מִזְמוֹר לְאָסָף: אֵל אֱלֹהִים יְהֹוָה דִּבֶּר וַיִּקְרָא־אָרֶץ, מִמִּזְרַח־שֶׁמֶשׁ עַד־מְבֹאוֹ׃ - Psaume d'Assaf : Le Tout-Puissant, Dieu, l'Éternel a parlé et a convoqué la terre, du levant du soleil jusqu'à son couchant.
Le Malbim explique que ce chapitre constitue une sévère réprimande adressée aux flatteurs et aux hypocrites. Ces hommes commettaient de graves abominations, tout en se drapant extérieurement dans les habits du juste : ils apportaient des sacrifices au Beth Hamikdach pour donner l'impression d'être scrupuleux et proches de Dieu. Bien plus encore, ils calomniaient leurs semblables précisément sur les manquements et les fautes qu'eux-mêmes portaient en eux, projetant ainsi leur propre culpabilité sur autrui. Le psaume annonce alors que le Saint, béni soit-Il, jugera ces impies pour la perversité de leurs agissements. C'est le sens de : « אֵל אֱלֹהִים יְהֹוָה דִּבֶּר וַיִּקְרָא־אָרֶץ » - Hachem convoque pour ainsi dire la terre entière, du levant au couchant, à comparaître en jugement.
מִצִּיּוֹן מִכְלַל־יֹפִי, אֱלֹהִים הוֹפִיעַ׃ - De Sion, perfection de la beauté, Dieu a resplendi.
« מִכְלַל » (Mikhlal) : le Metsoudat Tsion précise que ce terme dérive de « kol » (tout), signifiant que Sion concentre en elle toute beauté ; l'ensemble de la splendeur du monde y est renfermé. « אֱלֹהִים הוֹפִיעַ » : Hachem s'est manifesté dans tout Son éclat. Le Malbim explique que la Présence divine (la Chekhina) rayonnera depuis Sion, et que c'est de là qu'Hachem viendra juger les hypocrites et dévoiler toute leur turpitude au grand jour.
יָבֹא אֱלֹהֵינוּ וְאַל־יֶחֱרַשׁ, אֵשׁ־לְפָנָיו תֹּאכֵל וּסְבִיבָיו נִשְׂעֲרָה מְאֹד׃ - Que notre Dieu vienne et qu'Il ne garde point le silence ! Un feu dévorant marche devant Lui, et autour de Lui mugit une violente tempête.
« יָבֹא אֱלֹהֵינוּ » : Il viendra Lui-même. Le Nom divin employé ici est Élohim, qui renvoie à la rigueur de la justice (Din), car il s'agit précisément d'un procès. « וְאַל יֶחֱרַשׁ » : à la différence de ce qui prévalait jusqu'alors. Jusqu'à présent, Il gardait le silence, mais à compter de cet instant, Il ne se taira plus. Dès lors, que verra-t-on ? « אֵשׁ לְפָנָיו תֹּאכֵל וּסְבִיבָיו נִשְׂעֲרָה מְאֹד » : devant Lui s'avance un feu dévorant, et autour de Lui se déchaîne un puissant tourbillon. Cette alliance d'un feu ardent et d'une tempête qui l'attise produit un brasier infini et redoutable.
Rachi commente l'expression « וְאַל יֶחֱרַשׁ » : qu'Il ne garde plus le silence sur le sang versé de Ses serviteurs. Ainsi, selon le Malbim, ce psaume est centré sur la réprimande des hypocrites et des imposteurs, tandis que selon Rachi, Hachem vient demander des comptes à ceux qui ont massacré Ses justes, Ses fidèles serviteurs, les enfants d'Israël.
יִקְרָא אֶל־הַשָּׁמַיִם מֵעָל וְאֶל־הָאָרֶץ, לָדִין עַמּוֹ׃ - Il appelle les cieux d'en haut et la terre, pour juger Son peuple.
