En poursuivant le chapitre 25, nous arrivons à deux versets qui semblent de prime abord traiter de deux sujets distincts - la parabole de la source troublée et la mise en garde contre l'excès de miel - alors qu'en vérité, ils se complètent mutuellement. Nous étudierons ici les explications de Rachi, le commentaire de Rabbénou Yona, l'approche du Gaon de Vilna et celle du Malbim, et nous aborderons à travers eux une question fondamentale : que devient le monde lorsque le juste est humilié, et que se passe-t-il lorsque la gloire des justes se révèle et s'impose ?
מַעְיָן נִרְפָּשׂ וּמָקוֹר מָשְׁחָת צַדִּיק מָט לִפְנֵי רָשָׁע׃ (כו) - Une source troublée et une fontaine corrompue, tel est le juste qui chancelle devant le méchant (26).
Rachi explique que « nirpas » (troublé) renvoie à des eaux salies et embourbées par le piétinement, selon l'expression du livre de Daniel : « ouch'ara beragleha rafsa » - fouler, écraser avec les pieds. « Une fontaine corrompue » (makor moch'hat) signifie que la source même s'est détériorée et ne produit plus d'eau. Tel est le sens profond de la parabole : un impie commet une mauvaise action, et le juste devrait le réprimander. Mais si le juste ne lui fait pas de reproche, la chose devient méprisable et répugnante, semblable à une source piétinée et à une fontaine détruite. Il est révoltant de voir un juste témoin d'une injustice et qui ne fait rien.
On peut approfondir cette parabole : pourquoi, en réalité, ne le réprimande-t-il pas ? Parce qu'il tire des avantages personnels de ce méchant, et qu'il ne trouve pas de son intérêt de lui faire des reproches de peur d'y perdre ; dès lors, il se sent gêné d'intervenir. Il s'avère donc que la source elle-même est troublée et que son origine est corrompue : le juste, qui devrait être comme une source jaillissante, se laisse piétiner et s'emplit de boue, se souille et se dégrade. Sa source a été corrompue par l'intérêt personnel et les profits, et par conséquent, il ne délivre plus d'eau pure et limpide, et ne dit plus ce qui doit être dit.
Rabbénou Yona explique que ce verset est lié à celui qui suit, et éclaire la métaphore sous un autre angle : lorsqu'un homme piétine une source avec ses pieds, l'eau se trouble et se charge de vase, mais au bout d'un certain temps, les impuretés retombent au fond et la source redevient aussi limpide qu'à l'origine. Il en va de même pour « le juste qui chancelle devant le méchant » : lorsque tu vois le juste vaciller devant le méchant, ne t'en inquiète pas. Cela n'est que passager et éphémère.
En d'autres termes, Chlomo dit : ne sois pas effrayé de voir un juste chanceler devant un méchant, car ce n'est qu'un effondrement passager. En lui-même, le juste est d'un rang élevé, et rien ne peut véritablement altérer sa grandeur. On peut le mépriser momentanément, mais cela ne changera rien à sa valeur, et peu après, son éclat réapparaîtra comme auparavant. Même s'il semble troublé pour un temps, rappelle Rabbénou Yona, « sept fois le juste tombe, et il se relève ». Il est possible qu'il subisse pour l'instant une chute et vacille devant le méchant, mais il finira par se redresser.
En revanche, le méchant s'effondrera d'un coup, sans retour. Comme dans ce trait d'humour où quelqu'un demande à un homme de main de se charger de sa femme par électrocution, et lorsqu'on lui demande combien de watts, il répond : « d'un seul watt » (jeu de mots avec « d'un seul coup »). Telle est la chute de l'impie : lorsqu'il tombe, c'en est fini, une chute définitive sans lendemain. Tandis que pour le juste, sa chute est suivie d'un redressement, et elle ne signe jamais sa fin.
