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Chapitre 12 - L'amour du moussar et le chemin de vie - Partie 8

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Introduction

Nous poursuivons l'étude du chapitre 12 des Proverbes (Michlé), avec cet ensemble de versets consacré à la force de la parole : à son pouvoir destructeur comme à sa capacité de bâtir, à la vérité et au mensonge, au bon et au mauvais conseil. Nous étudierons les versets dans leur ordre, à la lumière des explications de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna et du Malbim, pour parvenir au grand principe selon lequel « aucun malheur n'atteint le juste ».

« Il est des paroles qui blessent comme l'épée » - La parole destructrice

יֵשׁ בּוֹטֶה כְּמַדְקְרוֹת חָרֶב וּלְשׁוֹן חֲכָמִים מַרְפֵּא׃ (יח) - Il est des paroles irréfléchies qui percent comme des coups d'épée, mais la langue des sages apporte la guérison. (18)

Le terme « boté » renvoie à l'expression verbale, à ce qui est prononcé par les lèvres. Aujourd'hui encore, lorsqu'on veut qualifier une personne qui manque de délicatesse, on dit d'elle qu'elle a un parler brutal (« boté »), c'est-à-dire qu'elle s'exprime avec rudesse. Il existe des personnes dont les propos sont durs, blessants, humiliants, générateurs de querelles - leurs paroles sont comparables à des coups d'épée, elles transpercent autrui par leurs mots. Face à cela, « la langue des sages apporte la guérison » : les sages, par la force bienfaisante de leur parole, soignent ce que le premier a perforé. L'un a provoqué des plaies, des meurtrissures et des conflits, et les sages interviennent pour apporter le remède.

Rabbénou Yona : Même sans mauvaise intention, le coup a été porté

Rabbénou Yona explique qu'un individu peut tenir des propos très durs sans avoir la moindre intention de nuire. C'est simplement son style, sa manière de parler. Rabbénou Yona met en garde : sache que cela ne te disculpe en rien. « Il est des paroles irréfléchies qui percent comme des coups d'épée » - même si tu n'en avais pas l'intention, tu as transpercé autrui. Si un homme brandit une épée dans la rue et poignarde des passants sans le vouloir, le simple fait qu'il n'ait pas eu de mauvaise intention l'exonère-t-il ? Absolument pas. Tu as frappé, tu as blessé, tu as mutilé. Tes propos agissent comme des coups d'épée, et le dommage est réel, même sans intention coupable.

Et quel est le sens de « la langue des sages apporte la guérison » selon Rabbénou Yona ? Les sages réparent les ravages causés par le lachon hara (la médisance). Comment ? Lorsqu'un sage entend qu'un homme a humilié son prochain, il vient trouver la victime et lui dit : « Pas du tout, ce qu'il a raconté sur toi n'a aucun sens, c'est entièrement faux ! » Il restaure ainsi la dignité de la personne blessée, et les couleurs lui reviennent au visage. Qui l'a guérie de l'épée que l'autre lui avait plantée en plein cœur ? C'est le sage, qui a réduit à néant la calomnie et balayé ces propos venimeux. Par la sagesse de sa parole, il neutralise le venin déversé par ces gens indélicats.

Le Gaon de Vilna : Réparer la faute de la langue par l'étude de la Torah

Le Gaon de Vilna suit la même orientation, en rapportant ce verset au lachon hara et aux propos dégradants tenus à l'encontre d'autrui, mais il interprète la fin du verset d'une manière différente. Il n'y voit pas seulement la réparation du tort causé à la victime, mais la réparation de la faute elle-même : quel est le remède pour celui qui a trébuché dans la médisance ? Qu'il s'investisse dans la Torah. La mauvaise parole prend sa source dans la bouche, dans cette âme vivante douée de parole (« roua'h memalela ») ; sa réparation passe donc par l'étude assidue de la Torah, qui est elle aussi expression spirituelle de la parole - « D.ieu a fait l'un en face de l'autre ». C'est ainsi qu'il faut comprendre « et la langue des sages apporte la guérison » : face au lachon hara, le véritable remède consiste à s'imprégner du langage des sages et des paroles de Torah, à l'image d'une « langue qui guérit », d'un « arbre de vie ».

