Dans cette partie du chapitre, nous abordons plusieurs principes majeurs : l'attitude de l'homme face aux mitsvot de Hachem et à leur valeur, la grandeur de la Torah du sage en tant que source de vie, la force d'une véritable intelligence face à la contrainte du perfide, la voie de l'homme avisé face à l'insensé, et enfin, la fidélité de l'émissaire. Nous suivrons l'ordre des versets, principalement selon le Malbim, ainsi que Rabbénou Yona, le Gaon de Vilna et Rachi.
בָּז לְדָבָר יֵחָבֶל לוֹ, וִירֵא מִצְוָה הוּא יְשֻׁלָּם׃ - Celui qui méprise la parole se perdra, mais celui qui craint le commandement sera récompensé.
Le Malbim explique : les anciens se sont divisés sur la question de savoir si l'homme doit accomplir l'ensemble des 613 mitsvot, ou s'il lui suffit d'en accomplir une seule. En réalité, il s'agit d'une controverse dans la Guémara. La Guémara commente le verset « Elle a ouvert sa bouche sans mesure (livli 'hok) » : qui a ouvert sa bouche ? Le Guehinnom. Et pour qui ? L'un affirme : pour celui qui n'a pas même étudié une seule loi ('hok) ; ce qui sous-entend que s'il a étudié une seule loi, il est déjà sauvé. L'autre affirme : pour celui à qui il manque ne serait-ce qu'une seule loi ; c'est-à-dire que s'il néglige ne serait-ce qu'un seul commandement, le Guehinnom a déjà ouvert sa bouche.
Ce sont là deux conceptions diamétralement opposées. Selon la première, une seule loi suffit pour que le Guehinnom n'ouvre pas sa bouche. Selon la seconde, même s'il a accompli la Torah tout entière mais a omis une seule prescription, le Guehinnom a ouvert sa bouche. La question est de savoir si une seule mitsva suffit, ou si l'absence d'une seule mitsva s'avère déjà déterminante.
Le Malbim répond : les deux avis sont vrais. Sache que l'homme doit croire et être disposé à accomplir tous les commandements de Hachem. Mais s'il méprise ne serait-ce qu'une seule mitsva, il est dit de lui : « Car il a méprisé la parole de Hachem », et il est considéré comme reniant l'ensemble de la Torah. C'est le sens de « Celui qui méprise la parole se perdra » : s'il méprise ne serait-ce qu'une seule mitsva, c'est-à-dire s'il dit : « Laisse tomber, ce n'est pas une vraie mitsva, on n'est pas obligé, ce n'est pas important », alors il subira des souffrances et des châtiments.
En revanche, un homme qui croit en toute la Torah, ne méprise à Dieu ne plaise aucun commandement et accepte sur lui le joug de l'ensemble de la Torah et des mitsvot - mais qui, en pratique, n'a eu l'opportunité d'accomplir qu'une seule mitsva, comme un homme emprisonné qui n'a pu en accomplir qu'une seule et l'a fait - celui-là reçoit une récompense comme s'il avait accompli toute la Torah. Tel est le sens de « mais celui qui craint le commandement sera récompensé » : s'il a la crainte du Ciel pour accomplir, même s'il n'a accompli qu'un seul commandement - « commandement » au singulier, et non au pluriel - il sera récompensé. Car le Saint, béni soit-Il, dit : nous en sommes témoins, J'atteste que s'il en avait eu la possibilité, il aurait accompli toute la Torah.
Il s'ensuit que la première opinion parle de celui qui a accompli une seule loi avec l'acceptation de toute la Torah, et celui-ci, le Guehinnom ne l'atteint pas ; tandis que la seconde opinion parle de celui qui n'a pas accompli une loi par mépris - non pas parce que son mauvais penchant l'a dominé, mais en prétendant que cette mitsva ne lui convient pas - et un tel homme, par ce seul dédain, hérite déjà du Guehinnom.
