Le chapitre 29 du livre des Proverbes traite abondamment de la direction de la communauté : du roi et du juge, de celui qui affermit le pays et de celui qui le ruine, ainsi que de la différence entre le juste et le méchant dans la compréhension de la loi et la connaissance de la justice. Nous allons étudier ici plusieurs versets dans leur ordre, à la lumière des explications de Rachi, du Gaon de Vilna (le Gra), du Ralbag, d'Ibn Ezra, et plus particulièrement selon les commentaires du Malbim.
מֶלֶךְ בְּמִשְׁפָּט יַעֲמִיד אָרֶץ וְאִישׁ תְּרוּמוֹת יֶהֶרְסֶנָּה׃ (פסוק ד) - Un roi affermit le pays par la justice, mais l'homme qui exige des tributs le ruine (verset 4).
Un roi qui applique la justice affermit le pays. Le pays ne dévie pas du droit chemin, il reste stable sur ses bases, et le roi veille à ce qu'aucune injustice n'y soit commise. Face à lui, « l'homme de prélèvements le ruine ». Qui est donc cet « homme de prélèvements » ? Plusieurs explications sont proposées.
Rachi explique qu'un « homme de prélèvements » (ich teroumot) est un homme d'orgueil, du terme hitromemout (élévation). C'est un homme qui s'élève au-dessus des autres et s'enorgueillit. Et quelles sont les conséquences de l'orgueil ? Il n'est pas posé dans son jugement. Il pense connaître la sentence immédiatement, sans avoir besoin d'examiner ni d'enquêter, car les choses lui paraissent évidentes d'emblée. Par son orgueil, il n'élucide pas l'affaire et n'examine pas le litige en profondeur, et de ce fait, « il le ruine ». En revanche, lorsque le roi agit selon le droit, « un roi par la justice », il prend son temps pour juger avec modération, et par là même « affermit le pays ».
Nos Sages avancent une autre explication : si le juge ressemble à quelqu'un qui n'a pas besoin de s'acquérir des amis ni d'accepter des pots-de-vin - c'est-à-dire qu'il ne dépend de personne -, « il affermit le pays ». Mais s'il ressemble à un Cohen qui mendie la terouma sur les aires de battage, « il le ruine ». Un juge qui dépend financièrement du public, qui reçoit des faveurs et des libéralités de la part des administrés, finit par tout détruire. On peut également transposer cela à un maire : un maire agissant avec justice affermit sa ville, mais un maire de « gratifications », à qui chacun glisse des projets douteux et des dessous-de-table, finira par la ruiner. Il s'ensuit le chaos, une perte de contrôle, où celui qui paie le plus obtient le plus d'avantages. Une telle attitude mène tout droit à la destruction du pays.
Le Gra demande : pourquoi le terme « prélèvements » (teroumot) est-il employé au pluriel ? Il répond : parce qu'il accepte des dons de tout un chacun. Et pourquoi dit-on qu'« il le ruine » ? C'est là toute la subtilité : même s'il ne prend pas directement de pots-de-vin, il craint que s'il ne fausse pas le verdict, l'autre cessera de lui donner. Comme il profite continuellement de ces libéralités, il développe une forme de soumission et de dépendance envers le bienfaiteur, si bien que lorsque cet individu comparaît devant lui en justice, il est incapable de le juger équitablement. « L'homme de prélèvements le ruine », explique le Gra, car il craint qu'on ne cesse de lui verser sa part et ses gratifications, et il incline donc le jugement en faveur de celui qui le fait vivre confortablement.
