Introduction
Nous nous trouvons au cœur d'un processus de remontrance et de moussar qu'un père adresse à son fils. Nos versets font suite aux paroles : « Ne refuse pas la réprimande au jeune homme », « Tu le frapperas de la verge, et tu délivreras son âme du séjour des morts ». À présent, le roi Salomon vient détailler : que dira concrètement le père à son fils ? Quel est le contenu de ce moussar ? Les versets qui s'ouvrent devant nous commencent par des encouragements et de la joie, pour aborder ensuite le véritable défi de l'adolescent : la tentation du succès immédiat des mécréants, et la réponse qui se révélera à la fin des temps.
« Mon fils, si ton cœur est sage » - La joie du père
בְּנִי אִם חָכַם לִבֶּךָ יִשְׂמַח לִבִּי גַם אָנִי׃ (טו) - Mon fils, si ton cœur devient sage, mon cœur à moi aussi se réjouira.
Que signifie « à moi aussi » ? Rabbénou Yona l'explique à la lumière du verset : « Les préceptes de l'Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur ». Lorsque le fils a un cœur sage, il se réjouit de la Torah et éprouve une véritable joie ; dès lors, « moi aussi » je me réjouis. Car quelle joie est plus grande pour des parents que de voir leurs enfants heureux ? Si la sagesse du cœur réjouit ton propre cœur, il est certain que mon cœur à moi aussi s'en réjouira.
Le Gaon de Vilna explique les choses d'une manière plus profonde encore : le père et le fils proviennent d'une même racine. Quand le fils acquiert la sagesse et se réjouit, même s'il n'en laisse rien paraître à l'extérieur et que rien n'est visible, le cœur du père se réjouit automatiquement. Le Gaon compare cela à une pierre d'aimant coupée en deux : lorsque l'une des parties bouge, la seconde s'anime également, même si elle se trouve à l'autre bout de la terre. Nous ne connaissons pas un tel aimant aujourd'hui, mais le Gaon témoigne d'un phénomène connu à son époque, où un élément ici produit un effet immédiat sur la partie correspondante située ailleurs.
Aujourd'hui, on qualifierait un tel phénomène de « télépathie » - « télé » signifiant à distance, comme dans téléphone ou télékinésie, la transmission de pensée à distance. On entend souvent chez des jumeaux identiques ou des sœurs très proches : « J'avais un très mauvais pressentiment » - et l'on découvre qu'à cet instant précis, la sœur avait un accident de la route et en réchappait par la grâce divine. Chez de vrais jumeaux, c'est très fréquent, comme s'il s'agissait d'âmes sœurs qui se ressentent mutuellement. C'est précisément ce que le Gaon explique à propos d'un père et de son fils. Ainsi s'éclaire le verset : « Mon fils, si ton cœur est sage » - même si tu n'extériorises pas cette sagesse par des paroles, mais qu'elle réside en une joie intérieure dans ton cœur, alors « mon cœur à moi aussi se réjouira » : je le ressens de moi-même, bien que rien ne soit perceptible au dehors. En effet, le fils est comme une parcelle du père, et ce que vit le fils résonne dans le ressenti des parents.
Le cœur sage - La maîtrise absolue
Le Malbim replace le verset dans son contexte : voici la leçon de moussar que le père transmet à son fils. Et que signifie « si ton cœur est sage » ? Nous avons déjà expliqué que les lois de la Hokhma définissent le permis et l'interdit selon la morale de la Torah, et une telle connaissance ne s'acquiert pas d'un simple maître, à moins que le maître ne l'ait lui-même reçue de Moché au Sinaï. En d'autres termes, les lois de la sagesse ne reposent pas sur des preuves logiques. Quant au « cœur », comme nous l'avons répété à plusieurs reprises, il désigne une autorité absolue : c'est le cœur qui gouverne tout le corps de l'homme.