Le Gaon de Vilna : Deux manières de réprimander

Le Gaon de Vilna propose une autre explication encore. Il existe deux catégories de prédicateurs, c'est-à-dire d'hommes qui s'adressent à la communauté pour lui faire des remontrances sur ses fautes. Le premier se lève et dit crûment aux fidèles : vous avez fait ceci, cela et cela, assénant la vérité en plein visage, sans aucun ménagement. Vous finirez au Guéhinnom, c'est une faute d'une gravité absolue, vous allez en souffrir et le regretter amèrement ! Mais que faut-il faire maintenant ? Tends-moi une corde, montre-moi comment sortir de cette fosse, comment m'extraire de cette boue ! Cela, il ne le dit pas. À l'opposé, le véritable éducateur montre également la voie du redressement : bien que vous ayez commis telle ou telle erreur, l'espoir demeure ; si tu agis de cette façon, si tu fournis tel effort et prends telle initiative, avec l'aide du Ciel tu sortiras de cette situation, et bien plus encore, tu deviendras cher et estimé en bas comme en Haut, aimé et agréé devant Hachem béni soit-Il.

Le premier est celui dont il est dit : « Il en est qui parlent inconsidérément, comme des coups d'épée » - il énonce de ses lèvres tous les péchés du fauteur, et que lui a-t-il fait ? C'est comme s'il l'avait transpercé d'une épée, car au fond il lui dit : c'est fini, mon cher monsieur, avec de tels agissements, tout est perdu, il n'y a plus de remède pour toi. Mais la langue des sages est tout autre : le sage ne réprimande que lorsqu'il y a une utilité, uniquement lorsqu'il dispose d'un conseil et d'une solution pour sortir l'homme de sa situation. « La langue des sages est guérison » - ils ne disent que ce qui est nécessaire à la guérison, un reproche à partir duquel on peut réparer. Car si l'on n'a ni remède ni conseil à apporter, quelle utilité y a-t-il à venir énumérer devant quelqu'un l'ensemble de ses fautes ?

« La lèvre véridique s'établit pour toujours » - La pérennité de la vérité

שְׂפַת אֱמֶת תִּכּוֹן לָעַד וְעַד אַרְגִּיעָה לְשׁוֹן שָׁקֶר׃ (יט) - La lèvre véridique s'établit pour toujours, mais la langue mensongère ne dure qu'un instant. (19)

Rabbénou Yona explique : l'homme qui prend garde dans ses propos à fuir le mensonge et veille scrupuleusement à ne dire que la vérité - ses paroles sont accueillies avec confiance, on le croit et on désire l'écouter. C'est le sens de « tikon » (s'établit), au sens de se tenir fermement sur son socle, comme dans « tu ne seras point affermi, ni toi ni ta royauté » - il restera debout durablement, il sera affermi à jamais. En revanche, le menteur est promptement pris au piège de ses propres dires ; soudain, on y relève des contradictions, on s'aperçoit que les faits ne concordent pas, et il est pris au mot. « Mais la langue mensongère ne dure qu'un instant » - il n'a réussi que l'espace d'un instant ; patientez un peu et vous verrez le mensonge éclater au grand jour et sa honte révélée à tous.

Et Rabbénou Yona ajoute : une fois que les gens ont pris l'habitude de savoir qu'il s'agit d'un menteur, plus personne ne lui fait confiance. C'est l'histoire de l'enfant qui criait au loup : on ne l'écoute plus. Comme on dit : on peut me tromper une fois, deux fois peut-être, mais ensuite je te connais, toi et tes mensonges, et cela ne prend plus. De là, on comprend pourquoi les escrocs ont constamment besoin de nouveaux clients : un fraudeur ouvre un nouveau commerce tous les deux ans, et dans un secteur différent, car il a épuisé tous ses clients dans le domaine précédent. D'abord les produits alimentaires, ensuite les pièces détachées automobiles, et dès que tout le monde comprend qu'il s'agit d'un escroc vendant des pièces défectueuses - nouveau commerce, des armoires pour chambres d'enfants. Et encore deux ans à raconter des fables et à duper les gens - et nouveau commerce. Il a sans cesse besoin de nouveauté, car le mensonge ne perdure pas. Il tient un court instant, puis s'effondre.

Quelle en est la conséquence ? Lorsqu'un commerce peut se prévaloir d'exister depuis cinquante ans, il a une réputation, un nom établi ; les clients achètent, reviennent chez lui, sachant qu'on peut lui faire confiance, qu'il est honnête et qu'il y a une adresse vers qui se tourner en cas de problème. Il en va de même pour l'homme aux « lèvres de vérité », un homme intègre et droit : « elle s'établit pour toujours », sa réputation s'inscrit dans la durée. Mais pour le menteur, on finira par percer à jour ses impostures, et telle est bien la punition du menteur : même lorsqu'il dit vrai, nul ne l'écoute.

« Chekra lo kaï » - Le mensonge ne peut subsister

C'est ce qu'ont enseigné nos Sages : « Chekra lo kaï » - le mensonge ne tient pas debout, il ne subsiste pas ; il dure un court moment puis s'écroule. Prenez l'exemple du communisme. Qui l'eût cru : des hommes sont morts et ont sacrifié leur vie pour ses idéaux. À ses débuts, cela semblait être la chose la plus admirable qu'on puisse concevoir : une société où tous sont égaux, sans hiérarchie de classes, où chacun a du travail et reçoit un salaire régulier, sans riches ni pauvres. Et finalement, tout s'est effondré.

