Le chapitre 29 du livre des Proverbes poursuit la démarche de Chlomo HaMelekh en dressant des contrastes : entre celui qui donne et celui qui reçoit, entre le roi qui juge avec équité et celui qui pervertit le droit, entre l'enfant éduqué et l'enfant livré à lui-même, et entre la prolifération des impies et l'éternité des justes. Dans ce cours, nous nous pencherons sur quatre versets situés au cœur du chapitre, et nous en dégagerons de grands principes sur le don à autrui, la conduite de la justice et l'éducation des enfants.
רָשׁ וְאִישׁ תְּכָכִים נִפְגָּשׁוּ מֵאִיר עֵינֵי שְׁנֵיהֶם יְהֹוָה׃ (יג) - Le pauvre et l'homme avisé se rencontrent : c'est l'Éternel qui éclaire les yeux de tous deux. (13)
« Rach », c'est l'homme indigent. Quant à « ich tekhakhim », il convient de bien le comprendre. Dans le langage courant, c'est une expression péjorative (l'intrigant), et certains commentateurs l'expliquent effectivement en ce sens, point sur lequel nous reviendrons. Mais Rachi, s'appuyant sur l'exégèse de nos Sages, l'interprète de manière élogieuse : un « ich tekhakhim » est un homme de desseins, un maître de Torah. Les « tekhakhim » sont des projets, des stratagèmes, c'est-à-dire un homme qui conçoit, qui médite et qui élabore une démarche suivie. Or, le dessein n'est pas nécessairement mauvais : il peut s'agir d'une personne dont l'esprit est continuellement tourné vers la Torah, qui conçoit sans cesse des analyses et des cheminements dans l'étude, et c'est là un « homme de desseins » dans le bien.
De quoi est-il question ? Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages : il s'agit d'un élève qui demande à son maître de lui enseigner un chapitre. L'élève sollicite son maître pour qu'il lui explique telle matière, qu'il révise avec lui telle souguiya. S'ils se rencontrent et que le maître prend le temps de l'instruire, alors « c'est l'Éternel qui éclaire les yeux de tous deux ». Car le maître pourrait penser qu'il a perdu son temps : il aurait pu, pendant ce laps de temps, approfondir une question complexe, alors qu'il s'est assis pour expliquer à un disciple un sujet élémentaire, adapté à son niveau modeste. On lui répond : nullement. Sache que l'Éternel éclaire les yeux de tous deux. Non seulement les yeux de l'élève s'illuminent, mais Hachem illuminera également les tiens.
C'est d'ailleurs ce que répètent constamment les Machgui'him dans les yéchivot : un jeune homme qui a l'impression d'aider un camarade à progresser au détriment de son propre avancement doit savoir qu'Hachem le lui rend au centuple. Il constatera une véritable siyata dichmaya (aide divine) dans son étude, une meilleure compréhension, et s'apercevra que c'est précisément ce don qui le forge. En réalité, tout ce qu'un homme donne à autrui, c'est à lui-même qu'il l'offre. On s'imagine donner à un autre, mais que disait Ruth à Naomi ? « Le nom de l'homme avec qui j'ai agi aujourd'hui est Boaz ». Elle avait pourtant reçu de la charité, et pourtant elle dit « avec qui j'ai agi », car plus que le bienfaiteur ne donne, c'est en vérité lui qui reçoit. Du Ciel, on reçoit au centuple. Même si l'on a l'impression d'avoir investi et perdu son temps, il faut avoir la certitude que rien n'a été gaspillé et que l'on méritera bien davantage en retour.
On peut en voir une illustration éclatante chez Rav Ovadia Yossef. C'était un homme dont chaque seconde était consacrée à la Torah, dédiée à la rédaction, à l'analyse halakhique et aux décisions juridiques, le monde entier attendant son arbitrage sur chaque question. Malgré cela, pendant des décennies, il a parcouru les routes pour dispenser des cours de Torah, enseignant notamment le Ein Yaakov à de simples pères de famille (ce qu'il ne pouvait plus faire dans son grand âge). En apparence, c'était pour lui une perte de temps incommensurable, car il aurait pu, pendant ces heures, rédiger une responsa supplémentaire dans « Yabia Omer » ou un nouveau chapitre dans ses autres ouvrages. Et pourtant, il ne ménageait point son temps.
En réalité, force est de constater que la personnalité qui a eu le plus grand mérite dans notre génération, sur le plan de la diffusion de la Torah et de la rédaction d'ouvrages, est bien le Rav Ovadia Yossef. On trouve d'autres grands maîtres - et il n'est nullement question de porter un jugement critique à leur égard - qui ont fait un choix différent, consacrant chaque instant à leur propre élévation dans l'étude, mais ils n'ont pas atteint un tel rayonnement. C'est précisément celui qui a offert une part considérable de son temps au public - un temps si précieux où tant de questions attendaient ses réponses et tant de sujets réclamaient son analyse et sa plume - et qui s'est néanmoins dévoué pour la communauté, à qui le Saint, béni soit-Il, a accordé une fécondité décuplée, plus qu'à tout autre sage de sa génération. Nul n'a eu le privilège d'écrire autant et de voir ses décisions acceptées avec une telle autorité par un si vaste public.
