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Chapitre 14 - La sagesse des femmes et l'édification du foyer - Partie 7

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Au chapitre 14, le roi Salomon continue de dépeindre les différents profils humains : le sage, l'homme avisé, l'insensé, le sot et le crédule. Dans ce passage, nous nous penchons sur trois versets - 14, 15 et 16 - qui traitent de celui qui ne s'appuie que sur son propre jugement et refuse tout conseil, de celui qui accepte aveuglément toute parole sans discernement, et de l'homme sage dont la crainte du Ciel le préserve du mal. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière des explications de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna, de Rachi et du Malbim.

מִדְּרָכָיו יִשְׂבַּע סוּג לֵב וּמֵעָלָיו אִישׁ טוֹב׃ (יד) - De ses propres voies se rassasiera le cœur égaré, et l'homme de bien s'en tiendra à l'écart.
Rabbénou Yona : « Soug lev » - L'homme obstiné qui ne se fie qu'à son propre jugement

Rabbénou Yona explique que l'expression « soug lev » désigne l'homme obstiné, qui s'appuie perpétuellement sur son propre esprit. Voici ses termes : celui qui s'en remet toujours à sa pensée, sans jamais prêter l'oreille aux propos d'autrui pour examiner s'ils sont meilleurs que les siens, pour les soupeser et remettre en cause son propre avis. Il n'est absolument pas disposé à envisager que les arguments de son prochain puissent être plus logiques que les siens. Celui qui possède un tel trait de caractère est toujours pleinement comblé de ses actes, et son esprit se complaît dans ses habitudes et sa conduite : tout ce qu'il fait est, à ses yeux, parfait. Il est pleinement satisfait de lui-même, persuadé que sa démarche est exempte de toute erreur et de toute imperfection.

Et pourquoi en est-il ainsi ? « Car il ne discerne aucun défaut dans son intelligence ni aucune lacune dans son discernement, puisqu'il est parfait à ses propres yeux ». Telle est son attitude : je suis tout à fait disposé à écouter les conseils d'hommes sages, encore faut-il trouver quelqu'un de plus sage que moi ! J'ai beau chercher, je n'en trouve pas, qu'y puis-je ? Un tel homme est parfait à ses yeux et n'éprouve aucun besoin de recourir à l'intelligence d'autrui ou à ses conseils. « Et l'on ne trouvera de contradiction à ses propos que dans les déductions de sa propre réflexion » - le seul capable de contredire ce qu'il avance, c'est lui-même, lors d'une seconde réflexion. Mais qu'un autre vienne infirmer ses paroles ? Cela lui semble inconcevable.

Rabbénou Yona ajoute encore : l'homme affligé d'une telle disposition n'est jamais un chercheur de vérité. L'homme éclairé est un observateur attentif : il examine le sujet, l'approfondit, évalue toutes les perspectives, envisageant telle possibilité ou telle autre, et à la réflexion, c'est peut-être la thèse opposée qui s'avère la plus probante. C'est là la marque du véritable chercheur. Mais l'obstiné n'agit pas ainsi, « car le plus souvent, il s'appuie sur la première idée qui lui traverse l'esprit, sans chercher s'il y a lieu de réviser sa pensée » - il se tient pour si brillant que sa première intuition touche déjà à la vérité absolue, sans qu'il ait besoin d'approfondir ou de considérer une autre alternative. Ce qui lui est venu à l'esprit en premier lieu relève, pour lui, de la vérité la plus indiscutable.

