Le chapitre 2 des Téhilim s'ouvre par une interrogation : « לָמָּה רָגְשׁוּ גוֹיִם » (« Pourquoi les nations s'agitent-elles »). Avant d'aborder l'explication du psaume, arrêtons-nous sur sa place dans le recueil. Le Radak explique que ce psaume est bien le deuxième, ainsi qu'on le trouve dans tous les manuscrits précis, et dans le décompte des chapitres, il est compté comme le second. Pourtant, certains de nos Sages, dans le traité Berakhot (page 9b), affirment que « Achré ha'ich » et « Lama ragchou goyim » ne forment qu'un seul et même psaume. La Guémara y enseigne que toute section particulièrement chère à David s'ouvrait par « Achré » et se concluait par « Achré » ; or, ici, l'ensemble commence par « Heureux l'homme » (Achré ha'ich) et s'achève par « Heureux tous ceux qui s'abritent en Lui » (Achré kol hossé vo) - qui est la fin du chapitre 2. Cela semble indiquer que la Guémara considère le chapitre 1 et le chapitre 2 comme un unique chapitre. Cependant, en pratique, comme le souligne le Radak, dans tous les textes rigoureusement exacts, c'est le début d'un nouveau psaume, et il est formellement numéroté comme le deuxième ; c'est pourquoi il est considéré comme le chapitre 2.
À qui s'adresse ce psaume ? Rachi rapporte que nos Maîtres ont interprété ce passage comme faisant référence au Roi Machia'h : « Pourquoi les nations s'agitent-elles, et les peuples méditent-ils en vain ? », lors de la venue du Machia'h. Toutefois, Rachi lui-même précise qu'il semble plus exact de considérer ce psaume comme une évocation des événements vécus par David : « Les Philistins apprirent qu'Israël avait oint David pour roi sur eux, et les Philistins rassemblèrent leurs camps » - ils se rassemblèrent pour combattre David, et finirent par tomber entre ses mains. C'est à leur sujet que David s'exclame : pourquoi les nations s'agitent-elles, pourquoi se sont-elles toutes rassemblées pour lui faire la guerre ?
Le Malbim relie quant à lui ce psaume au chapitre précédent. Nous y avons vu la distinction fondamentale entre le juste et le méchant : le juste fleurit comme le palmier, tandis que les méchants sont comme la paille que le vent disperse. Nous avons constaté que les impies n'ont aucun espoir d'éternité, et que l'unique espoir du méchant est de jouer le rôle de « protecteur du grain » - le grain représentant la substance, et la balle l'enveloppe qui le protège. Mais une balle dépourvue de grain est emportée par le vent ; elle n'a aucune consistance, aucun poids, et le vent la balaie. C'est sur ce point que David intervient et s'écrie : pourquoi les nations s'agitent-elles pour se révolter contre le roi David, l'oint d'Hachem, et pour se rebeller contre Israël, Son peuple ? Leur existence même ne tient pourtant qu'à leur soumission à Hachem et au roi David qu'Il a choisi - c'est là leur seule et unique raison d'être.
לָמָּה רָגְשׁוּ גוֹיִם וּלְאֻמִּים יֶהְגּוּ רִיק׃ - Pourquoi les nations s'agitent-elles en tumulte, et les peuples méditent-ils le vide ?
Quelle différence y a-t-il entre « ragchou » (s'agiter en tumulte) et « yehgou » (méditer), et entre « goyim » (nations) et « leoumim » (peuples) ? Le Malbim explique à plusieurs reprises qu'il existe une distinction nette entre ces termes : un « goy » est un rassemblement d'individus, une population regroupée, qu'elle partage ou non une foi commune. En revanche, les « leoumim » désignent des peuples soudés par une même religion. Par exemple, on pourrait qualifier l'Iran de « léom », car ses habitants sont unis sous la bannière de l'islam. En revanche, les États-Unis seraient désignés comme un « goy », car de multiples religions y coexistent ; même si le christianisme y est prédominant, cela reste un ensemble hétérogène appelé « goy ». De même, les nations moins structurées sur le plan religieux portent le nom de « goyim ».
