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Chapitre 22 - Un bon renom vaut mieux que de grandes richesses - Partie 8

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Introduction

Le chapitre 22 des Proverbes rassemble de nombreux enseignements éthiques : la valeur d'une bonne réputation, la crainte d'Hachem, l'éducation de l'enfant, la mise en garde contre le dépouillement du pauvre, et aussi - ce qui fait l'objet principal de ce cours - une description percutante de la figure du paresseux. Le roi Salomon ne se contente pas de condamner la paresse en elle-même, il dévoile le mécanisme intérieur par lequel le paresseux se justifie : il invente des dangers, bâtit des chimères et se forge des arguments en apparence rationnels, dont le seul et unique but est de ne pas bouger de sa place. De là, nous passerons au verset suivant, qui évoque une « fosse profonde » - une chute dont il est difficile de se relever.

« Le paresseux dit : Il y a un lion dehors » - Les dangers imaginés par le paresseux
אָמַר עָצֵל אֲרִי בַחוּץ, בְּתוֹךְ רְחֹבוֹת אֵרָצֵחַ׃ (יג) - Le paresseux dit : « Il y a un lion dehors ! Je serai assassiné au milieu des places ! » (13)

Rachi explique : le paresseux déclare : « Il y a un lion dehors » - dès lors, comment pourrais-je sortir étudier la Torah ? Ibn Ezra l'explique autrement : « Il y a un lion dehors » - comment pourrais-je aller à mon travail et à ma besogne ? L'homme doit pourtant sortir pour rapporter de quoi vivre à sa maison et subvenir à sa subsistance ; et face à cela, il prétend : comment irais-je chercher ma subsistance, alors que je risque d'être tué par un lion ?

Rabbénou Yona apporte ici un principe fondamental : le verset vient nous enseigner que les mauvais traits de caractère faussent l'intellect, et que l'homme cherche des justifications pour céder à ses désirs. Et combien cette réalité est redoutable ! Une personne dominée par un mauvais trait devient partie prenante : elle ajuste - et en vérité déforme - toute sa réflexion en fonction de ce trait déficient. Elle trouvera des arguments pour déclarer pur le reptile impur et justifier ce qu'elle désire ; des prétextes totalement dépourvus de logique lui serviront à cautionner ses actes corrompus. Comme quelqu'un le disait un jour : « J'ai de nombreuses raisons d'arrêter de fumer, mais le goût de la cigarette l'emporte sur toutes ». Autrement dit, les bonnes raisons existent, mais d'autres motifs, purement subjectifs, viennent séduire l'homme, même lorsqu'ils sont sans valeur réelle.

C'est ainsi que le paresseux cherche des motifs pour s'abandonner à sa torpeur. Il vous dit : « Il y a un lion dehors ! » Quel lion ? De quoi parles-tu ? Il s'effraie d'une chose que personne d'autre ne craint. Personne n'a peur de croiser un lion dans la rue, mais lui si, parce que son cœur est faible.

Rabbénou Yona rapporte également au nom de commentateurs que le texte vient nous apprendre que la paresse naît de la faiblesse du cœur, tandis que l'empressement (la zérizout) provient de la vaillance. L'homme qui ne craint rien, qui n'a pas peur de son ombre, qui va de l'avant, est aussi plein d'entrain : il se lève, agit, réalise. Il dit : « Ne nous laissons pas envahir par la peur, allons-y, agissons, avec l'aide de Dieu nous réussirons ! » À l'inverse, l'homme au cœur timoré accumule les doutes : qui sait si cela va marcher ? J'ai peur, cela risque d'échouer, par quoi allons-nous commencer ? Ensuite nous n'aurons plus de quoi continuer, nous allons engager des investissements, ouvrir un lieu d'étude - et comment allons-nous le financer... N'ayant pas un cœur vaillant, il manque d'élan. Mais celui qui possède cette force d'âme - ce que nous appellerions aujourd'hui la confiance en soi - et qui dit : « Agissons et réussissons avec l'aide du Ciel (be-siata di-chmaya), et tout comme d'autres ont réussi, je réussirai moi aussi », chez lui, l'empressement est le fruit de la vaillance. Ce qu'ils ont affirmé est bien vrai, conclut Rabbénou Yona : la paresse provient de la lâcheté du cœur, et l'empressement découle de la confiance et du courage.

