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Chapitre 26 - Honneur à l'insensé et paroles flatteuses - 7e partie

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Introduction

Nous poursuivons l'étude du chapitre 26 des Proverbes, dans ce passage consacré à l'homme querelleur et au semeur de discorde : au pouvoir destructeur de la parole, à la manière dont l'instigateur attise les conflits et au masque qu'un homme revêt pour dissimuler la noirceur de son cœur. Nous nous arrêterons sur deux versets : « Les paroles du calomniateur sont comme des blessures » et « Comme des scories d'argent plaquées sur de l'argile », à la lumière des explications de Rachi, d'Ibn Ezra, du Gaon de Vilna, du Ralbag, des Metsoudot, du Malbim et du Guériz.

Qui est le « nirgan » ?

דִּבְרֵי נִרְגָּן כְּמִתְלַהֲמִים וְהֵם יָרְדוּ חַדְרֵי בָטֶן׃ (כב) - Les paroles du semeur de discorde sont comme des coups meurtrissants, elles descendent jusqu'au fond des entrailles. (22)

Nous avons déjà rencontré le « nirgan » au verset 20 : « Faute de bois, le feu s'éteint ; et là où il n'y a plus de calomniateur, la querelle s'apaise ». Nous y avions vu trois définitions. Rachi explique que le « nirgan » est le médisant (ba'al lachon hara), qui va et vient pour semer la zizanie entre les belligérants. Le Gaon de Vilna explique que le « nirgan » est l'accusateur, l'homme de discorde. Et le Malbim précise que le « nirgan » est le contestataire perpétuel - au sens où nous l'entendons aujourd'hui : un éternel insatisfait, qui a des récriminations et des critiques contre tout, et pour qui rien ne trouve grâce à ses yeux.

« Kémitlahamim » - Comme ceux qui guerroient

L'expression « mitlahem » nous est familière en hébreu contemporain (au sens de virulent ou agressif), et elle trouve sa source ici. Rachi commente « kémitlahamim » comme signifiant « kémitla'hamim » (comme des combattants), car le Hé et le 'Heth sont interchangeables : ils appartiennent tous deux aux consonnes gutturales et partagent une graphie très proche. Ainsi, les propos du calomniateur s'apparentent à une guerre permanente : il part en croisade contre tout, trouvant en chaque situation matière à litige et à réclamation.

« Kémèt lahèm » - L'interprétation de nos Sages

Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages, qui scindent le mot en deux : « kémitlahamim » devient « kémèt lahèm » (comme la mort pour eux). Qui étaient ces contestataires (« nirganim ») ? « Vous avez murmuré dans vos tentes et vous avez dit : C'est par haine d'Hachem pour nous qu'Il nous a fait sortir du pays d'Égypte ». Ces médisants qui avaient décrié la Terre sainte ont ainsi provoqué leur propre mort. « Et elles descendent jusqu'au fond des entrailles » : telle fut la rétribution infligée aux explorateurs (les méraglim), des vers sortant de leur nombril pour monter vers leur langue pendante. Le fléau a atteint les tréfonds de leurs entrailles. Rachi mentionne une autre explication : « les chambres du ventre » renvoie à la mort par hydropisie, une fin particulièrement pénible, à Dieu ne plaise.

« Mitlahem » ou « mithalem » - La notion de coup

Ibn Ezra explique que « kémitlahamim » équivaut à « kémithalémim » - par interversion des lettres, comme on le constate pour « lahak » et « kahal » (assemblée), « kévèss » et « kéchèv » (agneau), ou « simla » et « salma » (manteau). Le terme « mithalem » dérive du verbe signifiant frapper, comme dans le verset : « Elle frappa Sisra, lui brisa la tempe ». Les propos du calomniateur s'apparentent donc à des coups assénés sans répit. Et ils pénètrent jusqu'au fond des entrailles : selon Ibn Ezra, il s'agit du cœur - une blessure portée en plein cœur.

Le Metsoudat David abonde dans le même sens : « Les paroles du semeur de discorde » désignent l'auteur de médisance, et « kémitlahamim » se rattache au martèlement des coups, comme dans « Les sabots des chevaux frappèrent le sol ». Il ne s'agit pas de violence physique, mais de paroles qui vous heurtent de manière répétée. Le calomniateur est un colporteur qui blesse par ses propos - ce que l'on nomme « frapper du bâton de sa bouche », « frapper du fouet de sa langue ». Enfin, le Metsoudat Tsion en trouve la source dans les Psaumes (141) : « Que le juste me frappe », évoquant un coup violent qui meurtrit.

