Nous débutons l'étude du livre des Téhilim. Dès l'ouverture du livre, Rachi nous enseigne que cet ouvrage a été composé à travers dix expressions de chant : la maîtrise musicale (« Lamnatséa'h »), la mélodie (« Binguinot »), le psaume (« Mizmor LéDavid »), le cantique (« Mizmor Chir »), le chant (« Chir »), la louange (« Halel »), la prière (« Téfila »), la bénédiction (« Bérakha »), la reconnaissance (« Hodaâ ») et la félicité (« Achré » et « Alléluia »). Ces dix expressions correspondent aux dix personnes qui y ont pris part, dix auteurs ayant contribué à la composition du livre des Téhilim : Adam, Malkitsédek, Avraham, Moché, David, Chlomo, Assaf et les trois fils de Kora'h. C'est pourquoi l'on trouve en tête de certains psaumes : « Prière de Moché », « Au chef de chœur, par les fils de Kora'h » ou encore « Psaume d'Assaf ».
Rachi ajoute qu'il existe une divergence d'opinions concernant « Yedoutoun » : certains affirment qu'il s'agissait du nom d'un homme ; d'autres expliquent que ce terme fait référence aux décrets et aux jugements rigoureux qui ont frappé le peuple d'Israël ; une troisième opinion soutient que Yedoutoun était une sorte d'instrument de musique. Quoi qu'il en soit, nous constatons que dix expressions de chant ont été employées ici.
Nous étudierons ce livre principalement selon le commentaire du Malbim, en y ajoutant occasionnellement d'autres explications, mais notre fil conducteur restera le Malbim.
אַשְׁרֵי־הָאִישׁ אֲשֶׁר לֹא הָלַךְ בַּעֲצַת רְשָׁעִים וּבְדֶרֶךְ חַטָּאִים לֹא עָמָד וּבְמוֹשַׁב לֵצִים לֹא יָשָׁב׃ - Heureux l'homme qui ne suit point le conseil des impies, qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s'assied point en compagnie des railleurs.
Le Malbim explique que dans ce verset, le texte vient nous décrire les conditions par lesquelles l'homme accède au véritable bonheur. Il convient avant tout de définir ce qu'est un homme « heureux ». Il existe une distinction fondamentale entre être heureux et réussir : la réussite relève du domaine matériel, des affaires de ce monde - d'une personne qui a le vent en poupe, on dit qu'elle réussit. En revanche, l'homme heureux l'est dans la dimension de l'âme, dans les perspectives de la vie éternelle et du monde futur ; c'est cela être véritablement heureux.
Dans son analyse des termes (« Béour HaMilot »), le Malbim précise que la notion d'« ochèr » (le bonheur) se rapporte toujours à la plénitude de l'âme. De fait, toutes les formes de bonheur dépendent de l'état de l'âme. En effet, même si un homme possède une immense fortune, vit de longues années et comble tous les désirs de son corps, s'il est privé du bonheur de l'âme, il ne possède en réalité rien : il souffre, demeure constamment abattu et se sent perpétuellement mal. Ainsi, « achré », le bonheur authentique, réside dans la plénitude de l'âme.
Le Malbim enseigne que la perfection se décline en trois domaines : la perfection des acquisitions, la perfection du corps et la perfection de l'âme. La perfection des acquisitions désigne ce que l'homme amasse et tire de l'extérieur, ses accomplissements matériels. La perfection du corps correspond à la santé et à la vigueur physique, à l'acuité de la vue et de l'ouïe, le corps dans toute son intégrité. Enfin, la perfection de l'âme est la perfection spirituelle, celle où l'homme accomplit la volonté divine, observe les mitsvot et acquiert ainsi sa part au monde futur.
C'est ici que le verset vient préciser de quelle nature de bonheur il s'agit : « Heureux l'homme » (« Achré ha-ich »). Pourquoi préciser « l'homme » ? Pour désigner ce qui vous est exclusif en tant qu'être humain doué de raison, et non un bien-être partagé avec le règne animal. Remarquez bien, souligne le Malbim, que la perfection matérielle et la perfection corporelle sont partagées avec les animaux, tandis que la perfection du bonheur spirituel n'appartient qu'à l'homme - lui seul a la faculté d'atteindre cette plénitude de l'âme.
