TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 14 - La sagesse des femmes et l'édification du foyer - Deuxième partie

Lire l'original
Introduction

Le quatorzième chapitre du livre des Proverbes poursuit le parallèle entre le sage et l'insensé, en mettant l'accent sur la voie droite qu'il convient d'emprunter. Dans cet enseignement, nous étudierons trois versets : la définition de celui qui craint véritablement Hachem, l'origine de l'arrogance chez l'insensé, et la remarquable parabole des bœufs et de la crèche - image dont nos Maîtres ont dégagé des principes essentiels sur les devoirs du maître envers ses disciples et la communauté.

Marcher dans sa droiture, c'est craindre Hachem - Deux degrés de crainte
הוֹלֵךְ בְּיׇשְׁרוֹ יְרֵא יְהֹוָה וּנְלוֹז דְּרָכָיו בּוֹזֵהוּ׃ - Celui qui marche dans sa droiture craint Hachem, mais celui dont les voies sont tortueuses Le méprise.

Rabbénou Yona précise : la crainte authentique et élevée est celle qui découle de la droiture, lorsque l'homme craint Hachem devant la splendeur de Sa majesté, convaincu qu'il est juste et loyal de Le révérer, béni soit-Il. À l'opposé se trouve un degré inférieur : la crainte du châtiment. C'est l'attitude de celui qui explique craindre Dieu uniquement par peur des épreuves et des sanctions qui frappent quiconque dévie du chemin. Puissions-nous déjà accéder à cette crainte ! Toutefois, elle reste bien en deçà de la crainte inspirée par la seule droiture. Qui mérite véritablement le titre de serviteur craignant Dieu ? C'est celui qui avance dans sa droiture, observant les commandements parce que la rectitude morale l'exige naturellement.

À l'inverse : « mais celui dont les voies sont tortueuses Le méprise ». Celui qui craint Hachem L'honore par sa vénération, tandis que celui qui Le méprise se place aux antipodes de cette piété. L'homme aux voies perverties, qui délaisse la voie divine et rejette les mitsvot, n'atteindra jamais la crainte du Ciel : il n'a aucun désir d'observer la Loi, et aucune crainte intérieure ne vient l'y inciter. Ainsi, par ses actes mêmes, il « Le méprise » en bafouant l'honneur divin.

Le Gaon de Vilna : À chacun sa propre droiture

Le Gaon de Vilna souligne que chacun doit emprunter la trajectoire qui lui correspond, car les tempéraments et les penchants diffèrent d'une personne à l'autre. Lorsqu'un individu est confronté à une épreuve récurrente et se sait vulnérable dans un domaine précis, il doit s'imposer de rigoureuses barrières. Il se peut fort bien que son compagnon n'ait aucun besoin d'une telle précaution, étant totalement préservé de cette faiblesse ; en revanche, ce même compagnon devra ériger des barrières dans un autre secteur où le premier ne rencontre aucune difficulté.

Prenons un exemple contemporain : le port du châle ample par certaines femmes. La question suscite des avis partagés. De grands maîtres d'Israël l'ont sans nul doute loué, et le Rav Ovadia Yossef rappelait souvent que celle qui revêt ce châle - désigné sous le terme de « radid » dans le Talmud - est digne d'éloges et possède un très grand mérite. La vertu de ce vêtement réside dans le fait qu'il dissimule entièrement les formes, ce qui est bien plus pudique qu'une tenue moulante. D'autres personnes s'y opposent, affirmant que cela attire l'attention, et avancent divers prétextes infondés.

Dès lors, si une femme se sait encline à rechercher le regard d'autrui ou à se mettre en valeur, et qu'elle choisit de se protéger en portant ce châle, à quoi s'expose-t-elle souvent ? Aux railleries : « Regardez la sainte », « voilà qu'elle rejoint les talibans », et autres flèches acerbes destinées à briser sa résolution. Pourtant, dans sa situation personnelle, cette barrière lui est absolument nécessaire pour préserver sa piété. Un tel dépassement de soi, accompli par lucidité face à sa propre épreuve, illustre parfaitement les mots « celui qui marche dans sa droiture ». Sa droiture à elle : ce dont elle a personnellement besoin. Une autre personne peut ne pas en avoir l'utilité, mais pour elle, c'est indispensable. Le regard des hommes ignore les luttes secrètes de l'âme ; l'homme pieux trace sa voie sans se laisser influencer par les jugements extérieurs. À l'opposé, « celui dont les voies sont tortueuses » fausse sa ligne de conduite pour plaire au monde ou flatter son image, finissant par mépriser le Créateur pour préserver son propre honneur.

Le Gaon de Vilna propose une autre explication : quiconque avance avec loyauté parvient à la crainte d'Hachem, tandis que celui qui biaise finit par Le mépriser, tout étant fonction de la droiture morale. C'est une lecture limpide et profonde : l'homme honnête, qui ne recherche ni astuces, ni faux-fuyants, ni raccourcis, atteindra spontanément la crainte du Ciel. Mais celui qui cherche continuellement à ruser, à contourner les exigences ou à esquiver ses devoirs, finira inévitablement par mépriser les mitsvot. Il appliquera ses combines au service divin, s'imaginant aujourd'hui dispensé d'une obligation ou inventant des subterfuges pour ne pas l'accomplir. À terme, il dévalue et méprise les commandements d'Hachem.