La différence est flagrante : le chercheur authentique, de même qu'il s'efforce d'examiner chaque facette de la question pour faire émerger la vérité, aspire ardemment à s'appuyer sur la réflexion d'autrui pour en dégager la justesse. Si l'on lui apprend qu'un autre auteur a rédigé une étude sur le sujet, il se mettra en quête de l'ouvrage, le cherchera partout, car il tient à voir les conclusions auxquelles son semblable est parvenu : ces éléments contredisent-ils ses propres conclusions ? Viennent-ils les corroborer, ou lui ouvrent-ils des horizons nouveaux auxquels il n'avait pas songé ? Tel est le véritable homme d'étude. En revanche, l'homme obstiné, partant du principe que personne ne saurait le contredire et qu'aucun individu n'a de raison valable de penser différemment, décrète que son intuition première est la seule vérité, et le débat est clos. Il vous l'affirmera avec une assurance absolue, sans l'ombre d'un doute.

« Oumé'alav ich tov » - L'homme de bien se tient à distance de lui

« Oumé'alav ich tov » - de lui s'éloignera et se séparera l'homme de bien. L'obstination plonge ses racines dans la dureté de cœur, tandis que celui qui ne s'entête pas, qui sait écouter les autres, souple comme un roseau et disposé à accueillir des opinions divergentes des siennes, affable et attentif aux paroles d'autrui, reçoit ce titre : un « homme de bien ». C'est une personne au cœur généreux, animée d'une réelle ouverture envers autrui et sa façon de penser. Cet homme de bien s'écartera donc de l'obstiné, car l'homme de bien fuit la haine d'autrui, l'arrogance et l'égocentrisme du « moi et rien d'autre » ; il ne peut tolérer une telle attitude, étant par nature réfractaire à toute forme de malignité. Selon cette interprétation, « soug lev » se rattache au terme « sigim » (les scories) : celui dont le cœur est entaché de scories, et qui demeure repu et satisfait de lui-même parce qu'il se prend pour le sage et l'avisé par excellence.

Une seconde approche : Le capital, les fruits et les feuilles

On peut également expliquer ce verset sous l'angle de la rétribution et du châtiment. L'impie, qui est foncièrement mauvais, vide de tout mérite et dépourvu de tout bien, arrive dans le monde de vérité (Alma de-Kechot) et réclame : j'ai pourtant accompli des mitsvot ! On lui répond alors : et d'où t'est venue ton épouse ? D'où as-tu eu tes enfants ? D'où venait ton commerce prospère ? D'où venait ton appartement, et même tes deux autres logements ? D'où tirais-tu toute cette aisance ? Cher monsieur, ton monde futur, tu l'as déjà consommé ici-bas. Il reçoit dès ce monde-ci la totalité de son capital (le Keren). En revanche, pour le Tsadik, qui est vertueux et bienveillant envers les créatures, on ne lui accorde dans ce monde que les fruits, et si possible seulement les feuilles, tandis que le capital, et même l'essentiel des fruits, lui sont réservés pour le monde futur, afin de lui assurer un capital éternel dans l'au-delà. L'impie, lui, n'aura ni fruits ni capital dans le monde à venir : tout a été soldé ici-bas.

Et c'est là le sens de « De ses propres voies se rassasiera le cœur impur (soug lev) » : le cœur encombré de scories sera pleinement rassasié en ce monde de toutes ses voies, recevant son capital et ses fruits jusqu'à satiété. « Oumé'alav ich tov » - le terme « mé'alav » ne dérive pas ici de la préposition « au-dessus de lui », mais du mot « alim » (les feuilles) : l'homme de bien, le Tsadik généreux envers autrui, ne reçoit en ce monde que les feuilles, tandis que la vigne elle-même et ses fruits les plus doux l'attendront dans le monde futur. « Ne sont-ce là que des feuilles ? » - C'est une excellente nouvelle, la preuve tangible que l'essentiel demeure précieux, soigneusement préservé pour l'éternité.