La voie de la Torah dans la gouvernance politique

Voici un thème remarquable : comment la voie de la Torah constitue la sagesse ultime dans la conduite de la politique - comment administrer un peuple et diriger un pays. D'un côté, il y a la vision communiste, et à l'autre extrême, la vision capitaliste qui affirme : si tu travailles, tu auras ; si tu ne travailles pas, tu n'auras rien. Chaque système comporte ses avantages et ses inconvénients, mais la conception juive offre la voie juste, en combinant harmonieusement les deux.

Pour le résumer brièvement : selon la conception juive, il est inconcevable qu'un individu s'élève démesurément pendant que le pauvre est laissé à l'abandon le plus total, comme en Amérique, où un indigent en est réduit à chercher un carton pour dormir dans une station de métro. D'abord, il existe des filets de sécurité pour la personne vulnérable : une multitude de mitsvot imposent de subvenir à sa nourriture. Celui qui possède un champ a le devoir d'en laisser le léket (les glanures), la chikhe'ha (la gerbe oubliée), la péah (le coin du champ), ainsi que de prélever le premier maasser et le maasser ani (la dîme du pauvre). On a le devoir d'aider les nécessiteux : « Tu lui donneras assurément », il y a la mitsva du prêt sans intérêt et celle de soutenir quiconque traverse une passe difficile. Tout cela empêche qu'un homme soit réduit à la famine et que des êtres humains meurent de froid faute d'un toit où reposer leur tête. La Torah affirme : il est hors de question d'abandonner les plus démunis de la société au rebut.

En outre : quel était à l'époque le bien principal d'un individu ? Une maison, une terre, un patrimoine foncier. « À Dieu ne plaise que je te cède l'héritage de mes pères ! », déclara Navot à A'hav - le patrimoine ancestral est le fondement de toute stabilité. Jusqu'à ce jour, dans la culture arabe, la pire des malédictions est « que sa maison soit détruite », en raison de cet attachement viscéral à la terre, ce que nos Sages nomment « nikhssé delo nayedé » (les biens immobiliers). Aujourd'hui, on brasse du vent : untel est millionnaire, mais où se trouve son argent ? C'est du vent, des « louftgescheft » - de simples chiffres sur un écran de la bourse. Et pourquoi s'agit-il d'illusions ? Parce que la bourse peut s'effondrer du jour au lendemain, et l'on découvre soudain qu'il est ruiné et ne possède plus rien. Jadis, de telles chimères n'existaient pas : qu'achetait-on ? Des terres, du petit et du gros bétail. Le bétail, une épidémie peut survenir et tout emporter ; mais la terre demeure une valeur sûre sur laquelle un homme peut s'appuyer.

À l'arrivée en terre d'Israël, la Torah a partagé les terres de manière équitable, et il était interdit de transférer un terrain d'une tribu à une autre - « un héritage ne passera point », la terre devait demeurer au sein de la même tribu. Et que se passe-t-il lorsque quelqu'un vend son champ ? Selon la Torah, il n'y a pas de vente définitive, mais « c'est un certain nombre d'années de récoltes qu'il te vend » : tous les cinquante ans, lors du Yovel (le Jubilé), les terres retournent à leurs propriétaires d'origine. Tous les cinquante ans, on procède à une réinitialisation, une remise à zéro. Même si un homme est devenu immensément riche et possède la moitié des terres du pays inscrites au cadastre en son nom, tandis que les autres sont tombés dans le dénuement le plus total, on lui dit : cher monsieur, cela ne dure que jusqu'au Yovel ; au Yovel, on repart à zéro et chacun récupère son patrimoine. Ainsi, il ne peut y avoir de troisième ou quatrième génération de pauvres qui ne possèdent plus rien, car tous les cinquante ans, la terre revient. De là, on comprend aussi : celui qui a vendu une terre, qu'a-t-il réellement vendu ? Quarante années d'exploitation, puisque la terre doit en fin de compte lui revenir.

Grâce à cela, il ne se créait pas d'écarts démesurés où dix familles de magnats possédaient la moitié du pays pendant que le reste de la population se battait pour des miettes. Certes, un homme pouvait acquérir des lingots d'or, les conserver et rester plus riche que tout le monde ; mais cela n'offrait aucune sécurité véritable, car les lingots d'or peuvent être dérobés. La véritable sécurité et l'assise reposaient sur la terre, et la Torah garantissait ainsi que de tels fossés sociaux ne puissent jamais s'enraciner.

