Le quinzième chapitre des Proverbes (Mishlei) se poursuit par une série de maximes concises dont chacune forme un monde en soi. Dans ce cours, nous nous pencherons sur trois d'entre elles : la connaissance qu'a Hachem des pensées du cœur, la nature du railleur (lets) qui fuit la réprimande, et l'impact du cœur - joyeux ou affligé - sur toute la constitution de l'homme. Nous étudierons ces versets à la lumière des enseignements de Rabbénou Yona, de Rachi, du Gaon de Vilna et du Malbim.
שְׁאוֹל וַאֲבַדּוֹן נֶגֶד יְהֹוָה אַף כִּי לִבּוֹת בְּנֵי אָדָם׃ (יא) - Le Shéol et l'Abîme sont devant l'Éternel, combien plus les cœurs des fils de l'homme !
Rabbénou Yona explique que ce verset vient exhorter l'homme à purifier son cœur. Pourquoi ? Sache que le Saint, béni soit-Il, sonde les reins et les cœurs ; c'est pourquoi ne médite pas de pensées perverses en ton cœur et ne trame aucun mauvais dessein - les cœurs des hommes sont dévoilés devant Hachem. Et si le Shéol et l'Abîme Lui sont manifestes, à plus forte raison les cœurs des hommes : l'âme émane de la Gloire divine, elle est une parcelle divine d'En haut, taillée dans la sainteté (« celui qui souffle, souffle de son propre souffle ») - elle fait pour ainsi dire partie du Saint, béni soit-Il, et il va donc de soi que tout ce qu'elle renferme est à découvert devant Lui. Si la matière la plus basse et matérielle Lui est visible, combien plus le cœur humain.
C'est là un avertissement solennel, dit Rabbénou Yona : que l'homme ne laisse pas son cœur vagabonder selon toutes ses envies. On se dit parfois : « Qu'y a-t-il de mal ? Ce n'était qu'une simple pensée », sans mesurer la gravité des mauvaises pensées. Premièrement, vos pensées sont dévoilées devant Hachem. Deuxièmement, comme le souligne le Rambam, nourrir de mauvaises pensées équivaut à introduire une idole dans le sanctuaire : la faculté la plus sublime et la plus élevée est l'intellect de l'homme, et lorsqu'on le souille par de mauvaises pensées, c'est comme si l'on érigeait une idole au cœur même du Sanctuaire. Combien l'homme doit-il prendre garde de ne pas profaner son intellect !
Le Gaon de Vilna explique cet argument a fortiori (kal va'homer) d'une autre manière : le Shéol et l'Abîme se trouvent dans les profondeurs insondables de la terre. Qui est le plus « proche » du Saint, béni soit-Il, qui réside dans les cieux - expression à prendre, bien entendu, avec d'infinies réserves, puisque le Saint, béni soit-Il, emplit tous les mondes, mais parlons selon nos représentations humaines ? Il est évident que l'homme vivant sur terre est plus proche que le Shéol au fond des abîmes. Si donc le Shéol et l'Abîme, pourtant enfouis au tréfonds de la terre, se tiennent découverts et manifestes devant Hachem, à plus forte raison les cœurs des hommes sur la terre Lui sont-ils encore plus visibles.
Le Gaon de Vilna apporte une autre explication : que l'homme ne se dise pas que, puisque Hachem a les yeux trop purs pour regarder le mal et qu'Il ne porte pas Son regard sur la déchéance, on pourrait commettre un acte impur, souillé ou abject sans crainte, en pensant qu'Hachem ne regarde que les bonnes actions. Le verset lui répond : il n'en est rien. Hachem observe même le Shéol et l'Abîme, alors qu'il n'existe aucun lieu plus impur et méprisable, repaire de la Sitra A'hra (les forces du mal), et ils se tiennent pourtant devant Hachem - combien plus les cœurs des hommes sont-ils sous Son regard, et tout est mis à nu devant Lui, qu'Il soit béni.