Le Malbim souligne que la conspiration tramée contre David comportait deux dimensions distinctes : d'une part, le refus de son autorité politique, afin qu'il ne règne pas sur eux ; d'autre part, le refus de l'autorité religieuse, c'est-à-dire l'opposition aux mitsvot. C'est le sens de « contre Hachem et contre Son oint » : « contre Hachem » signifie qu'ils refusent les sept lois noahides, car David leur imposait le respect des commandements divins ; et « contre Son oint » signifie qu'ils rejettent le pouvoir politique de David. Ils désirent secouer à la fois le joug du gouvernement temporel et le joug spirituel qu'entraîne le règne de David. C'est pourquoi ils se présentent à la fois comme « goyim » et comme « leoumim » : le « léom » agit sous l'angle religieux, d'où l'expression « méditent le vide » (yehgou rik), car la méditation désigne ici les raisonnements élaborés pour saper la foi et la Loi. En revanche, les « goyim » s'inquiètent principalement du pouvoir terrestre, d'où le terme « s'agitent » (ragchou) - le tumulte et l'effervescence leur sont attribués. Ils sont plus frustes, moins calculateurs ; tandis que les tenants de doctrines religieuses, qui possèdent déjà une théologie et un culte, élaborent des théories et des plans pour s'affranchir du joug.
יִתְיַצְּבוּ מַלְכֵי אֶרֶץ וְרוֹזְנִים נוֹסְדוּ יָחַד עַל ה' וְעַל מְשִׁיחוֹ׃ - Les rois de la terre se dressent, et les princes complotent ensemble contre Hachem et contre Son oint.
Le Malbim fait observer que, parfois, un roi se rebelle contre un souverain suzerain - comme ce fut le cas de Tsidkiyiahou qui se révolta contre Nabuchodonosor - et le peuple lui emboîte le pas. D'autres fois, la révolte naît à l'inverse d'en bas : c'est le peuple qui s'insurge contre l'oppresseur, et le roi se laisse entraîner dans la sédition. Cela s'applique lorsqu'un peuple et son souverain sont assujettis à une puissance étrangère. Ainsi, Tsidkiyiahou étant soumis à Nabuchodonosor, il aurait pu arriver que le peuple rejette la domination babylonienne et commence à se soulever, contraignant Tsidkiyiahou à suivre le mouvement ; mais dans les faits, ce fut l'inverse, Tsidkiyiahou initia la rébellion et le peuple le suivit. Il existe donc deux points de départ possibles à une insurrection. Or ici, le verset enseigne que la révolte surgit simultanément des deux côtés : « Pourquoi les nations s'agitent-elles » - par le bas, au sein des peuples, et « Les rois de la terre se dressent, et les princes... » - par le haut, du côté des dirigeants. Les souverains et leurs ministres s'insurgent, et le peuple lui-même refuse catégoriquement d'accepter la souveraineté de David.
Et que signifie l'expression « nosdou ya'had » (« se concertent ensemble ») ? Le Malbim explique que les « roznim » sont les conseillers intimes, ceux qui éclairent le roi dans les matières religieuses et idéologiques ; c'est pourquoi le texte emploie le terme « nosdou », qui se rattache à la racine du mot « sod » (le secret), propre aux conseils confidentiels. « Nosdou ya'had » : ils tiennent conseil en secret pour définir leur stratégie de lutte. Et cette rébellion s'exprime sur les deux plans : « contre Hachem » - par le refus de Ses lois, et « contre Son oint » - par le refus de la royauté de David.
נְנַתְּקָה אֶת מוֹסְרוֹתֵימוֹ וְנַשְׁלִיכָה מִמֶּנּוּ עֲבֹתֵימוֹ׃ - « Rompons leurs liens et rejetons loin de nous leurs cordages ! »
Quelle est la différence entre les liens (masserot) et les cordages (avotot) ? Le Malbim explique que les cordages sont bien plus solides que les simples liens, et leur nom même l'indique : les masserot sont les attaches ordinaires par lesquelles on entrave une bête, tandis que les avotot sont des liens tressés ensemble, comme l'enseignent nos Sages : il n'y a pas de cordage tressé de moins de trois brins - c'est-à-dire confectionné avec trois cordes entrelacées. Les cordages sont donc bien plus résistants. Les liens ordinaires, plus faibles, peuvent être rompus et déchirés, mais les cordages tressés ne peuvent être brisés : c'est pourquoi on doit les rejeter, les ôter de dessus son cou. C'est le sens de « Rompons leurs liens et rejetons loin de nous leurs cordages » : le cordage tressé que nous n'avons pas la force de rompre parce qu'il est trop solide, nous le jetterons de dessus notre cou.
