Le chapitre 22 des Proverbes traite d'une série de principes fondamentaux concernant le perfectionnement des traits de caractère (middot) et la conduite humaine. Deux des versets qui se présentent à nous touchent à deux piliers majeurs : l'éducation des enfants dès le plus jeune âge, et la droiture des voies par lesquelles l'homme atteint ses objectifs. Suivons l'ordre des versets et rapportons les paroles des commentateurs telles qu'elles ont été développées.
אִוֶּלֶת קְשׁוּרָה בְלֶב נָעַר, שֵׁבֶט מוּסָר יַרְחִיקֶנָּה מִמֶּנּוּ׃ (טו) - La sottise est attachée au cœur de l'enfant, le bâton du moussar l'éloignera de lui.
Rabbénou Yona explique : même si l'on voit que la bassesse prend le dessus chez l'enfant, la sottise est liée à son cœur. Et que signifie "liée à son cœur" ? Chez certaines personnes ayant de mauvais penchants, les traits innés - c'est-à-dire la nature avec laquelle elles sont nées - prédominent davantage que chez d'autres. En termes simples : il s'agit d'un très jeune enfant, mais né avec un tempérament difficile. Chacun peut le constater. Il y a des enfants rétifs, chez qui tout est "contre", constamment dans l'opposition, jamais prêts à accepter, faisant toujours le contraire de ce qui est demandé. Et il y a des enfants nés patients, souples, dont le caractère est facile à éduquer. Parfois, cette sottise apparaît dès le plus jeune âge.
Que se passe-t-il dans ces situations ? On colle une étiquette à l'enfant : "Il est têtu, qu'y peut-on, c'est comme ça depuis tout petit." Et c'est une grave erreur. Rabbénou Yona affirme : pour autant, ne désespérez pas de le réprimander, car il y a bon espoir de l'arracher à ses penchants innés durant ses jeunes années par le bâton du moussar. Il est vrai qu'il est né avec une nature difficile, mais il existe une voie pour le déplacer - le détacher des mauvais traits de caractère et enraciner en lui de bonnes vertus, grâce au moussar.
Lorsque le verset parle de "chévèt moussar" (bâton de moussar), il ne faut pas s'y méprendre. Certains s'imaginent qu'il s'agit d'un bâton au sens littéral, et c'est ainsi qu'ils ont détruit leurs enfants : l'enfant s'obstine, alors on lui donne un coup de plus en pensant qu'il finira par comprendre. Sachez que ceux qui ont été battus sont précisément ceux qui, au plus jeune âge, ont fui la maison, et l'on perd très tôt tout contrôle sur eux. Jusqu'où frappera-t-on ? Aujourd'hui, on ne peut plus lever la main sur un enfant de six ans, ni physiquement ni sous aucun autre rapport : il fait déjà preuve d'effronterie, il répond et réplique. À sept ans, il va porter plainte à la police. Voilà pour l'aspect pratique.
Et sur le plan de l'efficacité : qui a jamais levé la main sur son fils et en a tiré un bénéfice ? Montrez-moi une seule personne capable d'affirmer que son fils est devenu un talmid 'hakham et un ben Torah, animé de l'amour de la Torah, parce qu'il a été copieusement battu. Il y a cinquante, soixante ou soixante-dix ans, il n'existait pas d'autres méthodes ni d'autres voies, et c'était la norme. Mais dans la réalité actuelle, la règle est : "Entraîne-moi, nous courrons après toi". La véritable voie éducative consiste toujours à faire aimer l'étude aux enfants - distribuer des friandises, offrir des récompenses. Comme l'enseigne le Rambam : quand l'enfant est petit, on lui promet des noix et des friandises ; lorsqu'il grandit un peu, on lui promet des choses plus importantes, et plus tard, qu'il deviendra un maître, un érudit en Torah. Le plus remarquable est que le Rambam poursuit : on lui dira ensuite qu'il deviendra dayan (juge rabbinique) - et de quel âge parle-t-on ? D'un homme de quarante ans ! La bonne démarche repose toujours sur l'encouragement. Pointer un pistolet sur la tempe de quelqu'un le paralyse, cela ne le motive pas.