Le Gra : le Kaf Hakèla et les profondeurs de l'abîme

Le Gra explique ce verset comme faisant référence au châtiment de celui qui tient des propos de lachon hara. Il est bien connu qu'à cause de la mauvaise parole, l'homme est châtié par le Kaf Hakèla (la fronde des âmes), que le Ciel nous en préserve, où son âme est projetée d'un bout à l'autre. Et c'est là le sens de « divré nirgan kemitlahamim » - du terme de frappe (« halima »), de coup : on le frappe lorsqu'on le projette dans la fronde. Comme dans un jeu de raquettes, où la balle est renvoyée de l'autre côté après avoir été frappée par la raquette - ainsi son âme est frappée et projetée. « Véhém yardou 'hadré vaten » - et ensuite, ils descendent dans les profondeurs du grand abîme (« oumka dit-homa raba »), qui sont les profondeurs du ventre du Chéol.

Selon le Gra, donc, le verset précédent tout comme le nôtre traitent des châtiments des impies. Dans le verset précédent, il parlait des ignorants (« amé haarets ») et de leurs épouses, affirmant qu'ils sont comparables à des braises et à du bois pour le feu de la Géhenne, où ils recevront leur punition. Et maintenant, il parle du calomniateur (« nirgan »), qui sera « mitlaham » - frappé par les anges d'un bout du monde à l'autre, avant de descendre dans les chambres du Chéol.

Le Ralbag : des paroles brisées - et c'est ainsi que l'on allume un incendie

Le Ralbag propose ici une explication originale et pénétrante. Selon lui, « kemitlahamim » provient de la racine signifiant se briser : ses paroles sont coupées et fragmentées. Il explique qu'il s'agit du semeur de discorde, et ces personnes possèdent un art consommé pour attiser le feu - pas avec du simple pétrole, mais avec de l'essence, pour que le brasier prenne vigoureusement. Et comment ? Lorsqu'il vient vous raconter quelque chose, il ne vous livre pas l'intégralité des faits, mais seulement une partie. Leurs paroles sont brisées (« michtabrim miléhem ») - il laisse entendre : « Je ne vais pas tout te raconter, je ne te dirai pas tout ». Et selon ses propres termes : « Et par cela, une vive impression naît dans l'âme de celui qui écoute leurs paroles ».

« Quoi, tu n'as pas entendu pour Réouven ? Tu ne sais pas qu'il est parti à l'étranger à cause de... enfin bref, laisse tomber, je ne veux pas en dire plus ». « Tu n'es pas au courant du conflit qui... non, laisse, je préfère ne rien dire ». Or, s'il avait simplement dit : « Il a eu une dispute avec son fils », l'histoire se serait arrêtée là. Mais puisqu'il n'en a dit que la moitié, il faut absolument savoir ce qui s'est passé. Et voilà que l'on bâtit des montagnes d'imaginations : il a sûrement eu de gros ennuis dans son entreprise, sûrement aussi avec sa femme, ils sont sans doute sur le point de divorcer, et il est certainement en conflit avec untel, d'ailleurs j'avais déjà entendu dire qu'autrefois... Tout cela à partir d'un demi-mot lâché négligemment.

Il s'avère donc que si le semeur de discorde disait les choses en entier, l'affaire se réglerait bien vite : « Ah, ce n'est que ça ? D'accord ». Mais comme il n'en a dit que la moitié - « mitlaham », brisé et tronqué - voilà pourquoi « véhém yardou 'hadré vaten » : leurs paroles descendent jusqu'au plus profond du cœur de l'auditeur, car celui-ci s'imagine que ce qui est tu est encore plus grave que ce qui est dit. Ce que l'on a reçu n'est que la bande-annonce, le clou du spectacle reste à venir.

N'est-ce pas exactement ainsi que procèdent tous les calomniateurs dans les médias ? Ils rédigent un titre tapageur du genre : « Untel prend-il des stupéfiants ? », et à l'intérieur, il est précisé que rien n'a été prouvé et qu'il n'existe aucune preuve, si ce n'est qu'au lycée, quelqu'un lui en aurait proposé. Quel rapport avec le titre ? Pourtant, le titre a déjà éveillé le doute : allez savoir ce qui s'est réellement passé là-bas !