Rachi explique : puisque le Saint, béni soit-Il, s'apprête à juger les nations qui ont persécuté Israël pour venger le sang de Ses serviteurs, et que lorsqu'Il juge une nation, Il commence toujours par sanctionner son ange protecteur (le Sar) dans les cieux - c'est pourquoi « יִקְרָא אֶל הַשָּׁמַיִם מֵעָל », Il convoque d'abord les cieux pour châtier la puissance céleste d'en haut. Puis, « וְאֶל הָאָרֶץ » : Rachi cite les rois d'Égypte, ce qui désigne plus largement tous les souverains qui nous ont opprimés et persécutés à travers l'histoire. « לָדִין עַמּוֹ » : pour leur demander des comptes sur ce qu'ils ont infligé à Son peuple, conformément au verset : « Car l'Éternel jugera Son peuple », suivi de « et Il vengera le sang de Ses serviteurs ».
Le Radak explique que « Il appelle les cieux d'en haut » fait référence aux anges, car ce sont eux qui châtieront les nations. Le Saint, béni soit-Il, appelle Ses vaillants guerriers et Ses anges à venir exercer Sa rétribution contre elles, comme il est dit dans la prophétie de Yoël : « Fais descendre, Éternel, Tes héros », et comme il est écrit : « Un ange de l'Éternel sortit et frappa dans le camp d'Assyrie ». Et « vers la terre » désigne les hommes de la terre, qui s'entretueront eux-mêmes, ainsi qu'il est dit dans Yé’hezkel (38, 21) : « L'épée de chacun se tournera contre son frère », et dans Zacharie (14, 13) : « Il y aura en ce jour une grande panique suscitée par l'Éternel parmi eux ; chacun saisira la main de son prochain, et sa main se lèvera contre celle de son prochain ». Il en ressort que non seulement les anges les frapperont depuis le ciel, mais que sur terre aussi, ils s'entre-déchireront les uns les autres.
Le Malbim propose une explication différente : « Il appelle les cieux d'en haut et la terre » signifie que tous se rassemblent afin d'assister à ce jugement. Ils ne sont pas les exécuteurs de la vengeance, mais le Saint, béni soit-Il, convoque la création tout entière au tribunal : Je veux que vous soyez tous présents et témoins du jugement rendu ici. En effet, selon le Malbim, il est question d'hypocrites et de pervers qui se font passer pour des justes, et Hachem veut que tous constatent le châtiment juste et proportionné qui leur est infligé.
De ce verset, la Guémara dans Sanhédrin (91a) déduit le déroulement du jugement dans le monde à venir. Antonin dit un jour à Rabbi : le corps et l'âme peuvent tous deux se soustraire au jugement. Comment cela ? Le corps dira : c'est l'âme qui a péché, car depuis le jour où elle m'a quitté, je suis étendu comme une pierre inerte dans la tombe ; que me veux-tu, regarde quel juste je suis, je ne cause aucun désordre ! Et l'âme dira à son tour : c'est le corps qui a péché, car depuis le jour où je me suis séparée de lui, je vole dans les airs comme un oiseau ; je ne commets aucune transgression, les fautes provenaient du corps ! Ainsi, chacun dispose d'un argument pour être acquitté.
Rabbi lui répondit : Je vais t'exposer une parabole à laquelle cette situation ressemble. C'est comparable à un roi de chair et de sang qui possédait un verger magnifique où poussaient des figues précoces, des fruits de premier choix particulièrement splendides. Le roi craignit : si je place des gardiens disposant de tous leurs membres, ils mangeront les fruits. Que fit-il ? Il posta deux gardiens, l'un boiteux et l'autre aveugle. Le boiteux voit les fruits et surveille les entrées, il peut crier et donner l'alerte, mais il ne peut atteindre les fruits : comment grimperait-il à l'arbre alors qu'il est boiteux ? Quant à l'aveugle, il peut marcher, mais il ne voit pas les fruits, et s'il voulait en cueillir, il ne les trouverait pas. Et si un intrus pénétrait dans le verger, le boiteux crierait et guiderait l'aveugle pour aller s'en emparer. Ainsi avait calculé le roi, mais la réalité fut tout autre.