On en tire un principe fondamental : dès lors qu'un homme donne et partage, le Saint, béni soit-Il, lui rend au centuple. Et si l'on objecte : « mais pendant ce temps, j'aurais pu avancer pour moi-même », le Saint, béni soit-Il, répond : le temps M'appartient. C'est Moi qui ferai en sorte que, durant le temps où tu étudies, tu accomplisses davantage, que tu assimiles mieux, que tu approfondisses plus et que tu rédiges davantage. C'est là le sens des paroles de Chlomo HaMelekh : « Le pauvre et l'homme avisé se rencontrent ». L'érudit, l'homme de desseins versé dans la Torah, rencontre celui qui est démuni dans l'étude : « c'est l'Éternel qui éclaire les yeux de tous deux ». Tous deux bénéficieront d'une illumination dans la Torah. Pour le pauvre, cela va de soi, mais le talmid 'hakham constatera lui aussi qu'il y gagne une clarté nouvelle dans son étude.
Le Gaon de Vilna explique que le terme « rach » désigne un homme indigent depuis sa naissance, à la différence de « dal ». Le « dal » est une personne qui possédait des biens mais s'est appauvrie (dont la fortune a diminué), tandis que le « rach » est né dans la misère, pauvre par essence dès son premier jour. Quant à « l'homme de tekhakhim », explique le Gaon, il s'agit d'un individu jadis riche qui a sombré dans la pauvreté. Comment déduire ce sens du mot « tekhakhim » ? Où se trouve cette notion dans l'expression ? Le Gaon suit ici la voie d'Ibn Ezra, qui rattache « tekhakhim » à l'idée d'un être brisé par l'indigence, à l'instar de « mitokh oumê'hamas » (de l'oppression et de la violence), et du verset « véhèm toukkou leraglékha », où « toukkou » signifie qu'ils ont été frappés et brisés. Ainsi, le « ich tekhakhim » est celui qui a essuyé un coup financier très dur et se trouve désormais ruiné.
Dès lors, le rach est indigent dès l'origine, tandis que l'homme de tekhakhim a été durement éprouvé et frappé de ruine. Et lorsqu'ils se rencontrent, explique le Gaon de Vilna, chacun épanche sa détresse et crie vers le Ciel, et l'Éternel éclaire les yeux de tous deux. Le Saint, béni soit-Il, leur accorde Son salut, tant à celui qui est né dans le dénuement qu'à celui qui a été déchu de ses biens.
À quoi cela s'applique-t-il ? Pourquoi aurait-on pensé autrement ? L'approche du Gaon de Vilna consiste à expliquer l'ensemble du livre de Michlé sous un angle spirituel. C'est pourquoi il enseigne : il en va de même dans la Torah. Il existe un homme indigent en Torah, qui n'a jamais rien appris, un ignorant (am haarets) depuis toujours. Et il y a celui qui a oublié son étude par la force des épreuves, et c'est là « l'homme déchu » (ich tekhakhim) - une déchéance non pas matérielle, mais dans l'étude, car son être intérieur a été brisé. L'ignorant vient le trouver et lui demande : « Enseigne-moi un chapitre. » L'homme éprouvé, celui qui a oublié son étude, lui répond : « Moi aussi j'ai oublié, et je ne suis pas en mesure de t'enseigner. » Mais il lui dit : « Étudie tout ce que tu peux. » Alors tous deux crient leur détresse vers Hachem, et « Hachem éclaire les yeux de tous deux » - aussi bien l'indigent qui n'a jamais rien possédé que celui qui a oublié son étude.
Il y a là un enseignement capital : il est interdit de désespérer. Parfois, un homme s'écrie : « De quoi parles-tu ? Je n'ai jamais étudié la Torah de ma vie, je ne m'y suis jamais consacré, ce n'est pas pour moi ! » On lui répond : même si tu es un indigent depuis toujours, crie vers Hachem et Il t'éclairera les yeux. Mais il y a la situation inverse, celle de l'homme qui s'est appauvri en Torah et qui s'exclame : « Cet homme-là n'a jamais rien su, mais moi... sais-tu quel était mon niveau ? Sais-tu ce que cela exige de tout reprendre à zéro ? » Et nos Sages enseignent : « Il est plus pénible de réapprendre l'ancien que de commencer le nouveau » (vekachya atika mehadeta) ; il est bien plus lourd de réapprendre ce que l'on maîtrisait jadis que de découvrir un domaine vierge. C'est donc précisément lui qui est brisé et qui dit : « Comment peux-tu comparer ? Sais-tu tout ce que j'ai perdu ? » Et par là, il renonce à reprendre son étude. On vous dit alors : tous les deux, criez vers Hachem et Il vous éclairera les yeux. Quelle que soit votre situation, vous mériterez cette lumière, pourvu que vous imploriez Hachem du fond de votre détresse.
Il arrive qu'un homme monte une combine, contourne les règles et gagne trois mille chekels en un tournemain. Il s'imagine avoir fait une belle affaire et se dit : « Pourquoi discuter ? Cet argent est bien là, dans ma poche. » Mais plus tard, il s'aperçoit que ce prétendu profit a été entièrement englouti par une dépense imprévue. Le préjudice et la privation ont tout repris.
On raconte à ce propos une histoire survenue il y a une dizaine ou une quinzaine d'années. Un automobiliste avait subi un léger accrochage. Il est allé voir un carrossier, qui lui a dit : « Une telle éraflure ne vaut pas la peine d'être déclarée à l'assurance, car la franchise dépasse le coût de la réparation ; en revanche, si les dégâts étaient considérables, l'assurance prendrait tout en charge sans franchise. » L'homme s'est dit : « Des dégâts importants ? Aucun problème. » Il a lui-même raconté : « Je suis monté dans ma voiture, j'ai repéré un bon poteau en béton et j'y ai frotté tout le côté. Je suis retourné voir le carrossier : Est-ce assez important maintenant ? Il m'a répondu que oui. J'ai fait intervenir l'assurance, qui a tout pris en charge et remis à neuf, les portières ont été changées, la totale. » En d'autres termes, cet homme s'est comporté en parfait voleur, un véritable usurpateur.
