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Psaume 54 - La dénonciation des Ziphites

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Chapitre 54 : un psaume sur la dénonciation des Ziphites
לַמְנַצֵּחַ בִּנְגִינֹת מַשְׂכִּיל לְדָוִד׃ - Au chef des chantres, avec instruments de musique, Maskil de David.

L'Alshikh s'interroge sur cette introduction : pourquoi David ouvre-t-il précisément par « Au chef des chantres, avec instruments de musique, maskil » ? Parce qu'une profonde tristesse pesait sur lui en raison de l'épreuve causée par la délation des Ziphites, or le Roua'h Hakodesh ne réside pas dans la tristesse. C'est pourquoi il eut besoin d'un « chef des chantres avec instruments » - de nombreuses mélodies jouées sur des instruments -, afin qu'il y ait « Maskil de David », pour que David puisse parvenir à l'élévation et à l'illumination nécessaires pour composer et prononcer ce psaume.

בְּבֹא הַזִּיפִים וַיֹּאמְרוּ לְשָׁאוּל הֲלֹא דָוִד מִסְתַּתֵּר עִמָּנוּ׃ - Lorsque les Ziphites vinrent dire à Saül : David ne se cache-t-il pas parmi nous ?

Telle était précisément la cause de sa tristesse : les Ziphites étaient venus le dénoncer, et c'est pour cette raison que David eut recours à ces mélodies afin de se libérer de cette mélancolie.

Contexte : le récit dans le premier livre de Samuel, chapitre 26

Les Ziphites étaient les habitants du désert de Ziph, tirant leur nom de cette contrée. « Les Ziphites vinrent auprès de Saül à Guiv'a en disant : David ne se cache-t-il pas sur la colline de 'Hakhila, en face du désert ? » Ils montent à la colline et informent Saül que David se cache près d'eux. « Saül se leva et descendit au désert de Ziph avec trois mille hommes d'élite d'Israël, pour chercher David dans le désert de Ziph. Saül campa sur la colline de 'Hakhila, qui est en face du désert, près du chemin. David se tenait dans le désert, et il vit que Saül marchait à sa poursuite dans le désert. » David apprend que Saül le traque : « David envoya des éclaireurs et sut avec certitude que Saül était arrivé » - au départ, ce n'étaient que des rumeurs, David dépêche donc des espions pour sonder le terrain, et c'est ainsi qu'il a confirmation des faits.

Le texte poursuit : « David se leva et vint au lieu où Saül campait ; David vit l'endroit où Saül était couché, ainsi qu'Avner fils de Ner, chef de son armée ; Saül était couché au milieu du campement, et le peuple campait autour de lui. » C'est l'épisode où ils surprirent Saül endormi. Avishaï voulut alors le frapper, mais David lui répondit : qui donc a porté la main sur l'oint de l'Éternel et en est sorti indemne ? Finalement, ils ne prirent que la cruche d'eau, et David prouva ainsi à Saül qu'il s'était approché tout près de lui et qu'il aurait pu le frapper, démontrant qu'il ne lui voulait aucun mal. Pour notre propos, seul importe l'acte de délation : les hommes de Ziph cherchèrent à livrer David entre les mains de Saül.

« Par Ton Nom, sauve-moi » - Vers qui se tourne celui que le roi persécute ?
אֱלֹהִים בְּשִׁמְךָ הוֹשִׁיעֵנִי וּבִגְבוּרָתְךָ תְדִינֵנִי׃ - Ô Dieu, sauve-moi par Ton Nom, et par Ta puissance rends-moi justice !