Et voici le sens profond : ils veulent secouer le joug sous deux aspects. Sur le plan religieux - les commandements sans raison évidente, les décrets ('houkim), contre lesquels ils peuvent argumenter et contester, correspondent aux « liens », plus faibles, et ceux-là, ils prétendent les rompre ; quant aux commandements rationnels, plus solides parce que la raison les impose et que leur sens est évident, ils les rejetteront derrière leur dos - « et rejetons loin de nous leurs cordages ». Et sur le plan politique, refusant d'être vassaux de David, ils veulent briser son joug et rejeter l'autorité du roi David en violant l'alliance et le serment par lesquels ils s'étaient engagés à respecter ses commandements.
יוֹשֵׁב בַּשָּׁמַיִם יִשְׂחָק אֲדֹנָי יִלְעַג לָמוֹ׃ - « Celui qui siège dans les cieux rit, le Seigneur se moque d'eux. »
Le Malbim explique que pour bien comprendre les versets, il faut les lire ainsi : « Pourquoi les nations s'agitent-elles... les rois de la terre se lèvent et les princes conspirent ensemble » - et malgré tout cela, « Celui qui siège dans les cieux rit » ? Le roi David demande : Pourquoi ? Pourquoi les nations sont-elles en tumulte, pourquoi les rois de la terre se dressent-ils et les princes conspirent-ils ensemble contre l'Éternel et contre Son oint, alors que Celui qui réside dans les cieux rit sans rien leur faire et sans leur réclamer de comptes ? Telle est la question. Et voici la réponse : « Le Seigneur se moque d'eux » - ce rire n'est en fait que pure dérision.
Quelle est la profondeur de cette idée ? Il est écrit : « Mieux vaut la colère que le rire » - mieux vaut la rigueur dont le Saint, béni soit-Il, fait preuve envers les justes dans ce monde, que le rire bienveillant qu'Il semble accorder aux impies. En effet, au premier abord, ce sourire envers les impies signifie qu'on leur montre un visage accueillant : tout semble leur réussir ici-bas. Mais la colère de Dieu envers le juste est bien préférable à ce visage radieux et souriant qu'Il réserve en apparence à l'impie.
Le Malbim apporte ici une distinction remarquable : le rire se distingue de toutes les autres attitudes. Dans toutes les autres interactions, il n'apparaît pas de discordance entre l'auteur de l'action et celui qui la subit : si je me mets en colère contre quelqu'un et me montre sévère, son visage s'assombrit et il subit un châtiment ; si je prends pitié de lui, il se sent consolé ; si je le réjouis, il partage ma joie. Mais pour celui qui se moque d'autrui ou qui rit à ses dépens, le rieur est dans la joie et se sent bien, tandis que l'autre pâlit, se décompose, couvert de honte et d'humiliation. Il n'y a aucune concordance ni harmonie entre celui qui agit et celui qui subit.
C'est ainsi qu'il illustre le succès des impies. On pourrait dire : voilà que Dieu sourit aux méchants ! C'est vrai, mais on oublie que dans le rire et la moquerie, l'effet produit sur l'agent et sur le sujet est diamétralement opposé. Dieu leur sourit en apparence, mais pour eux, cela prépare honte et déshonneur : leur mesure se remplit peu à peu, et lorsque le coup tombera, il sera terrible, le Saint, béni soit-Il, leur réservant également toute la rétribution dans le monde de vérité. Un exemple frappant en est Haman : Dieu sembla lui sourire et lui faire grâce, il ne cessa de monter en grade jusqu'à devenir le second du roi. Et nos Sages citent à ce propos : « Il élève les nations pour les perdre » - Dieu l'élève très haut afin que sa chute soit totale. Car lorsqu'on laisse tomber un objet de peu de hauteur, le choc est minime ; mais lorsqu'on le hisse au plus haut, la chute est fracassante. Voilà pourquoi la rigueur dont Dieu fait preuve envers les justes vaut mieux que le rire qu'Il adresse aux impies : Dieu rit, mais l'impie va bientôt pleurer. On croit qu'il prospère, mais Dieu alourdira soudain son châtiment dès que sa mesure sera comble, comme il est écrit : « Votre mère est couverte de honte... Voici la dernière des nations, un désert, une terre aride et une steppe » - on verra alors toute leur honte, car il ne restera d'eux qu'un désert et une terre désolée.
