Nous poursuivons l'étude du psaume 68 des Téhilim, un psaume dont les versets sont particulièrement ardus, ce qui explique la grande diversité des commentaires. Nous suivrons la démarche des commentateurs classiques : Rachi, le Radak et le Malbim, et nous verrons comment chacun d'eux inscrit ce passage dans un cadre historique distinct - Rachi et le Radak dans le contexte de la guerre contre Sennachérib à l'époque de Hizkiyéhou, et le Malbim dans celui des guerres de David en Transjordanie. À travers cette étude, nous aborderons également les enseignements de nos Sages sur le don de la Torah au mont Sinaï, sur la force d'Israël qui réside dans sa bouche, et sur la louange de la montagne de D.ieu.
אֲדֹנָי יִתֶּן אֹמֶר הַמְבַשְּׂרוֹת צָבָא רָב׃ מַלְכֵי צְבָאוֹת יִדֹּדוּן יִדֹּדוּן וּנְוַת בַּיִת תְּחַלֵּק שָׁלָל׃ - Le Seigneur donne une parole, les messagères forment une armée nombreuse. Les rois des armées fuient, ils fuient, et celle qui garde la maison partage le butin.
Rachi explique : « omer » désigne une parole, une proclamation. Le Saint, béni soit-Il, fait pour ainsi dire entendre Sa voix puissante aux nations. Et quelle est cette parole ? Une annonce proclamée devant une armée nombreuse, afin que toutes les troupes ennemies l'entendent. Sa teneur est la suivante : « malkhei tsevaot yidodoun yidodoun » - ils fuiront, ils seront chassés de la terre d'Israël. « Ounevat bayit », c'est l'assemblée d'Israël (Knesset Israël), qui partagera le butin de ces peuples qu'Hachem aura mis en déroute et chassés d'ici.
De quoi s'agit-il ? De l'époque du roi Hizkiyéhou, lorsque cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armées assiégèrent Jérusalem et périrent tous en une seule nuit - « et voici qu'au matin, ils étaient tous des cadavres sans vie ». Ils abandonnèrent ainsi toutes les richesses qu'ils avaient rapportées de leur campagne d'Égypte, tout l'argent et tout l'or. Le peuple d'Israël fut donc non seulement sauvé de ses ennemis, mais il en ressortit comblé de richesses. Dès lors : Hachem prononça Sa parole, tancer les nations et fit retentir Sa voix, provoquant leur mort ; les rois des armées s'enfuirent et disparurent ; et « celle qui garde la maison » - ceux qui étaient demeurés dans leurs demeures à Jérusalem - partagea le butin des nations, accomplissant le verset : « son gain et son salaire seront consacrés ».
Le Malbim applique quant à lui ces versets à David HaMélekh dans le désert : Hachem émet une parole, une proclamation, et par cette force se lève une armée immense annonçant de bonnes nouvelles pour Israël. Hachem décrète que les rois des armées ennemies, venus combattre David dans ce désert, « fuiront, ils fuiront » - ils s'éparpilleront et s'éloigneront. La répétition indique qu'ils fuiront un par un. « Ounevat bayit », c'est le peuple d'Israël, comparable à la maîtresse de maison du Saint, béni soit-Il. C'est une métaphore féminine vis-à-vis d'Hachem qui Se révèle pour ainsi dire comme l'Époux, à l'image du Cantique des Cantiques et de nombreux passages où Israël est comparé à une femme. Le peuple d'Israël est le véritable maître de la Terre sainte, la maîtresse du foyer ; les ennemis sont des intrus venus pour les chasser, et Hachem a décrété qu'ils s'éloignent d'une terre qui ne leur appartient pas.
Le Radak s'interroge sur l'emploi du terme féminin « nevat bayit » (celle qui garde la maison), et répond : les femmes ne montent pas au combat, elles demeurent dans la cité et prient Hachem - elles constituent pour ainsi dire l'armée de la prière - tout en encourageant les hommes par de bonnes paroles et des réconforts. C'est pourquoi c'est précisément elles qui partagent le butin, car c'est par la force de leurs prières et par leur intermédiaire que la victoire a été remportée.
אִם תִּשְׁכְּבוּן בֵּין שְׁפַתָּיִם כַּנְפֵי יוֹנָה נֶחְפָּה בַכֶּסֶף וְאֶבְרוֹתֶיהָ בִּירַקְרַק חָרוּץ׃ - Même si vous reposez entre les limites, les ailes de la colombe sont couvertes d'argent, et ses pennes d'un or éclatant.
