Introduction
Le psaume 5 est une prière matinale du roi David, tout au long de laquelle il dresse un contraste saisissant entre la foi pure en un D.ieu unique et les croyances idolâtres. Dans la partie qui nous occupe (à partir du verset 5), le Malbim explique comment chaque verset réfute une conception païenne particulière, et comment David en découle ses supplications : être guidé sur le droit chemin, être délivré de ses ennemis, et obtenir joie et allégresse éternelles pour ceux qui s'abritent en Hachem.
« Car Tu n'es point un D.ieu qui prenne plaisir au mal » - Il n'y a pas de divinité du bien et de divinité du mal
כִּי לֹא אֵל חָפֵץ רֶשַׁע אָתָּה, לֹא יְגֻרְךָ רָע׃ - Car Tu n'es point un D.ieu qui prenne plaisir au mal, le mal ne saurait habiter auprès de Toi.
Le Malbim explique : les idolâtres attribuaient à leurs divinités tous les mauvais traits de caractère, comme en témoignent les futilités de leur mythologie. Ils croyaient à toutes sortes de querelles intestines entre les dieux : une divinité en haïssait une autre pour lui avoir pris son épouse, un dieu combattait un autre dieu, un autre tuait le fils de son rival - autant d'absurdités, d'illusions et de chimères auxquelles adhéraient les Grecs et les autres peuples idolâtres. Ils croyaient en de multiples puissances luttant les unes contre les autres ; et lorsque grondait le tonnerre, ils l'expliquaient par un éclat dans les affrontements de leurs dieux. De même, les autres phénomènes naturels étaient tous rapportés à ces combats mythologiques.
En lisant ces récits, on découvre des traits méprisables et corrompus : la haine, la concupiscence, la quête d'honneurs, l'esprit de rivalité, et tant d'autres. Tous les récits mythologiques dépeignent des guerres chargées de passions violentes entre divinités. Les païens attribuaient à chaque élément de la Création une force supérieure qui le gouverne. Dès lors, tout comme il existait selon eux des forces bienveillantes, il existait des forces maléfiques - cruauté, orgueil, jalousie et vengeance - incarnées par des divinités qui en étaient la source et les diffusaient ici-bas. Ils en venaient ainsi à croire en un dieu du bien et un dieu du mal : un dieu désirant le bien et un dieu voulant le mal, une divinité qui fait vivre et une divinité qui fait mourir.
Nous avons déjà développé cette idée à plusieurs reprises : de nombreux versets réfutent ces vanités, tel que : « C'est Moi qui fais mourir et qui fais vivre, c'est Moi qui blesse et qui guéris » - le Saint, béni soit-Il, accomplit l'un comme l'autre, car en fin de compte tout concourt au bien de l'homme, et ces deux forces que vous attribuez à deux entités distinctes émanent toutes deux exclusivement de Moi.
Les idolâtres croyaient également, ajoute le Malbim, que lorsque le dieu du bien règne, il craint le dieu du mal : d'abord parce que ce dernier est cruel, ensuite de peur qu'il ne prenne le dessus et ne le vainque, comme l'enseignent les fables et les poèmes grecs. C'est contre cette conception que s'élève le roi David en disant : Maître du monde, « Tu n'es point un D.ieu qui prenne plaisir au mal » - Tu es le Maître absolu de toutes les forces, et Tu ne désires nullement le mal. Et même si l'on soutenait que Tu es le D.ieu qui désire le bien, alors que selon eux le dieu du bien redouterait le dieu du mal, David proclame : « Le mal ne saurait T'effrayer » (lo yégourkha ra). Le Malbim explique en effet le mot yégourkha à partir de la racine signifiant la frayeur (magor) : Tu ne redoutes aucune divinité du mal, pour la simple raison qu'aucune n'existe. Il n'y a qu'une seule et unique Puissance dans la Création, dont tout provient. Hachem est la source même du bien et de la bonté ; le mal et la perversité n'ont aucune part en Lui, et le Saint, béni soit-Il, en est infiniment éloigné.