תּוֹרַת חָכָם מְקוֹר חַיִּים, לָסוּר מִמֹּקְשֵׁי מָוֶת׃ - L'enseignement du sage est une source de vie, pour détourner des pièges de la mort.
Rabbénou Yona explique : la source est différente du ruisseau. La source est une eau vive, jaillissant continuellement - une fontaine. Le ruisseau, en revanche, n'est qu'un écoulement d'eau allant d'un point à un autre. Il en va de même pour le sage : ses paroles de moussar se renouvellent sans cesse, et pour chaque situation il a un conseil, et pour chaque chose il détient la sagesse permettant de bien l'appréhender. L'enseignement du sage est une source vive, une source de sagesse qui jaillit constamment de la source de vie. Et celui qui écoutera sa voix, accueillera ses réprimandes et consultera le sage sur la conduite à tenir méritera de « se détourner des pièges de la mort », de ces embûches qui mènent son âme à la perdition.
Le Gaon de Vilna explique : par la sagesse des sages, on peut connaître la voie de toute la Torah et la manière de s'y conduire. Bien plus encore : par sa propre sagesse, l'homme peut savoir ce que la Torah enseigne même sans l'avoir apprise formellement. Avraham Avinou en est l'exemple même : nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné qu'il observait jusqu'au érouv te'houmin, et certains disent même le érouv tavchiline. Comment y est-il parvenu ? Par sa sagesse : ses deux reins étaient pour lui comme deux sources jaillissantes, et c'est d'eux qu'il apprenait la Torah. Par sa sagesse, il a atteint la Torah.
Cependant, dit le Gaon, cela ne suffit pas encore pour échapper aux pièges de la mort. Par ta sagesse, tu peux connaître la Torah, mais cela ne garantit en rien que tu ne trébucheras pas dans la faute. C'est pourquoi il est dit : « La Torah du sage est une source de vie » : c'est précisément la Torah du sage, celle que le sage approfondit et pratique, qui constitue la source de vie, et c'est par elle que l'on sait comment se détourner des pièges de la mort.
Le Malbim explique quant à lui : la voie de la sagesse est appelée le chemin de la vie, et la sottise est appelée le chemin de la mort. Pourquoi ? Parce que la vie et la mort dans ce monde-ci ne sont que secondaires et dérisoires ; la véritable vie et la véritable mort appartiennent à l'éternité. Comme le dit la parabole : si quelqu'un me tue, son acte n'est pas une mort éternelle ; tu m'as certes ôté d'ici-bas, tu m'as retiré vingt ou trente ans, mais une éternité sans fin m'attend. La vie de ce monde n'est que temporaire. Il en ressort que la véritable vie réside dans la sagesse, tandis que l'existence de la sottise ne mérite pas le nom de vie, mais de mort. C'est pourquoi les impies sont appelés « morts » de leur vivant même : ils n'ont aucune part à la vie éternelle, et ce qu'ils possèdent ici-bas est passager et éphémère. C'est comme une plante dont on sait qu'elle fanera dans deux jours : dirait-on qu'elle est vivante ? « Ils poussent comme l'herbe » - on la voit fleurir, mais c'est « pour être détruits à jamais ». Voilà ce qui s'appelle la mort.
Et inversement : un bulbe semble mort, mais on vous dit : place-le en terre, et il fleurira de longues années. Comment le qualifieriez-vous ? De vivant, car il recèle en lui le potentiel de la vie. Il en va de même pour le juste et pour le sage. Celui qui puise aux eaux de la sagesse acquerra la vie éternelle ; et celui qui puise aux eaux de la sottise, à des eaux croupies, connaîtra une mort éternelle.
Et comment apprendre à marcher dans la voie de la vie éternelle ? En observant les actes du juste et sa conduite. « La bouche du juste est une source de vie » - ce que la bouche du juste enseigne permet d'atteindre la source de vie, d'y boire et d'acquérir l'éternité, pour quiconque se soumet au juste et écoute ses conseils, ou agit par crainte d'Hachem. Face à cela se dresse la voie de la mort : les mauvais désirs et les traits de caractère corrompus. Comment s'en éloigner ? En s'attachant au sage, en s'unissant à la source de vie, c'est-à-dire à la Torah du sage. De la Torah du sage, on puise les moyens d'échapper au mauvais penchant, aux passions et aux embûches dressées par les forces de l'impureté.
