Nous avons devant nous les deux versets qui clôturent le chapitre 25. Le premier traite des limites de l'investigation intellectuelle : dans quels domaines convient-il d'approfondir et de chercher, et où l'homme doit-il s'arrêter. Le second aborde la frontière intérieure chez l'homme lui-même : la force de retenue, la « muraille » qui protège l'homme contre son mauvais penchant. Ces deux versets, comme nous allons le voir, touchent au même principe : l'homme doit connaître sa place et ses limites.
אָכֹל דְּבַשׁ הַרְבּוֹת לֹא־טוֹב וְחֵקֶר כְּבֹדָם כָּבוֹד׃ - Manger trop de miel n'est pas bon, mais scruter leur gloire est un honneur (25, 27).
Le sujet du miel a déjà été abordé plus haut dans ce chapitre : « As-tu trouvé du miel, manges-en à ta suffisance, de peur d'en être rassasié et de le vomir ». Ici encore, le roi Salomon répète qu'une consommation excessive de miel n'est pas bonne. Cependant, ce terme est ici employé au sens allégorique. Rachi explique qu'il s'agit d'une allusion à celui qui expose les mystères du Char céleste (Maassé Merkava) et de la Création (Maassé Beréchit) et qui divulgue ces secrets devant les foules et les ignorants, lesquels finissent par s'en moquer et demander ce qui est en haut et ce qui est en bas. Selon cette interprétation, « trop » (harbote) signifie : en public (berabim), devant des profanes. Et nous avons déjà appris dans la Michna que l'on ne transmet pas les secrets de la Torah à des personnes qui n'en sont pas dignes.
Et si l'excès de miel n'est pas bon, quelle est alors la recherche légitime ? « Et scruter leur gloire est un honneur » : l'investigation doit porter sur les paroles des Sages, dont l'honneur réside dans leurs décrets. C'est-à-dire : dans les paroles des Sages, bien au contraire, viens et demande pourquoi ils ont institué telle règle, pourquoi ils ont fixé tel décret ou ordonné telle conduite. En agissant ainsi, on glorifie leurs décisions et l'on s'efforce de comprendre et d'analyser la profondeur de leurs enseignements - et cela est un honneur. Mais enquêter sur des sujets relevant des secrets de la Création et du Char divin, et demander ce qui est en haut et ce qui est en bas, ce qui précède et ce qui suivra - toutes ces interrogations portent sur l'Essence même du Créateur, béni soit-Il.
Comme on le sait, nous ne posons pas de questions sur l'Essence même d'Hachem ; nous nous interrogeons sur Sa conduite envers nous. Le judaïsme permet de poser toutes les questions. Dans le christianisme, on vous dira de ne pas poser de questions ; dans l'islam, cela n'a pas de sens d'en poser, et cela peut même s'avérer dangereux. Mais dans le judaïsme, on vous dit : posez toutes les questions.
Dès lors, pourquoi intime-t-on à l'homme de s'arrêter lorsqu'il s'agit de questions sur le Saint, béni soit-Il, Lui-même ? La réponse est simple : si le Saint, béni soit-Il, nous a donné la permission de poser toutes les questions, ce n'est pas pour s'engager à satisfaire notre curiosité, mais parce que chaque question posée doit conduire au service divin. Qui dit qu'Hachem est Un ? Il existe des preuves de l'Unicité divine. Qui dit qu'Hachem exige de nous des commandements ? Il existe des preuves. Qui dit qu'Hachem a donné la Torah ? Il existe des preuves. Qui dit que nous sommes le peuple élu et qu'il y a eu une sortie d'Égypte ? Venez et demandez ! En revanche, dans le christianisme, on ne peut pas demander : qui a dit que cette vierge était vierge ? Et qui a dit qu'elle a conçu par l'esprit saint ? On vous répondra de ne pas poser de questions : « Vous devez croire », et c'est là tout leur argumentaire.
