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Chapitre 16 - Les desseins du cœur et la réponse de la langue - 1ère partie

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Introduction : la suite directe du chapitre précédent

Nous abordons le chapitre 16 des Proverbes (Mishlé). Rabbénou Yona attire notre attention sur un point fondamental : le premier verset de ce chapitre s'inscrit dans la continuité directe de la conclusion du chapitre précédent. Comme nous l'avons rappelé à plusieurs reprises, la division en chapitres n'est pas d'origine juive ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'un verset situé au début d'un chapitre prolonge le propos du précédent. Le chapitre précédent s'achevait sur les mots : « La crainte de l'Éternel est une discipline de sagesse, et l'humilité précède l'honneur » - il y était question de l'humilité, et notre verset vient poursuivre ce même thème.

Verset 1 : À l'homme les desseins du cœur, mais de l'Éternel vient la réponse de la langue

לְאָדָם מַעַרְכֵי־לֵב וּמֵה' מַעֲנֵה לָשׁוֹן׃ - À l'homme appartiennent les desseins du cœur, mais de l'Éternel vient la réponse de la langue.

Rabbénou Yona explique : l'homme humble est celui qui médite et prend conscience que ce n'est ni par son propre conseil, ni par sa sagesse, ni par ses talents d'éloquence qu'il est parvenu à ses fins. Certes, « à l'homme les desseins du cœur » - les projets t'appartiennent, les préparatifs sont les tiens ; mais en fin de compte, grâce à qui la chose se concrétise-t-elle ? Par l'Éternel, béni soit-Il. Seul un homme humble peut parvenir à cette prise de conscience. L'orgueilleux, à l'inverse, est persuadé que « c'est ma force et la puissance de ma main qui m'ont acquis cette richesse ».

Le Gaon de Vilna propose une autre explication de ce verset : lorsqu'un homme doit s'exprimer devant un roi, un ministre ou un personnage éminent, ce qu'il doit faire, c'est préparer son cœur - non pas en le tournant vers le ministre, mais vers l'Éternel. « À l'homme les desseins du cœur » : prépare ton cœur devant l'Éternel pour qu'Il te guide sur la bonne voie ; « et de l'Éternel vient la réponse de la langue » : ce que l'Éternel mettra dans ma bouche, c'est ce que je dirai. La véritable adresse vers laquelle tu dois te tourner est Hachem ; ne place pas ta confiance dans tes seuls efforts (hishtadloute), mais en Dieu. Que l'homme oriente son cœur vers l'Éternel, et c'est alors que de Dieu lui viendra la réponse appropriée, et qu'il trouvera également grâce aux yeux de ce ministre et de ce roi.

Et le Gaon de Vilna applique ce même principe à l'étude de la Torah. « Le Miséricordieux désire le cœur » (Rahamana liba ba'i) : lorsqu'un homme approfondit la Torah d'Hachem de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, qu'il scrute, médite et étudie avec acharnement, cela correspond à « à l'homme les desseins du cœur ». Mais qui octroie l'intelligence, le discernement et la sagacité d'entendre, d'apprendre et d'enseigner ? Tout vient de Lui, béni soit-Il - « et de l'Éternel vient la réponse de la langue ». À toi d'investir tes forces, et le Saint béni soit-Il accordera Sa bénédiction. Que te demande-t-on ? L'effort : préparer ton cœur, te consacrer corps et âme à l'étude de la Torah, et la compréhension viendra alors du Créateur.

« Et le Maharam Schick prive d'excuse ceux qui ont l'esprit lent »

On rapporte au sujet du Maharam Schick que, dans sa jeunesse, il avait l'esprit particulièrement lent. Sa mère pleurait souvent sur son sort : il restait assis à étudier de longues heures, et lorsqu'elle lui disait : « Va dormir », il répondait : « Non, maman, je n'ai pas encore compris la souguiya. Je ne l'ai pas encore comprise. » Quels efforts il déployait ! Et quelle peine éprouvait cette mère en constatant que son fils n'était pas doué ! Mais il possédait une assiduité formidable et une force de volonté immense. Finalement, en grandissant, il devint l'un des plus grands disciples du 'Hatam Sofer, et les novellae (hidoushim) du Maharam Schick sont célèbres et reconnus de tous.