Chez le sage, la sagesse est ordonnée et claire. Il en connaît les principes généraux comme les détails, il discerne la voie de la sagesse de celle de la sottise, et il vous avertit : n'emprunte pas cette voie. Vous vous imaginez qu'en agissant ainsi tout ira bien, mais lui vous dit : mon fils, ne marche pas sur ce chemin avec eux, c'est un lieu semé de pièges mortels. Au départ, ce chemin vous semble tout tracé, mais il mène tout droit à la ruine. Le sage voit au loin ; le Saint, béni soit-Il, lui a accordé cette vision pénétrante, et c'est pourquoi les sages sont appelés « les yeux de la communauté ». Ce que l'on ne distingue pas en raison de notre vue limitée, le sage, lui, le perçoit, et il prévient : sache que de cette démarche ou de ce conseil résultera un dommage. Car lui est le sage, et c'est lui qui sait.
שֵׂכֶל טוֹב יִתֶּן חֵן, וְדֶרֶךְ בֹּגְדִים אֵיתָן׃ - Le bon sens procure la grâce, mais la voie des traîtres est dure.
Rabbénou Yona explique : le « bon sens » est la raison guidée par la vérité, et la vérité s'impose d'elle-même. Lorsqu'un homme énonce des paroles de vérité, elles trouvent grâce aux yeux de ceux qui l'écoutent, même sans preuve formelle, car « le palais goûte la nourriture » : dès que l'homme mâche et goûte, il sent aussitôt si la saveur est bonne. De même, des paroles nobles, vraies et justes procurent de la grâce, et les hommes les comprennent et y adhèrent naturellement.
« Mais la voie des traîtres est dure (étane) » : ceux qui avancent des arguments mensongers, en leur prêtant de prétendues preuves, cherchent à contraindre autrui à croire en leurs propos bien qu'ils soient faux, et recourent à la force pour convaincre. Et pourquoi ont-ils besoin de la force ? Parce que si la vérité était de leur côté, « le bon sens procurerait la grâce » : dès l'écoute, on percevrait que cela est bon et vrai, et cela trouverait grâce à nos yeux. Mais la voie des traîtres ne sonne pas juste ; ne parvenant pas à convaincre, on se voit contraint d'imposer par la violence. C'est pourquoi, chaque fois que l'on a cherché à arracher les Juifs à leur foi, par quel moyen l'a-t-on fait ? Par le « étane », par la voie de la contrainte : on coupait les péot, on obligeait à travailler le Chabbat. S'il s'était agi de bon sens et de vérité, cela aurait trouvé grâce ; mais comme il s'agit d'une voie de traîtres, il n'existe pas d'autre moyen de convaincre que par la force, en imposant violemment cette dérive pervertie.
Rabbénou Yona apporte une autre explication : lorsque les gens voient un homme doté de bon sens et marchant dans la vérité, ils l'aiment, portent sur lui un regard bienveillant et le respectent. Mais le traître, comment obtiendra-t-il du respect ? Personne ne désire l'honorer, car c'est un être perfide. Dès lors, « la voie des traîtres est dure (étane) » : c'est en semant la terreur qu'il s'affermit et devient puissant ; c'est ainsi qu'il acquiert de la force et impose sa volonté, car sans cette rudesse implacable, personne ne le respecterait, et ce n'est que par crainte qu'on est contraint de lui témoigner des égards.