Le boiteux dit à l'aveugle : Je vois de magnifiques primeurs dans le verger. Toi, tu ne vois rien, mais je t'assure qu'il y a là des fruits tout à fait exceptionnels. L'aveugle lui répondit : Viens, monte sur mes épaules, nous irons les chercher et nous les mangerons ; un véritable travail d'équipe ! Le boiteux monta sur le dos de l'aveugle, ils cueillirent les fruits et les mangèrent. Quelque temps plus tard, le propriétaire du verger vint et leur demanda : Où sont passées les belles primeurs ? Le boiteux lui rétorqua : Ai-je donc des jambes pour marcher ? Pourquoi me soupçonnes-tu, ai-je des jambes pour monter à l'arbre ? L'aveugle répliqua : Ai-je des yeux pour voir ? Que fit alors le roi, qui avait compris le stratagème ? Il fit monter le boiteux sur l'aveugle et les jugea ensemble : de la même manière que vous avez péché, c'est ainsi que vous serez punis.
Le sens profond est identique : le Saint, béni soit-Il, prend l'âme, la réintroduit dans le corps et les juge ensemble, comme il est dit : « Il appelle les cieux d'en haut », cela désigne l'âme, « et la terre, pour juger Son peuple », cela désigne le corps qui se trouve ici-bas sur terre. On peut également interpréter « עַמּוֹ » (Son peuple) comme « עִמּוֹ » (avec lui) : la terre, c'est-à-dire le corps, et l'âme venue du ciel, Il les réunit et les juge de concert. C'est bien ce qui est annoncé à propos de la résurrection des morts : « Les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre et l'abjection éternelle » ; il y a alors une nouvelle union de l'âme et du corps, et Hachem les juge ensemble. Dans l'intervalle, le Saint, béni soit-Il, les juge séparément : il y a un châtiment pour le corps, qui est secoué dans la tombe lors du Ḥibout Hakéver, et il y a un jugement pour l'âme, qui s'effectue dans le Guéhinom.
Le Malbim relève ici une allusion remarquable : la guématria du mot « cieux » (הַשָּׁמַיִם, 395) équivaut à celle de « l'âme » (הַנְּשָׁמָה, 395), et celle de « pour juger » (לָדִין, 94) est égale à celle de « le corps » (הַגּוּף, 94). Le corps et l'âme, le ciel et la terre, sont ainsi explicitement sous-entendus dans le texte, tous deux traduits ensemble devant la justice divine.
אִסְפוּ־לִי חֲסִידָי, כֹּרְתֵי בְרִיתִי עֲלֵי־זָבַח׃ - « Rassemblez-Moi Mes fidèles, ceux qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice ! »
Rachi explique : après que le Saint, béni soit-Il, aura exercé Sa justice envers ceux qui ont massacré Ses fidèles et persécuté Ses serviteurs, Il lancera un appel au ciel et à la terre pour qu'ils rassemblent les exilés, selon l'injonction : « Réveille-toi, aquilon, accours, brise du midi ! » ; réveillez-vous et ramenez les pieux serviteurs, ceux qui Me sont dévoués, vers la Terre sainte. Et qui sont « ceux qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice » ? Selon le sens littéral, ce sont ceux qui ont accepté la Torah par une alliance accompagnée d'un sacrifice, car avant le don de la Torah, Moshé érigea un autel, offrit un sacrifice, aspergea le peuple avec le sang et déclara : « Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a conclue avec vous ».
Le Radak explique qu'il s'agit d'un appel adressé aux nations du monde : le peuple d'Israël vit en exil parmi elles, et le Saint, béni soit-Il, leur ordonne de reconduire Israël à Jérusalem. C'est ce qui est dit dans Isaïe : « En ce temps-là, des présents seront apportés à l'Éternel Tsébaot par le peuple à la haute taille et au teint éclatant », et plus loin au chapitre 66 : « Ils ramèneront tous vos frères du milieu de toutes les nations en hommage à l'Éternel » ; les nations amèneront le peuple d'Israël comme une offrande et un tribut consacrés à Hachem. De même, dans la prophétie de Tsephania : « D'au-delà des fleuves de Koush, Mes adorateurs, la communauté de Mes dispersés, M'apporteront Mon offrande » ; ces membres d'Israël qui y ont été disséminés constitueront l'offrande et seront conduits ici. C'est à ce propos qu'Il demande : « Rassemblez-Moi Mes fidèles », ramenez l'ensemble d'Israël vers la Terre sainte. Enfin, selon la première explication du Radak, « ceux qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice » désigne ceux qui ont conclu l'alliance au mont Sinaï, où l'on immola des offrandes dont le sang de l'alliance fut aspergé sur le peuple.