« La tromperie est dans le cœur de ceux qui trament le mal » - Le mauvais conseil

מִרְמָה בְּלֶב חֹרְשֵׁי רָע וּלְיֹעֲצֵי שָׁלוֹם שִׂמְחָה׃ (כ) - La tromperie est dans le cœur de ceux qui méditent le mal, mais la joie est pour ceux qui conseillent la paix.

Rabbénou Yona explique : si un compagnon vient te conseiller de nuire à autrui, de te venger et de lui causer du tort - « Écoute, tu as vu ce qu'il t'a fait ? Moi, je n'aurais jamais laissé passer cela, pourquoi renonces-tu ? Vas-y, règle-lui son compte ! » - ne crois pas ce qu'il te dit, car « la tromperie est dans le cœur de ceux qui méditent le mal ». Celui qui trame et conseille le mal pour nuire à son prochain nourrit la duplicité dans son cœur. Sache bien qu'il ne t'aime pas ; s'il t'aimait réellement, il ne te ferait pas de telles propositions, qui sont indéniablement néfastes pour toi. Et pourquoi agit-il ainsi ? Parce qu'il ne supporte pas cet individu. Il a un compte à régler avec lui, mais ne souhaite pas le faire lui-même - par lâcheté ou pour toute autre raison - et que trouve-t-il de plus commode que de lâcher son « molosse » contre lui ? En réalité, à ses yeux, tu n'es qu'un instrument ; ce n'est pas ton honneur qu'il défend, mais la perte de cet homme qu'il cherche, et il se sert de toi pour parvenir à ses fins.

Et si tu répliques : « Pourtant, je le connais bien, c'est un ami sincère, comment peux-tu prétendre qu'il y a de la duplicité dans son cœur ? », Rabbénou Yona répond : s'il était véritablement ton ami, il ne te conseillerait pas de faire du mal et d'attiser la haine avec ton prochain. Pourquoi ? Car nos Sages ont enseigné : « Il n'est point d'homme qui n'ait son heure ». Aujourd'hui, tu as le vent en poupe, tu es en position de force et tu veux lui donner une leçon - mais les tournants où il t'attendra au tournant ne manqueront pas. As-tu réglé le problème pour autant ? Nullement ; tu l'as au contraire amplifié et rendu bien plus redoutable, et te voilà désormais sur le qui-vive : où m'attend-il, d'où viendra le coup ? Il est évident qu'un tel conseil est foncièrement mauvais et destructeur.

C'est à ce sujet que les maîtres du Moussar ont formulé cette belle maxime, citée par Rabbénou Yona : qu'un seul ennemi ne te paraisse pas peu, et que mille amis ne te paraissent pas beaucoup. Ne dis pas : « Ce n'est rien, je n'ai qu'un seul ennemi » - cet unique ennemi peut causer ta perte ; ne le sous-estime jamais. Et à l'inverse, que mille amis ne te semblent pas trop : ne te dis pas « j'en ai bien assez », cherche au contraire à en acquérir davantage. En matière d'ennemis, un seul est déjà de trop, et en matière d'amis, mille sont encore bien peu.

À l'opposé, « et la joie est pour ceux qui conseillent la paix » : lorsqu'un homme prodigue un conseil pacificateur entre deux personnes, sache qu'il te porte une affection sincère. Cet homme accroît l'harmonie et la joie parmi les hommes, et répand ainsi la sérénité dans leur cœur.

Le Gaon de Vilna : L'imposteur vit dans une angoisse perpétuelle

Le Gaon de Vilna explique : ceux qui manient la tromperie sont appelés « ceux qui labourent (méditent) le mal » - ce sont les intrigants, les calculateurs, les manipulateurs dont le cœur est retors et plein d'embûches, constamment occupés à tramer des plans pour nuire à l'un ou à l'autre. Pourquoi cette action est-elle comparée au labour, terme emprunté au travail de la terre ? Parce que celui qui laboure son champ a pour seul dessein de faire germer des récoltes ; de même, cet individu dispense des conseils destinés à engendrer des conséquences funestes, à faire éclore de mauvais fruits.

Dès lors, ce manipulateur, ce mauvais conseiller, craint par-dessus tout que son stratagème ne soit percé à jour et que l'on comprenne les intérêts qu'il dissimule. Est-il serein ? Jamais. Il est perpétuellement en proie à l'inquiétude et à la peur : « Où va-t-on me démasquer ? Quelqu'un a-t-il deviné mes mobiles réels ? Quand réalisera-t-on que je cherche bien plus la perte d'autrui que ton propre bien ? » Un tel être ne connaît point la joie. En revanche, « la joie est pour ceux qui conseillent la paix » - celui qui donne des conseils pacificateurs, sans ruse ni arrière-pensée, demeure toujours dans la joie. Pourquoi ? Il n'a rien à cacher, rien à dissimuler, son unique dessein est qu'une paix véritable règne entre vous.