Remarquons également la précision des Noms divins dans le verset. Au début, il est dit « Celui qui siège dans les cieux », expression qui évoque la dissimulation : Dieu est caché, Il siège dans les cieux. Telle est la question : le Saint, béni soit-Il, semble Se dérober à nos yeux, tandis que tout réussit aux impies et que Dieu paraît leur sourire. Et la réponse est : « Le Seigneur (Adonaï) se moque d'eux » - avec le Nom désignant la Souveraineté (Adnout). Si l'expression « Celui qui siège dans les cieux » renvoyait au voilement divin, le texte vient affirmer : sache qu'en réalité, il y a là une dérision de la part de Dieu. Le Saint, béni soit-Il, Se moque d'eux, et c'est là la manifestation de Sa Souveraineté. Lorsque Dieu révèle Sa souveraineté dans le monde, il devient évident que ce rire n'était nullement à leur avantage mais préparait leur perte, et cette dérision les mènera à un effondrement retentissant.
אָז יְדַבֵּר אֵלֵימוֹ בְאַפּוֹ וּבַחֲרוֹנוֹ יְבַהֲלֵמוֹ׃ - Alors Il leur parlera dans Sa colère, et dans Sa fureur Il les terrifiera.
Le Radak explique : lorsqu'Il entendra les paroles d'orgueil des nations - comment les peuples s'agitent et les nations méditent le néant - Il leur parlera dans Sa colère et les terrifiera dans Sa fureur. Et quelle est cette parole ? C'est par la fureur et la colère qu'Il exprime ce qu'Il a à leur dire. Ne pensez pas qu'il y aura ici un discours formulé par des mots. C'est comparable à quelqu'un qui, excédé, s'exclame : « Je vais lui parler deux mots ! » - et comment lui parle-t-il ? En lui assénant une gifle ; voilà sa parole. Il ne s'agit pas d'encourager la violence, à Dieu ne plaise, mais nous retrouvons une idée similaire au sujet du rocher, où Hachem avait ordonné à Moché de parler au rocher : de nombreux commentateurs expliquent que la faute de Moché ne consistait pas en l'acte de frapper - car c'est à un homme que l'on parle et c'est un rocher que l'on frappe - mais qu'elle résidait dans d'autres aspects, comme ses paroles : « Écoutez donc, rebelles ». Quoi qu'il en soit, nous constatons qu'il existe un langage qui s'exprime autrement que par des mots. D'autres commentateurs rattachent le verbe « yedaber » (ידבר) à la racine de « déver » (la peste, le fléau), comme dans le verset « et elle fit périr (vatadaber) toute la descendance royale » : Hachem répandra ainsi contre eux un fléau dans Sa colère.
Le terme « eleymo » (אלימו) fait écho aux « eilé ha-arets », les puissants de la terre, car la racine « el » renvoie à la force et au pouvoir. Le Malbim explique pour sa part : « Alors » (az) - lorsque vous constaterez l'ardeur du courroux par lequel Hachem les punira, c'est alors qu'Il tiendra pour ainsi dire un discours à leur intention, comme le montrera le verset suivant. La fureur (haron) caractérise l'échauffement de la colère qui se traduit en acte. Lorsqu'il est question de « haron af », il s'agit d'une action qui marque profondément la réalité, à l'image de : « La colère d'Hachem s'enflamma contre eux, et Il s'en alla » - et qu'arriva-t-il aussitôt ? Miriam fut frappée de lèpre. Dès lors que cette colère divine s'exprime, elle produit un effet immédiat et tangible.
וַאֲנִי נָסַכְתִּי מַלְכִּי עַל צִיּוֹן הַר קָדְשִׁי׃ - Et Moi, J'ai sacré Mon roi sur Sion, Ma montagne sainte.