À quel point les grands d'Israël étaient-ils éloignés d'une telle attitude ! On rapporte ainsi l'histoire du rabbin de Kiryat Ata, qui y exerça son ministère pendant de nombreuses années. On vint un jour lui proposer : entrez dans le cadre officiel du rabbinat, inscrivez-vous, et vous recevrez un salaire du conseil religieux. Il refusa catégoriquement. On lui demanda : « De quoi avez-vous peur ? Nous vous laisserons préserver votre autonomie, nous n'interviendrons aucunement dans vos décisions halakhiques ! » Il leur répondit : « Une fois que vous me verserez un salaire, pensez-vous que vous aurez besoin de venir me dicter ma conduite ? C'est moi qui viendrai spontanément vous demander quoi faire ! Dès lors que je reçois une rémunération, je sais d'où vient mon pain, et je me tournerai vers vous. Je refuse votre salaire : je trancherai seul ce qui doit l'être selon la Torah, sans être tributaire de l'opinion de ceux qui me paient. »
C'est exactement ce que souligne le Gra : l'homme qui accepte des dons de tout le monde finira inévitablement par pervertir la justice, car il craint qu'on ne cesse de lui verser sa rente et ses gratifications, craignant que le robinet ne se ferme, et il fera donc pencher le jugement en faveur de celui qui pourvoit à ses besoins.
Le Ralbag explique que « le roi affermit le pays par la justice » car cela permet le bon ordre de la société, empêchant les hommes de se dépouiller mutuellement. Lorsqu'il y a une justice, chacun sait que s'il commet un acte répréhensible, le souverain lui demandera des comptes. Mais lorsque le dirigeant pervertit le jugement - et le Ralbag parle ici d'une corruption absolue, et non d'un simple penchant inconscient comme le décrivait le Gra -, par exemple si Réouven doit cent marcs à Chimon, et que Réouven est acquitté de sa dette à condition de verser une part de cette somme au roi. En d'autres termes : verse une commission au pouvoir, et l'affaire est classée. Une construction illégale ? Un pourboire à l'inspecteur, et le problème est réglé. Un véhicule refusé au contrôle technique ? Un billet au contrôleur, et c'est validé. Nous vivons au milieu de notre peuple et connaissons bien ces dérives ; c'est précisément ce pour quoi nous prions chaque jour : « Préserve-nous d'un gouvernement infernal ».
Et quel en est le résultat ? « Il le ruine ». Un véhicule dangereux continue de circuler sur les routes ; un particulier érige une construction monstrueuse en toute impunité ; d'autres bâtissent des complexes immobiliers scandaleux sans que personne n'y trouve à redire. Tout ce qui fait la vie d'un pays se détériore dès lors que règnent les pots-de-vin et l'arbitraire. Pire encore : on démolira la construction d'un individu mais on épargnera celle d'un autre, simplement parce que l'un a payé et l'autre non - une criante injustice. Cela ruine et perd le pays, et chacun en vient à spolier son prochain : « Ne t'inquiète pas, je m'arrangerai avec le pouvoir, sous la table, et l'affaire sera réglée ».
Remarquez également la finesse de l'expression : « Un roi affermit le pays par la justice », suivi immédiatement de « mais l'homme de prélèvements le ruine ». En toute logique, le texte aurait dû dire : « et un roi de prélèvements le ruine », puisqu'il s'agit du même dirigeant qui perçoit des fonds indus. En réalité, un tel individu ne mérite pas le titre de roi. Un véritable roi règne et gouverne avec grandeur ; un être aussi vil n'est pas digne d'un tel rang. C'est pourquoi le verset le qualifie d'« homme de prélèvements » - à l'image des expressions « homme de la chasse » ou « homme des champs » -, désignant une personne dont l'unique préoccupation est l'argent public et les tributs. Voilà tout ce qui le définit, et il est indigne d'être qualifié de « roi ».
Le Malbim explique ce verset dans une tout autre direction. Le roi et le Cohen Gadol sont les deux piliers qui établissent la justice et la droiture (« Tsédaka » et « Michpat »). Le roi établit le droit, le Michpat - c'est en effet devant lui que l'on venait en jugement - et sa tâche consiste à instaurer la paix entre l'homme et son prochain, à veiller à ce que règnent l'équité et la justice. Le Cohen Gadol, en revanche, était préposé au domaine spirituel : veiller sur la Maison de Dieu, assurer le service divin, enseigner la Torah et les Mitsvot. C'est cela « établir la Tsédaka » - non pas l'aumône matérielle, mais la rectitude spirituelle, les devoirs de l'homme envers Dieu (Ben Adam la-Makom). On trouve ainsi la conjugaison de deux forces : le roi pour le domaine entre l'homme et son prochain, et le Cohen pour celui entre l'homme et son Créateur. La fonction du Cohen consistait à offrir les sacrifices du peuple, à prier pour lui et à lui concilier la faveur divine. Lorsque tous deux suivent la voie d'Hachem, ils établissent convenablement le pays.
