Le chapitre 29 des Proverbes traite d'une série de contrastes entre le juste et l'impie, entre le sage et l'insensé, entre le dirigeant équitable et le dirigeant injuste. Dans ce cours, nous nous pencherons sur deux versets : le verset 10 - l'attitude des hommes d'iniquité envers l'homme intègre, et le verset 11 - la différence entre l'insensé qui déverse tout son emportement et le sage qui sait l'apaiser. Ces deux versets touchent à une question éminemment pratique : comment une personne droite se conduit-elle dans un monde où se trouvent des hommes sanguinaires et des insensés.
אַנְשֵׁי דָמִים יִשְׂנְאוּ תָם וִישָׁרִים יְבַקְשׁוּ נַפְשׁוֹ׃ (י) - Les hommes sanguinaires haïssent l'homme intègre, et les hommes droits cherchent sa vie.
La première partie du verset se comprend aisément : les hommes sanguinaires, meurtriers et violents, haïssent l'homme intègre et cherchent à le tuer. La difficulté réside dans la seconde partie : « et les hommes droits cherchent sa vie ». Pourquoi un homme droit en voudrait-il à la vie de l'homme intègre ? Bien au contraire, les hommes droits devraient chérir la voie de la personne intègre, celle de l'être accompli. Partout dans le Tanakh, l'expression « chercher sa vie » signifie vouloir ôter la vie, et ici, cela semble tout à fait inconcevable.
Rachi explique qu'ici, contrairement à tout le Tanakh, l'expression « chercheront sa vie » n'est pas une formule d'homicide mais une marque d'affection : les hommes droits recherchent son âme pour lui prodiguer le bien. Rachi ajoute que ce n'est pas le seul endroit dans le Tanakh où l'on trouve ce sens : David dit à Évyatar « celui qui cherchera ma vie cherchera ta vie ». Au sens littéral, cela signifie que quiconque voudra me tuer voudra aussi te tuer ; mais Rachi y rapporte également une autre interprétation dans un sens positif : celui qui cherchera ma vie pour la sauver cherchera aussi ta vie pour la sauver, « car celui qui m'aimera t'aimera, et celui qui préservera ma vie préservera la tienne ». Et comme preuve qu'il existe une recherche de l'âme dans un sens favorable, Rachi cite précisément notre verset : « Les hommes sanguinaires haïssent l'homme intègre, et les hommes droits cherchent sa vie ».
Cependant, le Malbim précise qu'un tel emploi est rarissime, et que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le Tanakh une « recherche de l'âme » au sens d'amour - hormis ici. Et même au sujet d'Évyatar, le Malbim retient le sens simple, selon lequel David a dit : quiconque voudra me tuer voudra aussi te tuer, et non dans une acception positive. Dès lors, il nous faut chercher d'autres explications plus satisfaisantes.
Ibn Ezra explique : les hommes sanguinaires haïssent l'homme intègre et versent son sang, mais dans « et les hommes droits chercheront sa vie », l'intention n'est pas qu'ils cherchent son âme pour le tuer, mais plutôt que les hommes droits réclameront et vengeront son sang. C'est-à-dire qu'il y aura quelqu'un pour demander des comptes sur le fait d'avoir ôté sa vie ; quelqu'un viendra réclamer l'âme de l'homme intègre et demander qui l'a assassiné.
Dans une seconde explication, Ibn Ezra affirme que la fin du verset se rapporte à l'homme de sang, comme s'il était dit : « l'homme sanguinaire haïra l'homme intègre », et les hommes droits chercheront l'âme de cet homme sanguinaire pour lui faire payer son crime. Quoi qu'il en soit, que les hommes droits réclament le sang de l'homme intègre ou qu'ils tirent vengeance de l'homme sanguinaire, il n'est assurément pas question qu'ils en veuillent à la vie de l'homme intègre lui-même, ce qui serait dépourvu de tout sens.
Le Gaon de Vilna explique : pour les hommes sanguinaires, « il est méprisable à leurs yeux et ils se moquent ouvertement de lui » - ils raillent l'homme intègre. Telle est en effet la réalité : l'homme intègre n'est pas retors et ne manie pas de ruses d'esprit, c'est pourquoi les hommes violents se gaussent de lui et le tournent en dérision. Cependant, « et les hommes droits cherchent sa vie » signifie que les hommes droits recherchent précisément la proximité de son âme, souhaitant que toutes leurs affaires soient traitées par cet homme intègre. Et pourquoi ? Parce qu'il est certain qu'il ne les trompera pas et qu'il agira envers eux avec droiture. Celui qui trouve chez l'homme intègre la loyauté, la rectitude et l'honnêteté, bien au contraire, recherche sa présence et désire sa proximité.