Et cela ne concerne pas uniquement la science. On vous parle de foi, et l'homme rétorque à juste titre : merci, je n'achète pas un chat dans un sac. Le judaïsme vient alors proclamer : « Et tu sauras aujourd'hui » - il est possible de savoir. Mais lorsqu'un homme en vient à questionner l'Essence même d'Hachem, pour savoir s'Il est ainsi ou ainsi, non pas sur Sa providence mais sur Sa nature propre - en quoi cela vous concerne-t-il ? Il ne s'agit là que d'une simple curiosité, d'une quête de sensationnalisme, de secrets ou de commérages. Y a-t-il la moindre incidence pratique pour l'accomplissement des mitsvot ? Il me suffit de savoir qu'il y a un Créateur au monde, qu'Il a donné la Torah, que la Torah nous engage et qu'il y a salaire et châtiment - et l'on peut d'ores et déjà commencer à servir Hachem. Qu'est-ce qui vous empêche de commencer ? L'ignorance quant à l'Essence divine vous empêche-t-elle de pratiquer ? Hachem a créé le monde, il n'y a rien en dehors de Lui, Il a ordonné ce qu'il faut faire - un point c'est tout, rien ne vous retient. Les spéculations sur Son Essence ne sont que pure curiosité, et le Saint, béni soit-Il, ne s'est nullement engagé à assouvir cette curiosité.
Ainsi, « scruter leur gloire est un honneur » : lorsqu'il s'agit d'analyser les décrets des Sages, scrutez, approfondissez et étudiez, car cela est honorable. Mais venir débattre de ce qui se trouve en haut et de ce qui se trouve en bas - qu'est-ce que cela peut bien vous importer ?
Rabbénou Yona explique le verset d'une autre manière : il est bien connu que c'est une noble qualité que de faire l'éloge des sages et des Justes, comme il est dit : "Et scruter leur gloire est une gloire". Tandis qu'au sujet de l'insensé, il est dit qu'il ne loue rien ni personne en ce monde. Et combien ces paroles sont justes.
Chez les 'Hassidim, c'est toute une méthode : les récits sur les Tsaddikim. Ils s'assoient, parlent de foi et racontent des histoires sur les Tsaddikim, toutes sortes de faits qui ont eu lieu - ou qui n'ont peut-être pas eu lieu -, mais qui apportent un immense renforcement. Un jour, un jeune homme à la yéchiva a vu un livre intitulé "Tous les récits du Baal Chem Tov", et il m'a dit : c'est un mensonge. Je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu : parce qu'on peut toujours en inventer d'autres. Comment affirmer que ce sont là toutes les histoires ? On peut toujours en composer de nouvelles.
Et il est bien connu qu'il ne faut pas recevoir ces récits comme la Torah du Sinaï. Quelqu'un a dit autrefois : celui qui y croit est un naïf, et celui qui n'y croit pas est un renégat. Ce qui signifie : croire que chaque histoire s'est déroulée exactement comme elle est écrite, tu n'y es pas obligé. Et il ne faut pas penser que les fondements de la foi en dépendent. Je tiens à le souligner, car certaines personnes éprouvent des difficultés et disent : "C'est écrit ainsi et j'ai du mal à y croire" - tu n'es pas obligé d'y croire, cela ne fait pas partie des treize principes de foi. À quoi es-tu tenu de croire ? Au fait que le Tsaddik en était capable.
Car si sur Baba Salé on rapporte tant d'histoires - par des gens de notre époque qui ont vu de leurs propres yeux des miracles et des prodiges stupéfiants se produire sous sa table -, que dirons-nous du Baal Chem Tov il y a deux cent cinquante ans ? La génération du Gaon de Vilna : qui peut concevoir et mesurer de quoi il s'agit ? C'est pourquoi nous croyons que pour tout ce qui est écrit là-bas, le Tsaddik en était capable, et bien au-delà encore ; mais croire que chaque récit s'est produit exactement au mot près, ce n'est pas la Torah du Sinaï, et ce n'est pas à cela que tient notre foi en Hachem.
