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Chapitre 9 - La Sagesse a bâti sa maison - Deuxième partie

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Introduction : À qui s'adresse l'appel de la Sagesse ?

Dans les versets précédents, nous avons vu que la Sagesse a bâti sa maison, dressé sa table et envoyé ses servantes pour convier au festin. Cependant, cet appel ne s'adresse pas à tout le monde :

שָׁלְחָה נַעֲרֹתֶיהָ תִקְרָא עַל־גַּפֵּי מְרֹמֵי קָרֶת׃ מִי־פֶתִי יָסֻר הֵנָּה חֲסַר־לֵב אָמְרָה לּוֹ׃ - « Elle a envoyé ses servantes, elle appelle sur les hauteurs de la ville : Qui est naïf ? Qu'il bifurque par ici ! Quant à celui qui manque de sens, elle lui dit : »

La Sagesse s'adresse à l'homme simple (péti) et à celui qui manque de cœur et de discernement. Pour eux aussi, enseigne la Torah, j'ai un conseil, j'ai une aide et un soutien. En revanche, elle ne s'adresse absolument pas au railleur (lets) ni à l'impie (racha), et le verset suivant en expose la raison.

« Qui corrige le moqueur récolte l'affront » - Moussar face à Tokhékha

יֹסֵר לֵץ לֹקֵחַ לוֹ קָלוֹן וּמוֹכִיחַ לְרָשָׁע מוּמוֹ׃ - « Celui qui corrige le railleur récolte l'affront, et celui qui réprimande le méchant en reçoit une souillure. »

Le Malbim met en lumière avec une grande précision la nuance entre « corriger » (meyasser) et « réprimander » (mokhia'h). Le moussar dérive de yissourim (châtiments, souffrances) : on brandit la menace d'une punition, d'une douleur, d'une maladie, d'une perte. Le moussar opère toujours par la crainte de la punition. En revanche, la tokhékha relève de la démonstration rationnelle (hokha'ha), d'un débat argumenté. J'avance mes arguments et vous avancez les vôtres, jusqu'à ce que l'un prouve son point de vue et l'emporte. Telle est l'essence de la tokhékha : une clarification par les voies de l'intellect. Le moussar, au contraire, fait comprendre les choses « par le dos », par le bâton qui frappe, quand l'homme ne veut pas comprendre par la raison.

Dès lors, on comprend de quoi se moque le railleur. Il ne se moque pas des évidences de la raison - ce qui est logiquement démontré échappe à la raillerie. Il se moque précisément des décrets de la Sagesse, pour lesquels, comme nous l'avons expliqué, il n'existe pas de démonstrations rationnelles infaillibles. Les lois de la Sagesse ne constituent pas des axiomes vérifiables en laboratoire, comme l'eau qui bout à cent degrés. Sur ce qui est moral ou immoral, on pourrait débattre pendant vingt ans sans trancher. La Sagesse doit être reçue de la bouche d'un maître et d'un prophète. Et par quel moyen l'intègre-t-on ? Par la crainte du Ciel : « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ». C'est la crainte du châtiment qui enjoint à l'homme d'adopter les lois de la Sagesse et de comprendre que quiconque s'écarte du droit chemin et commet un acte immoral finira par souffrir et subir des épreuves.

Le moqueur s'attaque précisément à ce point précis : laisse tomber ces balivernes, moral ou pas moral, vis ta vie, fais ce qui te plaît, on ne vit qu'une fois, amuse-toi. C'est pourquoi le verset déclare : « Qui corrige le railleur récolte l'affront » - quiconque vient réprimander le moqueur sans pouvoir fonder ses propos sur des preuves intellectuelles, mais seulement sur la menace de châtiments, s'exposera aux sarcasmes et au mépris du railleur. Que récoltera-t-on d'un tel reproche ? Honte et déshonneur.

