Le chapitre 15 des Proverbes s'ouvre sur une série de versets traitant du pouvoir de la parole : comment l'homme réagit, quel langage il emploie, et quelle est la force d'une parole douce face à une parole blessante. Dans ce cours, nous étudierons les deux premiers versets, tout en abordant également le verset 7, et nous verrons comment Rabbénou Yona, le Gaon de Vilna et le Malbim éclairent chacun ces versets sous un angle différent.
מַעֲנֶה־רַּךְ יָשִׁיב חֵמָה וּדְבַר־עֶצֶב יַעֲלֶה־אָף׃ - Une réponse douce calme la fureur, mais une parole blessante excite la colère.
Rabbénou Yona explique selon le sens simple : lorsqu'un homme répond avec douceur, il apaise la fureur. Quelqu'un est en colère, et vous lui répondez calmement et posément, il s'apaise. En revanche, une parole blessante, celui qui parle avec irritation et aigreur, excite la colère, provoquant l'emportement et le ressentiment. Il y a ici un effet de réciprocité : ce que vous semez, vous le récoltez ; l'attitude que vous manifestez envers autrui détermine la réaction que vous recevez en retour.
Le Gaon de Vilna distingue le Af (la colère naissante) de la 'Hema (la fureur destructrice). Le Af est la colère présente dans la pensée et la parole, c'est le début de l'emportement. La 'Hema est l'aboutissement de la colère, son passage à l'acte : « briser des récipients dans sa fureur ». À partir du Af intérieur, qui s'est également exprimé par des mots, l'homme en arrive à la 'Hema : il déchire, brise, frappe. C'est ainsi qu'il est dit : « Car j'ai redouté le Af et la 'Hema » : d'abord le Af, une colère intérieure et verbale, puis ensuite la 'Hema, qui est la colère traduite en actes.
Dès lors, le Gaon relève deux précisions remarquables dans le verset. Premièrement, pour le versant positif, il est dit « réponse » (ma'ané) et non « parole », tandis que pour le versant négatif, il est dit « et une parole blessante » (devar 'étsev) et non « une réponse blessante ». Deuxièmement, d'un côté il est dit « fait retourner / calme » (yachiv), et de l'autre « fait monter / excite » (ya'alé). Pourquoi ?
La réponse : la 'Hema est une colère déjà passée à l'acte, l'homme est déjà en train de tout briser et détruire sous l'effet de sa rage. Dès lors, lorsque vous intervenez et dites quelque chose, vous n'entamez pas un sujet nouveau mais vous réagissez à ce qu'il est en train de faire ; c'est pourquoi cela s'appelle une « réponse ». Et puisque la fureur existe déjà, le texte emploie le terme « fait retourner » : même une fureur déjà embrasée, si vous répondez avec douceur, vous réussirez à la désamorcer. En revanche, « et une parole blessante » : une « parole » (davar) est un propos que j'initie, non une riposte. Si je vous adresse des paroles pénibles et irritantes, cela « fera monter la colère » : auparavant, il n'y avait aucune colère, la personne était sereine, et vous faites monter en elle ce qui n'existait pas, à savoir les prémices de la colère. Et à partir de ce Af, elle en arrivera ensuite à la 'Hema.
Le Malbim propose une explication inverse. La 'Hema est la colère gardée dans le cœur, une chaleur intérieure qui couve en lui : « et sa fureur brûla en lui », en lui et non au-dehors. Le Af, au contraire, est l'emportement extérieur, visible et manifesté au grand jour ; et lorsqu'il y a Af, il y a déjà des représailles : « La colère de l'Éternel s'enflamma contre eux et Il frappa leurs plus vigoureux », « Car un feu s'est allumé dans Ma colère » - la fumée qui s'échappe est visible de tous.
