Le psaume 58 poursuit la réprimande adressée par David Hamelekh à ceux qui entourent Saül et le calomnient, ces hypocrites et ces flatteurs qui retournent le cœur du roi contre lui. Dans cette partie, David s'interroge sur l'origine d'un menteur invétéré, compare les médisants à un serpent qui mord sans en tirer aucun plaisir, et prie finalement pour que le Saint, béni soit-Il, brise leurs instruments de destruction.
זֹרוּ רְשָׁעִים מֵרָחֶם תָּעוּ מִבֶּטֶן דֹּבְרֵי כָזָב׃ - Dès le sein maternel, les impies se sont dévoyés ; dès les entrailles, les menteurs s'égarent.
Rachi explique que le mot « zorou » vient de « zarim » (étrangers) : dès les entrailles de leur mère, ils deviennent étrangers au Saint, béni soit-Il. Comment une telle chose est-elle possible dès le ventre maternel ? Rachi précise : à l'image d'Ésaü qui, alors qu'il était encore dans le sein de sa mère, s'agitait pour sortir dès qu'elle passait devant un temple d'idolâtrie. En outre, « zorou » évoque aussi l'idée de dispersion et d'éparpillement : dès cet instant, ils se dispersent et s'éloignent.
La Guémara applique ce verset à cette femme enceinte qui ressentit une irrésistible envie de consommer un aliment interdit le jour de Yom Kippour ; on lui chuchota à l'oreille que c'était Yom Kippour, mais elle n'en fut pas apaisée et dut manger. Il naquit d'elle Chabtaï, l'accapareur de fruits, un homme impie au sujet duquel il est dit : « Dès le sein maternel, les impies se sont dévoyés ». En revanche, pour une autre femme qui fut calmée par ce chuchotement et dont l'envie s'apaisa, il en sortit Rabbi Yo'hanan, auquel s'applique le verset : « Avant même de te façonner dans le ventre de ta mère, Je te connaissais », car sa grandeur était déjà manifeste dès le sein maternel.
L'Alshikh Hakadosh explique que David Hamelekh déclare ici : jusqu'à présent, j'ai évoqué votre silence, le fait que vous n'ayez pas dit à Saül qu'il devait m'être reconnaissant de lui avoir sauvé la vie et de ne pas l'avoir tué lorsque les occasions s'offraient à moi, au lieu de s'acharner à me pourchasser. À présent, j'en viens à quelque chose de bien plus grave : vous avez poussé la dérision jusqu'à prétendre que David inventait des histoires, que le pan du manteau n'avait absolument pas été coupé par ma main, mais qu'il s'était déchiré sur une épine, que je l'avais trouvé par terre et que j'échafaudais des mensonges.
Et pourquoi sont-ils qualifiés de « menteurs » ? Peut-être pensaient-ils sincèrement ce qu'ils disaient ? L'Alshikh répond : c'est impossible, car la différence saute aux yeux entre une découpe nette faite au couteau ou aux ciseaux et une déchirure provoquée par un buisson d'épines, la « sira » (comme dans l'expression « le crépitement des épines »). Une déchirure par une épine présente manifestement un aspect d'arrachement accidentel, tandis qu'une coupe aux ciseaux ou à la lame affûtée porte la marque d'un geste précis et intentionnel, qui ne saurait survenir fortuitement. Il s'ensuit que lorsqu'ils ont prétendu que « cela s'est déchiré sur une ronce », ils ne commettaient pas une méprise : ils fabriquaient délibérément ce récit tout en sachant pertinemment qu'ils mentaient. Ce sont de véritables menteurs.
C'est pourquoi David s'étonne : d'où provient un tel mensonge ? Comment en vient-on à avoir le cœur assez endurci pour débiter de telles faussetés ? Si l'on voulait prétendre que l'homme hérite de certains traits par nature de son père, dès sa formation dans le sein maternel, David répond que cela n'est pas recevable. En effet, en matière d'immoralité, on peut certes concevoir que l'enfant reçoive cette inclination des actes de son père, car cela relève du même domaine : une union dépourvue de sainteté engendre chez l'enfant des tares liées au manque de sainteté, et la nature de l'engendrement reflète l'esprit de cette union. C'est ce qu'a dit le prophète Osée : « Ils ont trahi l'Éternel, car ils ont engendré des enfants étrangers ». En quoi ont-ils trahi ? Dans l'acte même de l'union, accomplie dans la débauche ou de manière indigne, ce qui a donné naissance à des enfants étrangers. Mais comment un manquement à la justice et à la droiture pourrait-il naître chez un enfant au point d'en faire un menteur invétéré ? L'égarement du père dans son union intime ne concerne pas ce trait de caractère, et la faute commise par le père n'engendre pas un enfant menteur.