Le Malbim : « soug » au sens de reculer

Le Malbim interprète différemment : « soug » vient de la racine qui signifie reculer (*nassog*), et non du mot scories (*ssiguim*). Qui est donc l'homme dont le cœur recule ? C'est celui qui accomplit des actes avec lesquels il n'est pas en paix. Il les commet, mais au fond de lui-même, il sait qu'il devra en rendre compte, qu'il s'agit d'une transgression et que ce n'est pas convenable. Il est conscient que ses actes ne sont pas droits et ressent que sa voie n'est pas bonne. Comme nous l'avons vu dans les versets précédents : « Le cœur connaît l'amertume de son âme » - dans son for intérieur, il sait que les fautes sont extrêmement amères pour son âme ; et de même : « Même dans le rire le cœur souffre » - bien qu'extérieurement il paraisse joyeux, qu'il rie et que tout semble merveilleux, au fond de lui son cœur a mal, car il sait qu'il n'est pas sur la bonne voie, et que Dieu lui demandera des comptes pour chaque chose.

Et malgré tout, dit le verset : même si son cœur recule et hésite, « il sera rassasié de ses voies » - ses voies corrompues lui vaudront son châtiment, et il sera rassasié selon ses actes. Ne va pas croire que le simple fait d'avoir le cœur qui recule te dispensera de la punition.

Une faute commise le cœur serré n'est pas comme une faute commise avec dédain

Il faut toutefois nuancer : les livres saints enseignent qu'il n'y a aucune comparaison entre quelqu'un qui commet une faute alors que son cœur le tourmente, et quelqu'un qui transgresse avec dédain et cynisme. Nous en avons déjà parlé. On raconte que lorsque le 'Hafets 'Haïm a publié ses livres, un homme riche, un commerçant aisé, vint le voir et lui dit : « Honorable Rav, je voudrais un exemplaire de chaque livre. » Le Rav lui remit l'ensemble de ses ouvrages, mais l'homme lui en rendit un : *Chemirat Halachon*, le chef-d'œuvre du 'Hafets 'Haïm, qui lui a d'ailleurs valu son nom. Le Rav lui demanda : « Pourquoi ? » L'homme répondit : « Je ne veux pas me mentir à moi-même. Je suis commerçant, et dans mon métier, il est tout simplement impossible de se passer du lachon hara (médisance). On discute avec l'un de ce que l'autre a acheté, des revers d'un tel ou des coups bas d'un tiers. Il serait dommage que je prenne ce livre, juste pour le lire et en concevoir du chagrin : cela n'en vaut pas la peine. »

Le 'Hafets 'Haïm lui répondit : « À vrai dire, avant de publier ce livre, j'hésitais moi-même à savoir s'il en sortirait une utilité réelle : est-il bon que les gens lisent sans peut-être réussir à appliquer ? J'ai consulté Rabbi Israël de Salant et lui ai demandé : convient-il de publier un tel livre ? Il m'a répondu : très certainement. Car même si une personne parle de la médisance, après avoir lu ton livre, elle parlera avec un soupir, avec un serrement de cœur. Or, on ne peut comparer le châtiment de celui qui tient des propos interdits avec arrogance à celui de celui qui parle avec amertume, le cœur brisé et dans la difficulté. Il en va de même ici : cet homme dont le cœur recule et qui éprouve de la peine en son for intérieur « sera certes rassasié de ses voies » - il paiera le prix de ses actes, pas au même degré sans doute, mais il paiera tout de même. »

« Et l'homme de bien s'en écarte » selon l'explication du Malbim

Et comment expliquer « et loin de lui l'homme de bien » (*oumé'alav ich tov*) ? Le Malbim explique, comme il le fait fréquemment, qu'un terme employé au début du verset s'applique également à sa fin : « De ses voies sera rassasié celui dont le cœur recule (*soug lev*), et loin de lui reculera (*yassog*) l'homme bon ». Le verbe « reculer » (*soug*) se rapporte tant au méchant qu'au juste. Ce qui signifie : l'homme de bien recule et s'éloigne de ce pervers. Chez le pervers, seul son cœur recule devant ses actes, mais concrètement, il les accomplit : son cœur le réprimande, mais il continue. Comme le dit l'expression, « ils mangent et ils pleurent » : il consomme un aliment non cachère avec un remords au cœur, mais cela ne l'empêche pas de continuer à manger ; il est simplement mal à l'aise avec lui-même et a mauvaise conscience. En revanche, l'homme bon recule devant la faute tout entière : tant devant l'acte fautif que devant la pensée de le commettre ou le fait de lui laisser une place dans son cœur. Il s'écarte totalement de ce méchant, de ses voies et de ses actes, et n'adopte aucunement son comportement.