Il poursuit son explication : observez bien, sur le plan des acquisitions et de la subsistance, certains animaux trouvent leur nourriture bien plus facilement que l'homme. Pour un chat, chaque poubelle est un festin, et il n'a pas à s'épuiser comme vous au réveil pour son labeur quotidien. De même, la Guémara remarque : « Nul n'est plus riche que le porc » - car il fouille dans les détritus, et il y a toujours de quoi s'y nourrir. Ainsi, pour ce qui est de pourvoir à ses besoins matériels, les animaux s'en sortent souvent avec bien moins d'efforts.
Et sur le plan de la force physique, il n'y a même pas de comparaison : l'éléphant et le lion sont bien plus vigoureux que l'homme. Quant aux sens, l'aigle et le faucon ont une vue infiniment plus perçante que la nôtre, et certains animaux peuvent voir à des kilomètres de distance. Du côté de l'odorat, un éléphant peut repérer une odeur à dix kilomètres - on comprend mieux maintenant la raison de sa si longue trompe ! Les requins, eux, sentent le sang dans l'eau à un kilomètre et s'y dirigent aussitôt. J'ai même lu que le mâle d'une certaine espèce de papillon de nuit peut détecter la femelle à des kilomètres de distance et la rejoindre.
Nous comprenons donc que si l'on ne considère que la perfection physique, les animaux nous surpassent de loin. C'est pourquoi nous avons souvent rappelé à quel point il est vain de vouer son existence au culte du corps. Que cherche l'athlète ? Battre un record de saut à la perche ? Mais un kangourou saute plus haut que lui, sans le moindre entraînement ! Est-ce pour une telle fin que l'homme a reçu des facultés si extraordinaires et une telle puissance spirituelle ? Ce serait comme utiliser une navette spatiale pour se rendre à l'épicerie du coin : un tel prodige technologique sert à explorer la Lune, pas à tourner en rond dans son quartier. L'homme est doté de forces sublimes, il est le couronnement de la Création, et à quoi les emploie-t-il ? À courir ou sauter plus loin. Pourtant, même le sprinteur le plus rapide sera toujours devancé par un guépard. Pourquoi chercher à rivaliser avec les bêtes dans des domaines où la nature nous a créés inférieurs à elles ? Mieux vaut investir la force unique qui nous caractérise : la véritable félicité de l'âme.
C'est précisément la leçon du Malbim : aucune de ces aptitudes physiques ne constitue le bonheur véritable et exclusif de l'homme. Seules la droiture morale et la noblesse de l'âme lui sont réservées. C'est donc cette voie d'élévation que le verset vient maintenant nous tracer.
La première condition s'énonce ainsi : « qui ne suit pas le conseil des impies (récha'im) ». Le Malbim fait remarquer la nuance entre « ne pas suivre le conseil des impies » et « ne pas se tenir sur la voie des pécheurs ('hataïm) ». Notons bien que pour les premiers, le texte parle de « conseil » (étsa), tandis que pour les seconds, il utilise les termes de « voie » (dérekhe) et de « station » (amida).
Le Malbim l'a déjà expliqué en plusieurs endroits - et sa pensée reste remarquablement cohérente à travers tout le Tanakh : le racha est celui qui faute avec préméditation, par révolte délibérée. Il choisit consciemment de faire le mal, que ce soit envers le Ciel ou envers ses semblables. Voilà pourquoi l'Écriture parle du « conseil des méchants » : commettre le mal avec intention suppose une réflexion préalable, un calcul et un dessein mûrement arrêté.