« Dehors » et « les places » - Les explications du Gaon de Vilna et du Malbim

Le Gaon de Vilna explique que le terme « dehors » (bahouts) désigne un endroit éloigné de la ville, et c'est là qu'un lion peut effectivement rôder, car le lion ne vit que dans son habitat naturel et ne s'aventure pas dans les cités. Les « places » (re'hovot), en revanche, se trouvent à l'intérieur de la ville, où il n'y a certes pas de lions, mais où peuvent circuler des brigands, des bandits et des agresseurs. C'est pourquoi le verset dit : « Il y a un lion dehors » - et sur les places, « je serai assassiné ». (Le Gaon propose ici une autre explication, plus profonde, selon la dimension ésotérique, que nous laissons de côté.)

Le Malbim explique « dehors » et « les places » d'une autre manière. Le terme « dehors » désigne l'espace situé à l'arrière des habitations, comme on le voit dans les maisons individuelles : un petit jardin sur le devant, et à l'arrière un grand terrain ou une cour spacieuse où l'on plante ou sème, et où les amateurs de bric-à-brac entassent toutes sortes d'objets. Cette cour arrière est appelée « dehors ». Quant à la « place » (re'hov), il s'agit du domaine public, de l'espace du marché où se rassemblent les foules.

À partir de là, explique le Malbim : selon l'ordre habituel du monde, les bêtes sauvages se trouvent dans les forêts éloignées des zones habitées, et les bandits rôdent sur les grands chemins. En revanche, dans la ville, dans les cours intérieures, et à plus forte raison sur les places publiques, on ne croise ni bandits ni lions. Par là, le texte vient souligner à quel point le paresseux se forge des illusions et invente des histoires pour justifier son inertie : il vous raconte que dehors, derrière la maison, là où peu de gens passent, il y a des bêtes féroces et qu'il est dangereux de sortir. (Certes, si quelqu'un y élève un rottweiler ou un american staffordshire, l'argument tient la route, mais en règle générale, y voit-on rôder des lions ? Uniquement dans l'imagination du paresseux.) Et lorsqu'on lui rétorque que sur les places, où la foule circule, il n'y a assurément pas de lions, il répond : c'est vrai, mais sur les places, il y a des assassins ; n'as-tu pas entendu qu'il y a trente ans, quelqu'un est sorti et a été assassiné ? C'est dangereux ! Et bien qu'en réalité les brigands sévissent sur les routes et non sur les places, le moindre prétexte lui suffit, conclut le Malbim, pour ne pas lever le petit doigt et ne rien entreprendre. Pourquoi ? C'est dangereux !

Parabole du paresseux face à la Torah et à la sagesse

Le Malbim ajoute que tout cela est également une parabole sur celui qui a la paresse de s'adonner aux paroles de Torah et de sagesse. Observez comment il applique ce verset aux sciences profanes : on propose au paresseux de s'initier à la sagesse, et il répond : « Il y a un lion dehors ! », ce qui signifie que les sciences extérieures à la Torah sont dangereuses, pouvant mener à l'hérésie (ce qui rejoint le verset « La bouche des étrangères est une fosse profonde », que nous expliquerons plus loin). On lui dit alors : dans ce cas, va sur la place publique, étudie des domaines couramment pratiqués par tous, où il n'y a aucun risque d'hérésie. Il réplique : « Je serai massacré au milieu des rues ! » : même là-bas, je ne comprendrai rien, je n'assimilerai pas ce que j'apprends, je vais m'épuiser sans rien saisir à l'enseignement.

Le sens profond est limpide. On dit à l'homme : viens étudier, travaille dans quelque chose, réalise-toi. Si quelqu'un étudie la Torah, qu'il s'y consacre toute la journée, c'est admirable. Mais tout le monde n'en est pas capable, et s'applique alors le principe : « Et Je te bénirai dans tout ce que tu feras » - nos Sages ont insisté sur le terme : « ce que tu feras ». L'homme doit se trouver une source de subsistance, car l'oisiveté est la mère de tous les vices. Rester sans rien faire n'est pas une option : c'est soit l'étude de la Torah, soit le derekh erets (un gagne-pain), soit le derekh erets allié à la Torah - et le derekh erets désigne ici le travail. En revanche, rester oisif est inadmissible, car l'inactif s'expose à toutes les ruses du yetser hara.

