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Chapitre 56 - David chez Akhich à Gath - 1ère partie

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Introduction : un psaume de fuite

Le chapitre 56 se rapporte à l'une des périodes les plus sombres de la vie de David : sa fuite devant Chaoul hors des frontières de la terre d'Israël, auprès d'Akhich, roi de Gath. David se trouve au milieu de ses ennemis, loin de chez lui, sans autre appui que sa confiance dans le Saint, béni soit-Il. De cette détresse naît un psaume qui résonne comme une proclamation : même au jour de la peur - « moi, je me confie en Toi ».

לַמְנַצֵּחַ עַל יוֹנַת אֵלֶם רְחֹקִים לְדָוִד מִכְתָּם בֶּאֱחֹז אוֹתוֹ פְלִשְׁתִּים בְּגַת - Au maître de chant, sur « Yonat Elem Re'hokim », de David, Mikhtam, lorsque les Philistins le saisirent à Gath.
« Yonat Elem Re'hokim » - qui est la colombe muette ?

Rachi explique que David a prononcé ces paroles à son propre sujet : il était éloigné de la terre d'Israël, séjournant chez Akhich, roi de Gath, et les frères de Goliath demandaient à Akhich l'autorisation de le tuer, comme il est dit : « N'est-ce pas là David, le roi du pays ? ». Au milieu de tout cela, David se tenait comme une colombe muette. C'est le sens de « sur la colombe muette des lointains » - David qui était comme une colombe muette en des contrées lointaines.

Il convient de se remémorer le récit lui-même, rapporté dans le premier livre de Samuel au chapitre 21 : « David se leva et s'enfuit ce jour-là devant Chaoul, et il vint auprès d'Akhich, roi de Gath ». C'était à l'époque où Chaoul le poursuivait et où il fut contraint de fuir à l'étranger. « Et les serviteurs d'Akhich lui dirent : N'est-ce pas là David, le roi du pays ? N'est-ce pas pour lui qu'on entonnait dans les danses : Chaoul a frappé ses milliers, et David ses myriades ? ». Autrement dit : est-il venu ici pour une visite diplomatique ? C'est David, l'un des héros de Chaoul, et il est certainement venu espionner. « David prit ces paroles à cœur, et il eut une grande crainte d'Akhich, roi de Gath » - il comprit qu'il était désormais entre leurs mains et qu'ils pouvaient attenter à sa vie.

Que fit David ? « Il changea son comportement à leurs yeux, fit l'insensé entre leurs mains, traça des marques sur les battants de la porte et laissa couler sa salive sur sa barbe ». Il feignit la folie, bavant jusqu'à ce que sa salive coule sur sa barbe, et gribouillant sur les battants de la porte. Akhich dit alors à ses serviteurs : « Vous voyez bien cet homme qui délire, pourquoi me l'amenez-vous ? Me manque-t-il des fous, pour que vous m'ameniez celui-ci afin qu'il fasse le fou devant moi ? Celui-là entrera-t-il dans ma maison ? ». C'est ainsi que David fut sauvé ; on le laissa partir, comprenant qu'il n'y avait rien à craindre de lui. Il est d'ailleurs rapporté que la femme et la fille d'Akhich étaient elles-mêmes atteintes de démence, d'où sa remarque : « Me manque-t-il des fous ? » - j'en ai bien assez chez moi, je n'ai nul besoin d'importer d'autres fous de l'extérieur.