Rachi interprète les mots « lo yégourkha ra » selon le sens littéral : le mal ne peut séjourner (lagour) dans Ta demeure. Cependant, selon le Malbim, ce terme découle de la notion d'effroi (magor), à l'instar du verset : « La ruine causée par les méchants les terrifie (yégorèm) » - aucun prétendu dieu mauvais ne saurait T'effrayer, car nous n'avons qu'un seul et unique D.ieu.
Soit dit en passant, les kabbalistes citent ce verset à propos des Séfirot et des quatre mondes : Atsilout, Béria, Yétsira et Assiya. Dans le monde d'Atsilout, les forces de l'impureté n'ont absolument aucun accès ; les klipot (écorces) ne peuvent s'attacher qu'aux degrés inférieurs, tandis que dans les sphères supérieures, il n'y a aucune place pour les forces impures. C'est à ce propos qu'ils appliquent : « Le mal ne séjourne point chez Toi » - dans Ta demeure, qui correspond à Atsilout, le mal n'existe pas et les forces de l'impureté ne peuvent y pénétrer. Toute faute ou tout égarement commis dans notre monde ici-bas n'a aucune prise sur ces sphères sublimes, n'affectant que les degrés inférieurs.
« Les insensés ne tiendront point » - Nulle source où puiser la méchanceté
לֹא יִתְיַצְּבוּ הוֹלְלִים לְנֶגֶד עֵינֶיךָ, שָׂנֵאתָ כָּל פֹּעֲלֵי אָוֶן׃ - Les insensés ne sauraient subsister devant Tes yeux ; Tu as en haine tous les artisans d'iniquité.
Les nations croient que les insensés ressemblent à leurs divinités : tout comme il existe chez elles des dieux cruels, jaloux et passionnés, l'homme violent et insensé est cruel parce qu'il tire sa force de tel dieu, et envieux parce qu'il tire sa force de tel autre. Mais auprès de Toi, Maître du monde, « les insensés ne subsisteront pas devant Tes yeux » - les insensés ne tirent aucune force d'Hachem, béni soit-Il, car nous avons dit : « Tu n'es point un Dieu qui prenne plaisir au mal, le mal ne séjourne point chez Toi ». Bien au contraire, « Tu hais tous ceux qui commettent l'iniquité » - Tu as en horreur tous les ouvriers d'iniquité, et c'est pourquoi les insensés ne sauraient subsister sous Ton regard, car cela s'oppose absolument aux attributs du Saint, béni soit-Il.
« Holelim » (les insensés) - Rachi explique : ceux qui agissent avec folie. Le terme « holel » renvoie à l'idée de confusion, à un homme dont l'esprit n'est pas posé.
« Tu fais périr ceux qui profèrent le mensonge » - La nature divine a en horreur le sang et la tromperie
תְּאַבֵּד דֹּבְרֵי כָזָב, אִישׁ דָּמִים וּמִרְמָה יְתָעֵב יְהֹוָה׃ - Tu feras périr ceux qui profèrent le mensonge ; l'homme de sang et de ruse, Hachem l'a en horreur.
Après avoir expliqué comment les adeptes de la vanité et de l'idolâtrie se rendent au temple idolâtre par crainte - car la divinité est pour eux une entité démoniaque, mauvaise et terrifiante qui, si on ne la sert pas, causera du tort et de la souffrance - David déclare à présent : « Tu fais périr ceux qui profèrent le mensonge ». Nul ne pourra Te résister, car « l'homme de sang et de ruse, Hachem l'a en horreur » : la nature même du Divin est d'avoir en abomination les hommes de sang et de ruse. Les idolâtres s'imaginent que l'idole, cette force spirituelle supérieure, aime le sang et la tromperie, et ils se comportent donc à son image en suivant ses voies - comme ces païens nourris des chimères de la mythologie que mentionne le Malbim, qui croyaient aux querelles et aux guerres intestines des dieux. L'adepte pense devoir marcher dans les voies de son dieu et agir comme lui.