פֶּתִי יַאֲמִין לְכׇל דָּבָר וְעָרוּם יָבִין לַאֲשֻׁרוֹ׃ (טו) - Le naïf croit à toute parole, mais l'homme avisé surveille ses pas.
Rabbénou Yona : écouter le conseil, mais ne pas tout croire

Rabbénou Yona rattache ce verset au précédent. « L'homme bon » est, comme il l'a longuement développé, celui qui accepte les conseils d'autrui : lorsque d'autres le conseillent, il est prêt à écouter, à recevoir et à vérifier s'il s'est trompé. Cet homme agit avec discernement, car il écoute les avis, s'éloigne des cœurs tortueux et prête l'oreille aux propos des gens intègres. Malgré tout, sache que les personnes naïves sont également très éloignées de cette juste mesure d'écoute du conseil. Pourquoi ? Parce que « le naïf croit à toute parole ». Tout ce qu'on lui dit, il l'accepte, que cela vienne de l'homme au cœur détourné ou de l'homme de bien ; il ne fait aucune distinction entre un mauvais conseil et une recommandation judicieuse.

Voyez combien ces propos sont précis : l'homme au cœur détourné refuse tout conseil, car il prétend tout savoir. L'homme bon, à l'inverse, accueille les conseils, prêt à écouter, à trier et à discerner ce qui est juste et la conduite à adopter. Pourtant, il existe un homme qui écoute les conseils sans que cela ne le fasse progresser le moins du monde : c'est le naïf (*péti*). Le malheur du naïf réside dans le fait que là où l'homme bon écoute les avis et en sélectionne les plus pertinents, le naïf, lui, croit à tout : aux conseils des justes comme à ceux des impies, aux idées sensées comme aux suggestions absurdes. Quiconque lui parle sera cru sur parole. C'est dire combien il est capital d'écouter les conseils, mais tout aussi primordial de ne pas être crédule. Quoi que l'on vous dise, vérifiez, examinez et analysez : s'agit-il d'un conseil avisé ou d'une parole insensée ?

« Mais l'homme avisé discerne ses pas » (Vé'aroum yavine léachouro) - l'homme avisé est doté d'intelligence, d'un esprit d'analyse et de réflexion. On ne peut pas le tromper. Il pèse chaque chose, en dégage le conseil droit et juste, et agit en conséquence.

Le Gaon de Vilna : « Ne croyez point en un ami » - c'est le Yetser Hara

Le Gaon de Vilna explique « Le naïf croit tout ce qu'on dit » à la lumière du verset « Ne croyez point en un ami » (Al taaminou veréa). Nos Sages enseignent : si quelqu'un se présente comme votre « ami » et vient vous séduire en disant : ce n'est pas grave, commets cette faute, Hachem te pardonnera, le Saint, béni soit-Il, est plein de bonté et prodigue en bienfaits - qui est cet ami ? C'est le Yetser Hara (le mauvais penchant). Le Yetser Hara essaie de passer pour votre ami : les religieux, dit-il, on ne peut pas profiter avec eux, ils n'accordent rien ; alors que moi, je suis ton ami, viens t'amuser. Exactement comme un copain qui entraîne son ami et lui dit : prends une dose de drogue, profite, tu vas voir des mondes merveilleux, tu atteindras des sommets. Mais ce qui arrivera après, dans quelle détresse tu vas sombrer et au plus bas de quel abîme tu vas tomber - cela, il ne le dit pas. Est-ce là un véritable ami ?