Et il poursuit son récit : « Un ou deux jours plus tard, je roulais vers Ariel. En chemin, mon téléphone a sonné. J'ai décroché, et tout à coup, j'aperçois une voiture de police sur le bas-côté et un agent qui me fait signe de m'arrêter. Il m'a surpris le téléphone à la main et m'a infligé sur-le-champ une amende de sept cent cinquante chekels. » Et cet homme de conclure : « Ces sept cent cinquante chekels correspondaient exactement à la somme que j'avais économisée en emboutissant délibérément ma voiture pour échapper à la franchise que j'aurais dû acquitter si j'avais payé les réparations de ma poche. Exactement le même montant, dès le lendemain ! » C'est précisément l'application de la parole de nos Sages : ce que le mensonge fait entrer, la perte le fait sortir. La misère l'évacue, le dommage le reprend.
C'est là tout le sens du commentaire du Malbim : en écho à ce dicton populaire, Chlomo déclare : « Le pauvre et l'homme d'intrigues se sont rencontrés. » Le « pauvre » (roch) représente la misère, et « l'homme d'intrigues » (ich tekhakhim) incarne la fraude, du mot tokh (tromperie et ruse). Et ils se sont rencontrés. Or, après une première rencontre, que se passe-t-il ? Une autre entrevue, puis une autre, puis l'accord de principe (le « vort »), les fiançailles, et enfin le mariage. « Se sont rencontrés » signifie qu'ils se sont unis. Et dès lors qu'ils sont unis, comme nous l'avons expliqué : ce que les intrigues font entrer, la misère vient le reprendre.
Et qui en tire une leçon morale ? Les hommes. « Hachem éclaire les yeux de tous deux » se rapporte aux créatures, qui voient ainsi clairement ce qui advient lorsque l'on use de tromperie, et ce qui découle d'une conduite droite. En fin de compte, la perte et le dommage viennent tout reprendre. Par cette rencontre entre « le pauvre et l'homme d'intrigues », Hachem dessille les yeux des hommes afin qu'ils ne se livrent plus à la fraude et que soient dissipées les illusions de l'avidité malhonnête. Telle est la finalité de cette alliance : t'enseigner que le Saint, béni soit-Il, finit toujours par réclamer des comptes aux hommes pour leurs ruses et leurs mensonges, et que chacun devra payer pour ses actes.
מֶלֶךְ שׁוֹפֵט בֶּאֱמֶת דַּלִּים כִּסְאוֹ לָעַד יִכּוֹן׃ (יד) - Un roi qui juge avec équité les indigents verra son trône affermi pour toujours. (14)
Le Gaon de Vilna relève trois qualités chez ce souverain. Premièrement, il « juge », il rend constamment la justice. Deuxièmement, il le fait « en vérité », ce qui signifie que ses jugements sont intègres et qu'il ne fausse jamais la loi. Troisièmement, il veille sur les indigents. Or, l'indigent compte généralement bien moins de protecteurs et d'amis, et fort peu de gens ont intérêt à lui venir en aide, car la question immédiate est toujours : « Qu'ai-je à y gagner ? » Les puissants penchent presque toujours en faveur des magnats, de ceux qui se trouvent au sommet de l'échelle, les détenteurs de la fortune et de l'autorité, auprès desquels on peut espérer des faveurs. Si l'on est l'ami d'un homme fortuné, on recevra peut-être un chèque avantageux ; mais si l'on est l'ami d'une modeste citoyenne sans le sou, qu'obtiendra-t-on ? Des mérites dans le Ciel, certes, mais rien de matériel dans ce monde.
C'est précisément ce qui est enseigné ici : le roi qui juge en vérité est celui qui prend la défense des humbles et se préoccupe de leur sort. Car soutenir les indigents n'est pas chose aisée : cela s'opère toujours au détriment des nantis et des puissants. Et voilà que les notables, avec qui l'on entretenait d'excellents rapports, prennent soudain leurs distances : « Comment, vous nous imposez une taxe ? Vous exigez cela de nous ? Vous nous fixez des limites ? » Oui, messieurs, car mon souci n'est pas de vous avantager, mais de protéger les personnes simples et de soutenir les plus démunis.
Ceux qui s'en souviennent savent qu'autrefois, on payait pour une facture de téléphone fixe ou mobile cent, deux cents shekels, et parfois bien plus. Aujourd'hui, on peut avoir une ligne pour dix shekels par mois. En d'autres termes, lorsqu'on privilégie les intérêts d'un grand magnat, cela se fait nécessairement aux dépens de milliers de personnes modestes qui en paient le prix. Mais quand on dit à un dirigeant d'entreprise : il n'est pas concevable que tu t'enrichisses et deviennes multimilliardaire sur le dos de millions de gens qui ploient sous le fardeau, alors on se soucie véritablement des pauvres. C'est cela, un roi qui juge selon la vérité : celui qui juge avec équité prend soin des démunis.
Et alors, « son trône sera affermi pour toujours ». Le Gaon de Vilna explique qu'un tel dirigeant mérite deux privilèges : d'abord, son trône sera affermi, c'est-à-dire solide ; ensuite, « pour toujours », car cette force n'est pas passagère mais durable. On peut aussi l'envisager sur un plan purement humain, même si le sens est avant tout spirituel. Observons le monde politique : lorsqu'on ne favorise que les oligarques, on oublie que chaque magnat n'a qu'un seul bulletin de vote. En revanche, lorsqu'on prend soin du peuple, chaque citoyen est un électeur potentiel, et si l'on a fait du bien à un million de personnes, des dizaines de milliers d'entre elles en garderont de la gratitude. On en retire donc un bénéfice concret dès ce monde-ci, avant même la rétribution du monde futur. Alors que se dévouer aux puissants peut certes arranger les affaires personnelles d'un dirigeant, en définitive, « son trône ne sera pas affermi pour toujours », et son autorité ne subsistera pas indéfiniment.