C'est comparable à quelqu'un qui entend une sirène dans la rue. Qui s'affole ? Le malfaiteur. Un citoyen honnête entend un véhicule de police s'arrêter en bas : qu'importe ? Il y a une patrouille, et après ? Mais le délinquant en cavale qui entend la sirène sent son cœur s'affoler : « On m'a démasqué, quelqu'un m'a dénoncé ! », et il cherche aussitôt une fenêtre pour fuir. Ainsi, l'imposteur vit constamment dans la hantise d'être découvert et demeure perpétuellement anxieux ; tandis que celui qui chemine dans la droiture ne s'inquiète de rien, ne redoute rien, et vit dans une paix et une joie constantes.

Le Malbim : la paix préserve, le mal détruit

Le Malbim établit ici un parallèle : ceux qui « trament le mal » face aux « conseillers de paix », à l'image du verset : « Il fait la paix et crée le mal ». La paix assure la pérennité de l'existence : c'est par la paix que le monde subsiste, tandis que le mal entraîne la destruction de la création. Nous l'avons déjà constaté dans la parachat Noa'h : le mal détruit la réalité au point d'anéantir le monde dans sa totalité ; lorsque les hommes font ce qui est mal aux yeux d'Hachem, ils mènent le monde à une ruine et à un anéantissement absolus.

Les « conseillers de paix » sont des personnes qui désirent le maintien et la pérennité de l'existence, car c'est la paix qui fait subsister le monde. On peut le comprendre à travers l'exemple du corps humain : quand le corps fonctionne-t-il ? Lorsqu'il est en harmonie. Le cœur fournit du sang à tous les organes, le cerveau transmet les sensations et traite les informations de chaque membre, et ainsi de suite ; chaque organe œuvre pour l'ensemble du corps. Même la bouche, lorsqu'elle mange, ne le fait pas pour les dents ou les gencives, mais pour nourrir tous les membres. C'est une harmonie remarquable. Quand les problèmes commencent-ils ? Dès que l'un d'eux décide de faire grève : si le pancréas cesse de fonctionner correctement, l'homme tombe malade, a besoin d'injections et doit être suivi médicalement ; et si le cœur prend des pauses, c'est l'arrêt cardiaque, qu'Hachem nous en préserve, une catastrophe terrible. On voit donc que l'existence de l'homme est assurée lorsqu'il y a la paix dans son être, une harmonie dans son corps. Il en va de même pour le monde : il ne subsiste que dans la paix. Mais lorsqu'il y a de la haine et des guerres - à l'époque de Staline, cinquante millions de personnes ont été tuées - le monde ne peut plus subsister, son existence même est compromise.

Et la paix englobe toutes les formes de paix : la paix intérieure au sein d'un pays, la paix avec les pays voisins, la paix pour l'homme dans son propre foyer et avec ses proches. Ces personnes, qui aiment la paix, donnent toujours de bons conseils, des conseils intègres et avisés, guidées uniquement par leur désir de voir régner la paix et la sérénité. Et elles sont appelées « conseillers », explique le Malbim, car chaque fois que le terme de conseil est employé, il renvoie au bien ; un véritable conseil vise toujours le bien, et c'est pourquoi « la joie est pour les conseillers de paix ».

En revanche, face au conseiller dont l'avis est donné au grand jour - car il n'a rien à cacher, toute son intention étant de prodiguer un bon conseil - se dresse celui qui « trame le mal ». Celui qui cherche à faire le mal, ce qui détruit la réalité et corrompt le monde, ne conseille pas ouvertement : il trame, il agit en silence, sans que personne ne le sache, afin qu'on ne comprenne pas qu'il a tiré les ficelles en coulisses et que l'on croie que les choses sont arrivées d'elles-mêmes. Telle est la nature de celui qui trame le mal : pour commettre une mauvaise action, il doit agir sourdement, en cachette, sans que nul ne l'entende ni ne le sache. C'est pourquoi « la tromperie est dans le cœur de ceux qui trament le mal » : celui qui élabore de tels desseins porte la tromperie en son cœur, et comme l'explique le Gaon de Vilna, repris par le Malbim, ils ne connaissent aucune joie, car ils sont constamment habités par la peur : et si quelqu'un découvrait mes empreintes ? Et si l'on comprenait que c'est moi qui ai manigancé tout cela ? Et si l'on apprenait que tout est arrivé par ma faute ? Il s'angoisse en permanence pour que son acte reste secret, vivant dans une crainte perpétuelle qui lui interdit toute joie. Mais le bon conseiller a toujours le cœur joyeux, avançant serein et apaisé : je n'ai rien caché à personne, je ne fuis devant quiconque, je n'ai nui à personne. Il se sent bien, marche sans crainte ni inquiétude, et la joie remplit son cœur.