Mais parfois, le roi remplit parfaitement son rôle : « par le droit il affermit un pays », tout se déroule selon la loi et l'équité - et qui détruit et gâche tout ? « L'homme avide de prélèvements le ruine ». Qui est cet « homme de prélèvements » ? Le Cohen Gadol et les prêtres sous ses ordres, qui ne s'intéressent qu'aux prélèvements dus au clergé et ne cherchent qu'à s'enrichir. Au lieu d'assumer leur mission spirituelle, ils ne s'occupent que de la dimension matérielle, et détruisent ainsi le pays, faute de guide pour pourvoir aux besoins spirituels.
Et sans direction spirituelle pour le peuple, affirme le Malbim, même le droit ne saurait perdurer. Comme il est écrit : « Éloigne le méchant de la présence du roi, et son trône s'affermira dans la justice ». Lorsqu'un homme s'égare dans le mal, peut-on croire qu'il ne sera pervers qu'envers Dieu ? Il le sera inévitablement aussi envers son semblable. Ainsi, toi, Cohen Gadol, au lieu d'amener le peuple à la vertu et d'unir tes forces à celles du roi - lui dans les relations humaines et toi dans le lien avec Dieu - tu as ruiné tout le travail du souverain. Car si tu n'élèves pas le peuple dans la piété, dès lors que les gens sombrent dans la faute, il n'existe pas d'impiété qui se limite au domaine envers Dieu seul.
Celui qui transgresse envers Dieu finira nécessairement par fauter envers son prochain. La raison en est simple : comment saurait-il ce qui constitue une injustice envers autrui ? D'où apprendrait-il la gravité du « Lachon Hara » (médisance) ? On lui fait remarquer : « C'est de la médisance ! » Il rétorque : « Quelle médisance ? Je l'ai vu de mes propres yeux, ils l'ont même filmé ! » Pour lui, la diffamation ne s'entend qu'au sens journalistique : seulement si l'on n'a pas prouvé la véracité des faits, ce qui relèverait alors de la calomnie. On lui parle de vol : « Quel vol ? C'est une compagnie d'assurances, tu sais combien d'années j'ai cotisé ? Il est grand temps qu'ils me remboursent un peu ! » On lui rétorque : « D'après la Halakha, c'est du vol caractérisé. » Et lui de répondre : « Laisse-moi tranquille, de quoi me parles-tu là ? » Et il se considère encore comme un homme vertueux ! Si un homme bafoue les lois divines, qu'est-ce qui le retiendra de léser son prochain ?
C'est pourquoi, bien qu'« un roi affermisse le pays par le droit », l'homme aux prélèvements vient anéantir toute l'œuvre du roi. Ce Cohen qui, au lieu de guider le peuple dans les voies d'Hachem, n'accomplit pas sa tâche avec loyauté et ne cherche qu'à percevoir les dîmes et les prélèvements sans redresser les cœurs, conduit le peuple à l'iniquité. Et lorsque le peuple devient corrompu, aucune justice ne peut plus faire tenir le pays, car les hommes trébucheront aussi dans les relations humaines, le vol et bien d'autres torts. Il y a donc ici un véritable réquisitoire contre « l'homme aux prélèvements » : sa défaillance n'est pas un manquement isolé, elle pervertit l'existence même de la nation tout entière.
גֶּבֶר מַחֲלִיק עַל רֵעֵהוּ רֶשֶׁת פּוֹרֵשׂ עַל פְּעָמָיו׃ (פסוק ה) - « L'homme qui use de flatterie envers son prochain tend un filet sous ses pas. » (verset 5)
Rachi explique que « Mah'lik » signifie tenir des propos mielleux. Le Gaon de Vilna l'interprète dans le sens de flatter : celui qui flatte son semblable cherche généralement à « tendre un filet sous ses pas » ; il déploie un piège sur son chemin, cherchant à le faire trébucher par les louanges hypocrites qu'il lui prodigue.