Le Malbim explique que ce verset vient réfuter la thèse des philosophes, qu'il évoque également dans son commentaire sur le livre de Job : selon eux, il serait inconcevable qu'Hachem connaisse les pensées humaines. Leur premier argument est que les pensées de l'homme sont infiniment profondes et cachées - « abîme profond, qui peut le sonder ? » au tréfonds du cœur ; Hachem verrait les actes, mais comment pourrait-Il discerner ce que l'on a pensé ? Leur second argument est que les pensées ne sont pas stables, elles changent d'un instant à l'autre, de seconde en seconde, tel un flux perpétuel ; or, il ne saurait y avoir chez Hachem une multiplicité changeante de savoirs ou une modification de Sa connaissance, car le Saint, béni soit-Il, est immuable.
C'est à cela que Chlomo répond : le Shéol est bien plus profond et caché que le cœur, et l'Abîme (Avadon) représente la matière première (hylé) qui se dépouille sans cesse de ses formes pour en revêtir d'autres - ce n'est rien de fixe, mais une matière primordiale en constante mutation. Pourtant, ils sont « devant Hachem ». Dès lors, comment oser penser que tes pensées, moins secrètes que le Shéol et changeant à un rythme bien moins vertigineux que cette matière en métamorphose continue, Lui échapperaient ? Si Hachem connaît le Shéol et l'Abîme, Il connaît à plus forte raison tes pensées.
לֹא יֶאֱהַב לֵץ הוֹכֵחַ לוֹ אֶל חֲכָמִים לֹא יֵלֵךְ׃ (יב) - Le railleur n'aime pas qu'on le reprenne, vers les sages il ne va point.
Le Gaon de Vilna relie ce verset au passage : « Ne reprends pas le railleur de peur qu'il ne te haïsse, reprends le sage et il t'aimera », auquel s'oppose « Donne au sage, et il deviendra plus sage encore ». Il y a ici deux dimensions distinctes. En matière de remontrance (tokha'ha), pour reprendre quelqu'un, je dois me déplacer chez l'auteur du méfait pour le corriger, sans attendre qu'il vienne à moi : je vais le trouver et lui dis : tu as agi ainsi, ce n'est ni convenable ni digne, et tu dois rectifier ta conduite. Mais pour l'enseignement, je n'ai nullement l'obligation de me rendre chez toi pour t'instruire ; si tu désires étudier la Torah, viens à moi et je t'enseignerai. C'est à l'élève de venir trouver le sage, et non au sage de courir après l'homme. C'est pourquoi il est dit « reprends le sage » - va vers lui pour le reprendre et il t'aimera, mais « donne au sage » - il n'est pas dit va vers le sage, mais donne-lui : lorsqu'il vient, transmets-lui et répands sur lui ton savoir.
C'est à ce propos que le verset déclare : « Le railleur n'aime pas qu'on le reprenne » - même lorsqu'on vient chez lui, comme l'exige la remontrance, et qu'on le réprimande, le railleur ne l'apprécie guère. À plus forte raison ne prendra-t-il pas la peine de se rendre chez celui qui réprimande ; venir écouter un cours et recevoir une leçon de morale, c'est hors de question : « Moi, je reste chez moi ». De plus : « Il ne va pas vers les sages » - non seulement il n'étudie pas, mais il ne fait même pas l'effort de se déplacer. Pourtant, nos Sages ont dénombré quatre attitudes chez ceux qui fréquentent la maison d'étude, dont « celui qui s'y rend sans pratiquer » - car même s'il n'écoutait rien, la démarche elle-même lui procurait déjà une récompense, constituait déjà une mitsva. Mais ce railleur ne daigne même pas faire le déplacement, et à plus forte raison écouter des paroles de remontrance : il n'en est même pas question !