Le Gaon de Vilna propose une autre explication : l'homme sanguinaire cherche continuellement à inventer des calomnies, à monter des accusations et à trouver des failles chez autrui. Mais lorsqu'il a affaire à un homme intègre, il se heurte à un obstacle : il ne trouve rien à lui reprocher et n'a aucune prise pour monter un dossier contre lui. Remarquez la rigueur des termes : le verset ne dit pas « les hommes de sang assassinent l'homme intègre », mais « haïssent l'homme intègre » - ils le haïssent précisément parce qu'il est irréprochable et qu'ils n'ont aucune matière pour l'incriminer. En revanche, les hommes droits ont toute leur affection tournée vers l'âme de l'intègre : ils aspirent à se conduire avec cette même candeur et désirent suivre sa voie, car pour l'homme droit, cheminer dans la droiture et l'intégrité est une vertu suprême et non une faiblesse.
Tout cela fait écho à ce qui s'est produit ici même avec le parquet et l'appareil judiciaire. On sait que depuis des années, des voix s'élèvent pour tenter d'infléchir le règne exclusif d'une certaine caste, où seuls ceux qui partagent ses vues sont admis à siéger à la Cour suprême. Diverses tentatives ont été menées pour endiguer la doctrine du « tout est justiciable », en vertu de laquelle des magistrats que personne n'a élus s'arrogent le droit de dicter la politique : libérer ou non des terroristes, c'est à nous d'en décider ; détruire des maisons ou non, c'est nous qui tranchons ; autoriser ou non telle procédure militaire, c'est encore notre prérogative. Et le jugement découle invariablement d'une seule et même idéologie. L'un d'eux a même poussé l'audace jusqu'à déclarer que la Cour devait refléter les conceptions du « public éclairé » ; depuis lors, chacun a compris où il se situe sur l'échiquier : parmi les esprits rétrogrades, que voulez-vous ; les Lumières n'ont de toute évidence daigné briller que chez eux. Et comme le disait un bon mot, dans les prétoires, la justice n'est souvent que le nom d'une planète.
Et quiconque a tenté d'entreprendre la moindre action pour modérer la toute-puissance de cette institution et ses ingérences flagrantes dans les prérogatives du pouvoir législatif s'est retrouvé visé par des enquêtes policières, voire jeté en prison. Ce fut le sort de Ramon, de Neeman, de Bar-On et de plusieurs autres qui avaient résolu de réformer la justice, et qui se sont très vite retrouvés confrontés à une tourmente dévastatrice dirigée contre eux-mêmes. Le tout pour des broutilles : que l'on se souvienne de l'affaire Ramon, montée autour d'un incident si futile ; mais comme Ramon avait décidé de nettoyer les écuries d'Augias, on a préféré faire place nette en le liquidant politiquement.
Témoin de ces événements, le Premier ministre de l'époque crut agir avec habileté. Il se dit : je vais nommer une personnalité issue du monde universitaire ; que pourront-ils bien lui trouver ? Quels appartements dissimulés, quels avantages indus ? C'est un homme qui a vécu modestement toute sa vie de son traitement professoral. Il a donc nommé Daniel Friedmann, et Friedmann a effectivement entrepris d'assainir le système. Mais lorsqu'on s'est aperçu qu'il était impossible de lui fabriquer un dossier, l'homme étant d'une probité absolue sous toutes les coutures, qu'ont-ils fait ? Ils se sont dit : au lieu de frapper le bras, coupons la tête. Et ils ont ouvert enquête sur enquête contre le Premier ministre lui-même, qui n'avait pas mesuré à quel panier de crabes il s'attaquait ni à quelles forces il s'affrontait. Résultat : il s'est retrouvé derrière les barreaux, pour des faits que d'autres commettaient à bien plus large échelle tout en sachant courber l'échine ; des gens qui traînent derrière eux des convois entiers de compromissions sans que cela n'émeuve personne. Le principe est limpide : ne touchez pas à notre pré carré. Si vous faites partie du bon sérail, tout vous sera pardonné.