C'est à ce propos que David loue et s'exprime : « la colombe muette » - car il était parmi eux comme une colombe muette, et il se trouvait dans un lieu éloigné, « des lointains ». Le Radak rapporte lui aussi que ce psaume a été composé au sujet de cet épisode, lorsque David s'enfuit devant Chaoul auprès d'Akhich, roi de Gath ; c'est le sens de « lorsque les Philistins le saisirent à Gath » - les Philistins songeaient à s'emparer de lui pour le mettre à mort. Et il s'est qualifié de « colombe muette » parce qu'il était comme muet parmi eux, n'ayant pu s'exprimer normalement mais seulement comme un insensé, or le discours d'un fou équivaut au mutisme. Le Radak propose une autre explication : il s'est comparé à une colombe muette car il s'est fait passer pour quelqu'un de dépourvu de raison, à l'instar d'une colombe, comme il est écrit dans Osée : « comme une colombe naïve, sans cœur » - la colombe se laisse séduire sans discernement, au point d'entrer en toute conscience dans le filet, et c'est pourquoi elle est dite naïve, par candeur et simplicité.

« Mikhtam » - or pur, instrument de musique, ou humble et intègre

Que signifie « Mikhtam » ? Ibn Ezra, ainsi que le Metsoudat David qui s'appuie sur ses propos, explique que ce psaume lui était précieux comme de l'or pur (Kéthem paz) - un or d'une très grande valeur. D'autres disent qu'il s'agit du nom d'un instrument de musique. Le Malbim, quant à lui, explique que « Yonat Elem » est un instrument de musique ; comme nous l'avons constaté dans de nombreux psaumes - « Guittit » et d'autres termes semblables - il s'agissait d'instruments sur lesquels on avait coutume de jouer le psaume, et le cantique recevait le nom de l'instrument sur lequel il était exécuté.

La Guémara dans Sota : Tamar comme une colombe muette

La Guémara dans le traité Sota (page 10b) applique ce verset à l'histoire de Tamar. Il y est écrit : « Comme elle était menée dehors (Hi moutsèt) », et la Guémara demande : le texte aurait dû employer le terme « Mitotsèt » (qu'on la faisait sortir pour être brûlée), pourquoi est-il dit « Moutsèt » (qui peut aussi signifier : ayant trouvé) ? Rabbi Eléazar répond : après que ses gages eurent été trouvés, Samaël vint les éloigner, et Gabriel vint les rapprocher. C'est-à-dire que les gages avaient déjà été retrouvés, mais lorsqu'elle s'apprêtait à dire « Reconnais donc », ils disparurent soudain. Elle cherche partout et ne trouve rien, car Samaël les avait éloignés. Et pourquoi ? Parce qu'il savait que s'il les éloignait et que Yéhouda brûlait Tamar, Pérets et Zéra'h périraient avec elle par le feu, anéantissant ainsi la royauté de la maison de David : pas de Roi Machia'h, pas d'accomplissement de « Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne d'Essav », pas de « Il engloutira la mort pour toujours ». Le Satan luttait de toutes ses forces contre la royauté davidique et le Roi Machia'h. C'est alors que le Saint, béni soit-Il, envoya Gabriel qui rapprocha les gages, et elle put lui dire : « Reconnais donc ».

Et c'est à ce propos que la Guémara enseigne qu'il est dit chez nous : « Au chef des chantres, sur Yonat Élem Re’hokim, de David, Mikhtam ». Rabbi Yo’hanan a dit : au moment où ses signes de reconnaissance se sont éloignés, elle est devenue pareille à une colombe muette - jusqu'à cet instant, elle avait un argument, « Reconnais, je te prie », et soudain elle a perdu la faculté de parler.

« De David, Mikhtam » - car David descendit d'elle, lui qui était humble et intègre envers tous (makh vé-tam). Et que signifie makh vé-tam ? Rachi explique : modeste, humble et intègre dans ses voies. La Guémara propose une autre explication : « Mikhtam » - sa blessure (« makato ») était intègre (« tamma »), car il est né déjà circoncis. Autre explication : « Mikhtam » procède de l'idée d'abaissement - tout comme dans sa jeunesse il s'effaçait devant plus grand que lui pour étudier la Torah, ainsi fit-il dans sa grandeur ; tout comme il était avant d'accéder à la royauté, ainsi demeura-t-il après avoir été couronné. Et selon les termes de Rachi : « Mikhtam » - son intégrité fut parfaite du début jusqu'à la fin, son humilité ne faiblit jamais et ne changea point. Autrement dit, il fut toujours intègre, d'une nature entière, et toujours humble.