Le Malbim explique : le railleur (lets) est celui qui tourne en dérision les principes de la sagesse et de la morale. Or nous avons déjà expliqué que la sagesse et la morale ne reposent pas sur des démonstrations évidentes, mais doivent être reçues de la bouche d'un sage ou d'un prophète, et ne peuvent être vérifiées par de simples preuves rationnelles - c'est pourquoi le railleur y trouve une brèche pour se moquer. Mais la remontrance (tokha'ha) relève du débat intellectuel, de la preuve démonstrative, et face à une preuve, il ne peut pas persifler. Que fait-il alors ? Il se garde de la remontrance, veille à ce qu'on ne vienne pas lui prouver ses torts. Car lorsqu'on lui démontre son erreur, il n'a plus le choix : placé face aux faits, il serait contraint de changer de voie, or le railleur refuse de changer ses habitudes. C'est pourquoi « le railleur n'aime pas qu'on le reprenne » : je n'aime pas les preuves, je ne veux pas d'arguments irréfutables.
C'est un exemple que nous avons déjà évoqué : si vous approchez une personne très éloignée des mitsvot en lui disant : « Viens écouter un cours, viens écouter une conférence, on y présente des arguments très convaincants et magnifiques » - pensez-vous l'avoir rapprochée ? Vous l'avez fait fuir davantage encore. S'il pensait que les propos n'étaient pas probants, il pourrait à la rigueur venir, ne fût-ce que pour soulager sa conscience et se dire : « Tu vois bien que les religieux racontent des sottises », puis rentrer chez lui rassuré et continuer à agir à sa guise. Mais dès lors qu'on lui annonce : tel professeur éminent ou tel docteur réputé, des hommes d'esprit selon tous les critères, viennent exposer des réflexions pertinentes et solides sur la pratique de la Torah et des mitsvot - vous l'effrayez encore plus. Tant que s'exprimait quelqu'un qu'il jugeait ignorant, il pouvait dire : « J'ai vu ce qu'il en était, ils n'ont rien à proposer, ce n'est pas sérieux ». Mais lorsque survient quelqu'un qui apporte de véritables preuves, cela l'effraie : face à des preuves, force est de s'incliner.
On rapporte une anecdote semblable à propos de Galilée, lorsqu'il convoqua les dignitaires ecclésiastiques. L'Église chrétienne l'avait en effet excommunié, considérant que sa thèse sur la rotation de la Terre autour du Soleil relevait de l'hérésie. Il les invita : venez regarder dans la lunette astronomique, et je vous montrerai. Ils refusèrent de venir, refusèrent de regarder. Pourquoi ? Ils se disaient : si nous regardons, nous risquons d'être convaincus - et c'est bien là le problème, tu pourrais nous persuader ! Voyez à quel point l'homme est prêt à marcher dans l'obscurité et à boucher ses oreilles, de crainte d'entendre et d'être convaincu. Pour la même raison, un fumeur ne souhaite pas assister à des conférences antitabac, précisément à cause de la vérité indéniable qu'elles renferment. Si c'étaient des balivernes, que m'importerait ? Je viendrais, je rirais, je dédaignerais : « Balivernes, rien n'est prouvé, ce n'est pas scientifique, il n'y a aucune preuve ! » Mais dès lors que je sais la chose démontrée et étayée par des recherches médicales, je ne peux plus argumenter ; aussi railleur sois-je, on ne discute pas avec les faits. Quelle issue me reste-t-il ? « Je n'ai pas le temps, je suis très occupé aujourd'hui ». La seule façon d'esquiver est : « Il ne va pas vers les sages » - ne pas venir et ne pas écouter, car la démonstration me met en difficulté, et je ne saurais m'en moquer.
C'est pourquoi il est dit : « Ne reprends pas le railleur de peur qu'il ne te haïsse » : la réprimande apporte la preuve irréfutable de son erreur, et lui-même sait pertinemment qu'il a tort. Quand vous le mettez face à ses torts, vous dévoilez son défaut tout en lui ôtant le plaisir d'agir ainsi, car il sait au fond que vous avez raison ; mais que peut-il faire ? Son mauvais penchant l'emporte sur lui. Il finira donc par vous haïr, et c'est pour cette raison que d'emblée, il ne va pas vers les sages, afin de ne pas se retrouver pris dans un tel piège.