« Si ton cœur est sage » signifie donc que le cœur est parvenu à un niveau de conscience si élevé qu'il exerce une maîtrise absolue sur l'ensemble des passions et des désirs. Selon les termes du Malbim : au point où les représentations des désirs et du penchant au mal ne relèvent plus la tête pour s'enorgueillir, et où le combat s'apaise dans son esprit. Il n'a plus à lutter, il a atteint un havre de paix et de sécurité : son cœur domine les pulsions et les désirs, et il possède une claire conscience du rôle de l'homme en ce monde, sur le droit chemin et dans la voie de l'éthique.
Le Malbim relève une nuance précise dans le texte : observez qu'ici il est dit « si ton cœur est sage », alors « mon cœur se réjouira ». En revanche, ailleurs il est écrit : « Un fils sage réjouit son père » - là-bas, le fils est sage sans mention du cœur, et pour le père aussi, il est seulement dit qu'il se réjouit, sans mention du cœur. Or ici, la sagesse est celle du cœur, et c'est pourquoi elle suscite une joie au cœur : « mon cœur se réjouira », et non pas simplement « le père se réjouira ». Pourquoi ? Parce que lorsqu'il n'est qu'un fils sage, sans avoir atteint le rang de « sage de cœur », le père n'éprouve pas la joie du cœur, mais seulement une joie ordinaire. La joie du cœur est une joie totale, intérieure, et elle n'apparaît que lorsque « ton cœur est sage ».
L'explication en est la suivante : face à une simple sagesse intellectuelle, l'homme peut encore s'écarter de la voie droite. Il a acquis du savoir, mais il risque toujours de dévier, et l'histoire en a connu de nombreux exemples. En revanche, celui qui a acquis la sagesse du cœur, c'est-à-dire la maîtrise absolue sur toutes ses pulsions, se trouve dans une sécurité inébranlable : de là, on ne trébuche plus. C'est un degré où l'homme contrôle pleinement tous ses désirs et toutes ses volontés, et dont on ne déchoit plus. C'est pourquoi, pour un simple « fils sage », le texte dit « le père se réjouit » : ce n'est pas une joie parfaite, car nul ne sait ce que le lendemain réserve.
On raconte à propos du Steipler qu'on l'a vu prier en larmes. Lorsqu'on lui demanda pour qui il priait, il répondit : « Je prie pour mon 'Haïmke. » Il parlait de Rabbi 'Haïm Kanievsky. On lui dit alors : « Rabbi, pourtant Rabbi 'Haïm reçoit déjà du public ! » - il avait alors déjà cinquante ou soixante ans, les gens venaient le trouver pour solliciter ses bénédictions et recueillir ses conseils. Le Steipler leur rétorqua : « Et alors ? Un père ne doit-il pas prier sans cesse pour ses enfants ? Que D.ieu leur vienne en aide, qu'ils persévèrent dans l'étude de la Torah, qu'ils deviennent de grands maîtres et que D.ieu les préserve de tout obstacle et de toute erreur. » Le Steipler, alors même que son fils figurait déjà parmi les plus éminents guides de la génération, continuait de prier pour lui. C'est dire qu'il n'y a de joie parfaite que lorsque le fils a un cœur sage (« 'Hakham Lev »). Si le fils n'est que savant, le père en tire de la joie, mais ce n'est pas encore la plénitude du cœur. En revanche, si le cœur du fils est sage, s'il maîtrise tous ses penchants et toutes ses pulsions sans déchirement intérieur, le père s'exclame : « Mon cœur se réjouira, à moi aussi » - chez moi aussi la joie est totale et sans partage, c'est la véritable joie du cœur.
« Et mes reins exulteront » - Une joie qui déborde au-dehors
וְתַעְלֹזְנָה כִלְיוֹתָי בְּדַבֵּר שְׂפָתֶיךָ מֵישָׁרִים׃ (טז) - Et mes reins exulteront, lorsque tes lèvres s'exprimeront avec droiture.
Dès lors que ton cœur est sage, tes lèvres expriment la droiture - elles ne profèrent que des paroles justes. Rabbénou Yona l'explique : le cœur se réjouit en permanence, car il ressent et vibre davantage que tous les autres organes ; et lorsque tu parles avec droiture, la joie du cœur devient si intense qu'elle rejaillit vers l'extérieur. Quelle est cette manifestation extérieure ? « Et mes reins exulteront ». D'ordinaire, l'expression de la joie appartient au cœur ; lorsqu'elle atteint les reins au point de les faire exulter, elle dépasse la mesure ordinaire. En d'autres termes : parce que tu exprimes la droiture, tu m'inspires une telle allégresse que même mes reins en tressaillent de bonheur.