Le Midrash Tehilim (Sho'her Tov) enseigne : David dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, si un officier subalterne persécute un homme, celui-ci porte plainte devant l'éparque, qui lui est supérieur. Si l'éparque le persécute, il s'en plaint au roi. Mais si le roi lui-même le poursuit, devant qui se plaindre ? Vers qui se tourner pour obtenir justice, alors que le roi représente l'autorité suprême ? Il n'a d'autre recours que Toi. Le seul capable de délivrer des mains du roi est Celui qui se trouve au-dessus du roi : le Saint, béni soit-Il. Ainsi parla David : Maître du monde, Saül est roi, auprès de qui puis-je me plaindre de lui ? C'est uniquement vers Toi que je crie : « Par Ton Nom, sauve-moi, et par Ta puissance rends-moi justice » - je ne puis me tourner que vers Ton Nom, et c'est Ta puissance qui jugera ma cause et me délivrera des mains de Saül.

Le Midrash poursuit l'explication de « et par Ta puissance rends-moi justice » : conformément à ce que Tu as écrit dans Ta Torah : « Tu ne livreras pas un esclave à son maître ». Si pour un tel esclave, issu des descendants de 'Ham et hier encore idolâtre, l'injonction est formelle de ne pas le livrer à son maître lorsqu'il s'est enfui - moi, qui suis prince fils de prince sur cinq générations, comme il est dit : Na'hshon engendra Salma, Salmon engendra Boaz, Boaz engendra Oved, Oved engendra Yishaï et Yishaï engendra David, à plus forte raison ne dois-Tu pas me livrer aux mains de Saül. Et le Midrash précise : la « puissance » (Guevoura) désigne la Torah, car il est dit : « À moi le conseil et la sagesse, je suis l'intelligence, à moi la puissance », ou encore « vaillant dans le combat de la Torah ». C'est-à-dire : juge-moi selon les préceptes de Ta Torah, et de même qu'il est prescrit dans Ta Torah de ne pas livrer un esclave à son maître, de même ne me livre pas à mon maître Saül.

« Tadinéni » - Rends-moi justice face à eux

Le Radak explique : D.ieu dont j'invoque le Nom, sauve-moi ; et par Ta puissance en laquelle j'ai confiance, rends-moi justice (« tadinéni »), c'est-à-dire prends ma défense et fais valoir mon droit face à eux, car je suis seul et ils sont nombreux. Or, la formulation est surprenante, car « tadinéni » signifie littéralement « juge-moi », alors que David a coutume de dire « Ne me châtie pas dans Ta colère ». C'est pourquoi la plupart des commentateurs, ainsi que Rachi, expliquent qu'il s'agit de venger mon tort face à mes ennemis, à l'instar du verset « Car l'Éternel jugera Son peuple », qui ne signifie pas qu'Il les condamnera, mais qu'Il défendra leur cause contre leurs oppresseurs.

Le Malbim explique : « Par Ton Nom sauve-moi » - sauve-moi au nom de Ta réputation, car Tu sauves ceux qui cherchent refuge en Toi et tel est Ton Nom, et le salut relève de la bonté (Hessed). « Et par Ta puissance rends-moi justice » - défends ma cause face à mes ennemis, et ce jugement relève de la rigueur (Guevoura), pour leur réclamer des comptes comme il se doit.

Le Sforno, en revanche, interprète « tadinéni » selon son sens littéral : « Par Ton Nom sauve-moi » par l'attribut de miséricorde, mais si Tu désires me juger avec rigueur, que ce soit Toi qui me juges et non pas eux, comme l'a déclaré David : « Que je tombe donc entre les mains de l'Éternel, mais que je ne tombe point entre les mains des hommes ». Que mon châtiment ne vienne pas par l'intermédiaire de la chair et du sang, dépourvue de pitié et de compassion, mais uniquement par Ta main.

Écouter et prêter l'oreille - L'essentiel et le secondaire
אֱלֹהִים שְׁמַע תְּפִלָּתִי הַאֲזִינָה לְאִמְרֵי־פִי׃ - Ô D.ieu, écoute ma prière, prête l'oreille aux paroles de ma bouche !