Par conséquent, affirme l'Alshikh, « Dès le sein maternel, les impies se sont dévoyés » : cela, je le comprends, car l'impiété est généralement une atteinte à la sainteté, et ils sont devenus étrangers par leurs actes dès la matrice. Mais « dès les entrailles, les menteurs s'égarent » - prétendre que c'est à cause de leur gestation qu'ils sont devenus des menteurs ? Voilà qui est inconcevable. D'où provient un tel faiseur de mensonges ? Cela ne peut en aucun cas venir du ventre maternel.
Le Malbim explique que ces hypocrites et ces flatteurs, qui viennent courtiser Chaoul pour s'attirer ses bonnes grâces en lui colportant des récits, sont bien pires que les impies déclarés agissant au grand jour. Et pourquoi ? Parce que les impies « se sont dévoyés dès le sein maternel » - le Malbim explique que l'expression « dès le sein maternel » signifie ici après la sortie du sein, c'est-à-dire qu'ils sont devenus impies à partir de leur naissance, et non pas, comme nous l'avions expliqué jusqu'ici, dès l'intérieur de la matrice, mais bien après la naissance. En revanche, « ils se sont égarés dès le ventre maternel, ceux qui profèrent le mensonge » - ceux-là se sont déjà fourvoyés dans le ventre de leur mère, avant même de naître.
Le sens de ces propos est le suivant : la méchanceté n'est pas innée chez l'homme, elle est acquise. La nature première de l'homme incline vers la droiture, et la perversité lui vient plus tard par le biais de mauvais compagnons, de voisins, de maîtres corrompus ou d'influences semblables - et c'est là tout le drame des mauvaises fréquentations, qui causent le pire des torts. Un jeune enfant possède une foi naturelle ; il parle au Saint béni soit-Il, même s'il grandit dans un milieu éloigné ou laïque : « Mon D.ieu, je voulais Te raconter le rêve que j'ai fait cette nuit dans mon lit ». Où cela disparaît-il ? En grandissant, il commence à assimiler des idées fausses, à acquérir des désirs corrompus, à s'imprégner de méchanceté - et c'est alors qu'il devient impie.
Mais chez les menteurs invétérés, ce penchant est ancré en eux. C'est saisissant, et on peut déjà l'observer chez de jeunes enfants : dès le plus jeune âge, certains manifestent une tendance au mensonge chronique, la fausseté fait partie de leur nature. Cela ne veut pas dire qu'on ne puisse pas y remédier ni l'éduquer, et il existe des méthodes pour cela, mais dans le mensonge, on ne dit pas : « Untel a menti, alors moi aussi je mens ». Dans le domaine du mal ou de la dépravation, l'homme apprend des autres : puisque l'autre vole, il vole aussi ; puisque l'autre faute, il faute également. Mais être une personne intègre ou menteuse dépend généralement de la nature profonde de chacun. On peut voir dans une même famille des enfants éduqués exactement de la même manière, et pourtant l'un d'entre eux a une propension au mensonge : pour un rien, avec ou sans raison, utile ou non, il dira toujours des contre-vérités. Deux personnes ont assisté à la même scène, et voilà qu'il ajoute des détails inexistants. Pourquoi ? C'est dans sa nature. Et d'où vient cette nature ? « Dès le ventre maternel » - alors que le fœtus est encore dans le sein de sa mère, ce trait s'est déjà imprimé en lui, et il vient au monde avec.
חֲמַת לָמוֹ כִּדְמוּת חֲמַת נָחָשׁ כְּמוֹ פֶתֶן חֵרֵשׁ יַאְטֵם אָזְנוֹ׃ אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמַע לְקוֹל מְלַחֲשִׁים חוֹבֵר חֲבָרִים מְחֻכָּם׃ - Ils ont un venin semblable au venin du serpent, comme une vipère sourde qui bouche son oreille ; qui n'écoute point la voix des charmeurs, du plus habile enchanteur de charmes.