Rachi explique que ce passage poursuit la proclamation du Saint, béni soit-Il, mentionnée précédemment. Hachem s'adresse aux nations : quand bien même vous vous reposeriez en paix à l'intérieur de vos frontières, goûtant à tous les plaisirs, le peuple d'Israël, lui, est Ma colombe, dont les ailes sont couvertes d'argent. Le terme « chefatayim » dérive au sens simple de « safa » (bord ou frontière), à l'image des deux rives du Jourdain, et désigne l'espace compris entre les délimitations territoriales.
Au sujet du mot « 'harouts », Rachi cite Dounach pour expliquer qu'il s'agit de l'or, un or précieux et raffiné. « Yérakrak 'harouts » désigne l'or pur importé du pays de 'Havila et du pays de Kouch, d'une qualité exceptionnelle. Et pourquoi employer la forme « yérakrak » et non « yarok » (vert ou jaune doré) ? Rachi précise : cet or n'est ni tout à fait verdâtre ni franchement rouge, c'est pourquoi on l'appelle « yérakrak », à la façon de « lavan adamdam » (blanchâtre tirant sur le rouge) - qui n'est ni tout à fait blanc ni tout à fait rouge. C'est également l'explication adoptée par Ibn Ezra : « yérakrak » n'est pas entièrement vert, de même qu'« adamdam » n'est pas entièrement rouge. En revanche, le Midrach enseigne que « yérakrak » qualifie la nuance la plus vive du vert, et « adamdam » le plus éclatant des rouges. Dans notre langage courant, nous nous conformons à l'explication donnée par Rachi.
בְּפָרֵשׂ שַׁדַּי מְלָכִים בָּהּ תַּשְׁלֵג בְּצַלְמוֹן׃ - Quand le Tout-Puissant y dispersa les rois, elle fut blanchie par la neige dans l'obscurité [au Tsalmon].
Rachi applique ce verset au don de la Torah au mont Sinaï : « בפרש שדי » - lorsque le Saint, béni soit-Il, déploya devant eux Sa Torah, alors « מלכים בה תשלג בצלמון », les rois sont recouverts de neige et blanchissent dans la terre de l'ombre de la mort. Et quelle en est la raison ? Pourquoi cette montagne s'appelle-t-elle Sinaï ? Parce que c'est de là qu'est descendue la haine (sin'ah) envers les nations du monde. Hachem a proposé aux nations de recevoir la Torah et elles ont refusé, et par suite : « et J'ai pris Ésaü en haine ». C'est pourquoi elle est appelée Sinaï, car c'est de là qu'est descendue la haine envers les nations.
Et pourquoi précisément « recouverts de neige » ? Il existe en effet une Géhenne de neige et une Géhenne de feu. Pourquoi faut-il deux sortes de Géhenne - pour varier ? Et si l'on suggère que c'est pour que l'âme ne s'habitue pas, nos Sages ont déjà enseigné qu'il y a sept compartiments, et qu'on la déplace chaque fois vers un compartiment différent, vers une autre poêle, afin qu'elle ne s'habitue pas. En réalité, il est écrit que chacune d'elles constitue une réparation différente : lorsqu'un homme commet une faute, la transgression provient toujours d'un échauffement - il s'enflamme pour le péché. En revanche, lorsqu'un homme s'abstient d'accomplir ce qu'il devrait faire, c'est l'inverse - c'est une congélation ; au lieu de s'enthousiasmer pour le service d'Hachem et de courir accomplir une mitsva, il reste figé sur place. Pour celui qui reste figé et ne va pas accomplir une mitsva, il y a la Géhenne de neige ; et pour celui qui court commettre des péchés, il y a la Géhenne de chaleur, qui le répare de l'ardeur avec laquelle il s'est précipité vers la faute.
Dès lors, le verset s'explique magnifiquement : les nations ne sont pas venues recevoir la Torah - c'est la neige, c'est l'engourdissement glacial ; elles sont restées figées et ne se sont pas enthousiasmées pour venir recevoir la Torah, d'où « בה תשלג בצלמון ». À l'inverse, « les ailes de la colombe sont couvertes d'argent » - l'assemblée d'Israël languissait et aspirait à Hachem pour recevoir la Torah. « Késsef » (argent) évoque les « kissoufim », le désir ardent, l'aspiration profonde. « Et ses pennes » - les ailes avec lesquelles elle s'envole - « sont d'un or verdâtre », comme si elles étaient d'or. Or l'or exprime lui aussi cette soif ardente, tout comme l'argent exprime le désir : « zahav » (or) contient « hav » (donne-moi). Il s'ensuit que le peuple d'Israël était tout entier argent et or, réclamant la Torah, tandis que les nations l'ont rejetée.