חָנֵּנַי אֲלַהִים כִּי שְׁאָפַנִי אֲנוֹשׁ כָּל הַיּוֹם לַחֵם יִלַחֲצֵנִי - Prends-moi en grâce, ô Dieu, car l'homme aspire à me dévorer, tout le jour l'assaillant m'oppresse
Qui est l'« homme » et qui est l'« assaillant » ?

Le Radak explique : « Car l'homme aspire à me dévorer » - il s'agit d'Akhikh et de ses serviteurs, qui m'épient d'un œil hostile, surveillent mes pas et s'imaginent que mes intentions sont perverses, que je suis un espion et qu'il faut m'emprisonner. « Tout le jour l'assaillant m'oppresse » - c'est Saül, qui me combat sans relâche jusqu'à me contraindre à quitter le pays ; « il m'oppresse » désigne la pression qui l'a acculé à fuir auprès d'Akhikh, roi de Gat.

Le Malbim, quant à lui, rapporte les deux membres du verset à Saül. « Car l'homme aspire à me dévorer » - Saül veut m'engloutir à longueur de journée ; « et tout le jour l'assaillant m'oppresse » - il lance ses combattants à mes trousses et je suis forcé de fuir. Quant au mot « cha'afani » : celui qui aspire (« choëf ») inhale de l'air ; de même, celui qui désire engloutir son prochain est qualifié par « cha'afani » - il aspire à m'avaler.

שָׁאֲפוּ שׁוֹרְרַי כָּל הַיּוֹם כִּי רַבִּים לַחֲמִים לִי מָרוֹם - Tout le jour mes guetteurs aspirent à me dévorer, car ils sont nombreux à me combattre, ô Toi qui règnes là-haut
« Choréraï » - ceux qui me regardent d'un œil malveillant

Que signifie « choréraï » ? Le mot procède de la racine de la vue, comme dans « Je le vois (achourénou), mais non maintenant, je le contemple, mais non de près », ou encore « Les filles ont marché sur la muraille (chour) ». Un « chour » est aussi un rempart, car c'est du haut de la muraille que l'on se tenait pour observer au loin. Dès lors, « choréraï » désigne des gens qui posent sur moi un regard négatif, qui me guettent avec malveillance. Tel est le sens de « Tout le jour mes guetteurs aspirent à me dévorer » : ceux qui m'épient d'un œil hostile cherchent sans cesse à m'engloutir - tant du côté d'Israël, c'est-à-dire Saül et ses hommes, que des nations du monde, puisqu'il se trouve à présent auprès d'Akhikh, roi de Gat.

« Car ils sont nombreux à me combattre, [ ô Toi d']En-Haut » - « Marom » (En-Haut) désigne le Saint béni soit-Il. Le Radak explique : Toi, dans les hauteurs célestes, Tu vois combien ils sont nombreux à me combattre et à m'avoir banni de la terre d'Israël. C'est pour ainsi dire David qui s'exclame : mes guetteurs aspirent tout le jour à me dévorer car ils sont nombreux à me combattre, Maître du monde - vois et contemple combien se dressent contre moi et cherchent à m'ôter la vie.

Une explication originale du Malbim : « D'En-Haut, on le combat »

Le Malbim propose ici un éclairage original et remarquable. « Tout le jour mes guetteurs aspirent à me dévorer » - ils guettent et attendent avec avidité de me pourchasser, et ce sont eux-mêmes qui déclarent : « Nombreux le combattent d'En-Haut » : nombreux sont ceux qui luttent contre David depuis les Cieux. Autrement dit, ils prétendent que le fait même qu'il soit persécuté est le signe évident qu'on l'a rejeté là-haut, et que c'est depuis le Ciel qu'on lui livre bataille.