Le Malbim met en lumière la nuance entre la joie (« Sim'ha ») et l'exultation (« Aliza »), comme dans le verset « De peur que ne se réjouissent les filles des Philistins, de peur que n'exultent les filles des incirconcis » - où il démontre selon le sens littéral pourquoi le texte mentionne d'un côté les Philistins et de l'autre les incirconcis, ici la joie et là l'exultation. Mais retenons ce principe : la « Sim'ha » est une joie intérieure, tandis que la « Aliza » pousse à danser d'allégresse - c'est une joie qui jaillit et s'extériorise. Tel est le sens du verset : lorsque tes lèvres parlent avec droiture et ne profèrent que ce qui est convenable et digne, découlant de la sagesse du cœur, mes reins ne se contentent plus d'une discrète joie intérieure, ils exultent véritablement.
« Que ton cœur n'envie point les pécheurs »
אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה' כָּל הַיּוֹם׃ (יז) - Que ton cœur n'envie point les pécheurs, mais qu'il persévère tout le jour dans la crainte de l'Éternel.
Remarquez que la lettre Tet porte un daguesh : « 'Hattaïm » (חַטָּאִים) désigne les pécheurs en tant qu'individus, et non « 'Hataïm » sans daguesh, qui est un nom commun signifiant les fautes elles-mêmes. De même que l'on distingue en hébreu « Gamal » - le chameau, de « Gammal » - le chamelier qui le conduit ; ou « 'Hamor » - l'âne, de « 'Hammar » - le ânier. Ainsi, les « 'Hattaïm » sont les artisans du péché. Dès lors, « que ton cœur n'envie point les pécheurs » signifie : n'envie pas les succès de ceux qui s'égarent.
Et que signifie « que ton cœur n'envie point » ? Le Malbim souligne la préposition employée : il est écrit « Ba-'hattaïm » (בַּחטאים), avec la lettre Beth. Lorsque le verbe désignant la jalousie ou l'envie est suivi d'un Beth, il se rapporte à celui qui convoite la réussite de son prochain et aspire à lui ressembler. En effet, cette racine possède un autre sens : « un D.ieu jaloux » (« El Kana ») renvoie à la vengeance et au châtiment. Or, ici, il ne s'agit nullement d'exercer des représailles ou de s'enflammer d'un zèle vengeur contre eux ; le texte ne dit pas « envier contre les pécheurs » (« La-'hattaïm »), mais « envers les pécheurs » (« Ba-'hattaïm »). Avec le Beth, c'est toujours le désir d'être à leur place - une jalousie ordinaire et commune : on envie le pouvoir, le statut ou la richesse d'autrui, et l'on voudrait en jouir à son tour. C'est l'avertissement adressé au disciple : tu vois des pécheurs réussir en ce monde, pourvus d'argent, de pouvoir et d'honneurs ; ne les envie pas. « Mais qu'il persévère tout le jour dans la crainte de l'Éternel ».
Une jalousie positive : l'émulation spirituelle (« Kin'at Sofrim »)
Envers quoi est-il donc digne d'éprouver de l'émulation ? Lorsque l'on voit des personnes craignant D.ieu accomplir de grandes choses et que l'on se dit : quand aurai-je moi aussi ce privilège ? Si seulement je pouvais en faire autant ! On a ainsi vu au moins deux personnes qui, après avoir vu publier un livre, ont entrepris d'en écrire un à leur tour. On s'en est réjoui avec elles et on leur a même apporté de l'aide - le simple fait de voir qu'un homme ordinaire peut mener à bien un tel projet et que « ce n'est pas au ciel » a suffi à leur donner l'impulsion nécessaire : moi aussi, j'en suis capable. On connaît également le cas d'un homme qui est parvenu à achever l'ensemble du Talmud après avoir vu l'agent d'entretien de la synagogue, qui assistait assidûment au cours, célébrer son deuxième Siyoum HaChass. Il s'était dit : si l'homme qui nettoie le Beth Hamidrach peut y arriver, moi qui ai étudié dans les yéchivot, ne pourrais-je pas consacrer le temps nécessaire pour mériter d'achever le Chass ? Il s'y est attelé, y a consacré ses efforts et a achevé le Talmud tout entier. C'est là « l'émulation des Sages qui accroît la sagesse » - une saine émulation qui conduit chacun à prendre conscience de ses propres forces : toi aussi tu le peux, ce n'est pas hors d'atteinte, s'il a réussi, je le peux également. Telle est l'envie vertueuse dont parle l'Écriture : « mais qu'il persévère tout le jour dans la crainte de l'Éternel ».
