לַמְנַצֵּחַ מִזְמוֹר לְדָוִד׃ - Au chef des chantres, psaume de David.
Ce psaume a été composé au sujet de persécuteurs qui trament le mal en secret, et les commentateurs divergent sur l'identité de ceux qu'il vise. Le Malbim explique que le roi David l'a prononcé contre Doëg l'Édomite et ses compagnons, qui complotaient contre lui, et qu'en fin de compte, ils tombèrent précisément dans le piège qu'ils lui avaient tendu. Le Radak affirme que ce psaume fut prononcé par David lors de sa fuite, et qu'il ne vise donc point Doëg et ses acolytes, mais Saül. Rachi rapporte que le Midrash applique ce psaume à Daniel jeté dans la fosse aux lions, et ajoute : « et toute la langue du psaume s'applique à merveille à cette Haggada » - c'est-à-dire que le texte du psaume concorde parfaitement avec l'enseignement de nos Sages. Nous emprunterons ces trois voies conjointement, et nous expliquerons chaque verset selon chacune de ces approches.
Si l'on demande : l'histoire de Daniel s'étant déroulée de nombreuses années plus tard, comment David peut-il prier pour lui ? À cela, Rachi répond : David vit tout cet événement par le Roua'h Hakodesh (l'esprit de sainteté) et pria pour lui, car Daniel était de sa descendance. En effet, Daniel et ses compagnons appartenaient à la lignée royale, comme il fut annoncé à Hizkiyahou : « et l'on prendra de tes fils, que tu auras engendrés, pour en faire des eunuques ». Telle fut la sanction infligée à Hizkiyahou pour avoir accueilli Mérodakh-Baladan, fils de Baladan, venu admirer celui pour qui le Saint, béni soit-Il, avait accompli le miracle de faire reculer le soleil de dix degrés. Le Saint, béni soit-Il, lui annonça que le châtiment serait que ses descendants deviennent des fonctionnaires dans le palais du roi de Babylone - et il s'agissait de Daniel, 'Hanania, Michaël et Azaria.
שְׁמַע־אֱלֹהִים קוֹלִי בְשִׂיחִי מִפַּחַד אוֹיֵב תִּצֹּר חַיָּי׃ - Écoute, ô Dieu, ma voix lorsque je me plains ; préserve ma vie de l'effroi de l'ennemi.
« Si'hi » désigne le récit, le fait d'exprimer et de raconter ses tourments, à l'instar de « Arid bési'hi » - dans l'abondance de ma plainte. Selon le Radak, « l'effroi de l'ennemi » fait référence à Saül, qui en voulait à sa vie. D'après Rachi, qui applique le verset à Daniel, « l'ennemi » désigne les satrapes qui complotaient contre lui : « Alors les chefs et les satrapes cherchèrent un prétexte pour accuser Daniel » - les ministres et les dignitaires cherchaient un grief à imputer à Daniel, car ils voyaient d'un mauvais œil que le roi l'estime à ce point, qu'il ait changé son nom en Belteshatsar et lui ait offert des présents. Le roi lui vouait une profonde admiration, ce qui a toujours suscité la jalousie des nations lorsqu'un Juif devenait un intime du pouvoir.
Le saint Alshikh relève une nuance dans le verset : « Écoute, ô Dieu, ma voix dans ma plainte » - même si la promesse « Avant qu'ils n'appellent, Je répondrai » ne s'accomplit pas à mon égard, c'est-à-dire avant même que je n'exprime ma peine, daigne au moins m'écouter au moment où je m'épanche. Mais dans la suite du verset, David modifie sa supplique : « préserve ma vie de l'effroi de l'ennemi » - ici, n'attends pas que je prie, mais protège ma vie avant même que j'aie ouvert la bouche. Et pourquoi ? Comme nous le verrons plus loin, il arrive que l'ennemi agisse en secret, et lorsqu'il frappe en traître, le coup est immédiat ; je n'aurai ni le temps de me préparer ni celui d'adresser une prière. C'est pourquoi il demande : « préserve ma vie de l'effroi de l'ennemi » - avant même que je ne m'épanche.
תַּסְתִּירֵנִי מִסּוֹד מְרֵעִים מֵרִגְשַׁת פֹּעֲלֵי אָוֶן׃ - Dérobe-moi au complot des malfaiteurs, au tumulte des artisans d'iniquité.