Mais la vérité est tout autre. Je crois d'une foi parfaite qu'Hachem est la perfection du bien et n'est que bonté. C'est pourquoi, Maître du monde, Tu feras périr de tels hommes - ceux qui profèrent le mensonge ; quant à l'homme de sang et de ruse, Dieu ne l'aime point, bien au contraire : « Hachem l'a en horreur ». Hachem n'est que bonté et que bienveillance, et Il a en aversion les hommes sanguinaires et trompeurs. L'amour du mal, affirme le Malbim, est contraire à la nature même de la Divinité.
« Mais moi, par l'abondance de Ta grâce » - Pourquoi je viens dans la maison d'Hachem
וַאֲנִי בְּרֹב חַסְדְּךָ אָבוֹא בֵיתֶךָ, אֶשְׁתַּחֲוֶה אֶל הֵיכַל קָדְשְׁךָ בְּיִרְאָתֶךָ׃ - Mais moi, par l'abondance de Ta grâce, j'entre dans Ta maison ; je me prosterne vers le sanctuaire de Ta sainteté, pénétré de Ta crainte.
David poursuit en soulignant l'immense différence entre ma foi dans le Dieu de vérité et leur croyance dans les vanités des idoles. L'idolâtre sert sa divinité par peur du mal : il cherche constamment à l'apaiser pour qu'elle ne lui nuise pas. C'est dans ce but qu'il se rend au temple idolâtre, afin de prier l'idole de lui épargner tout préjudice, car il la perçoit comme une entité terrible et malfaisante. Cependant, une fois sur place, que découvre-t-il ? Une idole, une imposture sans consistance, un simple morceau de bois, incapable de lui être utile ou de le secourir - si bien qu'il finit par ne plus la craindre.
On raconte l'histoire d'un Juif qui entra un jour dans une église et qu'on vit ressortir avec une chaîne en or de grande valeur, suspendue au cou d'une statue. Les fidèles y apportaient en effet bagues et chaînes pour l'en parer. On se mit à le poursuivre en criant : « Au voleur ! » Il leur dit : « À Dieu ne plaise, pourquoi me traiter de voleur ? Je viens de me prosterner devant lui et je lui ai dit : "J'étais chez les Juifs, j'ai prié là-bas et n'ai rien obtenu ; fais-moi une grâce, aie pitié de moi et comprends ma détresse." C'est alors qu'il m'a répondu : "Dans mon infinie compassion, prends la chaîne qui est à mon cou, qu'elle te vienne en aide et subvienne à tes besoins." C'est lui qui me l'a donnée ! » Les prêtres comprirent qu'ils étaient pris au piège : s'ils affirmaient que la statue ne parlait pas, ils reniaient leur propre culte. Ils finirent par le laisser partir. Astuce typique, dira-t-on, bien qu'il s'agisse en réalité d'une folie, puisqu'il est rigoureusement interdit de franchir le seuil d'un tel lieu. Mais revenons à notre sujet : l'adepte parvient au lieu de son culte et réalise qu'il ne s'agit que de vanité.
À l'inverse, David le roi s'écrie : pour moi, il n'en est point ainsi. « Mais moi, par l'abondance de Ta grâce, j'entre dans Ta maison » - je ne viens pas dans la maison d'Hachem pour la raison qui pousse l'idolâtre vers son temple, par crainte d'un châtiment. Je viens par l'abondance de Ta bonté : il y a une bienveillance divine qui s'étend sur toute la création. En contemplant le monde qui m'entoure, j'y discerne le 'Hessed d'Hachem et je comprends que l'auteur de cette bonté, c'est Toi, Maître du monde. C'est porté par cette immense bonté manifeste aux yeux de tous que je viens dans Ta maison pour Te prier, car Tu es abondant en grâce.