Pourquoi cette répétition ? Le Radak explique : « ma prière », c'est dans le cœur ; « les paroles de ma bouche », c'est par les lèvres. Le Malbim explique : écoute ma prière, et outre cela, prête également l'oreille aux paroles de ma bouche, aux propos que j'ajoute à la prière. Le Malbim énonce ici un principe qu'il répète en plusieurs endroits : partout où il y a un élément principal et un élément secondaire, le principal est exprimé par le terme d'écoute (« chemi'a ») et le secondaire par celui d'attention (« ha'azana »), comme dans le verset : « Prêtez l'oreille, cieux, et je parlerai ; et que la terre entende les paroles de ma bouche ». La prière est l'essentiel - « écoute ma prière » -, et pour les autres paroles accessoires - « prête l'oreille ».

« Car des étrangers se sont dressés contre moi » - Qui sont les étrangers et qui sont les hommes violents ?
כִּי זָרִים קָמוּ עָלַי וְעָרִיצִים בִּקְשׁוּ נַפְשִׁי לֹא שָׂמוּ אֱלֹהִים לְנֶגְדָּם סֶלָה׃ - Car des étrangers se sont dressés contre moi, et des hommes violents en veulent à ma vie ; ils n'ont point placé D.ieu devant eux, Sélah.

Le Radak rapporte que certains commentateurs expliquent : les « étrangers », ce sont les Ziphiens, et les « hommes violents » (« 'aritsim »), c'est Saül et ses partisans ; un « 'arits » désigne généralement un dirigeant tyrannique. David demande ainsi à être délivré de la main des Ziphiens et de celle du tyran. Ibn Ezra propose une autre interprétation : les « étrangers » sont des peuples non-juifs, et les « hommes violents » sont les Ziphiens, au sujet desquels tout ce psaume a été composé - « Lorsque les Ziphiens vinrent dire à Saül ». Selon cette approche, David ne fait pas du tout référence à Saül ici, mais implore d'être sauvé des Ziphiens qui cherchent à le livrer à Saül. Et c'est à leur sujet qu'il dit : « ils n'ont point placé D.ieu devant eux » - ils ne craignent pas l'Éternel, qui leur rétribuera selon leurs méfaits.

Le Malbim explique dans le sens du Radak : les « étrangers » sont les Ziphiens, et ils sont qualifiés d'étrangers parce qu'ils ne sont pas de la parenté de Saül mais lui sont étrangers. « Et des hommes violents » renvoie à Saül et à ses vaillants guerriers, qui cherchent à me tuer en dehors de toute justice, par pure tyrannie ; car un dirigeant tyrannique ne gouverne pas selon la justice et le droit, mais agit dans l'illégalité. « Ils n'ont point placé D.ieu devant eux » - ils n'ont pas pris garde au fait que D.ieu Se tient devant eux, c'est-à-dire qu'ils accomplissent un acte contraire à la volonté divine. « Sélah » - et le sujet se clôt ici, conformément à l'approche coutumière du Malbim qui interprète « Sélah » comme la conclusion d'un développement.

Le Sforno explique : « Ils n'ont point placé D.ieu devant eux » - le but de leur action n'était nullement Sa gloire, béni soit-Il, mais d'entrer dans les bonnes grâces du roi pour leur propre intérêt. Le fait qu'ils soient venus dénoncer David ne provenait pas d'un ordre divin d'honorer la royauté, mais d'un simple calcul : il est avantageux de cultiver de bonnes relations avec le monarque, lui qui détient le pouvoir et l'autorité, car cela finira par payer. Ce n'était pas l'honneur du Ciel qui les guidait, mais leur profit personnel.

