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Chapitre 27 - Ne te vante pas du lendemain - 1ère partie

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Introduction

Le chapitre 27 des Proverbes s'ouvre sur deux principes fondamentaux dans le travail spirituel de l'homme : le rapport au temps et le rapport à soi-même. Le premier verset nous enseigne à ne pas procrastiner et à ne pas se vanter de ce qui adviendra demain, tandis que le second verset enseigne que l'homme ne doit pas faire son propre éloge, mais plutôt accomplir des actes dignes d'être loués par autrui. Suivons l'ordre des versets, à la lumière des explications du Gaon de Vilna (le Gra) et du Malbim.

Ne te vante pas du lendemain : il n'y a pas de demain, il n'y a qu'aujourd'hui
אַל־תִּתְהַלֵּל בְּיוֹם מָחָר כִּי לֹא־תֵדַע מַה־יֵּלֶד יוֹם׃ - Ne te glorifie pas du lendemain, car tu ne sais pas ce qu'un jour peut enfanter.

Le sens premier du texte est le suivant : ne te vante pas aujourd'hui d'une chose qui n'arrivera que demain. Le Gra explique : ne te glorifie pas en remettant une action au lendemain. « Ne t'inquiète pas, demain je m'en occupe, demain je ferai ceci et cela, demain je règle le problème ». Or l'homme ignore ce que chaque jour enfantera ; tu ne sais pas ce que l'avenir te réserve. Dès lors, comment peux-tu te vanter et affirmer « je vais arranger cela, je vais le faire, je boucle l'affaire », alors que tu ne sais même pas de quoi demain sera fait ?

Le Gra ajoute : il en va de même pour la Torah - « Ne dis pas : quand j'aurai du temps libre, j'étudierai, car tu pourrais bien ne jamais en avoir ». Dans l'étude de la Torah également, que nul ne dise : demain j'étudierai. Sais-tu seulement ce qui se passera demain ? Sais-tu si tu auras du temps ? Certains disent : « Quand je serai à la retraite, tu me verras planté dans la maison d'Hachem, je ne quitterai plus le Beth Hamidrach ». Puis arrive l'heure de la retraite - et on ne le voit nulle part. Il n'est pas là, il ne vient pas. Il n'y a pas de demain, il n'y a qu'aujourd'hui : « Aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix ». « Et maintenant, Israël, que te demande l'Éternel ton Dieu ? » - maintenant, ne cherche pas demain.

Et inversement : « Et Moché dit à Yéhochoua... sors combattre Amalek demain ». Amalek incarne le « demain » - « Amalek a coutume d'être châtié au jour de demain ». Amalek dit toujours : un renforcement spirituel ? Demain. Le Maasser sur l'argent ? Dès le prochain salaire. Commencer un traité ? Au prochain cycle du Daf Hayomi, avec l'aide d'Hachem, j'y serai ! En un mot : le fameux « après les fêtes » que nous connaissons tous.

Autre point remarquable. À propos de Moché Rabbénou, il est rapporté qu'il leur dit : si vous acceptez la Torah, c'est bien, sinon - « c'est là-bas que sera votre sépulture ». Il n'est pas écrit « c'est ici », mais bien « là-bas ». Les maîtres du Moussar expliquent : sais-tu ce qui enterre l'homme ? C'est le « là-bas ». « Là-bas, j'opérerai un changement, là-bas, je réglerai la question, dans l'avenir, je vais changer ». Il n'y a pas de « là-bas », il n'y a qu'un « ici ». Tu le veux ? Fais-le ici. Les jeunes disent : « Quand j'entrerai à l'école », « Quand j'irai à la Yéchiva Kétana, je tournerai une nouvelle page », « Dès que je commencerai la grande Yéchiva, tu ne me reconnaîtras plus », « Dès que je me marierai, tu verras comme je vais filer droit ». Rien de tout cela n'arrive. « Là-bas sera votre sépulture ». L'homme doit savoir : c'est ici et maintenant. Change tout de suite, agis sur-le-champ. Ne dis pas : quand j'aurai le temps libre, j'étudierai, car tu risques de ne jamais l'avoir ; mais tout ce que tu peux accomplir - saisis-le et prends-le.