« Et celui qui réprimande le méchant en reçoit une souillure »

Le méchant commet des fautes de manière délibérée, et lui non plus n'est pas disposé à entendre une réprimande rationnelle. Pourquoi ? Parce que chez lui, l'intellect s'incline devant les passions. Vous lui prouvez par A plus B que cet acte est interdit, mais son désir l'entraîne irrésistiblement de l'autre côté, et il rejette l'argument. Avec le railleur, on aurait théoriquement pu dialoguer au moyen de preuves logiques, puisqu'il ne raille que ce qui échappe à la démonstration. Mais le méchant vous répondra : c'est très bien prouvé, mais j'ai d'autres envies, et ta morale contrarie mes pulsions.

Quelle est la tournure stylistique employée ici ? Le Malbim explique qu'il s'agit d'un mécanisme d'ellipse où un verbe régit deux propositions parallèles : une expression énoncée au début du verset continue d'agir sur la seconde moitié, à l'instar de la prière : « qui n'a point fixé notre part comme la leur, ni notre sort comme celui de toute leur multitude » - c'est-à-dire qui n'a point fixé notre part comme la leur, et n'a point fixé notre sort comme celui de toute leur multitude. Il en va de même ici : celui qui corrige le railleur récolte l'affront, et celui qui réprimande le méchant récolte sa souillure. Celui qui fait des reproches au méchant attire sur lui-même le défaut du méchant. Quel est le défaut du méchant ? C'est d'être méchant. Et lorsque vous viendrez le réprimander, il vous rétorquera : espèce de méchant ! C'est sa propre tare qu'il vous collera à la figure.

Et cela se voit concrètement chaque jour. On vient faire des reproches à une personne sur une mauvaise action qu'elle commet, et non seulement elle persiste dans son acte, mais elle inverse les rôles et déclare : celui qui agit selon tes propos est le véritable méchant, celui qui se comporte comme toi est le délinquant. Prenons un exemple : on dit à quelqu'un que l'avortement est un meurtre. Aussitôt, il réplique : sais-tu seulement de quoi il s'agit ? Une jeune fille de quinze ans qui s'est retrouvée enceinte, et tu exiges d'elle qu'elle accouche ? Quelle cruauté de ta part ! Elle restera traumatisée pour le restant de ses jours, sa vie sera brisée, et qu'adviendra-t-il de l'enfant, où grandira-t-il ? Regarde comme tu t'acharnes sur une fille d'Israël ! Autrement dit : vous venez dénoncer un meurtre, et l'homme impie vous attribue son propre défaut, en affirmant que c'est vous qui manquez de morale.

Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse

אַל־תּוֹכַח לֵץ פֶּן־יִשְׂנָאֶךָּ הוֹכַח לְחָכָם וְיֶאֱהָבֶךָּ׃ - Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse ; reprends le sage, et il t'aimera.

Ici, le verset résout une difficulté. Si le railleur ne tourne en dérision que ce qui ne repose sur aucune démonstration, mais qu'il accepte en revanche ce qui peut être prouvé, pourquoi donc ne pas le réprimander par des preuves rationnelles ? Certes, si je le morigène en lui disant qu'il existe un Guehinom, il se moquera de moi ; mais si je lui apporte une démonstration logique, je n'encourrai aucun opprobre. C'est à cela que répond le verset : n'emprunte pas non plus cette voie. « Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse ». C'est précisément parce que la réprimande est convaincante que le moqueur hait celui qui le reprend. Et comme il est dit dans Michlé (15, 12) : « Le moqueur n'aime pas qu'on le reprenne ; il ne va pas vers les sages ». Le moqueur ne se rend pas d'emblée auprès des sages, de peur qu'ils ne le convainquent.

C'est exactement ce que dit une telle personne : je n'aime pas assister à des conférences, je n'aime pas les rassemblements de Torah. Pourquoi ? Parce que c'est dangereux, on risquerait d'en ressortir en faisant téchouva ! J'ai d'autres projets de vie, d'autres envies. Elle craint de se laisser convaincre, et c'est pourquoi elle déteste quiconque vient la réprimander, car celui qui reprend vient lui signifier : cher monsieur, vous êtes astreint à des devoirs. Or, elle refuse toute obligation et n'est donc absolument pas disposée à écouter.