Plus tard, il disait de lui-même : « La Guémara enseigne que Yossef le Juste confond ceux qui sont tentés par la faute, Rabbi Elazar ben Harsom confond les riches, Hillel confond les pauvres - et le Maharam Schick confond ceux qui ont l'esprit lent ! » Car enfant, témoignait-il, il avait l'esprit fermé ; et c'est uniquement à force d'investissement dans la Torah et d'assiduité, accompagnés de ferventes prières et d'une volonté inébranlable, qu'il eut le mérite de voir s'ouvrir les portes de l'intelligence pour atteindre les sommets qui furent les siens. Il y a là un principe fondamental : « À l'homme les desseins du cœur » - prépare ton cœur ; « et de l'Éternel vient la réponse de la langue » - la mesure de ton succès et l'aide divine (siyata di-shemaya) que tu recevras viennent entièrement de Lui. Qui rend perspicace, qui donne à l'homme la sagesse ? Tout procède d'Hachem. Et si l'on se tourne vers le Maître de la miséricorde, vers Celui à qui appartient la sagesse, en investissant et en consacrant son cœur à l'étude de la Torah, on méritera que de l'Éternel vienne la réponse de la langue.

L'explication du Malbim : de multiples combinaisons, mais l'issue finale vient du Ciel

Le Malbim explique : « À l'homme les desseins du cœur » - le cœur organise et prépare ce qui va être dit. L'homme élabore des plans dans son esprit et construit différents scénarios. Prenons un exemple concret : un homme qui doit comparaître en justice. Il commence à soupeser ses propos : « Je dirai ceci... mais un instant, peut-être vaut-il mieux éviter, car on pourrait me répliquer cela ; j'avancerai tel argument... non, un autre argument serait préférable, et dès qu'il entendra cela... » Il envisage toutes les possibilités et toutes les données, que dire, comment le formuler et de quelle manière, et il consulte des experts. Tout cela constitue « les desseins du cœur » : de multiples dispositions, d'innombrables calculs et diverses stratégies. Mais la conclusion, « la réponse de la langue », de qui provient-elle ? De l'Éternel.

Et nous connaissons tous cette réalité. Combien de fois avez-vous préparé un entretien important - une embauche, l'admission d'un enfant dans un établissement scolaire - en préparant minutieusement à l'avance : je dirai ceci, je mentionnerai cela, j'avancerai tel argument. Et au moment précis où vous arrivez, soudain les mots se bloquent, soudain vous parlez hors sujet, soudain vous mentionnez une chose que vous n'aviez absolument pas prévu d'évoquer. Et inversement : il se peut que précisément des paroles auxquelles vous n'aviez pas pensé sortent de votre bouche à cet instant précis, et vous vous dites : « Je n'avais vraiment pas prévu de dire cela, mais la personne en face a abordé le sujet et c'est sorti tout seul ». D'où cela provient-il ? « Et de l'Éternel vient la réponse de la langue ». Le Saint, béni soit-Il, a voulu votre réussite, Il a mis Ses paroles dans votre bouche, et à cet instant précis sont sortis exactement les mots justes, même si vous n'aviez pas prévu de les prononcer.

En particulier, explique le Malbim, la parole de la langue provient d'Hachem, comme il est écrit : « Je priai le Dieu des cieux et je dis au roi ». De qui cela est-il dit ? De Néhémie, qui demandait au roi de lui accorder la possibilité de monter à Jérusalem pour relever ses ruines et la rebâtir, car il voyait la ville du patrimoine de ses pères dévastée et désolée. Et qu'a-t-il prié au Dieu des cieux ? Que ce qu'il dirait au roi trouve une oreille attentive, que ses paroles soient agréables à entendre pour le roi, et qu'il réussisse à prononcer les mots appropriés au moment opportun. Nous constatons donc que les « desseins du cœur » ne suffisent pas, et que la réponse de la langue vient nécessairement d'Hachem. On peut former de multiples projets, et soudain il en sort quelque chose d'imprévu, ou bien l'on prononce une parole sans y avoir mûrement réfléchi. L'essentiel dépend d'Hachem, de Qui émane la réponse de la langue.