לֵב שָׂמֵחַ יֵיטִב פָּנִים וּבְעַצְּבַת לֵב רוּחַ נְכֵאָה׃ (יג) - Un cœur joyeux embellit le visage, mais par le chagrin du cœur, l'esprit est abattu. (13)
Rachi explique : si tu réjouis le cœur du Saint, béni soit-Il - en marchant dans les voies d'Hachem et en accomplissant Ses commandements -, le Saint, béni soit-Il, t'embellira la face, Il fera luire Sa face vers toi, pour pourvoir à tous tes besoins, combler tes désirs et accomplir ta volonté. « Mais par le chagrin du cœur » - si en revanche tu attristes le Saint, béni soit-Il, comme il est écrit : « Et Il s'affligea en Son cœur » face à la perversité humaine, et qu'est-il dit aussitôt après ? « Et Hachem dit : J'effacerai l'homme » - tu provoques alors l'abattement de ton esprit, et à Dieu ne plaise, tu risques d'en subir le châtiment, à l'image de ce « J'effacerai l'homme ».
D'aucuns pensent que seule l'action concrète compte : as-tu fait le bien ou le mal ? Ce que tu as pensé, ce qui t'a traversé l'esprit, si ton intention était louable ou néfaste, tout cela importerait peu ; seul prévaudrait le résultat, l'acte. Le verset vient t'affirmer : sache qu'il n'en est rien, n'imagine pas une telle chose ! La preuve en est l'influence directe du cœur sur le corps. L'essentiel du bien-être et de la souffrance corporelle dépend du cœur : de la joie du cœur découle le plaisir du corps, et du chagrin du cœur résulte l'affaissement physique. « Un cœur joyeux est un bon remède (guéha) » - guéha signifiant guérison (comme le nom de l'hôpital Guéha, lieu de soins). À l'inverse, par la tristesse du cœur survient « un esprit abattu », et « un esprit abattu, qui le soutiendra ? ». Vous constatez ainsi l'impact immense du cœur sur le corps humain : lorsque le cœur de l'homme se réjouit, tout son corps exulte, déborde de vitalité et s'épanouit ; mais lorsque le cœur est triste et brisé, le corps s'effondre, courbé, sans goût à rien. Tout dépend du cœur. Dès lors, comment affirmer que l'acte seul importe et que l'intention du cœur ne compte pour rien ? Toute la stature de l'homme et tout ce qu'il traverse dépendent de son cœur : assurément, le cœur est l'essentiel.
Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, le cœur sans l'action ne saurait suffire. Que l'homme ne vienne pas prétendre : « Je suis croyant dans le cœur » - bâtissant une soukka dans le cœur, posant les téfilines dans le cœur, brandissant le loulav dans le cœur, tout dans le cœur ! Et puis ensuite, il fait une crise cardiaque et l'on s'étonne : à tant charger son cœur de devoirs, comment ne céderait-il pas ? Il faut le cœur, et avec lui, l'acte concret.
C'est pourquoi nos Sages ont enseigné : « Plus grande est une transgression accomplie pour le Ciel qu'une mitsva accomplie pour un motif intéressé (chélo lichma) » : si le cœur est l'essentiel, même une transgression mue par une pure intention désintéressée surpasse une mitsva vidée de sa ferveur, accomplie sans cette pureté. Certes, cette maxime n'est pas applicable en pratique à notre époque, elle valait pour leur temps, mais elle illustre l'importance capitale du cœur dans tous les actes de l'homme. Voilà pourquoi, lorsqu'on enjoint à quelqu'un d'agir avec discernement et attention, on lui dit en hébreu « mets-y du cœur » (tassim lev) - car c'est là l'essentiel : y mettre tout son cœur. C'est dans l'engagement du cœur que réside la quintessence de toute action humaine.