Ce qui est évident, c'est qu'il convient de raconter des histoires vraies de Tsaddikim. Soit dit en passant, certains s'imaginent qu'il est légitime de ramener des gens à la téchouva par des fables : ils inventent des histoires et des miracles qui n'ont jamais existé. Jamais de la vie. Notre Torah est une Torah de vérité. Celui qui invente des fables montre simplement qu'il n'a pas de vérité à transmettre ; et celui qui a la vérité, qu'a-t-il besoin de fictions ? Nous avons ce qu'il faut proposer. Nous ne sommes ni le christianisme ni l'islam, nous n'avons nul besoin d'histoires sur Al-Bouraq ou sur les miracles de cet homme-là. Ce dont je vous parle, ce sont des faits vérifiables et prouvables. On ne vend pas la vérité par le mensonge : la vérité ne s'enseigne que par la vérité. Et dans le judaïsme, la fin ne justifie pas les moyens.
C'est l'erreur de beaucoup de baalé téchouva, qui pensent qu'en inventant une histoire, en racontant un miracle qui a eu lieu ou pas, ils vont renforcer leur auditoire. Il n'est pas du tout certain que cela renforce ; parfois, c'est l'inverse exact. Un prédicateur s'est levé un jour et a déclaré : je veux vous raconter qu'une fois, je suis allé interroger l'un des grands d'Israël - c'est toujours plus "commode" d'évoquer des maîtres disparus, sur lesquels on ne peut pas vérifier - : je suis allé lui demander : "Rabbi, est-il permis d'inventer des histoires pour faire faire téchouva aux gens ?" Et il m'a répondu que oui. Et c'était là la première histoire qu'il avait inventée.
Mais "scruter leur gloire est une gloire" signifie rapporter des histoires authentiques. Et les récits véridiques ne manquent pas sur les Tsaddikim, sur les grands de la Torah, sur les saints et sur leur conduite. Je me souviens, adolescent à la yéchiva ketana, nous avions une série intitulée "Tikoun ha-Middot" - de petits livres du Rav Tobolsky, une série remarquable. Ce que j'en retirais toujours, et pas seulement moi mais quiconque lisait cette série, c'étaient les histoires de la dernière partie. On y parlait du vol : combien les grands maîtres d'Israël prenaient garde au moindre centime d'autrui, quelle vigilance ils observaient dans toutes les questions d'argent.
J'étudiais tout le livre, mais la partie consacrée aux histoires m'apportait un encouragement immense, bien davantage que la partie théorique de Moussar. Lorsqu'on entend parler d'un Tsaddik qui a accompli un tel acte, on désire s'attacher à sa voie et agir comme lui. Face aux réprimandes de morale, un réflexe de défense apparaît aussitôt : quelqu'un veut me faire la morale, je résiste ; quelqu'un me dit que je n'agis pas comme il faut, cela éveille immédiatement un antagonisme. Mais quand un homme entend une histoire sur un Tsaddik et sur sa conduite, au contraire, cela réveille en lui le désir de ressembler aux Justes, de s'attacher à eux et de suivre leur chemin. C'est le sens de "scruter leur gloire est une gloire" : c'est une noble qualité que de faire l'éloge des sages et des Justes, et par là même, on s'attachera à leurs voies.
מַעְיָן נִרְפָּשׂ וּמָקוֹר מָשְׁחָת צַדִּיק מָט לִפְנֵי־רָשָׁע׃ (כ"ה, כו) - Source troublée et fontaine corrompue, tel est le juste qui chancelle devant le méchant. (25, 26)
Le Gaon de Vilna explique que notre verset fait suite au verset précédent. Si l'on demande pourquoi le juste vacille devant le méchant - puisqu'il est juste, et s'il est juste, il ne devrait pas chanceler mais subsister à tout jamais, « il ne chancellera jamais » - pourquoi alors ses pas ont-ils trébuché et pourquoi est-il tombé devant le méchant ? C'est à cela que répond le verset : « Manger trop de miel n'est pas bon ». Ce juste s'est engagé dans un niveau qui n'était pas le sien, et a voulu atteindre des sommets spirituels auxquels il n'était pas encore parvenu.