Et lorsque je me prosterne vers le sanctuaire de Ta sainteté, je ne suis pas comme l'idolâtre qui, au moment de s'incliner, découvre une statue dépourvue de toute réalité. Bien au contraire : « Ma chair frissonne sous Ta terreur ». Et là encore, ce n'est pas à la façon du païen qui craint le châtiment d'un dieu maléfique qu'il faudrait apaiser. Il s'agit de « Ta crainte » : la crainte de l'exaltation divine (Yirat Haromémout), la grandeur d'Hachem, la crainte devant l'éclat de Sa majesté.
Le Malbim souligne qu'il y a ici deux niveaux : « j'entrerai dans Ta maison » et « je me prosternerai vers Ton saint sanctuaire ». Le sanctuaire (le Heikhal) est plus intérieur que la maison (le Beit), lorsqu'il est question du Temple. Dans un premier temps, il arrive dans la maison extérieure, et cela en vertu de la bonté divine qu'il perçoit sur l'ensemble de la création : « Et moi, par l'abondance de Ta bonté, j'entrerai dans Ta maison ». Puis, lorsqu'il pénètre plus à l'intérieur pour se prosterner vers Son saint sanctuaire, il atteint alors le degré de la crainte face à la majesté de Sa grandeur. Étape par étape.
« Conduis-moi dans Ta justice » - deux requêtes sur le chemin
יְהֹוָה נְחֵנִי בְצִדְקָתֶךָ לְמַעַן שׁוֹרְרָי, הַיְשַׁר לְפָנַי דַּרְכֶּךָ׃ - Éternel, conduis-moi dans Ta justice à cause de ceux qui m'épient, aplanis Ta voie devant moi.
À présent, il demande à Hachem d'exaucer sa prière. Premièrement : Éternel, enseigne-moi la voie de la Torah, afin que ma pensée et ma conduite ne s'écartent pas de la voie divine et que je ne dévie pas du droit chemin. Car si je m'égare, ceux qui m'épient s'en réjouiront. Le mot « choreraï » vient de la racine « lachour », qui signifie regarder, observer, comme dans « Je le vois, mais pas pour maintenant, je l'observe (achourenou), mais ce n'est pas proche », ou encore « Les filles montent sur la muraille (chour) », car du haut du mur, on voit au loin. Mes « choreraï » sont ceux qui m'observent et guettent sans cesse ma chute. Et nous avons déjà mentionné que David avait de nombreux ennemis. C'est pourquoi il implore : Maître du monde, guide-moi sur le droit chemin, afin que ceux qui épient chacun de mes pas en guettant ma chute ne se réjouissent pas à mes dépens. C'est exactement le même principe que David exprime au psaume 27 : « Enseigne-moi, Éternel, Ta voie, et conduis-moi dans un sentier de droiture, à cause de ceux qui m'épient ».
Et la seconde requête : « Aplanis Ta voie devant moi ». Le Malbim explique qu'un homme peut s'égarer en chemin pour plusieurs raisons. Première raison : il ne connaît pas la route, il ne connaît pas l'adresse ; à leur époque, tout le monde n'avait pas de GPS, et par conséquent il dévie parce qu'il ignore quel est le bon itinéraire. C'est pour cela qu'il demande : « Conduis-moi dans Ta justice » - montre-moi le bon chemin. Mais parfois, il connaît parfaitement la route, sauf qu'il y a des obstacles : des escarpements, des montagnes, des collines et des embûches sur la route. C'est à ce sujet qu'il supplie : « Aplanis Ta voie devant moi » - même lorsque je connais le chemin, fais qu'il n'y ait ni obstacles ni écueils, que la route soit droite et nivelée, afin que je puisse parvenir jusqu'à Toi sans encombre.