Verset 2 : Toutes les voies de l'homme sont pures à ses yeux

כָּל־דַּרְכֵי־אִישׁ זַךְ בְּעֵינָיו וְתֹכֵן רוּחוֹת ה'׃ - Toutes les voies d'un homme sont pures à ses yeux, mais c'est l'Éternel qui pèse les esprits.

Rabbénou Yona explique : il est dans la nature de l'homme que tout ce qui émane de lui soit pur à ses yeux, que ce soit en bien ou en mal. Tout ce que l'homme accomplit sous l'influence de ses traits de caractère lui paraît juste. Et les exemples sont infinis. S'il n'a pas donné à quelqu'un à qui il aurait dû donner, et que cette attitude découle d'un mauvais trait d'avarice, cela reste pur à ses yeux : il vous avancera mille et une explications pour justifier que cette personne ne mérite rien, que ce n'est pas le bon moment, ou que lui donner ne ferait que la corrompre et la détruire, de sorte qu'il vaut mieux s'abstenir. Mais d'où cela provient-il en réalité ? Du trait d'avarice.

Il en va de même pour l'orgueil : un homme vient faire son propre éloge, chantant ses louanges. Si on lui demande pourquoi, il répondra : « Écoutez, il faut bien savoir se mettre en valeur pour être reconnu ; sinon, comment me connaîtrait-on ? Comment saurait-on qui je suis pour me confier un travail, une nomination, un poste ? C'est indispensable ! » De même pour la vengeance et la rancune : un homme se venge, garde rancœur et nourrit une colère perpétuelle ; si vous lui dites que ce n'est pas convenable, il vous rétorquera : « Mon cher, il y a des gens qu'il faut éduquer ; sinon, il recommencera sans cesse, il faut bien qu'une fois pour toutes il comprenne qu'il y a un prix à payer pour ses actes ». Le voilà devenu éducateur national, s'érigeant en ministère de l'Éducation à lui tout seul ! Pourtant, le Créateur du monde ne t'a pas confié cette mission ; le Créateur du monde a explicitement écrit dans Sa Torah : « Tu ne te vengeras point et tu ne garderas point de rancune ». Mais lui affirme : « Il faut éduquer ». Et d'où cela provient-il ? Des mauvais traits de caractère ancrés dans l'homme.

De là, Rabbénou Yona déduit que la correction des traits de caractère, le Tikoun ha-Midot, est une tâche ardue. Et pourquoi est-ce si difficile ? Parce qu'à mes propres yeux, je suis parfait ; parce que tout ce que je fais est exactement ce qu'il faut faire et ce qu'on a le devoir d'accomplir, et l'homme multiplie arguments et justifications pour étayer ses actes. Dès lors, comment pourra-t-il se corriger ? Cela ressemble au grand drame d'une querelle menée « pour la gloire du Ciel », où l'on se dispute avec son prochain sous prétexte d'accomplir une mitsva. Et quel est le plus grand piège en cela ? C'est que l'on n'en fera jamais Téchouva. Fait-on Téchouva sur une mitsva ? On fait Téchouva sur des fautes, non sur des commandements ! Et lorsque le mauvais penchant fait miroiter une transgression comme étant une mitsva, c'est le pire des malheurs, car l'homme ne s'en repentira jamais, persuadé d'avoir accompli un devoir. Il en va exactement de même pour les traits de caractère : certes, il faut corriger ses Midot, mais l'homme est convaincu que sa conduite est déjà conforme à la plus pure rectitude. Et si vous lui dites qu'il convient de donner, il renversera l'argument en prétendant que ceux qui donnent gaspillent inutilement, qu'il est interdit de dilapider ses biens, et que le Saint, béni soit-Il, lui a confié des richesses pour les préserver et les employer à bon escient sans les dissiper. C'est pourquoi Rabbénou Yona affirme : le redressement des Midot est difficile.