On dit à un homme : va apprendre un métier, trouve du travail. Il répond : je suis allé étudier, et voilà qu'on m'enseigne la théorie de Darwin - qu'ai-je à faire de Darwin et de telles futilités ? C'est là le « lion dehors » : les sciences profanes véhiculent de l'hérésie. Très bien, lui dit-on, laisse tomber cela ; apprends les mathématiques, deviens expert-comptable, étudie des matières utiles pour gagner sa vie sans comporter ces écueils - c'est cela, « au milieu des rues », des voies battues par la majorité et exemptes de danger spirituel. Et que répond-il ? « Je serai massacré au milieu des rues » : tu sais à quel point c'est complexe, comme c'est ardu... Alors que fais-tu ? Je vais dormir ; réveille-moi quand il y aura du nouveau. Voilà le paresseux.

Le profil du paresseux dans la vie pratique

Tout conseil que l'on donne au paresseux et toute solution qu'on lui suggère restent sans effet : il trouvera toujours mille prétextes pour justifier son inaction. On observe ce phénomène jusqu'à nos jours. Il y a des gens dont le tempérament même est celui d'un oisif : un jeune de vingt ou trente ans qui traîne toute la journée. « Je suis allé là-bas, j'ai cherché par ici, on m'a dit d'aller là, j'ai un entretien... » - mais il n'arrive jamais à trouver d'emploi. Pourquoi ? Parce que dès le départ, son intention n'était pas de travailler ; il ne fait ces démarches que sous la pression familiale et sociale. En réalité, cela lui convient parfaitement de se réveiller à midi, de flâner un peu, de rendre visite à des copains, de s'attarder chez l'un ou chez l'autre - l'inactivité lui sied à merveille. Dès lors, il ne trouve rien et se justifie : tu as vu le salaire qu'on me propose ? Une honte, une aumône de misère ! C'est pour cela que j'irais travailler ? Mieux vaut s'abstenir ! Il a décidé d'avance de ne pas travailler, et par conséquent, aucune offre ne lui convient.

On raconte l'histoire d'un homme venu solliciter un emploi. On lui annonce : le premier mois, vous toucherez 4 000, après quatre mois vous passerez à 4 500, cinq mois plus tard à 5 000, et au bout d'un an, vous commencerez à 6 000. Il répondit : très bien, je reviendrai à la fin de l'année si Dieu veut ! Ce genre de personne veut débuter directement au sommet. Commencer en bas de l'échelle ? « Moi, commencer par le bas ? » Certainement pas ; y a-t-il un poste de directeur qui se libère ? Mais avez-vous une expérience dans le management ? « Écoute, mon cher, à l'armée c'était impressionnant, je gérais tout ! » L'homme arrive sans expérience, sans ancienneté, sans qualification ni diplôme - ni gestion, ni économie, rien du tout - et exige d'être embauché comme cadre supérieur ; faute de quoi, il prétend ne rien trouver. Et de fait, il ne trouve rien, car quel employeur serait assez naïf pour recruter quelqu'un sans la moindre expérience, si ce n'est qu'il croit tout savoir ?

Et que dit Chlomo de tout cela ? De la paresse, un point c'est tout. Tous ces arguments et ces prétextes : ce métier ne me convient pas, ici j'ai mal au dos, là-bas c'est autre chose - mille et une raisons pour ne pas aller travailler. Par la suite, il refuse même de se marier, car le mariage impose de fonder un foyer et de subvenir aux besoins de sa famille ; cette vie oisive lui est bien plus confortable, il touche une petite allocation par-ci par-là, cela lui suffit amplement, et il ne ressent aucun besoin d'évoluer. C'est à ce propos que le roi Salomon déclare : « Le paresseux dit : Il y a un lion dehors ! Je serai massacré au milieu des rues ! » - tous ces arguments et justifications ne sont que de la pure paresse.

Bitakhone ou paresse ? L'enseignement du Rav Dessler

Le Rav Dessler soulève ce point fondamental : certaines personnes ont toujours les grands éloges de la confiance en Dieu à la bouche, pour reprendre l'expression du 'Hazon Ich, alors qu'en vérité, il ne s'agit pas de bitakhone mais d'une simple paresse - et ils se bercent d'illusions. Un homme vous dit : mon ami, il faut placer sa confiance en Hachem, la subsistance vient du Ciel, le Saint béni soit-Il pourvoira à tout et arrangera les choses. Il a l'allure d'un maître de la foi. On lui propose : viens travailler, voilà un poste pour toi - et il rétorque : Hachem y pourvoira.

