לַמְנַצֵּחַ אֶל־הַנְּחִילוֹת מִזְמוֹר לְדָוִד׃ - Au chef des chantres, sur Hané'hilot, psaume de David.
Rachi, fidèle à sa méthode, s'interroge d'abord sur la signification du terme « Hané'hilot ». Il cite l'explication de Ména'hem ben Sarouq, pour qui des termes comme « Né'hilot », « Alamot », « Guitit » ou « Yedoutoun » sont tous des noms d'instruments de musique, l'air du psaume étant adapté au chant propre à cet instrument. En d'autres termes, il s'agissait soit d'instruments de musique, soit de mélodies spécifiques selon lesquelles chaque cantique était arrangé.
Rachi rapporte également un Midrach Aggada, que l'on trouve aussi dans le Midrach Tehilim (Chokher Tov) : il n'est pas écrit « au chef des chantres sur l'héritage (al hana'hala) », mais « el hané'hilot », ce qui fait allusion à la double part d'héritage - sur la part dont vous avez hérité de Lui et sur la part dont Il a hérité de vous. Autrement dit, nous avons pris Hachem pour héritage, et Hachem nous a pris comme Son propre héritage, ainsi qu'il est dit : « Yaakov est la part de Son héritage ». Toutefois, Rachi écarte cette interprétation pour deux raisons : d'abord, « Né'hilot » n'est pas « Na'halot » (héritages), ce n'est pas le sens de ce terme ; ensuite, l'ensemble du psaume ne traite aucunement de questions d'héritage.
C'est pourquoi Rachi explique que « Né'hilot » provient du mot « Na'hil », un essaim d'abeilles, et désigne ici des troupes armées - une multitude de soldats fondant en masse, à l'image du verset « les torrents de Bélial m'épouvantent », que le Targoum traduit par « une troupe de pécheurs », une faction d'impies. Selon cette approche, tout le psaume prend son sens : David prie au sujet des armées ennemies marchant contre Israël, et implore Hachem de l'en délivrer, ou Lui rend grâce pour ce salut.
Le Radak explique que les Né'hilot désignent un genre musical, mais il cite également l'avis de Rav Haï Gaon, qui rattache lui aussi ce mot à l'essaim d'abeilles, quoique dans une perspective totalement différente. Alors que pour Rachi, l'essaim représente l'ennemi contre lequel on prie, pour Rav Haï Gaon, il caractérise la nature du chant : la mélodie imitait le bourdonnement ou le bruissement des abeilles. Dès lors, l'expression « El Hané'hilot » ne fait pas partie du corps du psaume mais de son introduction, comme nous l'avons constaté dans les psaumes précédents, où le préambule précise l'instrument ou la mélodie accompagnant le psaume.
Nos Sages enseignent que ce psaume a été composé au sujet de Doëg et d'A'hitofel, les ennemis acharnés de David, et que c'est contre eux qu'il l'a prononcé. Le Malbim, quant à lui, divise le psaume en deux sections : la première jusqu'au verset 9, et la seconde à partir du verset 9. La première partie constitue une sorte d'introduction sur la nature de la prière - de quelle manière l'homme doit prier Hachem et quelle ferveur doit l'animer lorsqu'il se tient devant Lui, béni soit-Il. La seconde partie est une supplication par laquelle David demande à Hachem de le guider sur les sentiers de la droiture et d'écarter de lui ses ennemis.
אֲמָרַי הַאֲזִינָה יְהֹוָה בִּינָה הֲגִיגִי׃ - Prête l'oreille à mes paroles, Hachem, discerne mon murmure intérieur.
Rachi explique : lorsque j'ai la force d'exposer mes besoins devant Toi, « prête l'oreille à mes paroles » ; je formule ce que j'ai à dire, j'exprime mes nécessités, et Toi, Hachem, prête l'oreille à mes propos. Mais il arrive parfois que l'on n'ait même plus la force de prier, et c'est alors que j'implore : « discerne mon murmure intérieur » - comprends la méditation de mon cœur, ce qui gît au plus profond de moi.