Et malgré tout, dit le Malbim, la 'Hema est plus grave que le Af. Même si la 'Hema est moins apparente, lorsqu'il y a un accès de colère (Af) qui ne découle pas d'une rancœur intérieure préalable, la 'Hema reste bien pire. Un père qui s'emporte contre son fils et le frappe, le déteste-t-il pour autant dans son cœur ? À Dieu ne plaise, il l'aime infiniment, mais sa colère extérieure s'est emportée (il va de soi qu'il est interdit de frapper sous le coup de la colère, nous ne faisons ici que décrire une réalité existante). En revanche, la 'Hema intérieure est une profonde animosité : je n'agis peut-être pas contre toi, mais au fond de moi, je bouillonne contre toi. Or, ce qui mijote à l'intérieur a un impact bien plus destructeur que ce qui s'extériorise : une fois sorti, le trop-plein est évacué, et c'est tout. Mais lorsque cela s'accumule au-dedans, cela engendre encore plus de haine, de rancune et de ressentiment, et l'homme se ronge intérieurement pour ce qu'un tel lui a fait. Mieux vaut évacuer la vapeur que de la retenir en soi, car ce qui reste enfermé ne cesse de croître.
C'est selon ce principe que s'explique le verset : lorsque l'on répond avec douceur, on parvient également à apaiser la fureur intérieure - cette colère intense et lourde qui ne cesse de croître - et l'on transforme l'ennemi en ami. En revanche, « une parole blessante » : lorsqu'on réagit par un propos qui attriste ou offense son prochain, non seulement on n'apaise pas sa fureur intérieure, mais on suscite également en lui une colère extérieure visible - il voudra aussitôt se venger, explosera contre nous et pourra même en venir aux coups.
Et au vu de la réalité actuelle, cela est extrêmement dangereux. On adresse une parole dure à quelqu'un, sans savoir quel couteau risque d'être brandi en retour. Il est recommandé de marcher durant les heures de clarté et de faire preuve d'une grande prudence. Il est difficile aujourd'hui de marcher dans la rue : règnent la violence et une angoisse terrible, issues d'un système éducatif qui a formé une jeunesse sans morale, sans valeurs, sans Torah, sans bonnes vertus (middot) et sans Derekh Erets - une jeunesse devant laquelle il est périlleux de tenir des propos déplacés, de crainte que ce ne soient nos dernières paroles. C'est pourquoi, prends tes dispositions testamentaires avant de quitter ta maison, que D.ieu ait pitié ! Malheur à nous de voir une telle déchéance : des individus affranchis de tout joug, qui ont pris les rênes il y a un siècle, ont conduit le peuple d'Israël à un tel niveau de dégradation, alors qu'en des millénaires d'histoire, une telle réalité était inconnue. Que D.ieu nous en préserve !
לְשׁוֹן חֲכָמִים תֵּיטִיב דָּעַת וּפִי כְסִילִים יַבִּיעַ אִוֶּלֶת׃ - La langue des sages rend le savoir agréable, mais la bouche des insensés profère la folie.
Rabbénou Yona explique : il ne suffit pas aux sages de faire connaître la voie de la connaissance et de dire : « Voici le chemin, suivez-le » ; leur langage sait également embellir la sagesse. Voici ses termes : « Elle développera les arguments et magnifiera les tournures jusqu'à ce que la sagesse soit bien accueillie par les auditeurs, et que le sujet leur soit doux par la clarté de sa droiture ». On peut dire à quelqu'un : « Fais ainsi », et s'il demande pourquoi, lui répondre : « Parce que je l'ai ordonné ». Mais on peut aussi dire : « Fais ainsi » en lui fournissant une explication convaincante : combien la chose est bonne, combien elle est nécessaire, indispensable et salutaire pour lui. Telle est la langue des sages : ils ne se contentent pas de transmettre le contenu, ils le rendent agréable et limpide, afin qu'on le comprenne bien et qu'on l'applique comme il se doit.