Le Radak explique que « sod » signifie une réunion, un rassemblement, comme dans : « Je ne me suis point assis dans l'assemblée des railleurs », ou encore « dans le cercle des jeunes gens réunis ». Et pourquoi une assemblée est-elle appelée « sod » ? Parce que les membres du conseil se réunissaient afin que chacun expose son avis et son conseil, pour parvenir ainsi à une résolution commune. C'est de là que le terme « sod » en est venu à désigner une assemblée secrète ou un rassemblement.
Le Radak rapporte un autre exemple au nom de son père à propos du mot « tsom » (jeûne) : qu'est-ce qu'un tsom ? Une notion de rassemblement et d'attroupement, comme dans « tsama » (une tresse) - le rassemblement de mèches de cheveux en une seule tresse, ou comme dans « tsomèt » (un carrefour) - la convergence de plusieurs voies. Et pourquoi le mot « tsom » en est-il venu à désigner le jeûne ? Parce qu'on avait coutume de se rassembler pour jeûner, et ce rassemblement pour le jeûne fut appelé tsom, au point de devenir le terme désignant le jeûne lui-même. Il en va de même ici : bien que le sens de « sod » soit de parler en secret, du fait que ceux qui veulent parler en secret se réunissent, « bessod » signifie donc en assemblée. « Cache-moi du complot des méchants » - de ces malfaiteurs qui veulent me nuire, qui s'assemblent et se réunissent ensemble.
« De la foule tumultueuse des artisans d'iniquité » - de la multitude de ceux qui commettent le mal. Comme il est dit : « Je ferai cesser la multitude de l'Égypte », que le Targoum traduit par « véavatèl yat étroguèchat Mitsrayim » ; on voit donc que « rigcha » signifie la foule. Et nous avons déjà vu que le Malbim explique qu'une foule est appelée ainsi parce que lorsqu'un grand nombre de personnes se rassemblent, il y a un grondement : tout est en ébullition, il y a un murmure perpétuel, et allez donc essayer de faire taire une telle masse. Rachi explique « de la foule tumultueuse des artisans d'iniquité » : ils s'agitent, c'est-à-dire qu'ils se rassemblent et s'échauffent pour comploter ma mort, comme dans l'expression « harguichou 'al malka » (ils accoururent tumultueusement auprès du roi), et selon son explication, ils se rassemblent pour chercher un moyen de faire périr Daniel.
Le saint Alshikh enseigne ici un principe majeur : il existe deux sortes de malfaiteurs. Il y a ceux qui agissent dans le secret - ils planifient tout clandestinement, gardent tout sans que personne ne le sache, et lorsque vient le moment de vérité, ils frappent d'un coup soudain et irrémédiable. Et face à eux, il y a ceux qui ne savent pas garder un secret : ils dévoilent leurs projets à l'avance : « Écoute, je vais l'attraper, je vais en finir avec lui ». Ces gens sont incapables de contenir leur dessein secret, et aussitôt ils affûtent leurs paroles et médisent contre celui qu'ils veulent attaquer - et ils sont bien moins dangereux que les premiers.
La raison en est simple. Premièrement, lorsqu'un homme parle, quatre-vingts pour cent de la pression et de la vapeur sont déjà évacués ; le simple fait d'extérioriser ce qu'il a en lui l'apaise. Celui qui crie : « Je vais le tuer ! » - par ce vacarme même, il s'est déjà calmé. En revanche, celui qui garde tout en lui est le plus dangereux : en un instant, il explose. Deuxièmement, quand l'homme parle, on vient déjà m'avertir : fais attention, untel a dit qu'il attendait que tu tombes entre ses mains - et je me tiens sur mes gardes. Mais quant à celui qui agit en secret, je ne sais absolument rien de ce qui se trame : il me dira « bonjour » avec le sourire, et l'instant d'après, on reçoit un coup de couteau dans le dos. Cela survient par surprise, sans qu'on y soit préparé. C'est pourquoi l'Alshikh explique : « Cache-moi du complot des méchants, de la foule tumultueuse des artisans d'iniquité » - préserve-moi de ceux qui gardent leurs projets secrets, ces fauteurs d'injustice qui se rassemblent et agissent dans l'ombre, car ce sont eux qui m'inquiètent le plus.
Le Malbim explique que le verset englobe ces deux groupes : « Cache-moi du complot des méchants » - ceux qui trament le mal contre moi en secret ; « de la foule tumultueuse des artisans d'iniquité » - ceux qui se liguent contre moi avec tumulte, par la révolte et en attroupement ouvert. « Rigchat » s'apparente à « Pourquoi les nations s'agitent-elles » - une notion d'agitation, et une agitation est une chose manifeste. Le secret s'élabore dans le silence, tandis que la sédition se fait à grand bruit et avec fracas. Selon l'Alshikh, le verset n'a parlé jusqu'ici que de ceux qui complotent en secret, ceux qui s'extériorisent venant au verset suivant ; selon le Malbim, en revanche, les deux factions sont déjà mentionnées ici.