אָכֹל דְּבַשׁ הַרְבּוֹת לֹא־טוֹב וְחֵקֶר כְּבֹדָם כָּבוֹד׃ (כז) - Manger trop de miel n'est pas bon, mais scruter leur gloire est une gloire (27).
Rabbénou Yona explique que ce verset s'inscrit dans la continuité du précédent. Lorsque l'on s'attache à sonder la gloire des Tsaddikim, à raconter leurs récits, à s'étendre sur leurs vertus, cette abondance confère de l'honneur à celui qui étudie et qui en parle, car elle témoigne de sa propre valeur. En effet, « l'homme s'évalue d'après ses louanges » : lorsqu'un homme fait l'éloge des artisans du mal, c'est le signe qu'il s'associe à eux ; et lorsqu'il loue les justes, c'est le signe qu'il fait partie de leur monde. On peut discerner la valeur d'un homme selon la personne qu'il porte aux nues.
C'est ainsi que s'éclaire le parallèle du verset : il est des choses bonnes dont l'excès est nuisible, et d'autres bonnes dont l'abondance est salutaire. Manger du miel : si l'on en mange trop, ce n'est pas bon. Mais approfondir sans cesse la gloire des Tsaddikim constitue un honneur pour celui qui s'y consacre, et plus on exalte leur grandeur, plus son propre honneur grandit.
Rabbénou Yona explique que ces versets se complètent : dans la chute du juste devant l'impie réside un grand écueil, tandis que dans l'élévation du Tsaddik et la quête de sa gloire se trouve une immense vertu - l'un fait face à l'autre. Précisons ce point. Premièrement, lorsque l'on méprise le juste, pourquoi le méprise-t-on ? Parce qu'il sert Hachem. Il s'ensuit donc : qui méprise-t-on réellement ? Le Saint, béni soit-Il, puisqu'on dénigre un homme précisément parce qu'il Le sert. De même qu'Israël s'adresse au Saint, béni soit-Il : « Maître du monde, Ton Nom est profané par l'humiliation d'Israël, et si Tu n'as pas pitié de notre honneur, aie pitié de Ton Nom et de Ta gloire ! » Pourquoi nous persécute-t-on ? Parce que nous sommes le peuple de Dieu ; ainsi, notre persécution constitue un outrage à Son Nom. De la même manière, persécuter le Tsaddik entraîne un 'Hiloul HaTorah, une profanation du Nom divin et une atteinte à l'honneur des Cieux.
Deuxièmement, cela pousse beaucoup de gens à imiter les agissements des profanateurs. Tant qu'un homme est vertueux, que l'on recherche sa gloire, qu'on le fait connaître et qu'on l'élève, le public s'attache au Tsaddik, se rapproche du service divin, et il en découle du respect. Mais lorsque le juste vacille devant l'impie, non seulement on cesse de s'attacher à lui, mais on en vient même à le mépriser.
Nous avons déjà développé longuement que réside ici la différence majeure entre le judaïsme européen et le judaïsme séfarade d'Orient. Dans les communautés d'Orient, la tradition s'est bien mieux préservée jusqu'à nos jours, et quiconque cherche à en comprendre la raison en trouvera ici toute l'explication. La littérature venimeuse de la Haskala en Europe a commencé par vilipender tout ce qui touchait à la sainteté : elle a bafoué les Tsaddikim, les Sages, ceux qui étudient la Torah, et la Torah elle-même. Dès lors, lorsqu'une personne imprégnée de cet esprit voyait un rabbin, un homme pieux ou un Talmid 'Hakham, cela éveillait immédiatement en elle des connotations négatives, provoquant un éloignement considérable.