Le Malbim explique : le trône d'un roi est fondé sur la justice, comme il est dit : « Voici qu'un roi régnera pour la justice ». Quand le roi juge avec équité, son trône est affermi, reposant sur une base solide ; mais s'il ne juge pas avec droiture, il entraîne le déclin de son royaume.
Comme nous l'avions vu dans le livre des Rois au sujet d'Izevel (Jézabel), elle recruta des scélérats pour porter un faux témoignage contre Navot de Yizréel, prétendant qu'il avait maudit Dieu et le roi. La question se posait alors : pourquoi avait-elle besoin de toute cette mise en scène ? Pourquoi monter un procès de façade, alors que le roi disposait d'un pouvoir absolu ? Si son régime était autoritaire, qu'il se débarrasse de cet homme sans autre forme de procès, qu'il s'empare de la vigne et fasse ce que bon lui semble ! Pourquoi tenir à donner l'apparence d'un jugement équitable ? Le Malbim y explique qu'un souverain ne pouvait commettre des actes perçus par le peuple comme une injustice absolue, car cela risquait d'ébranler le royaume, de semer la révolte et d'engendrer un soulèvement populaire. Il arrive un moment où le peuple ne se contente plus de subir les coups, mais déclenche une insurrection. On l'a vu également avec Réhav'am (Roboam), fils de Chlomo : on ne peut étouffer indéfiniment la population sous les taxes, car vient un temps où Adoniram, le préposé aux impôts envoyé pour percevoir les redevances, finit par être mis à mort par la foule. Même sous un règne monarchique et autoritaire, le pouvoir devait composer avec ses propres limites et préserver au moins une façade d'équité et d'honnêteté. Voilà pourquoi elle organisa un procès avec des témoins accusant Navot d'avoir outragé Dieu et le roi : un tel blasphémateur ne méritait-il pas la mort ? Il fallait sauver les apparences de la légalité.
Le Malbim ajoute encore : il existe parfois ce que nos Sages appellent un « din mérouma » (un procès frauduleux). Les Sages désignent ainsi une situation où l'on monte une machination pour tromper le juge, en inventant un récit et en créant un faux semblant destiné à l'égarer, pour lui faire croire que le droit est de notre côté. Dans un tel cas, il faut redoubler d'enquêtes, de pondération et de discernement pour déceler où se cachent la supercherie et le mensonge. « Le roi qui juge les pauvres selon la vérité » recherche l'exacte vérité, ne se laisse pas berner ni manipuler, et n'accorde pas foi aux récits sans vérification approfondie. C'est pourquoi « son trône sera affermi pour toujours » : la vérité subsiste éternellement, et si l'on établit son trône et son autorité sur la vérité, ce trône demeurera à jamais.
L'histoire biblique nous montre d'ailleurs qu'un roi juste a pu accepter un faux témoignage sans le scruter convenablement, et que cela porta atteinte à sa propre royauté. Tsiva vint trouver David et lui affirma qu'il venait lui prêter main-forte pendant la révolte de son fils, ajoutant qu'au même instant, Mefibochet, petit-fils de Chaoul, avait déclaré : « Quand la royauté me reviendra-t-elle ? » Tsiva était un serviteur perfide, l'esclave de Mefibochet ; il calomnia son maître alors que lui-même s'était enfui en l'abandonnant, sachant que Mefibochet était infirme et incapable de marcher. Mefibochet ne pouvait donc se déplacer pour accueillir David, mais Tsiva inventa de toutes pièces cette accusation. David trancha alors : si c'est ainsi, tu recevras tous les biens de Mefibochet.
Plus tard, Mefibochet se présenta et rétablit les faits : son serviteur s'était enfui en le laissant sur place alors qu'il lui avait demandé de seller son âne pour rejoindre le roi, et jamais il n'avait espéré récupérer la couronne ni contesté la royauté de David. David déclara alors : « J'ai dit : toi et Tsiva, partagez les terres ». David revint donc partiellement sur sa décision en ordonnant un partage, moitié pour toi et moitié pour ton serviteur, laissant l'affaire dans le doute, sans véritablement trancher au fond. Et que se passa-t-il finalement ? À l'instant même où cette parole sortit de sa bouche, une voix céleste proclama : David, Réhav'am et Yarov'am partageront le royaume. C'est redoutable. David n'avait pas jugé avec une parfaite rigueur, il avait prêté l'oreille à la calomnie, et c'est pourquoi son trône fut ébranlé : la royauté de son descendant fut scindée et perdit son unité absolue. C'est précisément ce que nous enseigne ce verset : il arrive qu'un litige soit vicié par la fraude, et le roi se doit d'élucider la vérité afin que son trône soit affermi pour toujours ; mais s'il prononce un jugement injuste, c'est finalement son propre trône qui en subira le contrecoup.