Or, le Gaon a expliqué là-bas que « le juste qui vacille devant le méchant » désigne le bon penchant (yetser hatov) qui s'effondre devant le mauvais penchant (yetser hara). C'est ce qui rend la Torah obscure, c'est « la source troublée et la fontaine corrompue », le fait que nous ne parvenions pas à nous lier à ce que nous étudions ni à comprendre convenablement - car en vérité, le mauvais penchant prend le dessus. Ces écorces (kelipot) nous empêchent d'approfondir la Torah comme il se doit. Et pourquoi cette situation se produit-elle, où le yetser hatov s'effondre ? Parce que « manger trop de miel n'est pas bon » - tu as cherché des choses trop grandes et trop élevées pour toi, tu as tenté de saisir des notions qui te dépassent, qui ne sont pas à ton niveau, pour lesquelles il faut encore se remplir l'esprit de Chass et de Poskim avant d'y prétendre.
Dès lors, lorsqu'on vient mettre ces choses en pratique, on réalise que ce n'est pas à son niveau, et le bon penchant s'effondre devant le mauvais penchant - « un juste qui vacille devant le méchant ». Par conséquent, on ne comprend plus ce que l'on étudie, et cela brise l'homme. C'est à ce sujet qu'il est dit : « Ne cherche pas ce qui est trop merveilleux pour toi, et ne scrute pas ce qui t'est caché ; tu n'as point affaire aux mystères ». Ce qui est caché et dépasse ton entendement - ne t'en occupe pas. N'avons-nous pas vu ceux qui sont entrés dans le Pardès et n'en sont pas ressortis indemnes ? Un homme qui tente d'atteindre une compréhension spirituelle au-dessus de ses forces risque fort de faire une chute. Qu'il ne se dise pas : « Si j'y parviens, tant mieux, et sinon, tant pis » - car si tu n'y parviens pas, tu risques d'en tomber.
Le Malbim explique : de même que tu comprends qu'abuser du miel n'est pas bon, comprends de même que trop scruter leur gloire (« heker kevodam ») n'est point une gloire. Celui qui cherche avec excès à sonder l'honneur des justes n'en retirera aucun honneur. En quel sens ? Lorsque tu vois le juste chanceler devant le méchant - souviens-toi que « la gloire de Dieu est de cacher les choses ». Tu ne peux connaître les voies de la Providence divine, tu ne peux savoir quelles furent les réincarnations antérieures, tu ne peux savoir quelle est la réparation (tikoun) de ce tsadik et pourquoi il doit traverser une telle épreuve à ce moment précis.
L'étonnement de l'homme est compréhensible : le juste devrait être élevé et honoré, et le méchant rabaissé devant lui, or on assiste à l'inverse - et cela pousse à scruter et à s'interroger : où est donc l'honneur du juste ? À cela, Chlomo répond : tout comme une consommation excessive de miel nuit au ventre, de même scruter leur gloire ne t'apportera ni honneur ni profit. Ces mystères appartiennent aux secrets intimes du Créateur du monde, et si tu tentes de sonder pourquoi ici le juste s'est effondré, pourquoi le Saint, béni soit-Il, ne l'a pas secouru et n'a pas rehaussé sa gloire - tu n'aboutiras à rien, car en vérité tu ignores tout de la conduite divine.