En revanche, dans le judaïsme d'Orient, même un délinquant s'approchera d'un rabbin pour lui baiser la main. Il peut être un malfrat notoire, et pourtant presque chacun d'eux a un 'Hakham auquel il reste lié ; il a besoin d'un Talmid 'Hakham, d'une grande figure spirituelle à laquelle se rattacher et pour qui il éprouve du respect. Un homme roule en voiture pendant Chabbat : il s'arrête sur le bas-côté, s'avance vers le rabbin, lui baise la main et remonte dans son véhicule. Un autre fume le Chabbat : il pose sa cigarette, s'approche du rabbin, embrasse sa main et repart. Même si la jeune génération s'en éloigne parfois aujourd'hui, celle des parents fonctionnait assurément ainsi. Cela a empêché tout antagonisme chez les enfants : aucune aversion envers les Sages, aucun rejet de la Torah. Ce respect révérencieux a subsisté, même chez ceux qui transgressent.
À l'inverse, un individu assimilé et hostile issu du milieu ashkénaze réagira tout autrement : mentionnez-lui le Rav Elyashiv, mentionnez-lui le Gadol HaDor, et il répondra : « Qui est-ce ? », le traitant au contraire avec dédain et mépris. En revanche, le transgresseur issu des communautés séfarades, même s'il est profondément enfoncé dans la faute, traite les Guedolim et les érudits de sa communauté avec un profond respect. Quelqu'un disait un jour sur le ton de l'humour : « Le seul Chalom à Netivot, c'est Domrani » - faisant allusion à un chef du grand banditisme local. Un homme peut appartenir au grand banditisme tout en restant attaché à de grandes personnalités, estimant et respectant les maîtres de la Torah.
Certes, on pourrait critiquer cette attitude et s'indigner : « Quelle hypocrisie ! Tu commets des fautes et, d'un autre côté, tu baises la main du rabbin ! » En réalité, cela prouve qu'au fond de lui, cet homme conserve une vénération pour la Torah. Il admet : « C'est vrai, je suis dans la boue, mais je sais que j'y suis. » Or, quand on se trouve dans la boue tout en en ayant conscience, il reste un espoir d'en sortir. Mais celui qui rétorque : « De quelle boue parles-tu ? C'est un bain de boue de la mer Morte, c'est précieux et raffiné ! », celui-là n'a pas le sentiment d'être dans un cloaque, mais au contraire dans quelque chose de prestigieux ; bien plus, il s'imagine que ce sont les autres qui sont embourbés et égarés. Un tel homme fera-t-il jamais Téchouva ? Tandis que celui qui garde le respect des Sages finira par revenir ; et si ce n'est lui, ce seront ses enfants. On voit parfois des gens très éloignés de la pratique vouloir soudain offrir à leurs fils et petits-enfants une éducation de Torah, afin qu'ils apprennent et s'attachent au judaïsme.
Il s'avère donc que « le Tsaddik qui vacille devant l'impie » entraîne l'éloignement des hommes et son propre dénigrement, alors qu'à l'opposé, « sonder leur gloire est une gloire » : lorsqu'on approfondit la grandeur du juste et des sommités de la Torah, cela leur rend honneur et fait rejaillir l'honneur sur soi, car on demeure ainsi attaché au Tsaddik et à ses actes.
Rabbenou Yona ajoute un autre point : quiconque s'associe à eux, même sans imiter leurs actes, subit un châtiment semblable au leur. Lorsqu'on s'associe à ceux qui méprisent le juste, on subit la rétribution réservée aux contempteurs ; et lorsqu'on s'associe aux serviteurs d'Hachem, on reçoit la récompense accordée aux serviteurs d'Hachem. Il ajoute encore : par là, on rabaisse l'honneur des hommes de vérité et l'on affaiblit le service divin, et il n'y a de triomphe pour l'honneur des justes qu'après l'humiliation de celui des impies, comme il est écrit : « La maison des méchants sera détruite, mais la tente des hommes droits fleurira » - il n'y a de réussite pour le juste que lorsque la maison du méchant est anéantie.