Quelle est donc cette parole ? Hachem leur dit : vous vous agitez pour vous soulever et vous rebeller contre David ? Vous prétendez secouer le joug de la royauté de la maison de David ? En ce temps-là précisément - « et Moi, J'ai sacré Mon roi ». Le terme « nassakhti » (נָסַכְתִּי) évoque la grandeur et la souveraineté, à l'instar des « princes (nessikhei) de Si'hon », et renvoie à l'huile d'onction que l'on verse sur la tête de celui que l'on intronise roi. En d'autres termes : c'est précisément à travers votre rébellion qu'éclatera au grand jour le fait que l'onction de David procède de Moi, pour régner sur Sion, Ma montagne sainte.
אֲסַפְּרָה אֶל חֹק ה' אָמַר אֵלַי בְּנִי אַתָּה אֲנִי הַיּוֹם יְלִדְתִּיךָ׃ - Je proclamerai le décret : Hachem m'a dit : « Tu es Mon fils, Je t'ai aujourd'hui engendré ».
Le Malbim explique : de même qu'il existe des lois et des constitutions pour gouverner un État, il existe également des lois et un droit entre les nations. Le terme « dat » ne s'entend pas ici au sens religieux de la pratique des mitsvot, mais désigne le droit positif qui régit une nation, ainsi que les règles universelles en vigueur entre les États. Le Malbim avait déjà souligné ce principe lors de l'étude de l'histoire d'Iphtah et de la guerre menée contre lui : il existe un droit des gens interdisant à un souverain d'envahir les frontières d'un autre peuple sans un motif suffisant. En d'autres termes, un roi ne peut déclarer la guerre sans un casus belli légitime, ni agir par simple caprice. Lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït, il a dressé le monde entier contre lui. Certes, cela dérangeait particulièrement parce qu'il y avait du pétrole au Koweït et que cela renchérissait le plein d'essence de l'Américain moyen, mais d'une manière générale, la communauté internationale réprouve qu'une nation en attaque et en asservisse une autre. Pas toujours de manière équitable, bien sûr : lorsqu'Israël est la cible d'agressions, cela ne suscite guère d'émoi, mais dès que nous prenons une initiative qui semble effleurer une quelconque souveraineté, le Conseil de sécurité s'assemble sur-le-champ et les condamnations pleuvent. Ces puissances bafouent donc elles-mêmes les règles éthiques des relations internationales. Quoi qu'il en soit, nous constatons qu'il existe bel et bien des règles juridiques régissant les rapports entre États.
David HaMelekh déclare alors : quant à moi, lorsque je sors pour soumettre des nations et ébranler des royaumes, « j'en réfère au décret » (assapra el 'hok) - je proclame la loi et la légitimité qu'Hachem m'a conférées. Le Malbim précise que la préposition « el » (אֶל) a ici le sens de « ète » (אֶת) : je proclamerai la loi. Cela signifie qu'en formulant ces principes, je les institue en règles juridiques reconnues, à l'image des lois des États. Et qui est le Législateur suprême ? C'est le Saint, béni soit-Il, et ce décret émane directement de Lui. Car à Hachem appartient la terre et tout ce qu'elle renferme ; selon Sa volonté Il l'a donnée aux peuples, et selon Sa volonté Il la leur a reprise pour nous l'attribuer. C'est l'argument fondamental que nous opposons au sujet de nos droits sur la terre d'Israël, comme l'enseignent nos Sages : pour que les nations ne puissent pas prétendre : « Vous êtes des usurpateurs qui avez conquis les terres des sept peuples », car Hakadoch Baroukh Hou en a disposé en faveur de celui qui est droit à Ses yeux.