On constate cela même chez les plus grandes figures de notre histoire. Notre patriarche Ya'akov voulut quitter la maison de Lavan parce que le Saint, béni soit-Il, lui était apparu en songe et lui avait ordonné de retourner chez son père. Que devait-il, a priori, dire à ses épouses ? « Chères épouses, faites les valises : j'ai reçu un ordre du Maître du monde, nous partons. » Pourtant, il n'a pas agi ainsi. Il les appelle aux champs et leur expose la situation : vous savez combien j'ai servi votre père avec dévouement pour garder son troupeau ; j'ai enduré le froid, la chaleur me dévorait le jour et la gelée la nuit, le sommeil fuyait mes yeux, et votre père m'a dupé en modifiant mon salaire à dix reprises. Dès lors, nous avons épuisé ce que cet endroit pouvait nous offrir et il faut partir. Et c'est seulement à la fin qu'il ajoute : d'ailleurs, le Saint, béni soit-Il, m'a également ordonné de partir.
Est-ce que Ra'hel et Léa, les saintes matriarches, auraient refusé s'il leur avait dit : « Hachem l'a ordonné » ? Certainement pas. Mais Ya'akov est venu nous enseigner quelle est la voie à suivre : même lorsqu'on transmet la parole divine, il ne faut pas commencer en assénant : « C'est l'ordre d'Hachem, plie-toi à cela » - car on suscite ainsi de l'antagonisme et de la résistance, nul n'aimant agir sous la contrainte. Il leur a d'abord expliqué pourquoi il était bon pour lui comme pour elles de partir, et elles lui ont immédiatement répondu : « Avons-nous encore une part ou un héritage dans la maison de notre père ? Ne sommes-nous pas considérées par lui comme des étrangères, puisqu'il nous a vendues et a même dévoré notre argent ? » - nous n'avons plus rien à attendre de lui ni rien à faire ici. C'est alors qu'il leur a dit : et d'ailleurs, Hachem l'a également commandé. Et quelle merveille lorsque la volonté d'Hachem s'harmonise avec notre propre volonté !
L'homme doit rapprocher les mitsvot de l'intelligence et du cœur, rapprocher le service divin de la raison. C'est là tout le sens des motifs des mitsvot (ta'amé hamitsvot) : lorsqu'on fait adhérer l'esprit au précepte, on accomplit la mitsva avec joie et on y trouve une saveur profonde. Mais lorsqu'on agit en se disant intérieurement : « Pourquoi fais-je cela ? J'aurais préféré faire autrement, mais que faire, je suis né du mauvais côté » - c'est une déplorable façon d'aborder les choses. Le Rav Ouri Zohar définissait cela ainsi : il y avait autrefois la notion de « tinok chenichba » (l'enfant captif) parmi les nations, puis on a parlé d'enfant captif parmi les laïcs, et aujourd'hui, certains se perçoivent comme des « enfants captifs parmi les 'harédim ». Le malheureux est né 'harédi, ceci lui est interdit, cela lui est prohibé, et il n'a rien choisi. C'est ainsi qu'il se perçoit et que se traduit son comportement. C'est une attitude profondément négative, et un tel individu relève de la catégorie du « kessil » (l'insensé).
Il faut contempler la beauté des mitsvot et leur grandeur, discerner la dégradation causée par la faute, ses ravages et l'amertume de ceux qui transgressent. C'est ainsi que l'on s'attachera à la mitsva par amour et avec joie, et que l'on accomplira la volonté d'Hachem de bon gré et avec élan. Non pas dans une posture de résignation : « Hachem l'a ordonné et je n'ai pas le choix », mais au contraire : « J'ai le choix, et pourtant je choisis d'agir, car je sais que c'est mon bien et que c'est la volonté d'Hachem ». Non pas, à D.ieu ne plaise, par simple intérêt personnel, mais parce qu'on a conscience que la volonté d'Hachem constitue ce qu'il y a de meilleur pour nous. C'est là la voie véritable, et c'est le propre de « la langue des sages » : ce que tu sais déjà, le sage sait te le rendre désirable, en te démontrant par des arguments, des paraboles et d'élégantes formules combien cette voie est belle, bénéfique et salutaire pour toi.
Rabbenou Yona apporte une autre explication : « La langue des sages embellit la connaissance » - la raison des hommes. Quand le sage guide sa communauté, l'esprit de l'assemblée est redressé, car il y a quelqu'un qui la conduit avec droiture. Cependant, il fait lui-même remarquer que cette explication s'accorde moins bien avec la suite du verset, « mais la bouche des insensés profère la folie », car dans la seconde partie, il s'agit de l'homme lui-même et non de son influence sur le public ; c'est pourquoi cette explication ne peut convenir qu'au début du verset.