Une génération en quête de désirs, non de preuves

Tsvi Inbal, l'un des conférenciers éminents de l'organisation « Arakhim », racontait qu'ils avaient coutume de donner lors des séminaires la série « Al Kol » - une série de démonstrations sur la véracité de la Torah, comptant plus de douze voies de preuves. L'une d'entre elles, par exemple, portait sur les prophéties accomplies, sujet sur lequel on pourrait disserter durant des mois. Un jour, les organisateurs se dirent : certaines personnes ne peuvent pas se libérer pour un séminaire de sept jours, condensons cela en trois soirées de conférences intensives dans une salle, afin que ceux qui travaillent puissent y assister. Le premier soir, la salle était comble, et l'on commença à exposer les preuves de la véracité de la Torah. Les gens écoutaient bouche bée. Le deuxième soir, il n'y avait plus personne - pas un chat n'était venu. Ils n'avaient pourtant soulevé aucune objection et n'avaient pas réfuté les arguments, car ce sont des preuves indiscutables. Mais on comprit alors : les gens ne cherchent pas des preuves, car les preuves obligent. Si tu m'apportes une preuve irréfutable, tu me mets au pied du mur.

C'est pourquoi aujourd'hui, l'essentiel des conférences dans les séminaires ne porte plus sur les démonstrations. Ce n'est vraiment pas ce qui manque à l'homme, et particulièrement dans notre génération. Il y a quarante ou cinquante ans, la notion d'hérésie idéologique existait encore, mais de nos jours, la génération n'est pas hérétique par conviction : elle est guidée par ses désirs. C'est une génération de plaisirs, d'abondance, qui recherche la satisfaction de ses envies et non des preuves. Et lorsqu'on lui apporte une démonstration, on la contraint à changer de conduite, ce à quoi elle n'est prête ni émotionnellement ni psychologiquement. Une part importante des conférences actuelles repose donc sur la dimension affective : comment rapprocher la Torah de la sensibilité de l'individu, de ses aspirations profondes. On lui parle d'éducation des enfants, de vie de couple, de thèmes qui ne sont pas des preuves formelles de la véracité de la Torah. Les preuves ne viennent qu'à la fin. Au début, on fait intervenir un conférencier pour adoucir le terrain, afin que la personne s'ouvre et réalise qu'elle n'a pas affaire à des extraterrestres venus d'un autre monde, ni à ces individus qu'elle a vus jeter des pierres à la télévision, mais à des êtres humains. C'est seulement après cette ouverture et cet apaisement qu'elle peut recevoir des preuves avec un cœur réceptif. Mais tant que le principe du « bon plaisir » dicte sa conduite, même si vous lui apportez une démonstration, elle ne fera que vous haïr, car vous détenez un argument qui lui impose des devoirs.

Il renversa la montagne sur eux comme une cuve

Il y a là, dans une certaine mesure, une forme de contrainte : tu m'as contraint par l'intellect, tu m'as tout démontré, et je n'ai plus d'échappatoire. Tel est, selon le Maharal de Prague, le sens profond de l'expression : « Il renversa la montagne sur eux comme une cuve ». Le sens littéral veut que D.ieu ait soulevé la montagne pour la suspendre au-dessus d'eux, ne leur laissant aucune issue. Mais le Maharal explique : « Il renversa la montagne sur eux comme une cuve » signifie qu'Il leur ouvrit les sept cieux et les sept abîmes de la terre, comme l'enseigne le Midrach, et ils virent et proclamèrent qu'« il n'y a rien en dehors de Lui ». Tous atteignirent une perception spirituelle suprême et le niveau de la prophétie. Or, après une telle vision, un être humain peut-il encore fauter ? Il se trouve contraint, son libre arbitre lui a été ôté, et ils acceptèrent la Torah sous la contrainte de l'évidence : il n'y a plus la moindre place pour le doute, j'ai tout vu. Certes, le mauvais penchant a encore son rôle à jouer, et quarante jours plus tard, ils commirent la faute du veau d'or. Quoi qu'il en soit, l'homme ne veut pas se retrouver dans une telle impasse, et c'est pourquoi le railleur s'abstient d'emblée de venir : « il ne va pas vers les sages », de peur qu'ils ne lui prouvent la vérité.