Le mot « 'hèmat » évoque une brûlure, une fureur ardente. Et qu'est-ce que la fureur du serpent ? C'est son venin. Eux aussi possèdent un venin, et ils tuent leurs semblables par leur fiel tout comme le serpent blesse et tue par son venin. « Comme une vipère sourde » - ils sont comparables à la vipère, une espèce de serpent qui est sourde.
Et quelle est cette surdité ? Rachi explique : lorsqu'il vieillit, le serpent devient sourd d'une oreille, et lorsqu'il refuse d'entendre, il obstrue la seconde avec de la terre en la plaquant au sol. Et que refuse-t-il d'entendre ? « Qui n'écoute point la voix des charmeurs ». À l'époque, lorsqu'on voulait neutraliser un serpent, la coutume était de faire appel à un charmeur de serpents, capable de murmurer des incantations spécifiques pour paralyser l'animal et l'empêcher de nuire. Ainsi, pour dépeindre un reptile redoutable contre lequel rien ne peut agir, le verset déclare « qui n'écoute point la voix des charmeurs » - même en faisant venir le charmeur de serpents le plus réputé, l'animal n'entend rien : une oreille est déjà sourde, et l'autre est bouchée par la poussière. Dans un tel état, le serpent devient extrêmement dangereux, car nul ne peut le neutraliser.
« Du plus habile enchanteur de charmes » - celui qui murmurait ces formules était appelé « 'hover », d'où l'expression « 'hover 'havarim » (celui qui lie par des charmes). Et quelle que soit l'habileté de cet expert dans son art et ses formules, le serpent refuse d'écouter.
Fait remarquable : la plupart des serpents sont sourds, voire tous. Parfois, les gens crient et font du bruit pour effrayer un serpent, alors que celui-ci n'entend absolument rien - « comme une vipère sourde qui bouche son oreille ». Et si l'on demande : comment se fait-il alors que le charmeur indien joue de la flûte devant le serpent dans sa corbeille, et que le serpent se dresse et semble danser ? La réponse est que ce n'est pas le son de la flûte qui agit, mais son mouvement : le serpent voit la flûte osciller et se dresse en conséquence. La vue du serpent est excellente. D'ailleurs, lorsqu'un serpent attaque, c'est avant tout lorsqu'il perçoit un mouvement ; et il ne fait pas que le voir, il le ressent également grâce à sa langue - c'est avec sa langue qu'il capte les odeurs et perçoit les vibrations, elle lui sert en quelque sorte de boussole. Quand une personne bouge, le serpent la détecte ; mais si elle reste immobile, il ne la perçoit pas et la considère comme un mur ou un rocher. C'est pourquoi, face à un serpent, la règle essentielle est de rester parfaitement immobile, sans le moindre geste ; dès que l'on bouge, le serpent interprète cela comme une agression, et la situation peut devenir extrêmement périlleuse.
Le Radak relève la précision du terme « semblable à » (kidmouth) : leur méchanceté est visible sur leurs traits. Il arrive que l'on voie une personne en colère et que l'on ait l'impression qu'un feu jaillit d'elle, « car un feu s'est allumé dans Ma fureur » - tout son être s'embrase, elle rougit et semble bouillonner. C'est le sens de « semblable à » : regardez leur apparence et vous constaterez qu'en s'emportant, ils crachent du venin par leur bouche et par leur regard, tel un serpent qui projette son poison.
D'ailleurs, les livres saints enseignent qu'il est interdit de regarder une personne en colère, car c'est un moment où domine en elle la Sitra A'hara (le côté de l'impureté), et celui qui la regarde en subit un préjudice spirituel. C'est l'exact opposé du réflexe habituel : quand quelqu'un s'emporte et perd le contrôle, tout le monde l'observe pour voir ce qu'il va faire. Or il faut agir à l'inverse - c'est ici qu'intervient la vigilance du regard (chemirat einayim) : il faut tourner le dos, refuser de le regarder, et avoir conscience que cette vue est toxique et nocive pour l'âme.