Le Malbim : Qu'est-ce qu'une ligne droite ?

Le Malbim a déjà expliqué par le passé que le « yachar » (droit) est un homme dont l'intellect procède naturellement avec droiture. Naturellement, son esprit est droit, il possède ce qu'on appelle aujourd'hui le bon sens. Il n'a pas besoin d'être un grand sage ni un grand tsaddik, mais il a du bon sens, du « common sense ». Voici ses propres termes pour définir la droiture : « La définition de la ligne droite est la ligne la plus courte reliant deux points donnés » - exactement ce que nous appelons aujourd'hui une ligne droite, le plus court chemin entre deux points. L'homme droit est celui qui suit avec son esprit le chemin le plus court et le plus direct.

Pour préciser, cela relève du domaine de la Bina (le discernement). Par sa Bina, l'homme déduit une chose à partir d'une autre (davar mitoch davar). Cependant, on peut déduire une chose d'une autre tout en faussant son raisonnement, pour aboutir à des conclusions illogiques et erronées. Mais celui qui marche dans sa droiture comprendra toujours avec justesse, parviendra toujours aux bonnes conclusions et verra toujours la vérité. C'est le sens de ce verset : « Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché bien des détours ».

A priori, l'homme pourrait soulever un argument : nous avons en nous un penchant au mal (Yetser Hara), qui nous aveugle au point de nous présenter des fautes comme des mitsvot ! Maître du monde, comment pourrais-je me prémunir contre une telle chose ? Je ne désire qu'accomplir des mitsvot, et si j'ai agi ainsi, c'est parce que le Yetser Hara m'a fait croire qu'il s'agissait d'une mitsva ! Passe encore s'il me disait : « Viens transgresser, cela en vaut la peine, c'est agréable » - face à cela, je peux me défendre et refuser de fauter. Mais s'il me présente la faute sous les traits d'une mitsva, comment pourrais-je le savoir ?

À cela, la réponse est : « Dieu a fait les hommes droits ». Le Saint, béni soit-Il, dit à l'homme : si tu prends le temps de réfléchir, tu seras capable de discerner que c'est le Yetser Hara qui cherche à te tromper. Comment ? Parce que par nature, tu portes en toi la droiture, la justice et la perception de la vérité. Et d'où provient toute l'erreur ? Du fait que tu veux te tromper. Si tu ne voulais pas te fourvoyer, mais que tu décidais sincèrement de rechercher la vérité, tu parviendrais à la vérité profonde sans le moindre doute.

Par exemple : celui qui observe la nature parviendra inévitablement à la conclusion qu'il y a un Créateur au monde, ainsi qu'une rétribution et un châtiment. Il est impossible que ce monde prodigieux se soit créé de lui-même - aujourd'hui encore, les chercheurs n'ont pas fini d'explorer le corps humain et la sagesse divine suprême qu'il renferme, ni d'explorer la nature, découvrant sans cesse de nouvelles merveilles. Il suffit de contempler la complexité de l'ADN : chaque individu possède un ADN unique, et cette empreinte se retrouve dans sa chair, sa peau, son œil, son ongle, une goutte de son sang, sa salive ou son sperme - dans chaque recoin du corps, la même signature. Une complexité colossale. Quiconque y réfléchit comprend que cela ne s'est pas fait tout seul, et qu'une explosion ne saurait engendrer une telle sophistication : c'est une conclusion à laquelle chacun peut aboutir.

Dès lors, pourquoi m'a-t-on placé ici ? Qu'attend-on de moi ? Quiconque cherche parviendra sans nul doute, comme Avraham Avinou à l'âge de trois ans, à la réalité de Dieu. Il comprendra que le Saint, béni soit-Il, n'a pas créé ce monde sans but, qu'il ne s'agit pas d'un jeu, mais qu'on attend quelque chose de lui. Et si un travail est exigé de moi ici-bas - si un être humain rétribue son prochain pour le moindre travail, il est impensable qu'Hachem, qu'Il soit béni, ne récompense pas un labeur considérable. De là découle nécessairement la certitude suivante : l'homme a une mission sur terre, il existe une rétribution et un châtiment, et il n'est nullement « vain de servir Dieu ». Il suffit d'observer avec droiture pour parvenir à ces évidences.