Il en va de même ici : ne croyez pas en cet ami, ne croyez pas le Yetser Hara qui vous dit : viens profiter, je ne veux que ton bien, et le Saint, béni soit-Il, te pardonnera. Mais le naïf (Péti), dont la nature est de se laisser séduire, croit à tout : on lui dit de profiter et qu'Hachem pardonnera - il profite et espère qu'Hachem pardonnera. Il y a des gens qui, avant de commettre une faute, disent « Qu'Hachem me pardonne » : je ne veux pas dire de Lachon Hara, et qu'Hachem me pardonne, mais sache que c'est une personne ignoble - et voilà qu'il déverse son venin pendant une demi-heure. Après ce « Qu'Hachem me pardonne », tous les freins sont lâchés, comme s'il avait déjà reçu l'absolution, et dès lors, il se permet tout. Celui qui accepte un tel conseil est un naïf, et le naïf croit tout ce qu'on lui dit.

« Mais l'homme avisé discerne ses pas » (Vé'aroum yavine léachouro) - à quoi l'homme avisé emploie-t-il sa ruse ? À percer la ruse de l'ennemi. Connais ton ennemi : il sait que le Yetser Hara est rusé, c'est pourquoi il fait lui aussi preuve d'astuce face à lui. Comme Ya'akov le disait à Rahel : « Je suis son frère en ruse » - que 'Essav ne s'imagine pas pouvoir me tromper, je connais les stratagèmes. Comme cela a déjà été expliqué : lorsque Ya'akov est arrivé chez Lavan, Lavan s'est tout de suite enthousiasmé pour lui et lui a dit : « Indique-moi quel sera ton salaire, vas-tu me servir gratuitement ? ». D'où venait cet enthousiasme débordant ? Il pensait pourtant avoir affaire à un homme simple, sorti du Beth Hamidrach et ignorant les affaires de ce monde. Mais il avait appris le coup de maître que Ya'akov avait joué à 'Essav, et s'était dit : je ne suis pas certain que j'aurais réussi un tel coup avec autant de brio. Je veux un homme comme toi dans mes rangs - mais tu me fais très peur, car qui sait ce que tu finiras par me coûter. Convenons donc de tout à l'avance, et je te bloquerai avec ce salaire pour les vingt prochaines années, contrat signé à l'appui. Voilà : l'homme avisé comprend les ruses et décèle les faux-fuyants. Il dit au Yetser Hara : je sais où tu tentes de me duper. C'est pourquoi il ne croit pas à ses flatteries, mais « discerne ses pas » (yavine léachouro) - il discerne la voie droite, selon le sens de « redressez l'opprimé » (achrou 'hamots) ou « dirigez le chemin » (achrou derekh), et ne laisse pas le Yetser Hara le tromper.

Le Malbim : Le naïf n'éprouve aucun remords de conscience

Le Malbim explique cela à la lumière de ce qui a été développé précédemment au sujet du Kessil (l'insensé) et de l'Evil (l'obstiné). L'Evil doute constamment, tandis que le Kessil sait pertinemment qu'il n'agit pas convenablement et, malgré tout, suit les désirs de son cœur - sa conscience le tourmente, il a mal au cœur et n'est pas sûr de sa voie ; comme nous l'avons vu, son cœur recule et il sait qu'il sera puni. Face à eux apparaît le Péti (le naïf) : celui qui manque de discernement, qui cède à chaque tentation - il croit à tout, aussi bien aux propos du Kessil qu'à ceux de l'Evil, et n'éprouve aucun remords de conscience. Pourquoi ? Parce qu'il ne comprend même pas que ses actes sont mauvais. Le Kessil et l'Evil possèdent, dans une certaine mesure, de la lucidité, mais ils se laissent dominer par leurs passions - ils agissent mal tout en connaissant le bon chemin. Mais le Péti ignore totalement ce qui est droit et ce qui ne l'est pas, et succombe immédiatement à tout ce dont on le tente. En revanche, l'homme avisé ('Aroum) est l'exact opposé du Péti : il possède la finesse d'esprit nécessaire pour tout examiner, et n'accomplit que ce qu'il voit le mener sur le droit chemin, se tenant éloigné de tout le reste.