שֵׁבֶט וְתוֹכַחַת יִתֵּן חָכְמָה וְנַעַר מְשֻׁלָּח מֵבִישׁ אִמּוֹ׃ (טו) - Le bâton et la réprimande donnent la sagesse, mais le jeune homme livré à lui-même fait honte à sa mère. (15)
Le « chévet » désigne le bâton, comme dans le verset : « Ton bâton et Ton appui, voilà ce qui me réconforte ». On raconte qu'un homme fut un jour convoqué devant un tribunal rabbinique parce qu'il levait la main sur sa femme. Quand les juges lui demandèrent des explications, il répondit : c'est pourtant un verset explicite, « Il ne l'a pas créée pour le chaos, Il l'a formée pour y habiter (lachévet) » - or « chévet », c'est le bâton ! On voit de quelle façon absurde certains détournent les textes. Une autre histoire rapporte qu'on amena devant le tribunal un individu qui battait, à Dieu ne plaise, son épouse. Interrogé sur sa conduite, il prétendit avoir appris dans les textes que la femme incarne les rigueurs (dinim) et l'homme les bontés (hassadim), et qu'il faut faire prévaloir les bontés sur les rigueurs, raison pour laquelle il s'y employait avec toute sa vigueur... Que Dieu nous préserve de tels égarements !
Le Ralbag explique : le bâton et la réprimande inculquent la sagesse au jeune homme. Le bâton représente la discipline et la réprimande l'exhortation verbale ; c'est par ce double moyen que l'enfant acquiert la perfection morale, car sans cela, comment parviendrait-il à la sagesse ? À l'opposé, « le jeune homme livré à lui-même » (na'ar mechoula'h) est un enfant délaissé, qui agit selon son bon plaisir, sans limites ni autorité pour le canaliser, abandonné à ses instincts, dépourvu d'éducation et de sagesse.
Et pourquoi le texte précise-t-il qu'il « fait honte à sa mère » en particulier ? Le Ralbag répond que c'est à elle que l'on imputera une grande part de ses mauvais penchants. En effet, lorsqu'on cherchera l'origine de son inconduite, le regard se tournera vers la mère, car les gens diront qu'elle en est la cause pour ne pas l'avoir repris avec fermeté dans son jeune âge. Durant son enfance, le fils passe la majeure partie de son temps au foyer auprès de sa mère, tandis que le père s'absente pour son travail. Si la mère l'avait éduqué sur la voie de la discipline morale, selon le verset : « Écoute, mon fils, l'instruction de ton père et ne délaisse pas l'enseignement de ta mère », il serait devenu un être droit et respectable.
Le Metsoudat David ajoute qu'elle l'a privé de réprimande, car il est dans la nature des femmes de couver excessivement leurs fils et de s'apitoyer sur eux. La mère s'attendrit sur son enfant, a pitié de lui, l'épargne et dit : « Le pauvre, c'est difficile pour lui, comprends-le, il n'en est pas capable ». Or, il est déjà écrit : « Les femmes compatissantes ont fait cuire leurs propres enfants » : une femme s'imagine parfois faire preuve de pitié envers son enfant, alors qu'en réalité elle le détruit, le ruine et le gâche. Bien au contraire, un enfant envers lequel on a des exigences, sans dépasser ses capacités mais à la mesure de ce qu'il peut faire, en l'encourageant et en lui disant : « Tu en es capable, regarde, là tu as réussi, ici tu as pu le faire, et à cet examen tu as obtenu la note maximale » - c'est magnifique, et l'on voit qu'il en est capable.
Mais si la mère se pose constamment en avocate de son fils, venant sans cesse en classe pour affirmer : « Les autres enfants l'embêtent » - comment ça, ils l'embêtent ? Votre fils est un fauteur de troubles, vous n'imaginez pas ce qu'il fait endurer à toute la classe ! « Mais non, sachez qu'il y en a un qui l'a dévergondé, et je vous assure que mon fils a une âme tellement pure... ». Oui, d'accord, mais il n'étudie pas du tout. « Non, voyez-vous, il a des difficultés cognitives, il n'y est pour rien et fait énormément d'efforts ». Quels efforts ? Voyons, Madame, regardez la réalité en face ! Quelqu'un disait un jour qu'il est très difficile pour une mère de voir les défauts de son enfant. On avait fait cette remarque à une mère, qui répondit : « Je ne pense pas que ce soit vrai ; si mon fils avait des défauts, je suis certaine que je les verrais ! » Vous comprenez ?
À qui attribue-t-on alors tout cela ? À la mère, car il est dans la nature des femmes de surprotéger leurs fils ; c'est pourquoi il fait honte à sa mère, car on dira que la faute en revient à sa mère, se demandant qui l'a ainsi gâté. En revanche, lorsqu'on a une mère comme celle de Chlomo, on obtient un fils comme Chlomo. Et lorsqu'un jour il ne s'est pas levé à l'heure, « que sa mère lui a inculqué » - sa mère l'a réveillé et l'a réprimandé. On obtient ainsi un fils comme Chlomo, dont il est dit à l'âge de douze ans : « Et l'Éternel l'aima », Yédidya. Un niveau, une grandeur, une sainteté que nul ne peut concevoir ! Mais lorsqu'une mère passe son temps à surprotéger - « C'est dur pour lui, pas maintenant, n'exige rien de lui, ce n'est pas grave, je l'ai fait à sa place » - que fais-tu à sa place ? Qu'est-ce que tu lui as appris ? À être un parasite : mange et laisse tes assiettes traîner, tu n'as pas besoin de participer à la maison puisque maman lavera la vaisselle après toi, tu n'as jamais besoin d'aider, parce que pour lui c'est toujours trop dur, il ne peut pas, il n'en est pas capable et il n'aime pas ça. Qu'est-ce que c'est que cette attitude ? Tu élèves un enfant en barbe à papa ? Où est sa force ? Où est l'exigence envers lui ? Où est sa colonne vertébrale ? Certes, comme mentionné, il ne faut pas exiger au-delà des mesures ni surcharger, mais pour ce dont l'enfant est capable : donnez-lui la possibilité d'exprimer ses aptitudes et ses forces, et soyez exigeants avec lui. Quand on a des exigences envers lui, on s'aperçoit que l'enfant en est tout à fait capable. Mais lorsqu'un enfant sait que sa mère sera toujours là à la maison pour voler à son secours, pourquoi ferait-il le moindre effort ? Sa mère trouvera de toute façon toujours le moyen de le dédouaner.