« Aucun méfait n'arrivera au juste »

לֹא יְאֻנֶּה לַצַּדִּיק כָּל אָוֶן וּרְשָׁעִים מָלְאוּ רָע׃ (כא) - Aucun méfait n'arrivera au juste, mais les méchants sont remplis de mal. (21)

Rabbénou Yona explique : Hachem protège le juste de l'erreur et l'aide à surmonter son penchant, à l'image de ce qu'ont enseigné nos Sages : lorsqu'un homme se garde du péché une première et une deuxième fois, le Saint béni soit-Il le préserve désormais, comme il est dit : « Il gardera les pas de Ses pieux serviteurs ». En revanche, « les méchants sont remplis de mal » : les impies accumulent fautes et transgressions à l'infini, car le méchant ne se préserve pas de la faute, et une transgression en entraîne une autre ; or, dès qu'un homme commet une faute et la réitère, elle lui paraît permise. Dès lors, il n'existe plus aucune limite pour dire « jusqu'ici et pas plus loin », mais au contraire « ils sont remplis de mal » - leur mal s'accumule et ne cesse de croître.

Le Gaon de Vilna explique que le terme « aven » (iniquité, méfait) s'applique aussi bien à la parole qu'à la pensée. À la parole, comme dans : « et il profère l'iniquité » ; à la pensée, comme dans : « il médite le mal sur sa couche ». C'est le sens du verset : aucun tort n'arrivera au juste - ni trébuchement dans une mauvaise parole, ni pensée néfaste ; et à plus forte raison, s'il est exempt de mauvaise parole et de mauvaise pensée, il ne commettra certainement aucune mauvaise action. En revanche, « les méchants sont remplis de mal » - de manière permanente et non pas fortuite, et il ne s'agit pas seulement d'« aven », mais bel et bien de « mal » : le méchant ne se contente pas de pensées mauvaises, il passe au mal concret et agissant.

Le Malbim explique que le verbe « inah » (provoquer, faire survenir) implique la mise en place d'une cause amenant un effet, comme dans : « et que D.ieu l'a fait tomber sous sa main » - un événement qui en déclenche un autre. Lorsqu'un homme commet une faute, celle-ci devient la cause de la transgression suivante ; elle prépare le terrain pour la prochaine faute, ce qui illustre le principe : « une faute en entraîne une autre ». Nos Sages en donnent une illustration frappante : un homme a tué par inadvertance sans être jugé par le Beth Din - personne n'a vu, personne n'a su, personne n'a entendu - que fait le Saint béni soit-Il ? Il fait en sorte qu'il tue à nouveau involontairement. Voilà précisément comment la première faute provoque et attire la seconde. Mais pour le juste, qui chemine en permanence avec justice et droiture, il n'existe aucune cause susceptible de le mener à l'iniquité et au péché. Et cela s'applique même à l'inadvertance, précise le Malbim : le terme « aven » englobe aussi l'erreur involontaire, à la différence du verset « aucun malheur ne t'atteindra » ; aucun faux pas ne surviendra pour le juste, pas même par mégarde. Mais quant aux méchants, ils « sont remplis de mal » : chez eux, une faute en entraîne une autre, le mal appelle le mal, jusqu'à ce que comble soit leur mesure.

Le Saint béni soit-Il ne cause aucune embûche par l'intermédiaire des justes

De là ressort le grand principe selon lequel le Saint béni soit-Il ne fait survenir aucune faute ni embûche par l'intermédiaire des justes. Or, la Guémara dans le traité 'Haguiga (16b) rapporte : « Rabbi Yéhouda ben Tabaï a dit : Puissé-je voir la consolation si je n'ai pas fait exécuter un faux témoin (ed zomem), afin d'extirper l'erreur du cœur des Sadducéens, qui affirmaient que les faux témoins ne sont mis à mort que si le condamné a déjà été exécuté ».

Il est écrit dans la Torah : « Vous lui ferez comme il avait comploté de faire à son frère » - comme il avait comploté, et non pas comme il a fait. Si, sur le témoignage de ces faux témoins, l'homme a déjà été exécuté, on ne les met pas à mort ; mais si l'on a seulement prononcé sa condamnation à mort sans l'avoir encore exécuté, et qu'entre-temps leur imposture a été découverte, on les exécute. C'est un décret de la Torah : « comme il avait comploté », et non « comme il a fait ». Plusieurs explications ont été avancées par les commentateurs à ce sujet, mais nous n'entrerons pas dans ce débat ici. Les Sadducéens, quant à eux, interprétaient le verset à l'inverse : s'il a agi et causé la mort, on l'exécute, mais s'il a seulement comploté sans que la sentence soit appliquée, on ne l'exécute pas. C'est le contrepied exact de l'enseignement des Sages d'Israël.