Le Radak rapporte également un Midrash selon lequel ce verset fait référence à la Brit Mila. Nos Sages disent : le jour où Israël accomplit la circoncision, ils font « 'Alé zèva'h » - ils organisent un festin et se réjouissent. « Ceux qui ont scellé Mon alliance » - ils accomplissent la Brit Mila, « par le sacrifice » - en abattant du bétail. On apprend de là qu'il y a une grande importance à célébrer le repas de la Brit Mila spécifiquement avec de la viande, et nous trouvons en effet en plusieurs endroits qu'il convient de servir de la viande lors de ce repas.
L'Aboudraham rapporte que « ceux qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice » désigne le repas de la circoncision, et il relève une magnifique allusion : « Zèva'h » (זבח) peut se lire « Zav 'Het » (זב ח') - le sang de la circoncision s'écoule au huitième jour. On contracte l'alliance, et le sang coule le huitième jour : « Zav 'Het », qui forme les lettres de « Zèva'h ».
Le Malbim explique selon sa propre approche : « Rassemblez-Moi Mes fidèles » - vous, Mes serviteurs pieux, rassemblez auprès de Moi ceux « qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice », c'est-à-dire ceux qui s'imaginent pouvoir pour ainsi dire acheter le Saint, béni soit-Il, au moyen de sacrifices ; qu'un homme pourrait commettre toutes les fautes du monde puis apporter un sacrifice, ou se donner des allures de Tsaddik aux yeux de la foule en multipliant les offrandes. Le Saint, béni soit-Il, dit : rassemblez auprès de Moi ceux qui s'imaginent contracter une alliance avec Moi par de simples sacrifices, car Je veux leur réclamer des comptes - de ceux qui croient que leurs fautes seront ainsi expiées, alors qu'ils ont l'intention de persister dans le péché et de continuer à offrir des sacrifices.
וַיַּגִּידוּ שָׁמַיִם צִדְקוֹ, כִּי־אֱלֹהִים שֹׁפֵט הוּא סֶלָה׃ - « Et les cieux proclament Sa justice, car c'est Dieu qui juge, Séla ! »
Même les cieux proclameront Sa justice. En effet, ici-bas sur terre, on s'égare encore à croire que le Saint, béni soit-Il, recherche des sacrifices et des milliers de béliers, comme nous le verrons plus loin car c'est le sujet du chapitre ; mais dans les cieux, où l'on sait pertinemment qu'il n'y a auprès de Dieu ni nourriture ni boisson, on proclamera la justice d'Hachem - en montrant combien est erronée la pensée de ceux qui s'imaginent qu'Hachem a besoin de sacrifices et de viande. Car « Dieu est juge » - Hachem jugera les pécheurs, et les cieux mettront Sa justice en pleine lumière. Quant au mot « Séla », selon le Malbim, il indique que ce sujet est désormais clos. C'était la première partie du psaume, et à partir d'ici commence la seconde : la réprimande.
שִׁמְעָה עַמִּי וַאֲדַבֵּרָה, יִשְׂרָאֵל וְאָעִידָה בָּךְ, אֱלֹהִים אֱלֹהֶיךָ אָנֹכִי׃ - « Écoute, Mon peuple, et Je parlerai ; Israël, et Je témoignerai contre toi : Je suis Dieu, ton Dieu ! »
Ibn Ezra explique que cela s'inscrit dans la continuité de « ceux qui ont scellé Mon alliance par le sacrifice » : sur quoi avons-nous conclu une alliance ? Sur le fait que Je serai ton Dieu et que tu Me serviras. C'est pourquoi il est dit : « Écoute, Mon peuple, et Je parlerai... Je suis Dieu, ton Dieu ».