Et l'essentiel est là : l'homme doit savoir que l'honneur d'ici-bas n'est pas le véritable honneur. « Les sages hériteront de la gloire » - l'essentiel appartient au monde éternel. C'est pourquoi, lorsqu'on voit le juste chanceler devant le méchant, c'est une erreur de croire qu'il s'agit là du dénouement et du résultat final, et de commencer à chercher pourquoi et où se trouve la justice. Tu n'es même pas au milieu du chemin - tu n'es qu'au début de la partie. La fin se joue là-haut, et c'est là-bas que l'on verra le méchant réduit en cendre sous la plante des pieds des justes ; on comprendra alors que tout ce qui s'est passé ici-bas n'était rien. Cela ne reflète ni ne représente la vérité, et l'on ne doit en tirer aucune conclusion hâtive. Pourquoi donc te lancer ici dans des investigations ?
Quiconque connaît l'histoire sait que de telles interrogations ont souvent surgi. Comme ce fut le cas lorsqu'on vit la langue de Rabbi Houtspit le Métourgueman rouler dans la poussière - Élicha ben Avouya (Ah'er) en fut témoin, et nos maîtres rapportent que ce fut l'une des raisons pour lesquelles il sombra dans l'hérésie. Quand l'homme voit le juste chanceler devant le méchant, des questions insolubles naissent en lui. C'est à cela que le verset répond : ne pense pas que « scruter leur gloire soit une gloire ». Sache que la promesse selon laquelle « les sages hériteront de la gloire » s'accomplit dans le monde de l'éternité ; même si tu le vois ici humilié - qu'est-ce que cela en comparaison de la gloire spirituelle éternelle, qui est la seule gloire véritable ? Pourquoi donc tirer des conclusions de ce que tu observes en ce monde ?
עִיר פְּרוּצָה אֵין חוֹמָה אִישׁ אֲשֶׁר אֵין מַעְצָר לְרוּחוֹ׃ (כ"ה, כח) - Une ville démantelée, privée de muraille, tel est l'homme qui ne sait contenir son esprit.
À première vue, il y a ici une redondance : si la ville est « démantelée », pourquoi ajouter « privée de muraille » ? Ibn Ezra explique : « une ville démantelée » signifie que des brèches y ont été ouvertes, et « privée de muraille » signifie qu'on n'a pas comblé ces brèches par un mur par la suite ; à l'endroit de la brèche, on n'a pas reconstruit de rempart. Il en va de même pour l'homme qui ne sait mettre de frein à son esprit et à son âme : un homme incapable de se retenir, un homme dépourvu de freins, qui laisse aussitôt échapper tout ce qui lui passe par la bouche et dit immédiatement ce qu'il pense, sans réfléchir à deux fois avant de prononcer une parole.
Nous avons déjà évoqué le fait que chez certaines personnes, la bouche fonctionne plus vite que le cerveau. L'homme se hâte de parler avant même que son esprit n'ait analysé la situation : convient-il de parler ? Est-il bon de le faire ? Quelqu'un risque-t-il d'être blessé ? Est-ce peut-être un propos inexact, ou n'est-ce point approprié ? Il n'a pas encore eu le temps d'y songer que sa bouche a déjà lâché les mots. C'est là une ville démantelée qui n'a point de rempart.
Le Gaon de Vilna propose une autre explication : une « ville éventrée » (Ir peroutsa) est une ville qui possède une muraille, mais dont la muraille présente des brèches ; tandis que les termes « sans muraille » (Ein 'homa) désignent une tout autre ville - une ville dépourvue de rempart dès l'origine, bâtie comme une ville ouverte (Arei perazot). « Perazot » s'apparente à « peratsot » (brèches), les lettres Zaïn et Tsadé étant interchangeables, et cela désigne des villes ouvertes qui ne sont aucunement closes. Et s'il est question de deux sortes de villes, il s'agit également de deux types d'individus.