Chez les 'hataïm, en revanche, on ne peut pas parler de « conseil », car ils n'échafaudent aucun plan. Qu'est-ce qu'un 'hoté ? C'est une personne entraînée par ses désirs, dépassée par l'ardeur de son penchant. La racine du mot 'het renvoie toujours à l'idée d'un faux pas ou d'une inadvertance (chegaga), car succomber à une pulsion relève d'une forme d'aveuglement passager. Certes, il arrive que l'on cède en pleine conscience, mais la faute née de la convoitise est appelée 'het parce que la passion a dominé la raison. Loin de la cautionner, on reconnaît simplement qu'elle diffère de l'acte commis par idéologie perverse, où la transgression était le but recherché dès le départ. C'est la raison pour laquelle le texte dit à leur sujet : « et ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs », car ils trébuchent sous l'impulsion du désir, sans préméditation perverse.
Le mot « voie » suggère la durée et l'habitude : une route sur laquelle on chemine avec constance. Le verset nous dit que non seulement cet homme n'a pas cédé à la tentation, non seulement il n'a pas fait de la transgression une habitude, mais qu'il ne s'est pas même arrêté sur ce chemin. Or, nos Sages soulèvent ici une interrogation évidente : le texte mentionne d'abord la marche (« ne suit pas »), puis l'arrêt (« ne s'arrête pas »). Pourtant, s'arrêter est un acte plus engageant que passer son chemin ! En marchant, on ne fait que transiter, tandis qu'en s'arrêtant, on commence à s'installer. Enfin, le verset ajoute : « et ne s'assied pas » - or s'asseoir marque une adhésion encore plus nette et durable.
Quand on veut formuler une négation progressive, on part d'ordinaire du plus au moins. On dira par exemple : « Il n'est pas millionnaire, ni même aisé, et j'ignore s'il arrive même à joindre les deux bouts. » On ne dirait jamais à l'inverse : « Il n'est pas pauvre, ni même aisé, et certainement pas millionnaire ! » En toute logique, le texte aurait donc dû dire : il ne s'est pas assis, et non seulement il ne s'est pas assis mais il ne s'est même pas arrêté, et mieux encore, il n'est même pas passé à proximité ! Pourquoi cette gradation inversée ?
Nos Sages en ont tiré la leçon que quiconque marche finira par s'arrêter, et que quiconque s'arrête finira par s'asseoir : telle est la pente fatale du penchant au mal. Au début, ce n'est qu'un regard distrait en passant. Puis on s'attarde un instant pour observer. Enfin, on prend son billet et l'on prend place. Le texte décrirait ainsi les étapes de l'engrenage.
Toutefois, le Malbim privilégie le sens littéral : marcher est en réalité plus engageant que s'arrêter, car « s'arrêter » signifie ici marquer une pause fugitive, ne serait-ce qu'un instant. Le sens du verset devient alors : non seulement il n'a pas adopté leur ligne de conduite, mais il n'a pas même fait une halte d'un instant en leur présence. Comment accorder cela avec la suite, « et ne s'assied pas », qui exprime une installation définitive ? S'il ne s'est pas arrêté une seule seconde, à plus forte raison ne s'est-il pas assis ! Le Malbim répond que le « cercle des railleurs » (mochav létsim) appartient à une tout autre catégorie. Les impies et les pécheurs commettent des interdits avérés, tandis que les railleurs ne sont pas des transgresseurs à proprement parler : ce sont des gens assis ensemble qui gaspillent leur temps en bavardages, plaisanteries et moqueries stériles. Ils ne font pas le mal de manière agressive, mais ne font aucun bien non plus ; ils poursuivent le vent, le néant et la frivolité, tournant le dos à la Torah. Le verset nous éclaire alors : sache que même avec ces individus-là, qui ne sont ni pervers ni coupables d'actes graves, et même s'il ne s'agissait que de s'asseoir parmi eux sans rien faire, l'homme vertueux n'a pas pris place dans leur assemblée. Ainsi, la gradation du verset retrouve toute sa rigueur et illustre à merveille la rectitude de cet homme.