Le Radak explique qu'après avoir exercé Son jugement sur les nations, le Saint, béni soit-Il, éliminera dans un second temps les impies du sein d'Israël pour ne laisser subsister que les hommes bons et justes. C'est ce qui est dit dans Tsephania (3, 11-13) : « Car alors J'écarterai du milieu de toi ceux qui exultent de ton orgueil, et tu ne continueras plus à t'enorgueillir sur Ma montagne sainte ; et Je laisserai au milieu de toi un peuple humble et modeste, qui trouvera refuge dans le Nom d'Hachem ; le reste d'Israël ne commettra plus d'iniquité et ne dira point de mensonge ». De même dans Zacharie (13, 8-9) : « Les deux tiers y seront retranchés et périront, et le tiers y restera » - deux tiers périront, et un tiers survivra ; et eux aussi : « Je ferai passer ce tiers par le feu, Je les épurerai comme on épure l'argent, et Je les éprouverai comme on éprouve l'or » ; même le tiers restant passera par le creuset et l'épreuve : « Il invoquera Mon Nom et Je lui répondrai ; Je dirai : c'est Mon peuple ! et il dira : Hachem est mon Dieu ! ». De même dans Isaïe : « Alors, le survivant de Sion et le reste de Jérusalem seront appelés saints, quiconque sera inscrit pour la vie à Jérusalem ». À travers tous ces versets, nous constatons que tous ne subsisteront pas, mais que de larges pans seront retranchés - « J'écarterai du milieu de toi ceux qui exultent de ton orgueil », tous les orgueilleux et les arrogants, « et tu ne continueras plus à t'enorgueillir » - et seuls demeureront les justes et les serviteurs d'Hachem.
Il les réprimande au sujet des holocaustes qu'ils offraient, comme nous l'avons mentionné au début du chapitre. Le Radak explique qu'il y a là une grave faute et une forme d'hérésie : apporter un sacrifice sans se détourner du péché. En effet, le sacrifice a pour but de se concilier la bienveillance d'Hachem ; or, si l'on apporte une offrande sans faire téchouva, que dit-on en réalité ? « Je vais corrompre le Saint, béni soit-Il ; je Lui ai procuré de la nourriture. » Quiconque nourrit cette pensée et s'imagine que le Saint, béni soit-Il, a besoin de la nourriture qu'il Lui apporte commet une hérésie. C'est comme s'il tentait de Le corrompre : « Maître du monde, je T'ai apporté de quoi manger, laisse-moi continuer à pécher. »
C'est précisément ce que les prophètes leur reprochent, montrant à quel point cette dérive était répandue. Dans Isaïe (1, 11) : « Qu'ai-je besoin de la multitude de vos sacrifices... qui a demandé cela de vos mains, de fouler Mes parvis ? Cessez d'apporter de vaines oblations ! » Le Saint, béni soit-Il, dit : c'est une oblation illusoire, Je n'ai que faire de ces sacrifices. Jérémie déclare également : « Ajoutez vos holocaustes à vos sacrifices et mangez-en la chair ! » - tout votre intérêt dans les sacrifices ne revient qu'à consommer de la viande. Et dans Malachie : « Qui d'entre vous fermera plutôt les portes... » Tous témoignent de cette conception faussée selon laquelle l'homme apporterait un sacrifice, réglerait ainsi ses comptes, puis continuerait à commettre des fautes.
C'est un peu comme dans la confession chrétienne : on va chez le prêtre, on laisse une somme d'argent, et l'affaire est close. On raconte qu'un homme est venu un jour demander : « Quel est le tarif ? » On lui a répondu : « Cent shekels. » Il a dit : « Je n'ai qu'un billet de deux cents, avez-vous la monnaie ? » Le prêtre a dit : « Non. » L'homme a répliqué : « Très bien, alors que cela couvre aussi les péchés de la semaine prochaine ! » - il s'achetait d'avance un feu vert. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : « Ai-Je donc besoin de tes sacrifices ? Ai-Je besoin de ton argent ? Ce que Je désire, c'est que tu ne commettes pas de péchés et que tu n'aies pas à apporter de sacrifices, afin que nous n'ayons besoin de rien de tout cela. »
« Et Je témoignerai contre toi » - l'Alliance que J'ai conclue avec toi a des témoins entre toi et Moi, comme il est dit : « Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre ». Ces témoins subsistent toujours, et Rachi rapporte d'après nos Sages qu'ils ont été choisis précisément parce qu'ils sont éternels. Tu as accepté Hachem pour D.ieu, alors comment as-tu pu dévier de ta route et corrompre tes voies ? « Je suis D.ieu, ton D.ieu », tout comme « Je suis l'Éternel, ton D.ieu » : tu M'as accepté comme ton D.ieu pour accomplir ce que Je t'ordonnerais, et tu ne l'as pas fait. C'est précisément là-dessus que Je viens te réprimander.