Une prière qui n'est faite que des « paroles de ma bouche »

Dans l'ouvrage Tehilot Maharits, le Maharits Dushinsky explique de façon remarquable cette répétition : David demande au Saint béni soit-Il d'accueillir sa prière dans la détresse, même si cette prière n'atteint pas le niveau requis. En effet, un homme pourchassé est incapable d'avoir une véritable ferveur (kavana), son esprit n'est point posé et il manque de concentration, tout comme l'ont enseigné nos Sages : celui qui est en chemin récite une prière abrégée. Celui dont l'âme est troublée ne peut formuler une prière irréprochable. C'est là le sens de « prête l'oreille aux paroles de ma bouche » : Mon D.ieu, entends ma prière, et même si elle n'est pas convenable mais ne constitue que les « paroles de ma bouche » - de simples mots sortis des lèvres sans intention profonde ni méditation -, daigne aussi leur prêter l'oreille et m'exaucer.

La suite du verset en livre le motif : « Car des étrangers se sont dressés contre moi » - voilà la raison pour laquelle je ne puis recueillir mes pensées ni prier avec la ferveur requise, car je suis traqué, et quiconque est ainsi poursuivi perd nécessairement sa sérénité d'esprit. On pourrait même proposer, sur un ton ingénieux, la lecture suivante : « et des tyrans s'en prennent... », et ensuite « mon âme n'a pu placer D.ieu devant elle à jamais » - mon âme est impuissante à garder D.ieu présent à son esprit et à se concentrer, tant je suis persécuté.

Le mal accompli « au nom du Ciel »

Le Maharits Dushinsky approfondit encore le sens de « ils n'ont point placé D.ieu devant eux » : lorsqu'un méchant commet une mauvaise action en ayant conscience de sa noirceur, il conserve une chance de faire techouva ; il sait que sa conduite est mauvaise et contraire à la volonté divine, et peut-être qu'un jour un sursaut se produira, qu'il entendra une parole de réprimande ou une prière qui éveillera son cœur. Mais le pire de tous les maux survient lorsqu'un homme accomplit le mal au nom du Ciel. À cela, il n'existe aucun remède, car qui pourrait le ramener sur le droit chemin ? Quiconque vient lui adresser des reproches passe à ses yeux pour un perturbateur qui l'empêche d'accomplir une mitsva et veut l'éloigner du service de D.ieu, de sorte qu'il s'estime en devoir de le combattre.

Il cite à ce propos l'auteur de la Akedat Yits'hak, qui propose une explication admirable du verset qualifiant les gens de Sodome de « mauvais et pécheurs envers Hachem, à l'extrême » : pourquoi n'y avait-il pour eux d'autre issue que d'être renversés et anéantis ? Si seulement ils avaient été de simples scélérats conscients de la malice de leurs actes, ils auraient encore pu se repentir. Mais ils l'étaient « envers Hachem, à l'extrême » - chez eux, tout se faisait prétendument pour la gloire du Créateur ! De quelle façon ? Il ne faut ni nourrir ni secourir les indigents, car qui donc a créé les pauvres ? Le Saint béni soit-Il. C'est exactement l'argument que Turnus Rufus opposa à Rabbi Akiva : qui a créé les pauvres ? C'est le Saint béni soit-Il, alors comment peux-tu t'insurger contre Son décret ? Hachem a décrété que tel homme soit dans la misère, et toi tu viens lui apporter sa subsistance ? C'est aussi sous ce prétexte que les chrétiens nous ont persécutés durant deux millénaires : Hachem a décrété que nous soyons errants et pourchassés, et ils en déduisaient qu'en rajoutant à nos souffrances ils servaient le dessein divin - Il les a chassés de Sa terre, accablez-les donc encore davantage, et vous serez des justes exécutant la volonté divine !