Tant que la voie du méchant est considérée comme une doctrine ou un courant de pensée légitime, les gens se disent : « Certes, il y a la voie des justes, mais il y a aussi une autre approche ». Vous venez démontrer à quelqu'un une vérité éclatante, et il vous répond : « Écoutez, beaucoup ne seraient pas d'accord avec vous, d'autres soutiendraient le contraire ». Tant qu'il existe une seconde école pour justifier le mal, même si elle est totalement mensongère, elle entretient le flou. Et nous avons déjà souligné que la méthode favorite du Yetser Hara réside dans l'ambiguïté. Vous apportez une preuve, et il réplique : « Les choses ne sont pas si simples, il y a des arguments des deux côtés, chaque médaille a son revers, il faut considérer l'ensemble des perspectives » - toutes sortes de grands mots, dont le seul but est de refuser la preuve et de ne pas admettre ces vérités comme évidentes et absolues. C'est grâce à cette ambiguïté que le mauvais penchant parvient à séduire l'homme et à le tromper.
Il en va de même dans les tribunaux. Que fait un avocat pour défendre son client lorsque les faits sont accablants et limpides ? Il sème le doute et l'ambiguïté : la loi ne serait pas parfaitement claire ni univoque, l'intention criminelle de l'accusé ne serait pas formellement démontrée, peut-être a-t-il tiré volontairement, mais peut-être aussi le coup est-il parti tout seul... tout est enveloppé de flou. Voilà précisément l'action du Yetser Hara. Dès lors qu'il y a ambiguïté, on est à l'opposé de la vérité. Deux et deux feront toujours quatre, et 3,99 restera, jusqu'à la fin des temps, une erreur. Vous aurez beau dire : « Regardez comme c'est proche ! » - c'est vrai, mais cela reste flou, ce n'est ni net ni tranché. Quatre est un fait absolu. La vérité est tranchée. Tandis que le mensonge peut être extrêmement proche et trompeur de ressemblance, mais il demeure imprécis et n'est pas la réalité.
C'est pourquoi ici également : lorsqu'on s'attache aux justes, la frontière doit être parfaitement nette - la voie du Tsadik est la seule vérité. Et comment cela se concrétise-t-il ? Lorsque « la maison des méchants sera détruite », alors « la tente des hommes droits fleurira ». Tant que la maison des impies subsiste, il est difficile d'adhérer pleinement à la voie du juste, car on se dit toujours qu'« il existe telle approche, mais aussi telle autre ». Ce n'est que lorsque la maison des impies est anéantie que la tente des hommes droits peut réellement s'épanouir.
Nous avons déjà évoqué autrefois le verset : « Alors l'offrande de Juda et de Jérusalem sera agréable à Hachem, comme aux jours anciens et comme aux années d'autrefois ». Il est écrit que dans les temps futurs, à l'avènement du Machia'h, l'offrande présentée par Juda et Jérusalem sera agréable à Hachem « comme aux jours anciens ». Nos Sages demandent alors : s'agit-il des jours d'Avraham ? De ceux de Moché ? D'Aharon ? Non : « comme aux jours anciens », c'est-à-dire aux jours de Noa'h, « et comme aux années d'autrefois », comme aux jours de Hével. Quelle était donc leur particularité ? Étaient-ils plus grands qu'Avraham ou Moché ? Sur un point précis, oui : à leur époque, l'idolâtrie n'existait pas. Dès lors que l'idolâtrie s'installe, le doute et le flou s'immiscent : « Certes, vous avez une certaine voie, mais il existe d'autres divinités, et leurs adeptes prétendent aussi obtenir des résultats en attirant des influences par toutes sortes d'encens ». Le Saint, béni soit-Il, déclare : une offrande polluée par des théories et des voies alternatives prétendant rivaliser avec la vérité ne saurait M'être agréable. Quand donc le sera-t-elle à Ses yeux ? Lorsque la maison des méchants sera détruite et que la tente des hommes droits fleurira, c'est-à-dire lorsque le mensonge aura totalement disparu - alors seulement, la vérité brillera dans toute sa pureté.