Il y a l'homme qui sait mettre un frein à ses impulsions, mais dont les freins, de temps à autre, surchauffent et cessent de répondre, et alors il explose : quelqu'un l'a contrarié, son épouse a dit un mot qui l'a fait sortir de ses gonds, le voisin a pris sa place de stationnement au moment précis où il était pressé de rentrer. Il y a des situations où il se domine, et d'autres où il n'y parvient pas. Face à lui, il y a celui qui, dès le départ, « n'a pas de muraille » - il déverse constamment tout ce qui lui passe par la tête.
Le Gaon de Vilna explique la différence concrète : de qui une ville présentant des brèches doit-elle avoir peur ? Uniquement d'un ennemi résolu, de quelqu'un qui cherche délibérément à lui nuire. En effet, lorsque la ville est close et ne comporte que quelques brèches, seul l'agresseur déterminé à faire du tort fouillera pour repérer ces failles, les trouvera et s'y faufilera. Un simple passant, lui, voit une muraille et ignore qu'il y a une ouverture à telle extrémité ou derrière un arbre. En revanche, une ville qui n'a aucune muraille doit redouter le moindre passant ; n'importe quel individu y pénètre, elle n'a ni barrières ni remparts, et quiconque peut y entrer sans le moindre obstacle.
Et l'application est claire : l'homme qui, par moments, ne retient pas son esprit, qui d'ordinaire s'impose des limites mais connaît parfois des emportements, ressemble à une ville fortifiée dont les murailles ont des brèches. Qui va réellement lui faire perdre le contrôle ? Le Yetser Hara (le mauvais penchant), car c'est lui qui guette sans cesse l'homme. Comme l'écrit le 'Hovot Halévavot : « Tu dors à son égard, mais lui reste éveillé pour toi. » Le Yetser Hara cherche continuellement des failles. Et comme nous l'avons déjà souligné, le mauvais penchant s'infiltre par l'ouverture - « Le péché est tapi à la porte ». Le Yetser attend une fissure, la moindre entrée, et dès qu'elle se présente, il y met le pied ; essayez ensuite de refermer la porte ! C'est pourquoi nous avons dit qu'avec le Yetser Hara, il ne saurait y avoir d'« à peu près », de « presque » ou d'« approche ». Face au penchant, il faut trancher net : on n'y touche pas. Qu'une épée tranche sans équivoque entre l'homme et la tentation.
Il en ressort donc que le moyen de préserver l'homme de la convoitise, de le sauver des pièges et des filets du Yetser Hara, consiste à mettre un frein à son esprit - afin que les pensées de son cœur ne vagabondent pas dans les domaines interdits. Or, deux sortes de pensées nous sont formellement interdites, au point que la pensée elle-même constitue une transgression : les pensées de faute relatives aux mœurs interdites (Arayot) et à l'idolâtrie (Avoda Zara).
Comment en vient-on à l'idolâtrie ? « Lorsque tu diras en ton cœur : Comment ces nations servaient-elles leurs dieux ? J'agirai de même, moi aussi » - cela commence par un désir du cœur. « Attends, quel culte rendent-ils ? Regarde, ils connaissent une réussite économique fulgurante alors que nous piétinons ; il faut examiner ce qu'est leur divinité, qui est ce dieu qui leur procure un tel succès » - tout prend racine dans le désir intérieur. Et pour les mœurs interdites, à plus forte raison : tout s'amorce par une pensée fugitive ou une méditation coupable que l'on laisse germer dans son esprit. C'est pourquoi nos Sages ont interdit de regarder ne serait-ce que des vêtements de couleur féminins suspendus à un mur, car cela suscite la pensée, et de la convoitise intérieure découle l'acte coupable. Dès lors, le b.a.-ba est de mettre un frein à son esprit, de ne pas laisser ces pensées et ces divagations prendre le dessus, car ce sont précisément ces imaginations qui conduisent ultimement à la faute.