Rachi explique : « un jeune garçon livré à lui-même (na'ar mechoula'h) » - que son père a laissé libre de suivre les penchants de son cœur. Autrement dit, le père l'a abandonné à son sort en lui disant pour ainsi dire : va, fais ce que tu veux. Et au final, il fait honte à sa mère. Regardez Ichmaël : parce qu'il était méchant, il a poussé Sarah à dire à Avraham : « Chasse cette servante ». Ichmaël était perverti, et quelle en fut la conséquence ? L'expulsion de la servante et de son fils : « Chasse cette servante et son fils ». Et pourquoi ? Parce qu'il y avait là l'idée de « faire honte à sa mère », car l'éducation vient de la mère, et Sarah a bien vu que le problème résidait chez la mère. C'est pourquoi elle n'a pas dit : « Ne chasse que le fils », sous prétexte que le fils pervertissait son propre fils. Absolument pas : « Chasse cette servante et son fils », car l'enfant qui fait honte jette l'opprobre sur sa mère.
Le Malbim explique : le « bâton » (chévet) désigne la réprimande par le bâton, tandis que la « remontrance » (tokha'hat) désigne la réprimande par la parole. Selon le Malbim, le terme tokha'hat dérive toujours de la racine signifiant prouver (leokhiah) ou argumenter (lehitvakea'h), c'est-à-dire par les mots, et s'adresse toujours à la raison : je te démontre par des arguments logiques, par des preuves et des faits. Quant au bâton, c'est la verge. Et les deux réunis « donnent la sagesse », en lui faisant accepter les règles de la sagesse. Pourquoi ? Parce que la remontrance verbale à elle seule n'a pas de prise sur le cœur d'un jeune dont les représentations intérieures sont mauvaises. C'est-à-dire que lorsque les penchants naturels, l'imagination et les pensées d'un jeune sont tournés vers le mal, la remontrance seule ne sert à rien ; il fallait aussi le bâton.
Nous avons déjà précisé que ces propos ne s'appliquent pas à notre époque. De nos jours, il a été prouvé au-delà de tout doute que frapper est nuisible, et parfois destructeur à l'extrême ; et même si ce n'est pas extrême, cela reste incontestablement nocif. Nous avons également expliqué que la notion de châtiment corporel dont il est question ici ne correspond en aucun cas à de véritables coups : pour un tout-petit de deux ou trois ans qui commet un acte dangereux, on peut lui tenir fermement la main de manière à lui faire un peu mal pour l'éloigner du danger, on peut éventuellement donner une petite tape sur la main, mais en aucun cas des coups ou des actes de ce genre, et certainement pas à un âge plus avancé. Autrefois, on parlait de quatorze ou quinze ans ; aujourd'hui, la limite s'applique dès cinq ou six ans, et ce n'est absolument pas un âge où l'on peut agir avec les mains.
Notre génération est insolente, et un enfant de cinq ou six ans peut vous répondre avec un aplomb qui vous laissera sans voix. Or, la Guémara enseigne que celui qui frappe son grand fils le pousse à l'insolence, et le Ciel lui en demandera compte. Jadis, cette insolence apparaissait vers quatorze ou quinze ans ; aujourd'hui, un enfant de cinq ou six ans réagit déjà par la rébellion et l'effronterie. C'est pourquoi il est bien plus efficace de lui infliger une autre sanction : tu n'iras pas jouer avec tes amis, tu ne feras pas de vélo, tu seras privé de quelque chose que tu devais recevoir. C'est infiniment plus utile que de lever la main sur lui. La réalité a prouvé que les parents qui ont employé les coups envers leurs enfants les ont perdus très rapidement. On voit des enfants de dix ou douze ans traîner dans la rue, les cheveux teints, devenus de véritables enfants des rues. D'où cela vient-il ? Examinez la manière dont son père et ses parents se sont comportés avec lui ! C'est pourquoi, à notre génération, il ne faut absolument plus raisonner en ces termes : ces méthodes sont purement destructrices et infligent à l'âme de l'enfant une brûlure au fer rouge dont il mettra des années à se délivrer.
Quoi qu'il en soit, à l'époque de nos Sages, l'enfant n'avait nulle part où aller, et par-dessus tout, il avait le sens de la soumission. Un jeune homme de dix-huit ans, lorsqu'il parlait à son père, baissait les yeux ; et je parle d'il y a soixante ans à peine, pas de siècles en arrière ! Aujourd'hui, nous vivons dans une telle atmosphère d'insolence et d'effronterie qu'un enfant est capable de rester assis et d'ordonner à son père de se lever pour lui apporter quelque chose. Ton père se lèverait pour te servir ? « Ben oui, pourquoi pas ? Papa, va me chercher ça ! » Qu'est-ce que cela signifie, ton père est ton serviteur ? D'après la Halakha, cela est strictement interdit : il est interdit de demander à son père ou à sa mère d'aller chercher quelque chose pour soi. Et je ne parle même pas de la Halakha, je parle de la pure impudence. Et si le père refuse, l'enfant lui fait des remarques, conteste et tente de lui dicter sa conduite. Nous vivons aujourd'hui dans une réalité telle qu'on ne sait même plus comment qualifier cette génération ; il faut donc faire preuve d'une prudence extrême dans l'éducation des enfants, et à plus forte raison proscrire les coups, qui sont destructeurs. D'un côté, il faut maintenir des exigences, éduquer convenablement et attendre des efforts de la part des enfants ; mais de l'autre, il faut savoir que les châtiments corporels ne constituent plus une méthode adaptée à notre époque. Chlomo a d'ailleurs dit : « Éduque l'enfant selon sa voie » : il faut discerner, à chaque génération, quelle est sa voie propre, et éduquer en conséquence.