Pourtant, la preuve qu'il ne s'agit nullement de bitakhone est éclatante : proposez à cette même personne un salaire plus attractif. Combien t'a-t-on proposé, quatre mille ? Je t'en offre dix mille pour le même temps de travail. « Oui ! Où ça ? Quand est-ce qu'on commence ? » - Un instant, pourquoi ce revirement subit ? N'es-tu pas un homme de foi, Hachem ne prendra-t-Il pas soin de toi ? Cela démontre bien que tout le fond du problème n'est que paresse : je ne veux pas faire l'effort d'aller travailler, je juge cela indigne de moi, je refuse de me fatiguer - alors je me drape dans la confiance en Dieu. Si sa foi était authentique, même en lui proposant cent mille shekels, il dirait : est-ce de toi que provient ma subsistance ? C'est du Maître du monde que je reçois mon gagne-pain ! Mais il n'y a là pas l'ombre d'un véritable bitakhone, seulement de la paresse ordinaire. Combien l'homme doit-il veiller à ne pas se leurrer lui-même !

Parfois, ce même individu va étudier une demi-heure par jour, et quand on lui demande pourquoi il ne travaille pas, il réplique : « J'étudie ! » - cette étude ne lui servant que d'alibi. Quelle est cette étude ? Une pauvre demi-heure dont il se sert pour objecter : si je vais travailler, devrai-je cesser d'étudier ? Pourtant, le reste du temps, tu restes sans rien faire ! Bien au contraire, lorsqu'un homme est oisif, le travail est infiniment préférable : lorsqu'il travaille, son esprit est occupé, tandis que lorsqu'il ne fait rien, il est accaparé par ses pulsions ; le mauvais penchant s'empare de lui et cherche où le faire trébucher. L'oisiveté est la mère de tous les vices ; elle engendre l'ennui, et l'ennui conduit au péché. C'est pourquoi Chlomo affirme que la pire des tares est la paresse, et l'homme doit constamment garder l'ambition d'accomplir quelque chose de sa vie.

« Une fosse profonde est la bouche des étrangères »
שׁוּחָה עֲמֻקָּה פִּי זָרוֹת, זְעוּם יְהוָה יִפָּל שָׁם׃ (יד) - Une fosse profonde est la bouche des étrangères ; celui que réprouve l'Éternel y tombera. (14)

Rachi explique que « la bouche des étrangères » désigne les idolâtres, « étrangères » faisant référence aux cultes idolâtres (avoda zara). Et qui trébuche dans ce piège ? « Celui que réprouve l'Éternel » : celui que le Saint, béni soit-Il, a en aversion, celui qui est réprimandé et rejeté devant Lui, c'est lui qui tombe et sombre dans l'idolâtrie.

Rabbénou Yona explique que « la bouche des étrangères » renvoie aux propos de la femme séductrice, qui fait trébucher l'homme et l'entraîne dans la faute. Que s'est-il passé avec Samson et Dalila ? D'où tout a-t-il commencé ? Des paroles d'une femme. Et que s'est-il passé avec Samson et sa première épouse ? « Tu as révélé l'énigme à tous, et à moi seule tu ne l'as pas dévoilée », et c'est à la suite de cela qu'arriva ce qui arriva : sa femme lui fut retirée, avec tout ce qu'il dut subir par la suite. « Une fosse profonde est la bouche des étrangères » : la bouche est la cause de la chute ; l'étrangère suscite la situation qui mènera à la faute, car elle l'attire par ses discours, le séduit, et le fait ainsi tomber.

Une « fosse » (choukha) est une trappe creusée pour la chasse : pour capturer des bêtes ou dépouiller les passants, on creusait un trou qu'on recouvrait de feuillages, et celui qui passait par là y tombait. Si la fosse est profonde, « elle ne se relèvera plus », il est impossible d'en sortir ; mais si elle est plus modeste, la chute n'est que temporaire. C'est pourquoi l'homme doit prendre garde et se préserver de ses propos. Rabbénou Yona ajoute : « Celui que réprouve l'Éternel y tombera » : sache qu'il y a plus amer et redoutable encore que « la bouche des étrangères », c'est celui qui tombe dans la fosse profonde de la réprobation divine. Celui contre qui le Saint, béni soit-Il, est courroucé subit une chute sans retour. « La bouche des étrangères » est déjà une fosse profonde, mais pour celui que réprouve l'Éternel, la chute y est infiniment plus terrible.