Mais « c'est l'Éternel qui pèse les esprits ». Sache que si tu désires rectifier tes traits de caractère, Hachem t'aidera à les corriger, à discerner ce qui y est faussé, à fortifier les bons penchants et à redresser les mauvais. Certes, tu as une nature innée, et cette nature avec laquelle tu es né peut comporter des aspects négatifs, mais Celui qui ajuste les esprits est le Saint, béni soit-Il ; Il sonde les cœurs et Il viendra à ton aide. Il est extrêmement difficile de lutter contre sa propre nature : on a impérativement besoin de l'aide divine, on a besoin de Celui qui « pèse et ajuste les esprits », du Sondeur des cœurs pour parvenir à rectifier ses traits de caractère. Et si tu aspires sincèrement à préparer ton cœur au service et à la crainte d'Hachem, Il est Celui qui ajuste et répare les esprits. Rabbénou Yona explique que le terme « tokhen » se rattache ici à la notion de réparation et d'affermissement : « C'est Moi qui affermis (tikhanti) ses colonnes », « et Ses desseins ne sont-ils pas arrêtés (nitkhanou) ? » - avec un kaf ; parallèlement aux versets : « Il a pesé, sondé et arrangé (tikène) de nombreuses paraboles », « ce qui est courbé ne peut être redressé (litkone) » - avec un qof. Le Tikoun avec un qof rejoint en sens le Tikhoun avec un kaf. Ainsi, corriger ses Midot est certes très difficile, puisque l'homme est persuadé d'agir droitement, mais qui peut t'aider ? Hachem seul. Il redressera tes traits de caractère si tu y aspires sincèrement, car « l'Éternel ajuste les esprits ».

L'explication du Gaon de Vilna : la volonté première

Le Gaon de Vilna enseigne ici un principe fondamental : toutes les voies de l'homme sont entraînées par sa volonté première. C'est une réalité psychologique : il est extrêmement difficile pour l'homme de se détacher de sa première intuition ou de sa première pensée sur un sujet donné. L'homme conçoit un désir initial, et c'est dans cette direction qu'il avance pas à pas. Bien plus encore : même s'il en vient à constater que sa volonté première et sa conception initiale étaient erronées, et même s'il admet s'être trompé, deux mois plus tard, il reviendra automatiquement à son inclination première. Il faudra lui rappeler son erreur et le convaincre à nouveau, et peut-être y parviendra-t-on encore ; mais invariablement, il retournera à son penchant initial. Comme le dit l'adage talmudique : « Lance un bâton en l'air, il retombe toujours sur sa base ».

C'est aussi la raison pour laquelle la Torah interdit au juge d'écouter une seule des parties en l'absence de l'autre, ordonnant au contraire : « Écoutez les différends entre vos frères et jugez avec équité ». Il faut convoquer la seconde partie afin que le juge entende les deux plaidoiries ensemble. Dès l'instant où le juge écoute une seule partie, son esprit se fixe, il est déjà convaincu, et il devient ensuite presque impossible de lui faire changer d'avis. C'est également l'une des raisons pour lesquelles il est si difficile de s'adresser à une personne éloignée de la pratique religieuse pour rectifier ses préjugés : pendant trente ans, elle a été abreuvée de tous les clichés véhiculés par les médias, de sorte que pour elle, cela relève de l'évidence : il lui paraît évident que les religieux sont des parasites ou des profiteurs, car elle entend cela matin et soir. Quel labeur immense ne faut-il pas pour l'en détacher ! Et même lorsqu'on réussit à lui apporter des preuves irréfutables et à s'accorder sur des conclusions claires, voilà que soudain elle réitère les mêmes objections : pourtant, nous avions fait le point, nous avions répondu et elle avait admis la réponse ! Que se passe-t-il donc ? L'homme, dès lors qu'il a forgé une première idée, un avis initial, y revient inlassablement ; et il faut déployer des efforts considérables pour déraciner ces préconceptions.