Le Gaon de Vilna explique : celui qui possède le « bon sens » - c'est-à-dire la Torah ainsi que de nobles vertus - « procure la grâce », et chacun fait son éloge, comme il est dit : « Heureux celui dont le maître lui a enseigné la Torah », en constatant sa conduite exemplaire, ses traits de caractère et son derekh érets. En revanche, dans la voie des traîtres, même si l'homme possède un peu de Torah, il avance avec insolence et dureté, s'abritant derrière l'autorité de son savoir. Dès lors, la puissance de la Torah en lui se corrompt, et il eût mieux valu pour lui qu'il n'en possédât point. Car si l'homme chemine avec la Torah en en faisant un usage noble et lumineux, s'y consacrant de toutes ses forces et suivant sa voie jusqu'au bout, elle « procure la grâce » : on le loue et il trouve grâce auprès de tous. Mais s'il emprunte la voie des traîtres et n'étudie pas comme il convient, au contraire, c'est au nom de la Torah qu'il cherche à dominer les autres, et la Torah devient pour lui comme un poison mortel. À cause du peu de Torah qu'il détient, il revendique le pouvoir et exige : « Soumettez-vous à mon avis ! », voulant que tous n'obéissent qu'à sa voix. Voilà ce qu'est « étane » : agir avec audace et dureté pour s'emparer de l'autorité et asservir autrui.
Autre explication du Gaon : comme il est dit « et tu trouveras grâce et saine raison aux yeux de Dieu et des hommes » - la « grâce » aux yeux des créatures, et la « saine raison » aux yeux de Dieu. Car l'homme ne regarde que les apparences, observant si autrui a de la grâce ; mais le Saint, béni soit-Il, sonde si l'esprit est lui aussi droit - ses pensées sont-elles intègres, son esprit est-il exempt de tortuosité, de desseins malveillants et de mauvaises pensées envers autrui ? Aux yeux des créatures, le charme extérieur suffit, mais devant le Saint, béni soit-Il, il ne sert de rien, car Il scrute également l'intellect et voit tout ce qui traverse les pensées. Et si un homme possède une saine raison aux yeux du Saint, béni soit-Il - c'est par là même qu'« il trouvera grâce » et méritera la bienveillance des hommes également.
Et c'est ce qu'enseignent nos Sages : quiconque est en paix avec le Saint, béni soit-Il, même ses ennemis feront la paix avec lui : « Quand l'Éternel agrée les voies d'un homme, Il réconcilie même ses ennemis avec lui ». Et qui sont ces « ennemis » ? Nos Sages répondent : son épouse, car il est dit « et les ennemis d'un homme sont les gens de sa maison ». En d'autres termes : quand l'Éternel agrée la conduite d'un homme, son épouse elle-même s'accorde avec lui. Dès lors, si un homme ne voit pas encore son ennemi faire la paix avec lui, c'est le signe qu'il doit intensifier ses efforts pour que « l'Éternel agrée ses voies » : efforce-toi davantage d'accomplir la volonté divine, et tu mériteras que ton épouse soit en paix avec toi, et tu connaîtras la sérénité du foyer.
Tout cela vaut pour celui qui possède une saine raison aux yeux de Dieu, qui obtient ainsi la grâce auprès des hommes. Mais « la voie des traîtres est dure » : le traître refuse de se rapprocher d'Hachem, béni soit-Il. Tel est le traître, un être à la nuque raide. Et d'où vient cette expression ? Lorsqu'on appelle un homme, il tourne la tête et le cou pour dire : « Oui, que désiriez-vous ? Je voulais te reprendre, t'avertir qu'il y a une fosse devant toi ». Mais l'homme à la nuque raide ne tourne pas la tête, comme si son cou était de fonte. Il avance dans sa voie sans écouter personne. C'est le sens de « la voie des traîtres est dure » : il s'obstine dans sa voie, on veut le corriger mais rien ne l'émeut, et il est ainsi voué à chuter puisqu'il refuse d'accueillir la réprimande.
כׇּל עָרוּם יַעֲשֶׂה בְדָעַת, וּכְסִיל יִפְרֹשׂ אִוֶּלֶת׃ - Tout homme avisé agit avec discernement, mais l'insensé fait étalage de sa sottise.