Et quel est ce décret ? « Hachem m'a dit : Tu es Mon fils, Je t'ai aujourd'hui engendré ». Hakadoch Baroukh Hou déclare : à présent que les peuples s'attroupent et s'enflamment pour contester l'autorité de David, sache que Je t'ai engendré et t'ai investi du pouvoir souverain sur tout, Je t'ai accordé pleine autorité sur chaque terre conquise, à l'instar d'un fils qui administre les biens de son propre père. C'est là tout le sens de « et Moi, J'ai sacré Mon roi » : Hakadoch Baroukh Hou m'a oint comme souverain et m'a doté de la légitimité pour agir, et chacune de mes entreprises militaires procède de la loi d'Hachem. Vous n'avez dès lors aucun grief légitime à formuler sur les raisons pour lesquelles je vous combats : par Sa volonté Il vous avait accordé ces territoires, et le moment venu, Il vous les a retirés pour nous les confier.
Par ailleurs, puisqu'il est déjà affirmé : « Tu es Mon fils », pourquoi ajouter : « Je t'ai aujourd'hui engendré » ? Quiconque est reconnu comme un fils a nécessairement été engendré ! Le Malbim explicite cette tournure que l'on rencontre à plusieurs reprises dans le texte biblique, comme dans « elle enfanta... et il devint pour elle un fils », ou encore « ton père qui t'a engendré », « ta mère qui t'a mis au monde ». En effet, il arrive fréquemment que des parents fassent office de tuteurs : ils n'ont pas donné la vie à l'enfant, mais se sont consacrés à son éducation, tels des parents adoptifs. L'Écriture vient donc préciser : Je ne suis pas envers toi comme un père pour un fils d'adoption, mais « Je t'ai aujourd'hui engendré » au sens le plus authentique, marquant ainsi une filiation directe et un lien indissoluble entre nous et Koudcha Berikh Hou.
שְׁאַל מִמֶּנִּי וְאֶתְּנָה גוֹיִם נַחֲלָתֶךָ וַאֲחֻזָּתְךָ אַפְסֵי אָרֶץ׃ - Demande-Moi, et Je te donnerai les nations pour héritage, et pour possession les extrémités de la terre.
Hachem dit : demande tout ce que tu désires, il te suffit de demander - et Je te donnerai les nations et leurs terres en héritage (Nahala), à l'instar d'un fils qui hérite des biens de son père. Et pas seulement en héritage, mais aussi « pour possession (Ahouza) les extrémités de la terre ». Quelle est la différence entre « Nahala » et « Ahouza » ? Le Malbim explique : l'Ahouza est ce dont l'homme a la maîtrise effective sur le terrain (du verbe Ohez, tenir en main), tandis que la Nahala est ce dont il a hérité en droit. On peut tout à fait détenir une terre en héritage en Australie sans en avoir l'Ahouza : on n'y réside pas, on n'en dispose pas concrètement, bien qu'elle soit enregistrée à notre nom. Or ici, David déclare : non seulement le Saint, béni soit-Il, m'a accordé ces contrées en héritage, mais aussi en possession effective - elles sont sous ma domination, je les tiens et les conquis jusqu'aux confins du monde, y compris dans les contrées les plus éloignées. C'est précisément ce que nous constatons chez David, qui a conquis des territoires en Syrie et les a rattachés à la terre d'Israël. Voilà donc un premier décret que le Saint, béni soit-Il, m'a octroyé en tant que fils : Il m'a donné un héritage, et cet héritage devient également une possession réelle, jusque dans les terres les plus reculées, aux extrémités de la terre.
תְּרֹעֵם בְּשֵׁבֶט בַּרְזֶל כִּכְלִי יוֹצֵר תְּנַפְּצֵם׃ - Tu les ébranleras avec un sceptre de fer, comme un vase de potier tu les fracasseras.
Le Saint, béni soit-Il, me dit au sujet des nations : « Tu les ébranleras avec un sceptre de fer ». Quelle est la différence entre « Léro'a' » (ébranler, fragiliser) et « Napets » (fracasser) ? Le Malbim explique : « Léro'a' » signifie rendre la chose chancelante, fragile (Ra'oua) - l'objet était solide, et je l'ai fissuré, je l'ai légèrement ébranlé. Si ensuite je prends un marteau et que je le réduis en miettes, cela s'appelle « Tenaptsèm » (tu les fracasseras) - ce qui constitue toujours l'étape suivante après « Téro'èm ».