Le Gaon de Vilna explique : celui dont le cœur se réjouit de son labeur - « un cœur joyeux embellit le visage », il illumine son visage ; et lorsqu'il est triste, cela se voit sur son visage, « son esprit est abattu ». L'explication en est la suivante : l'élan d'un homme à accomplir une mitsva ou toute autre action provient du Roua'h (le souffle, l'esprit) - le Roua'h étant la dimension intérieure qui met en mouvement toutes ces choses. Celui dont le cœur est triste a l'esprit abattu et brisé ; il manque de souffle et de patience pour toute entreprise et n'accomplit rien, car son esprit est anéanti.
Il en va de même pour la Torah. La Torah renferme le Pchat, le Remez, le Drach et le Sod, et chacun d'eux possède son propre « visage » (Panim), comme l'enseigne la Guémara : un visage empreint de crainte pour l'Écriture (le Mikra), un visage accueillant et éclairant pour la Michna, un visage souriant pour le Talmud, ainsi qu'il est écrit : « Face à face, l'Éternel vous a parlé ». L'Écriture doit s'étudier avec crainte, à l'image du don de la Torah - d'où un visage de crainte pour le Mikra. Le Talmud est complexe et profond - il exige un visage souriant, un regard lumineux qui clarifie l'ensemble. Et la Michna requiert un visage explicatif, car elle recèle une profondeur qui n'apparaît pas d'emblée à sa surface, nécessitant le Talmud pour l'élucider. Il s'avère ainsi qu'à chaque facette de la Torah, il faut réserver l'attitude adéquate et l'aborder selon sa voie propre. « Un cœur joyeux embellit le visage » - lorsqu'un homme a le cœur joyeux, il étudie chaque domaine de la Torah selon l'expression et la disposition qui lui conviennent. En revanche, « par la tristesse du cœur, l'esprit est abattu » - celui dont le souffle est brisé ne peut étudier la Torah comme il se doit : tel sujet demande un visage souriant, tel autre un visage explicatif, or cet homme n'a plus aucune présence sur son visage, tant son esprit est accablé.
Tout découle du Roua'h, et c'est le sens du verset : « Mon esprit qui est sur toi, et Mes paroles que J'ai mises dans ta bouche » - comment parvient-on à « Mes paroles que J'ai mises dans ta bouche » ? Grâce à « Mon esprit qui est sur toi ». Car tout l'élan de l'homme vers la Torah, vers les mitsvot et vers chaque bonne action procède de la force de l'esprit, et c'est cet esprit qui entraîne tout l'être. Mais si l'esprit est abattu, il n'y a plus de « Mon esprit qui est sur toi », et par conséquent plus de « Mes paroles que J'ai mises dans ta bouche » - l'homme se trouve incapable d'étudier et ne peut acquérir sa part dans la Torah. Voilà pourquoi un cœur joyeux est indispensable : l'esprit est alors dans la joie, le désir du cœur est vivace, et c'est ainsi que l'on peut étudier chaque part de la Torah de la façon qui lui sied.
Le Malbim explique que la joie et la tristesse du cœur peuvent s'entendre de plusieurs manières. Il est question ici d'un cœur qui se réjouit des affaires de ce monde, selon l'expression : « et mon cœur s'est réjoui de tout mon labeur ». Et qui a le cœur joyeux pour les choses d'ici-bas ? L'homme que ses fautes ne tourmentent nullement ; ce qui compte pour lui, c'est d'avoir empoché une nouvelle somme d'argent, d'avoir acquis un bien supplémentaire ou d'avoir fait des rénovations chez lui. Seule la réussite matérielle l'intéresse. Chez un tel homme, la joie « n'embellit que le visage ». La joie du cœur s'imprime sur les traits, et c'est bien pourquoi le visage se nomme en hébreu « Panim » : c'est le lieu où se reflète avec la plus grande clarté ce qui se passe à l'intérieur (le Pnim). Rien n'est plus expressif que le visage - observez les traits d'un homme et vous verrez s'il est joyeux, triste, pensif, anéanti ou effrayé ; tout se lit sur sa figure, elle dévoile son intériorité.