Prenons l'exemple d'un père qui a plusieurs fils : l'un est à l'abri du besoin et l'autre est démuni. S'il aide le fils nécessiteux au grand jour, les autres le verront et critiqueront sa gestion, de sorte qu'il créera de la jalousie entre les frères. D'un autre côté, donner à parts égales aux deux ? Ce ne serait ni juste ni équitable : le premier ne manque de rien et le second se débat dans les difficultés ; va-t-on, au nom du sacro-saint principe d'égalité, donner la même somme aux deux alors que l'un est dans le besoin et l'autre non ? Quelle est la solution ? « Tout homme avisé agit avec discernement ». Un homme sage et perspicace donne au fils nécessiteux discrètement, en secret, à l'insu de l'autre ; ainsi, il ne suscite aucune jalousie ni le sentiment qu'un frère s'accapare l'héritage. Mais s'il est insensé, il proclame haut et fort : « Il a des besoins, alors je lui donne ! » Il provoque ainsi des tensions fraternelles, de l'animosité et de la jalousie. Et même si les frères eux-mêmes ne s'en offusquaient pas, n'oublions pas qu'ils ont des épouses, et la belle-fille dira à son mari : « Pourquoi tes parents lui donnent-ils à lui et rien à nous ? » Voilà le ferment d'une dispute. Ce que l'homme avisé réalise avec discernement, l'insensé le divulgue, l'ébruite et lui donne une large publicité, et tout cela ne découle que de sa sottise.
Le Gaon de Vilna explique : l'homme « avisé » est celui qui comprend les ruses, qui perçoit les détours qu'empruntent les hommes ; c'est un être profond et réfléchi, qui n'agit jamais autrement qu'« avec discernement », après mûre réflexion. L'homme sage et perspicace ne réagit pas impulsivement. Quiconque a côtoyé les grands d'Israël sait que telle a toujours été leur attitude : lorsqu'ils envisageaient une démarche ou recevaient une question, ils ne répondaient jamais du tac au tac ; vous interrogez un maître de la Torah, il garde le silence quelques secondes avant de répondre. Il pèse chaque mot au trébuchet. En revanche, « l'insensé fait étalage de sa sottise » : le kessil est dénué de discernement, il agit donc selon sa première impulsion, selon ce qui lui semble opportun sur le moment. C'est là de la sottise pure. Non content de commettre une folie, il la claironne : quitte à avoir agi sottement, aie au moins la décence de te taire ! Mais non, il l'étale et la diffuse à la vue de tous. Il cumule ainsi deux tares : il tranche à la hâte sans réflexion approfondie, puis donne un retentissement public à ses erreurs.
Le Malbim explique : la coutume de l'homme avisé est de préserver la discrétion de ses desseins et de ne point révéler aux tiers ce qu'il sait. « Tout homme avisé agit avec discernement » - il n'entreprend rien tant qu'il a le moindre doute, jusqu'à acquérir la certitude que son geste est fondé et mènera au but légitime. La nature de la prudence exige qu'un tel homme ne marche ni à tâtons dans l'obscurité ni dans l'incertitude, comme il est dit : « La sagesse de l'homme avisé est de discerner sa voie » : il vérifie s'il s'agit d'un chemin juste et convenable, si aucun préjudice ni conséquence fâcheuse ne risque d'en résulter, et ce n'est qu'ensuite qu'il passe à l'action.
L'insensé, en revanche - et nous avons déjà souligné à maintes reprises qu'un kessil n'est pas un être stupide ou illettré, il peut au contraire être fort brillant, voire docteur ou professeur, mais il mène sa vie personnelle en marge des voies de la Torah et de manière désordonnée. Non seulement il ne vit pas selon la droiture, mais il obéit aux penchants de son cœur ; et pour s'en justifier, il affirme : « Rien ne prouve avec certitude qu'il faille vivre ainsi, rien ne prouve la vérité de la Torah, ni celle des paroles de Moïse ». Il étale et multiplie des propos destinés à semer le doute sur la véracité de la Torah et de la sagesse divine, afin d'échapper à leurs exigences. C'est bien là « le cœur des insensés qui proclame la folie ».