C'est là la méthode constante des ennemis de David, comme nous l'avons déjà expliqué : ils s'efforçaient toujours de lui imputer des fautes, soulageant ainsi leur conscience. Il est bien plus facile de haïr un impie, un transgresseur, quelqu'un que le Saint, béni soit-Il, réprouve - cela s'accorde si bien avec leurs desseins, leurs intérêts et leur conscience morale - plutôt que de haïr un homme aimé d'Hachem. C'est pourquoi ils cherchaient sans cesse à découvrir en lui de la perversité et à forger contre lui des calomnies. Et lorsque survint l'épisode de Batsheva - dont nous avons déjà parlé -, ce fut pour eux comme une aubaine providentielle : voilà des faits concrets, exactement ce que nous affirmions depuis toujours, David est coupable ! Dès lors, il devenait pour ainsi dire légitime de le persécuter et de le mettre à mort, puisque le Ciel lui-même semblait le poursuivre.

Mais tout cela est faux, et David le démontre par ses propres mots : « Car l'homme mortel cherche à m'engloutir » - l'homme mortel (énoch) ! Ce n'est ni le Maître du monde, ni un décret d'En haut. Ceux qui me pourchassent ne sont que des êtres de chair et de sang, et cela ne provient pas de Lui, béni soit-Il.

Remarque : le pouvoir de celui qui dispose du libre arbitre

À ce propos, il convient d'examiner la question de savoir si un être doté du libre arbitre a le pouvoir de nuire à un individu sans que cela ait été décrété contre lui. Cette question fait l'objet d'une profonde divergence d'opinions. Beaucoup soutiennent que oui : un être doué de libre arbitre peut causer du tort même à celui contre qui cela n'a pas été décrété ; telle est l'opinion du Radak, celle du saint Or Ha'haïm, entre autres. En revanche, selon une autre tradition bien établie, comme l'enseigne Rabbi Israël Salanter - et certains attribuent cette pensée au Gaon de Vilna -, jamais un être doté de libre arbitre ne pourra porter atteinte à quelqu'un si cela n'a pas été décrété d'En haut : nul homme ne peut empiéter sur ce qui est destiné à son prochain, fût-ce de l'épaisseur d'un cheveu, bien qu'il jouisse du libre arbitre. La liberté de choix concerne ce qui se passe entre l'homme et l'Omniprésent, mais dans les relations entre l'homme et son prochain, si quelqu'un choisit de nuire à autrui alors que cela ne lui a pas été destiné, il ne pourra rien lui faire.

Et de fait, le choix de l'homme est limité à bien des égards. Peut-on véritablement choisir d'être riche ? Nombreux sont ceux qui l'ont souhaité, sans que les choses ne se déroulent comme prévu. On s'imagine choisir, mais il n'en va pas toujours ainsi. Tout n'est pas soumis à notre libre arbitre : nul n'a choisi sa famille de naissance, ni son niveau d'intelligence, et ainsi de suite. Or, d'après ce que le roi David affirme ici - alors que ses ennemis prétendent qu'il est persécuté par le Ciel, alors qu'en vérité cette haine n'émane que d'eux-mêmes -, ces paroles concordent davantage avec la thèse selon laquelle un individu doué de libre arbitre a le pouvoir de nuire, même si cela n'a pas été décrété contre sa victime.

יוֹם אִירָא אֲנִי אֵלֶיךָ אֶבְטָח - Le jour où j'ai peur, je place ma confiance en Toi
La confiance au jour de la frayeur

« Le jour où j'ai peur » - au moment où l'inquiétude et la crainte m'envahissent, « je place ma confiance en Toi ». Le Radak explique : c'est sur Toi que je me repose, à l'instar du verset « Confie-toi au Seigneur de tout ton cœur », où le terme el (« vers ») prend le sens de al (« sur »). Et le Malbim d'ajouter : j'ai l'intime certitude que le secours me viendra d'En haut, et je ne doute point que le Saint, béni soit-Il, me délivrera. Cette confiance repose sur deux postulats que nous découvrirons dans le verset suivant.