Par conséquent, "le bâton de moussar l'éloignera de lui" ne désigne pas une verge pour frapper. Le mot "chévèt" signifie bien un bâton, mais un bâton de moussar : admonester avec des mots, dialoguer. C'est de cette manière que l'on "l'éloignera de lui", et avant tout en lui faisant aimer la Torah et en le rapprochant des mitsvot. C'est ainsi qu'il y a l'espoir de l'arracher à ses penchants innés, afin qu'il devienne capable de surmonter même les mauvais penchants hérités dès sa naissance.
Un homme était un jour en désaccord avec sa femme : elle refusait catégoriquement qu'il lève la main sur leur enfant, tandis que lui argumentait en disant : "Celui qui ménage sa verge hait son fils", multipliant citations et preuves. Elle lui dit : "Allons trouver le Rav, et nous ferons ce qu'il dira." Ils se rendirent chez le Rav. Celui-ci écouta l'épouse, puis le mari, qui commença à citer des versets et des enseignements de nos Sages. Le Rav lui dit alors : "Je ne souhaite nullement entrer avec vous dans un débat de versets, je veux simplement vous décrire la réalité. Sachez-le bien : ceux qui ont levé la main sur leurs enfants en pensant les éduquer par la violence ont essuyé un cuisant échec. En revanche, ceux qui ont éduqué leurs enfants avec chaleur et affection, parfois certes avec des sanctions mais sans jamais lever la main, ont réussi. Lever la main est une humiliation."
Aujourd'hui, nous vivons dans une génération où l'effronterie abonde (« 'houtspa yasgui »). Si l'on dit qu'il ne faut pas frapper son grand fils, de nos jours, ce « grand fils » n'a parfois que quatre ou cinq ans : ce qu'exprimait autrefois un adolescent de seize ans, un enfant de quatre ans le lance aujourd'hui en plein visage. Alors, qu'obtient-on ? En fin de compte, on ne fait que briser l'enfant et le détruire, et à un certain stade, cela ne fonctionne même plus - on augmente alors les doses, avec des coups plus violents. À un moment donné, il vous sourit au nez, comme pour dire « cela ne me fait rien » - et c'est là que surviennent des catastrophes. De telles personnes déchirent l'âme de leurs enfants et les rejettent si loin qu'ils ne reviendront jamais.
Un homme confiait un jour : « Je ne pardonne pas à mon père. Lorsque je faisais quelque chose de travers, il me donnait des coups de pied. » Il s'était senti tellement humilié - et cela s'exprime encore trente ans après les faits. Ce sont des marques indélébiles, des brûlures au fer rouge dans l'âme de l'enfant. Et le plus grave : plus tard, cet enfant agira de même avec son propre fils, car les enfants de parents violents deviennent des enfants violents. C'est ainsi qu'il résout ses conflits avec ses camarades, plus tard avec ses enfants, et peut-être même avec son épouse.
Il faut donc savoir que dans notre génération, il est formellement interdit de lever la main. Peut-être donne-t-on une légère tape sur la main d'un enfant de deux ans qui s'apprête à toucher un objet dangereux - et même cela, il vaut mieux l'éviter. Il est préférable de le retenir fermement par le bras juste au-dessus du coude pour l'écarter, afin qu'il comprenne le danger, et non par des gifles ou des coups. Cette méthode est terriblement destructrice. « Chévèt moussar » (un bâton de réprimande) désigne la réprimande morale et éducative, et non les coups corporels, et c'est ce qu'affirment tous les Guedolé Hador (grands maîtres de la génération) et les éducateurs éminents : la violence physique est une voie qui ne sert à rien et ne fait que nuire.
Le Malbim explique : un adulte aussi peut commettre des actes d'insensé, il peut lui aussi fauter et faire des choses irrationnelles. Cependant, l'adulte n'est pas lié à la folie (ivélèt), car il a conscience qu'il s'agit d'une folie : il possède assez de discernement pour comprendre que ce qu'il a fait est une sottise. Chez l'adolescent, en revanche, la folie est attachée à lui ; il ne saisit absolument pas ce qui ne va pas, et continue donc dans cette voie sans ressentir le besoin de se corriger. Exemple extrême : si l'on propose de la drogue à un jeune de quatorze ans, il la prendra sans même réaliser le problème ni comprendre dans quel engrenage il met les pieds.