On peut apporter ici une explication supplémentaire pour résoudre cette difficulté, attribuée semble-t-il à Rabbi 'Haïm de Volozhin : « Dans l'assemblée des railleurs, il ne s'assied point » signifie non seulement qu'il ne s'est pas assis en compagnie des moqueurs - ce qui est évident, puisqu'il n'a même pas marché ni ne s'est arrêté avec eux -, mais qu'il ne s'assied même pas là où des railleurs s'étaient assis auparavant. Pourquoi ? Parce que lorsqu'un homme séjourne en un lieu donné, il imprègne cet endroit de son esprit ; et même après son départ, il y subsiste une force de klipa (écorce d'impureté) et de souillure. Si cet individu s'est mal conduit et y a commis une faute, cela peut influencer ceux qui s'y installeront par la suite.
C'est ainsi que la Guémara enseigne à propos de quiconque buvait à la source de Chittim : il ressentait un réveil de pulsions d'immoralité, car les habitants de ce lieu s'adonnaient à la débauche, ce qui a imprégné l'endroit ainsi que quiconque buvait de cette eau. C'est pourquoi il est écrit : « Israël s'établit à Chittim, et le peuple commença à se livrer à la débauche avec les filles de Moab ».
Et inversement : lorsqu'un homme arrive dans un lieu de sainteté, la kedoucha se fait sentir. Si un Tsaddik a séjourné en un certain endroit, même après son départ, celui qui dispose d'une sensibilité spirituelle, d'un sismographe intérieur raffiné, pourra le percevoir. On raconte que le 'Hazon Ich dit un jour à Rav 'Haïm Kanievsky qu'il ressentait qu'en cet endroit précis, des hommes s'étaient arrêtés pour parler de paroles de Torah. Lorsque Rav 'Haïm Kanievsky rapporta cela au kollel - il étudiait alors au Kollel 'Hazon Ich -, deux avrekhim lui dirent : « C'est exact ! Nous avons terminé à treize heures pour aller chercher les enfants au jardin d'enfants et, précisément à l'endroit que tu décris, nous avons récapitulé la souguiya et discuté d'étude pendant un quart d'heure sur le chemin, avant de rentrer chez nous. » Rav 'Haïm Kanievsky ne l'avait pas perçu, mais le 'Hazon Ich l'avait ressenti. On comprend ainsi qu'un lieu exerce une influence réelle, tant spirituelle et positive que néfaste ; et c'est ce que le verset enseigne : même sur un siège où s'étaient assis auparavant des railleurs, il ne s'assoit pas.
כִּי אִם־בְּתוֹרַת יְהוָה חֶפְצוֹ וּבְתוֹרָתוֹ יֶהְגֶּה יוֹמָם וָלָיְלָה׃ - Mais son désir est dans la Torah de l'Éternel, et sa Torah, il la médite jour et nuit.
Rachi explique qu'après avoir déclaré qu'il ne s'assied point dans l'assemblée des railleurs, l'Écriture précise : sache que le désir de cet homme réside dans la Torah de Hachem. Il sait que la compagnie des moqueurs mène à l'oisiveté, car s'asseoir avec des railleurs revient à s'adonner au bavardage et aux vanités, critiquant tantôt l'un, tantôt l'autre ; or ces futilités finissent inévitablement par éloigner l'homme de la Torah de Hachem.
Le Malbim souligne quant à lui qu'il ne suffit pas d'éviter le mal. Jusqu'ici, les louanges d'« Heureux l'homme » portaient sur son refus de commettre le mal, mais cela ne suffit pas : pour atteindre la félicité et parvenir à la plénitude spirituelle, il est indispensable d'accomplir aussi le bien.
Le Malbim ajoute qu'il ne suffit pas non plus d'accomplir un bien purement conventionnel ou moral. Qu'entend-il par là ? Il l'explique lui-même : à l'image des philosophes qui ont inventé leurs propres religions. En d'autres termes, ils ont élaboré des règles de bienséance et de conduite humaine - fais ceci, n'agis pas ainsi -, mais ces systèmes sont totalement faussés. En effet, avec des conventions qu'il fabrique lui-même, l'homme peut tout aussi bien devenir un assassin. Comment ? Il lui suffit de changer les mots : il ne tue pas, il préserve seulement « le droit de la femme à disposer de son corps » ; pourquoi lui imposer les souffrances d'une grossesse non désirée ? On supprime alors le fœtus et l'affaire est close. On mesure à quel point il est dangereux pour l'homme d'inventer sa propre morale : il peut commettre un meurtre, le tout au nom de l'humanisme et des droits fondamentaux.