Celui dont le cœur ne vibre que pour la matérialité, sans jamais s'affliger de ses lacunes dans son service divin ni du peu d'élévation qu'il y atteint, ni du fait de ne pas accomplir convenablement les mitsvot, mais qui demeure pleinement satisfait de lui-même et jouit des plaisirs matériels - celui-là « n'embellit que son visage », rien de plus. La joie de son cœur transparaît sur ses traits, mais il n'améliore en rien son esprit. Or, le Roua'h englobe les forces intérieures de l'âme : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel. Il s'avère donc que sa joie n'est que purement extérieure : il ne possède qu'un cœur réjoui par les accomplissements matériels. Parfois, remarque le Malbim, le cœur se réjouit alors que l'esprit est abattu. Pourquoi ? Parce qu'on l'a rabaissé : on ne s'est pas soucié de spiritualité et on ne lui a pas fourni sa subsistance. À quoi s'est-on affairé ? À un steak de plus, à un plaisir matériel supplémentaire, à une nouvelle jouissance - le cœur est certes content, mais l'esprit reste brisé et accablé ; il ne s'élève pas, brisé parce que l'homme ne lui a pas apporté sa véritable vitalité.
Et parfois, sachez-le, c'est précisément par la tristesse du cœur que l'on relève l'esprit abattu, car le verbe « embellit / améliore » (yétiv) s'applique aux deux propositions du verset : « un cœur joyeux embellit le visage », mais aussi « par la tristesse du cœur, il améliore l'esprit abattu ». De quoi s'attriste-t-on ? De la faiblesse de son niveau dans le service divin, du fait que notre pratique reste superficielle et dénuée de profondeur, de notre manque d'enthousiasme, du manque de rigueur dans l'observance des mitsvot et de vigilance face aux transgressions. Voilà une tristesse de cœur, une douleur sincère face au manque d'accomplissement spirituel - et c'est elle qui régénère l'esprit accablé, le redresse, le grandit et l'élève. Cela est infiniment supérieur au simple éclat du visage : le cœur frivolement joyeux ne farde que le visage, qui n'est qu'apparence, tandis qu'au fond de lui son esprit demeure brisé. En revanche, celui qui éprouve une affliction de cœur quant à son état spirituel, dont le cœur souffre de ne pas progresser dans le service de D.ieu, insuffle de la vie à cet esprit meurtri, car la subsistance du Roua'h réside dans le service divin. En se faisant des reproches et en exigeant davantage de soi-même, on ranime son propre esprit. Mais celui qui comble sans fin sa matérialité aux dépens de sa spiritualité n'obtient rien de durable ; il ne soignera pas son esprit abattu, il ne fera qu'embellir son visage : au-dehors, il semblera radieux, mais à l'intérieur, il restera brisé et vide.
C'est aussi la raison pour laquelle on voit tant de jeunes dériver vers toutes sortes de sectes, vers Krishna, partir se chercher à Goa pour finir parfois à l'hôpital psychiatrique de Geha. D'où vient tout cela ? Sachez que ce phénomène touche les Juifs dans des proportions sans commune mesure avec les autres peuples - en Inde et dans tous ces lieux d'idolâtrie, c'est hors de toute proportion. Le rav Fanger pourrait en témoigner, lui qui a traversé tous ces centres d'impureté et connu ce parcours. Quelle en est l'explication ? Elle est très simple : le Juif possède une âme, et « l'âme ne saurait être rassasiée » par le matériel. On ne nourrit pas une âme avec des steaks ou des pizzas - cela ne lui dit rien. Que se passe-t-il alors ? L'âme s'agite au-dedans de lui, tire la sonnette d'alarme, crie famine et réclame son dû. Et que fait l'homme ? « J'ai une envie irrésistible : apporte une pizza, offre-moi un autre plaisir matériel, comble un nouveau désir, j'achèterai ceci, je changerai cela, un nouveau modèle vient de sortir ». Cette soif découle en réalité d'une aspiration intérieure, d'un appel profond vers quelque chose de plus grand et de plus noble - mais l'homme n'en comprend pas le langage. Il sent une agitation intérieure qui ne lui laisse aucun répit, s'imagine qu'il s'agit d'un besoin matériel supplémentaire, assouvit ce désir, pour constater aussitôt que cela ne le comble absolument pas.