Cela concorde parfaitement avec l'enseignement déjà développé par le Malbim, selon lequel il existe trois degrés : la pensée (ma'hchava), le murmure ou la méditation (hégayone) et la parole articulée (dibur). La pensée réside tout entière dans le cœur, la parole s'exprime pleinement par la bouche, et le murmure constitue une ébauche de son à peine articulée. Selon ce principe : si je parviens à articuler mes paroles de vive voix, « prête l'oreille, Hachem » ; et sinon, du moins « discerne mon murmure », ce peu que je réussis à peine à murmurer - écoute-le également et exauce-moi.
Le Malbim explique ces versets d'après le Ba'al ha'Ikarim: pour que la prière soit agréée, elle doit être parfaite selon quatre aspects. Le premier: la beauté de l'expression et la concision des propos, ne pas s'étendre outre mesure, mais que l'homme prie une prière brève, sans longueurs superflues. Or nous n'avons pas de plus grand adepte de la concision que Moché Rabbénou, qui dit "El na refa na la" (De grâce, guéris-la, de grâce).
Le deuxième aspect: que la pensée et le raisonnement intérieur s'accordent avec la parole extérieure. Et c'est malheureusement l'un des problèmes les plus difficiles de la prière: la parole extérieure vagabonde dans une direction alors que la pensée se trouve tout ailleurs. C'est ce qui est dit "comprends ma méditation": il ne suffit pas que je fasse sortir mes paroles de ma bouche, mais il faut qu'il y ait aussi en moi de la réflexion, que ce que je prononce soit accompagné également d'une pensée intérieure.
הַקְשִׁיבָה לְקוֹל שַׁוְעִי מַלְכִּי וֵאלֹהָי כִּי־אֵלֶיךָ אֶתְפַּלָּל׃ - Sois attentif à la voix de mon cri, mon Roi et mon Dieu, car c'est vers Toi que je prie.
Le troisième aspect qu'apporte le Malbim: que l'homme ne prie pas pour des choses qui ne lui sont pas indispensables. C'est pourquoi David dit "Sois attentif à la voix de mon cri": "chav'i" désigne le cri de détresse vers le salut, l'homme qui prie face à un malheur qui l'a frappé. Une telle prière est certainement nécessaire. Elle n'est pas comme ces demandes vaines et insensées, où l'on prie pour qu'une certaine équipe de football gagne son match, allant jusqu'à en faire une journée de prière. Voilà une prière qui n'est pas nécessaire. Mais "Sois attentif à la voix de mon cri", c'est un cri véritable, issu de la détresse.
Le quatrième aspect: qu'il place sa confiance en Hachem seul. Lorsqu'un homme place sa confiance aussi en quelqu'un d'autre, et dit pour ainsi dire: Maître du monde, aide-moi, car si untel ne m'aide pas, j'aurai besoin de ton aide, le Saint béni soit-Il lui répond: tu as untel, adresse-toi à lui pour qu'il t'aide. Quand un homme ne voit pas dans le Saint béni soit-Il l'unique adresse, c'est comme s'il servait Hachem en association, et le Saint béni soit-Il lui dit: va vers qui tu veux, il t'aidera. Il faut placer sa confiance en Hachem seul, et non en un être de chair et de sang. C'est ce qui est dit "car c'est vers Toi que je prie": vers Toi seul. Je n'ai d'espoir de salut de personne d'autre, et s'il n'y a que Toi, je ne prie personne d'autre que Toi.
Nous avons raconté une fois en détail un fait qui s'est produit, et nous le rappellerons ici brièvement. Un homme qui construisait des pergolas fut contrôlé par le fisc, et on lui dit qu'il s'était gravement compromis: il y avait un gros travail pour lequel il n'avait pas de reçu. Chacun lui donnait un conseil différent: l'un disait qu'il y avait quelqu'un capable de lui falsifier des reçus rétroactivement, un autre disait qu'il avait des proches au fisc, un troisième disait qu'il y avait un homme qu'on pouvait payer et qui savait résoudre les problèmes. À un certain moment, cet homme dit: Maître du monde, Toi seul m'aideras. Il abandonna tout, laissa tous les efforts qu'il avait entamés, et dit: je ne fais rien, Toi seul m'aideras. Et il se renforça énormément dans la confiance en Hachem.