Et quels sont ces obstacles ? Bien souvent, explique le Malbim, l'homme est assailli de dilemmes et de doutes, ne sachant quelle voie choisir ; et même lorsqu'il sait où aller, il subit des tracas qui le perturbent. Par exemple, les soucis liés aux nécessités matérielles et à la subsistance (la parnassa). C'est une préoccupation qui risque de l'éloigner du droit chemin : d'un côté, il faut bien gagner sa vie, et de l'autre, il faut servir Hachem. C'est pourquoi je Te demande : Maître du monde, écarte les entraves du chemin. Car l'homme commence souvent par de simples nécessités de subsistance, puis il se laisse entraîner par la matérialité, se met en quête des plaisirs de la vie et finit par oublier la voie d'Hachem. Maître du monde, fais que tous ces obstacles ne m'égarent pas en route !
Et le sens profond, explique le Malbim, s'applique à la voie de la Torah : parfois l'homme ignore la bonne méthode, et ce pour plusieurs raisons : la limitation de celui qui conçoit (kotser hamassig), la profondeur du concept à saisir (omek hamousag), et la longueur des prémisses requises (orekh hahatsaot). « La limitation de celui qui conçoit » : l'esprit humain est limité. « La profondeur du concept » : même face à un esprit doué d'une grande pénétration, la Torah est parfois si profonde qu'il s'agit de notions difficiles à appréhender et à maîtriser. « La longueur des prémisses » : les « hatsaot » sont les introductions préalables, car bien des sujets ne deviennent intelligibles que si l'on a préalablement acquis plusieurs prérequis. C'est ainsi que dans la sagesse de la Cabale, on insiste tant sur les introductions, car seules des prémisses adéquates permettent ensuite de comprendre. C'est face à tout cela qu'il prie : Maître du monde, guide-moi dans les sentiers de la vie, « conduis-moi dans Ta justice » afin que je connaisse la bonne voie ; et deuxièmement, « aplanis Ta voie devant moi », pour que les entraves et les perturbations du chemin, c'est-à-dire les préoccupations matérielles et les nécessités de l'existence, ne me soient pas un piège et ne me fassent pas trébucher.
« Rien de droit dans sa bouche » - le chemin de la langue vers le Chéol
כִּי אֵין בְּפִיהוּ נְכוֹנָה, קִרְבָּם הַוּוֹת, קֶבֶר פָּתוּחַ גְּרֹנָם, לְשׁוֹנָם יַחֲלִיקוּן׃ - Car il n'y a rien de sincère dans sa bouche, leur intérieur n'est que ruine, leur gorge est un sépulcre ouvert, et leur langue se fait mielleuse.
J'implore cela « à cause de ceux qui m'épient » - ces adversaires qui cherchent constamment à prouver que je suis coupable et à montrer que mes actes sont pervertis. Et à leur propos, il s'exclame : Maître du monde, ce que ces gens disent de moi et toute leur attitude, « il n'y a rien de sincère dans sa bouche » - ce ne sont que paroles mensongères et conduite hypocrite.
Remarquez que le verset mentionne cinq éléments : la bouche, l'intérieur (le cœur profond), la tombe (le sépulcre), la gorge, la langue. Que veut nous enseigner le roi David ? Le Malbim a déjà expliqué à plusieurs reprises que la bouche et les lèvres expriment la parole extérieure, car elles sont visibles de dehors ; tandis que la langue est intérieure et traduit la pensée intime, ce que l'homme conçoit avec réflexion et intelligence, du tréfonds de son cœur. La parole extérieure n'est que ce qu'on affiche au dehors, sans refléter nécessairement ce que l'on pense ou croit vraiment. Ceux qui m'épient, dit David - ceux qui guettent le moment où je tomberai, mes ennemis - tiennent de leur bouche de bonnes paroles à mon sujet, mais leur langue recèle la perfidie : « leur langue se fait mielleuse ». C'est pourquoi il déclare : « Il n'y a rien de sincère dans sa bouche » : ce que l'on entend de leur bouche n'est qu'apparence trompeuse, alors que leur langue intérieure n'est que duplicité et flatterie perfide.