Mais celui qui dévie de la voie droite, qui ne suit pas la ligne droite menant d'un point à un autre, mais cherche des chemins tortueux et détournés, celui-là a des « voies déviées ». « Neloz » signifie tordu : il fausse son intellect par toutes sortes de spéculations philosophiques et de déformations, pour en arriver à mépriser Hachem, qu'Il soit béni, et à Le renier. Il dira : qui prouve qu'Hachem exerce Sa providence ? Et sur quoi s'appuiera-t-il ? Sur une philosophie prétendant qu'Hachem, qu'Il soit béni, est si élevé et transcendant qu'il est impossible qu'Il Se soucie des créatures inférieures. C'était un argument philosophique très répandu à l'époque : il y a bien un Créateur, mais après avoir créé le monde, Il ne Se préoccupe plus de nous. Nous avons déjà longuement réfuté cette idée par le passé et nous n'y reviendrons pas, d'autant que cette conception n'a plus cours aujourd'hui. En tout état de cause, nous constatons que celui qui recherche les voies tortueuses en arrive là : on peut fausser son esprit et demeurer tordu. « Mais celui qui s'égare dans ses voies Le méprise ».

בפי אוויל חוטר גאווה
בְּפִי־אֱוִיל חֹטֶר גַּאֲוָה וְשִׂפְתֵי חֲכָמִים תִּשְׁמוּרֵם׃ - Dans la bouche de l'insensé est un rejeton d'orgueil, mais les lèvres des sages les préservent.

Rabbénou Yona explique : la racine de l'orgueil réside dans le cœur de l'insensé. Cette racine produit des branches, et le rejeton se trouve dans la bouche - selon l'expression du verset : « Un rejeton sortira de la souche de Yichaï » - et ce rameau donne un fruit, qui est la parole. C'est-à-dire que lorsqu'un homme tient des propos empreints de vantardise et d'arrogance, « moi, j'ai fait », d'où cela provient-il ? De cette branche située dans la bouche, dont la racine est ancrée dans le cœur. Comme il est intimement convaincu que « moi et nul autre », persuadé d'être au-dessus de tous, on entend tout naturellement dans ses paroles combien il s'enorgueillit et combien il estime que tout lui est dû.

הגאון מווילנה: מקל בידו של האוויל

Selon le Gaon de Vilna, on comprend pourquoi il est qualifié d'« évil » : l'évil est une personne qui ne réfléchit pas. Comment vit-il ? Par impulsivité, sur des coups de tête. Il réagit constamment du tac au tac : à peine arrivé, il agit aussitôt. Dites-lui : « Un instant, réfléchis, ce n'est peut-être pas judicieux, tu vas le regretter plus tard » - et pourtant, il fonce. La première idée qui lui vient est celle qu'il met en pratique, sans se demander si cela en vaut la peine, si c'est profitable ou s'il existe une autre solution. Le sage, comme nous l'avons déjà mentionné, examine chaque action, l'approfondit, la pèse avec soin, et seulement après passe à l'acte. Mais l'insensé - du mot « avla », le premier qui monte à son esprit - agit immédiatement.

Selon cette approche : « Dans la bouche de l'insensé est une verge d'orgueil » - « 'hotèr » désigne un bâton. La première réaction de l'insensé (l'évil) repose sur le bâton. Il se félicite intérieurement à l'idée que quiconque contredira ses propos recevra un coup de bâton. Malheur à celui qui lui dira « non », malheur à celui qui tentera de protester ! C'est ainsi qu'il impose son opinion aux autres. Et comment le sage échappe-t-il à un tel insensé ? « Mais les lèvres des sages les gardent » - les sages gardent le silence. Celui qui n'est pas sage vient débattre avec l'insensé, s'imaginant qu'on peut convaincre un tel homme ; il reçoit alors le gourdin sur la tête, car cet insensé use de force brutale. Mais le sage sait : ne rivalise pas d'esprit contre lui et ne lui réponds point, car si tu réponds à l'insensé, tu finiras par lui ressembler, sans compter qu'il est plus fort que toi et te frappera. « Ne réponds pas au sot selon sa folie » - et c'est en s'abstenant de lui répondre qu'il s'en préserve.

Le Malbim : l'insensé (évil) vient de la racine « oulaï » (peut-être)

Le Malbim, selon sa méthode coutumière, explique que le mot évil (l'insensé) dérive de oulaï (« peut-être ») : c'est celui qui doute des lois de la sagesse. Il répète constamment : il n'y a pas de preuves, pas d'éléments tangibles, on ne peut le démontrer par la seule raison. Celui qui n'est pas orgueilleux n'a pas la prétention de pouvoir tout appréhender par son intellect ; il sait que certaines réalités dépassent notre entendement et que d'autres nous échappent, et il se soumet donc aux lois de la sagesse. Quand on lui demande : « Mais tu ne comprends pas cela complètement, explique-moi donc la logique ! », il répond : « J'ignore quelle en est la logique, mais telle est la tradition reçue, ainsi nous l'ont transmis les Sages d'Israël, ainsi est-il consigné dans la Michna. » Il s'efface et soumet sa réflexion à la sagesse suprême, et tel est l'homme humble.