Une jalousie négative : entraver ou dénigrer
En revanche, lorsqu'une personne éprouve une jalousie négative, elle se dit : faire comme lui, j'en suis incapable, cela demande trop d'efforts, je n'ai pas la force. Elle choisit alors l'une des deux voies suivantes. Soit elle tente d'empêcher son prochain d'accomplir la bonne action - car tant que l'autre fait le bien et pas moi, cela me montre sous un jour défavorable ; et c'est une attitude épouvantable. Soit - et c'est une option moins terrible - elle minimise sa bonne action : « Alors quoi, il a terminé deux fois le Shass ? Si j'avais étudié à son rythme, je l'aurais fini quatre fois ! Laisse tomber, on n'étudie pas la Guémara comme ça, sans approfondir ; moi, j'étudie lentement, je n'ai pas encore fini un demi-traité, mais j'essaie de comprendre ». Qu'a-t-elle fait ? Comme elle ne veut rien exiger d'elle-même, elle dévalorise ce que son prochain accomplit, se dispensant ainsi de tout effort. Et c'est une grave erreur.
C'est ce que dit le verset : lorsque tu vois un impie réussir, ne sois pas jaloux et ne te dis pas : « J'en ferai autant » ; mais sois plutôt « dans la crainte de l'Éternel tout le jour » - jalouse ceux qui craignent Hachem, dis-toi : « S'il en est capable, moi aussi je le peux », fais des efforts, persévère et deviens comme lui. C'est précisément ce que nous avons expliqué : voilà ce qu'est le sage de cœur. Celui qui gouverne son cœur, qui domine tous ses désirs et pulsions, sait comment orienter la jalousie vers le bien et s'abstenir de la laisser s'exprimer de façon négative.
« Car assurément il est un avenir »
כִּי אִם יֵשׁ אַחֲרִית וְתִקְוָתְךָ לֹא תִכָּרֵת׃ (יח) - Car assurément il est un avenir, et ton espérance ne sera pas anéantie. (18)
Rachi explique qu'ici, le terme « im » a le sens de « acher » - c'est-à-dire : c'est grâce à cela qu'il y a un avenir et un espoir pour toi. Il ne s'agit pas d'une question, « Y a-t-il un avenir ? », mais d'une certitude liée à cette cause : « puisque », « étant donné que ». Tu auras une fin heureuse, car lorsque tu jalouses celui qui fait le bien, il est probable que tu t'inspires de lui et que tu agisses bien toi aussi. « Et ton espérance ne sera pas anéantie (tikaret) » - le mot « tikaret » évoque une rupture ; il n'arrivera pas que tu restes sans espoir, bien au contraire : tu nourriras une espérance féconde en prenant modèle sur ceux qui font le bien et en marchant sur leurs pas. Rabbénou Yona souligne également que « im » n'exprime pas ici le doute, mais s'emploie au sens de « lorsque » ou « puisque », comme dans « im yihyé leva'er Kaïn », « im ra'hats Hachem », ou « ki im chissou veguilou adé ad ».