Le Malbim affirme : la plupart des pulsions de l'homme sont mauvaises - l'orgueil, la jalousie, la vengeance, autant de pensées néfastes qui font des ravages dans son cœur. Si l'homme ne met pas un frein à son esprit et ne cultive pas la Emouna (la foi) au fond de lui, il souffre en voyant la réussite de son prochain et en devient jaloux. Et pourquoi jalouser ? Ce qui t'a été décrété te revient, et ce qui ne l'a pas été revient à autrui. Voilà ce qu'est la Emouna, et lui en est dépourvu. Parfois même, il en vient à le haïr. Pourquoi haïr ? Parce que l'autre réussit ! C'est difficile à croire, mais pour certains, c'est une raison suffisante : « Qu'il soit maudit, as-tu vu tout l'argent qu'il a gagné ? » Et pourquoi le maudire ? Pourquoi ne pas dire : « Grand bien lui fasse, et que Dieu lui en accorde encore bien davantage » ? Est-ce à tes dépens ? Est-ce parce qu'il a gagné de l'argent que toi, tu as perdu ?
Chez un homme dépourvu de foi, ces traits de caractère pernicieux s'enracinent et se déchaînent sans même qu'il s'en rende compte ; cela jaillit chez lui de manière tout à fait naturelle. Et quant à l'orgueil, n'en parlons pas : un individu sans Torah n'y discerne aucun défaut. « Il va de soi que je vaux quelque chose, il est évident que je suis exceptionnel, des hommes comme moi, il n'y en a guère ! Sais-tu que j'ai bâti tout cela de mes dix doigts ? Sais-tu combien je me suis investi ? Sais-tu avec quel flair j'ai su quand investir et quand me retirer ? Tous ont échoué et moi seul ai réussi - moi, moi et encore moi ! » L'orgueil est indubitablement une disposition innée chez l'homme.
Et lorsque ces mauvaises tendances nichent au cœur de l'homme, l'ennemi s'approche de la ville et la bataille s'engage. L'homme se laisse en effet si aisément entraîner par ses pensées - pensées d'orgueil, de haine, de vengeance, pensées de faute et pensées d'hérésie. Tout cela émane spontanément du cœur humain, car « l'homme naît tel un ânon sauvage » : dans sa nature première, l'homme est une bête sauvage, et son devoir consiste à faire éclore de cet être un véritable être humain, car « le penchant du cœur de l'homme est mauvais dès sa jeunesse ». Et s'il ne s'emploie pas à se corriger et à s'élever, il restera prisonnier de toute cette bassesse.
Mais l'homme possède la « force de domination », dit le Malbim : la force de retenue, le pouvoir de freiner. Et nous avons déjà mentionné par le passé que l'homme se mesure et s'évalue à la puissance de ses freins : à quel point est-il capable de se dire « non », de se dire « jusqu'ici et pas plus loin ». C'est là toute la différence entre un adulte et un enfant, sur ce point précis. Un enfant est incapable de se dire « non » et ne parvient pas à se maîtriser ; si l'on pose une friandise près d'un enfant, il ne faudra guère de temps avant qu'il ne l'engloutisse aussitôt. Mais un homme est capable de dire : je ne mange pas maintenant, je mangerai plus tard. La grandeur de l'homme se mesure à sa force de freinage : à quel point il est capable de mettre un frein à son esprit.
Et c'est ce qui est écrit : « Tout son esprit, l'insensé l'extériorise, mais le sage le retient et l'apaise », comme nous l'avons expliqué là-bas. L'insensé donne libre cours à tout son esprit ; tout ce qui lui passe par la tête, tout ce dont il a envie, il le fait sur-le-champ. Et non seulement cela, mais il s'en glorifie même ! « Que dis-tu de toi-même ? Je suis quelqu'un de sympathique, spontané et sensible ». Mais la spontanéité est-elle donc une louange ? La spontanéité est un défaut ! Que signifie être spontané ? « J'agis selon mes pulsions ». Réfléchis d'abord !