Mais l'insensé a dans la bouche un rejeton d'orgueil. Il a le sentiment de tout comprendre : « Qu'en sais-tu ? Ce que tu dis n'a aucun sens ! » En réalité, ce n'est pas que cela manque de sens, mais simplement que cela dépasse sa logique ; son intellect limité ne le saisit pas, alors que cela relève de la logique divine. Cependant, à ses yeux, s'il ne comprend pas, cela ne saurait exister. L'insensé imagine que son savoir et sa compréhension englobent toute la réalité, et que ce qu'il ne saisit pas ou ignore n'existe pas. D'où vient cette sottise qui le pousse à douter de tout ? Du fait que dans sa bouche se trouve un rejeton d'orgueil ; aveuglé par cette arrogance, il est convaincu que ce qu'il conçoit est juste et que ce qui lui échappe est faux. Et pourquoi ce verset parle-t-il d'un « rejeton d'orgueil » ('hotèr ga'ava) ? Le Malbim explique que son orgueil saille de sa bouche, telle une excroissance ou un surgeon poussant sur le tronc d'un arbre.

En revanche, « les lèvres des sages » : les lèvres font toujours référence à l'expression extérieure de la parole et font allusion au da'at (la connaissance intégrée). Rappelons ici la distinction déjà évoquée : il y a la 'hokhma (sagesse), la bina (discernement) et le da'at (connaissance). La 'hokhma est la sagesse divine que l'on doit recevoir telle quelle, et qu'on ne peut connaître que de Lui, béni soit-Il. La bina est la capacité de déduire une chose d'une autre. Le da'at intervient lorsqu'après avoir approfondi la sagesse, on en vient à la comprendre intimement et à en reconnaître la pleine justesse ; ce qui, au départ, paraissait inaccessible et n'était reçu que par la foi en D.ieu devient, à force d'étude approfondie, du da'at - une véritable compréhension intériorisée et non plus une simple acceptation passive.

C'est pourquoi les lèvres font allusion au da'at : parce que les sages ont foi dans les principes de la sagesse et les approfondissent, ces enseignements s'élèvent chez eux au rang de da'at, au niveau des lèvres, une pleine certitude - et cela les préserve de l'orgueil. Car « c'est Hachem qui donne la sagesse » : si l'on se soumet à D.ieu, béni soit-Il, on devient digne d'accéder à la sagesse. En revanche, si l'on s'imagine tout comprendre, on aura perpétuellement des objections, des réfutations et des doutes - telle est la définition même de l'insensé, attitude enracinée dans l'orgueil, puisqu'il estime que ce qu'il perçoit existe et que ce qu'il ne comprend pas est néant. C'est là toute l'arrogance saillante dans la bouche de l'insensé.

« Sans bœufs, la crèche est vide »
בְּאֵין אֲלָפִים אֵבוּס בָּר וְרׇב־תְּבוּאוֹת בְּכֹחַ שׁוֹר׃ - Sans bœufs la crèche est nette, mais l'abondance des récoltes vient par la force du bœuf.

Rachi explique : « Sans bœufs » - lorsqu'il n'y a pas de bœufs, « la crèche est nette » - il n'y a point de paille dans la maison ; et bar a le sens de propre, net de tout déchet. Allégoriquement, là où il n'y a pas de talmidé 'hakhamim (érudits en Torah), il n'y a ni enseignement ni halakha. En revanche, « l'abondance des récoltes vient par la force du bœuf » - lorsqu'il y a des talmidé 'hakhamim, les fruits de l'étude abondent, la halakha est vivante, les lois sont clairement tranchées et établies, car ce sont les sages qui déterminent la loi et tranchent la halakha.

Rabbénou Yona : supporter le fardeau du public

Rabbénou Yona développe une autre approche : lorsqu'il n'y a ni bœufs ni petit bétail, la crèche reste propre. Quiconque entre dans une étable pleine de bêtes y est confronté à une odeur insupportable, le lieu étant souillé et malpropre. Un homme renoncerait-il pour autant à élever des vaches dans son étable ou des bœufs dans son enclos ? Certainement pas. Pourquoi ? Parce qu'il se dit : malgré la saleté, le désordre et les mauvaises odeurs, ces bêtes procurent un immense profit - « l'abondance des récoltes vient par la force du bœuf ». D'où proviendraient sinon ma subsistance et mes récoltes ? Elles découlent de la force du bœuf. Certes, tout provient du Créateur, mais dans l'ordre naturel des causes matérielles, cela passe par la force du bœuf.

L'application morale est évidente : le verset ne cherche pas simplement à nous inciter à élever des bœufs. Il en va de même pour les sages. Souvent, les érudits pourraient être tentés de s'adresser au peuple avec dédain et condescendance, en particulier à l'époque où les masses étaient très ignorantes, de véritables amé haarets qui ne savaient ni lire ni écrire, des gens rudes et simples. Rabbénou Yona enseigne : ce n'est pas une raison pour que toi, le sage et le maître en Torah, tu te comportes envers eux avec mépris ou supériorité. Et même si l'un d'eux te parle sans les égards et le respect dus à un grand de la Torah, ne t'emporte pas contre lui et ne le réprimande pas rudement.