חָכָם יָרֵא וְסָר מֵרָע וּכְסִיל מִתְעַבֵּר וּבוֹטֵחַ׃ (טז) - Le sage craint et s'écarte du mal, mais l'insensé s'emporte et reste confiant.
Rachi : « Ouvotéa'h » - il glisse et tombe

Rachi propose ici une explication particulièrement intéressante et tout à fait novatrice. Au sens littéral, Rachi explique : le sage redoute le châtiment, et parce qu'il craint le malheur, il s'en écarte et s'en éloigne. En face, l'insensé s'obstine à passer avec force, « ouvotéa'h » - et glisse et tombe à terre. Saviez-vous que le mot « botéa'h » pouvait avoir un tel sens ? Botéa'h au sens de glisser. Et d'où tire-t-on ce sens de glissade ? Du verset « Si tu as confiance (botéa'h) dans une terre de paix », où Yonathan traduit par une expression signifiant trébucher et tomber, c'est-à-dire glisser et chuter. Ainsi : le sage craint, et par sa crainte il s'écarte du mal, appréhende toutes les épreuves, reste prudent et ne s'aventure pas dans les endroits dangereux. Mais l'insensé s'emporte - ne t'inquiète pas, tout ira bien, fais-moi confiance - et finit par « ouvotéa'h », glisser et s'effondrer à l'endroit même que le sage avait contourné.

Rabbénou Yona : Le sage craint bien qu'il s'écarte du mal

Rabbénou Yona explique : le sage, bien qu'il s'écarte du mal de toutes ses forces et de tout son pouvoir, craint toujours - de peur de se tromper, de faillir dans le service divin, ou de ne pas accomplir convenablement tout ce qui est exigé de lui. Tel est le sage. Tandis que l'insensé « s'emporte et reste confiant », ce qui est véritablement stupéfiant : non seulement il ne s'écarte pas du mal mais il s'en approche, il trébuche lui aussi - et malgré tout, il reste sûr de lui. Ne t'inquiète pas, ce n'est qu'un petit faux pas, tout ira bien, fais-moi confiance ; sa voie lui semble pure à ses propres yeux.

On peut le constater aujourd'hui de manière flagrante. Un homme qui craint le Ciel n'introduit pas la télévision chez lui, ni internet. Et pourquoi ? Il y a là-dedans tant d'influences néfastes : qui sait où je pourrais tomber, et je ne prends aucun risque. En revanche, celui qui n'est pas ainsi, dont le niveau spirituel est bien plus bas, on lui dit : c'est un danger, c'est l'antichambre du Guéhinnom ! Et lui répond : ne t'inquiète pas, je ne crains rien, il n'y aura aucun problème. L'homme craignant le Ciel est tout empli d'appréhension face à ce qui pourrait arriver, tandis que l'insensé s'emporte et reste confiant : il s'approche tout près du mal, persuadé qu'il ne lui arrivera rien.

Le Gaon de Vilna : le sage ne fait de tort à personne

Le Gaon de Vilna explique : le sage craint continuellement - « Heureux l'homme qui craint continuellement » - et veille donc à ne faire de tort à personne. Pourquoi ? Qui sait : vous lui faites du tort aujourd'hui, et demain il s'avère que cet homme sera votre patron, ou qu'il est l'employé municipal dont vous avez besoin d'obtenir une autorisation. Dix minutes plus tôt au feu rouge, vous l'avez insulté et lui avez parlé avec insolence, et maintenant vous vous tenez face à lui, attendant de lui un permis de construire ! Le sage craint toujours de nuire à autrui, car « il n'est point d'homme qui n'ait son heure », et qui sait où vous risquez de vous heurter de nouveau à cet homme.