Le Radak poursuit : puisqu'il les a comparés à un serpent, il les a comparés au plus redoutable de l'espèce, au plus dangereux de tous les serpents, à savoir l'aspic sourd. Et pourquoi est-il si dangereux ? Parce que tout autre serpent peut être maîtrisé par des incantations, alors qu'ici, aucun charme n'est efficace, car il se bouche les oreilles.
Le saint Alshikh relie ces propos à l'enseignement de nos Sages sur le verset de Kohélet : « Si le serpent mord faute d'incantation, quel avantage y a-t-il pour l'homme à la langue médisante ? » (nous avons déjà développé ce point lors de l'étude du livre de Kohélet). On demande au serpent : le lion dépèce et dévore, le loup déchire sa proie et mange, mais toi, quel plaisir en retires-tu ? Tout fauve qui chasse le fait pour se nourrir. Un homme ou une biche peuvent passer à côté d'un lion sans qu'il ne leur fasse le moindre mal, simplement parce qu'il est repu. Ce n'est que lorsqu'il a faim qu'il attaque et dévore, il n'y a pas chez lui de « grignotage » - s'il n'a pas faim, il n'attaque pas. En revanche, le serpent mord parfois et s'en va ; certes, il lui arrive de mordre pour manger, mais il arrive aussi qu'il morde et poursuive sa route sans aucune intention de se nourrir. Quel plaisir en retires-tu donc ?
Et que répond le serpent ? Au lieu de m'assaillir de questions, va plutôt interroger le médisant - « et quel avantage y a-t-il pour l'homme à la langue médisante ? ». C'est exactement la même chose : il colporte du lachon hara, mais quel plaisir en tire-t-il, qu'y a-t-il gagné ?
L'idée sous-jacente, comme l'expliquent les maîtres du Moussar, est la suivante : lorsqu'on souhaite s'élever au-dessus de son prochain, on peut y parvenir de deux manières. La première consiste à monter sur une table : on devient alors plus grand, et l'autre reste plus bas. La seconde consiste à poser sa main sur sa tête et à l'écraser vers le bas : là encore, on se retrouve plus haut. Mais quelle est la différence ? Dans le premier cas, on est devenu réellement plus grand, on a acquis une véritable élévation ; dans le second, on a gardé la même taille, on a simplement rabaissé l'autre. De même, un homme peut acquérir une supériorité sur son prochain de deux façons : soit en progressant véritablement - être un homme de vérité, accomplir des mitsvot, se rapprocher d'Hachem, étudier la Torah -, et acquérir ainsi une grandeur intrinsèque qui l'élève naturellement au-dessus des autres. Soit par une autre voie, bien plus facile, car la première est difficile, longue et exigeante : « Qui est-il, celui-là ? Il ne vaut rien », « Et lui ? Mieux vaut que je ne dise pas ce que je sais sur son compte », et ainsi de suite pour un troisième - on rabaisse tout le monde, et l'on comprend implicitement qui est la seule personne valable ici. Remarquez bien : on n'a rien eu à investir en soi-même, le seul investissement a consisté à rabaisser autrui. Et c'est précisément cela, le serpent : « quel avantage pour le médisant » - il n'a acquis aucune supériorité réelle, il s'est contenté d'humilier les autres.
C'est d'après ce principe que David HaMélekh s'exclame : « Leur venin ressemble au venin d'un serpent » - quel plaisir en tirent-ils donc ? Quand Avner raconte à Chaoul que le manteau s'est simplement déchiré dans une ronce, qu'as-tu gagné à cela ? Tu as causé un tort immense à David, tu as attisé les braises - Chaoul s'était déjà apaisé, et toi, tu as rajouté de l'huile sur le feu. Et si tu prétends que ce combustible t'est utile et te procure un avantage, quel avantage en as-tu retiré ? Es-tu devenu roi ? T'a-t-on nommé à une fonction plus élevée que celle que tu occupes déjà, général en chef de l'armée de Chaoul ? Cela te permettra-t-il de régner après Chaoul ? Qu'y as-tu gagné ? C'est précisément l'argument de David : tout comme le serpent mord, rabaisse autrui et donne la mort sans aucun profit, toi aussi, tu as mordu sans plaisir, tu n'as gagné aucun crédit auprès de Chaoul et tu n'es pas devenu son successeur.