Le jour où on le convoqua au fisc pour siéger et examiner son dossier, sa femme vint avec lui pour le calmer, de peur qu'il ne fasse une crise cardiaque. Le fonctionnaire feuillette le dossier et lui dit: tu es compromis jusqu'au cou. Le cœur de l'homme s'effondre encore davantage. Puis le fonctionnaire le regarde et dit: je ne sais pas comment te l'expliquer, mais c'est comme s'il t'était écrit sur le front "ne me touche pas". Il lui dit: je prends ce dossier et je le range dans les archives. Si quelqu'un l'ouvre demain et décide de rouvrir l'enquête, tu es compromis; sinon, tu es sauvé du doute. Et il lui dit: dorénavant, sois prudent, note chaque dépense que tu fais, pour ne pas avoir de problèmes par la suite. Cet homme dit: de telles chances sont d'une sur cent, que dis-je, une sur cent, une sur un million. Mais quand le Saint béni soit-Il est avec moi, et quand c'est "vers Toi je prie", vers Toi seul, alors on mérite véritablement le salut. Mais quand tu as encore quelqu'un d'autre pour te sauver, le Saint béni soit-Il dit: compte sur eux, va vers eux, ils t'aideront.
Le Malbim ajoute et demande: n'a-t-il pas déjà dit "prête l'oreille", alors qu'apporte de plus "sois attentif"? En réalité, comme l'explique le Malbim en de nombreux endroits, le fait de prêter l'oreille (haazana) se fait de près, et le fait d'être attentif (hakchava) se fait de loin. C'est pourquoi David demande: "prête l'oreille à mes paroles" si je suis proche; et si je me suis éloigné et que je n'en suis pas digne, du moins "sois attentif à la voix de mon cri", car lorsque je crie de détresse, je hurle, et le son du cri s'entend aussi de loin.
Le Malbim dit encore: lorsqu'un homme vient crier vers le roi, le roi l'envoie vers le juge: va vers le juge, il examinera ta cause et tranchera. Et le juge l'envoie vers le roi, car il est au pouvoir du roi de modifier le jugement et de trancher. C'est pourquoi David dit "mon Roi et mon Dieu": Tu es mon Roi, selon le jugement du juge; et Tu es aussi mon Dieu, celui qui a le pouvoir de modifier le jugement même en l'absence de mérites. Ainsi, Maître du monde, je m'adresse à Toi seul, car de Toi seul vient le salut.
יְהֹוָה בֹּקֶר תִּשְׁמַע קוֹלִי בֹּקֶר אֶעֱרׇךְ־לְךָ וַאֲצַפֶּה׃ - Éternel, au matin Tu entends ma voix ; au matin je me dispose devant Toi et je guette.
Le Malbim explique : « Au matin Tu entends ma voix » - dès le matin Tu entends ma voix, c'est-à-dire dès que je prie, or ce moment où je commence à prier se situe au matin. Et pour éclairer « au matin je me dispose vers Toi » (*boker e'érokh lakh*), le Malbim propose une explication particulièrement novatrice. Au sens simple, nous aurions compris : « je dispose ma prière le matin ». Mais le Malbim interprète : je T'estime à l'égal du matin, Tu es comparé à mes yeux au matin, selon le sens de « Qui, dans les cieux, peut se mesurer à l'Éternel ? » (*mi vacha'hak ya'arokh laHachem*).