On constate donc : ne crois pas que par la réprimande logique tu parviendras à toucher le moqueur. Certes, tu n'encourras aucun mépris, puisqu'il ne peut railler des preuves tangibles, mais il te vouera de la haine, car il déteste la réprimande. Qu'y auras-tu donc gagné ? En revanche, « reprends le sage, et il t'aimera » : le sage est celui qui est disposé à entendre les paroles de sagesse et qui apprécie la réprimande ; si tu le corriges, il t'en aimera d'autant plus. Et c'est là précisément la raison pour laquelle les servantes de la Sagesse furent envoyées inviter au festin l'homme naïf et celui qui manque de sens, et non le moqueur ni l'impie : ces derniers refusent d'écouter et le dialogue avec eux est impossible, tandis que chez l'homme naïf et celui qui est dépourvu de discernement, il reste une place pour la sagesse.

Deux explications supplémentaires sur « Reprends le sage »

Il existe une autre explication au verset « Ne reprends pas le moqueur de peur qu'il ne te haïsse, reprends le sage et il t'aimera ». Le moyen infaillible de rendre une réprimande totalement inefficace est l'attaque directe : s'adresser à quelqu'un en lui disant que ce qu'il fait est gravissime, que celui qui agit ainsi est un pécheur, lui brandir le Choul'han Aroukh qui autorise à le qualifier de transgresseur, et le menacer du Guehinnom. Qui accepterait un tel discours ? C'est une négation totale de sa personne. Même si l'on a raison à cent pour cent, l'autre refusera d'entendre, parce que son ego a été blessé. En revanche, « reprends le sage » : si l'on vient voir une personne en lui disant : « Tu es quelqu'un d'intelligent ; pour un homme instruit, sage et respectable comme toi, il ne convient pas d'agir ainsi », alors « il t'aimera ». Il répondra : « Tu sais, tu as raison, j'y pensais justement. » On lui a donné un sentiment valorisant, on l'a honoré, on lui a fait un compliment, et c'est précisément ce qui le rend prêt à accepter la réprimande.

Une autre explication encore : ne reprenez pas le moqueur en lui disant : « Si tu agis ainsi, à quel point tu seras haï dans le Ciel ! » Certes, le Rambam emploie parfois des termes très durs - détesté, abominable et méprisable. Mais un tel langage n'a plus de prise sur l'homme d'aujourd'hui. Tandis que « reprends le sage », si l'on veut faire des remontrances à quelqu'un de sorte qu'il en devienne plus sage, « et il t'aimera » : dis-lui : « Fais ainsi, et l'on t'aimera dans le Ciel ; quelle satisfaction tu procures au Créateur, quelle joie ! » Il y a bien plus de chances qu'il accepte cela plutôt que la menace : « Hachem va te détester ». C'est pourquoi, de nos jours, nous sommes devenus un peuple en quête de segoulot : fais cela et l'on déversera sur toi l'abondance d'en Haut, fais ceci et l'on te donnera. Notre génération a besoin de bénédictions et de belles promesses, non pas de descriptions d'un compartiment particulier du Guehinnom ou d'une fournaise où l'on brûle. Cela ne lui parle plus. Dites à l'homme quelle abondance lui apportera une bonne action - cela le touchera infiniment plus, et cela aura un réel impact sur lui.

Donne au sage, et il deviendra plus sage encore

תֵּן לְחָכָם וְיֶחְכַּם־עוֹד הוֹדַע לְצַדִּיק וְיוֹסֶף לֶקַח׃ - Donne au sage, et il deviendra plus sage encore ; instruis le juste, et il accroîtra son savoir.

La sagesse, comme nous l'avons souligné, possède des commandements infiniment vastes et sans limites. Le sage accueille constamment les lois de la sagesse et ne cesse d'en rajouter. Si quelqu'un lui propose d'écouter un 'hidouch, une idée nouvelle de Torah, il ne répondra jamais : « J'en ai déjà entendu un aujourd'hui », mais plutôt : « Oui, que veux-tu me faire partager ? ». « Donne au sage » - propose-lui, « et il deviendra plus sage encore » - il en veut davantage, il est prêt à écouter encore, il est demandeur, animé d'une véritable soif.