À partir de là, le Malbim brosse un tableau saisissant : leur for intérieur est comparable au Chéol et à la perdition - « leur intérieur n'est que ruine » (havot désignant l'abîme et la ruine). Leur gorge est semblable à une fosse ouverte par laquelle le mort descend au séjour des morts. Et leur langue est un passage obscur et glissant d'où l'on bascule vers l'intérieur. Il s'avère donc que celui qui se laisse attirer par leur bouche - une bouche qui profère en apparence des éloges et des paroles bienveillantes - se retrouve, dès qu'il y pénètre, pris au piège de leur « langue mielleuse » qui le fait glisser tout droit vers la gorge, cette tombe béante, et de la gorge directement vers leur intérieur ténébreux, le Chéol lui-même. Comprenez bien qu'ils ne vous attirent que par le langage extérieur : « il n'y a rien de sincère dans sa bouche », ce n'est qu'illusion. En hébreu, il existe d'ailleurs une expression : « entrer dans la bouche de quelqu'un ». Face à une personne à la langue acérée ou venimeuse, qui ne répond que par des attaques piquantes et des sarcasmes, il est vivement déconseillé de « tomber sous sa dent ». Il en va de même ici : quiconque s'engage sur cette langue trompeuse glisse vers la gorge qui est un tombeau, et de là vers le gouffre de leur for intérieur.
« Haachimem Elohim » - Faute préméditée et faute répétée
הַאֲשִׁימֵם אֱלֹהִים, יִפְּלוּ מִמֹּעֲצוֹתֵיהֶם, בְּרֹב פִּשְׁעֵיהֶם הַדִּיחֵמוֹ כִּי מָרוּ בָךְ׃ - Condamne-les, ô Dieu ! Qu'ils tombent par leurs propres intrigues ; repousse-les pour la multitude de leurs transgressions, car ils se sont révoltés contre Toi.
« Condamne-les, ô Dieu » : qu'ils soient déclarés coupables en justice. Et cette requête, dit David, repose sur deux raisons. La première : leurs fautes ne relèvent ni du désir passager ni de l'inadvertance. Celui qui pèche par pulsion ou par mégarde subit une forme de contrainte et d'erreur involontaire. Mais ceux-là pèchent par le calcul de l'intellect, et c'est le sens de « qu'ils tombent par leurs desseins » : leurs péchés sont prémédités, c'est une faute idéologique, et non le fait de céder simplement à une pulsion. La seconde raison : ils récidivent dans leur faute. Celui qui trébuche ne trébuche qu'une fois ; mais celui qui en fait un système et répète sa faute, Rabbénou Yona enseigne qu'il est considéré comme un renégat (moumar) à l'égard de cet interdit, même s'il ne s'agit que d'un seul domaine : s'il ne prend garde qu'au lachone hara, il est considéré comme un renégat quant au lachone hara ; s'il ne prend garde qu'à la pureté du regard, il est considéré comme un renégat en cette matière.
Dès lors, Maître du monde, vois qu'ils sont impies avec préméditation : « par leurs desseins », ce n'est nullement par inadvertance ; et « pour la multitude de leurs transgressions », car ils multiplient les forfaits et récidivent sans cesse dans leur faute. C'est exactement ce qui fut dit de la génération du Déluge : « car la méchanceté de l'homme était grande » - ils répétaient leur péché ; « et toute inclination des pensées de son cœur n'était que mauvaise » - cela ne provenait pas seulement de la convoitise, mais de calculs, de projets et de démarches intellectuelles. Il apparaît qu'ils agissent par provocation délibérée et par pur mépris.
C'est pourquoi il demande : « Qu'ils tombent par leurs desseins ». Le Malbim explique : Maître du monde, que leur mauvais conseil devienne lui-même la cause de leur chute ! Dans « mimotsotehem » (de leurs desseins), le préfixe mem indique le lieu : c'est du lieu même de leur conseil qu'ils chuteront. Ce sont leurs crimes qui causeront leur perte, au sens de ce verset : « Ta propre méchanceté te châtiera » - c'est ton propre mal qui te nuit.