Ainsi, « Toutes les voies d'un homme sont pures à ses yeux » : l'idée première qu'a conçue un homme l'accompagne tout au long de sa vie, et elle lui paraît logique et juste. « Mais c'est l'Éternel qui pèse les esprits » - seul Hachem sait si cette volonté première et cette pensée initiale étaient véritablement pures ou non. Vous reviendrez toujours à cette première opinion, mais Hachem sait si elle était juste ou faussée dès l'origine. Revenons à l'exemple évoqué plus tôt, car les traits de caractère en offrent l'illustration la plus courante : un homme affirme qu'il ne faut pas donner à ce pauvre pour telle, telle et telle raison. C'est sa première pensée, son idée spontanée. Mais Hachem sait d'où elle provient : émane-t-elle d'un souci authentique de vérité et de justice, estimant que cet individu ne mérite réellement pas d'aide, ou provient-elle d'un réflexe d'avarice, parce qu'il refuse d'ouvrir son cœur et sa bourse ? La pensée première est de refuser le don, mais seul le Saint, béni soit-Il, sait ce qui l'anime au fond : un penchant intime à l'avarice, ou un souci sincère d'équité et de droiture. « L'Éternel pèse les esprits » : Hachem sait si cette première volonté était pure et intègre, ou si elle a été dès le départ biaisée par un trait défectueux et issue de mauvaises Midot.

Explication du Malbim : « Tokhen » au sens de mesure

Le Malbim explique : les voies de l'âme sont extrêmement nombreuses, et il est difficile pour l'homme de choisir une voie exempte de scories, sans le moindre déchet. Seul le Saint, béni soit-Il, est « tokhen » l'esprit - et « tokhen » avec la lettre kaf vient de la racine de la mesure, comme dans « vous fournirez le compte (tokhen) de briques », qui désigne la quantité mesurée de briques. Le Saint, béni soit-Il, mesure pour ainsi dire l'esprit d'où jaillissent les pensées, ce que l'on appelle les représentations du cœur. Rabbénou Yona a interprété « tokhen » dans le sens de rectification (tikkoun), tandis que le Malbim l'explique au sens de mesure.

Cela signifie : parfois, un homme accomplit une mitsva, mais l'origine de cette mitsva réside dans une pensée d'orgueil tapie dans son cœur. Un homme a donné la tsédaka - celui qui l'observe pourrait croire que le sort du pauvre l'a profondément ému, et qu'il a agi par compassion et par désir d'accomplir le commandement d'Hachem, qui a dit : « Tu ne te déroberas point » et dont la Torah ordonne d'avoir pitié du pauvre et de l'indigent. C'est ce qu'il paraît. Mais le Saint, béni soit-Il, pèse les esprits, et Il sait quel esprit a motivé cet acte. Peut-être ce don provient-il de l'orgueil : « Vous avez vu combien j'ai donné ? Vous avez remarqué ? » Dès lors, il s'efforce de le faire de manière bien visible, et si personne n'a vu, rassurez-vous, il s'empressera d'en informer les autres et de mettre au courant ceux qui ont manqué la scène : « Hier, il y avait un mendiant ici, et j'ai sorti cent shekels pour les lui donner... » Le pauvre homme, personne n'a vu, que faire ? Il se sent obligé de le raconter, afin qu'au moins quelqu'un prenne conscience de sa générosité et sache quel grand homme de bienfaisance il est ! Voilà comment un homme peut accomplir une bonne action alors que son intention est mauvaise et négative.

Le Malbim ajoute encore : il est possible qu'un homme chemine dans la voie de l'humilité. On le voit faire preuve de modestie, fuir la renommée, agir à la manière des gens humbles et modestes ; mais parfois, tout cela découle d'un tel orgueil qu'il désire non seulement qu'on loue toutes ses qualités, mais qu'on vante également sa grande humilité. En d'autres termes : « Ne va pas croire que je suis un tsadik ordinaire - des tsadikim, il y en a beaucoup, mais je veux que tu saches que je suis à la fois tsadik et humble, un tsadik exceptionnel, retiens-le bien ! » Et le spectateur s'exclame : « Vois quel homme humble, il entre courbé et sort courbé, sans s'attribuer aucun mérite ! », il est véritablement admiratif. Mais « Hachem pèse les esprits » - le Saint, béni soit-Il, sonde l'esprit pour voir d'où provient cet acte qui, en apparence, semble empreint de modestie et d'humilité, et quelle en est la source réelle. L'homme doit choisir la voie droite et véritable, sans aucune scorie et sans le moindre défaut, et le Saint, béni soit-Il, sonde véritablement le cœur pour voir si la pensée est pure et sainte, ou si, bien qu'ayant choisi la voie de l'humilité, celle-ci est encombrée de nombreuses scories. Et que sont les scories ? Les résidus du raffinage de l'or. Lorsqu'on fondait l'or, on en séparait les scories. Tu empruntes une voie d'or, la voie de l'humilité, mais elle est mélangée à des impuretés : de l'humilité motivée par l'orgueil. C'est précisément cela que le Saint, béni soit-Il, pèse et évalue.