C'est d'ailleurs l'un des pièges dans lesquels tombent tous les interviewés débutants. La personne arrive à l'entretien, s'exprime librement, le journaliste lui donne le sentiment d'être simplement venu l'écouter pour faire connaître son point de vue - puis elle découvre qu'un fragment de phrase a été extrait pour en faire un titre sensationnel, et tout le monde s'indigne : « Comment a-t-il pu dire une chose pareille ? » Pourtant, si l'on écoute l'enregistrement, on s'aperçoit que la phrase était tellement noyée dans le propos qu'on ne l'aurait même pas remarquée. Mais le journaliste a fait ses classes, il a su en extraire la formule croustillante. Tel est le calomniateur (« nirgan ») : il n'apporte qu'un infime fragment, et cela suscite chez vous l'impression que Dieu seul sait ce qui se cache derrière.

Des blessures incurables

Le Metsoudat David ajoute dans ce même esprit : « divré nirgan », c'est le mécontent qui se plaint, selon l'approche du Malbim, et ses paroles sont aussi dures que des coups qui brisent - « mitlahamim » venant de la notion de brisure, dans la lignée du Ralbag. « Véhém yardou 'hadré vaten » : lorsqu'un homme en frappe un autre, le coup reste superficiel ; mais les coups qui pénètrent jusqu'au fond des entrailles sont extrêmement difficiles à guérir.

On a déjà cité à ce propos une parabole. C'est l'histoire d'un homme qui avait pour ami un ours - pas un homme nommé Dov, mais un véritable ours. Ils vivaient ensemble et s'entendaient à merveille ; chaque fois que l'homme arrivait, il l'étreignait. Un jour, l'homme arriva, l'ours le serra dans ses bras, et une odeur épouvantable s'échappa de sa gueule - il avait sans doute dévoré une charogne ou quelque chose d'avarié. L'homme lui dit : « Pouah, comme tu pues ! », puis il s'enfuit et s'éloigna de lui. Quelque temps plus tard, il aperçut l'ours replié sur lui-même, silencieux. L'ours prit alors un bâton et le tendit à son ami : « Frappe-moi ». L'homme lui demanda : « Pourquoi te frapperais-je ? » L'ours répondit : « Je t'en supplie. Es-tu mon ami ? - Oui. - Veux-tu faire ce que je te demande ? - Oui. - Alors frappe-moi ». Il le frappa jusqu'au sang, jusqu'à ce que l'ours lui dise : « Voilà, cela suffit ». Alors l'ours lui montra ses plaies et dit : « Vois-tu ce que tu viens de me faire ? » L'homme répondit : « Oui, mais c'est toi qui l'as demandé ». L'ours répliqua : « C'est vrai, et ces blessures vont cicatriser. Mais ce dont tu m'as blessé auparavant, c'est une plaie au cœur, et celle-là ne guérira jamais ».

C'est ce qu'explique le Metsoudat David : les blessures superficielles sont faciles à soigner. Vous recevez un coup sur le bras, une fracture, une coupure - tout dommage physique se traite aisément. En revanche, les plaies qui pénètrent jusqu'au fond des entrailles, au plus profond du cœur, sont extrêmement difficiles à guérir. De même, il est très difficile de réparer le tort causé par les propos du calomniateur : ses plaintes continuelles, ses blessures verbales, ses offenses et ses récriminations incessantes constituent une atteinte portée à l'âme, bien plus pénible à cicatriser qu'une blessure physique infligée au corps.

Le Malbim : récriminer contre les voies d'Hachem

Le Malbim explique que notre verset est la continuation directe du précédent : « Du charbon sur des braises, du bois pour le feu, et l'homme querelleur pour attiser la dispute ». Le Malbim définit le terme « pé'ham » (charbon) comme des étincelles : pour ranimer des braises, de simples flammèches suffisent, mais pour allumer un feu, il faut du bois véritable. Il en va de même des conflits : pour attiser une querelle, il suffit d'un « homme querelleur » - une personne procédurière, constamment prête à réclamer son dû et à faire une dispute pour un rien. Il est comme une étincelle de braise qui attise la querelle. Mais pour embraser un grand incendie, cela ne suffit pas : c'est là qu'interviennent les propos du détracteur perfide, qui sont « comme des coups violents », comme s'ils frappaient à coups redoublés ; et bien qu'il ne s'agisse pas de violences physiques extérieures, ce sont des coups qui descendent jusqu'au fond des entrailles, causant un ravage intérieur.