Il est d'ailleurs tout à fait remarquable - bien que le Malbim ne le mentionne pas - que c'est précisément ce qui advint aux ennemis de David. Doëg : qu'est-ce qui l'a perdu ? Le fait d'être allé calomnier David, d'avoir parlé de Nob, la ville des Cohanim, et d'Ahimélekh fils d'Ahitoub, ce qui amena Saül à lui ordonner de frapper ces derniers, et Doëg alla les massacrer - c'est pour cela qu'il dut rendre des comptes. Le mal par lequel il avait projeté de faire tomber David fut précisément ce qui causa finalement sa propre ruine. De même pour Ahitophel : il vécut de nombreuses années, et qu'est-ce qui provoqua sa perte ? Ses conseils contre David. Son conseil à Absalom était pourtant d'une redoutable efficacité : poursuis-le cette nuit même pendant qu'il est épuisé, terrasse-le et élimine-le. Mais lorsqu'il constata que son conseil n'avait pas été suivi, il comprit que l'entreprise avait échoué, il partit et s'étrangla. Qu'est-ce qui l'a fait tomber ? Son propre conseil dirigé contre David. Il s'avère ainsi que la prière de David fut pleinement exaucée et réalisée : « Qu'ils tombent par leurs desseins » - ce sont leurs complots contre moi qui provoqueront leur chute.
« Veyismehou khol hosseï vakh » - Une allégresse ininterrompue
וְיִשְׂמְחוּ כָל חוֹסֵי בָךְ לְעוֹלָם יְרַנֵּנוּ, וְתָסֵךְ עָלֵימוֹ, וְיַעְלְצוּ בְךָ אֹהֲבֵי שְׁמֶךָ׃ - Alors se réjouiront tous ceux qui s'abritent en Toi, à jamais ils jubileront ; Tu les protégeras, et ceux qui aiment Ton Nom exulteront en Toi.
« Alors se réjouiront tous ceux qui s'abritent en Toi » : comme il est écrit : « Pour ma part, je me réjouirai en l'Éternel » et « Que disparaissent les pécheurs de la terre » ; quiconque s'abrite en Hachem connaîtra une immense joie. Et que signifie « à jamais ils jubileront » ? Le Malbim énonce ici une idée admirable : l'allégresse de l'homme survient lorsqu'il sort d'une détresse. Aujourd'hui encore, nous connaissons des chants de joie, mais il ne s'agit pas d'une allégresse « éternelle », car l'homme sort d'une épreuve pour en affronter une autre ; il en réchappe et chante à nouveau, puis survient une nouvelle épreuve. Nous vivons dans un monde de tourments, d'angoisses et d'épreuves, où une allégresse perpétuelle ne peut exister. C'est pourquoi David implore : Maître du monde, « à jamais ils jubileront » - que ce chant de délivrance soit continu, et non une joie interrompue par la détresse suivante, mais que le salut accordé soit définitif et absolu.
« Tu les protégeras » : que la Providence fasse écran au-dessus d'eux. « Et ceux qui aiment Ton Nom exulteront en Toi » : que cette joie ne soit pas une joie simplement naturelle - car la joie naturelle s'interrompt bien souvent -, mais une joie affranchie de la matérialité, une joie spirituelle : « en Toi », que leur exaltation prenne sa source en Toi. Telle est la nuance entre la simha (joie) et la alitsout (exultation) : la joie peut s'appliquer aussi aux réalités matérielles, tandis que l'exultation s'applique à une réjouissance spirituelle - que leur joie soit en Toi, dans la conscience de bénéficier d'une providence particulière de Ta part.