Un niveau pour l'esprit : l'orgueil nécessaire au roi et au Cohen Gadol

Le Malbim précise également qu'il existe un « niveau » (une juste mesure) pour l'esprit, et apporte un autre exemple nécessitant une pesée minutieuse : la part de fierté indispensable au roi et au Cohen Gadol. Le roi et le Cohen Gadol ne peuvent pas se trouver dans un état de complet effacement ; ils doivent incarner le verset « son cœur s'éleva dans les voies d'Hachem », ils doivent posséder, selon l'expression du Talmud, « un huitième de huitième » d'orgueil - sans quoi ils seraient bafoués et piétinés. Un seul homme a pu accomplir ce qu'il a accompli avec une humilité absolue à cent pour cent : Moché Rabbénou. Mais pour qu'un dirigeant puisse imposer son autorité et faire respecter ses directives, il doit impérativement conserver ce « huitième de huitième ».

On raconte à propos de l'auteur du Ba'h (le Bayit 'Hadash) qu'il rencontra Élie le prophète et lui demanda pourquoi il se révélait à un autre tsadik de sa ville sans jamais venir chez lui. Élie lui répondit : « Parce que je ne me dévoile qu'à celui qui atteint le sommet de l'humilité et de l'effacement ; or toi, comme tu es le Rav de la ville, tu ne peux pas te comporter avec une humilité et un effacement absolus, car sinon, qui écouterait tes avis et tes décisions ? » Il faut que « son cœur s'élève dans les voies d'Hachem » afin d'imposer son autorité dans la Torah. On voit donc qu'il faut un niveau, une balance d'une extrême précision, pour discerner : cet acte qu'il accomplit, vise-t-il à dominer la communauté, à se faire honorer et à montrer qui est le chef, ou bien son intention est-elle sainte, pour la gloire du Ciel, afin que la communauté accomplisse la volonté d'Hachem ? C'est alors uniquement pour faire régner la volonté divine qu'il élève la voix et s'exprime avec fermeté et autorité, et non par faiblesse. « Hachem pèse les esprits » - Hachem sait d'où provient cette fermeté apparente : s'agit-il d'un véritable orgueil, ou bien d'une élévation du cœur « dans les voies d'Hachem » ? Ainsi : « Toutes les voies d'un homme sont pures à ses yeux » - il t'incombe de choisir une voie sans scories, et Hachem sait si tes voies sont entachées d'impuretés, de résidus et de déchets, ou si elles sont limpides, sans la moindre scorie ni le moindre défaut.

En conclusion :

Les deux premiers versets de ce chapitre remettent l'homme à sa véritable place. « À l'homme appartiennent les desseins du cœur, mais d'Hachem vient la réponse de la langue » : la préparation, la réflexion et l'organisation dépendent de toi ; mais l'aboutissement, la réussite de la parole et l'intelligence de comprendre et d'innover proviennent d'Hachem. C'est pourquoi l'homme doit diriger son cœur vers Hachem, qu'il s'agisse de se présenter devant un ministre et un roi ou de s'investir dans l'effort de la Torah, et se rappeler, comme l'enseigne le Maharam Schick, que ce sont l'effort et la prière qui ouvrent les portes de la compréhension. Et « Toutes les voies d'un homme sont pures à ses yeux, mais Hachem pèse les esprits » : chaque homme justifie spontanément ses traits de caractère et ses impulsions premières, c'est pourquoi le travail sur les midot est si ardu ; mais Hachem est Celui qui pèse les esprits - Il mesure la source véritable de chaque acte, qu'il provienne de l'orgueil ou de la pureté d'intention, de l'avarice ou de la vérité. Et Il est aussi Celui qui redresse et rectifie l'esprit, venant en aide à celui qui cherche sincèrement à parfaire ses voies et à choisir un chemin dénué de toute scorie.