Quelle est donc la différence entre le sage et le juste ? Le sage reçoit toutes les règles de la sagesse par tradition, s'y élève intellectuellement, les approfondit et médite sur elles, jusqu'à ce qu'elles deviennent limpides pour sa propre raison. Le juste, quant à lui, chemine selon les lois de la sagesse même sans en connaître les raisons profondes ; il agit par la force de l'habitude - habitué dès son plus jeune âge, il persévère dans sa droiture. Si l'on demande au sage pourquoi il agit ainsi, il saura l'expliquer. Si l'on pose la question au juste, il n'aura pas nécessairement d'explication théorique ; il répondra : « C'est ainsi que faisait mon grand-père, c'est ainsi que faisait mon père, et je poursuis simplement leur chemin. »

C'est pourquoi il est dit : « Instruis le juste, et il accroîtra son savoir ». Au juste, il convient de faire connaître les lois de la sagesse qu'il ignore encore, et par là « il accroîtra son savoir » - il recevra et intègrera avec plus de profondeur ce qu'il pratiquait déjà. Dès lors qu'il connaîtra les raisons, les fondements et la halakha qui sous-tendent les actes, ce qu'il accomplissait jusqu'alors par une pieuse habitude d'enfance sera désormais accompli avec la pleine compréhension des motifs et des raisons des mitsvot. Quant au sage : « Donne au sage, et il deviendra plus sage encore », il ajoutera une nouvelle sagesse à la sienne grâce à ce qui lui est transmis.

Il donne la sagesse aux sages

C'est précisément le sens de la parole : « Il donne la sagesse aux sages » : c'est au sage, parce qu'il recherche la sagesse, qu'il est pertinent d'en accorder. Mais à celui qui ne la recherche pas, que donner ? Que saurait-il en faire ? Il inventera une nouvelle méthode pour remplir des grilles de loto. Est-ce pour cela que la sagesse a été donnée ? Est-ce pour cela qu'Hakadosh Baroukh Hou nous a dotés d'une intelligence, pour chercher des tactiques de compétitions sportives ? La biche court plus vite que l'homme. Le corps n'est pas l'essentiel, mais bien ce qui se trouve dans la boîte crânienne : la connaissance, l'intellect, la parcelle divine d'en Haut. Le sage sait apprécier la valeur des principes de la sagesse et ne les gaspillera pas dans des vanités. À l'inverse, donnez de l'intelligence à un homme qui n'a pas cette droiture, et il invente la dynamite - provoquant la mort d'un quart du monde, avant de tirer ses conclusions bien plus tard et de créer le prix Nobel.

Le commencement de la sagesse est la crainte d'Hachem

תְּחִלַּת חׇכְמָה יִרְאַת יְהֹוָה וְדַעַת קְדֹשִׁים בִּינָה׃ - Le commencement de la sagesse est la crainte d'Hachem, et la connaissance des saints est le discernement.

Ici, le texte nous éclaire sur la raison pour laquelle la sagesse envoie ses servantes appeler le naïf et celui qui manque de cœur, plutôt que de les appeler elle-même. Dans le sens profond : pourquoi les lois de la sagesse ne peuvent-elles être acquises que par l'intermédiaire des prophètes et des sages, et pourquoi l'homme est-il naturellement incapable de parvenir de lui-même à des conclusions exactes touchant aux principes de la sagesse si personne ne vient les lui enseigner.

La réponse est que la Hokhma ne s'acquiert pas par le simple intellect, d'autant plus qu'elle renferme des principes opposés aux désirs du cœur humain. La passion tire dans une direction, et la Hokhma - qui est le Moussar, la distinction entre le bien et le mal - tire dans une autre. Par conséquent, la démarche initiale pour commencer à cheminer dans la Hokhma consiste à la recevoir des Sages de la génération et des prophètes qui la transmettent au nom d'Hachem, et à l'accueillir en vertu de la crainte du Ciel en soi. Sans cela, pourquoi l'accepterait-on ?

