Jérusalem. Pourquoi le texte emploie-t-il le passé, « qui auront combattu » (asher tsava'ou), alors qu'il aurait dû dire « qui combattent » ? Le Zohar en déduit que tous ceux qui ont assiégé Jérusalem tout au long de l'histoire seront eux aussi ramenés et réincarnés, et Il se vengera d'eux comme ils le méritent. Et c'est ce que dit l'Éternel : « Je ramènerai des profondeurs de la mer » - même ceux qui sont enfouis dans les abîmes des mers, Je les ferai revenir dans ce monde pour le Jour du Jugement afin de leur réclamer des comptes.
Le Rav Mazuz, dans son livre « Émet Qané », rapporte que les mots « De Bashan Je ramènerai » (Mibashan Ashiv) forment l'acronyme de : *Eïn Shoume Yéoush Ba'olam* (il n'y a aucun désespoir au monde). Et la preuve en est : « des profondeurs de la mer » - regarde où Yona est parvenu, au tréfonds de la mer, et de là le Saint, béni soit-Il, l'a sauvé en lui désignant un grand poisson qui l'a englouti puis recraché sur la terre ferme. De là, on apprend qu'il n'y a aucun désespoir au monde : ne désespère jamais, car même celui qui a sombré dans les profondeurs de la mer a droit à une délivrance.
Autre explication : « des profondeurs de la mer » (mimetzolot yam) - même si l'homme a sombré dans les cinquante portes de l'impureté, car « Yam » (mer - ים) équivaut en guématria à cinquante ; même s'il a sombré dans les gouffres et les abîmes des cinquante portes de l'impureté, malgré tout cela, le Saint, béni soit-Il, déclare : « Je ramènerai ». Et pourquoi répéter ce verbe, « De Bashan Je ramènerai, Je ramènerai des profondeurs de la mer » ? Pour t'enseigner : tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel. Matériellement, à l'image de Yona qui se noyait, et spirituellement, pour celui qui a sombré dans les profondeurs de la mer des cinquante portes de l'impureté - de là aussi, Je le ramènerai.
Et nous avons déjà souligné que lorsqu'un homme atteint la cinquantième porte de l'impureté, il n'a plus la force de revenir par lui-même, et seul le Saint, béni soit-Il, peut le ramener. On l'apprend de cette parole de nos Sages : « Heureux êtes-vous, Israël ! Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux Cieux » : tant que tu n'as pas atteint le « Mi » (qui - מי, qui a pour valeur numérique cinquante), vous vous purifiez vous-mêmes ; mais si tu as atteint les cinquante, « votre Père qui est aux Cieux vous purifie », seul le Saint, béni soit-Il, peut t'en faire sortir, car c'est un bourbier dont on ne s'extirpe que par Sa puissance, béni soit-Il. Et c'est là le sens de Sa promesse : « Je ramènerai des profondeurs de la mer » - même celui qui est parvenu à la « mer », au « Mi », à la cinquantième porte, de là J'ai le pouvoir de le secourir et de le sauver.
C'est pourquoi il est interdit de désespérer, absolument : il n'y a aucun désespoir au monde, ni sur le plan matériel ni sur le plan spirituel. Quiconque est brisé matériellement ou brisé spirituellement ne doit pas perdre espoir, car le Saint, béni soit-Il, peut le sortir de toute situation dans laquelle il se trouve. C'est ce que nous avons vu précédemment avec « à la mort appartiennent les issues » : même celui qui arrive aux portes de la mort et se tient déjà devant elle, explique Ibn Ezra, l'Éternel en a la maîtrise - « Dieu est pour nous le Dieu des délivrances », l'Éternel nous sauve, et les « issues » signifient qu'Il t'arrachera même à l'emprise de la mort.
Dans ce passage, nous avons appris la grandeur éternelle de la montagne que Dieu a désirée pour Sa demeure, face à laquelle toutes les fières montagnes ne comptent pour rien, et même le mont Sinaï, dont la sainteté ne fut que temporaire, ne saurait égaler le mont du Temple où l'Éternel réside à jamais. Nous avons découvert les trois voies d'explication de ces versets : celle de Rachi, qui les applique au Don de la Torah et à la parole du Saint, béni soit-Il ; celle du Radak, qui les rapporte à la guerre de Hizkiyahu et de Sanhériv ; et celle du Malbim, qui y voit le combat de David dans les monts du Bashan, où « les chars de Dieu » montent livrer bataille tout comme ils s'étaient déployés au Sinaï dans la sainteté, et où Israël a été pris par captivité après avoir été accueilli au Sinaï comme un présent. Nous avons compris que « Jour après jour, Il nous comble de Ses bienfaits » - le Saint, béni soit-Il, porte en Lui les délivrances des temps passés et les déverse à nouveau sur nous chaque jour, ces délivrances nous étant réservées tandis que pour les ennemis, « la mort est l'issue ». Enfin, nous avons conclu sur ce message fondamental : « De Bashan Je ramènerai, Je ramènerai des profondeurs de la mer » - d'une part, le Saint, béni soit-Il, ne fait aucune concession à ceux qui ont opprimé Ses enfants et Il leur réclamera justice à tous ; et d'autre part, il n'y a aucun désespoir au monde, ni sur le plan matériel ni sur le plan spirituel, et même si une épée aiguisée est posée sur le cou d'un homme, qu'il ne se refuse jamais à la miséricorde divine.