אֲשֶׁר שָׁנְנוּ כַחֶרֶב לְשׁוֹנָם דָּרְכוּ חִצָּם דָּבָר מָר׃ - Eux qui ont aiguisé leur langue comme une épée, et ajusté leur flèche, parole amère.
L'Alshikh poursuit dans cette voie : la seconde catégorie, ceux qui parlent immédiatement du mal qu'ils veulent faire - « ils ont aiguisé leur langue comme une épée ». Ils affûtent l'épée, la rendent tranchante, mais ils le font ouvertement, par leur langue. C'est pourquoi je ne les crains pas autant ; le tort qu'ils causent n'est pas si grand et a peu de chances de se concrétiser. Et tout ce que l'on voit lorsqu'« ils ont ajusté leur flèche », ce n'est rien d'autre qu'une « parole amère », ce discours venimeux qu'ils ont proféré. L'armement de leur arc se résume à de méchantes paroles contre moi, et il est probable que l'affaire s'arrête là : ils ont déjà vidé leur sac et n'agiront pas davantage. Cela est bien moins inquiétant que ce « complot des méchants » et ce « tumulte des artisans d'iniquité », qui ne se contentent pas de parler, mais sont de véritables fauteurs de tort.
Le Malbim explique : « Eux qui ont aiguisé leur langue comme une épée » - le texte compare la langue à une épée, car l'épée tue de près. De plus : « ils ont ajusté leur flèche, parole amère » - on enduisait la flèche de venin. Le but était de ne laisser à la victime aucune chance de survie ; en effet, si l'on est seulement touché à l'épaule, on peut encore continuer à combattre, mais si l'on a enduit la flèche de poison, en trois ou quatre minutes il atteint le cœur. « Une parole amère » désigne ce venin dont ils enduisaient les flèches. Et la flèche tue à distance : par quel moyen ? En colportant du lachone hara sur mon compte et en me calomniant en secret. Selon le Malbim, il s'agit de Doëg et de ses compagnons, maîtres de la médisance : eux-mêmes ne viennent pas me faire du mal ni me frapper, ils ont simplement proféré cette calomnie - et aussitôt Saül envoie ses hommes pour me tuer. Leurs flèches sont tirées de loin.
Le Radak, qui applique ce psaume à Saül, explique que « ceux qui ont aiguisé leur langue comme une épée » sont les complices de Saül : les Ziphites, les habitants de Keïla et leurs semblables, qui venaient trouver Saül pour lui dire : « David ne se cache-t-il pas parmi nous ? ». Ces hommes ont aiguisé leur épée et m'ont dénoncé auprès de Saül. « Ils ont ajusté leur flèche » - ils ont bandé l'arc pour tirer, et la flèche est cette « parole amère ». L'arc est comparable à la bouche, et la flèche à la parole, qui part et frappe à distance.
לִירֹת בַּמִּסְתָּרִים תָּם פִּתְאֹם יֹרֻהוּ וְלֹא יִירָאוּ׃ - Pour tirer en cachette sur l'homme intègre ; soudain ils tirent sur lui et n'ont point de crainte.
Le Radak explique : « Tam » (l'homme intègre) - David parle de lui-même, disant qu'ils tirent sur lui en secret. Et pourquoi « tam » ? Parce qu'il se conduisait avec eux en toute intégrité, n'ayant fait de mal à aucun d'eux ni causé le moindre tort. « Soudain ils tirent sur lui » - je ne m'y étais pas préparé et je ne me méfiais pas de ces gens ; je me trouvais avec les Ziphites et leurs semblables, et soudain ils m'ont calomnié auprès de Chaoul et ont décoché leur flèche, c'est-à-dire la parole. « Et n'ont point de crainte » - ceux qui ont tenu ces propos en secret ne craignaient pas que le Saint, béni soit-Il, entende. Tu es allé dénoncer David auprès de Chaoul, espérant peut-être en tirer profit et pensant recevoir une récompense de sa part, mais il y a Quelqu'un qui voit, et c'est le Saint, béni soit-Il. Et c'est là le sens de « ils n'ont point de crainte » : ils n'éprouvent aucune crainte d'Hachem.