Le Malbim explique : « Écoute, Mon peuple, et Je parlerai » - Je vais t'éclairer par la raison, car Il s'engage en quelque sorte dans un procès avec eux. « Et Je témoignerai contre toi » - cela fait référence aux châtiments annoncés ; Je t'avertirai de la punition que tu encourras pour tes actes. En regard de « Je parlerai », Il a dit « D.ieu » (Élohim) : Je ne désire pas de sacrifices, car cela s'oppose à la conception divine, comme nous le verrons plus loin. Et en regard de « Je témoignerai contre toi », Il a dit « Je suis ton D.ieu » : le terme Élohim évoque le Juge, comme il a été dit plus haut : « Car c'est D.ieu qui juge, pour toujours ». Sache donc que tu devras rendre des comptes pour les mauvaises actions que tu as commises.
לֹא עַל־זְבָחֶיךָ אוֹכִיחֶךָ, וְעוֹלֹתֶיךָ לְנֶגְדִּי תָמִיד׃ - Ce n'est pas pour tes sacrifices que Je te réprimanderai, et tes holocaustes sont constamment devant Moi.
Le Radak explique : lors des Dix Paroles, lorsque Je t'ai parlé, Je ne t'ai pas parlé d'holocaustes ni de sacrifices, il n'y est fait aucune mention du korban. C'est comme le dit le prophète Samuel : « Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'écoute attentive que la graisse des béliers ». Le sacrifice n'est ni une fin en soi ni un but autonome ; le but ultime est l'obéissance (« chemia »), c'est-à-dire que J'ordonne et que tu accomplisses Ma volonté. Si tu apportes un sacrifice sans faire preuve d'obéissance, tu as manqué l'essentiel. Ne croyez donc pas que si vous n'avez pas offert de sacrifices, Je vous adresserai de grands reproches. Hachem leur dit : non, Je vous réprimanderai pour vos actes, bons ou mauvais, pour avoir négligé les bonnes actions et commis le mal. Mais pour l'absence d'offrande, Je ne formule pas de reproche, car le sacrifice n'est pas la finalité.
Cette priorité correspond à ce que nos Sages ont enseigné à propos du verset des Proverbes : « Fais-toi rare dans la maison de ton prochain, de peur qu'il ne soit rassasié de toi et ne te prenne en haine ». Et qui est « ton ami et l'ami de ton père » ? Le Saint, béni soit-Il, dit : c'est Moi. Ne dis pas : « Je viens tous les jours au Beth Hamikdach, aujourd'hui pour un 'hatat, demain pour une 'ola, après-demain pour un acham », chaque jour un nouveau korban. C'est comme cet homme qui avait croisé Olmert à l'aéroport et s'était mis à le serrer dans ses bras en l'embrassant. Ce dernier lui demanda : « Que se passe-t-il ? » L'homme répondit : « Vous êtes saint comme un Sefer Torah ! » Olmert s'étonna : « Quel est le rapport ? » L'homme répliqua : « Comme un Sefer Torah, chaque semaine une nouvelle affaire (paracha) ! » Il en va de même ici : le Saint, béni soit-Il, affirme que le sacrifice n'est pas le but, mais qu'il s'agit avant tout de ne pas pécher. « Fais-toi rare dans la maison de ton prochain » - ne viens pas sans cesse au Beth Hamikdach offrir des sacrifices, « de peur qu'il ne soit rassasié de toi et ne te prenne en haine » - qu'Il ne se lasse de tes offrandes et ne te rejette. Car il vaut bien mieux ne pas pécher et ne pas apporter de korban, plutôt que d'enchaîner faute sur faute et d'apporter sacrifice après sacrifice. Je veux que tu Me serves et que tu accomplisses Mes mitsvot, non que tu M'offres sans cesse des sacrifices.