Que l'on se souvienne, en son temps, de l'épais dossier d'instruction visant Oron, du parti Meretz : comment s'est-il conclu ? Classé sans suite dans la plus grande discrétion, pour « absence d'intérêt public ». Et selon quels critères décrète-t-on qu'il n'y a pas d'intérêt public ? En s'interrogeant entre soi : cette affaire t'intéresse-t-elle ? Pas le moins du monde. Car « le public », c'est nous. Quant aux autres, qui sont-ils donc et qui daigne les regarder ? Les Lumières ne sont guère leur fort, la flamme de la sagesse n'a brillé que sur nous, et le reste de la population n'a point voix au chapitre puisqu'il ne comprend rien à rien. C'est un spectacle affligeant, mais c'est notre réalité quotidienne, et nous en gémissons chaque jour. C'est très exactement ce qu'enseigne le verset : les hommes de sang haïssent l'homme intègre, car ils brûlent de l'accuser sans trouver la moindre prise sur lui, sa conduite étant sans reproche ; c'est pour cette raison même qu'ils le détestent. Et si cela ne suffit pas, ils visent le chef : « Puisque je ne puis monter de dossier contre toi, j'en fabriquerai un contre ton supérieur, et j'arrêterai net la menace qui me cerne. »
Comme nous l'avons souligné, le Malbim pose en principe que l'expression « chercher son âme » (yevaqchou nafcho) signifie partout dans le Tanakh chercher à lui ôter la vie. Dès lors, sa lecture du verset soulève une difficulté : comment concevoir que des hommes droits, qui représentent la vertu, en viennent à vouloir la mort de l'homme intègre ? Il convient donc de comprendre la pensée du Malbim selon un découpage différent de la phrase : les hommes de sang haïssent l'homme intègre, et ce sont également eux qui cherchent à tuer les hommes droits. Le verbe « ils haïssent » régit ainsi les deux propositions, suivant une construction analogue à la formule liturgique : « Il n'a point fait notre part comme la leur, et notre lot comme toute leur multitude », où la particule négative initiale porte également sur la seconde proposition (« et il n'a point fait notre lot... »). Il en va de même ici : les hommes sanguinaires haïssent l'homme intègre, et qui haïssent-ils encore ? Les hommes droits, dont ils recherchent la vie pour les faire périr.
Cette perspective s'accorde avec les écrits du Méïri, qui rapporte au nom du Rikamakh que la pensée se poursuit sans rupture et que la fin du verset ne contredit nullement le début, le singulier « son âme » valant pour « leur âme ». En d'autres termes : les hommes sanguinaires haïssent l'homme intègre, et les hommes droits leur sont tout aussi odieux, au point qu'ils complotent de leur ôter la vie. Toute la charge du verset retombe ainsi sur les hommes de sang, ce qui concorde parfaitement avec la lecture que nous venons de dégager chez le Malbim.
כָּל רוּחוֹ יוֹצִיא כְסִיל וְחָכָם בְּאָחוֹר יְשַׁבְּחֶנָּה׃ (יא) - L'insensé donne libre cours à toute sa fougue, mais le sage la retient et l'apaise.
Le Gaon de Vilna commente : lorsqu'un insensé expose une brillante explication, un sens littéral subtil ou un développement magistral, le sage intervient un instant plus tard et réduit l'édifice à néant d'un seul mot. Tu avais dressé des constructions théoriques vertigineuses, et voici que le sage vient démontrer que rien ne tient, car un mot consigné ailleurs vient anéantir tout le raisonnement. Et pour quelle raison ? Parce que le premier n'était qu'un insensé, et telle est la marque de la sottise : il n'aperçoit qu'un détail isolé, s'imagine avoir embrassé tout le sujet, et à partir de cette vision étriquée, il bâtit des théories, des commentaires et des déductions, sans voir que l'ensemble repose sur du sable.
Que signifie le terme « yechab’hénah » ? Rachi explique : il l'abaisse par la répartie de sa langue, selon le sens de « Il apaise le tumulte des mers » (Téhilim 65, 8) et de « lorsque ses vagues se soulèvent, Tu les calmes » (ibid. 89, 10) - quand les vagues se dressent, Tu les rabats, Tu les maîtrises et les diminues. De même, le sage abat et réduit au silence tout l'édifice bâti par l'insensé.
On raconte une plaisanterie sur un homme qui faisait un sermon et souleva une difficulté : « Il est écrit : "Tu établiras pour toi des juges, des gardes et des rois dans toutes tes portes". Comment comprendre ce terme de "rois", alors que deux rois ne peuvent partager une même couronne ? » Quelqu'un lui fit remarquer : « Attends, le mot "rois" ne figure pas dans le verset ! » L'orateur lui rétorqua : « Très bien, c'est une première réponse ; écoute maintenant une autre explication ! » Parfois, après avoir déployé tout un commentaire admirable et de savants développements, on réalise subitement que le texte dit tout autre chose.