Le Gaon de Vilna explique : « La langue des sages embellit la connaissance » - tout ce qu'ils disent est prononcé avec pondération et sérénité d'esprit, et leur langage met en valeur leur savoir. Quand ils expriment une idée, elle est formulée avec discernement, en termes choisis et appropriés, et c'est ainsi que se manifeste la justesse de leur savoir : ils ont bien étudié et savent parfaitement de quoi ils parlent. En revanche, les insensés et les sots - non seulement ils profèrent des inepties par manque de savoir, parce qu'ils n'ont pas appris et ignorent les choses, mais ils le font de surcroît avec précipitation et sans réflexion, et c'est pourquoi il est écrit « yabia » (profère avec impétuosité).
C'est le sens de l'adage talmudique : « Une seule pièce dans une cruche fait beaucoup de bruit ». On voit des personnes dépourvues de jugement qui ressentent le besoin de parler sans cesse, de donner leur avis sur tout, à tort et à travers, même là où le silence leur serait bien plus profitable. Premièrement, c'est un sot - il profère des sottises, car il manque de discernement. Deuxièmement, il exprime une opinion sur chaque sujet, se prétendant soudain expert en tout domaine ; donnez-lui simplement un micro et voyez comment il s'écoute parler jusqu'à l'absurde. Ce que tu ne sais pas, dis simplement : « Je ne sais pas ». Avez-vous déjà vu un homme politique déclarer : « Je ne sais pas, je n'ai pas étudié le dossier » ? Ce n'est que lorsqu'une lourde accusation pèse contre lui qu'il se souvient de dire : « Nous étudions encore le dossier ». Mais pour tout le reste, il sait tout et a un avis sur tout, pourvu qu'on prononce bien son nom. C'est cela, « la bouche des insensés profère la folie ». En revanche, quand le sage parle - « elle embellit la connaissance » : il s'exprime avec intelligence, sagesse et mesure, et il devient évident qu'il maîtrise son sujet.
Chez le Malbim, il existe une distinction constante, tel un fil conducteur tout au long du livre, entre 'Hokhma (sagesse reçue), Bina (compréhension déductive) et Da'at (connaissance intégrée). La 'Hokhma correspond à ce que nous avons reçu de la tradition par les prophètes, par Moché Rabbénou et par le Don de la Torah : quelle est la voie morale droite, ce qui est bien et ce qui est mal. Cela relève de la tradition reçue, et l'homme ne peut y parvenir par lui-même.
En effet, dans le domaine de la morale, chacun a sa propre conception, et chaque groupe affirmera que ce que font les autres est immoral alors que ce qu'il fait lui-même est moral. La morale doit être reçue d'une source supérieure ; l'homme ne peut fabriquer sa propre morale, car elle serait alors faussée et ajustée à ses traits de caractère et à ses désirs. Une morale doit être objective et non subjective, dictée d'En Haut par Celui qui n'a aucun parti pris en la matière. Prenons par exemple « Tu ne voleras point » - essayez donc d'argumenter avec quelqu'un qui prétend : si j'ai besoin de matériel et que je devrais payer trop cher sans cela, je volerai ; et si on lui rétorque : « Ne vole pas, de peur qu'on ne te vole à ton tour », il répondra : je volerai suffisamment pour me construire des remparts et des systèmes de sécurité. Avec quoi le convaincre ? Toute question morale nécessite qu'une autorité supérieure en démontre la vérité absolue, sans quoi chacun dira : ce que tu juges moral est pour moi immoral, et ce que tu juges immoral est pour moi moral.