Et que signifie « sur son prochain » (Al ré'éhou) ? Le Gaon de Vilna précise que l'expression n'est pas à prendre au sens littéral d'un homme qui flatterait directement son ami en lui adressant des paroles agréables. « Al ré'éhou » signifie plutôt « auprès des détracteurs de son prochain ». C'est-à-dire : un plaignant vient accuser Réouven pour de mauvaises actions qu'il a commises, et cet individu va trouver celui qui porte ces accusations et lui dit : « Non, sache que Réouven a bien agi, il n'avait aucune mauvaise intention. » Tel est le sens de « l'homme qui use de flatterie au sujet de son prochain » : il semble plaider en sa faveur et prendre sa défense auprès de ceux qui viennent l'attaquer, pour ensuite venir le flatter : « Tu as vu ? J'ai dit ceci et cela en ta faveur, je t'ai tiré d'affaire, j'ai même fait ton éloge ! »
Et l'on nous avertit : ne te laisse pas séduire par cela. « Il tend un filet sous ses pas » : bien souvent, l'intention réelle de cet individu est de provoquer ta chute. Il ne faut donc pas se laisser bercer par ses flatteries, mais au contraire se tenir à distance de quiconque agit de la sorte.
Le Ralbag propose une autre explication : « l'homme qui rend glissant le chemin de son prochain ». Il verse de l'huile sur la route pour que l'autre glisse et tombe, savonnant le passage dans l'intention de le faire trébucher. Mais observez bien la fin du verset : « il tend un filet sous ses pas » - ne comprends-tu pas que tu te nuis à toi-même ? Contrairement à l'explication du Gaon de Vilna selon laquelle le piège est tendu sous les pas du prochain, il faut le comprendre à la manière de : « Il creuse une fosse, il la creuse profondément, et il tombe dans le piège qu'il a préparé ». Tu as répandu de l'huile pour faire glisser autrui, mais c'est toi qui glisseras. Selon cette approche, le verset s'éclaire ainsi : tu déploies un filet sous tes propres pas, et tu finiras par te causer du tort à toi-même. C'est également ainsi que l'explique Ibn Ezra : « sous ses pas » se rapporte à ses propres pas, car l'homme finit par se porter préjudice à lui-même.
Le Malbim innove ici avec une explication remarquable : « מחליק על רעהו » (qui flatte son prochain) - le mot « על » (al) n'a pas ici son sens habituel, mais dérive de la racine évoquant l'injustice (avel). Autrement dit, son compagnon commet des méfaits, et lui, il « arrondit les angles », il minimise : « Mais non, tout va bien, tu as raison, pas du tout, c'est eux qui étaient en tort, et ce que tu as fait est formidable, c'est exactement ce qu'il fallait faire ». L'un commet des actes gravissimes, et l'autre passe l'éponge, comme on dit aujourd'hui : tout va bien, c'est parfait, tu as agi comme il faut. Et que lui cause-t-il par là ? « Il tend un filet sous ses pas » - il veut qu'il continue, pour qu'à la fin on l'attrape, pour qu'il fasse une chute retentissante et qu'il en paie le prix fort. Il ressemble, explique le Malbim, à celui qui aplanit un sentier pour que l'animal s'y engage et se fasse capturer dans le filet. De même, cet individu aplanit les aspérités des mauvaises voies de l'âme de son ami - au sens de crêtes et de bosses - et transforme toutes les collines et les embûches en plaine : tout est lisse, tout va bien, tout est parfait chez toi. Et le but recherché : qu'il soit pris au piège du péché et retranché, que le Ciel nous en préserve.
בְּפֶשַׁע אִישׁ רָע מוֹקֵשׁ וְצַדִּיק יָרוּן וְשָׂמֵחַ׃ (פסוק ו) - Dans la faute de l'homme mauvais se trouve un piège, mais le juste chantera et se réjouira.
Rachi explique : par le péché d'un homme mauvais surgira un piège, tandis que le juste qui n'a pas suivi ses voies chantera et se réjouira. Comme le tsadik n'emprunte pas les chemins de l'impie, il échappe au piège et se trouve tout naturellement dans la jubilation et la joie.