« Mais l'insensé s'emporte et reste confiant » - le Gaon de Vilna explique que « mit'aber » dérive de la colère et de la fureur (èvra). L'insensé s'emporte contre son prochain et lui fait du tort : tu m'as fait cela, j'entre en rage et je vais te régler ton compte ! « Et reste confiant » - ne t'inquiète pas, il ne me fera rien. Mais qui sait, peut-être t'attendra-t-il au tournant ? Pourquoi t'en prendre à lui ? Il y eut une histoire d'un homme qui s'est querellé avec quelqu'un sur la route, l'a poursuivi en voiture, est descendu et lui a asséné un coup de poing - et l'autre a eu une crise cardiaque et en est mort. Et il y eut une autre histoire où quelqu'un s'est disputé sur la route à Chicago, et l'autre a sorti une arme, l'a pourchassé et lui a tiré dessus. Le sage dit : je ne sais pas à qui j'ai affaire, je ne fais de mal à personne, j'ignore où se trouve le point de rupture de cet homme et ce que cela risque de me coûter. Tandis que l'insensé s'emporte : quelque chose l'agace, et aussitôt il explose, hurle, nuit à autrui, et reste convaincu qu'il ne lui arrivera rien.

Le Gaon de Vilna propose une autre explication : le sage craint Hachem et s'écarte du mal - c'est-à-dire qu'il s'abstient de commettre des fautes. En face de lui, l'insensé « mit'aber » - transgresse (over avéra), et « reste confiant » - confiant dans le pardon d'Hachem, comme nous l'avons vu plus haut : ne t'en fais pas, le Saint, béni soit-Il, est plein de bonté. C'est à ce sujet qu'il est dit : « Ne placez pas votre confiance dans un maître (alouf) ». Qui est le Maître du monde (Aloufo chel Olam) ? Le Saint, béni soit-Il, du mot « je t'enseignerai (aaléfékha) l'intelligence », car Il enseigne le monde entier et donne l'intelligence à l'homme - non pas au sens de champion, mais d'enseignant. Et que signifie « ne placez pas votre confiance dans un maître » ? Ne dis pas : je vais fauter, et je compte sur le fait que le Saint, béni soit-Il, me fera grâce et ne me punira pas. Une telle confiance ne repose sur rien de solide.

Le Malbim : la sagesse a besoin de moussar

Le Malbim explique : la sagesse a besoin de moussar. Dans les traits de caractère, il existe pour chaque chose deux voies - la voie de la sagesse et la voie de la folie - et le penchant du cœur de l'homme tend naturellement vers la folie et vers le mal. Pourquoi ? Parce que dès son plus jeune âge, le yetser hara accompagne l'homme. Regardez un nourrisson dès sa naissance : tout ce qu'un adulte fait sous l'emprise du yetser hara, c'est exactement ce qu'il fait - toute la journée en quête de nourriture, de désirs et de plaisirs, de sommeil, de repos et de jeux. Si un adulte persistait ainsi à l'âge mûr, on dirait que le yetser hara a pris le contrôle total de lui : manger toute la journée, dormir, chercher avec qui jouer. Chez le nourrisson, c'est naturel ; pour l'instant il n'a que le mauvais penchant et n'accomplit encore aucune bonne action - mais la conséquence en est que, même en grandissant, ces tendances naturelles l'accompagnent : la recherche du plaisir, des désirs et de la satisfaction immédiate de sa volonté. Étant bébé, au moindre petit gazouillis ou pleur, maman accourt aussitôt, lui donne la tétine, le biberon, on comble instantanément tous ses désirs. De ce fait, même parvenu à l'âge adulte, il continue d'agir à l'opposé des voies de la sagesse, de la retenue et de la maîtrise de ses pulsions.