La procrastination : un mal pernicieux

Il faut remarquer qu'il y a là une dimension spirituelle : s'agissant des paroles de Torah, il est évident que l'homme ne doit pas remettre à plus tard. Mais cela concerne tous les aspects de la vie quotidienne. Il existe le profil type du procrastinateur : il ne remettra jamais à demain ce qu'il peut repousser à après-demain. Des contraventions sont aimantées sur son réfrigérateur depuis l'époque où elles ne valaient que le quart du montant actuel, et il répète : « Il faut absolument que je m'en occupe, à la fin de la semaine je règle tout cela ». Il a des amendes, des factures, des démarches à accomplir - et tout est sans cesse repoussé. « Un tel t'a appelé » - « C'est vrai, il faut absolument que je le rappelle, rappelle-le-moi ». Mais en pratique, il ne traite jamais les choses convenablement. C'est un mal pernicieux, et cet homme est à plaindre : c'est en partie de la paresse, en partie un manque d'organisation, et en partie une incapacité à aller jusqu'au bout des choses avec détermination.

On peut déjà l'observer chez les enfants. Il y a l'enfant qui rapporte un travail du jardin d'enfants et celui-ci n'est jamais terminé ; à l'inverse, l'enfant perfectionniste rapporte toujours un travail achevé : s'il n'a pas eu le temps au jardin d'enfants, il rentre à la maison et le termine jusqu'au bout, même quand ce n'est pas nécessaire. C'est une question de tempérament. Celui qui sait qu'il a tendance à ne faire les choses qu'à moitié - il ouvre un tiroir pour le ranger, en sort le contenu, commence à trier, puis laisse un tiers des affaires dehors, il entreprend des tâches sans jamais les achever - doit prendre conscience qu'il s'agit d'un trait de caractère difficile, dont son entourage souffre énormément. S'il s'agit d'un homme, son épouse souffre du désordre où rien n'est jamais rangé ; et s'il s'agit d'une femme, toute la maisonnée en pâtit, car elle commence à ranger l'armoire, de nombreuses affaires restent éparpillées, puis l'on finit par tout rejeter pêle-mêle à l'intérieur en se disant « quand j'aurai le temps, je ferai le tri », et toute la maison s'en ressent.

La règle est la suivante : n'entreprends pas trop de choses à la fois. Tu as commencé quelque chose ? Mène-le à son terme. L'homme doit apprendre à être rigoureux et minutieux en tout. Observez les pages des Guémaras : dans la plupart des volumes, les trois, quatre ou cinq premiers feuillets sont usés par la lecture, mais au-delà, les pages sont immaculées, comme sorties de l'imprimerie. Combien se sont enthousiasmés et ont commencé, et combien ont véritablement achevé le traité ? Bien peu de gens sont véritablement assidus et constants. Le plus souvent, il y a un engouement passager, puis le soufflé retombe et tout s'arrête. Tu entreprends quelque chose ? Fais-le jusqu'au bout. « Demain », en clair, signifie « cela ne se fera pas » - quand quelqu'un veut dire « je ne le ferai pas », il dit « demain ». Tu as commencé ? Fais-le aujourd'hui. Tu veux conclure ? Conclus aujourd'hui, et nous saurons alors que la tâche a été accomplie comme il se doit.

Boaz : « Cet homme ne sera point en repos qu'il n'ait réglé cette affaire aujourd'hui »

Naomi dit à Ruth : « Cet homme ne sera point en repos qu'il n'ait terminé cette affaire aujourd'hui ». C'est-à-dire : sache-le, je le connais, Boaz est un juste, et je sais qu'il règlera cette affaire aujourd'hui même. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Imaginez un instant qu'il n'ait pas agi le jour même, mais qu'il se soit dit : la semaine prochaine, il y a de toute façon une séance du Beth Din, j'en profiterai pour soulever le cas de Ruth ; nous verrons ce qu'il est possible de faire pour le domaine, comment perpétuer le nom du défunt, d'autant qu'il existe un racheteur plus proche que moi, et qu'il faut également éclaircir le principe halakhique de « Moabite et non Moabite » pour savoir s'il m'est effectivement permis de l'épouser - j'attendrai la semaine prochaine pour siéger. Mais il n'a pas agi ainsi : il est allé réunir le Sanhédrin le jour même, et ce jour-là il l'a épousée. S'il n'avait pas agi sur-le-champ, nous n'aurions pas eu la lignée de la maison de David, car cette nuit-là, après l'avoir épousée et qu'elle eut conçu, il quitta ce monde. Rendez-vous compte de ce qu'un ajournement peut causer ! Vous devez faire quelque chose - faites-le. Ne repoussez pas, n'éludez pas, ne remettez pas à plus tard, faites-le aujourd'hui.

L'explication du Malbim : Tu ne connais même pas la journée présente

Le Malbim explique ce verset de manière encore plus incisive : « Car tu ne sais pas ce qu'enfantera un jour » - tu ne sais même pas ce qu'enfantera la journée d'aujourd'hui. Le texte ne dit pas seulement que tu ignores ce que demain fera naître, mais que tu ne connais même pas le cours de ce jour présent, comme s'il était écrit « ce qu'enfantera ce jour ». Dès lors, comment peux-tu former des projets pour le lendemain ?