Le Malbim explique que ce verset vient motiver ce qui précède : il t'a été dit de ne pas jalouser la réussite des pécheurs - pourquoi ? Parce que leur succès est éphémère : « ils fleurissent comme l'herbe ». Et qu'est-ce qui fane en premier sous les ardeurs du soleil ? L'herbe. Et qu'est-ce qui pousse en premier ? L'herbe également. Dès les premières pluies, les mauvaises herbes envahissent toute la cour, mais dès les premiers jours d'été, elles sont les premières à sécher et à périr. De même, les impies fleurissent comme l'herbe : ne les jalouse pas. Si l'on te dit : « Regarde comme un tel réussit ! », fais preuve de patience, tu verras bientôt que tout cela n'était que du vent. Comme ce parti autrefois fondé sur la haine, qui avait affolé tout le monde, et dont il ne reste finalement rien. Ou encore Sharon lorsqu'il a fondé Kadima : tout le monde se bousculait pour y adhérer, ils ont obtenu trente mandats - et que reste-t-il aujourd'hui de ces mandats ? Rien. Ce qui se bâtit en un instant s'effondre en un instant.
En revanche, lorsqu'un parti se construit sur la durée - et il ne s'agit pas ici de juger si c'est bien ou mal, mais simplement d'en comprendre le principe -, il perdure. Il peut connaître des hauts et des bas, descendre même à douze sièges, mais il subsiste. Mais quand un projet ne repose sur aucune idéologie sinon sur la simple course aux sièges - où l'unique objectif est d'entrer à la Knesset et d'obtenir un portefeuille ministériel -, alors on demande au candidat : « Quelles sont vos positions ? » et il répond : « Dites-moi ce que vous voulez entendre, et je vous dirai ce que je pense. Pour le désengagement ? Nous sommes pour. Contre ? Nous sommes contre. » C'est un supermarché d'opinions : vous voulez du religieux ? Nous en avons. Du laïque ? Nous en avons. Du sport ? Nous en avons. Des médias ? Nous en avons. Il n'y a ni idéologie ni ligne directrice - et une telle structure ne résiste pas à l'épreuve du temps ; elle surgit comme l'herbe et fane comme l'herbe. En revanche, celui qui suit une ligne doctrinale peut passer de dix-huit sièges à six, mais il perdure ; il conserve un noyau solide indéfectible, car une conviction authentique anime son combat.
C'est ce que déclare l'Écriture : ne sois pas impressionné par le succès des impies, « Que ton cœur ne jalouse pas les pécheurs » - car les fauteurs n'ont aucun avenir, ainsi qu'il est dit : « La fin des impies est anéantie ». Qu'est-ce que cet « avenir » (a'harit) ? C'est la ligne d'arrivée. Que reste-t-il d'eux ? Rien, le néant absolu. « Mais sois dans la crainte de l'Éternel tout le jour » - car pour celui qui demeure dans la crainte d'Hachem tout le jour, « assurément il est un avenir ». Il se peut qu'à un moment donné, les justes paraissent humiliés, persécutés, voire mis au ban de la loi, comme dans notre situation où celui qui étudie la Torah est considéré comme un délinquant porteur d'un casier judiciaire. En Allemagne, il est permis d'étudier la Torah, dans les pays arabes, il est permis d'étudier la Torah, mais ici, c'est l'enrôlement ou la qualification de criminel avec une tache pour toute la vie. Ne sois pas troublé par cela : « car assurément il est un avenir ». Au bout du compte, nous savons tous qui subsistera et qui triomphera.
Espérance et attente assurée
Le Malbim précise la nuance entre l'espérance (*tikva*) et l'attente assurée (*to'hélet*). L'espérance désigne ce que l'on espère voir advenir, sans certitude absolue. La *to'hélet*, en revanche, repose sur une promesse formelle, un dénouement dont la réalisation est certaine. « Une longue attente rend le cœur malade » : lorsqu'on attend avec certitude une chose promise et qu'elle tarde à venir, on est brisé de douleur et le cœur en souffre. En revanche, lorsqu'il ne s'agit que d'un espoir, et que l'on se dit simplement : « J'espère qu'il en sera ainsi », si la chose ne se réalise pas, on n'en est pas anéanti.