Le Radak propose deux explications : soit il s'agit de la suite des paroles de « la maîtresse de maison » qui partage le butin - les propos des femmes ; soit ce sont les paroles du psalmiste adressées au peuple d'Israël. Selon lui, « chefatayim » ne vient pas du mot lèvre ou bord (« safah »), mais désigne le foyer (« kirah »), appelé ainsi parce qu'on y pose la marmite (« chofetim »). C'est-à-dire : si vous vous couchez à l'endroit le plus vil, entre le four et le foyer, là où se trouvent la braise, le feu et la suie - le pire endroit qui soit. Si jusqu'à présent vous étiez dans une situation sombre, noircie et abaissée à cause des ennemis - et il fait référence aux habitants de Jérusalem lors du siège de Sennachérib -, vous finirez par être blancs comme les ailes de la colombe, car la colombe est blanche, pure et éclatante.
Il y a également une allusion dans « couverte d'argent » : vous avez mérité les trésors laissés par le camp assyrien, et vous avez été comblés de l'argent et de l'or qu'ils ont abandonnés. « Et ses pennes sont d'un or verdâtre » - le Radak explique que les ailes de la colombe comportent une plume qui brille comme de l'or, et l'or est appelé « 'harouts », comme dans « et l'or comme la boue des rues » ou « il étale l'or sur la boue ». Et dans la langue des Rishonim, « yarok » (vert) ne désigne pas un vert pur, mais tire vers le jaune, comme l'orangé, tout comme les Tossafot écrivent à propos du cédrat (étrog) vert qu'il ne s'agit pas d'un vert véritable, mais d'une nuance tirant sur le jaune.
A priori, il aurait fallu dire « ואברותיה בחרוץ ירקרק », car « verdâtre » est l'adjectif et « 'harouts » (or) est le nom - on dit de l'or verdâtre et non du verdâtre or. Mais le Radak, fidèle à sa méthode, lorsqu'il rencontre une difficulté grammaticale, apporte des appuis d'autres versets pour montrer que cette tournure est tout à fait légitime : ne dit-on pas « 'av tit » et non « tit 'av », où l'adjectif précède le nom ; ou encore « rabbim 'amim » au lieu de « 'amim rabbim » ; et il existe d'autres exemples semblables.
Le Malbim poursuit le raisonnement amorcé avec « Le Seigneur donne un ordre » : Hachem a proclamé et dit aux rois des armées - même si vous vous tenez entre les frontières (« chefatayim », selon lui, signifiant frontière, la frontière orientale du pays en Transjordanie, où David mena sa guerre). Sachez que les ailes de la colombe sont couvertes d'argent, et sur cette colombe, le Tout-Puissant déploiera Ses ailes, tandis que les rois couchés entre les frontières seront dispersés comme la neige sur le mont Bachan.
Voici l'explication : le peuple d'Israël est comparé à une colombe qui fuit les bêtes sauvages venues la dévorer. La colombe n'attaque pas ; elle ne possède ni serres acérées ni griffes dures, ni bec pour frapper, pincer ou saisir - elle est faible, et c'est aussi un animal pur. Et tout comme la colombe, malgré toute sa faiblesse, se débat avec ses pennes, avec ses ailes, qui constituent son unique moyen de défense, ainsi nos Sages ont enseigné : « La force d'Israël ne réside que dans sa bouche ».
Dans le panthéon juif, on ne trouve ni épée ni lance, ni mortier ni javelot. On y trouve des téfilines, une veilleuse de 'Hanouka, un talith et un Sefer Torah. En revanche, chez les nations, observez les musées à travers l'histoire : uniquement des armes. Essav, c'est « sur ton glaive tu vivras » ; telle n'est pas la voie du peuple d'Israël. C'est une merveille de constater qu'au cours du dernier siècle, le peuple d'Israël s'est mis à manier l'épée. Il y a toujours eu des guerres, mais l'épée n'était qu'un instrument pour échapper aux ennemis, non un objet de gloire. Bien au contraire, nous avons déjà rappelé que l'épée porte en elle l'impureté la plus grave : « le glaive est semblable au cadavre » ('herev haré hi ké'halal) - le glaive qui touche un mort ne descend pas d'un degré dans l'impureté rituelle, mais devient lui-même impur au même degré que le mort.