Le Gaon de Vilna enseigne : lorsque la folie est liée au cœur du jeune homme, il est extrêmement difficile de l'en extraire. Chez l'adulte, elle n'est pas liée à lui - il sait toujours que c'est mal, sa raison domine ses désirs et ses pulsions, et même s'il trébuche, il comprend que ce n'est pas une conduite convenable ; il y a donc de l'espoir qu'il s'en détache. Mais chez le jeune, il n'y a pas d'autre issue : il faut un « bâton de réprimande » pour éloigner de lui cette folie - c'est-à-dire l'instruire et l'éclairer, afin qu'il comprenne que ses actes sont mauvais, que cette voie est corrompue et qu'elle le mènera au bord du gouffre. Il faut beaucoup de réprimandes bienveillantes et d'explications pour que l'enfant comprenne lui aussi ce que l'adulte saisit d'emblée.
Le Ralbag explique qu'à l'origine, la folie est attachée au cœur du jeune homme pour une raison précise : le jeune cherche constamment à assouvir ses désirs et à satisfaire ses volontés, sans réfléchir le moins du monde à ce qui est attendu de lui. Comme cela a déjà été mentionné, « na'ar » (jeune homme) est apparenté au verbe se secouer, s'ébrouer (hitna'érout) : le jeune cherche continuellement à se défaire de ses devoirs, des consignes données et de toute autorité. C'est pourquoi il est qualifié de « na'ar », c'est-à-dire dépouillé des mitsvot (mèno'ar min hamitsvot), selon l'expression de nos Sages. Dès lors, il lui est difficile de s'élever dans le service divin : soudain il se lève tard, soudain il n'a aucune envie d'étudier - telle est sa nature. « Le bâton de la réprimande l'en éloignera » : en lui prodiguant une éducation morale dès son plus jeune âge, on parviendra déjà à le guider sur le droit chemin.
Le Malbim propose une explication récurrente des notions d'ivélèt (folie) et d'évil (insensé) : l'évil est le sceptique, un terme dérivé de « oulai » (peut-être) - l'homme qui dit sans cesse « peut-être ». « La folie est liée au cœur du jeune homme » : ce sont les doutes qui assaillent l'individu face aux voies de la sagesse. Or, comme nous l'avons précisé plus haut, les voies de la sagesse ne reposent pas sur des démonstrations mathématiques ni sur des preuves tangibles. Elles portent sur ce qui est digne d'être fait ou non, sur ce qui est droit et ce qui ne l'est pas - des questions d'éthique et de morale. En matière de morale, chacun peut avancer une conception différente sans preuve absolue. C'est pourquoi le jeune homme réplique : « Qui l'a dit ? D'où le sais-tu ? Donne-m'en la preuve. » Tout relève chez lui du doute et du « peut-être ».
Mais si l'on grandit avec une telle attitude, observe le Malbim, la situation s'aggrave : chez l'adulte, la folie n'est plus simplement nouée, elle est enracinée. Le jeune conserve donc un avantage sur l'adulte : tant que la folie n'est que « liée », il ne s'agit que d'un lien, d'une cordelette - prenez des ciseaux ou un couteau, tranchez, et vous séparez la folie du cœur de l'adolescent. En revanche, lorsqu'il prend de l'âge, cette folie autrefois attachée prend racine et s'implante profondément en lui, au point que même le bâton de la réprimande ne parviendra plus à l'en arracher. C'est pourquoi, tant qu'elle ne demeure qu'attachée en surface sans avoir jeté de racines, il faut saisir l'occasion : au jeune âge, il est encore possible d'orienter et de guider.