Et à quoi ces paroles font-elles référence ? Le Malbim précise qu'il s'agit d'une allégorie désignant celui qui récrimine contre les voies de la Providence. Celui-là entre dans la catégorie de « l'homme querelleur » : il cherche querelle au Saint, béni soit-Il, en disant : « Maître du monde, pourquoi m'as-Tu fait cela ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi ne m'as-Tu pas accordé cela ? » Et pire encore est celui qui en vient à croire que D.ieu a créé l'homme pour son malheur - voilà le véritable médisant calomniateur. Comme nous l'avons appris dans le livre de Job, certains philosophes prétendaient démontrer que l'homme a été créé pour souffrir, au motif que si l'on examine l'existence, le malheur semble prédominer la plupart du temps, les maux surpassant les biens et les souffrances l'emportant sur les joies. Le Malbim tranche : c'est là l'égarement le plus funeste, et cela relève directement de l'esprit de calomnie envers D.ieu.

C'est comparable à ce que disaient les enfants d'Israël : « C'est par haine d'Hachem à notre égard qu'Il nous a fait sortir du pays d'Égypte ». Prétendre qu'Hachem nous hait et que c'est pour cette raison qu'Il nous a tirés d'Égypte, voilà la calomnie par excellence. Nous avons déjà longuement exposé comment ils en sont venus à une telle absurdité : tout simplement parce que « comme l'eau reflète le visage, ainsi le cœur de l'homme répond au cœur de l'homme ». Ils ont sondé leurs propres cœurs et, constatant la rancœur qu'ils nourrissaient eux-mêmes envers le Saint, béni soit-Il, ils se sont persuadés qu'Hachem éprouvait la même haine envers eux.

Des scories d'argent plaquées sur de l'argile

כֶּסֶף סִיגִים מְצֻפֶּה עַל חָרֶשׂ שְׂפָתַיִם דֹּלְקִים וְלֶב רָע׃ (כג) - Des scories d'argent plaquées sur un tesson d'argile : telles sont des lèvres brûlantes accompagnées d'un cœur mauvais.

Rachi explique : c'est à l'image des scories d'argent que l'on applique sur de la poterie pour l'enrober avant de la cuire ; le récipient d'argile se met alors à briller comme s'il était fait d'argent fin. Pourtant, en réalité, cela n'a aucune consistance : l'argent n'est fait que de résidus grossiers et l'intérieur n'est que de la terre cuite. Il en va de même pour « des lèvres brûlantes accompagnées d'un cœur mauvais ».

Remarquez également comment Rachi interprète le mot « dolekim » (brûlantes). Au premier abord, on l'entendrait au sens de feu ou de flamme, mais Rachi l'explique dans le sens de la poursuite, comme dans le verset : « Pourquoi m'as-tu poursuivi (dalakta a'haraï) ? » Il s'agit de ceux qui poursuivent les gens de leurs assiduités pour les séduire et les égarer par la douceur trompeuse de leur langage. En apparence, un tel individu vous assure qu'il ne cherche que votre bien et votre réussite, affichant un visage aimant, tandis que son cœur trame en secret des desseins pervers. Dès lors, de même que personne n'achèterait un tesson d'argile recouvert d'un vernis de scories sans valeur, sachant que l'extérieur n'est qu'un placage et l'intérieur de la boue séchée, de même retenez ceci : lorsqu'un homme vous poursuit de belles paroles, son cœur est bien souvent mauvais. Celui qui use de flatteries mielleuses pour vous compromettre et vous pervertir porte en lui un cœur pervers ; tenez-vous loin de lui.

Le Gaon de Vilna : ne pas se laisser impressionner par des lèvres enflammées

Le Gaon de Vilna, pour sa part, retient le sens premier de « dolekim », tiré de la brûlure et de la flamme. Lorsqu'on l'écoute parler, ce sont des discours d'une éloquence embrasée, des exposés éblouissants, des paroles de moussar enflammées. Mais sachez que très souvent, derrière ces flammes, se cache un cœur mauvais. On le regarde et l'on s'émerveille : « Voyez quelle prière, quelle ferveur, quelle intensité dans son étude, quelle voix retentissante, quel chant inspiré - le feu de la sainteté l'enveloppe ! » Le Gaon nous avertit : bien souvent, ce n'est rien de plus que des scories d'argent plaquées sur de l'argile, sans la moindre réalité intérieure. Ainsi, en voyant des lèvres enflammées, ne vous laissez pas subjuguer : il s'agit fréquemment d'argile déguisée sous une fine couche d'argent, ces lèvres ardentes ne sont qu'un artifice et une mise en scène, tandis qu'au fond le cœur est mauvais, de nature vile et trompeuse, tout ce spectacle n'étant destiné qu'à abuser son monde.