Pourquoi ? Premièrement, vous y gagnez le fait que le peuple écoutera votre voix. Lorsque vous ne vous éloignez pas de lui et ne gardez pas de distance hautaine, quand vous lui ferez des reproches, il les acceptera de votre part, car il est attaché à vous. Deuxièmement, cela apportera de la majesté à votre Torah, car « dans la multitude du peuple est la gloire du roi » : aussi grand sage que l'on soit, lorsqu'un large public vient écouter sa Torah, se presse derrière lui et attend chacune de ses paroles, c'est là l'honneur de la Torah, de voir la communauté tout entière suivre les Sages.

Troisièmement, ces personnes, qui vous paraissent simples et frustes, sont précisément celles qui vous aideront dans l'étude de la Torah. Comment un homme simple peut-il m'aider ? Il portera avec vous le fardeau des affaires matérielles que vous devez accomplir, il vous prêtera main-forte, et grâce à cela votre temps sera plus libre pour vous consacrer à la Torah. C'est en ce sens que nos Sages ont dit : que les grappes implorent la miséricorde pour les feuilles, car sans les feuilles, les grappes ne subsisteraient pas. Les grappes représentent les Sages, « l'homme qui possède tout », et les feuilles sont ceux qui les abritent et les protègent. Et c'est ce que Chlomo vient nous enseigner ici : tout comme un homme est prêt à supporter la peine et la mauvaise odeur des bêtes en raison du profit qu'il en tire, de même l'homme doit savoir supporter la peine causée par autrui, car il y a là un grand bénéfice : les rapprocher, recevoir leur aide pour l'étude de la Torah, et accroître l'éclat et l'honneur de la Torah lorsqu'une vaste assemblée écoute son enseignement. Et si l'on comprend qu'il vaut la peine d'endurer la peine des bœufs pour l'utilité qu'ils procurent, à plus forte raison convient-il d'endurer la peine des hommes.

Le Gaon de Vilna : « alafim » au sens d'apprentissage

Le Gaon de Vilna explique d'abord le sens littéral : lorsqu'un homme ne possède pas d'« alafim » - des bœufs et des bêtes pour labourer et travailler la terre - la mangeoire est vide, dépourvue de grain. D'où vous viendrait donc la récolte ? « Les récoltes abondent par la force du bœuf » : les récoltes sont abondantes pour celui qui dispose de la force du bœuf pour cultiver sa terre ; et quand il n'y a pas de bœufs pour travailler la terre, il n'y a pas de grain dans la mangeoire.

Et que vient-il nous apprendre ? Le terme « alafim » se rattache à l'apprentissage, comme dans « Je t'enseignerai (aalefkha) la sagesse ». « Faute de bœufs (alafim) » : lorsque l'on n'a personne à qui enseigner la Torah, même si l'on est un grand talmid 'hakham, si l'on n'a pas d'élèves avec qui étudier, la mangeoire devient elle aussi vide et dénuée de tout. La mangeoire est le lieu où la bête se nourrit, le réceptacle du grain : s'il n'y a pas de bœufs, il n'y a pas non plus de grain à mettre dans la mangeoire, car c'est le bœuf qui laboure et produit la récolte, permettant ensuite de le nourrir. Et la parabole s'éclaire : si le sage dit « je n'ai besoin de rien, j'ai ma propre sagesse, je n'ai pas besoin de disciples », il se trompe. Car sans disciples qui viennent recevoir sa Torah, lui-même restera vide et stérile. Pourquoi ? « Et de mes élèves plus que de tous » : les élèves aiguisent l'esprit du maître, approfondissent les enseignements qu'il a transmis, et l'amènent à une meilleure compréhension de ses propres propos et à une réflexion plus poussée.

Comme un âne pour la charge et comme un bœuf pour le joug

« Les récoltes abondent par la force du bœuf » - et pourquoi précisément le bœuf ? Le Gaon de Vilna explique que le bœuf fait allusion à un disciple méritant. Pour le comprendre, examinons comment nos Sages ont défini l'engagement dans la Torah à partir des animaux : « Que l'homme soit toujours comme un âne pour la charge et comme un bœuf pour le joug ». Pourquoi précisément ces deux exemples ? Le Gaon de Vilna propose à ce sujet trois explications.

La première explication : le sage a besoin d'assistance pour son corps et pour ses biens matériels. Pour son corps - que l'on l'aide dans toutes ses nécessités physiques et matérielles. Pour ses biens - que l'on pourvoie à ses besoins financiers. C'est là le sens de « comme un âne et comme un bœuf » : l'âne pour la charge, afin de servir le talmid 'hakham de toutes ses forces physiques ; et le bœuf portant le joug, afin d'assurer au sage la subsistance matérielle nécessaire.

La deuxième explication : « comme un âne pour la charge » signifie porter le faix des mitsvot, telle est la charge. « Et comme un bœuf pour le joug » signifie assumer le joug de la Torah. Que l'homme soit toujours comme un âne pour la charge afin de porter le joug des mitsvot, et comme un bœuf pour le joug de la Torah.