Car la morale n'est pas une notion qui se démontre de manière rationnelle. L'un prétendra que telle chose est morale, tandis qu'un autre affirmera le contraire. Le débat entre la droite et la gauche n'est rien d'autre qu'un débat d'ordre moral : est-il moral de gouverner un million de Palestiniens ou non ? La divergence entre les camps est avant tout une controverse sur la morale, or la morale ne se prouve pas. C'est pourquoi, pour qu'un homme accepte le Moussar de la Torah, il a besoin d'une autorité qui le discipline et le contraigne à s'y soumettre, car par sa seule réflexion, il ne comprendrait pas pourquoi s'abstenir. Allez donc expliquer à un jeune laïque pourquoi il est immoral de vivre avec une femme sans Ketouba ni Kidouchin : il ne comprendra absolument pas de quoi vous parlez.

Et c'est précisément ce que déclara le Hazon Ich lorsqu'on lui demanda de favoriser un dialogue entre pratiquants et non-pratiquants, comme nous l'avons évoqué dans les cours précédents. Il leur dit : comment peut-on dialoguer lorsque l'univers conceptuel est totalement différent ? Ce qui s'appelle chez eux de l'amour constitue chez nous une faute passible de Karet. Dès lors, comment seulement amorcer le dialogue ? Et lorsqu'on parle de morale : qui vous a octroyé le monopole de la morale ? Pour reconnaître à la Torah ce monopole sur la morale, il faut la crainte d'Hachem : savoir que cela émane d'Hachem, et que le terme Moussar est lié à la notion de Yissourim (châtiments, réprimandes) - à savoir que celui qui s'écarte du chemin s'expose à une sanction. C'est ce principe qui doit offrir à l'homme l'ouverture nécessaire pour s'engager dans la Torah d'Hachem.

Mais il est évident que dans un second temps, quiconque approfondit les lois de la Hokhma finira par constater que toutes ses règles et tout le Moussar de la Torah incarnent la justice véritable, la rectitude absolue, le bon sens et la logique même, et qu'il convient d'agir ainsi selon les voies de la sagesse. Au début, cela doit obligatoirement être accepté comme un axiome, par pure réception ; puis, dans un second temps, après une profonde réflexion, on découvre soudain en chaque chose sa beauté, sa justice et sa haute moralité. C'est là tout le sens de « Le commencement de la sagesse est la crainte d'Hachem » : l'étape initiale par laquelle nous accueillons la Hokhma procède de la crainte d'Hachem - on nous enseigne que la sagesse provient d'Hachem, nous craignons le D.ieu qui a donné cette sagesse, et c'est par ce respect révérencieux que nous l'acceptons.

En conclusion : nous avons appris que la Hokhma interpelle le naïf et celui qui manque de discernement, et non le moqueur ou le méchant. Le moqueur raille les lois de la Hokhma qui ne reposent pas sur des preuves tangibles, c'est pourquoi celui qui le reprend s'attire l'opprobre ; quant au méchant, il refuse même les arguments rationnels parce qu'ils contrarient ses pulsions, et celui qui le réprimande s'expose à une souillure - le méchant lui collera sa propre perversité. De même, une réprimande intellectuelle demeure inopérante face au moqueur, car c'est précisément parce qu'elle est convaincante et contraignante qu'il prend en haine celui qui le corrige, et refuse d'approcher les Sages. La voie féconde consiste à appliquer : « Reprends le sage, et il t'aimera » - aborder la personne avec estime et considération, dans une promesse d'amour et de plénitude, et non par la menace ou le mépris. Le sage ajoute alors de la sagesse à sa sagesse, et le juste, qui chemine par habitude, enrichit son savoir lorsqu'on lui fait connaître le sens profond des préceptes. Et le commencement de tout demeure la crainte d'Hachem, unique porte d'entrée pour adhérer aux décrets de la Hokhma, qui ne relèvent pas de la simple logique démonstrative, et dont la justice et la droiture authentiques ne se révèlent qu'au terme d'un sincère approfondissement.