C'est là un grand enseignement éthique pour l'éducation de nos enfants. Quand l'enfant est jeune et qu'on l'oriente dans le droit chemin, il persévérera dans cette voie. Mais si, dès son plus jeune âge, on le place dans des cadres éducatifs inadaptés sans lui montrer la voie, en se disant : « Ne t'inquiète pas, il grandit dans une bonne famille, en grandissant il saura faire la part des choses », c'est une grave erreur. Certains prétendent : « Moi aussi, c'est en grandissant que j'ai commencé à me redresser. » Mais demandez-lui : et aujourd'hui, devenu adulte, n'en gardes-tu pas des séquelles, des traumatismes du passé ? Y a-t-il quelqu'un qui n'en garde aucune trace ? Seule une personne atteinte de démence ! Un homme dont la mémoire fonctionne ne pourra jamais affirmer : « J'ai traîné dans toutes sortes d'endroits, et Baroukh Hachem, tout cela est derrière moi. » Que veut dire « derrière moi » ? S'en défait-on jamais de manière totale et définitive ?
Il faut indubitablement savoir que chaque acte de l'homme et chaque lieu qu'il fréquente l'influencent et prennent racine dans son cœur. Il y a des personnes qui, même après des années de Techouva, retombent dans d'anciens travers, et l'on s'étonne : comment as-tu pu revenir à cela ? C'est précisément le sens de « La folie est attachée au cœur de l'enfant » : elle y était nouée, et comme on ne l'en a pas arrachée lorsqu'elle n'était qu'attachée, elle a fini par prendre racine. Certes, il a pu, grâce à D.ieu, se renforcer, mais les racines demeurent enfouies quelque part ; et si l'on ne travaille pas constamment sur soi, elles restent présentes à l'intérieur et peuvent, à un moment donné, ressurgir.
En conclusion : ne dites pas : « Quand il grandira, avec l'aide de D.ieu, il se remettra dans le droit chemin. » Tant que la sottise n'est qu'attachée au cœur du jeune homme et n'a pas encore pris racine, c'est maintenant qu'il faut le guider. Pourquoi devrait-il être exposé à des choses dont il mettra ensuite des années à se libérer ? N'est-il pas infiniment préférable que, dès son plus jeune âge, il s'abreuve aux sources de la Torah et de la crainte du Ciel, qu'il apprenne la Torah sur une table vierge de toute souillure, qu'il grandisse dans la pureté et demeure un sanctuaire de sainteté toute sa vie, plutôt que de commencer tardivement et de devoir lutter contre des réminiscences et des cicatrices intérieures ? « Le bâton de la réprimande l'éloignera d'elle » : dans le jeune âge, c'est encore possible ; plus tard, la tâche devient ardue, et même s'il revient, le combat sera rude.
עֹשֵׁק דָּל לְהַרְבּוֹת לוֹ, נֹתֵן לְעָשִׁיר אַךְ לְמַחְסוֹר׃ (טז) - Celui qui opprime l'indigent pour accroître son bien, ou qui donne au riche, n'aboutit qu'à la disette.
Rachi explique selon le sens littéral : celui qui dépouille le pauvre afin d'accroître sa propre fortune finira par devoir donner son argent à de riches idolâtres, et en viendra ainsi à l'indigence. En clair : aucun profit ne lui en reviendra. Le Gaon de Vilna explique également qu'on amènera les choses de telle sorte que son argent finira entre les mains des nations. Et quelle est la perte ? Si ton argent était allé à des pauvres, tu aurais au moins pu espérer une récompense, car un nécessiteux en aurait tiré profit ; mais on fait en sorte que tes biens aboutissent chez de riches païens, sans que tu n'en retires le moindre mérite. Il s'avère donc qu'opprimer le faible ne paye jamais.
L'Ibn Ezra souligne que le mot « Akh » (« uniquement ») exprime une restriction : ce que tu pensais être « pour son profit » - qu'il s'agisse de s'enrichir ou de faire des cadeaux à un riche - ne servira en réalité qu'à précipiter sa propre ruine. Développons à présent, à la lumière des autres commentateurs, la raison pour laquelle donner à un riche « n'aboutit qu'à la disette ».