En vérité, le même constat s'applique à tous ces faiseurs de miracles autoproclamés, dont chacun s'efforce de donner l'impression d'être un homme de D.ieu saint et inspiré, multipliant les promesses mirobolantes, distribuant des bénédictions à tour de bras et se présentant comme un saint supérieur. Quelqu'un racontait s'être rendu chez un individu de cette trempe, qui lui réclamait environ deux mille shekels pour accomplir un « tikoun ». Comme on lui demandait la raison d'un tel tarif, il s'indigna : « Mais comment osez-vous demander ?! Je monte là-haut dans le Ciel ; vous ne soupçonnez pas ce qui est consigné contre vous là-haut, à D.ieu ne plaise, et c'est moi-même qui vais l'effacer ! Vous croyez que cela va de soi ? » Et la personne rapportait cette scène avec le plus grand sérieux. Force est de constater que les naïfs ne disparaissent jamais, ils ne font que se renouveler ; ce sont toujours les crédules qui fournissent le carburant à tous ces imposteurs et ces charlatans, en gobant des fables selon lesquelles quelqu'un monterait au Ciel pour y effacer des registres. On pouvait d'ailleurs lui demander avec ironie : emporte-t-il du correcteur liquide là-haut, ou risque-t-il de l'oublier ici-bas, et comment s'y prendra-t-il alors pour effacer ? C'est précisément cette triste réalité que dénonce le verset : des scories d'argent plaquées sur un tesson d'argile, des lèvres brûlantes cachant un cœur mauvais.

Le Gri"z : Pourquoi précisément « de l'argent de scories » ?

Le Gri"z explique dans ses 'Hidouchim que l'argent plaqué représente les lèvres, et le tesson d'argile le cœur. Et il s'interroge : si les lèvres sont enflammées d'ardeur, pourquoi le verset les qualifie-t-il d'« argent de scories » ? Il aurait dû dire : « de l'argent pur plaqué sur de l'argile » ! En effet, la description dépeint elle-même un homme qui semble, par ses paroles, s'élever jusqu'aux mondes supérieurs ; or, « l'argent de scories » désigne un argent défectueux, mêlé d'impuretés. Si le texte voulait signifier que ses lèvres sont admirables mais que son cœur est mauvais, il aurait dû énoncer que les lèvres sont un argent de bon aloi.

À cela, il répond : chez un individu dont le cœur est mauvais, même si ses lèvres sont enflammées et paraissent plaquées d'argent, quiconque fait preuve de discernement, observe et prête attention découvrira qu'il ne s'agit que d'argent mêlé de scories. L'homme au regard pénétrant et à l'oreille affinée saura remarquer ces lèvres brûlantes sans se laisser berner par les apparences. Une personne simple, voyant quelqu'un aux lèvres enflammées, s'imagine aussitôt que son cœur est d'or ; or, sache que bien souvent, ces lèvres brûlantes ne sont là que pour dissimuler un cœur pervers.

Et le Gri"z ajoute : Chlomo a employé l'expression « argent de scories » pour t'enseigner que l'homme avisé, accompli et sage déduira d'emblée, à travers ces lèvres enflammées, qu'il s'agit de scories. Comment ? En écoutant le langage, en prêtant attention à la manière de s'exprimer. Car la langue est la plume du cœur. Si l'on écoute quelqu'un tenir des propos en apparence édifiants et stimulants, et que tout à coup lui échappe un mot inconvenant - par manque de pudeur ou pour d'autres motifs -, le sage, doté d'une grande sensibilité, saisit immédiatement : un instant, quelque chose a sonné faux. Celui qui n'a pas atteint ce niveau n'entend que l'élan d'inspiration et s'enflamme, sans percevoir la duplicité du cœur. Mais le sage, dès l'écoute des paroles, a l'oreille assez fine pour détecter que même dans l'argent - c'est-à-dire dans la parole elle-même, qui semblait d'un argent splendide dissimulant un fond d'argile -, se trouvent déjà des scories ; dans l'élocution elle-même, il discerne déjà des failles.