Il vaut la peine de citer la remarquable explication du Ya'abets : beaucoup parmi les ignorants se parent des dehors de la piété en affirmant placer leur confiance en Dieu - formule imagée qu'emploie l'auteur -, c'est-à-dire qu'ils se posent en justes et se vantent de s'en remettre à Hachem, assurant que le Saint, béni soit-Il, leur viendra en aide ; « mais au jour de leur détresse, ils s'efforcent d'être sauvés par les voies naturelles ». Dès qu'un problème surgit, les coups de téléphone s'enchaînent : on appelle untel et untel, on cherche un cousin, un cousin au troisième degré marié à la sœur d'un tel, espérant que le salut viendra de là. Et si on leur demande : « N'y a-t-il donc personne qui dirige le monde ? », ils rétorqueront qu'il faut accomplir une démarche naturelle (hichtadloute). Mais où est donc passée toute cette confiance ? Tout s'est évanoui au contact de la dure réalité. David, lui, affirme : pour moi, il n'en va pas ainsi. « Le jour où j'ai peur » - précisément au jour où l'angoisse me saisit, « je place ma confiance en Toi ».

C'est ainsi que le 'Hazon Ich fait remarquer au sujet de cet homme qui a constamment l'éloge de la confiance (bita'hon) à la bouche : pourquoi ? Parce que ses affaires tournent à merveille et que tout va pour le mieux. Mais voilà qu'un concurrent s'installe en face de chez lui, et on le voit aussitôt déployer tous les efforts imaginables pour le faire couler, le boycotter, lui faire obstacle et médire de lui auprès de tous. Où est donc passée cette confiance dont tu parlais ? Quand tout va bien, il n'y a aucun mérite à faire preuve de confiance ; c'est face à l'épreuve et à l'adversité qu'il faut en faire la preuve. Tel est le sens de : « Le jour où j'ai peur, je place ma confiance en Toi », et c'est là l'essence même de la confiance parfaite.

בֵּאלֹהִים אֲהַלֵּל דְּבָרוֹ בֵּאלֹהִים בָּטַחְתִּי לֹא אִירָא מַה יַּעֲשֶׂה בָשָׂר לִי - En Dieu, je louerai Sa parole ; en Dieu j'ai mis ma confiance, je ne crains rien : que pourrait me faire une créature de chair ?
Deux motifs de confiance

Rachi explique : même au moment où Il se conduit envers moi selon la mesure de rigueur (Midat HaDin), je louerai la parole du Saint, béni soit-Il, c'est-à-dire que je mettrai ma confiance en Lui. Et le Radak explique d'abord que la lettre Beit de « BéElokim » se rapporte au mot « Evtakh » (je me confierai) du verset précédent, et le Malbim également - il faut relier les deux versets : « Le jour où je crains, c'est en Toi que je mets ma confiance, en D.ieu », je me confie en D.ieu dont je loue la parole.

Et quelle est cette « parole » que David loue ? Le Radak, et après lui le Malbim, expliquent : j'ai en main la parole d'Hachem qui m'a été transmise par l'intermédiaire de Chmouel, lorsque Chmouel m'a annoncé que je deviendrais roi. C'est pourquoi je me fie à cette parole : je suis certain qu'Hachem réalisera ce qu'Il m'a alors promis. Et bien que je me trouve à présent en exil et pourchassé, j'ai malgré tout confiance en Lui et je ne redoute pas ce que peut me faire un être de chair et de sang, car j'ai reçu d'Hachem la promesse que je régnerai.