Rabbénou Yona précise : au sujet de celui qui fait un présent à un homme riche, il est dit : « pour ajouter ce qui est rassasié à ce qui est altéré ». Le riche est déjà comblé, et voilà qu'on vient encore ajouter à sa satiété ; le verset qualifie alors un tel acte de péché. Il est possible que cela soit considéré ainsi parce qu'avec cette même somme, on aurait pu secourir un pauvre, et qu'en donnant au riche, on a de fait privé les nécessiteux.
Et Rabbénou Yona ajoute : observez comme cet homme pèche sans même en tirer une véritable jouissance. En effet, il s'imagine faire une bonne affaire : « J'ai offert un cadeau à un notable fortuné, j'ai trouvé grâce à ses yeux, un jour il s'en souviendra, et peut-être en retirerai-je aussi du prestige. » Mais sache qu'aucun avantage n'en résultera, car la plupart de ceux qui aiment l'argent ont l'œil avare, et il ne te rendra jamais la pareille. Tu auras donc péché en pure perte, sans aucun bénéfice. Si seulement l'homme avait conscience de l'inestimable valeur de la Tsédaka et de la bienfaisance, il offrirait ce don à un indigent plutôt que de dilapider son argent auprès des nantis.
Le Ralbag commence par expliquer ce verset selon la voie de l'allégorie morale, en rapport avec les traits de caractère. L'homme est traversé de désirs, et il s'imagine qu'en assouvissant sa pulsion, il réussira à l'apaiser - or c'est exactement l'inverse qui se produit : « Il y a un petit organe chez l'homme : le rassasier, c'est l'affamer ; l'affamer, c'est le rassasier ». Lorsque l'on cède sans cesse à ses passions, on se voit contraint d'en augmenter continuellement les doses, et le désir prend toujours plus d'ascendant. En revanche, lorsqu'on « l'affame », en refusant d'accorder au Yétser Hara sa pleine satisfaction, c'est précisément là qu'il s'apaise et se trouve rassasié.
Et c'est là le sens de « עושק דל להרבות לו » : celui qui opprime le pauvre - cela désigne la force du désir. Il ne comble pas son désir mais le frustre et l'appauvrit, et par là, « pour s'enrichir » (leharbot lo) - il multiplie en lui le contentement dans ces domaines et n'aura plus faim de convoitise. En revanche, « נותן לעשיר אך למחסור » : celui qui donne à la force du désir de quoi assouvir sa volonté et le rend riche - encore un désir, encore une envie, encore un plaisir - croyez-vous qu'il va maintenant s'apaiser et que les passions vont se calmer ? « Ce n'est que pour la disette » (akh lemakhsor) - cela ne fait qu'engendrer la faim, et il ne sera jamais rassasié.
Le Ralbag explique encore : « osheq dal » ne signifie pas opprimer le pauvre, mais un pauvre qui opprime ou qui extorque. Si le pauvre commet une extorsion, il a au moins un début d'explication - non pas une justification ou une permission, mais on peut d'une certaine manière comprendre sa détresse : sa situation financière est difficile, c'est pourquoi il cherche à accroître ses possessions. Mais un pauvre qui donne à un riche dans l'espoir d'en tirer profit - non seulement il n'en tirera aucun avantage, mais ses biens ne feront que diminuer. Il se dit : je ne vais pas voler, je vais investir autrement - je vais faire des cadeaux aux riches, il est bon de nouer des relations, c'est rentable et j'y gagnerai.
À ce sujet, le Ralbag s'exprime ainsi : le riche n'accordera pas grand prix à ce présent, il méprisera même le pauvre et se moquera de ce qu'il lui a donné, et ne cherchera nullement à lui rendre la pareille. Le riche a le sentiment qu'en lui offrant un cadeau, c'est vous qui avez eu l'honneur qu'il l'accepte, et au contraire, il vous regardera de haut : qui est ce misérable qui vient me flatter et s'imagine m'acheter par son cadeau ? Et il conclut : « et cela est bien connu chez le riche » - ce comportement est notoire et réputé, il n'y a qu'à voir. En résumé : passe encore quand le pauvre extorque, il s'imagine encore y gagner quelque chose ; mais lorsque vous donnez au riche - vous n'avez fait que perdre votre argent, rien de plus.