On raconte l'histoire d'une vieille dame qui se rendit à sa banque. Les employés, conformément aux consignes, proposaient aux clients des plans d'épargne. L'employé lui dit : « Bonjour grand-mère, j'ai ici un plan d'épargne à terme bloqué sur trois ans, qu'en pensez-vous ? » Elle demanda : « Pour combien de temps ? » Il répondit : « Ce n'est pas long, trois ans seulement. » Elle rétorqua : « Mais que me racontez-vous là ! Moi, je n'achète même plus de bananes vertes, et vous me parlez d'un plan sur trois ans ? » Voilà toute la question : l'homme forme des projets pour demain, alors qu'il ne sait même pas s'il verra la fin de la journée d'aujourd'hui. Tu as des projets pour demain ? Le lendemain ne t'appartient pas.

Qu'un étranger te loue, et non ta bouche
יְהַלֶּלְךָ זָר וְלֹא־פִיךָ נָכְרִי וְאַל־שְׂפָתֶיךָ׃ - Qu'un étranger te loue, et non point ta propre bouche ; quelqu'un du dehors, et non tes lèvres.

Le Malbim explique : les éloges qu'un homme s'adresse à lui-même ne sont en rien des louanges. Mieux vaut accomplir des actes droits et des actions bienfaisantes, et alors un étranger te louera. C'est-à-dire : perfectionne-toi pour mériter les louanges d'autrui. Pourquoi serais-tu celui qui proclame à tout vent combien il est bon et intègre ? Nos Sages disent : « Le boulanger ne peut témoigner de sa propre pâte ». Ce que tu racontes sur toi-même n'est que relations publiques et discours commercial, et personne n'y croit véritablement. En revanche, lorsque ce sont les autres qui témoignent de ton intégrité, de ta droiture et de ta bonté, à quoi cela tient-il ? « Une bonne réputation vaut mieux qu'une huile précieuse » : c'est le fruit d'années d'efforts, de probité et de sincérité, envers son prochain comme envers le Ciel, par lesquelles on s'est acquis un bon renom. Certains cherchent la facilité et disent : inutile de faire tout cela, engage une agence de communication et elle se chargera de faire savoir à quel point tu es brillant, intègre et méritant. C'est à ce propos que le roi Salomon déclare : « Qu'un étranger te loue, et non ta bouche ». Ne fais pas ton propre éloge, personne n'y adhère ; ce sont les louanges venues d'autrui qui touchent véritablement les cœurs.

« Zar » et « Nokhri » - deux étapes

Il semblerait à première vue qu'il y ait ici une redondance sous des termes différents, mais dans la méthode du Malbim, une telle répétition n'existe pas. Si le verset dit « Qu'un étranger te loue, et non ta bouche », l'expression « quelqu'un du dehors, et non tes lèvres » n'est pas une simple répétition, mais l'enseignement d'un élément supplémentaire. Le Malbim précise : il existe une différence fondamentale entre un zar (un étranger) et un nokhri (un homme venu d'un autre pays). Dans un premier temps, c'est le zar qui te louera - quelqu'un qui n'est pas de tes proches, mais qui vit dans ton propre pays. Puis, tu parviendras à un tel degré que même le nokhri, venu d'une terre lointaine, fera ton éloge. Et d'où l'apprendra-t-il ? Il l'entendra du zar. C'est l'étranger du pays qui porte ta renommée au loin, et c'est ainsi que l'écho de tes mérites parvient jusqu'aux contrées éloignées, et que cet homme d'ailleurs proclame lui aussi ta gloire.

« Et non tes lèvres » - l'éloge du silence

Et le Malbim propose ici une explication novatrice et admirable : que signifie « et non tes lèvres » (ve-al sefatekha) ? C'est ce refus même de tes lèvres qui fera ton éloge ! En d'autres termes, le fait même que tes lèvres s'abstiennent de vanter tes bonnes actions constitue en soi ta plus belle louange. « Qu'elle est médiocre, la pâte dont le boulanger lui-même doit faire l'éloge » : lorsqu'un homme se vante, chacun le regarde comme quelqu'un dépourvu de bon sens : « C'est moi qui ai fait ceci, moi et encore moi ». Laisse autrui parler de toi, qu'as-tu besoin d'étaler tes mérites ? Et quand les gens savent qu'un homme accomplit de bonnes actions, mais constatent qu'il n'en souffle mot et qu'il marche avec modestie, quelle admiration cela suscite, quelle impression profonde cela produit ! C'est pourquoi ta plus grande renommée réside dans ce « non de tes lèvres » : parce que tu ne te glorifies pas toi-même, les autres reconnaîtront tes qualités morales, ton humilité et ta retenue, et c'est cette discrétion même qui tissera ton éloge.