Le Radak explique que les mots « et tes holocaustes sont constamment devant Moi » dépendent de la proposition précédente, « Ce n'est pas pour tes sacrifices que Je te réprimande ». C'est une règle grammaticale connue sous le nom de « traction » (mochekh a'heret imo) : la négation initiale s'étend également à la seconde partie de la phrase, comme s'il était écrit « ni pour tes holocaustes qui seraient constamment devant Moi ». Nous trouvons une construction identique dans la prière quotidienne : « Qui n'a point fait notre partage comme le leur, et notre lot comme toute leur multitude », ce qui signifie en réalité « ni notre lot comme toute leur multitude », le premier « non » emportant le membre suivant. Certains ont d'ailleurs corrigé le texte pour le rendre plus explicite en écrivant « ve-lo goralénou » (ni notre lot), comme c'est le cas dans le rituel yéménite ou chez les disciples du rav Mazuz, bien que le rite séfarade courant n'ait pas cette négation explicite. Il en va de même ici : Je ne viens pas te réprimander pour avoir offert ou omis d'offrir des sacrifices, ni pour avoir apporté ou non une 'ola. Ce n'est pas là l'essentiel, car ce que J'attends de toi, c'est d'écouter la voix d'Hachem, et non d'apporter des sacrifices.
Le Malbim, quant à lui, explique que la négation ne s'applique qu'au mot « tes sacrifices » : le reproche ne portera pas sur tes sacrifices de paix (zva'him), comme si l'absence d'offrande constituait une faute majeure à tes yeux, car en réalité « tes holocaustes sont constamment devant Moi » - les 'olot, tu les offres avec régularité. Selon le Malbim, la seconde partie du verset n'est donc pas formulée sur un mode négatif, mais affirmatif : certes, tu n'offres guère de sacrifices de paix, mais des holocaustes, qui sont entièrement consumés (kalil), tu en apportes continuellement. Et le texte poursuit : pourquoi t'imagines-tu donc que J'ai besoin d'holocaustes ou de sacrifices ?
Dans le 'Houmach Vayikra, le Malbim propose une explication admirable de ce verset. L'holocauste (la 'Ola) - pour quelle raison est-il offert ? « Ce qui monte à votre esprit n'aura point lieu », et nos Sages ont déduit que la 'Ola vient réparer « ce qui monte à votre cœur » : l'holocauste expie les pensées fautives du cœur (hirhour halev). Dès lors, tu viens offrir un holocauste pour réparer une mauvaise pensée ; le Saint, béni soit-Il, dit alors : J'aurais préféré que tu n'aies pas cette pensée et que tu n'aies pas à offrir d'holocauste. Je ne désire pas une offrande qui succède à une faute. Et c'est là le sens de « וְעוֹלֹתֶיךָ לְנֶגְדִּי תָמִיד », au sens d'opposé à Moi : les holocaustes que tu M'offres Me déplaisent, ils vont à l'encontre de Ma volonté, car Je préférerais que tu ne trébuches pas dans la faute et que tu n'aies pas besoin de sacrifice.
לֹא־אֶקַּח מִבֵּיתְךָ פָר, מִמִּכְלְאֹתֶיךָ עַתּוּדִים׃ - Je ne prendrai pas de taureau de ta maison, ni de boucs de tes enclos.
Le Radak explique : si J'avais besoin d'holocaustes, Je ne les prendrais pas chez toi, car tout est en Mon pouvoir. Le verset mentionne précisément le « taureau » parce qu'il s'agit de la plus grande des offrandes, et les « boucs » sont les grands caprins. « De tes enclos » (mimikhle'otekha) se rattache aux parcs à bétail, aux clôtures du troupeau ; le he et le alef y sont interchangeables, car ailleurs il est écrit « mikhlah » avec un he et ici « mikhla » avec un alef. Ces parcs sont ainsi appelés parce que les bêtes y sont enfermées (kelou'im).
Et le Malbim explique : aurais-Je donc précisément besoin du taureau de ta maison et des boucs de tes parcs ? Si J'avais besoin de nourriture et de boisson, « tout animal de la forêt est à Moi ».