Les explications du Gaon de Vilna : celui qui parle et celui qui écoute

Le Gaon de Vilna explique que « la bouche des étrangères » désigne l'homme qui tient des propos pernicieux (des paroles étrangères), lequel finira dans une fosse profonde ; et « celui que réprouve l'Éternel y tombera », ce sont ceux qui l'écoutent. Autrement dit, un individu qui profère du lachon hara (médisance), du colportage, de la flatterie, des mensonges et toutes sortes de propos qui poussent les autres à fauter, cet homme est lui-même une fosse profonde ; sa bouche qui prononce des propos corrupteurs constitue la fosse et la ruine. Et quant à celui qui écoute ces propos : « celui que réprouve l'Éternel y tombera » : l'auditeur est l'objet de l'indignation divine, et il tombera dans cette fosse profonde. Selon le Gaon de Vilna, « réprouvé par l'Éternel » renvoie au Géhinom, qui est distinct de la fosse profonde ; « y tombera » (littéralement « tombera là-bas ») : « là-bas » fait référence au Géhinom et non à la simple fosse. Il en ressort donc que la situation de celui qui écoute est pire encore.

Autre explication : « Une fosse profonde est la bouche des étrangères » signifie que l'on jette celui qui parle dans une fosse profonde, tandis que l'auditeur « y tombera » de lui-même. Le Gaon de Vilna n'explicite pas la distinction entre être précipité et tomber de soi-même, mais au sens simple : être jeté relève d'une contrainte, une force extérieure vous domine et vous fait chuter ; en revanche, « y tomber » suggère une démarche de soi-même, un acte qui demeure encore sous votre contrôle, sur lequel vous pouvez garder l'ascendant et triompher.

Le Gaon de Vilna développe encore cette idée à partir des paroles de Bilam : « Comment maudirai-je celui que Dieu n'a pas maudit ? Comment proférerai-je le courroux là où l'Éternel ne s'est pas courroucé ? » Le châtiment de celui qui maudit et de celui qui suscite le courroux s'exerce à la fois au ciel et sur la terre. Comment cela ? Le verset dit : « Les cieux dévoileront son iniquité, et la terre se dressera contre lui ». Pour certains, le châtiment vient du ciel, tandis que pour d'autres, la terre se dresse contre eux et c'est elle qui les punit. Dès lors : « une fosse profonde » est le châtiment de « la bouche des étrangères », celui qui parle, et cela s'applique sur terre, car la fosse profonde est un gouffre ici-bas. En revanche, l'auditeur est « réprouvé par l'Éternel » : son châtiment relève directement de la main de Dieu, c'est-à-dire dans les cieux. Cela correspond à « Comment maudirai-je » (ekov) et « Comment serai-je courroucé » (ez'om) : celui qui prononce des paroles indignes correspond à « la malédiction », et son châtiment s'élève sur la terre, « une fosse profonde est la bouche des étrangères » ; quant à l'auditeur, il est « réprouvé par l'Éternel », et son châtiment est déjà confié à Dieu, « il y tombera » (chama) - non pas ici-bas sur terre, mais là-haut, par la rétribution du Géhinom.

Le Malbim : les sagesses profanes comme une fosse sans issue

Le Malbim explique que ce verset fait référence aux voies de la sagesse et de la philosophie des nations. Comme le Malbim l'a déjà précisé à plusieurs reprises, chaque fois que le livre de Proverbes mentionne la « bouche », il s'agit de la sagesse et des discours savants. La sagesse des nations s'apparente à une fosse profonde : une fosse est une cavité destinée à piéger les hommes, et lorsqu'elle est profonde, il devient presque impossible d'en sortir. Celui qui se laisse captiver par la philosophie pernicieuse, celui qui s'égare dans toutes sortes d'enseignements profanes aura ensuite grand-peine à voir la lumière de la vie.