Ibn Ezra propose une autre explication : le tsadik ne se réjouit pas simplement d'avoir lui-même échappé au piège, mais du fait que le méchant y soit tombé. « Dans la faute de l'homme mauvais se trouve un piège » - lorsqu'un homme mauvais pèche, cela constitue un piège ; il trébuche et se fait prendre par ses propres actes, subissant le préjudice qu'il a causé. « Mais le juste chantera et se réjouira » - en voyant l'impie pris au piège de ses mauvaises actions et tomber dans les embûches qu'il avait lui-même préparées. C'est le sens du verset : « Le juste se réjouira d'avoir contemplé la vengeance, il lavera ses pas dans le sang de l'impie » - le juste se réjouit en voyant le châtiment infligé aux impies, et bien plus encore, il lavera ses pas et trempera pour ainsi dire ses pieds dans le sang du méchant ; il se réjouira de voir l'impie tomber dans les fosses qu'il a lui-même creusées.
Le Malbim abonde dans ce sens : l'homme mauvais pose un piège, et c'est lui-même qui y trébuche. Comme il est dit : « Il a creusé une fosse, il l'a approfondie », ou encore « il tend un filet sous ses pas », signifiant qu'à la fin, c'est sous ses propres pas qu'on tend le filet et qu'on en subit les dommages. « Mais le juste chantera et se réjouira » - car il contemple alors les jugements d'Hachem, comme il est écrit : « Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu'elles avaient creusée » - dans cette fosse même qu'elles ont préparée, elles ont sombré, et par là s'est fait connaître le jugement rendu par Hachem. Prenons un exemple contemporain : on apprend qu'un haut responsable terroriste du Hamas a été tué dans un « accident du travail ». C'est exactement « Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu'elles avaient creusée », et par là, on reconnaît la justice d'Hachem - il est évident pour tous qu'il s'agit de la main divine. Cet impie projetait de confectionner un engin explosif pour tuer des innocents, et le Saint, béni soit-Il, a fait en sorte qu'il explose lui-même avec sa propre bombe.
C'est également le sens de ce qui est écrit : « L'impie est pris au piège de l'œuvre de ses mains, méditation, Séla » : le piège du méchant est l'œuvre de ses propres mains, c'est ce qu'il a fabriqué qui le fait trébucher. « Méditation, Séla » - par cela, les hommes tirent une leçon de moussar, y réfléchissent et méditent : regarde ce qui arrive, l'homme commet le mal et en subit le préjudice, il cause son propre malheur. Le verset vient donc enseigner que le tsadik se réjouit en constatant comment l'impie, qui voulait faire trébucher les autres, a trébuché lui-même, et par là même, le Nom divin est exalté et loué. Lorsque le Saint, béni soit-Il, exerce la justice contre les méchants, Son Nom est magnifié et glorifié, car tous constatent qu'il y a une justice et un Juge. En revanche, lorsqu'il n'y a pas de jugement contre les impies, il y a là, à Dieu ne plaise, un 'hiloul Hachem, car les gens disent : voilà qu'ils s'élèvent, blasphèment et outragent, sans qu'Hachem ne leur fasse rien. Mais lorsqu'Hachem fait justice contre les méchants, bien au contraire, Son Nom béni se révèle, se sanctifie et s'exalte.
יֹדֵעַ צַדִּיק דִּין דַּלִּים רָשָׁע לֹא יָבִין דָּעַת׃ (פסוק ז) - Le juste connaît la cause des pauvres, mais l'impie ne comprend pas une telle connaissance.
Rachi explique que « la cause des pauvres » (din dalim) désigne les souffrances des démunis : leurs besoins, ce qu'ils traversent, leur douleur. Le tsadik perçoit tout cela et y prête attention. En revanche, « l'impie ne comprend pas une telle connaissance » - le méchant ne comprend pas et ignore ce que vit l'indigent. L'histoire en fournit une illustration frappante : on rapporte que Marie-Antoinette aurait déclaré : « S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche ». Voilà exactement « l'impie ne comprend pas une telle connaissance ». Lorsqu'on dit à un impie que le peuple manque de pain, il s'imagine que ce qu'il a chez lui, les autres l'ont aussi, et donc qu'ils n'ont qu'à manger de la brioche ! Mais le tsadik, face à une telle détresse, comprend que le peuple est démuni et qu'il souffre.