Le Malbim apporte une précision : au début du verset, il est dit « ta bouche » (פיך), et à la fin, « tes lèvres » (שפתיך). La lèvre est extérieure, tandis que la bouche exprime toujours une réalité plus intérieure. En d'autres termes, le simple fait qu'on ne vous entende pas faire vos propres louanges, ne serait-ce que des lèvres - extérieurement -, conduira autrui à vous louer et à dire : voyez combien cet homme est modeste et intègre.

Et ce n'est pas tout. Même lorsqu'un autre vient vous faire des éloges, vous lui dites « ne pas » (אל) : non, laisse, n'exagère pas, ce n'est pas nécessaire. Non seulement cet homme ne fait pas son propre éloge, mais lorsqu'il entend quelqu'un désireux de le louer, il lui dit « אל » - de ses lèvres, il prononce ce refus. C'est là le sens de « אל שפתיך » : lorsque vous dites à autrui « je ne veux pas que tu le publies, je ne veux pas que tu me loues en public », ce « non » prononcé par vos lèvres constitue en lui-même votre plus bel éloge.

« En trois choses, les Sages modifient leurs propos » - biaiser plutôt que mentir

Nos Sages ont ainsi enseigné : il y a trois circonstances où les Sages modifiaient la réalité dans leurs propos, et l'une d'elles concerne « le traité étudié » (במסכתא). Si l'on demande à l'un d'eux : « As-tu étudié tel traité ? », il répond : « Je ne l'ai pas étudié. » Il est permis de modifier ainsi ses propos pour ne pas verser dans l'orgueil. Certes, il est préférable de ne pas mentir délibérément, mais d'employer une formule à double sens, de sorte que l'auditeur comprenne « je ne l'ai pas étudié ». Par exemple : « Puissé-je mériter de l'étudier ! » - on n'a pas affirmé ne jamais l'avoir étudié ; on l'a peut-être appris quatre fois, et l'on espère sincèrement mériter de l'étudier à nouveau. L'interlocuteur comprendra que l'étude n'a pas été faite, et l'on n'aura pas proféré de mensonge.

Chaque fois qu'il est permis de mentir, il est toujours préférable de modifier la formulation - d'employer une expression qui n'est pas un mensonge absolu, mais où l'interlocuteur comprend une chose alors que celui qui parle en vise une autre. Par exemple, quelqu'un demande : « Il me semble qu'un tel te parlait tout à l'heure, qu'a-t-il dit sur moi ? », alors que l'autre a effectivement tenu des propos désobligeants à son sujet. Si on lui répète ces paroles, que devient-on ? Un colporteur (holekh rakhil). Dire « un tel est un voleur », c'est du lachone hara ; dire « un tel a dit cela sur toi », c'est de la rekhilout ; et inventer des calomnies sur son prochain, c'est du motsi chem ra (sur ces distinctions, un cours audio a été diffusé sur le lachone hara, auquel on pourra se référer). Le 'Hafets 'Haïm enseigne : il est même permis de mentir et de dire « il n'a rien dit sur toi », afin de ne pas se rendre coupable de colportage. Et malgré tout, il reste préférable de détourner le propos : lui dire par exemple « pourquoi t'imagines-tu qu'il n'a rien d'autre à faire que de parler de toi ? Tu vis constamment dans la crainte qu'on parle de toi, oublie cela ; les gens ont bien d'autres sujets de conversation que ta personne ». On n'a pas affirmé qu'on n'avait pas parlé de lui, mais on lui a laissé entendre que non. C'est bien préférable à un mensonge pur et simple.

De là, on constate que le simple fait pour le Sage de modifier ses propos et d'agir avec humilité, de sorte que lorsqu'on l'interroge, il réponde « je ne sais pas », rehausse et fait rayonner son nom. Par ce biais, on reconnaît sa grande modestie, et cela même tourne à sa louange. C'est le sens de « et non tes lèvres » (ואל שפתיך) : ce « non » prononcé par tes lèvres, lorsque tu dis « non, je ne sais pas », constitue en lui-même ta gloire.