Le Rav de Brisk en était l'illustration vivante. Bien des gens pouvaient discourir dans le vide, mais lui, avec sa prodigieuse vivacité d'esprit, était capable de renverser d'un mot, d'une seule lettre ou d'un détail minime tout le vaste édifice qu'on avait échafaudé. Et tout cela par le simple pchat, sans pilpoul ni déduction discutable, mais par une lecture directe qui démontrait que tout le propos était erroné.
Un jour, ses élèves voyageaient avec lui en train pendant qu'il était plongé dans l'étude d'un livre. Un prêtre assis non loin tenta de convaincre les élèves de sa foi, expliquant que cet individu était le Messie envoyé pour apporter la délivrance, et que c'est de lui qu'il est question lorsqu'on enjoint d'attendre la venue du Messie. Les élèves lui répondirent : « Quelles absurdités racontes-tu là ? Cet homme était un incitateur et un dévoyeur, et les Sages d'Israël l'ont condamné à mort pour idolâtrie. » Il répliqua : « Les Sages d'Israël se sont trompés. » Choqués, ils lui dirent : « Comment oses-tu parler ainsi ? » Il poursuivit : « C'est évident qu'ils se sont trompés ! Il est bien écrit que Rabbi Akiva portait les armes de Bar Kokhba et était convaincu que "celui-ci est le roi Machia’h", et vous voyez bien que les Sages d'Israël ont commis une erreur. » Les élèves restèrent sans voix, ne sachant que répliquer. Le Rav de Brisk leva alors les yeux de son livre et lui dit : « Qui a dit que Rabbi Akiva s'était trompé ? » Le prêtre répondit : « Comment cela ? Bar Kokhba est bien mort à la fin ! » Le Rav lui rétorqua : « Tu admets donc toi-même qu'un messie qui meurt à la fin n'est pas le Messie. » Et le Rav replongea dans son livre. D'un seul coup, sans détours ni débats infinis, il lui avait apporté la preuve décisive - c'est là le sens de : « mais le sage finit par l'apaiser ».
On interrogea une fois le Rav de Brisk sur sa méthode de distinction conceptuelle, la célèbre méthode des « tsveï dinim » (deux statuts juridiques distincts sous un même terme) bien connue dans le monde des yéchivot : deux éléments sont formulés dans les mêmes termes, et pourtant la définition essentielle de chacun est différente. Telle notion a une certaine portée dans les lois du lévirat, tandis que cette même notion revêt un sens tout autre dans les lois du divorce. Cet homme lui demanda : « D'où avez-vous inventé à Brisk ces "tsveï dinim" ? Si une même notion est mentionnée ici et là dans les mêmes termes, c'est bien la même chose ! Pourquoi faire une distinction et prétendre que la nature juridique est différente ici et là-bas ? »
Le Rav de Brisk lui répondit : « Dis-moi, connais-tu la notion dans les lois de pureté rituelle où un homme prend une peau pour la tailler en tapis, puis décide finalement d'en faire une sandale, ce qui suscite une discussion quant à sa réceptivité à l'impureté rituelle, et où la Guémara déclare : "Un nouveau visage est venu ici" (panim 'hadachot baou lekhan) - c'est-à-dire que l'objet a changé de statut ? » L'homme répondit : « Certainement. » Le Rav poursuivit : « Il existe également une règle pour les Chéva Berakhot : on ne les récite que s'il y a un "nouveau visage" (panim 'hadachot, un nouvel invité). Tu as également appris cela ? » L'homme dit : « Oui. » Le Rav lui dit alors : « Dès lors, quelle sera la règle s'il nous manque un nouvel invité pour les Chéva Berakhot : peut-on apporter une sandale ? » L'homme s'exclama : « Certainement pas ! » Le Rav lui rétorqua : « Et pourquoi pas ? Je ne cherche pas midi à quatorze heures : ici il est écrit "panim 'hadachot" et là il est écrit "panim 'hadachot" ! Pourquoi viens-tu m'inventer des "tsveï dinim" ? » Il lui démontra sur-le-champ que lui-même reconnaissait l'absurdité de sa question.
C'est exactement le sens de « mais le sage finit par l'apaiser » : face à un homme sage, on découvre à la fin que tous les monceaux de commentaires, d'érudition spéculative et de châteaux en Espagne que l'on avait bâtis ne reposent sur rien, ou ne sont que des montagnes suspendues à un cheveu.