La troisième explication : dans la Torah, il y a le pchat (sens simple) et le pilpoul (débat dialectique). Le pchat consiste à bien comprendre le sens direct des textes ; le pilpoul consiste à élucider les notions au moyen d'objections et de résolutions. Celui qui étudie le pchat s'apparente à l'âne - nullement par mépris, mais parce qu'il porte la Torah sur lui ; et celui qui étudie par le pilpoul est appelé bœuf. Pourquoi ? Parce que le trait caractéristique du bœuf réside dans ses cornes faites pour encorner. Ainsi la Guémara enseigne-t-elle que celui qui voit en rêve un bœuf lui asséner un coup de corne recevra le signe qu'il aura des fils qui batailleront dans la Torah. Le coup de corne caractérise la dialectique talmudique : soulever des difficultés, objecter, remettre en cause les affirmations. De même, le bœuf attaque et frappe de ses cornes.

Dès lors, l'homme doit être à la fois comme un âne et comme un bœuf. D'abord comme un âne, ce qui est le plus fondamental : réviser constamment la Torah, acquérir de vastes connaissances - tel est le sens de « Issakhar est un âne robuste », portant le faix de la Torah sur ses épaules et la révisant sans cesse pour la maîtriser. Puis, il faut également exercer la dialectique dans l'étude, afin que le sujet apparaisse limpide et clarifié de toute objection. Par le pilpoul, la confrontation des avis, la réfutation d'un côté et la question de l'autre, on parvient à des conclusions nettes et irréfutables, claires comme un vêtement - et c'est là « comme un bœuf pour le joug », débattre des textes et les approfondir.

Des disciples combatifs dans l'étude et non des disciples qui acquiescent à tout

Selon cette approche, le Gaon de Vilna explique notre verset : comment le sage parvient-il à une « abondance de récoltes », à une grande fertilité dans la Torah ? « Par la force du bœuf » - si l'on a des élèves qui sont à l'image du bœuf, qui débattent avec vigueur, posent des objections redoutables et vous aiguisent l'esprit. Mais si l'on a deux cents élèves béni-oui-oui, qui acquiescent à tout ce qu'on dit d'un « oui », « c'est exact », « c'est saint » - grand merci, mais cela ne fait nullement fructifier la Torah.

C'est précisément ce que nous trouvons chez Rabbi Yohanan. Après la disparition de Rech Lakich, Rabbi Yohanan sombra dans une profonde affliction ; il errait en s'écriant : « Où es-tu, fils de Lakich ? », au point que l'on craignait pour sa raison. On lui amena un autre disciple pour étudier avec lui, et à chaque enseignement que formulait Rabbi Yohanan, ce disciple lui apportait vingt-quatre confirmations : voici une preuve tirée d'une Baraïta, la Michna semble aussi aller dans ce sens, et telle autre parole corrobore également vos propos. Rabbi Yohanan lui dit alors : que m'apportes-tu là ? Où est donc Rech Lakich, qui, pour chaque parole que je prononçais, soulevait vingt-quatre objections ! Il me disait : comment peux-tu affirmer une chose pareille, alors qu'ailleurs il est écrit l'inverse ? Nous devions alors opérer une distinction, expliquant que là-bas il s'agit d'un cas particulier et ici d'un autre, et il en émergeait un 'hidouch : cette règle ne s'applique que dans telle circonstance précise, mais dans une autre, la loi est différente. Et il ajoutait : dans telle autre sentence, il est dit le contraire, ce qui montre que même dans ce cas, l'obligation ne vaut que sous certaines conditions. C'est ainsi que la Torah s'élargit et grandit, c'est l'accroissement de l'étude. Mais quelqu'un qui, à chaque propos, apporte une preuve pour me soutenir - en disant : tel maître dit comme toi - grand merci d'apprendre qu'un autre pense comme moi !

À ce propos, un talmid 'hakham fit remarquer un jour : quelle est la différence entre un roch yéchiva et un dayane ? Tous deux énoncent la loi. Le roch yéchiva dispense un cours et innove une démarche magistrale, une explication lumineuse de la souguiya ; quant au dayane, interrogé sur une question pratique, il scrute la souguiya et dégage un verdict inédit et remarquable. La différence apparaît dès qu'on leur apporte une confirmation. Si l'on dit au roch yéchiva : « Rav, toute la dialectique et la nouveauté que vous venez d'exposer se trouvent déjà textuellement dans tel ouvrage », il n'en sera guère réjoui : il pensait avoir innové toute une approche, et voilà qu'elle était déjà formulée ! Le dayane, en revanche, s'exclamera : « Grâce divine, je me réjouis de n'avoir rien inventé à la légère, Rabbi Akiva Eiger avait déjà formulé cette distinction ; j'ai donc jugé selon la stricte vérité sans m'égarer ! Ce qui me semblait être une distinction évidente, bien que non écrite, voilà que Rabbi Akiva Eiger l'avait déjà enseignée ! » Et il s'en réjouit. Mais le roch yéchiva se dira : « Eh bien, qu'as-tu innové, puisque Rabbi Akiva Eiger l'a déjà dit ? » En tout état de cause, le débat dialectique et les objections multiplient la Torah, tandis que l'accumulation de confirmations ne la fait pas grandir. C'est là le sens de « l'abondance de récoltes vient par la force du bœuf » - non pas l'âne, mais un disciple qui a la trempe d'un bœuf, qui encorne par son pilpoul, et par là même fait grandir la tradition vivante de l'étude.