Le Malbim propose une explication originale et différente. « Opprimer le pauvre pour lui multiplier son bien » - il s'agit de celui qui retient le bien du pauvre avec une bonne intention. Et quelle bonne intention peut-il y avoir à léser un indigent ? C'est afin de « lui multiplier » son gain : je garde l'argent dû au pauvre comme un prêt et je le lui restituerai plus tard avec des intérêts (ribit), et ainsi je pourrai lui remettre une somme importante d'un coup. « Leharbot » vient de la racine qui évoque les intérêts, à l'image du verset de 'Habaqouq : « Celui qui accumule ce qui n'est pas à lui », qui désigne celui qui prête à intérêt. Il s'avère donc qu'il retient l'argent du pauvre sous prétexte de lui venir en aide : je vais garder l'argent chez moi, l'investir dans des placements rentables et lui rendre une coquette somme - pour qu'il dispose d'un vrai capital au lieu de devoir se débattre sans cesse avec de menues pièces.
Et pourtant - « akh lemakhsor », ce n'est que pour la disette. Sachez que cela ne produit que du tort. C'est comparable à un patron qui emploie un homme modeste et lui verse le salaire minimum, disons quatre mille shekels. Que pouvez-vous accomplir avec cela ? Presque rien. Alors certains lui disent : je vais garder ton salaire pendant dix mois, quarante mille shekels, et même l'investir - j'ai le bras long et je sais y faire dans les affaires - et tu recevras non pas quarante, mais soixante mille. N'est-ce pas formidable ? Regarde comme j'ai pris soin de toi, regarde comme je t'aide !
Mais venez et voyez ce que vous avez fait : vous tombez sous le coup de « l'oppresseur du pauvre ». Ce modeste salaire que vous ne lui avez pas versé - dans quelle situation se trouvait-il alors ? C'était un indigent, un pauvre misérable n'ayant rien à manger ; vous lui avez confisqué les quatre mille shekels qui lui revenaient de droit et vous l'avez plongé dans la misère. Et maintenant que vous lui remettez soixante mille - il est devenu riche. Mais à quoi a servi ce don au moment où il est riche, alors qu'il n'avait rien à se mettre sous la dent lorsqu'il était pauvre ? Vous avez spolié un pauvre et fait un don à un riche, ce qui est assurément indigne. Certes, il a désormais de l'argent, mais cela ne lui a été d'aucun secours au moment où il subissait la privation et l'angoisse.
À ce propos, le Malbim cite les paroles du Sage dans le Sefer HaMidot : « La condition de l'homme avisé est que, dans tout ce qu'il ordonne comme actions pour parvenir à une bonne fin, il s'applique à y parvenir par une voie bonne et droite. Car sinon, il lui adviendra la même chose qu'à celui qui tire une conclusion vraie d'un syllogisme faux, en raison de la fausseté du terme moyen ». Tel est le langage des Anciens, et nous allons l'expliciter.
Lorsque nous voulons accomplir une action, certains prétendent : le but est l'essentiel. Si vous y êtes parvenu - parfait, peu importe comment vous y êtes arrivé. C'est l'adage « la fin justifie les moyens ». Le Sage rétorque : c'est une erreur absolue. La condition de l'homme avisé réside dans le fait que toutes les actions entreprises pour atteindre le résultat escompté doivent elles aussi être menées par une voie bonne et juste, et pas seulement le résultat final.
Car autrement, il ressemble à celui qui tire une conclusion vraie d'une déduction erronée. Un homme fait un calcul, vous lui demandez comment il est parvenu à ce résultat, et il répond : j'ai fait deux fois deux, ce qui fait cinq, puis j'ai soustrait ceci, et voici le résultat. Que lui dirons-nous ? Votre résultat final est juste par hasard, mais votre démarche est fausse, car deux fois deux ne font pas cinq. Il faut que le raisonnement lui-même soit rigoureusement exact. Et lorsqu'on déduit une conclusion vraie d'un raisonnement fallacieux - le terme « hekesh » désignant l'analogie et la déduction logique - toute la démarche est fausse, car « le terme moyen est erroné » : le moyen employé pour parvenir au résultat est faussé, et il y a de fortes chances que le résultat le soit également. Et même si vous avez par hasard obtenu le bon résultat, nul ne vous félicitera, car en examinant votre méthode, il apparaît que votre calcul repose sur une erreur.