Voyez ce qu'a écrit le Gaon de Vilna dans le Choul'han Aroukh (Yoré Déa, siman 179) au sujet du Rambam : comme on le sait, Maïmonide ne croyait ni aux démons, ni aux esprits, ni aux amulettes, ni à la nécromancie (ov), ni à toutes ces choses - à tel point que certains allèrent jusqu'à prétendre qu'il ne croyait pas en la résurrection des morts, ce qui l'obligea plus tard à rédiger l'Épître au Yémen pour y apporter des explications limpides, afin de dissiper tout soupçon à son égard. Quoi qu'il en soit, le Rambam s'est consacré à la philosophie, et le Gaon de Vilna prononce à son encontre des termes d'une grande sévérité (cité dans Michnat Ha'halomot) : « et la maudite philosophie l'a égaré par l'abondance de son enseignement ». Il est redoutable de rapporter de telles paroles, et qui sommes-nous pour ouvrir la bouche contre notre maître le Rambam ? Mais le Gaon de Vilna avait la stature nécessaire pour discerner et affirmer que le rejet exprimé par le Rambam quant à l'existence des démons, des esprits, des forces occultes et de la nécromancie provenait de la philosophie, qui réfutait tous ces phénomènes. Pourtant, quiconque ouvre les Talmuds les trouve omniprésents : récits de contacts avec des démons, missions confiées par leur intermédiaire, évocations des morts par le ov ou le yid'oni, magiciens - autant de réalités authentiques formellement prohibées par la Torah. Le Rambam, à l'inverse, soutient que la Torah s'est exprimée en fonction des vaines croyances des hommes, selon des superstitions dépourvues de tout fondement réel.

Et si l'on voit que le Gaon de Vilna affirme que la philosophie maudite a été capable d'égarer même le Rambam, le Malbim a assurément raison : « שוחה עמוקה פי זרות », une fosse dans laquelle celui qui tombe éprouve une peine infinie à s'extraire de ces sagesses étrangères. Bien plus encore : il n'a même aucun espoir que Hashem l'aide à sortir de cet abîme, car « זעום ה' יפול שם » - celui qui y tombe est celui qui s'attire, pour ainsi dire, la réprobation du Saint, béni soit-Il, la malédiction d'Hachem et Son courroux, puisqu'il s'est laissé prendre au piège de l'hérésie et de l'apostasie. Et nous ne parlons nullement ici du Rambam, à Dieu ne plaise, mais de ceux qui se laissent entraîner par les sagesses étrangères, et qui se retrouvent pris au piège de l'hérésie et de la perdition.

La Guémara enseigne que celui qui se détache de l'hérésie meurt aussitôt. Cela signifie que l'hérésie est si pernicieuse que si un homme désire accomplir une téchouva complète, il ne peut plus vivre par la suite : la plénitude de son repentir le conduit jusqu'à la mort, car autrement, la crainte subsiste toujours qu'il n'y retombe, tant l'hérésie s'empare de l'homme. Et c'est là le sens de « זעום ה' יפול שם » : ce courroux rend son issue extrêmement difficile. En effet, de qui pourrait-il recevoir un appui ou une corde pour s'en extraire ? Du Saint, béni soit-Il - or, il est l'objet de Sa réprobation. C'est pourquoi la seule issue pour se détacher de l'hérésie demeure la mort, car ce n'est qu'alors qu'il s'affranchit totalement du reniement contracté au contact de ces études dévoyées.

En conclusion :

Les deux versets que nous avons étudiés décrivent deux pièges. Le premier est le piège du paresseux : « אמר עצל ארי בחוץ » - ce ne sont pas les dangers réels qui le retiennent, mais sa paresse, et ce vilain trait de caractère incline sa raison à bâtir des chimères et des prétextes : des lions dans la cour, des meurtriers sur la place, un salaire insuffisant, un travail inadapté, et même un prétendu « bita'hon » qui n'est en fait que de la paresse déguisée, comme l'a démontré le rav Dessler. La réponse à cela est claire : l'oisiveté n'est jamais tolérable, car elle est la mère de toutes les fautes ; il faut de la Torah, ou un travail, ou les deux à la fois, et toujours l'ambition d'accomplir quelque chose de sa vie. Le second piège est « שוחה עמוקה פי זרות » : une bouche qui professe l'étrangeté. Selon Rabbénou Yona, il s'agit des discours de la femme séductrice ; selon le Gaon de Vilna, de celui qui égare autrui par ses paroles et de l'auditeur qui s'y laisse prendre ; et selon le Malbim, des sagesses profanes et de la philosophie étrangère. C'est une fosse profonde dont il est ardu de remonter, et « זעום ה' יפול שם » - car même le secours d'En haut est refusé à celui qui s'y laisse piéger. De là découle une double exigence : ne point se bercer d'illusions par les faux arguments de la paresse, et se préserver absolument des paroles étrangères qui précipitent l'homme dans un gouffre sans retour.