À ce propos, on demanda un jour à quelqu'un : « As-tu étudié tel traité ? » Il répondit : « La moitié du traité. » L'interlocuteur lui demanda : « Puis-je te poser une question ? » Il acquiesça. L'autre reprit : « Quelle moitié as-tu apprise ? » Il lui répondit : « Celle que tu veux. » Il avait dit « seulement la moitié », mais il avait étudié la première moitié, puis la seconde - il l'avait apprise par moitiés ! Cela nous ramène au point essentiel : la plus grande renommée pour un homme réside dans son humilité, lorsqu'il ne fait pas étalage de son savoir ni de sa personne ; et lorsque les gens finissent par le découvrir, c'est là son plus digne éloge.

Un génie de la modestie

On raconte à propos du Rav de Brisk qu'un jour, plusieurs grands maîtres de la génération étaient réunis et qu'une question concernant une ordonnance d'intérêt public fut soulevée. Chacun exposa son raisonnement, et deux solutions furent finalement retenues : l'une proposée par le Rav de Brisk et l'autre par un autre Sage présent. Rabbi Itzele Blazer, reconnu de tous comme un éminent talmid 'hakham, était assis là sans exprimer le moindre avis, comme si le sujet lui était totalement étranger et qu'il ne l'avait jamais étudié, ce qui étonna beaucoup le Rav de Brisk.

De retour chez lui, le Rav de Brisk souhaita consulter le livre de Rabbi Itzele qu'il possédait, afin de mesurer sa stature à travers ses 'hidouchim. Il se trouva qu'il ouvrit le volume précisément à l'endroit où Rabbi Itzele soulevait cette même question, et apportait les deux solutions - celle formulée par le Rav de Brisk et celle proposée par l'autre Sage -, toutes deux issues de sa propre réflexion. Le Rav de Brisk s'exclama alors : « Rabbi Itzele Blazer est un génie de la modestie ! » Voyez : il s'était tenu là comme s'il ignorait tout du sujet et n'avait jamais étudié la question, au point que l'on aurait pu le prendre pour un ignorant - alors même qu'il avait déjà formulé la difficulté et consigné par écrit les deux réponses. Naturellement, n'importe qui aurait aussitôt fait remarquer : « C'est exact, j'ai déjà soulevé cette question et j'ai moi-même rédigé ces deux réponses. » Mais chez un grand homme, la réserve et l'humilité sont telles qu'il agit comme si la question ne le concernait en rien, sans chercher à se mettre en avant.

On constate ainsi à quel point la grandeur des sommités de la Torah et leur art résidaient dans leur capacité à s'effacer. C'est pourquoi, bien souvent, lorsque le 'Hafets 'Haïm racontait une histoire, il l'attribuait à « quelqu'un qui s'était adressé à un rabbin, lequel lui avait conseillé telle démarche », puis il relatait le miracle qui s'était produit ou un fait semblable - et l'on savait que, dans la plupart des cas, l'histoire le concernait directement. Seulement, le 'Hafets 'Haïm se refusait à raconter une telle chose sur lui-même, de peur d'y mêler la moindre trace d'orgueil. Par modestie, il ne voulait pas dire « il est venu me trouver, je lui ai donné un conseil, il ne m'a pas écouté et en a finalement pâti », c'est pourquoi il rapportait le fait comme s'il s'agissait d'un autre - alors que chacun savait que l'histoire s'était déroulée avec lui.

En résumé :

Nous avons appris ici deux principes fondamentaux. Le premier : « Ne te glorifie pas du lendemain, car tu ne sais pas ce qu'un jour enfantera » - et selon le Malbim, tu ne sais même pas ce qu'enfantera le jour présent, alors comment pourrais-tu te vanter du lendemain ! « Ne dis pas : quand j'aurai du temps libre, j'étudierai, de peur que tu n'en aies jamais », non pas « là-bas » mais « ici », non pas « demain » mais « aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix » ; et cela s'applique également à toute la conduite de notre vie : être méthodique, commencer et achever, et ne pas vivre dans la procrastination. C'est précisément ce que nous avons vu chez Boaz, car « cet homme ne sera point en repos avant d'avoir conclu cette affaire aujourd'hui », et c'est grâce à cela que s'est édifiée la dynastie de la maison de David. Et le second : « Qu'un étranger te loue et non ta bouche, un inconnu et non tes lèvres » - parachève tes actes jusqu'à mériter qu'un autre te loue, et de cet étranger, ta renommée parviendra jusqu'à l'inconnu le plus lointain ; quant au plus grand de tous les éloges, c'est ce « et non tes lèvres », le simple fait de ne pas t'attribuer de louanges et d'empêcher autrui de t'encenser. Telle est la grandeur des géants de la Torah, qui furent des « génies d'humilité » : sachons nous en inspirer pour nous fortifier.