Il faut le savoir : certains pensent : « Je vais le frapper et il comprendra la leçon ». Or, les enfants finissent par s'endurcir et s'immuniser. Un parent qui crie sur son enfant pour un rien finit par ne plus produire aucun effet ; si une mère crie continuellement à la maison, l'enfant ne réagit plus, car le cri est devenu le mode par défaut de la mère, et lorsqu'elle parle calmement, il ne comprend même plus. Un enfant frappé est un enfant que les coups n'atteignent plus du tout. J'ai connu des cas extrêmes où l'enfant tendait les mains en avant et disait à son père : « Vas-y, donne-moi une gifle ! Tu peux m'en mettre une autre, ça ne me fait rien du tout ». Alors le père s'emporte... Or, ce père agit avec une stupidité totale, car le but initial n'était pas de « te faire mal », mais de te remettre dans le droit chemin et de te corriger. Et si cela ne te fait rien, alors quoi ? Va-t-on devenir une bête féroce et décharger toutes ses frustrations sur son enfant ?
Laissez-moi vous raconter : j'ai connu un homme, âgé aujourd'hui de quarante ans, qui m'a confié : « Je ne pardonne pas à mon père. Mon père me donnait des coups de pied ». Il en était blessé à un point inconcevable et indescriptible. Il faut bien comprendre que ce n'est absolument pas une voie d'éducation. De plus, les enfants d'aujourd'hui ont un sens aigu de leur dignité. Autrefois, un enfant était docile et soumis ; aujourd'hui, un enfant a son honneur, et une gifle représente, comme je l'ai dit, une véritable brûlure au fer rouge.
Un jour, un couple de parents est venu consulter un rabbin. Le père prétendait qu'il fallait donner des coups et que c'était ainsi que notre génération avait grandi, tandis que sa femme soutenait le contraire. Le rabbin lui expliqua que c'était une grave erreur. Le père se mit alors à lui citer des versets : « Celui qui ménage sa verge hait son fils, mais celui qui l'aime a soin de le corriger », « La verge et la réprimande donnent la sagesse », ainsi que d'autres citations similaires. Le rabbin lui répondit : « Je ne vais même pas commencer à débattre avec vous sur les textes. Je vous parle des faits sur le terrain : et les faits prouvent que les parents qui ont levé la main sur leurs enfants les ont très vite perdus. C'est le principe de pouk 'hazi - va et regarde ce qui se passe. Et si vous n'êtes pas convaincu, interrogez les éducateurs : ce sont eux qui constatent tous les naufrages, c'est à eux que parviennent tous ces débris brisés et toutes ces pauvres âmes en détresse, et ce sont eux qui doivent ensuite tenter de réparer les dégâts. Renseignez-vous, et vous constaterez qu'à notre époque, quiconque lève la main sur son enfant le perd très rapidement. »
Il ne s'agit nullement de lâcher la bride ni de laisser l'enfant faire tout ce qu'il veut ; « l'enfant livré à lui-même fait honte à sa mère », nous n'avons jamais dit le contraire. Il existe bien d'autres manières de sanctionner un enfant tout en préservant sa dignité, de le punir sans lui asséner de gifle, et l'on peut lui infliger une punition qui lui sera bien plus sensible. Mais là encore, la plus grande prudence est de mise, car certains ne frappent pas physiquement mais blessent moralement : « Tu n'es qu'un bon à rien ». C'est une blessure psychologique qui cause souvent bien plus de dégâts qu'un coup physique. Humilier l'enfant par la parole est destructeur, parfois sept fois pire qu'un coup, car une blessure de l'âme persiste très longtemps.
Même lorsqu'on réprimande un enfant, il faut le faire avec respect, et lui faire comprendre qu'il est lui-même responsable de ce qui lui arrive. Il faut lui faire réaliser : « J'aimerais vraiment ne pas avoir à te punir, mais tu ne me laisses pas le choix, et c'est pourquoi je me vois contraint de t'interdire telle ou telle chose, jusqu'à ce que je constate un changement dans ton comportement. » Dès lors, l'enfant comprend de lui-même qu'il a mal agi, et s'efforce de lui-même de bien faire. En revanche, lorsqu'on donne un coup, tout est fini : l'enfant a déjà reçu sa correction, et quelle raison a-t-il désormais de s'efforcer de s'améliorer ? Pourquoi ferait-il des efforts pour mieux agir ? Uniquement par peur du coup suivant. Dès lors, dès que le père violent ou prompt aux coups n'est plus à ses côtés, il recommence à faire ce qu'il veut. Le but de l'éducation n'est pas le dressage. Le but de l'éducation est de susciter chez l'enfant la motivation intérieure d'agir.