C'est pourquoi Rabbi Yehouda ben Tabbaï déclara : « Puissé-je voir la consolation ! » - une formule par laquelle un homme prononce pour ainsi dire une imprécation contre lui-même, comme pour dire : « Puissé-je avoir à recevoir des condoléances pour mes enfants, à Dieu ne plaise, si je ne dis pas la vérité ! » - « si je n'ai pas fait exécuter un témoin conspirateur ('ed zomem) ». Et je l'ai fait exécuter pour extirper l'erreur du cœur des Sadducéens, qui affirment qu'on ne met pas à mort pour un simple complot, et je voulais prouver qu'on l'exécute bel et bien. Chimon ben Chétah lui répliqua par la même formule : « Puissé-je voir la consolation si tu n'as pas versé le sang innocent ! » - je te jure que tu as tué un innocent. Car les Sages ont enseigné : les témoins conspirateurs ('edim zomemim) ne sont mis à mort que si tous deux sont confondus comme conspirateurs, ne subissent la flagellation que si tous deux sont confondus, et ne paient d'indemnité financière que si tous deux sont confondus. Or toi, tu n'as fait exécuter qu'un seul témoin conspirateur ; selon la Halakha, il n'était pas passible de mort, tu as donc ôté la vie à un homme innocent.

Aussitôt, Yehouda ben Tabbaï prit sur lui de ne plus jamais rendre de décision halakhique si ce n'est en présence de Chimon ben Chétah : pour chaque décision, il consultait son maître, Rabbi Chimon ben Chétah, lui demandant quelle était la règle et s'il avait bien tranché. Et toute sa vie durant, il se prosternait sur la tombe de cet homme exécuté injustement, et sa voix résonnait. Les gens pensaient que c'était la voix du défunt - ils entendaient des gémissements monter de cette grotte et étaient persuadés qu'il s'agissait du mort. Il leur dit : « C'est ma voix, et non celle du mort ; et sachez que le jour où cet homme sera mort, sa voix ne s'entendra plus » - c'est-à-dire : lorsque je quitterai ce monde et que je ne viendrai plus dans cette grotte implorer le pardon du défunt, vous verrez que cette voix cessera de se faire entendre. Et c'est exactement ce qui arriva.

La question des Tossafot et sa distinction

Les Tossafot soulèvent alors une objection sur cette déclaration : « si je n'ai pas fait exécuter un témoin conspirateur » - cela est étonnant, pourquoi ne pose-t-on pas ici la question classique : si le Saint, béni soit-Il, ne fait pas survenir d'obstacle par le bétail des Justes, à plus forte raison ne le permet-Il pas par les Justes eux-mêmes, comme le Talmud l'objecte dans Guittin et dans Houlilin ? C'est-à-dire : nous trouvons dans la Guémara des cas où un Tsaddik a failli consommer un aliment interdit, et la Guémara demande comment cela est possible, alors même que par le bétail des Justes Dieu n'amène aucun trébuchement - l'âne de Rabbi Pinhas ben Yaïr refusait de manger une nourriture dont les dîmes n'avaient pas été prélevées, et le Tsaddik lui-même consommerait un aliment interdit ? Et la Guémara répond qu'il ne s'agissait pas d'un interdit absolu. Dès lors, demandent les Tossafot : comment le Saint, béni soit-Il, a-t-Il laissé survenir une faute par l'intermédiaire de Yehouda ben Tabbaï, en lui laissant exécuter un homme innocent ?

Les Tossafot apportent une distinction remarquable : on peut répondre que cette objection ne vaut qu'en matière de consommation d'aliments, car il est avilissant pour un Juste de consommer un aliment interdit ; en revanche, consommer un aliment permis à un moment interdit ne soulève pas cette difficulté. C'est pourquoi la Guémara ne soulève pas d'objection dans Roch Hachana lorsqu'il est dit : « Comme est savoureux le plat des Babyloniens le grand jour d'Erets Israël [le jour de Yom Kippour] », ni dans Pessa'him au sujet de Rabbi Yirméya bar Abba qui avait oublié et goûté un aliment avant la Havdala, bien qu'il soit dit que sa faute est passible de croup (askara) - car manger une nourriture permise à un moment prohibé n'est pas une chose aussi dégradante.