Ici, « et ton espérance ne sera pas anéantie », le texte fait référence aux affaires de ce monde. Pourquoi cela est-il qualifié d'« espérance » ? Parce que les biens de ce monde ne sont garantis à personne. Le monde futur, lui, est assuré : accomplis les mitsvot, et le monde futur t'est promis. Mais en ce monde-ci, on peut accomplir les mitsvot, être un juste et ne pas être riche ; il n'y a aucune promesse de jouir ici-bas de tous les biens matériels. C'est pourquoi les aspirations relatives à ce monde relèvent de la simple espérance. Or le verset affirme : même cette espérance que tu nourris pour les affaires de ce monde, bien qu'elle ne soit pas formellement garantie, ne sera pas brisée ; le Saint, béni soit-Il, te l'accordera également. Ne jalouse pas les pécheurs, mais demeure dans la crainte d'Hachem tout le jour ; c'est en cela que tu dois espérer et vers cela que tu dois tendre, car au bout du compte, c'est la seule voie qui mène à la véritable réussite.
« Choisis le camp le plus fort »
Un jour, un Juif vint trouver le 'Hafets 'Haïm et lui dit qu'il ne savait plus quoi faire contre les mécréants de sa ville. Il menait contre eux de rudes combats et sentait qu'il n'en pouvait plus ; les affaires de la communauté étaient tombées entre leurs mains et les dirigeants communautaires avaient été nommés par eux. Bastion après bastion tombait aux mains des maskilim et des impies, et il n'avait plus d'armes pour lutter. Le 'Hafets 'Haïm lui dit : « Nous avons une règle : lorsque deux camps s'affrontent et que l'on ne sait quelle position adopter, il faut se ranger du côté du plus fort, de celui qui finira par l'emporter. » L'homme crut avoir mal entendu et demanda : « Quoi, le Rav me dit de m'aligner sur eux ? » Le 'Hafets 'Haïm lui répondit : « Non, réfléchis bien. Contre qui se battent-ils ? Contre toi ? Ont-ils quelque chose de personnel contre toi ? Ils luttent contre Hachem et contre Son Machia'h, contre la Torah, contre les choses saintes, contre tout ce que le Créateur du monde représente. À présent, fais le calcul toi-même : qui va vaincre ? Qui subsistera ici ? Si le Saint, béni soit-Il, doit vaincre, va avec le Saint, béni soit-Il ; et s'ils doivent vaincre, va avec eux. Va avec les vainqueurs, va avec les plus forts ; réfléchis seulement à qui est véritablement le plus fort ici. » (Cette histoire est également rapportée au sujet du Rav Kahaneman.)
Certes, pour l'instant, il se peut que la Torah soit rabaissée et que ceux qui craignent Hachem soient méprisés, mais qui vaincra en fin de compte ? Qui subsistera après tout ? Qui sont ceux qui poussent comme l'herbe et se flétrissent comme l'herbe ? Les impies. Et finalement, les justes seront comme une lumière resplendissante pour l'éternité et brilleront comme les étoiles du ciel, et eux subsisteront à jamais. Décide donc toi-même avec qui il vaut la peine d'aller. C'est le sens de : « Mon fils, que ton cœur ne jalouse pas les pécheurs ».
Un principe éducatif : différer la satisfaction
Ce que dit ici le roi Chlomo constitue un principe éducatif essentiel, car l'enfant a tendance à se laisser séduire par le succès immédiat. Un enfant est assis en classe, lance une plaisanterie, tout le monde rit et tout le monde est content. Il sait très bien que cela lui vaudra une punition, qu'on le renverra de la classe - il sait tout cela. Mais qu'est-ce qui est le plus fort chez lui ? L'instant présent. Dès qu'il a prononcé ce mot, tout le monde a ri, il a obtenu l'attention recherchée - il a été payé comptant. Sachez que l'une des choses les plus difficiles est de faire fonctionner des enfants avec un « salaire » à long terme. Tout maître et tout parent le sait bien : « Fais cela, et maman te prépare un challenge sur quatre mois » - quatre mois, pour un enfant, c'est une éternité. Un tel défi ne doit durer au maximum que jusqu'à la fin de la semaine, et à mesure qu'il grandit, on peut allonger la durée. Il est difficile pour un enfant de différer une satisfaction. Certaines personnes sont restées des enfants, mais un adulte sait dire : « C'est vrai que j'en ai très envie, mais ce n'est pas rentable, le prix à payer est trop lourd. » L'enfant, lui, le fera même en sachant qu'il paiera le prix.