On a raconté un jour que le petit-fils du Rav Wolbe lui dit : « Grand-père, allons prier au Kotel ». Le grand-père réfléchit un instant et lui répondit : « D'accord ». Le petit-fils pensa qu'ils se préparaient à partir sur-le-champ, mais voilà qu'il voit son grand-père assis en train d'étudier. Il lui dit : « Grand-père, nous avions dit que nous allions prier au Kotel ! » Il lui répondit : « Oui, dans une demi-heure ». Une demi-heure plus tard, le grand-père se leva, prit son manteau, et ils partirent. Le petit-fils lui demanda : « Grand-père, pourquoi ne sommes-nous pas partis tout de suite ? » Il lui dit : « Tu crois qu'il est si simple d'aller au Kotel, vestige de notre Temple ? Pas avant d'avoir étudié un peu ce qu'est le Kotel, ce qu'est la présence de la Chekhina et vers quoi nous allons ». C'est l'opposé de la spontanéité. « Tu viens ? On y va » - et on part ; « On saute ? » - et on saute. Pourquoi sauter ? L'homme doit réfléchir avant, observer avant, examiner si la chose est nécessaire ou non : voilà ce qui est louable. À l'opposé, « tout son esprit, l'insensé l'extériorise » : l'insensé est spontané, sur le coup, tout est immédiat chez lui.
Et voilà ce qu'est le rempart : un homme qui met un frein à son esprit. C'est ce que dit le verset : « Une ville démantelée, sans rempart, tel est l'homme qui ne met aucun frein à son esprit ». S'il n'y a pas de frein à son esprit, les fantasmes se déchaînent à l'intérieur et l'on en vient à toutes les fautes. Et ne dis pas : « Mais je n'ai commis aucune faute, ce ne sont que des pensées » - tu y arriveras, ce n'est qu'une question de temps. Car dès lors que l'imagination développe la pensée d'une chose, celle-ci n'est plus inaccessible ni perçue comme interdite ; j'y pense, je me vois déjà dedans et j'envisage la manière dont je vais m'y prendre. Un homme qui rumine une chose donnée, par là même, cette chose ne lui est plus étrangère. Si tu penses à la façon de voler, à comment tu vas y aller, comment tu vas prendre et comment il ne te verra pas, tu finiras par le faire. « Moi, un voleur ? Jamais de la vie ! » - laisse entrer de telles pensées dans ton esprit, et cela deviendra réalité.
C'est cela, « une ville démantelée, sans rempart », même s'il n'y a « aucun frein à son esprit ». Que veut dire « seulement l'esprit » ? Non, cher ami, depuis l'esprit on passe à l'acte, car alors le mauvais penchant prend le dessus. L'unique rempart que l'on puisse ériger est le frein mis à l'esprit, et dès lors que l'on freine son esprit, c'est là le rempart par lequel le mauvais penchant ne pourra plus pénétrer.
Les deux versets enseignent cette même crainte de la limite. « Manger trop de miel n'est pas bon » : l'homme ne doit pas scruter à l'excès ce qui ne lui appartient pas, ni divulguer les secrets de la Torah devant ceux qui n'en sont pas dignes, ni sonder l'essence divine bénie soit-Elle mais seulement Sa providence, ni entrer dans des calculs quant à « où est l'honneur du juste », car c'est pour l'éternité que les sages hériteront de l'honneur, et l'on ne doit tirer aucune conclusion de ce qui est visible ici-bas. Et la véritable « recherche » consiste à scruter les paroles des Sages et leurs décrets, ainsi que le récit des louanges authentiques des justes - de véritables histoires et non des fables - par lesquelles l'homme s'attachera à leurs voies. Et « une ville démantelée, sans rempart » : l'unique rempart de l'homme est cette force de domination, le frein à son esprit, consistant à retenir sa bouche avant que la pensée n'ait pesé ses mots, et à freiner les fantasmes et les ruminations avant qu'ils ne se concrétisent. Tant que l'homme maintient ce rempart, l'ennemi ne trouve aucune brèche par où pénétrer.