De plus, le terme « étale » (yifrosh) renvoie à « ils déploieront le vêtement ». Lorsqu'un homme est assailli de doutes, qu'il voit des arguments dans un sens comme dans l'autre et demeure face à un dilemme, il étale ses hésitations sans savoir trancher. Et pourquoi ? Parce que toutes ses décisions sont empreintes de sottise (ivélèt). Et qu'est-ce que l'ivélèt ? Ce terme se rattache à « évil » (insensé), qui évoque « oulaï » (peut-être). L'insensé, parce qu'il veut assouvir ses désirs personnels - ce qui heurte de plein fouet les lois de la sagesse -, prétend : « Rien n'oblige à penser que cela soit vrai ». Il forge ainsi la sottise, déploie tous les doutes et instaure un perpétuel « peut-être » : « Qui dit que c'est vrai ? », cultivant ce scepticisme systématique qui remet tout en question. Et par ces doutes et ces interrogations feintes, il s'imagine affranchi de toute soumission aux règles de la sagesse.
מַלְאָךְ רָשָׁע יִפֹּל בְּרָע, וְצִיר אֱמוּנִים מַרְפֵּא׃ - Un messager pervers tombe dans le malheur, mais un émissaire fidèle apporte la guérison.
Il faut savoir que le terme « malakh » ne désigne pas ici un ange céleste, mais un émissaire, tout comme « tsir » signifie messager, ainsi qu'il est dit : « un messager a été envoyé parmi les nations ». Rachi explique : « Un messager impie tombera dans le malheur » - à l'image de Bil'am. Le Saint, béni soit-Il, lui avait dit : « Va avec ces hommes », faisant de lui un émissaire, un envoyé, mais il est allé prodiguer un dessein funeste à Balak ; c'est pourquoi il tomba dans le malheur : Bil'am ben Béor fut tué par l'épée, il périt par le glaive. « Mais un envoyé fidèle apporte la guérison » - un messager digne de foi, ainsi qu'il est écrit : « et Il envoya un messager pour délivrer de la main de l'oppresseur » - quel est donc cet envoyé que le Saint, béni soit-Il, dépêcha pour délivrer Israël de la main de Pharaon ? C'est Moché Rabbénou, désigné comme l'envoyé d'Hachem, lui dont il est dit : « Tu l'as appelé serviteur fidèle ». Le mot « émounim » dérive à la fois de la fidélité, de la foi (émouna) et de la vérité (émet), porteuses de bénédiction et de réussite ; tandis que Bil'am, émissaire pervers, s'effondrera dans le malheur.
Rabbénou Yona explique : après avoir évoqué l'insensé qui étale publiquement tous ses actes par pure sottise, y compris ce que la bienséance commande de taire et que les personnes respectables ne divulguent pas, l'Écriture traite à présent de ceux qui dévoilent des secrets et causent ainsi du tort à autrui. Et quel est le divulgateur de secrets le plus nuisible ? L'émissaire qui trahit le secret de celui qui l'a mandaté. On t'envoie discrètement accomplir une mission, et toi, par méchanceté de cœur, tu t'en vas l'ébruiter partout.
On en trouve une illustration avec Yoav ben Tserouya. Lorsque le roi David lui fit parvenir la lettre où il lui demandait de placer Ouriya le Hittite au cœur du combat le plus rude, Yoav divulgua la chose et dit aux soldats : « Regardez, le roi David m'a donné l'ordre de faire mourir Ouriya le Hittite. » Il rendit cela public, et ce fut une très lourde faute : révéler les affaires secrètes du roi ! Le souverain te confie une mission secrète et tu lui donnes une publicité scandaleuse - c'est une rébellion envers la royauté.