כִּי־לִי כָל־חַיְתוֹ־יָעַר, בְּהֵמוֹת בְּהַרְרֵי־אָלֶף׃ - Car tout animal de la forêt M'appartient, les bêtes par milliers sur les montagnes.
Le Saint, béni soit-Il, dit : les animaux de la forêt qui M'appartiennent sont bien meilleurs que le taureau de ta maison et que les boucs de tes enclos. Et si tu prétends que Je désire spécifiquement la chair d'un animal domestique (behema), alors que les animaux des forêts sont du gibier sauvage ('haya) - cela aussi, Je le possède : « les bêtes par milliers sur les montagnes ».
Rachi rapporte une interprétation des Sages sur « les bêtes par milliers sur les montagnes » : il s'agit du taureau réservé pour le festin du monde à venir. Certains omettent la mention « réservé pour le festin à venir », mais on la trouve ainsi dans plusieurs versions de Rachi, et c'est bien ce qui ressort des termes du Midrach. Il s'agit du Taureau sauvage (Chor HaBar), célébré dans nos chants aux côtés du Léviathan, dont le Saint, béni soit-Il, préparera un banquet pour les Justes. Il est appelé « sur mille montagnes » parce qu'il broute mille montagnes par jour - un taureau colossal et prodigieux qui dévore la végétation de mille monts en une seule journée, et chaque jour celle-ci repousse à neuf ; la pousse sera si rapide qu'en un jour il broute mille montagnes et qu'elles ont déjà le temps de reverdir. Il existe plusieurs explications sur le sens de ce terme « elef » : mille montagnes, ou mille parasanges, ou encore mille taureaux. Certains expliquent enfin qu'il dérive de « magar alafeikha » (le croît de ton gros bétail), où les bovins sont appelés « alafim », désignant des montagnes pleines de troupeaux. Cela fait exactement écho aux paroles : « Je ne prendrai pas de taureau de ta maison » - J'ai des montagnes pleines de milliers de taureaux.
יָדַעְתִּי כָּל־עוֹף הָרִים, וְזִיז שָׂדַי עִמָּדִי׃ - Je connais tous les oiseaux des montagnes, et tout ce qui remue dans les champs est avec Moi.
Et si tu prétends que Je désire des oiseaux - des oiseaux aussi, J'en ai ; et s'il s'agit des créatures des champs (ziz sadaï), ces animaux de plus petite taille - tous sont également avec Moi, sous Ma providence. Pourquoi donc t'imagines-tu que J'ai besoin de tes sacrifices ou que J'attends quoi que ce soit de toi ?
L'Ibn Ezra souligne la portée de l'expression « Je connais » : aucun homme n'a la force de les connaître tous, tant ils sont nombreux ; mais devant le Saint, béni soit-Il, rien ne demeure caché. « Je connais tous les oiseaux des montagnes » - chaque volatile des monts et tout ce qui se trouve dans le monde, tout Lui est dévoilé. Et le Radak ajoute : même ceux que tu ne connais pas. Toi, tu n'as l'habitude que de ceux qui vivent près des lieux habités, mais Hachem dit : Je connais également ceux des montagnes les plus reculées.
« וְזִיז שָׂדַי » - Rachi explique : les petites bêtes des champs. « Saday » dérive de « champ » (sadé), et elles sont appelées « ziz » du fait qu'elles bougent et se déplacent (« zazim ») d'un endroit à un autre. Le Radak explique quant à lui qu'il s'agit de l'ensemble des bêtes sauvages, comme il est dit : « וזיז שדי ירענה » (« et les bêtes des champs la broutent »).
Et dans Vayikra Rabba, nos Sages enseignent : Rabbi Yehouda bar Rabbi Simon a dit que ce Ziz est un oiseau gigantesque - une créature ailée particulière nommée Ziz. Lorsqu'il déploie ses ailes, il assombrit le disque solaire et projette une ombre immense dans les airs. C'est ce qui est écrit : « Est-ce par ton intelligence que l'épervier prend son vol, qu'il déploie ses ailes vers le midi ? ». Et pourquoi est-il nommé Ziz ? Parce qu'il renferme toutes sortes de saveurs, de ceci et de cela (« mizé oumizé ») - « Ziz » évoquant ces goûts multiples qu'il réunit en lui.