L'Alshikh revient ici sur ceux qu'il redoute véritablement : ceux qui tirent en cachette, dissimulent leur dessein et frappent l'homme intègre depuis leur retraite. Et la plus grande crainte réside dans « soudain ils tirent sur lui » : celui qui agit dans l'ombre frappe soudainement ; on n'y est pas préparé et on ne peut s'en prémunir, car il a dissimulé sa haine et son désir de nuire. Dès lors, on ne sait comment se protéger et le mal est irréparable. On peut également lire « vélo yiraou » non pas selon le sens littéral, mais au sens où ils ne sont pas vus : soudain ils tirent sur lui sans qu'il les ait aperçus auparavant, car ils se tenaient cachés et dissimulés. Ce n'est pas le sens premier - car au sens littéral, « yiraou » relève de la racine de la crainte - mais cela apporte un éclairage profond sur le sujet.
Le Malbim explique : « ils ont ajusté leur flèche pour tirer » - comme on arme une arme et ajuste les flèches pour décocher le tir ; « pour tirer en cachette sur l'homme intègre » - afin qu'il ne les voie pas et ne prenne pas garde contre eux ; « soudain ils tirent sur lui » - pour qu'il n'ait pas le temps d'échapper. Le mot « soudain » s'applique dans les deux sens : ils tirent sur l'homme intègre en secret par surprise, puis ils lui tirent dessus soudainement, sans la moindre crainte.
Et de quoi n'ont-ils pas peur ? Selon le Malbim, ils n'ont pas peur de moi, ils ne craignent pas que je me dresse contre eux. En temps normal, ils auraient dû craindre : Chaoul était déjà sur le déclin, et il y avait lieu de redouter que David ne règne et ne règle ses comptes avec quiconque ne s'était pas aligné avec lui, comme il était d'usage à leur époque et en tout lieu, où le roi place ses fidèles aux postes de confiance. Cette réalité pousse généralement les gens à craindre de commettre des actes qui finiront par leur nuire. Mais eux ont agi en cachette : David ignore que nous sommes contre lui, c'est en secret que nous sommes allés chuchoter à Chaoul. Et si David ne le sait pas, je pourrai plus tard clamer mon innocence et dire : « Je ne t'ai rien fait, j'étais avec toi et j'attendais ton avènement, et qui peut savoir ce qu'il y a dans mon cœur ? » C'est pourquoi ils tiraient en cachette et ne craignaient pas que je règne un jour et tire vengeance d'eux.
יְחַזְּקוּ־לָמוֹ דָּבָר רָע יְסַפְּרוּ לִטְמוֹן מוֹקְשִׁים אָמְרוּ מִי יִרְאֶה־לָּמוֹ׃ - Ils s'affermissent dans un mauvais dessein, ils se concertent pour tendre des pièges ; ils disent : qui les verra ?
Le Malbim explique : il y a ici plusieurs aspects. Le premier est la médisance proférée contre lui, comme nous l'avons expliqué, et le second est qu'ils lui préparaient concrètement des pièges. « Ils s'affermissent dans un mauvais dessein » - ils consolident un piège funeste dans lequel David trébuchera. Un « piège » (mokèch), au sens simple, est une fosse ou un obstacle dans lequel un homme tombe en marchant, mais au sens figuré, il ne s'agit pas nécessairement d'une pierre d'achoppement : il peut s'agir d'une embûche préparée pour causer sa mort - en l'entraînant dans des paroles jusqu'à ce qu'il dise quelque chose qui le condamne par ses propres propos, incitant le roi à le mettre à mort. De même, pour « tu ne mettras pas d'obstacle devant un aveugle », il ne s'agit pas uniquement d'un obstacle physique sur le chemin, mais, selon l'enseignement de nos Sages, de ne pas lui donner un conseil qui lui soit préjudiciable.
D'après cela, le Malbim explique : ils se concertaient sur la manière de poser des pièges à David, pièges qui seraient dissimulés sur sa route, et ils disaient : « qui les verra ? » - ils sont si bien cachés que personne ne peut les apercevoir, et David y succombera assurément. Et c'est bien ce qui s'est produit : Chaoul demanda à ses hommes de filer David, de lui témoigner de l'amitié tout en venant lui révéler où il se cachait. David s'enfuit sans cesse et je n'arrive pas à le capturer, mais si nous avons une taupe sur place - quelqu'un qui se tiendra aux côtés de David, lui montrera un visage bienveillant et feindra d'être avec lui, tout en nous révélant où il se trouve - c'est ainsi que nous le capturerons. Telles sont les embûches qu'ils voulaient lui tendre.