Le 'Hazon Ich disait déjà, lorsqu'on lui proposait un dialogue entre le public observant les mitsvot et ceux qui en sont éloignés : comment peut-on dialoguer ? Dialoguer implique au moins de parler la même langue, or chez nous, même la langue diffère - ce que l'on appelle chez eux « amour », c'est chez nous un péché passible de karet (retranchement spirituel). De quoi peut-on discuter ? À la rigueur, s'il y avait un sujet sur lequel un terrain d'entente existait, passe encore ; mais quand l'un vous dit qu'il s'agit de la meilleure chose qui soit, et que vous lui répondez, à Dieu ne plaise, qu'il s'agit de karet - où l'âme est retranchée de sa racine céleste, perd sa part spirituelle et meurt prématurément -, c'est la terminologie elle-même qui diverge totalement.
Telle est la définition de la 'Hokhma : c'est ce que nous avons reçu de la tradition. Et si vous l'approfondissez et la méditez, c'est cela la Bina : analyser et déduire une chose à partir d'une autre dans ce qui vous a été transmis. De cette méditation et de cet approfondissement, vous parvenez au Da'at, qui est une connaissance claire et absolue. Ce qui relevait d'abord du principe « accepte, car telle est notre tradition », et que vous avez ensuite analysé, vous y atteignez désormais une pleine appréhension et comprenez pourquoi c'est bon, pourquoi c'est convenable, pourquoi c'est droit et pourquoi il faut agir ainsi. « Deux et deux font quatre » - relève du Da'at ; « Tu ne voleras point » - relève de la 'Hokhma, jusqu'à ce que vous l'approfondissiez pour en acquérir le Da'at.
Le Malbim établit en outre une distinction entre la bouche (pé), la langue (lachon) et la lèvre (safa), distinction qui revient à maintes reprises dans le livre de Michlé. La bouche symbolise la 'Hokhma - la sagesse telle qu'elle a été transmise, une donnée intérieure qui n'est pas encore tout à fait clarifiée. La langue symbolise la Bina - la langue mâche, broie et examine les concepts, à l'image du pétrissage (du verbe laloush). Et la lèvre est la partie extérieure, celle qui extériorise les idées, ce qui correspond au Da'at : les choses sont limpides pour moi et je suis désormais capable de les exprimer clairement à haute voix.
D'après cela, explique le Malbim : si l'homme approfondit la 'Hokhma et s'exprime à travers elle avec discernement, il pénétrera ainsi plus profondément la matière et atteindra le niveau du Da'at. « La langue des sages » - la langue qui représente la Bina, la réflexion approfondie et le travail d'élaboration des enseignements de la sagesse, « embellit la connaissance » (teytiv da'at) - elle permettra d'accéder à la 'Hokhma sous la forme d'un Da'at parfait, d'un savoir absolu, où l'on comprend désormais pourquoi il doit en être ainsi, et non plus simplement au titre d'une tradition reçue sans explication.
Il a été dit plus tôt : « Les sages renferment la connaissance » (Mishlei 10, 14). Pourquoi ? Le sage ne dévoile pas les profondeurs intérieures de la Torah à n'importe qui ; il les garde cachées et n'en parle qu'avec des personnes avisées, capables d'assimiler ces enseignements et d'en faire un juste usage - c'est à elles qu'il révèle ces mystères. Il en va de même pour les secrets de la Torah et la transmission du Nom divin, que l'on ne confie qu'à celui qui est modeste, humble, sage et clairvoyant de lui-même ; de nombreux degrés d'élévation sont requis avant qu'un homme ne mérite d'accéder aux secrets de la Torah.
שִׂפְתֵי חֲכָמִים יְזָרוּ דָעַת וְלֵב כְּסִילִים לֹא־כֵן׃ - Les lèvres des sages répandent la connaissance, mais il n'en est pas ainsi du cœur des insensés.
Et lorsqu'ils s'expriment par le langage extérieur - et la lèvre, comme nous l'avons vu, correspond à la dimension de la Da'at - c'est là le sens de « Les lèvres des sages retiennent la connaissance ». Le Malbim explique que le terme « yézaron » (יזרו) vient de la racine « zer » (couronne, encadrement), désignant ce qui enserre et enveloppe : même lorsqu'ils parlent, ils circonscrivent et voilent la Da'at, se gardant de la divulguer à tout venant.