À la lumière de ce principe s'éclaire une difficulté déconcertante : qu'un pervers s'adonne au crime en marge des lois, soit ; mais comment les gens de Sodome ont-ils pu graver leur scélératesse au cœur même de la législation ? Certes, chez certaines populations, le vol est devenu une seconde nature ; on raconte l'anecdote d'un entrepreneur qui employait un ouvrier, et ce dernier lui confiait que s'il descendait d'un chantier en voyant une perceuse ou un outil électrique oublié par un artisan, s'il ne l'emportait pas avec lui, il repartait avec le sentiment coupable d'avoir oublié quelque chose. C'est là un penchant ancré. Et pourtant, personne ne songerait à inscrire dans la loi : « Tu voleras ». Comment donc les hommes de Sodome ont-ils pu légiférer leurs abominations ? Selon l'auteur de la Akedat Yits'hak, la réponse est éclatante : puisqu'ils agissaient « envers Hachem, à l'extrême », soutenir les démunis constituait selon eux une transgression, un acte défiant la volonté divine. Dès lors, il fallait impérativement l'ériger en loi, car d'une mitsva on tire fierté et l'on n'en rougit jamais.

C'est de là, conclut le Maharits Dushinsky, que découle le sens littéral de notre texte. David s'écrie « anéantis-les », fais-les disparaître et détruis-les, et pourquoi ? « Car ils en veulent à ma vie et n'ont point placé D.ieu devant eux, séla » - ils ne s'imaginent nullement que D.ieu se dresse contre eux ; au contraire, ils se persuadent qu'Il est de leur côté. Quand A'hitofel traquait David, il croyait avoir toutes les justifications pour lui : David est un pécheur, voyez les fautes qu'il a commises, il mérite son châtiment, c'est le Ciel qui l'accable d'épreuves, et l'on imputait à David toutes les souillures et tous les crimes. Ne ressentant nullement que D.ieu est contre eux mais s'imaginant qu'Il les soutient, ils sont persuadés d'accomplir une sainte tâche. C'est pourquoi David affirme : pour de tels hommes, il n'y a point d'amendement possible, et la seule issue est que Toi-même, Tu les réduises à néant et les fasses taire.

« Voici que D.ieu vient à mon aide »
הִנֵּה אֱלֹהִים עֹזֵר לִי אֲדֹנָי בְּסֹמְכֵי נַפְשִׁי׃ - Voici que D.ieu vient à mon secours, le Seigneur est parmi ceux qui soutiennent mon âme.

Le Radak commente : ils ne sauraient me faire de tort en venant colporter leurs médisances et en me dénonçant à Chaoul, car Hachem, qui est le Maître de toutes choses - raison pour laquelle le Nom divin d'Adonout est ici employé -, sera « parmi ceux qui soutiennent mon âme ». L'expression « parmi les soutiens de mon âme » supporte deux explications. Le Radak, suivi par l'Ibn Ezra, interprète : Hachem se tiendra aux côtés de ces hommes d'Israël qui soutiennent ma vie, Il fortifiera leur bras et leur portera assistance.

L'Ibn Ezra cite au nom de Rabbénou Moshé qu'on ne saurait comprendre qu'Hachem ne soit qu'un soutien parmi d'autres, car un tel langage ne siérait guère au Saint béni soit-Il : serait-Il un simple individu au sein d'une troupe de protecteurs ? Rabbénou Moshé explique par conséquent : le Saint béni soit-Il équivaut à Lui seul à l'ensemble de tous les soutiens réunis. Toutefois, l'Ibn Ezra maintient que le sens véritable reste celui exposé au nom du Radak : Hachem défendra David contre ceux qui cherchent sa perte, et Il accordera Son aide à ceux qui soutiennent sa vie.

Le Malbim va lui aussi dans ce sens : « Dieu m'est en aide » - Il m'aide à puiser dans mes propres forces, Il m'insuffle la force. Car le sens du mot « aider » n'est pas : je soulève le fardeau à ta place, mais bien : tu le soulèves et je t'épaule. De même, l'homme se doit de faire sa part d'efforts (hichtadlouth) ; j'accomplis cet effort, et j'en rends grâce à Hachem qui m'apporte Son concours. Au-delà de cela, « l'Éternel est parmi ceux qui soutiennent mon âme » : quant à mes hommes qui me soutiennent et me viennent en aide, Hachem Se joint à eux pour me porter. En d'autres termes, le verset signifie qu'Hachem compte parmi mes soutiens et non parmi les leurs, parmi ceux qui me secourent et non ceux qui les secourent. Certes, dans son commentaire lexical (Biour Hamilot), le Malbim écrit « avec l'aide de ceux qui soutiennent mon âme », rejoignant ainsi l'explication du Radak selon laquelle Hachem prête main-forte à ceux qui veillent sur ma vie.