Le Gaon de Vilna explique que le mot nerpashe ne dérive pas de l'action de piétiner avec les pieds, mais de la notion de boue, d'eau fangeuse - bien que cela soit surprenant, car s'il s'agissait de boue (réfèsh), le verbe aurait dû être conjugué sous une autre forme grammaticale. Quoi qu'il en soit, il explique selon ce même principe : la source a perdu sa limpidité. Et l'expression « une source corrompue » (ou-mékor mouch'hat) fait référence à la Sagesse, en écho aux « eaux fraîches sur une âme altérée » évoquées plus haut, où les eaux fraîches désignent la Sagesse, elle-même identifiée à la dimension secrète de la Torah.
Autrement dit : si vous constatez que la source est trouble, boueuse et dépourvue de toute clarté, que vous ne parvenez pas à atteindre les hauteurs de la Sagesse, que tout demeure confus, et que la source - c'est-à-dire les niveaux profonds de l'allusion (Rémèz) et du secret (Sod) - est corrompue, d'où cela provient-il ? De ce que « le juste chancelle devant le méchant ». Le méchant met le juste « échec et mat », pour reprendre le vocabulaire du jeu d'échecs. Et ici, le juste et le méchant désignent respectivement le Yetser Hatov et le Yetser Hara : le juste est le bon penchant, qui s'effondre et vacille devant l'impie, qui est le mauvais penchant. Et dès lors que le Yetser Hara prend le dessus sur le Yetser Hatov, l'homme a beau étudier, la Halakha ne s'éclaircit pas à ses yeux ; il tente d'approfondir la Torah, mais les enseignements ne pénètrent pas son cœur.
Car la Torah n'est pas de l'algèbre, où de simples facultés intellectuelles et un esprit brillant suffiraient pour réussir. La Torah ne saurait s'acquérir sans de nobles traits de caractère et sans la crainte du Ciel. Selon la métaphore de la Guémara, cela ressemble à un homme qui aurait bâti un grenier sans y aménager de porte ; or, il faut impérativement une porte, et cette porte est la crainte du Ciel. Pour accéder à la Torah, la crainte du Ciel et le perfectionnement moral sont indispensables. Sans cela, le juste vacille devant le méchant, le bon penchant s'effondre devant le mauvais penchant, et au lieu de disposer d'une source d'eau vive de Torah pure et limpide, toute l'étude devient obscure, les enseignements ne trouvent plus d'écho dans le cœur et demeurent difficiles à assimiler.
Nous avons déjà évoqué un enseignement du saint Ari. Il fait remarquer que souvent, la Guémara soulève une objection redoutable, puis la résout par la formule : « Tévra, celui qui a enseigné l'une n'a pas enseigné l'autre » - une résolution en apparence bien simpliste : il y a une contradiction parce qu'un maître a formulé cet enseignement tandis qu'un autre a énoncé le second. C'est le principe de « gavra agavra ka ramit », comment pouvez-vous opposer les dires d'un maître à ceux d'un autre ? La Guémara n'a recours à une telle réponse qu'en dernier ressort, car la démarche idéale consiste à concilier les textes : ce qui est déclaré ici « passible » s'applique à une certaine situation, et ce que la Baraïta déclare « exempt » concerne un autre cas, résolvant ainsi la contradiction. Mais faute de conciliation possible, la Guémara conclut : « celui qui a enseigné l'une n'a pas enseigné l'autre », ce qui revient à constater une controverse - or, dans la Guémara, on cherche toujours à limiter au maximum les divergences d'opinions.
Et il ajoute de remarquer : bien souvent, tout de suite après « Tevra », la Guémara trouve pourtant des explications plus aisées et des réponses tout à fait recevables - « et si tu veux, on peut encore expliquer », apportant plusieurs véritables résolutions. La question se pose alors : pourquoi ne les a-t-elle pas apportées dès le début ? De plus, que signifie au juste ce mot « Tevra » ? Qu'elle dise simplement : « celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela », et cela suffirait !