Que faut-il pour contrecarrer cela ? Le moussar. Qu'est-ce que le moussar ? Quelque chose qui châtie, discipline et enchaîne (ossère) les forces de l'âme - apprendre à différer les satisfactions, ne pas céder aussitôt à ce dont on a envie. Quelque chose qui m'entrave : j'en aurais très envie, mais je me retiens ; à cela je ne touche pas, maintenant je ne mange pas, maintenant je ne lève pas les yeux. C'est là l'emprisonnement (maassar) et c'est là le moussar - que l'homme discipline et retienne les forces de son âme.

Et qu'est-ce qui a le pouvoir d'arrêter l'homme ? La crainte d'Hachem. L'homme qui souhaite commettre une faute et sait qu'on le regarde s'en abstient, par honte et par peur de l'humiliation. Ainsi, s'il garde à l'esprit la pensée que le Saint, béni soit-Il, le regarde à cet instant même et observe ses actes, il aura honte et craindra d'agir contre la volonté divine. C'est le sens de « Le commencement de la sagesse est la crainte d'Hachem » : comment acquiert-on la sagesse, la capacité de choisir le bien et de rejeter le mal ? Par la crainte d'Hachem. C'est le préalable absolu, la condition de la sagesse, sa porte d'accès. Sans elle, on ne choisira point le bien, mais inévitablement le mal.

Et c'est ce que dit le verset : « Le sage craint » - comment est-il parvenu à la sagesse et à ce niveau ? Grâce à la crainte qui l'habite. Et par elle, « et s'écarte du mal », car il ne dévie pas du conseil de la sagesse, le moussar réfrénant les forces de son âme pour ne pas franchir la limite. C'est le moussar qui le retient, et qu'est-ce que ce moussar ? Crains Hachem, et sache que pour tout cela, D.ieu t'appellera en jugement. En face de lui, l'insensé « mit'aber » : des limites existent et il les transgresse, il franchit la frontière de la morale et celle de la sagesse, accomplissant des actes contraires à la sagesse et au moussar, bien qu'ils fixent des bornes claires. Et ensuite ? « Et reste confiant ». L'opposé de celui qui craint est celui qui a confiance : celui qui craint appréhende, tandis que l'homme confiant affirme qu'il n'y a rien à craindre. S'il s'agit de craindre les étrangers et de placer sa confiance en Hachem, c'est admirable ; mais quand il s'agit de craindre la splendeur de Sa majesté et qu'à la place on se berce d'un « ne t'en fais pas, rien ne m'arrivera », c'est déplorable. Telle est l'élévation du sage : il craint la majesté divine et s'écarte donc du mal. Quant à l'insensé, il commet toutes les fautes du monde, convaincu qu'aucun mal ne l'atteindra et qu'Hachem ne lui demandera pas de comptes.

En conclusion :

Ces trois versets édifient une seule et même échelle. « Le cœur infidèle se rassasiera de ses voies » - l'obstiné qui ne s'appuie que sur son propre jugement est repu de lui-même et n'écoute personne, tandis que l'homme bon, prêt à entendre et à discerner, s'éloigne de lui ; et selon le Malbim : celui dont le cœur répugne à ses actes mais les accomplit tout de même en pratique subira malgré tout son châtiment, même si l'on ne compare pas celui qui faute le cœur lourd à celui qui faute avec mépris, tandis que l'homme bon recule devant la faute tout entière - en acte, en pensée et de tout cœur. « Le niais croit tout ce qu'on dit » - écouter un conseil est une vertu, mais seulement si cela s'accompagne d'examen et de discernement ; le niais gobe tout, jusqu'au yetser hara qui lui promet le pardon, alors que l'homme avisé démasque la ruse de l'ennemi et discerne avec lucidité le droit chemin. Et « Le sage craint et s'écarte du mal » - la crainte est le commencement de la sagesse et constitue le moussar qui discipline les forces de l'âme, à partir de quoi le sage se garde du mal et de faire du tort à autrui ; quant à l'insensé, il s'emporte et reste confiant - il franchit la limite, sûr qu'il ne lui arrivera rien, et finit par glisser et tomber à l'endroit même que le sage a contourné.