Le Malbim ajoute qu'il y a ici deux raisons pour lesquelles David n'a pas peur. La première : la promesse de la royauté qui lui a été accordée par l'entremise de Chmouel. La seconde : « En D.ieu j'ai mis ma confiance, je ne craindrai rien » : du simple fait que je place ma confiance en Hachem, il est tout à fait légitime qu'Il me délivre, car Hachem sauve tous ceux qui s'abritent en Lui. Même sans avoir reçu de promesse personnelle m'assurant que moi, David, je serais roi, je détiendrais toujours une promesse générale découlant de ce principe : Hachem délivre tous ceux qui cherchent refuge en Lui. C'est pourquoi « je ne crains pas ce que l'homme pourrait me faire » - je ne redoute pas ce qu'un être de chair et de sang pourrait tramer contre la volonté d'Hachem : premièrement, j'ai une promesse ; et deuxièmement, je m'abrite en Hachem.

Entre « avoir confiance » et « chercher refuge »

Nous avons déjà mentionné les paroles du Gaon de Vilna sur le verset « Mieux vaut s'abriter en Hachem que de se fier à l'homme ». Quelle est la différence entre « faire confiance » (Botea'h) et « chercher refuge » (Hossa) ? Le Gaon de Vilna explique : « Botea'h » renvoie à l'idée d'une promesse (Havtakha) - j'ai confiance en quelqu'un parce qu'il s'est engagé envers moi. « S'abriter » (La'hassot), en revanche - remarquons-le même en hébreu moderne : lorsqu'il y a une alerte aux roquettes et que l'on court s'abriter à l'ombre d'un édifice, ce bâtiment nous a-t-il promis quoi que ce soit ? « S'abriter » signifie se placer sous une protection, comme dans « À l'ombre de Tes ailes je cherche refuge » : Il ne m'a rien promis d'avance, mais je viens me blottir auprès de Lui.

D'après cela, le Saint, béni soit-Il, sauve tous ceux qui s'abritent en Lui, et même sans promesse explicite, le simple fait de m'en remettre totalement à Hachem en disant : « Maître du monde, c'est Toi qui vas me sauver », constitue déjà en soi un salut. Et cela vaut bien mieux que la promesse d'un être de chair et de sang : mieux vaut s'abriter en Hachem sans la moindre promesse que de se fier aux puissants (Nédivim) - car le prince ou l'homme fortuné vous promet de ne pas vous inquiéter et s'engage à payer. Mais envers le Saint, béni soit-Il, même sans promesse reçue, il est infiniment préférable de chercher refuge en Lui plutôt que de se fier aux engagements des hommes. C'est pourquoi David déclare : « Je ne craindrai rien, que pourrait me faire un être de chair ? » - que peut me faire un mortel alors que je dispose de ces deux mérites : à la fois la parole divine assurant que je serai roi, et ma confiance par laquelle je m'abrite en Lui.

En résumé :

Ce psaume a été composé au sujet de la fuite de David auprès d'Akhich, roi de Gath, alors qu'il est éloigné de sa terre et muet comme une colombe, feignant la folie pour sauver sa vie. Nos Sages ont également interprété l'expression « Yonat Elem » en référence à Tamar, devenue semblable à une colombe muette au moment où ses gages de reconnaissance s'étaient égarés, et de laquelle est pourtant issu David, « humble et intègre » (Makh véTam), profondément humble et droit dans ses voies, dont la modestie ne s'est jamais démentie du début à la fin de sa vie. Au cœur du psaume, David dépeint ses poursuivants acharnés à l'engloutir, et selon l'explication novatrice du Malbim, ceux-ci prétendent même que c'est le Ciel qui combat contre lui, ce à quoi David réplique qu'ils ne sont qu'« Enoche » (de simples mortels) et non pas un décret d'En-haut. Face à tout cela résonne cette immense proclamation : « Le jour où je crains, c'est en Toi que je mets ma confiance » - non pas une confiance éprouvée seulement dans la quiétude, mais une confiance surgie précisément au cœur de la peur ; soutenue par deux piliers : la parole d'Hachem lui promettant la royauté par l'intermédiaire de Chmouel, et la certitude de trouver refuge à l'ombre d'Hachem qui sauve tous ceux qui s'abritent en Lui - « Je ne craindrai rien, que peut me faire un être de chair ? ».