Et comment le roi Chlomo s'adresse-t-il au fils ? Tout d'abord : « Ne refuse pas la réprimande au jeune homme », « Tu le frapperas de la verge et tu sauveras son âme du séjour des morts ». Puis - « Mon fils, si ton cœur devient sage, mon cœur à moi aussi se réjouira », « Et mes reins exulteront quand tes lèvres proféreront la droiture ». Remarquez bien : on commence par l'encouragement. On dit à l'enfant : quand tu dis de bonnes paroles, quand tu te comportes bien - tu n'as pas idée de la joie que tu me procures, à quel point je suis heureux. Ce n'est qu'ensuite que vient la difficulté : l'enfant est attiré par les passions, les désirs et la matérialité, et les séductions de ce monde lui font de l'œil. C'est pourquoi la voie éducative et le message sont : « Que ton cœur n'envie point les pécheurs, mais reste dans la crainte d'Hachem tout le jour ; car assurément il est un avenir, et ton espérance ne sera pas anéantie ».
À l'enfant, il faut montrer concrètement : regarde un tel, il se prenait pour quelqu'un et se croyait supérieur - et qu'est-il devenu ? Rien du tout, car toute sa préoccupation était d'avoir ceci et d'avoir cela. En revanche, tel autre était prêt à s'investir, et dans l'immédiat il semblait n'en tirer aucun profit - et regarde aujourd'hui la renommée et le respect qu'il s'est acquis, et comme il réussit ! Il faut donner à l'enfant des exemples montrant que le gain immédiat n'en vaut pas la peine : tu ne veux pas ressembler à un tel, tu veux être comme tel autre, dont je me rappelle combien il a investi d'efforts et qui aujourd'hui récolte les fruits. Bien entendu, il s'agit d'individus qui ne sont pas pratiquants ; car sur des personnes observant les mitsvot, il est interdit de faire du lachon hara, et même quand c'est dans un but constructif, il vaut mieux s'en abstenir. Mais le principe reste clair : lorsque l'enfant voit de ses propres yeux, il lui est bien plus facile d'intégrer la leçon que lorsqu'on se contente de lui dire : « C'est bon pour toi » ou « Ainsi tu seras un enfant sage », alors qu'il se demande en lui-même : « Qu'est-ce que cela m'apporte ? Quand j'ai fait des bêtises, j'en ai profité sur-le-champ, alors que là, tu me parles d'un résultat incertain et lointain ! » C'est pourquoi il faut le convaincre « qu'il est un avenir et que ton espérance ne sera pas anéantie » - celui qui marche dans la voie d'Hachem ne peut, en fin de compte, que réussir.
En conclusion :
Les quatre versets que nous venons d'étudier constituent la quintessence de l'exhortation du père à son fils. « Mon fils, si ton cœur devient sage » - la sagesse de l'esprit ne suffit pas, car on peut encore s'en écarter ; il faut une sagesse du cœur, une maîtrise absolue des désirs, et c'est elle seule qui engendre chez le père une joie parfaite, une joie du cœur. « Et mes reins exulteront » - lorsque la sagesse intérieure se traduit par une parole droite, la joie déborde sans mesure. « Que ton cœur ne jalouse pas les pécheurs » - la jalousie en soi n'est pas répréhensible ; la question est de savoir qui l'on envie : l'émulation spirituelle envers ceux qui craignent Hachem accroît la sagesse, tandis que la jalousie envers la réussite des impies ne fait que rabaisser l'homme. « Car assurément il est un avenir » - la réussite des impies est comme l'herbe qui pousse et se flétrit, tandis que le juste a un avenir et que son espérance ne sera pas anéantie. Et c'est là également le fondement éducatif : commencer par l'encouragement, enseigner à différer la satisfaction, et montrer concrètement à l'enfant que le profit immédiat ne vaut rien, et qu'en définitive, c'est celui qui marche dans la voie d'Hachem qui l'emportera.