De là découle également le sens profond de la racine « Ra » en général (couramment traduite par « mal »). C'est ainsi que nos Sages emploient cette expression à propos du mois d'Av, disant que « Réa mazlé » (son Mazal s'est affaibli). Cela ne signifie pas que son Mazal est mauvais - car en soi, il n'y a ni bon ni mauvais sort - mais que le Mazal est fragilisé, chancelant. Lorsque le Mazal est fort, les Sages disent « Bari mazlé » (son Mazal est vigoureux), c'est-à-dire puissant et inébranlable ; et lorsqu'il faiblit, il devient chancelant - un appui sur lequel on ne peut pas s'adosser, car si l'on tente de s'y appuyer, on s'effondre.
C'est également de là que vient le mot « Ré'im » (amis, compagnons). À première vue, le fait est surprenant : « Ra » (le mal, ou ce qui est chancelant) et « Réa » (l'ami) sont formés des mêmes lettres. Comment se peut-il, dans la langue sainte (Lachon Hakodech), que deux notions si fondamentalement opposées partagent la même racine ? Nous avons vu qu'en réalité, « Ra » dérive du verbe ébranler ou fragiliser, et ne porte pas en soi une charge négative. Dès lors, lorsqu'un homme désire entrer dans la dimension de « Ré'im ahouvim » (des compagnons tendrement unis), nouer avec autrui un lien exclusif - qu'il s'agisse d'un ami de vérité ou du mariage, qui est l'union par excellence - il est indispensable qu'il relâche et fragilise ses autres amitiés et relations. On ne peut pas être le meilleur ami de quelqu'un tout en l'étant de la même manière avec un deuxième et un troisième, sans quoi on n'est le véritable ami de personne. De même, on ne peut être marié à une femme, la mettre au centre de toutes ses pensées, tout en s'éparpillant avec d'autres. L'homme qui dirait chaque soir à son épouse qu'il sort avec ses amis s'entendra dire tôt ou tard : « Ne reviens pas, reste avec tes amis ! » En se mariant, l'homme comprend qu'il doit distendre ses autres amitiés, et c'est précisément ainsi que le lien du foyer devient fort et indestructible.
Il apparaît ainsi que toute amitié véritable (« Réout ») renferme en elle une part de détachement (« Hitro'a'out ») - fragiliser les autres liens afin de permettre la création d'un attachement absolu avec le véritable compagnon. Tel est aussi le fondement de notre lien avec le Saint, béni soit-Il : pour s'unir à Lui, il faut détacher son cœur de toutes les autres sollicitations. Aux degrés les plus élevés, cela implique de ne conserver aucun attachement à la matérialité pour n'être lié qu'à Hachem ; et aux degrés plus accessibles, de ne vouer aucun culte aux idoles, pas même par association, pour être exclusivement attaché à Hachem. Car s'attacher véritablement à l'Un exige toujours d'ébranler les autres liens.
Le psaume s'ouvre sur la stupéfaction devant la révolte des nations contre Hachem et contre Son Messie - une double rébellion, contre le joug de la religion et contre celui de la royauté, fomentée à la fois par les peuples en tumulte et par les rois et dignitaires ligués ensemble. Ils cherchent à rompre les liens légers et à rejeter les cordes solides, et David s'interroge : pourquoi Celui qui siège dans les cieux rit-Il au lieu d'exercer Sa rigueur ? La réponse est que ce rire est une dérision, car dans la moquerie, celui qui l'exerce triomphe tandis que sa cible est couverte de honte et de confusion - « Il égare les nations pour les perdre », et le succès éphémère de l'impie n'est que la préparation de sa chute. « Et Moi, J'ai sacré Mon roi » - c'est précisément leur révolte qui révèle au grand jour que l'onction de David procède d'Hachem. Tel est le décret proclamé par David : « Tu es Mon fils », un lien d'une absolue filialité, en vertu duquel Hachem lui dit : « Demande-Moi, et Je te donnerai les nations pour héritage » - un héritage doublé d'une possession concrète jusqu'aux confins du monde, commençant par « Tu les ébranleras avec un sceptre de fer » pour s'achever par « Comme un vase de potier tu les fracasseras ». Et de ce terme « Téro'èm », nous dégageons un enseignement fondamental : toute amitié profonde exige de relâcher les attaches extérieures, et il en va de même pour la ferveur et l'attachement au Saint, béni soit-Il.