En d'autres termes : ce qui est énoncé dans le verset « Aucun malheur n'atteindra le juste », et ce principe selon lequel le Saint, béni soit-Il, ne fait pas trébucher les Justes ni même leur bétail, ne s'applique précisément qu'aux interdits alimentaires. Il n'existe pas d'assurance que le Tsaddik sera préservé de toute faute concevable, mais face aux nourritures interdites, il bénéficie d'une protection absolue. Et quelle est la singularité de la nourriture, n'y a-t-il pas d'interdits bien plus graves ? La raison en est que celui qui consomme un aliment interdit - des créatures impures ou des reptiles - rend son corps même impur ; la substance se mêle à son sang et devient une partie de lui-même, et c'est une déchéance indicible pour le corps d'un Juste que d'absorber une telle souillure. En revanche, toute autre transgression demeure extérieure à l'homme : elle ne pénètre pas dans son sang et ne s'intègre pas à sa chair.

Plus encore, expliquent les Tossafot : cette protection ne s'étend pas à tout interdit alimentaire indistinctement, mais seulement à un aliment interdit en soi ; lorsque c'est le temps qui en constitue la cause, un Juste peut effectivement trébucher. Les Tossafot en apportent la preuve : il arriva que l'on se trompe sur la fixation de la date de Yom Kippour et qu'on le considère comme un jour profane ou un Chabbat, fixant Yom Kippour un autre jour, et un Sage fit alors cette remarque ironique : « Comme est agréable l'odeur des plats des Babyloniens en ce grand jour d'Erets Israël ! » - ici on jeûnait, et là-bas on cuisinait. On voit donc que de grands maîtres ont pu se méprendre et manger, alors qu'il s'agissait bien d'un interdit de manger, la nourriture étant proscrite à Yom Kippour ! Mais il ne s'agissait pas d'un aliment intrinsèquement prohibé : la nourriture en elle-même est permise, et l'on ne retrouve pas la flétrissure d'un aliment impur qui s'incorpore au sang - ce n'est ni une bête non abattue rituellement (nevila), ni un animal impur (treifa), ni du porc, mais de la viande d'agneau parfaitement cachère, consommée simplement à un moment inopportun. De même pour celui qui goûte un aliment avant la Havdala - bien qu'il soit dit que la mort par askara le menace -, la nourriture y est permise en soi, mais le Tsaddik a pu faire une erreur en la consommant à un moment défendu.

Une belle allusion dans le verset

Toute cette introduction vient éclairer notre verset : « Aucun malheur n'atteindra le juste ». À première vue, cela semble englober tout mal et tout écueil, même involontaire ; comment sait-on alors qu'il s'agit particulièrement de nourriture ? Par la grâce divine, on remarque que cela est suggéré ici par un acrostiche : le mot « Lo » (לא), suivi des initiales de Yéouné, Latsaddik, Kol, Aven (יָאוּנֶּה, לַצַּדִּיק, כָּל, אָוֶן) - Yod, Lamed, Kaf, Aleph - qui forment les lettres du mot « Yokhél » (יאכל), c'est-à-dire « Lo Yokhél » (לא יאכל - « il ne mangera pas »). « Aucun malheur n'atteindra le juste » - en quoi ? En matière d'alimentation. De nourriture interdite, il ne mangera point ; mais pour les autres fautes, il n'est pas garanti au Juste qu'Hachem le préservera de toute erreur.

En conclusion :

Ces versets nous ont enseigné les deux versants de la parole : « Tel parle à la légère, blessant comme des coups d'épée » - les propos blessants meurtrissent même sans mauvaise intention, et l'absence d'intention n'exonère en rien ; face à cela, « mais la langue des sages apporte la guérison » - le sage relève l'honneur de la personne blessée et neutralise les calomnies, le véritable remède aux fautes du langage résidant dans l'étude de la Torah, et le réprimandeur authentique ne reprend autrui que lorsqu'il ouvre une voie de réparation et de guérison. « Les lèvres de la vérité s'affermissent à jamais » - la vérité s'établit durablement, tandis que le mensonge n'est « que pour un instant », le faux ne reposant sur aucune base solide, ce qui oblige le menteur à rechercher constamment de nouvelles dupes et de nouveaux domaines d'action. « La tromperie est dans le cœur de ceux qui trament le mal » - celui qui te pousse à nuire ne t'aime pas mais t'instrumentalise, et il vit dans la peur constante d'être démasqué, tandis que les conseillers de paix, qui œuvrent pour la pérennité du monde et n'ont rien à dissimuler, ont la joie au cœur. Et enfin, « Aucun malheur n'atteindra le juste » - le Juste est préservé, car une transgression en appelle une autre, alors que chez les impies, le mal entraîne le mal jusqu'à ce que la mesure soit comble ; et comme l'ont expliqué les Tossafot et comme le suggère l'acrostiche « Lo Yokhél », cette promesse fondamentale vise avant tout les interdits alimentaires, car il est avilissant pour le corps du Juste de subir une telle souillure.