Autre exemple déjà mentionné : Assuérus s'étonnait de voir comment Esther avait appris l'affaire de la transaction, car cette vente était un secret entre Haman et lui. Il avait pourtant dit à Haman : « Ne dis à personne qu'il y a eu une vente d'argent, car si le peuple l'apprend, une révolte risque d'éclater : comment pourrais-tu vendre une partie de ton propre peuple, alors qu'ils sont tes sujets ? Présente donc cela comme un motif idéologique. » Or, Esther s'avance et déclare : « Car nous avons été vendus, moi et mon peuple. » D'où le sait-elle ? Le roi ignorait que la chose avait été révélée à Mordékhaï par un ange, et que Mordékhaï savait tout ce qui s'était tramé. Il demande alors : « Qui est-il, et où est celui que son cœur a poussé à agir ainsi ? » - c'est-à-dire à ébruiter l'existence de cette vente ? Et elle répond : « Cet homme oppresseur et ennemi, c'est ce pervers de Haman ! » Que lui disait-elle au fond ? C'est Haman qui a parlé. Penses-tu que Haman soit un messager discret, capable de garder vos secrets ? Il cherche à te renverser, il dévoile tes mystères et fait savoir à tous que tu as vendu ton peuple. Cela faisait partie du piège qu'elle lui tendit pour provoquer sa chute, et c'en était le coup le plus fatal.
En somme : que l'insensé divulgue ses propres secrets, passe encore, il ne nuit qu'à lui-même. Mais le « messager impie », l'émissaire chargé d'une mission confidentielle qui s'en va la révéler au grand jour, est le plus coupable de tous ; il ne restera pas impuni, et sa fin sera de « tomber dans le malheur », un châtiment s'abattra sur lui à la mesure de sa perfidie. En revanche, « l'envoyé fidèle » est un messager discret, un homme intègre à qui l'on peut se confier, révéler les affaires secrètes et faire confiance à cent pour cent. Il « apporte la guérison » : non seulement il accomplira sa mission avec scrupule et perfection, mais il saura aussi réparer les éventuels désordres qui auraient pu en découler. On peut compter sur lui pour agir au mieux, et si des complications surviennent, il saura y remédier, car il demeure loyal envers ceux qui l'ont mandaté.
Le Gaon de Vilna explique : lorsqu'on mandate un messager indigne, dès qu'il rencontre une situation propice à l'erreur, il s'effondre dans le malheur. Mais qui est « l'envoyé fidèle » ? C'est celui que l'on a déjà envoyé à maintes reprises et dont la fiabilité est avérée, ayant déjà prouvé sa probité lors de missions antérieures. Un tel homme « apporte la guérison » - et que guérit-il ? L'erreur commise par le messager impie. Selon cette approche, il ne s'agit pas nécessairement de quelqu'un qui détruit délibérément, c'est pourquoi il est dit « il tombera dans le malheur » : si tu es un mauvais messager, là où une erreur est possible, tu la commettras. En revanche, si tu es un émissaire éprouvé, auquel on a régulièrement recours et loyal envers tes mandants, tu apportes la guérison, réparant même le tort commis par le messager défaillant.
Les explorateurs en fournissent une remarquable illustration : ces émissaires décrièrent la terre d'Israël, alors que Caleb ben Yefouné et Yehochoua ben Noun, qui avaient également exploré le pays, s'étaient comportés en envoyés fidèles. Et quelle fut la réparation de cette mission pervertie par les dix explorateurs ? La mission suivante, lorsque Caleb et Pin'has partirent explorer la terre d'Israël sur l'ordre de Yehochoua. C'est alors qu'« un envoyé fidèle apporte la guérison », restaurant ce que les premiers explorateurs avaient détruit. Et pourquoi sont-ils qualifiés de « fidèles » (émounim) ? Parce qu'ils avaient déjà fait leurs preuves et bénéficiaient d'une solide expérience : Caleb s'était déjà montré intègre lors de sa précédente mission, et l'on pouvait entièrement compter sur lui.