« J'ai réfléchi à mes voies, et j'ai ramené mes pas vers Tes témoignages »

Le Maharitz Dushinsky apporte ici un commentaire remarquable. David dit : « Ceux-ci s'appuient sur leurs chars, et ceux-là sur leurs chevaux, mais nous, c'est le nom de l'Éternel, notre Dieu, que nous invoquons ». Lorsque les autres rois se préparaient au combat, ils mobilisaient leur armée, organisaient des entraînements et des exercices pour tester son aptitude. Mais David s'exclame : pour ma part, il n'en va pas ainsi. Lorsque je veux savoir si je dois partir en guerre, je n'examine pas la préparation militaire, j'utilise de tout autres critères. Je me rends au Beth Hamidrach et me plonge dans l'étude. Si je constate que j'ai le mérite d'élucider la Michna selon la halakha stricte, sans trébucher sur aucun point de loi, que j'aboutis à des conclusions fermes et que la souguiya est limpide, c'est le signe que j'ai bénéficié d'une illumination divine. Je sais alors : pars au combat et tu triompheras ! On a d'ailleurs dit de David que la halakha est fixée selon lui en tout lieu, et il n'existe pas de degré plus élevé que celui-là. En revanche, si j'arrive et que « les ténèbres couvrent l'abîme » - ce qui fait allusion au Talmud de Babylone -, si le passage reste obscur, que je ne parviens pas à comprendre et demeure encombré de doutes et d'objections sans pouvoir trancher, je sais alors que le moment n'est pas venu de livrer bataille et qu'il faut la différer.

Et c'est là le sens de ce verset : « J'ai réfléchi à mes voies, et j'ai ramené mes pas vers Tes témoignages ». Lorsque j'examine quelle voie emprunter, je ramène mes pas vers le Beth Hamidrach et vers la sainte Torah, et d'après ma réussite dans l'étude, je sais si je réussirai au combat. C'est aussi le sens de : « mais nous, c'est le nom de l'Éternel, notre Dieu, que nous invoquons » - car le Saint, béni soit-Il, Son Nom et la Torah ne font qu'un, et toute la Torah n'est qu'un ensemble de noms divins ; c'est par notre investissement dans la Torah que nous savons s'il convient de sortir guerroyer.

Soit dit en passant, il me semble que le 'Hida rapporte ce conseil : un homme plongé dans le doute et face à un grave dilemme, ne sachant comment agir et n'ayant pas de maître éminent à consulter, devrait prendre conseil auprès de la sainte Torah. Comment s'y prendre ? Qu'il s'assoie et étudie pendant une heure, puis qu'il repense à la question : du Ciel, on le guidera sur le chemin de la vérité. La raison en est que par l'étude, l'homme s'élève à un niveau spirituel supérieur et acquiert en quelque sorte une intelligence divine ; la Torah qu'il vient d'apprendre devient alors sa conseillère et son soutien. Et la source en est le roi David : « J'ai réfléchi à mes voies, et j'ai ramené mes pas vers Tes témoignages ».

À la lumière de cela, le Maharitz Dushinsky éclaire notre verset : « Voici que Dieu m'est en aide » - et d'où me vient cette certitude qu'Hachem me soutiendra ? Parce que « l'Éternel est parmi ceux qui soutiennent mon âme » : dans les questions de l'âme, dans l'étude de la Torah, j'ai vu qu'Hachem m'a soutenu et secouru, je suis parvenu à des conclusions claires, nous avons dégagé des halakhot limpides de la souguiya et avons constaté la bénédiction dans l'étude. Et puisqu'Il m'a soutenu dans les affaires de l'âme et les enseignements spirituels, c'est bien la preuve que, dans les affaires matérielles du corps également, Hachem sera pour moi Celui qui me vient en aide.