On a bien vu, à travers les dérives de la gauche, comment, au nom de l'humanisme et des droits, nous sommes sans cesse frappés : on lie les mains des soldats, on entrave les ripostes, on empêche d'agir envers nos ennemis comme il le faudrait réellement, et c'est ainsi que nous subissons des pertes. Les consignes de tir sont tellement restrictives que chaque soldat devrait presque être accompagné d'un avocat pour savoir s'il est autorisé à tirer. La Cour suprême a invalidé la « procédure du voisin » - interdisant de demander à un voisin arabe d'aller frapper à la porte d'un suspect pour l'appeler, alors qu'un soldat ne peut le faire lui-même sans risquer de voir surgir un terroriste armé qui l'abattrait. Un journaliste de droite faisait remarquer à ce propos : « Je pense aussi qu'il faut cesser la procédure du voisin et instaurer la procédure du juge : envoyez donc le magistrat frapper à la porte d'Ahmed ; au pire, il essuiera une rafale, confirmant qu'Ahmed était bel et bien armé. » C'est une aberration incompréhensible : voudrait-on donc voir nos soldats se faire tuer ? Ce voisin arabe, solidaire de ce Hamastan, aurait-il à leurs yeux la même valeur que le sang d'un soldat juif venu défendre son peuple ? Dans l'esprit dévoyé d'un juge, ils sont mis sur le même plan.
C'est pourquoi le Malbim précise que lorsqu'on parle de bienséance et de morale humaine, il ne s'agit nullement de ces règles artificielles inventées par les nations. L'Europe n'est-elle pas la plus polie qui soit ? Pourtant, on sait combien d'organisations en Israël reçoivent des fonds européens afin de saper les fondements du peuple juif de l'intérieur, et tout cela sous les dehors de la plus grande courtoisie. Lorsqu'ils le pouvaient, ils nous envoyaient dans les chambres à gaz ; ne pouvant plus le faire, ils agissent avec de belles manières. Par des subventions sous couvert de culture, de progrès et d'autres nobles notions - le New Israel Fund et toutes ces organisations venues nous miner de l'intérieur en sont la preuve éclatante.
Le Malbim explique ainsi : l'homme droit, intègre, véritablement heureux, le juste - son bonheur ne réside pas dans les doctrines inventées par les philosophes, mais dans l'observance de la Torah d'Hachem et de Ses commandements. Et il doit accomplir la Torah et les mitsvot uniquement parce qu'elles sont les ordres d'Hachem. Il ne doit pas accomplir les mitsvot par utilité, pour en tirer profit ou pour s'assurer une part dans le monde futur, mais faire le bien parce qu'il est le bien, parce qu'Hachem l'a ainsi ordonné, sans aucune arrière-pensée intéressée. C'est précisément ce qu'affirme le verset : « mais qui met son désir dans la Torah d'Hachem » - ce qu'il désire n'est que la Torah d'Hachem. Il ne recherche ni le plaisir, ni l'utile, ni son intérêt personnel, mais il n'y aspire que parce que telle est la volonté divine.
Cette plénitude, dit le Malbim, se divise en deux aspects : la perfection de l'étude et la perfection de l'action. La perfection de l'étude consiste à méditer la Torah, à l'approfondir et à en sonder les secrets. La perfection de l'action consiste à agir avec rectitude, tant dans les relations entre l'homme et son prochain que dans les devoirs envers Dieu ; l'accomplissement de tous les commandements fait partie intégrante de cette perfection pratique.
Or, il existe une différence fondamentale entre les deux : on peut aspirer à la perfection de l'étude, mais sans jamais pouvoir l'atteindre pleinement. « Prétends-tu sonder les profondeurs de Dieu, atteindre la perfection du Tout-Puissant ? » Peut-on réellement parvenir à la perfection ultime de la connaissance ? Tant de choses nous demeurent cachées, tant de vérités intérieures et profondes ont échappé même aux plus grands Sages. Ainsi, en matière de perfection intellectuelle et spirituelle, on ne peut que tendre vers le but, sans jamais l'atteindre totalement.