Ainsi, explique le Malbim, la colombe part combattre les rapaces - l'aigle et le vautour qui fondent sur elle - alors qu'elle-même est couverte d'argent et que ses rémiges sont parées de reflets d'or verdâtre. Cette description exprime à la fois la beauté et la puissance : comme si elle était revêtue d'une armure métallique empêchant qu'on ne la morde, tout en brillant de l'éclat de l'argent et de l'or. Et Hachem déploiera, par cette colombe et ses ailes, les rois qui s'avancent contre elle. Et que signifie « déploiera » (yéfarèch) ? Le Malbim explique que, pour ainsi dire, Hachem étend le camp d'Israël sur le camp ennemi, retombant sur eux pour les écraser.
Et au moment où la colombe déploie ses ailes, « elle devient blanche de neige au Tsalmon » - à l'image du mont Bachan qui restait couvert de neige durant tout l'été. Sur de telles montagnes, lors d'une violente tempête, une boule de neige se forme et balaye tout sur son passage. C'est l'une des plus grandes hantises des alpinistes : une avalanche commence modestement et finit par les engloutir. De telles personnes se retrouvent cryogénisées pendant cinquante ans, et ce n'est que lors d'années particulièrement chaudes, lorsque la fonte s'amorce, que l'on retrouve des randonneurs emportés par une avalanche, restés gelés durant des décennies ; on a même découvert des silhouettes historiques conservées dans la glace après des milliers d'années.
C'est pourquoi le verset indique que le Saint béni soit-Il se déchaîne pour ainsi dire sur eux comme une tempête de neige, s'abattant sur les camps qui marchent contre le peuple d'Israël telle une avalanche. Et lorsqu'ils gravissent la montagne pour combattre Israël depuis les hauteurs, la neige s'abat sur eux jusqu'à plonger les lieux dans l'obscurité et l'ombre de la mort (tsalmaveth) : Hachem fait tomber sur eux la neige, recouvre leurs camps, et ils s'y trouvent ensevelis et anéantis. Pourquoi le Malbim choisit-il précisément cet exemple ? De deux choses l'une : soit les faits se sont réellement déroulés ainsi, la guerre menée par David ayant eu lieu en hiver et la neige les ayant ensevelis ; soit il s'agit d'une métaphore pour dépeindre la détresse et les ténèbres qui les ont frappés sur cette montagne, la tourmente ayant été si terrible qu'elle les a recouverts - et tout comme les ailes de la colombe enveloppent les rapaces qui l'attaquent, la neige a ici englouti les nations dressées contre Israël, lorsque Hachem a déployé Ses ailes qui ont terrassé leurs assaillants.
Le Radak explique le terme « parès » dans le sens d'étendre et de joncher, comme dans « j'ai étendu mes mains vers Toi » et « quand vous étendez vos paumes ». Fidèle à sa méthode, il rapporte l'ensemble à la guerre de San'hériv : cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée gisant comme des cadavres aux portes de Jérusalem à l'époque de 'Hizkiyahou, selon ce qui est écrit : « L'ange de Hachem sortit et frappa dans le camp d'Assyrie cent quatre-vingt-cinq mille hommes ; à leur réveil le matin, ce n'étaient tous que des cadavres » - étendus et jonchant le sol. « Des rois en son sein » (mélakhim bah) - ce sont les rois et les princes, comme il est dit : « Et il anéantit tout vaillant guerrier, chef et prince dans le camp du roi d'Assyrie ».
Le Radak rapporte en outre que certains commentateurs interprètent « béfarès » au sens de briser, à l'instar de « elle tend ses mains ». Et pourquoi mentionne-t-on ici précisément le Nom « Chadaï » ? Parce qu'il s'agit d'un Nom évoquant la rigueur, la puissance et la victoire - Celui qui a dit à Son monde « Daï » (assez), qui a arrêté la course des éléments ; une expression de force, qui domine et triomphe. Hachem a vaincu cette immense armée qui s'exprimait avec tant d'arrogance contre le Saint béni soit-Il. « En son sein » (bah) - à Jérusalem. Et « elle devient blanche de neige au Tsalmon » se rapporte aux enfants d'Israël : ceux qui se trouvaient alors à Tsalmon, dans une terre aride et à l'ombre de la mort, plongés dans l'obscurité, les ténèbres et une profonde angoisse, sont devenus blancs comme la neige. Ceux qui étaient dans l'ombre de la mort ont alors mérité d'être blanchis et purifiés.