« Il fera retomber le mal sur mes ennemis aux aguets »
יָשִׁיב הָרַע לְשֹׁרְרָי בַּאֲמִתְּךָ הַצְמִיתֵם׃ - Il fera retomber le mal sur mes ennemis aux aguets ; par Ta vérité, anéantis-les !

Rachi explique que « lechoreray » (mes ennemis aux aguets) désigne mes détracteurs malveillants, le terme dérivant de la racine du regard, comme dans : « Je le contemple (achourenou), mais non de près ; je le vois, mais non maintenant », ou encore : « les filles s'avancent sur la muraille (chour) », le rempart étant appelé « chour » parce qu'on y monte pour observer au loin. Le Radak développe : le mal qu'ils me font, le Saint, béni soit-Il, le fera retomber sur eux, car ils sont mes « choreray », ils posent sur moi un regard malveillant et toute leur attention envers moi est néfaste. Il en va de même pour le verset : « Et Saül regardait David d'un mauvais œil (oyen) » - le mot « oyen » vient de l'œil fixé pour nuire, comme quelqu'un qui épie l'autre d'un regard systématiquement hostile.

« Par Ta vérité, anéantis-les » : puisque Tu es fidèle et véritable, et que Tu as promis de punir le calomniateur ainsi que celui qui cherche à tuer son prochain, et que Dieu prend toujours la défense du persécuté. Le Radak ajoute une précision : Ta vérité, c'est la promesse que je régnerai, vérité immuable et inaltérable. Si mes ennemis parviennent à me nuire, Ta vérité ne s'accomplira pas ; c'est pourquoi, au nom de cette vérité même par laquelle Tu m'as promis la royauté, anéantis-les !

Ibn Ezra explique « Il fera retomber le mal » : le mal même qu'ils envisageaient de me faire, Il le retournera contre eux. Cela justifie la précision du texte : on aurait pu s'attendre à l'expression « Il amènera le mal » ; pourquoi donc employer « yachiv » (Il fera retourner / retomber) ? C'est que ce mal précis qu'ils désiraient m'infliger se retournera contre eux selon le principe de « mesure pour mesure ». L'homme discerne ainsi la main d'Hachem et il leur devient manifeste que la rétribution vient de Toi. Le Malbim explique : le Saint, béni soit-Il, rétribuera également mes ennemis et leur rendra le mal à la mesure de leur méchanceté, et cela en vertu de Ta vérité, car Tu as affirmé et garanti mon accession à la royauté ; c'est pourquoi Tu feras s'abattre ce mal sur eux.

« Car Il m'a délivré de toute détresse » - Le miracle du rocher des Séparations
בִּנְדָבָה אֶזְבְּחָה־לָּךְ אוֹדֶה־שִּׁמְךָ יְהֹוָה כִּי־טוֹב׃ - De plein gré je T'offrirai des sacrifices, je louerai Ton Nom, Éternel, car Il est bon.
כִּי מִכׇּל־צָרָה הִצִּילָנִי וּבְאֹיְבַי רָאֲתָה עֵינִי׃ - Car de toute détresse Il m'a délivré, et mes yeux ont vu mes ennemis.