Remarquez donc bien : « mais qui met son désir dans la Torah d'Hachem » - voilà la perfection de l'étude. Il désire, il aspire à cette perfection de l'esprit, même s'il ne l'a pas encore atteinte ; tout son désir et son aspiration tendent à y parvenir. En revanche, la perfection pratique est désignée par les mots « et dans sa Torah » - la Torah de l'homme, sa manière de se comporter, les devoirs envers autrui et envers Dieu, ainsi que l'accomplissement des commandements. C'est à cela qu'il peut concrètement s'atteler, atteindre une perfection pratique et « la méditer jour et nuit », c'est-à-dire l'étudier avec assiduité afin de l'appliquer, de la concrétiser et de la faire passer à l'acte.
Pourquoi expliquer les choses ainsi ? Parce qu'il existe une règle fondamentale que le Malbim a souvent soulignée : lorsqu'une même expression semble répétée, le second terme ne redit jamais exactement le premier, mais vient apporter un sens nouveau. Or ici, le texte parle d'abord de « la Torah d'Hachem », puis « et dans sa Torah ». S'il s'agissait de la même chose, pourquoi cette répétition ? Le texte aurait dû dire : « mais qui met son désir dans la Torah d'Hachem et la médite jour et nuit ». Pourquoi préciser à nouveau « et dans sa Torah » ?
Le Malbim fait remarquer que nos Sages ont eux-mêmes relevé cette nuance : ils ont enseigné qu'au début, elle est appelée « la Torah d'Hachem », mais qu'une fois que l'homme l'a approfondie et intégrée, elle devient « sa Torah ». Nos Sages perçoivent donc bien que cette répétition introduit une dimension nouvelle : une Torah qui lui est devenue propre. C'est pourquoi le Malbim explique que « la Torah d'Hachem » renvoie à la connaissance et à la spéculation intellectuelle, à la perfection de l'esprit, tandis que « sa Torah » renvoie à la conduite quotidienne, à la façon dont il se comporte concrètement conformément à la Torah d'Hachem.
Que signifie le verbe « yehgué » ? Le Malbim précise qu'il existe trois degrés : la parole, la pensée et le murmure intérieur. La parole consiste à articuler distinctement par la bouche. La pensée demeure uniquement dans l'esprit, sans aucune formulation verbale. Quant à la méditation (« haguéya »), elle se situe entre les deux : ce n'est pas une simple pensée, c'est davantage, car elle commence à s'extérioriser, mais ce n'est pas encore une parole pleine et entière. C'est pourquoi le verset dit « et dans sa Torah il médite jour et nuit » : le passage de la pensée vers la parole s'appelle « hagot », méditer et formuler intérieurement une idée.
Le premier psaume s'ouvre sur la définition du véritable bonheur, celui de l'âme, qui constitue la perfection propre à l'être humain, car dans les biens matériels ou dans la vigueur physique, les animaux le surpassent. La voie du bonheur s'articule ainsi en deux étapes : d'abord s'écarter du mal - ne pas suivre le conseil des méchants qui pèchent délibérément, ne pas s'arrêter un seul instant sur le chemin des pécheurs entraînés par leurs pulsions, refuser de s'asseoir en compagnie des railleurs qui ne font certes pas de mal mais ne font aucun bien, et éviter même les lieux où ils ont siégé auparavant, en raison de l'influence néfaste de l'environnement. Ensuite vient l'accomplissement du bien - non pas selon une morale forgée par l'homme, mais par la Torah d'Hachem et Ses mitsvot accomplies de manière désintéressée, dans une aspiration constante vers la perfection de l'esprit (« dans la Torah d'Hachem est son désir ») et par une pratique assidue de la perfection de l'action (« et dans sa Torah il médite jour et nuit »), jusqu'à ce que la Torah d'Hachem devienne véritablement la sienne.