C'est un principe fondamental dans le judaïsme : la fin ne justifie pas les moyens. Le Saint, béni soit-Il, a en horreur le vol dans l'holocauste. Un homme désire offrir un sacrifice de 'Ola - une intention remarquable ; mais il dérobe l'agneau de son voisin en disant : « Peu importe, tout est pour la gloire d'Hachem ! » Ne soyons pas des Robin des Bois. On ne dépouille pas les riches pour donner aux pauvres. « La bonté des nations est un péché » : on dépeint souvent Robin des Bois comme un personnage bienveillant qui secourt les indigents - par quel moyen ? En volant les uns pour donner aux autres. Or, « celui qui bénit un bien dérobé outrage l'Éternel » (Botséa' bèrekh ni'ets Hachem) : réciter une bénédiction sur un bien acquis par une transgression constitue une profanation. De même, acheter un étrog volé ou accomplir une mitsva par le biais d'une faute prive l'acte de toute valeur de mitsva.
Dans le christianisme, cette distinction importe peu ; la doctrine selon laquelle la fin justifie les moyens y est bien connue : l'objectif était de propager la foi en cet homme, et dès lors, tous les procédés devenaient légitimes - massacres, persécutions, croisades -, pourvu que l'on parvînt au résultat escompté. Dans le judaïsme, la perspective est radicalement différente, et la raison en est simple : les moyens ne sont pas de simples instruments subordonnés au but, ils constituent eux-mêmes une finalité à part entière.
Reprenons l'exemple de celui qui part acheter un étrog. La Torah prescrit : « Vous prendrez pour vous le premier jour » - il convient d'avoir un étrog afin d'accomplir les balancements prescrits lors de la fête. Doit-on en conclure que la démarche d'aller acquérir cet étrog n'est qu'un acte préparatoire (hekhcher mitsva) dénué de sainteté propre ? Absolument pas. Dans le judaïsme, le fait même d'aller choisir et acheter l'étrog est une mitsva, et l'on est rétribué pour chacun des pas qui mènent à l'accomplissement du commandement, et pas seulement pour le geste final. Il en va de même pour l'étude de la Torah : le labeur investi est une fin en soi, et celui qui peine longuement avant de saisir un passage recevra un salaire bien supérieur à celui qui comprend immédiatement. Certes, l'objectif demeure la compréhension, et si l'un y parvient en cinq minutes tandis que l'autre a besoin de cinq jours, tout l'effort fourni par ce dernier constitue lui aussi un accomplissement majeur.
Le saint Ari confia un jour à Rabbi 'Haïm Vital, au sujet des tefilines que rédigeait son père : par le mérite des tefilines que ton père écrit, la moitié du monde subsiste. Pourtant, en quoi consiste l'écriture des parchemins ? En apparence, le précepte réside dans le fait de les porter, la rédaction n'étant qu'un moyen technique. Mais une telle distinction n'existe pas : l'écriture des tefilines est une mitsva, l'effort déployé est une mitsva, la dépense financière est une mitsva. Tous les moyens sont élevés au rang de mitsva. Dès lors, comment concevoir l'emploi de moyens illicites ? Un moyen non conforme vicie la mitsva dans sa racine, car le moyen et le but ne font qu'un : le moyen devenant lui-même mitsva, il se doit d'être irréprochable et cachère.
Voilà pourquoi il convient de rappeler qu'on ne ramène pas les âmes à la techouva au moyen de contrevérités. Une conception erronée voudrait que l'on invente des récits merveilleux ou que l'on forge des fables de toutes pièces sous prétexte de rapprocher ceux qui sont éloignés. On entend ainsi régulièrement circuler des récits invraisemblables - l'histoire d'un soldat au Liban, d'une séance de spiritisme, de camarades miraculeusement sauvés -, et il s'avère finalement qu'il ne s'agit que de récits imaginaires (bobbe meises), que rien de tout cela ne s'est jamais produit, même à titre de parabole. Ou encore l'histoire de ce missile visant les tours Azrieli qui aurait été mystérieusement repoussé par le vent - pure invention sans le moindre fondement.