Le Radak explique « ils s'affermissent dans un mauvais dessein » : c'est le mal qu'ils commettaient en parlant à Chaoul et en le confortant dans ses griefs contre moi, répétant ces accusations sans relâche. « Tendre des pièges » - ils ont déployé un filet pour me capturer. Et ceux qui médiraient sur moi en secret disaient : « qui les verra ? », le Radak expliquant fidèlement à sa démarche que cela se réfère au Saint, béni soit-Il, comme il est dit plus haut « et n'ont point de crainte » - ils ne craignaient point Hachem. Et le Radak ajoute : bien que certains proférassent leurs médisances ouvertement, comme les Ziphites et Doëg l'Édomite, d'autres agissaient en secret par crainte : qui sait, si David l'apprenait puis montait sur le trône avec le pouvoir en main, il pourrait leur rendre selon leur méchanceté. C'est pourquoi ils agissaient dans l'ombre, tendaient des pièges et disaient : personne ne nous verra, et ils ne craignaient pas non plus le Saint, béni soit-Il.
Rachi, selon sa coutume, interprète ce verset au sujet de Daniel : « ils se concertent pour tendre des pièges » - ils parlaient au roi avec ruse, par des paroles détournées, si bien que le roi lui-même ne comprenait pas le but de leur manœuvre. Ils vinrent trouver Darius avec un décret dont l'unique dessein était de tendre un piège à Daniel : « Tous les ministres du royaume se sont concertés pour établir un édit royal » - que durant trente jours, personne dans tout le royaume n'adresse de prière à un dieu quelconque, si ce n'est au roi seul. Et ils savaient pertinemment que Daniel ne se plierait pas à cet ordre draconien ; le piège serait ainsi refermé, et Daniel éliminé. « Ils disent : qui les verra ? » - personne ne percera ce plan à jour. Le roi, flatté qu'on veuille l'honorer en ne se prosternant et en ne priant que devant lui, se dit : « Excellente idée, pourquoi pas ? » Il ne comprend pas que c'est Daniel qui en paiera le prix, et que tout le complot n'est dirigé que contre lui.
On en trouve une illustration à notre époque : certaines lois ou réglementations sont formulées de manière très ciblée, afin de convenir à certains milieux et d'en exclure d'autres. Si l'on veut écarter d'emblée les anciens élèves de yeshiva d'un appel d'offres ou d'un concours d'embauche, on exige un certain nombre d'années d'études secondaires ; car à leurs yeux, l'étude de la Torah n'est pas considérée comme une formation - celui qui a étudié le chinois ancien à l'université est titulaire d'un diplôme, tandis que celui qui s'est consacré à la Guémara et à la Torah d'Hachem n'a rien, bien qu'il possède une acuité et une intelligence bien supérieures. De même, on exige une flexibilité horaire et une disponibilité sept jours sur sept, excluant ainsi d'office tout chomer Chabbat. On façonne d'avance des critères taillés sur mesure pour leurs affidés. C'est exactement ainsi qu'ont agi ces comploteurs : ils ont conçu un décret en sachant d'avance que le seul à y succomber serait Daniel, le seul qui ne pourrait renoncer à adresser ses prières à Hachem durant trente jours.
Le psaume dépeint l'angoisse face à l'ennemi caché : selon le Malbim, à propos de Doëg et de ses complices ; selon le Radak, face à Saül et à ses délateurs ; et selon Rachi, par roua'h hakodech, au sujet de Daniel et de ses adversaires. « Chéma Élo-him koli bési'hi » (« Écoute, ô D.ieu, ma voix dans ma plainte ») - et plus encore : « Mipa'had oyev titsor 'hayeï » (« De l'effroi de l'ennemi, préserve ma vie »), avant même que j'ouvre la bouche, car le coup de l'adversaire invisible est soudain et ne laisse aucun répit pour s'y préparer. Le « sod » (complot secret) et la « rigchat » (tumulte public) désignent deux factions : ceux qui complotent dans l'ombre et ceux qui se rassemblent ouvertement ; et les plus redoutables sont les maîtres du secret, dont la langue est un glaive au corps à corps et la flèche empoisonnée frappe à distance. Ils décochent leurs traits en secret contre l'homme intègre, sans craindre ni la riposte de David ni le regard du Saint béni soit-Il, tendant des pièges que nul ne peut discerner - à l'image de ce décret pernicieux tramé contre Daniel. D'où cette supplication, « Tastiréni » (« Dérobe-moi ») : face à ce danger invisible contre lequel nul ne sait comment se prémunir, David implore le Saint béni soit-Il de le dissimuler Lui-même et de préserver sa vie.