Le Malbim souligne une nuance précise : le verset évoque deux types d'émissaires, désignant l'un par « malakh » et l'autre par « tsir ». Il est établi que l'Écriture n'emploie pas de termes différents sans qu'il existe une distinction entre eux. Quelle est cette différence ? Le tsir a le devoir de revenir rapporter une réponse à ses mandants, tandis que le malakh n'a pas à rendre de compte : il est simplement chargé d'accomplir une action ponctuelle. Si l'on dit à quelqu'un : « Va remettre cette lettre à Réouven », il agit en malakh, simple porteur de lettre, sans obligation de revenir confirmer la remise. Mais s'il est un tsir, il remet la lettre et revient dire : « La mission est accomplie. » Et remarquez la beauté de l'image : « tsir » désigne aussi le gond d'une porte (le pivot), autour duquel la porte tourne ; le messager pivote, va et vient, revenant annoncer qu'il s'est acquitté de son devoir, à la différence du malakh envoyé sans obligation de retour.
Dès lors : le messager impie n'exécute pas sa mission comme on la lui avait prescrite, il corrompt son office et ne rapporte aucun compte rendu fidèle, à l'instar des explorateurs, et son sort est de « tomber dans le malheur » - tout comme les explorateurs périrent par la plaie. En revanche, « l'envoyé fidèle », celui qui agit avec intégrité, rapportera aussi une réponse fidèle, et il répare ce que le messager impie a détruit, à la manière dont le Gaon de Vilna l'a expliqué au sujet de Caleb et de Yehochoua.
Le Malbim ajoute que ces enseignements recèlent une portée allégorique profonde concernant l'âme spirituelle de l'homme. L'âme supérieure est envoyée ici-bas, et chacun d'entre nous est à l'image d'un émissaire dépêché dans ce monde : le Saint, béni soit-Il, nous y a placés en disant : « Vous avez un rôle à remplir, une mission à accomplir. » Nous avons été envoyés du monde d'en haut vers cette terre inférieure afin de rapporter une réponse à Celui qui nous mandate, c'est-à-dire, après cent vingt ans, revenir Lui dire : « J'ai agi selon tout ce que Tu m'as ordonné », et Lui rendre des comptes. Le messager impie n'accomplit pas sa mission, détruit son œuvre et refuse de rendre des comptes à son Maître - il « tombera dans le malheur », dans les supplices du Guéhinnom. En revanche, « l'envoyé fidèle » est l'homme à la conduite droite, qui chemine dans la vérité et la fidélité ; il est comparable au messager qui retourne vers son Seigneur et déclare : « J'ai agi selon tout ce que Tu m'as ordonné. » « Un envoyé fidèle apporte la guérison » - « Et pour vous se lèvera le soleil de bienfaisance, et la guérison sera dans ses rayons » : c'est l'âme qui remonte au Ciel et rend des comptes avec justesse et dignité.
Ces versets nous enseignent un principe fondamental : l'essentiel réside dans l'acceptation intégrale du joug de la Torah et des mitsvot. Celui qui accepte l'ensemble et n'a l'occasion d'accomplir qu'un seul commandement reçoit la récompense de celui qui a accompli toute la Torah ; tandis que celui qui en méprise ne serait-ce qu'un seul est considéré comme ayant méprisé l'ensemble. Et d'où puisons-nous la voie de la vie ? De l'enseignement du sage, source jaillissante d'eau vive, qui nous dévoile les pièges que notre vue bornée ne saurait percevoir. La vérité porte en elle-même sa grâce, alors que le mensonge a besoin de recourir à la force et à la terreur ; l'homme avisé pèse tous ses actes avec discernement et agit avec discrétion, tandis que l'insensé exhibe et étale sa sottise. Enfin, nous sommes tous des émissaires dans ce monde : il y a le messager impie qui corrompt sa tâche, ne rend aucun compte à son Créateur et finit par tomber dans le malheur ; et il y a l'envoyé fidèle, loyal envers son Maître, qui sait même réparer les torts d'autrui et revient au bout du chemin en disant : « J'ai agi selon tout ce que Tu m'as ordonné. »