Et pourquoi ? Car le matin éclaire l'obscurité, et par lui disparaissent tous les fauves de la forêt qui rôdent et chassent la nuit, comme nous le disons dans le psaume de Roch Hodech : « Tu amènes l'obscurité et c'est la nuit, où se meuvent tous les fauves de la forêt » ; et dès que le matin arrive, les brigands et les bêtes féroces regagnent leurs tanières. C'est ainsi que je dis : Maître du monde, Tu es pour moi semblable au matin - Tu chasses ces bêtes féroces, Tu rends les âmes aux cadavres inanimés. Et lorsque Tu Te révèleras et T'élèveras, les justes se réjouiront et Ta lumière rayonnera sur eux, tandis que les impies retourneront dans leurs repaires, tomberont et seront punis, et Hachem exercera contre eux Son jugement et Sa justice.
De plus, tout comme le matin succède inévitablement à la nuit, de même j'attends avec certitude que Ta délivrance vienne après la détresse. Face à l'épreuve, « je Te contemple et j'espère » - j'attends, car après la nuit vient le matin. Tu es à mes yeux semblable au matin : de même que l'aube est le salut qui dissipe la nuit, de même seras-Tu le salut qui délivre des ennemis.
Rachi explique le sens du matin d'une autre manière : le matin est le temps du jugement pour les méchants. C'est pourquoi David déclare : « Éternel, au matin Tu entends ma voix » - car c'est au matin qu'Hachem tire vengeance des impies, comme il est dit : « Chaque matin j'anéantirai tous les méchants du pays », « Sois leur bras chaque matin », ou encore : « Car matin après matin il passera » - paroles dirigées contre l'ennemi, signifiant qu'Hachem marchera contre eux, les soumettra et les frappera de détresse.
Où trouvons-nous encore qu'Hachem a exercé la justice au matin ? Chez les hommes de Sodome. Il y est écrit que le châtiment s'est abattu immédiatement à la fin de la nuit, à l'orée du matin. Pourquoi ? Parce que certains idolâtres croyaient en une divinité de la nuit et d'autres en une divinité du jour. S'Il avait frappé en plein jour, ils auraient prétendu : « La nuit Il n'en était pas capable, car le dieu de la nuit domine » ; et s'Il avait frappé la nuit, ils auraient dit : « De jour Il en était incapable ». Qu'a fait le Saint, béni soit-Il ? Il a agi entre la nuit et le jour, dès l'aube naissante, et c'est alors qu'Il fit pleuvoir sur eux soufre et sel. D'où l'on voit que dès le matin, le Saint, béni soit-Il, fait justice des méchants.
Et le Radak explique plus simplement : « Au matin Tu entends ma voix » - parce que le matin est le moment de la prière de l'homme : avant de se consacrer aux affaires de ce monde, il prie. C'est pourquoi je Te supplie : Éternel, écoute ma voix au matin, car le matin est le moment par excellence de la prière.
L'ouverture de ce psaume constitue une remarquable introduction au thème de la prière. « *El hane'hilot* » - qu'il s'agisse du nom d'un instrument de musique ou d'une mélodie, des légions ennemies qui affluent en essaim, ou encore d'un air rappelant le bourdonnement des abeilles - David le prononce face à ses adversaires. Et au cœur de la prière se trouvent réunis les quatre critères fixés par l'auteur du *Séfer HaIkarim* : la concision alliée à la beauté du style, la parfaite harmonie entre la pensée intérieure et la parole (« Discerne mon murmure »), la demande restreinte aux seules nécessités (« Sois attentif à la voix de ma supplication »), et la confiance absolue en Hachem seul (« Car c'est Toi que je prie »). David s'adresse alors à « Mon Roi et mon Dieu » - au Juge qui rend la justice et à la Divinité qui détient le pouvoir de modifier le décret même sans mérites préalables. Enfin, « Au matin Tu entends ma voix » : le temps propice à la prière, le moment du châtiment des méchants et, selon l'interprétation du Malbim, « Tu es comparé à mes yeux au matin » : de même qu'après la nuit l'aube succède infailliblement, de même après la détresse Ton salut viendra avec certitude.