Le Gaon de Vilna propose un autre éclairage : que faut-il savoir au juste ici ? Le tsadik sait que, même si le pauvre souffre en ce monde, au terme du processus, le miséreux sera en haut et le riche en bas - les supérieurs en bas et les inférieurs en haut, conformément à la parole de nos Sages : « J'ai vu un monde à l'envers ». C'est pourquoi « le juste connaît la cause des pauvres » : le tsadik sait qu'il ne faut pas déduire de la situation présente du démuni sa véritable condition, car la réalité véritable se trouve là-haut, auprès du Saint, béni soit-Il. Cet indigent qui paraît aujourd'hui misérable et souffrant connaîtra une issue heureuse. Mais « l'impie ne comprend pas une telle connaissance », comme il est écrit : « L'homme insensé ne sait rien, et le sot n'y comprend rien », s'imaginant que la richesse, l'honneur, le pouvoir et le prestige lui appartiennent pour toujours. Et il ne s'agit pas uniquement du monde futur, mais aussi de ce monde-ci : la roue tourne dans ce monde, et celui qui est pauvre aujourd'hui, nul ne sait ce qu'il deviendra demain. Le tsadik sait que la fin des indigents sera bonne, soit ici-bas, soit dans le monde futur ; tandis que le méchant est persuadé que si tout va bien pour lui, il en sera ainsi pour l'éternité.
Le Malbim explique ce verset à la lumière d'un principe qu'il répète en plusieurs endroits : il existe une différence fondamentale entre « din » et « michpat ». Le michpat désigne une affaire limpide, qui n'exige pas de décision complexe ni d'examen ou d'enquête approfondis. Si vous vous garez sur un trottoir peint en rouge et blanc, l'amende est évidente ; même si l'on vous convoquait au tribunal, nul besoin d'investigations poussées, les faits sont avérés et la loi est explicite. En revanche, le « din » concerne un litige complexe qui n'est pas évident d'emblée, où il est indispensable d'entendre les arguments de chaque partie, d'examiner les prétentions du demandeur et du défendeur, d'évaluer la part de vérité de chacun, de mesurer la justesse d'un plaidoyer et le poids des arguments adverses. Le din est une matière qui exige délibération, étude minutieuse et réflexion approfondie pour être tranchée.
Et malgré tout cela, le verset déclare : « Le juste connaît la cause des indigents » - le Tsaddik connaît la loi d'une connaissance claire. Et comment ? Parce que le Tsaddik est un homme qui se consacre à la recherche de la justice, à l'analyse halakhique, au jugement et à l'examen minutieux des arguments. C'est pourquoi, même lorsqu'une affaire complexe (« din ») nécessitant approfondissement et enquête se présente à lui, il l'examine, la comprend et parvient à la vérité. En revanche, le méchant : non seulement il ne connaît pas la cause des indigents - car assurément il ne comprend rien à une affaire qui requiert analyse et profondeur -, mais il ne saisit même pas la « connaissance » (da'at). Et qu'est-ce que le da'at ? Le da'at désigne toujours une connaissance claire : une halakha tranchée, une règle simple, une décision évidente. Or, le méchant, même dans une chose claire, ne sait pas trancher correctement ni juger convenablement. Pourquoi ? Parce que l'esprit et l'intellect du méchant sont à l'opposé de la justice et de la morale ; dès lors, même les choses simples et évidentes ne le sont pas pour lui - chez lui, c'est tout simplement l'inverse.