Le Metsoudat David applique ce verset au domaine de la colère : « L'insensé donne libre cours à tout son ressentiment » - dès que quelque chose lui déplaît, l'insensé explose. Il a la mèche courte, aucune patience : « Qu'est-ce que c'est que ça ? Qui est responsable ici ? Que se passe-t-il ? » Tout se règle chez lui par des éclats de voix. En revanche, l'homme digne agit avec retenue et préserve son estime de soi. La situation l'agace tout autant, mais il s'en remet à l'insensé de service : « Pourquoi devrais-je me mettre à hurler ? Il y a dix autres personnes qui attendent et s'exaspèrent devant ce fonctionnaire nonchalant prenant sa troisième pause-café de l'heure. Attendons l'insensé de service, c'est lui qui fera tout le vacarme pour nous. » Le sage reste en retrait et se dit : « Pourquoi me compromettre dans des vociférations et risquer de me faire rabrouer ? Ce n'est pas digne. » En contraste, « mais le sage finit par l'apaiser » : à la fin, il maîtrise et calme sa colère.
C'est une scène que l'on observe fréquemment : quelqu'un s'emporte et crie, puis une personne intervient et éteint l'incendie en un ou deux mots. On raconte l'histoire d'une mère qui faisait ses courses au supermarché avec son fils ; l'enfant s'est mis à hurler, à pleurer et à la pousser à bout. Un passant s'est approché, lui a murmuré quelques mots à l'oreille, et le petit s'est aussitôt calmé. On demanda à cet homme : « Quelle est cette formule magique ? » Il répondit : « Je lui ai dit qu'à la maison, je lui donnerais du chocolat. » C'est aussi simple que cela. Il faut discerner ce que désire l'insensé, comprendre ce qu'il recherche et ce qui l'intéresse - il suffit de lui glisser un mot à l'oreille, et le sage sait comment l'apaiser.
Et celui qui n'est pas sage, que fait-il ? Il l'affronte de plein fouet : « Pourquoi cries-tu ? Tais-toi ! » Alors l'autre réplique aussitôt : « Et pour qui te prends-tu d'abord ? De quel droit me fais-tu taire ? » Résultat : on a jeté de l'huile sur le feu et attisé sa colère encore davantage.
Un jour, dans un établissement qui se prétendait hôtel mais s'est avéré être une auberge plus que médiocre, un client s'est mis à faire un scandale. L'un des organisateurs s'est approché, l'a pris à part - et l'homme a disparu. Que s'était-il passé ? L'organisateur lui avait tout simplement remboursé son séjour en lui disant : « Combien as-tu payé ? Reprends ton argent, pars, mais maintenant tu gardes le silence. » Pourquoi ? Parce qu'un tel individu, s'il commence à monter tout le monde - « Vous avez vu la piscine ? Vous avez vu les chambres ? » - va mettre tout l'hôtel sens dessus dessous. « Prends encore mille shekels de plus, mais va-t'en. » Tel est le sens de « mais le sage l'apaise en la retenant » : l'homme sage ne se lance pas dans des guerres stériles et ne fait pas d'esclandre, il apaise la situation. En revanche, celui qui ignore comment agir avec les insensés tente d'appliquer sa propre logique - or, avec votre logique, cela ne marchera jamais. Il faut entrer dans la sienne ; et s'il n'en a pas, peu importe, il faut composer avec ce qu'il a. Car c'est dans le langage d'un sot qu'il faut s'adresser à un sot, et c'est là l'unique façon de le calmer.
Au verset 10, nous avons vu que les hommes de sang haïssent l'homme intègre précisément parce qu'ils ne trouvent aucun prétexte pour l'accuser, et les commentateurs divergent sur le sens de « et les hommes droits recherchent son âme » : certains l'expliquent dans un sens positif - les hommes droits recherchent sa proximité et sa fidélité ou aspirent à suivre sa voie ; d'autres expliquent que les hommes droits réclament la vengeance de son sang ou châtient l'homme sanguinaire ; d'autres enfin estiment que toute la phrase se rapporte aux hommes de sang, qui haïssent également les hommes droits et attentent à leur vie. Au verset 11, nous avons dégagé deux facettes de « L'insensé exhale tout son esprit » : le sot qui bâtit tout un édifice sur un détail isolé et le sage qui le réfute d'un seul mot ; puis l'insensé qui déverse toute sa colère face au sage qui éteint les flammes. Le point commun entre ces deux approches : la grandeur du sage ne réside ni dans le fracas ni dans l'emportement, mais dans la précision, la patience et la connaissance exacte de ce qu'il faut dire et du moment propice pour le dire.