À quoi bon agir ainsi ? La Torah n'est-elle donc pas suffisamment une Torah de vérité pour qu'il faille inventer des fables afin d'en prouver la grandeur ? Elle est la vérité même, et la vérité porte sa propre lumière. Seul celui qui est dépourvu de vérité éprouve le besoin de fabriquer des fictions ; mais celui qui détient la vérité, qu'a-t-il besoin d'artifices ? Bien au contraire : lorsqu'un tel mensonge est mis au jour, quelle est la réaction du public ? « Vous voyez bien, on cherche à nous manipuler, à nous faire avaler des sornettes. » Le préjudice causé est alors infiniment plus lourd que le profit escompté, car les sceptiques s'écrieront : « Le judaïsme en est-il donc réduit à prouver sa véracité par des prodiges forgés de toutes pièces ? »
Il en est de même de ces prétendues apparitions de Ra'hel Iménou : qui a vu ? Qui a attesté ? On cherche encore le témoin oculaire de ces visions, sans jamais le trouver. Qui cela rapproche-t-il de la foi ? Ne manquons-nous pas de prodiges véritables et avérés ? Lorsque l'on voit des dizaines de milliers de projectiles s'abattre sur notre terre et causer si peu de pertes, ne s'agit-il pas d'un miracle éclatant ? Pourquoi faudrait-il inventer des fables ? Doute-t-on de la prière de notre mère Ra'hel ? « Ra'hel pleure sur ses enfants » - c'est une réalité certaine, et nul n'a besoin d'une apparition imaginaire pour savoir qu'elle intercède sans relâche pour le Klal Israël. Ce sont là des vérités fondamentales auxquelles nous croyons et que nous savons réelles ; forger des légendes n'apporte rien de bon. La fin ne justifie jamais les moyens, et le moyen se doit d'être véridique, car la fin elle-même n'est que vérité.
On rapporte à ce propos le mot d'un prédicateur qui s'adressa un jour à son auditoire : « Je tiens à vous faire une confidence : j'ai demandé au Rav s'il était permis d'inventer des histoires afin d'encourager les gens à faire techouva, et le Rav m'a répondu que c'était permis... et voilà précisément la toute première histoire que j'ai inventée ! »
Deux versets et deux fondements majeurs. « La sottise est attachée au cœur de l'enfant » (Ivélet kchoura belèv naar) : dans le jeune âge, le travers n'est encore qu'attaché superficiellement, il n'a pas encore plongé ses racines ; c'est précisément le moment propice pour trancher ce lien et guider l'enfant. Non par le bâton des coups, qui détruit, humilie et ne fait qu'éloigner, mais par le « bâton de la réprimande » (chévet moussar) : l'exhortation bienveillante, l'explication, la chaleur, l'encouragement et l'amour transmis de la Torah. Et que l'on ne remette pas cette éducation à plus tard sous prétexte d'attendre « qu'il grandisse », car les mauvais penchants s'enracinent avec le temps et persistent des années durant. Quant au second verset : « Celui qui opprime le pauvre pour accroître son bien, donne au riche pour n'aboutir qu'à l'indigence » ('Ochèk dal leharbot lo, notèn le'achir akh lemakhsor) - qu'on l'entende selon son sens premier, où la spoliation ne profite jamais et où courtiser le nanti ne mène qu'à l'opprobre ; selon l'interprétation allégorique du Ralbag appliquée aux passions charnelles, qui affament celui qui cherche à les rassasier et apaisent celui qui s'en abstient ; ou selon l'enseignement du Malbim : même lorsqu'on prétend agir au profit de l'indigent, si la voie empruntée est illicite, l'aboutissement n'en sera que ruine et dénuement. Jamais la fin ne justifie les moyens, car dans le judaïsme, le moyen est lui-même une mitsva et une finalité, et il doit demeurer pur, intègre et conforme à la vérité.