Et il enseigne une chose merveilleuse. Il est écrit dans les livres saints et dans le Zohar que lorsqu'il y a une difficulté et une incompréhension dans les paroles de la Torah, cela provient du fait qu'une Klipa (écorce) recouvre cette parole de Torah. Cette Klipa impure en interdit l'accès : impossible de la fendre, et le sujet demeure obscur et voilé. Que font alors les Sages dans leur étude ? Ils brisent les Klipot, et en brisant l'écorce, ils en extraient le fruit ; alors la Halakha s'élucide, la question s'éclaire, et les paroles réjouissent le cœur comme au jour du don de la Torah au Sinaï.
Et il y a parfois une Klipa coriace - une noix dure à casser, une chose si difficile à saisir que la Guémara ne lui trouve aucune solution. Que fait la Guémara ? Elle dit d'abord « Tevra » (brise-la). Est-ce une réponse satisfaisante ? Non. Mais « Tevra » signifie : commençons par briser au moins l'écorce, et nous verrons ensuite comment la désagréger complètement. En effet, une contradiction dans les paroles de la Torah est une Klipa, du côté de la Sitra A'hra. C'est pourquoi on brise d'abord : « celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela ». Qu'a-t-on obtenu ainsi ? La difficulté a été affaiblie : il ne s'agit plus d'une contradiction interne à la Torah, mais de l'avis de deux maîtres différents, et nous tenons une première réponse. Dès lors que l'écorce a été ébranlée et n'est plus impénétrable, l'abondance divine afflue soudain, et l'on peut désormais trouver des solutions bien plus satisfaisantes. Aussitôt, la Guémara enchaîne : « et si tu veux, on peut expliquer ainsi, et si tu veux, autrement ». Le flux s'est ouvert parce que nous avons affaibli la force de la Klipa ; mais tant que la puissance de la Klipa était intacte, il était impossible de trouver une véritable réponse et un éclaircissement à ce sujet.
C'est précisément ce qui est dit ici : si tu vois que la fontaine, qui représente la source de la sagesse et de la sainte Torah, est troublée et altérée - nous ne comprenons rien, les sujets demeurent confus, et la source profonde, celle des secrets, est totalement corrompue, on étudie sans éprouver de plaisir. Et quand l'homme prend-il plaisir à l'étude ? Lorsque les paroles s'harmonisent avec son cœur : « Ah, attends, ceci s'explique ainsi et cela ainsi ! » Dès l'instant où il comprend et que les idées se posent sur son cœur, il éprouve une joie profonde. Mais quand les choses ne s'installent pas dans le cœur, c'est le signe qu'il y a un problème dans le cœur. Et quel est ce problème ? Ton juste vacille devant ton impie : le bon penchant (Yetser Hatov) s'effondre devant le mauvais penchant (Yetser Hara).
Le Malbim explique que le « Makor » (la source originelle) se trouve dans les profondeurs de la terre. Toute fontaine (Ma'ayan) jaillit d'une source, et c'est là toute la différence entre une source et un fleuve : un fleuve est constitué d'eaux qui s'écoulent d'un endroit à un autre, tandis qu'une source est faite d'eaux qui jaillissent du sol, à l'instar du Mikvé du saint Ari zal. La source des eaux se situe tout au fond, et la fontaine représente déjà le point de jaillissement - mais le point de jaillissement n'est pas la source elle-même ; la source est enfouie dans la terre, et elle s'élance pour percer à la surface à l'endroit précis de la fontaine.
Dès lors, quand le Tsaddik vacille devant le méchant, même si la fontaine jaillissante s'altère - et cette fontaine représente l'abondance, la richesse et la subsistance (la Parnassa) - et que tu vois le juste vaciller parce que l'impie prend le dessus et l'humilie, sache bien que la source profonde n'a pas été corrompue. Car que s'est-il passé ? Quelqu'un est venu troubler l'eau du bassin de ses pieds, et la fontaine est devenue boueuse et gâtée. Mais la source souterraine s'est-elle corrompue pour autant ? La source originelle fait toujours jaillir des eaux limpides, et elle n'a aucunement changé.