Autre explication du Gaon de Vilna : les « alaphim », des bêtes qui n'accomplissent aucun travail

Le Gaon de Vilna explique par ailleurs que la différence entre « alaphim » et le « bœuf » réside dans le fait que les « alaphim » désignent le petit bétail, brebis et chèvres, qui mangent sans accomplir de labeur, tandis que les bœufs travaillent, peinent et labourent. Notons d'ores et déjà que le Malbim soutient exactement l'inverse, et qu'il est en désaccord avec le Gaon de Vilna sur le sens de ce terme.

Selon sa démarche : « Faute d'alaphim » - lorsqu'on n'a pas de petit bétail ni de brebis qui ne font que manger sans travailler - « la mangeoire est pure (bar) », c'est-à-dire remplie de blé (bar). Remarquons que cette interprétation prend le contre-pied de ce que nous avons expliqué jusqu'ici, où « bar » signifiait vide ou propre ; ici, au contraire, la mangeoire est comble de blé et de paille, car personne n'est là pour la vider. « Mais l'abondance de récoltes vient par la force du bœuf » - le bœuf est voué au labeur ; et même s'il a besoin de manger et de se reposer, et que l'on pourrait croire qu'il engloutit tout le grain de la maison, il n'en est rien, car c'est lui qui rapporte la récolte au foyer. C'est grâce à lui que le grain se multiplie sans cesse, car il retourne travailler la terre et en ramène les fruits.

Il en va de même pour les disciples : lorsqu'un maître n'a pas d'élèves oisifs, pareils à un petit troupeau inactif, « la mangeoire est pure » - la halakha reste limpide et sans scories, claire et bien comprise. Un élève paresseux amène inévitablement à étudier sans entrain et à s'écarter de la vérité, ce qui est néfaste ; les élèves paresseux ne font que consumer la récolte. Mais si l'on aspire à davantage - à une « abondance de récoltes » - il ne suffit pas de se préserver d'élèves oisifs : il faut avoir des élèves qui « encornent » dans la Torah, des étudiants doués pour la dialectique et pourvus de cornes vigoureuses, grâce auxquels la récolte spirituelle fructifiera.

Le Malbim : « alaphim », de la racine du dressage

Le Malbim, comme nous l'avons mentionné, prend le contre-pied de l'avis du Gaon de Vilna : les « alaphim » ne désignent pas le petit bétail qui ne travaille pas, mais le gros bétail, les bœufs dressés au labour. C'est pourquoi ils sont appelés « alaphim », du terme « ilouf » (dressage), car ils sont dressés à travailler la terre. Dès lors que l'on possède un bœuf dressé au labour, il n'est nul besoin de le laisser à l'étable pour l'engraisser ; il paît dans de verts pâturages. Lorsqu'on le mène aux champs, il se nourrit sur place d'herbe et de végétation. Il s'avère ainsi que le bœuf offre une récolte par sa vigueur : « l'abondance de récoltes vient par la force du bœuf ».

Mais « faute d'alaphim » - si l'on n'a pas dressé le bœuf à cultiver la terre - où demeure-t-il ? À la mangeoire. Il n'y a pas d'échappatoire : il faut bien le nourrir. Si on le menait dehors, il se nourrirait en plein air ; mais puisqu'il ne laboure pas, on n'a aucune raison de le faire sortir, et l'on est contraint de le nourrir à la mangeoire. Non seulement il ne procure aucun revenu par le labour, mais il engendre des dépenses supplémentaires, car il faut l'alimenter et l'entretenir. « Faute d'alaphim » - il faudra constamment remplir la mangeoire de grain pour le nourrir, alors que si l'on disposait de « la force du bœuf » qui part à sa tâche, on parviendrait à une « abondance de récoltes » remplissant les greniers de blé, sans avoir à le garder oisif chez soi ni à garnir sa mangeoire de son propre grain.

Et ceci est une allégorie et une parabole, explique le Malbim : l'homme doit être « comme le bœuf sous le joug et comme l'âne sous le faix » ; il doit être « alouf » - exercé, instruit - à labourer, mais où donc ? Dans le champ de la sagesse, dans les sillons du discernement et de la connaissance. C'est ainsi qu'il produira une abondance de récoltes, ces récoltes de l'âme qui sont les fruits de l'intellect. Car comme on le sait, lorsque l'homme active son esprit et sa réflexion, l'intelligence se développe et s'aiguise ; tandis que s'il la laisse inactive, elle s'étiole et rouille.