Face à eux se tient le kessil : il a reçu les lois de la sagesse, il y adhère et les accepte. Comme nous l'avons déjà expliqué, un kessil n'est pas quelqu'un dépourvu d'intelligence ; il peut être un grand érudit, voire un professeur d'université. Cependant, il court après les désirs de son cœur. Il sait parfaitement ce qu'il convient de faire, la vérité est limpide pour lui, et il est capable de vous expliquer exactement le pourquoi et le comment - mais ses pulsions prennent le dessus.
Quant à l'évil, c'est le sceptique, celui qui doute de tout, dont le nom évoque en hébreu « oulay » (peut-être) : « Qui l'a dit ? Quelle en est la preuve ? » Il remet tout en question. Remarquez bien la nuance : le kessil connaît au moins la vérité, il reconnaît simplement être entraîné par ses désirs ; l'évil, lui, met en doute la vérité elle-même. Dès lors, est-il très glorieux pour un homme d'avouer : « Je sais bien ce qu'il faut faire, et pourtant j'agis à l'opposé, parce que mes passions m'entraînent » ? Ce serait admettre une faiblesse de caractère et une incapacité à se maîtriser. C'est pourquoi le kessil s'affuble du costume de l'évil : lorsqu'on lui reproche d'agir ainsi alors que c'est interdit, il réplique : « Qui a dit que c'est interdit ? Où en est la preuve ? Personne n'est jamais revenu de l'au-delà pour témoigner ! », et autres interrogations stériles fondées sur le « peut-être ». Il se fait passer pour un évil, car il paraît plus honorable de dire « qui sait ? » plutôt que d'avouer : « Je sais pertinemment la vérité, mais j'agis à l'encontre car mes désirs me dominent ».
Et cela ressort très précisément des termes du verset : « Et la bouche des insensés bouillonne de sottise » - c'est sa bouche qui exprime cette sottise sceptique, mais au plus profond de lui-même, dans son cœur, il ne partage nullement ce doute. Dans son cœur réside la sagesse : il connaît la vérité, sait parfaitement qu'il agit mal, et n'ignore pas qu'il devra rendre des comptes et subir un châtiment. Ce n'est qu'en apparence, uniquement par sa bouche, qu'il profère des sottises en disant : « Peut-être », « Rien n'est certain » ou « Il n'y a pas de preuve ». C'est la raison pour laquelle le verset ne dit pas « le cœur des insensés exprime la sottise », mais bien « la bouche des insensés ».
Les deux premiers versets de ce chapitre nous enseignent la puissance extraordinaire de la parole. « Une réponse douce calme la fureur » : selon le Gaon de Vilna, le mot « af » désigne le début de la colère et « hémah » son paroxysme ; une réponse douce a ainsi le pouvoir d'apaiser même une fureur déjà déclarée, tandis qu'une parole blessante fait jaillir la colère là où il n'y en avait pas. Selon le Malbim, la « hémah » représente le bouillonnement intérieur qui consume le cœur - la forme de colère la plus redoutable - et une réponse douce parvient à apaiser même ce feu secret, tandis qu'un propos dur engendre un courroux extérieur (« af ») et un désir de vengeance. « La langue des sages embellit la connaissance » : le sage ne se contente pas de dicter ce qu'il faut faire, il rend la connaissance attrayante par des explications profondes et de belles métaphores, à l'exemple de Yaakov Avinou avec ses épouses ; il rapproche les mitsvot de la raison jusqu'à ce que l'homme les accomplisse avec joie et ferveur. Pour reprendre les termes du Malbim, l'étude approfondie de la sagesse élève l'homme du simple niveau de la tradition reçue à celui d'une conviction intellectuelle limpide. À l'opposé se tient le kessil : il connaît parfaitement la vérité dans son cœur, mais ses pulsions l'emportent, et il se déguise en sceptique (évil) en semant des doutes par ses paroles. Or, seule sa bouche exprime cette prétendue sottise, tandis que son cœur discerne parfaitement la vérité et le jugement à venir.