C'est pourquoi il affirme : même si l'abondance, la prospérité et la subsistance viennent à faire défaut, posons-nous la question : quelle est l'origine du Chéfa, de la Parnassa et de la richesse ? Elle vient d'Hachem. À quoi as-tu donc porté atteinte ? Tu as touché au résultat extérieur, mais la source demeure, et le Saint, béni soit-Il, continue d'accorder Ses bienfaits. Or, le Tsaddik est attaché au Saint, béni soit-Il, c'est-à-dire directement relié à la Source. Ainsi, même si tu as souillé l'eau qui jaillit de la source - en fermant sa boutique, en le licenciant - tu n'as nullement atteint la source des eaux, car le Tsaddik reste attaché à la Source par sa Emouna et sa confiance (Bita'hon) inébranlable en Hachem. Et qui dispense l'abondance vers la fontaine ? C'est la Source, et cette Source n'a pas été altérée : elle demeure intacte, comme auparavant.
Mais « un juste qui vacille devant le méchant » : s'il s'est véritablement effondré devant lui, cela signifie qu'il a perdu la foi. En voyant ses moyens d'existence anéantis et en se retrouvant rejeté, il s'est mis à se plaindre : « Maître du monde, je Te sers, pourquoi ne me donnes-Tu rien ? » - sa confiance s'est affaiblie, sa Emouna a vacillé. Il s'agit alors d'une situation où la source elle-même a été corrompue, et pas seulement la fontaine de surface troublée. Si seule la fontaine est souillée, cela implique que la source demeure pure et limpide, que la foi du Tsaddik reste vivace et sa confiance en Hachem absolue - il n'y a alors pas lieu de s'inquiéter. Mais si la source profonde est également corrompue, voilà ce que signifie véritablement « un juste qui vacille devant le méchant » : il a pour ainsi dire détourné sa confiance d'Hachem pour s'effondrer devant l'impie. Cela témoigne d'une chute spirituelle à un niveau très bas, semant le doute quant à la providence (Hachgaha) du Saint, béni soit-Il.
Et c'est la raison pour laquelle nous disons : « Pourquoi gardes-Tu le silence quand le méchant dévore celui qui est plus juste que lui ? » - nous supplions Hachem de ne pas se taire, car la vue de la chute du juste ébranle la confiance en Hachem dans le cœur des hommes, et le juste lui-même risque de voir son Bita'hon faiblir. La situation relèverait alors véritablement de la « source corrompue », et non plus d'une simple « fontaine troublée ».
Ces deux versets constituent les deux faces d'une même pièce. « Une fontaine troublée et une source corrompue, tel est le juste qui vacille devant le méchant » : il y a là un blâme envers le juste qui s'abstient de réprimander par intérêt personnel ; il y a là une consolation, montrant que la chute du juste n'est que temporaire, semblable à des eaux momentanément troublées qui retrouvent leur clarté, car « sept fois le juste tombe et se relève », tandis que le méchant s'effondre d'un coup ; il y a là une mise en garde : tant que le Yetser Hatov vacille devant le Yetser Hara, la fontaine de la Torah se trouble et les enseignements ne s'installent plus dans le cœur ; et il y a là un encouragement : même si la fontaine extérieure de la Parnassa et de la considération est touchée, la Source divine ne l'est pas, et tant que la foi du juste demeure, il reste attaché à la Source. Et face à tout cela : « mais scruter leur gloire est une gloire » - il est des choses dont l'excès est néfaste, comme le fait de manger trop de miel, mais il en est d'autres dont la profusion est tout honneur : la recherche et la célébration de la grandeur des Tsaddikim. Car « un homme s'estime d'après ses louanges », et quiconque s'attache à proclamer la grandeur des justes se lie, ainsi que ses enfants après lui, à la Torah et à ceux qui l'accomplissent, jusqu'à ce que soit anéantie la maison des impies et que fleurisse la tente des hommes droits.