Et c'est là une règle bien connue. On interrogea un jour le Rav Moshé Scheinfeld, qui était un publiciste renommé, l'une des grandes plumes du monde 'haredi à l'époque qui suivit la création de l'État. En ce temps-là, les esprits étaient particulièrement troublés ; aujourd'hui, les positions se sont clarifiées, mais à l'époque régnait encore une forme d'illusion selon laquelle l'État serait le trône d'Hachem dans le monde, d'où émanerait un Qiddoush Hachem, et d'autres chimères du même genre qui se sont malheureusement brisées sur le roc de la réalité. Celui qui sut exprimer la réalité avec le plus de clarté et de lucidité fut le Rav Moshé Scheinfeld. On raconte qu'on lui demanda - peut-être s'agissait-il du Rav de Brisk - d'où lui venait cette faculté d'exprimer le Da'at Torah avec une telle limpidité. Après tout, s'il était un Talmid 'Hakham et un érudit, il n'était pas le Guedol HaDor. Il leur répondit : « Nous avons pour tradition que le Da'at Torah est l'exact opposé du Da'at Ba'alé Batim (la pensée profane). Je sors dans la rue, j'écoute ce que disent les profanes, puis je rentre chez moi et j'écris exactement le contraire ! »
Le Da'at Torah est à l'opposé de l'opinion générale et de la pensée dominante. Vous voulez savoir ce qu'est le Da'at Torah ? Ce dont on parle sur la place publique - sachez que c'est l'inverse ; ce que racontent les médias - c'est l'inverse. Nous avons déjà expliqué l'enseignement du Gaon de Vilna au sujet du verset « Elle vit qu'elle s'obstinait à marcher » : les inclinations naturelles de l'homme le portent vers les plaisirs, les passions, la matérialité et les transgressions ; cela fait partie intégrante de sa nature, c'est inné. Pour adopter une autre direction, il faut déployer en soi une force de résistance, une volonté tendue vers l'effort inverse. Si l'on abandonne l'homme à son état par défaut, il s'enfonce dans les passions, les plaisirs, les désirs et le matérialisme. Comme nous l'avons déjà souligné : naturellement, si l'on laisse un homme à lui-même, il reste couché. Pour se tenir debout, il faut solliciter ses muscles. Son état par défaut, c'est le repos et la sieste : « Je suis fatigué, je me suis couché tard, je manque de sommeil, et tu me dis qu'il faut se lever maintenant ? Est-ce vraiment nécessaire ? » L'homme est fait de poussière et d'une matière grossière, comme l'écrit le Messilat Yésharim : l'homme est lourd, poussiéreux et matériel, telle est sa nature. C'est pourquoi, de quoi parle-t-on dans la rue et sur les marchés ? De passions, de plaisirs et de matérialisme. Et si l'on désire savoir quelle est la volonté d'Hachem - c'est exactement l'opposé. Le Da'at Ba'alé Batim est le contraire même du Da'at Torah.
Et c'est précisément ce qu'énonce ici le verset : le Tsaddik connaît même les lois complexes qui exigent étude et discernement approfondis - « Le juste connaît la cause des indigents ». Mais le méchant, même la connaissance la plus simple, même les évidences élémentaires, lui échappent. Pour lui, de telles évidences ne sont pas simples et, bien au contraire, on observe parfois chez lui une tournure d'esprit tortueuse, totalement opposée au bon sens et à la droite logique.
À travers ces versets, nous avons découvert les deux piliers qui soutiennent le pays : le roi par la justice régissant les relations interpersonnelles (bein adam la-'havéro), et le Cohen par le service spirituel reliant l'homme à son Créateur (bein adam la-Maqom). À l'inverse, nous avons vu « l'homme corrompu par les dons » (ish teroumot) qui détruit tout : que ce soit par son orgueil qui lui interdit d'être mesuré dans son jugement, par sa servilité envers les donateurs, par la perversion du droit sous l'effet de pots-de-vin, ou par le prêtre dont l'unique préoccupation est de s'enrichir plutôt que de guider droitement le peuple. Nous avons également appris à nous méfier des flatteurs, car la flatterie et la dissimulation des fautes constituent un piège tendu, et celui qui creuse une fosse pour son prochain finit par y tomber lui-même. Enfin, nous avons appris que le Tsaddik connaît la cause des faibles : leur souffrance, leur heureuse issue finale, ainsi que la vérité d'un jugement complexe. Le méchant, lui, ne comprend même pas la connaissance la plus simple, car son esprit est à l'opposé de la justice. D'où ce principe fondamental : le Da'at Torah est l'exact opposé du Da'at Ba'alé Batim, et quiconque veut connaître la volonté d'Hachem doit savoir qu'elle ne réside jamais dans les penchants naturels de l'homme, mais dans la force de résistance qu'il sait déployer en lui-même.