« Ki ata tevarekh tsaddik » - Une bénédiction assortie de protection
כִּי אַתָּה תְּבָרֵךְ צַדִּיק יְהֹוָה, כַּצִּנָּה רָצוֹן תַּעְטְרֶנּוּ׃ - Car Toi, Éternel, Tu bénis le juste ; comme d'un grand bouclier, Tu l'entoures de Ta bienveillance.
Et cela adviendra lorsqu'ils reconnaîtront que c'est Toi qui bénis le juste : la Providence n'émane que de Toi, et si le juste jouit d'une bénédiction, ce n'est que parce que la bénédiction d'Hachem repose sur lui. « Comme d'un bouclier, Tu le couronnes de bienveillance » : la tsina est un grand bouclier enveloppant qui protège l'homme sur trois côtés - celui qui le porte est abrité non seulement de face, mais aussi sur ses deux flancs, à la manière de la lettre 'Het. De même, Maître du monde, Ta protection sera semblable à ce bouclier.
Et c'est la bénédiction d'Hachem qui enrichit - non une bénédiction purement naturelle, car la bénédiction naturelle comporte ses failles et ses inconvénients. Le Malbim explique ce défaut : lorsqu'un homme possède une abondance matérielle naturelle, il doit désormais engager des gardes pour veiller sur lui ; beaucoup d'argent attire beaucoup de voleurs. Mais il n'en va pas ainsi de la bénédiction spirituelle : « Qu'Hachem te bénisse et te garde » - lorsqu'Hachem accorde Sa bénédiction, la protection provient également de Lui. Le Saint, béni soit-Il, affirme pour ainsi dire : la garde M'incombe aussi. Il ne faut pas concevoir cela comme une bénédiction matérielle ordinaire, où l'on acquiert des biens et où l'on est béni, mais dont la protection reste à notre charge ; lorsque la bénédiction procède d'une source spirituelle, Hachem Lui-même bénit et protège. Dès lors, elle ne s'accompagne d'aucune affliction, mais d'une pleine quiétude. C'est là le sens de « Tu le couronnes de bienveillance » : la faveur divine le couronnera et l'enveloppera comme une tsina, comme un bouclier protégeant ses côtés, pour le garder et le préserver - de sorte que les biens et l'aisance dont il disposera ne susciteront point la crainte d'en être spolié, mais demeureront sous la protection constante du Saint, béni soit-Il, sans jamais lui faire défaut.
En conclusion :
Le psaume oppose la foi d'Israël aux croyances idolâtres : il n'y a pas un dieu du bien et un dieu du mal, mais une Puissance unique dans la Création, source absolue de bien et de bonté, auprès de laquelle le mal n'a aucune place - « Tu n'es point un Dieu qui prenne plaisir à la méchanceté, le mal ne saurait séjourner auprès de Toi ». Dès lors, les insensés et les artisans d'iniquité n'ont nulle part où puiser leur noirceur, et l'homme de sang et de ruse est en abomination devant Hachem. De là découle également l'approche authentique de la Maison d'Hachem : non point par la peur du châtiment propre à l'idolâtre, mais « par l'abondance de Ta bienveillance, j'entrerai dans Ta maison », et de là, vers l'intérieur du Sanctuaire, dans la crainte respectueuse de Sa grandeur. C'est sur cette toile de fond que David formule deux requêtes : « Guide-moi dans Ta justice » - afin de discerner la bonne voie, et « Aplanis Ta voie devant moi » - afin que soient écartés les obstacles et les tracas du chemin. Ses ennemis, dont tout le discours n'est qu'artifice et dont la langue flatteuse entraîne vers la gorge et l'abîme du Shéol, chuteront par leurs propres intrigues, ainsi qu'il advint pour Doëg et A'hitofel. À l'opposé, ceux qui cherchent refuge en Hachem mériteront une allégresse ininterrompue et une joie spirituelle, une bénédiction scellée par la protection divine - « comme d'un bouclier, Tu le couronnes de bienveillance ».