Le Malbim explique : je T'offrirai des sacrifices par un élan généreux du cœur, et je louerai Ton Nom car Il est bon. Et par rapport à quoi ? Lorsque David était pourchassé, Saül et ses hommes l'encerclèrent afin de le capturer, et cela se passait à Séla Hama'hlekot (le Rocher des Séparations). Or, il est rapporté que l'on vint aussitôt annoncer à Saül que les Philistins avaient envahi le pays. À cet instant précis, David s'était déjà dit : « Je disais dans ma précipitation : Tout homme est trompeur » - même Samuel, qui m'a promis la royauté, m'aurait trompé, puisque voici que Saül est sur le point de me tuer. Mais au tout dernier instant, le Saint béni soit-Il le sauva : on vint avertir Saül de l'incursion des Philistins, « et Saül cessa de poursuivre David », et c'est ainsi qu'il fut sauvé. C'est à ce sujet qu'il proclame : « De toute détresse Il m'a délivré ».

« Et mes yeux ont vu mes ennemis » - bien que j'aie déjà vu mes ennemis face à moi, à portée de regard, je n'ai pas eu besoin de les combattre ni de verser le sang, et de cela aussi Tu m'as préservé. Tel est l'essentiel du miracle : mes yeux se sont seulement posés sur mes ennemis, sans que je sois contraint de leur ôter la vie. En effet, ce qui pesait à David tout autant que la douleur de la persécution, c'était l'éventualité de devoir tuer un Juif lancé à ses trousses, ou à Dieu ne plaise de porter atteinte à Saül lui-même, car il avait résolu de ne pas toucher à l'oint de l'Éternel. C'est pourquoi il rend grâce du fait que son œil n'a fait que voir ses ennemis : Tu t'es chargé d'eux Toi-même, et je n'ai pas eu à tuer mes ennemis, qui demeurent mes frères.

Les allusions de « De toute détresse Il m'a délivré »

L'ouvrage « Zé Hacha'ar » relève une allusion : les initiales hébraïques de « Mikol tsara hitsilani ouvéoyevay » (מכל צרה הצילני ובאויביי) forment le mot *mitsva* (מצוה) - rappelant l'adage selon lequel la mitsva protège et sauve de toute détresse. De plus, les initiales de « Mikol tsara hitsilani » seules forment le mot *matsa* (מצה). Quel est le rapport avec la matsa ? Selon ce qui est enseigné dans le saint livre « Divré Yé'hezkel » au nom du saint Zohar, c'est par le mérite de la consommation de la matsa à Pessa'h que les enfants d'Israël sont épargnés lors du jugement de Roch Hachana - afin qu'il n'y ait au cours de l'année ni décrets funestes, ni détresses, ni persécutions. Telle est l'allusion : « De toute détresse Il m'a délivré » - durant toute l'année, je suis délivré de toute épreuve lors du jugement de Roch Hachana par la force de la matsa ; grâce à elle, l'année sera garantie sans tourments ni sentences néfastes, mais remplie de décrets bienveillants, de délivrances et de consolations, Amen ve-Amen.

En résumé : le psaume 54 a été composé sur fond de la dénonciation des Ziphéens auprès de Saül, et David débute par « Au chef des chantres, avec instruments à cordes » pour s'arracher à la tristesse et accéder à l'inspiration divine. Il s'en remet à Dieu seul, car auprès de qui d'autre pourrait se plaindre celui que le roi lui-même pourchasse ? Il demande d'être jugé selon « Ta puissance », qui désigne la Torah, selon laquelle on ne livre pas même un esclave à son maître. Il implore que sa prière soit agréée même si elle ne se résume qu'aux simples « paroles de ma bouche », car l'homme traqué ne peut avoir une pleine intention (kavanah), et il décrit ses poursuivants qui n'ont pas placé Dieu devant eux - au point de s'imaginer accomplir une mitsva, ce qui constitue le mal absolu et sans remède. Face à cela, il conserve la certitude que « Dieu me vient en aide » à travers les efforts accomplis et grâce au secours divin pour les affaires de l'âme et de la Torah. Il conclut par une louange pour le salut survenu à Séla Hama'hlekot, où ses yeux n'ont fait que voir ses ennemis sans qu'il ait eu à verser le sang : « De plein gré je T'offrirai des sacrifices, je louerai Ton Nom, Éternel, car Il est bon ».