À cet égard, un phénomène remarquable a été constaté : la maladie d'Alzheimer est bien plus rare chez les personnes qui assistent régulièrement à des cours de Torah, tandis que la démence sénile touche beaucoup plus les personnes oisives. C'est le cas notamment de celui qui prend sa retraite, sombre dans l'inactivité et n'exerce plus du tout son esprit : les neurones commencent à dégénérer. Chez les grands maîtres d'Israël, en revanche, on constate qu'ils conservent une totale lucidité jusqu'à leur dernier souffle, car ils sollicitent constamment leur cerveau : le rav Kadouri à l'âge de cent six ans, ou encore le rav Eliashiv, que l'on venait consulter sur les questions halakhiques les plus complexes, des cas si profonds que le commun des mortels y perdait pied, et lui, à cent deux ans, gardait un esprit d'une redoutable acuité analytique. Pourquoi ? Parce qu'il n'a jamais délaissé l'étude un seul instant, gardant sans cesse son esprit en éveil.

Et inversement : un homme qui n'est ni exercé ni instruit, un insensé qui s'oppose aux lois de la sagesse, qui n'étudie pas la doctrine de la sagesse et n'approfondit point la sainte Torah - il ne travaille pas sa terre, il ne fait pas fructifier le domaine pour lequel son âme est descendue en ce monde, c'est-à-dire l'étude assidue de la Torah. Et quel en est le résultat ? La mangeoire reste vide : on n'a acquis aucune sagesse, mais on se sert de son intelligence pour se repaître de futilités. Au lieu de s'attacher à la sagesse divine, on se tourne vers la philosophie, vers les sciences purement matérielles et corporelles. On peut devenir un éminent physicien de l'atome ou quoi que ce soit d'autre, mais qu'a-t-on véritablement accompli ? On s'est contenté d'explorer la matière, de scruter le monde physique. Nous ne parlons pas ici d'une nation du monde, pour qui c'est là tout l'horizon ; nous parlons d'un enfant d'Israël, qui aurait pu consacrer une telle énergie et une telle force à l'étude de la Torah et à la recherche du Divin, et qui aurait alors contemplé « l'abondance des récoltes par la force du bœuf ».

Mais en l'absence de bœufs de labour, « la mangeoire est vide » : on ne se tient devant l'auge que pour s'engraisser des jouissances de ce monde et des commodités matérielles, en inventant sans cesse de nouveaux moyens de multiplier les plaisirs terrestres. Nombreux sont ceux dont c'est l'unique dessein et qui y passent leur vie : trouver comment profiter davantage d'ici-bas, imaginer des avancées et des inventions pour rendre le quotidien plus confortable. Mais est-ce là le but de la vie humaine - rendre l'existence plus facile ? Le but suprême demeure l'étude de la Torah, afin que l'homme s'élève spirituellement.

Comme on l'a déjà fait remarquer : de nos jours, il n'est même plus nécessaire d'enfoncer une touche, tout est devenu tactile. On en viendrait presque à craindre qu'une pression n'use l'épiderme des doigts et ne soit dangereuse, car à force d'appuyer, qui sait ce qu'il adviendrait de nos mains ! Il suffit donc d'un simple effleurement pour que l'appareil s'active. Et bientôt, on concevra un dispositif qu'il ne faudra même plus toucher, de peur d'abîmer la peau, et où la seule pensée suffira à commander la machine. On le verra sous peu, on y travaille, c'est en plein essor. Voilà vers quoi les hommes dirigent leurs facultés - au lieu d'investir cette même énergie à labourer les champs de l'intelligence et du discernement.

En conclusion :

Nous avons dégagé trois principes fondamentaux. « Celui qui marche dans sa droiture craint l'Éternel » : la crainte authentique prend sa source dans la droiture intérieure, dans la splendeur de Sa majesté et non pas seulement dans l'angoisse du châtiment ; et chacun doit avancer selon sa propre intégrité, en posant des garde-fous là où ses épreuves personnelles l'exigent même sous les railleries d'autrui, car celui qui emprunte des chemins tortueux et se perd dans des faux-fuyants finit par mépriser Hachem. « Dans la bouche de l'insensé est la verge de l'orgueil » : la racine de l'orgueil gît dans le cœur, sa branche s'étend dans la bouche et son fruit mûrit dans le propos ; l'insensé s'imagine que ce qui dépasse son entendement n'existe pas, tandis que le sage, qui soumet sa raison à la sagesse d'En-Haut, accède à la véritable connaissance, et ses lèvres le préservent tout en le retenant de polémiquer avec l'insensé. Enfin, « Faute de bœufs, la mangeoire est vide » : il faut savoir endurer les désagréments causés par les hommes comme on supporte la peine des bêtes pour le profit qu'on en tire, reconnaître que le sage a besoin de disciples pour grandir dans la Torah, et devenir soi-même semblable à un âne sous le faix et à un bœuf sous le joug : réviser inlassablement ses études, débattre vivement des textes, labourer le champ de la sagesse pour en tirer d'abondantes récoltes - les récoltes de l'âme, qui sont le fruit de l'intellect sanctifié.