Et David ajoute : si seulement ils étaient comme un simple serpent, car avec les serpents ordinaires, on peut encore s'arranger, puisque le serpent est réceptif à l'incantation. Mais ils sont pires que le serpent, car ils sont « comme un aspic sourd qui se bouche l'oreille, qui n'écoute pas la voix des charmeurs » - il est impossible de les influencer, je ne peux pas amener Avner à m'écouter, et aucun charme ne saurait éteindre l'incendie qu'il allume.
Le Malbim explique que le serpent mord l'homme sans en tirer de profit, et d'où cela provient-il ? De l'inimitié ancestrale : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme... lui te visera à la tête, et toi tu le viseras au talon ». Le serpent a peur, et juste avant qu'on ne lui écrase la tête, il devance le coup en mordant au talon. C'est ainsi que David HaMélekh décrit le venin des médisants : ils craignent que je ne leur fasse du mal, alors ils anticipent le coup - ils appliquent le venin avant le coup - et se hâtent de mordre et de médire sur moi, telle est leur morsure.
Cependant, dit David, le serpent ordinaire entend le charme et ne cause pas de tort. Quel est le sens de ce charme ? Le Malbim l'explique de façon métaphorique : on dit en quelque sorte au serpent de ne pas craindre l'homme, car l'homme ne cherche pas à le traquer ; si tu ne t'en prends pas à l'homme, l'homme ne s'en prendra pas à toi - les hommes ne courent pas les champs à la recherche de serpents pour leur marcher dessus. Il apparaît donc qu'on peut raisonner le serpent, le convaincre de ne pas avoir peur de l'homme, et dès lors, il ne se précipitera pas pour le mordre.
Dès lors, dit David HaMélekh, il aurait convenu qu'eux aussi se laissent charmer : ne leur ai-je pas montré, en coupant le pan du manteau, et ne leur ai-je pas prouvé avec la gourde d'eau et la lance ? Tous ces actes étaient une sorte de charme, pour leur faire comprendre : voyez que David ne vous veut aucun mal, tout comme on explique au serpent que l'homme ne cherche pas à lui nuire. On vous l'explique et on vous le prouve sous les yeux, et malgré cela, « comme un aspic sourd qui se bouche l'oreille et n'écoute pas la voix des charmeurs », même si c'est le plus habile des enchanteurs qui murmure. Et qu'est-ce qu'un « enchanteur expert » ? Ce n'est pas un homme ordinaire, mais le maître absolu dans son art, venu charmer le serpent - or sur cet aspic, cela n'a aucun effet. David s'exclame : j'ai apporté les meilleures preuves ; existe-t-il preuve plus éclatante que le pan du manteau coupé, attestant d'une découpe délibérée, et l'épisode de la gourde d'eau et de la lance qui parlent d'eux-mêmes ? C'est là l'équivalent de l'enchanteur le plus expert, avec les arguments les plus irréfutables - et pourtant, ils se bouchent les oreilles pour ne pas entendre le charme.
אֱלֹהִים הֲרָס שִׁנֵּימוֹ בְּפִימוֹ מַלְתְּעוֹת כְּפִירִים נְתֹץ ה'׃ - « Ô Dieu, brise leurs dents dans leur bouche ; les mâchoires des lionceaux, fracasse-les, Éternel ! »
Le Radak explique que, puisque David HaMélekh a mentionné plus tôt « leurs dents sont une lance et des flèches » (chapitre 57, verset 5), comparant les dents de ses ennemis à des lances et des flèches, il demande maintenant à Hakadoch Baroukh Hou de les arracher : « Brise leurs dents dans leur bouche » - ces dents qui sont comme des lances et des flèches, détruis-les dans leur bouche, afin que par leurs mauvaises paroles ils ne m'atteignent pas et ne puissent rien contre moi.
Les « maltéot » sont les grosses dents, les molaires. « Les mâchoires des lionceaux, fracasse-les, Éternel » - brise également celles-ci, qui sont semblables aux mâchoires des lionceaux, car ils dévorent leurs proies comme des fauves, et que Hakadoch Baroukh Hou fracasse les mâchoires de ces lionceaux.