Ainsi, si on l'éduque et qu'on lui explique, et que faute de mieux on lui inflige une sanction, cette punition doit être accompagnée d'une explication. On n'est pas tenu de tout justifier dans les moindres détails, et s'il conteste, entrer dans des débats sans fin n'est pas la bonne démarche, comme nous l'avons développé par ailleurs. Mais on lui donnera une explication brève et on lui énoncera sa sanction. De plus, les punitions doivent être raisonnables : on ne dira pas à un enfant pour une broutille : « Pendant un mois, tu es privé de vélo », car que ferait-on à la faute suivante, le priver pendant un an ? Il faut garder le sens de la mesure. Une punition est une munition : si, dès le début du combat, on lance toutes ses grenades et qu'on épuise ses munitions, on se retrouve désarmé au cœur de la véritable épreuve. Quand on dose mal les punitions, on finit par ne plus avoir aucun recours en main. C'est pourquoi, même lorsqu'on n'a pas le choix et qu'il faut sanctionner - ce qui n'est pas la méthode ordinaire, la punition ne venant qu'en dernier recours -, la sanction doit rester proportionnée et ne pas dépasser ce qui est logique pour l'acte commis.
בִּרְבוֹת רְשָׁעִים יִרְבֶּה פָּשַׁע וְצַדִּיקִים בְּמַפַּלְתָּם יִרְאוּ׃ (טז) - Quand les méchants se multiplient, la transgression abonde, mais les justes verront leur chute. (16)
Le Ralbag explique : lorsque les méchants se multiplient, le crime augmente dans le monde. Car en plus du fait que chacun d'eux est en soi corrompu et malfaisant, lorsqu'ils deviennent nombreux, l'impact d'une multitude n'est pas comparable à celui de quelques individus isolés : « Ils s'aident l'un l'autre et chacun dit à son frère : courage ! » D'un délinquant isolé naît une bande, puis un réseau criminel, jusqu'au grand banditisme organisé. Autrement dit, lorsque les impies prolifèrent, la criminalité augmente de manière disproportionnée.
Et bien que les méchants vouent une haine farouche aux justes - comme nous l'avons vu : « l'homme droit est une abomination pour le méchant » - et qu'ils entravent leur route, il est néanmoins écrit : « mais les justes verront leur chute ». Ils ne pourront pas nuire aux justes ; les justes échapperont à leur emprise et seront témoins de leur déchéance, car l'issue finale des impies est vouée au malheur. Ainsi, la prolifération de leurs méfaits n'aboutira pas à la chute du juste devant l'impie, mais c'est bien le juste qui triomphera du méchant.
Le Malbim explique que « quand les méchants se multiplient » s'entend aussi bien en nombre qu'en influence, c'est-à-dire en pouvoir et en réussite. Il arrive que le nombre de méchants n'augmente pas, mais qu'ils accèdent à des postes clés : l'un devient ministre de l'Éducation, l'autre ministre des Finances, et ils obtiennent ainsi une position de force. Et lorsque les impies prennent de l'ampleur, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, « la transgression abonde », et ils redoublent d'iniquité et de crimes. Cependant, ajoute le Malbim, la méchanceté a des limites et l'obscurité a un terme : s'ils multiplient les forfaits à l'excès et que la mesure est comble, le méchant court à sa perte.
Et quant à « mais les justes verront leur chute », le Malbim enseigne que les justes perçoivent cette issue dès le moment même où l'impie multiplie ses transgressions. Avec les yeux de l'esprit et de la raison, le juste discerne la fin du méchant ; il n'a pas besoin d'attendre le dénouement historique pour le constater, car son intelligence lui fait déjà contempler cette chute, jusqu'à ce qu'il la voie concrètement de ses propres yeux matériels. C'est pourquoi le juste ne s'émeut nullement du succès temporaire de l'impie, car il sait que le méchant est semblable à l'herbe : il pousse vite et flétrit rapidement. L'histoire a toujours confirmé que tous ceux qui ont opprimé Israël ont fini par disparaître. En revanche, « le juste fleurira comme le palmier » : le palmier met du temps à grandir, mais une fois établi, il traverse les siècles. Dès lors, « les justes verront leur chute » : les justes contempleront leur déchéance et poursuivront leur chemin dans la droiture.
Les quatre versets que nous avons étudiés enseignent quatre principes fondamentaux. « Le pauvre et l'oppresseur se rencontrent » : celui qui consacre de son temps et de sa Torah à autrui ne perd rien mais reçoit au centuple, et celui qui est démuni de Torah, qu'il ait manqué de dispositions au départ ou qu'il ait oublié son étude, si seulement il implore Hachem, Hachem éclairera ses yeux ; et au sens figuré, ce que la tromperie fait entrer, l'indigence le fait sortir, et Hachem ouvre ainsi les yeux des hommes afin qu'ils cessent d'user de fraude. « Le roi qui juge les pauvres selon la vérité » : un dirigeant soucieux des faibles, qui recherche la vérité même dans un litige trompeur, verra son trône affermi pour toujours ; en revanche, celui qui pervertit le jugement ébranle son pouvoir, comme nous l'avons constaté avec David et Tsiva. « Le bâton et la réprimande donnent la sagesse » : il faut être exigeant avec l'enfant et poser un cadre ferme, car l'enfant livré à lui-même fait honte à sa mère, mais à notre époque, l'éducation ne passe pas par les coups mais par l'explication, l'encouragement et une sanction mesurée, selon le principe : « Éduque le jeune selon sa voie ». « Quand les méchants se multiplient, la transgression abonde » : même lorsque les impies croissent en nombre et en puissance, la méchanceté a des limites et l'obscurité a une fin, et le juste perçoit leur écroulement par les yeux de l'esprit avant même qu'il ne se produise dans les faits, car le méchant est éphémère comme l'herbe tandis que le juste fleurit comme le palmier.