Alors, il se tourne vers des désirs d'ordre spirituel : s'attacher à une pratique mystique, au yoga, suivre un moine bouddhiste quelque part dans l'Himalaya - cela lui procure une illusion pseudo-spirituelle qui commence à lui parler un peu. Pourtant, l'âme continue de s'agiter, car ce n'est ni la vraie réponse ni sa véritable nourriture ; on lui sert un produit de substitution bon marché. Et quand l'âme trouve-t-elle enfin le repos ? Écoutez le témoignage de tous ceux qui sont passés par là et ont fait téchouva : « J'ai découvert la lumière, j'ai trouvé ce que mon âme désirait tant. Toute ma vie, je courais, je cherchais et je poursuivais des chimères sans saisir ce qui me manquait. Lorsque j'ai découvert la prière, lorsque j'ai abordé la Torah et eu le mérite de me lier à l'authentique spiritualité, c'est là que j'ai ressenti un sentiment de plénitude absolue ».
C'est précisément ce que nous enseigne le verset : un cœur joyeux dans la matérialité n'embellit que le visage - extérieurement, il n'y a qu'une belle façade. Regardez les publicités et le cinéma : l'homme sourit, tout semble merveilleux et idyllique, mais tout n'est qu'apparence. Allez voir ce qui se passe chez ces gens dans l'intimité : l'un en est à son septième divorce, l'autre a perdu son fils par suicide, un troisième a lui-même tenté de mettre fin à ses jours, et un autre a subi dix-sept opérations chirurgicales parce qu'il ne supporte pas son apparence physique. On constate à quel point l'homme peut sombrer dans une vie purement animale. Devant l'objectif, cela donne de belles photos - souriant, comblé, entouré de plaisirs et de désirs assouvis. Mais « par la tristesse du cœur », celui qui éprouve une saine amertume et s'afflige de ses défaillances et de son retard dans le service divin, celui-là redonne vie à l'esprit abattu. Cela régénère l'âme, car c'est exactement ce qui lui faisait défaut. L'âme aspire à ce qui la mènera à la perfection et la guidera dans le service de D.ieu ; c'est cela qui vivifiera l'esprit accablé, et non la quête vaine des plaisirs et des jouissances de ce monde.
Les trois versets que nous avons étudiés touchent tous à l'intériorité de l'homme. « Le Shéol et la perdition sont devant Hachem » enseigne, par un raisonnement a fortiori (kal va'homer), qu'aucune pensée ne Lui est cachée, et constitue un avertissement à purifier son cœur et à ne pas souiller l'intellect, qui est le sanctuaire d'Hachem. « Le railleur n'aime pas qu'on le reprenne » dévoile la fuite du moqueur précisément devant la remontrance irréfutable, qu'il ne peut tourner en dérision alors même qu'il refuse de changer ses voies - c'est pourquoi il n'ira pas non plus vers les sages. Et « Un cœur joyeux rend le visage radieux » enseigne que la force du cœur est l'essence même de l'édification de l'homme : un cœur qui se réjouit de la matérialité embellit l'extérieur tout en laissant un esprit brisé au-dedans, tandis que la peine du cœur face aux manquements dans le service divin est ce qui réconforte et vivifie l'esprit abattu - et le cœur joyeux dans le service d'Hachem est celui qui accueille chaleureusement toutes les dimensions de la Torah, méritant ainsi la promesse : « Mon esprit qui est sur toi, et Mes paroles que J'ai mises dans ta bouche ».