Le Malbim explique que David compare leur lachone hara à des dents : tout comme l'animal saisit sa proie avec ses dents, et avec ses mâchoires puissantes il broie la proie, c'est-à-dire qu'il la moud - car les incisives saisissent et les molaires broient -, de même David demande à Hachem de briser leurs dents pour qu'ils ne puissent pas saisir leur proie et ne m'attrapent point ; et au cas où je me trouverais déjà dans leur gueule, qu'Il fracasse leurs mâchoires afin qu'ils ne me broient pas et ne me détruisent point. Le Malbim ajoute qu'en Lachone Hakodech, le terme « hérissah » désigne la destruction d'une chose entière et sa désarticulation, tandis que « nétitsah » signifie pulvériser ce qui a déjà été démoli et le réduire en miettes.
Le Maharits Dushinsky cite, à propos de « Brise leurs dents dans leur bouche », les paroles de la Guémara dans Arakhin (page 15b), selon lesquelles Hakadoch Baroukh Hou a placé deux murailles autour de la langue - une muraille de dents et une muraille de lèvres - afin que la langue ne sorte pas pour proférer du lachone hara. David HaMélekh dit alors : Maître du monde, ici je constate que la barrière a échoué, les dents ne les ont pas retenus, et les voilà qui disent du lachone hara contre moi. Ce n'est donc pas une barrière efficace, et c'est pourquoi « brise leurs dents dans leur bouche » : chez eux, les dents sont devenues inutiles, puisqu'elles ne servent plus de rempart.
Remarquons que le verset s'ouvre par « Ô Dieu (Élo-him), brise leurs dents » et se conclut par « fracasse-les, Éternel (Hachem) ». Pourquoi mentionner que cela s'accomplira à la fois par le Nom Élo-him et par le Nom Havaya ? Le Nom Élo-him indique toujours la rigueur (Din), tandis que le Nom Havaya correspond à la miséricorde (Ra'hamim). Or, il est des situations où l'on voit que, même par l'attribut de miséricorde, Hakadoch Baroukh Hou dispense une chose qui ressemble à un malheur, comme dans « Et Hachem fit pleuvoir sur Sodome » - il n'est pas dit « et Élo-him fit pleuvoir », mais « et Hachem ».
La raison en est la suivante : lorsque la mesure de miséricorde s'accorde avec la mesure de rigueur pour décréter un châtiment, c'est le signe que ce châtiment est absolument inéluctable. Parfois, du côté de la miséricorde, il conviendrait de faire grâce, mais la rigueur l'emporte et le châtiment s'abat ; en revanche, lorsque sont mentionnés à la fois le Nom Élo-him et le Nom Havaya, cela signifie que leur châtiment est si évident que même l'attribut de miséricorde exige qu'on leur applique la rigueur du jugement. Et bien souvent, le jugement lui-même procède de la miséricorde : c'est par compassion que l'on opère un malade ; dira-t-on qu'on lui inflige une souffrance ? Non, c'est un acte de miséricorde, car c'est par compassion qu'on l'opère afin de lui sauver la vie. Ainsi, l'attribut de miséricorde réclame lui aussi d'exercer des représailles contre eux et d'accomplir ce que David HaMélekh demande, d'où l'expression « Ô Dieu, brise leurs dents », suivie de « fracasse-les, Éternel ».
À travers ces versets, David HaMélekh dévoile la racine des calomniateurs qui entourent Chaoul : la méchanceté s'acquiert par la fréquentation d'une mauvaise société et par une mauvaise éducation, elle survient chez l'homme après sa naissance, mais le mensonge est enraciné en lui dès le sein maternel ; c'est pourquoi les menteurs sont plus graves que les impies. Ils sont comme le serpent qui distille son venin sans en tirer aucun profit - car il n'y a aucun avantage pour le médisant, qui n'acquiert aucune grandeur pour lui-même mais ne fait que rabaisser autrui - et ils sont pires que le serpent, car le serpent peut être charmé par des incantations, alors qu'eux se bouchent les oreilles même devant les preuves les plus éclatantes que David leur a montrées. C'est pourquoi David prie Hakadoch Baroukh Hou de briser leurs dents et leurs mâchoires, et que la mesure de rigueur tout comme celle de miséricorde y consentent d'un même accord.