הַר אֱלֹהִים הַר בָּשָׁן הַר גַּבְנֻנִּים הַר בָּשָׁן׃ - Montagne de Dieu, mont de Bachan ; montagne aux cimes escarpées, mont de Bachan.
Tout d'abord, nous trouvons ici une source pour la coutume de consommer des laitages lors de la fête de Chavou'ot : le mont Sinaï est appelé « Har Gavnounim », ce qui constitue l'une des allusions relatives à la consommation de fromage (gvina). Abordons à présent le sens littéral du texte.
Le Radak enseigne : il existe des montagnes majestueuses, mais la montagne de Dieu, c'est-à-dire le mont Sinaï - bien qu'elle se trouve dans le désert, en un lieu aride, desséché et désolé, et bien qu'elle ne soit pas particulièrement élevée mais plutôt humble -, tire toute sa louange et sa grandeur du fait que Hachem y a fait résider Sa présence, surpassant ainsi toutes les autres montagnes. Le mont de Bachan est réputé fertile car le Bachan est une contrée grasse, riche et propice aux pâturages ; c'est pourquoi, lorsque le prophète voulut fustiger les femmes qui vivaient dans l'opulence et le luxe, il les qualifia de « génisses du Bachan », tout comme il est dit : « les puissants taureaux de Bachan m'ont cerné ».
« הר גבנונים » (Har gavnounim) - de hautes montagnes, appelées ainsi parce qu'une montagne forme comme une bosse, son sommet ressemblant à une protubérance. D'autres expliquent que gavnounim désigne une montagne aux multiples reliefs, aux nombreuses saillies. Le Radak explique que toute montagne est en réalité semblable à une bosse ; dès lors, le texte aurait dû dire « הרים גבנונים » (harim gavnounim) ou « הרי גבנונים » (harei gavnounim). Pourquoi donc employer le singulier ? C'est pour signifier : chaque montagne prise individuellement est comme une bosse. On retrouve d'ailleurs ce procédé en de nombreux endroits : « קיימו וקיבל היהודים » (Kiymou vekibel haYehoudim - « Les Juifs confirmèrent et accepta ») - où l'on attendait « וקיבלו » (vekiblou, au pluriel) ; « וצדיק ככפיר יבטח » (Vetsaddik kekfir yivtah - « et le juste a l'assurance du lionceau ») - où l'on attendait « יבטחו » (yivtehou). C'est là la tournure habituelle de l'Écriture.
En résumé : la montagne du Bashan se distingue par sa richesse et sa fertilité, et les montagnes escarpées par leur hauteur - et malgré tout cela, aucune n'égale la louange du mont Sinaï, la montagne de Dieu, dont la grandeur réside dans le fait que la Présence divine (la Shekhinah) y a résidé.
Dans ces versets, le Saint, béni soit-Il, proclame la défaite des rois des armées venus attaquer Israël : « ידודון ידודון » (yadodoun yadodoun - ils fuient, ils fuient !), tandis que la maîtresse de maison - la communauté d'Israël, et en particulier les femmes dont la force réside dans la prière - partage leur butin. Rachi applique ces paroles au don de la Torah au mont Sinaï : les nations se sont figées et n'ont pas voulu de la Torah, c'est pourquoi « תשלג בצלמון » (tashleg beTsalmon - il neigea dans l'obscurité), alors qu'Israël a aspiré et soupiré ardemment après la Torah - « נחפה בכסף » (ne'hpa bekhessef - recouverte d'argent) et « בירקרק חרוץ » (biyrakrak 'harouts - d'or pur étincelant). Le Radak rapporte l'ensemble à la défaite de Sanhèriv : sortis de la cendre obscure et humiliante, les enfants d'Israël ont été blanchis comme la neige et comblés de l'argent et de l'or abandonnés par le camp d'Assyrie. Quant au Malbim, il dépeint Israël comme une colombe dont toute la puissance réside dans ses ailes - « la force d'Israël n'est que dans sa bouche » - qu'Hachem déploie au-dessus de ses ennemis pour les recouvrir telle une avalanche. Enfin, au-dessus de toutes les montagnes réputées pour leur fertilité et leur hauteur majestueuse, se dresse la montagne de Dieu dans son unique gloire : celle d'avoir accueilli la résidence d'Hachem.