La sensibilité face aux doctrines déviantes

Il en va de même pour les conceptions erronées. On raconte qu'un homme venait régulièrement trouver le 'Hazon Ich pour s'entretenir avec lui d'études talmudiques, et il apportait chaque fois une bouteille de vin. Une fois, ils abordèrent un certain enseignement de nos Sages, et cet homme déclara sur un ton méprisant : « Voyons, Rav, cela ne s'est pas réellement passé ainsi ! » Le 'Hazon Ich en fut profondément blessé et le réprimanda sévèrement : « Comment oses-tu parler ainsi ? La Guémara affirme qu'un hérétique (apikoros), même s'il ne conteste qu'un seul détail en affirmant qu'il n'est pas vrai, demeure un apikoros. » Il lui adressa de vifs reproches, puis conclut : « La prochaine fois, n'apporte pas de vin. »

Le 'Hazon Ich considérait qu'un homme aux opinions perverties rend le vin impropre (yayin néssek) dès lors qu'il le touche. Car pour être considéré comme hérétique, nul besoin de renier l'ensemble de la Torah ; il suffit d'entretenir une conception dévoyée, de mépriser une mitsva - non pas par faiblesse en se disant « cela m'est trop difficile à accomplir », mais en la rejetant et en la contestant - pour frapper le vin d'interdit. Quand bien même toute votre cuisine bénéficierait de la surveillance rabbinique la plus stricte, votre vin pourrait devenir du vin de libation. Nous mesurons ainsi à quel point les opinions faussées constituent un péril redoutable. Et quiconque possède une oreille avertie sonde sur-le-champ la véritable nature de son interlocuteur au fil de la conversation.

« Tu as parlé cinq minutes avec lui sans le cerner ? »

On rapporte à propos de Rabbi Yerou'ham de Mir qu'un nouveau candidat se présenta à la yéchiva pour y être admis, et l'un des élèves s'entretint avec lui durant quelques minutes. Rabbi Yerou'ham lui demanda par la suite : « Dis-moi, quelle est la valeur de ce jeune homme ? » L'élève répondit : « Maître, je ne le connais pas. » Pensant que le Rav supposait qu'ils venaient de la même ville puisqu'il les avait vus discuter, il précisa : « Non, maître, je ne le connais pas, je n'ai parlé avec lui que cinq minutes. » Rabbi Yerou'ham s'étonna alors : « Tu as parlé cinq minutes avec lui et tu n'as pas su qui il était ?! »

L'homme accompli discerne en cinq minutes les profondeurs de l'âme : il a relevé la formulation, saisi la tournure d'esprit, capté les nuances, et en l'espace de cinq minutes, il a su lire en lui à livre ouvert. Par les seules résonances de la voix, le sage parvient à percer l'identité de celui qui se tient devant lui.

En conclusion : ces deux versets mettent en lumière le pouvoir de la parole de blesser et d'induire en erreur. « Les propos du calomniateur sont comme des coups assénés » : que le médisant soit un semeur de discorde propageant le lachon hara, un fauteur de querelles ou un éternel contestataire, ses paroles mènent une véritable guerre, portent des coups ravageurs et sont même livrées de manière fragmentaire afin d'attiser l'imagination de l'auditeur. Ce sont des blessures qui descendent jusqu'au fond des entrailles, une atteinte intérieure particulièrement ardue à guérir, bien plus qu'une blessure physique. Selon l'allégorie du Malbim, il s'agit de celui qui récrimine contre les voies du Saint, béni soit-Il, et plus grave encore, de celui qui soutient que l'homme a été créé pour son propre malheur. Quant au verset « De l'argent de scories plaqué sur un tesson d'argile », il nous rappelle que tout ce qui brille n'est pas argent : certains vous poursuivent de leurs discours mielleux alors que leur cœur est corrompu, et certaines lèvres brûlantes d'enthousiasme ne sont qu'un mince placage dissimulant un tesson sans valeur. Notre devoir est de former notre oreille à la vigilance, car selon le mot du Gri"z, la langue est la plume du cœur, et c'est dans l'élocution elle-même que l'on parvient à déceler les scories.