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Chapitre 22 - Une bonne renommée est préférable à de grandes richesses - 1re partie

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Introduction : La véritable valeur des acquisitions

Le chapitre 22 du livre de Michlé s'ouvre sur une comparaison entre les acquisitions que l'homme poursuit en ce monde. Le roi Salomon confronte la richesse et la bonne renommée, l'argent et l'or face à la grâce véritable, et nous enseigne quelle acquisition a une valeur réelle et laquelle n'est qu'illusoire. À partir de là, il poursuit en enseignant que la richesse comme la pauvreté ne sont pas l'œuvre de l'homme, mais celle d'Hachem béni soit-Il.

Verset 1 : Bonne renommée et grâce véritable

נִבְחָר שֵׁם מֵעֹשֶׁר רָב, מִכֶּסֶף וּמִזָּהָב חֵן טוֹב. - Une bonne renommée est préférable à de grandes richesses ; la grâce est meilleure que l'argent et que l'or.

Le sens littéral du verset : le bon nom que possède un homme est plus précieux et préférable à une grande richesse, et plus désirable encore que l'argent et l'or est une grâce véritable.

Rabbénou Yona rattache ce verset à ce que nous avons étudié précédemment. Nous avons vu que la sagesse et la bravoure ne sont d'aucune utilité au jour du malheur et du décret divin. Au sujet de la sagesse, il est dit explicitement : « Il n'est point de sagesse, point d'intelligence, point de conseil contre Hachem ». Et au sujet de la force héroïque, il est dit : « Le cheval est préparé pour le jour de la guerre, mais la délivrance appartient à Hachem » - on peut préparer un cheval, mais c'est en fin de compte le Saint béni soit-Il qui décide de l'issue du combat. Et si la sagesse et la bravoure ne peuvent rien contre un décret scellé, il est certain que la richesse ne sera d'aucun secours et ne sauvera pas.

Bien plus encore, explique Rabbénou Yona : la richesse présente une infériorité par rapport à ces deux qualités. Lorsqu'un homme possède la sagesse, c'est une élévation de son âme ; le sage ne se résume pas à ses quatre-vingts kilos, la sagesse est une perfection de l'esprit. La force physique n'est pas dans l'âme mais dans le corps, et pourtant elle fait elle aussi partie intégrante de lui. Le point commun entre les deux réside dans le fait qu'elles font partie de l'homme. La richesse, en revanche, est la plus basse d'entre elles, car elle se trouve hors de vous. Elle est à la banque, elle n'est pas vous. Être sage, c'est vous dans votre âme ; être fort, c'est vous dans votre corps ; être riche, c'est une chose qui vous est totalement extérieure.

De plus, la richesse ne s'acquiert pas nécessairement par la force ou l'intelligence de l'homme. Si un homme est devenu sage, on comprend qu'il a beaucoup étudié pour y parvenir ; s'il est devenu un vaillant guerrier, il s'est durement entraîné ; mais s'il est devenu riche, il a pu simplement toucher un bel héritage. Qu'a-t-il fait pour cela ? L'homme peut recevoir la richesse sans le moindre effort, tandis que la sagesse et la bravoure exigent de l'exercice et du labeur.

Cette gradation transparaît également dans le verset : « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse. Mais que celui qui se glorifie se glorifie de ceci : d'avoir du discernement et de Me connaître ». Le degré le plus élevé est le sage par sa sagesse, qui réside dans l'âme ; en dessous vient le fort par sa bravoure, qui réside dans le corps ; et le plus bas de tous est le riche par sa richesse, qui lui est totalement extérieure.

C'est ainsi que Rabbénou Yona explique notre verset : la bonne renommée est plus profitable à l'homme qu'une grande richesse, car la fortune ne sauve pas son maître au jour de la détresse, et « la richesse ne sert de rien au jour de la colère ». Et si l'on objecte que la richesse confère des honneurs - quand les gens voient un homme riche, ils s'empressent de lui serrer la main, les flatteurs rient même de ses plaisanteries insipides et tout le monde s'agite autour de lui - la réponse est la suivante : aussi grand soit l'honneur que procure la richesse, la bonne renommée le surpasse. On regardera avec bien plus d'admiration celui qui possède un bon nom que celui qui détient la richesse.

Et pourquoi le texte établit-il cette distinction, en opposant le bon renom à la richesse et la grâce à l'argent et à l'or ? Rabbénou Yona explique que chaque élément est mis en parallèle avec ce qui lui ressemble. La richesse désigne les domaines, les villes, les champs, les vignes, les entreprises - « riche en biens », une chose visible de tous et dont la notoriété se répand au loin. Face à elle se dresse la bonne renommée, qui est elle aussi une renommée s'étendant au loin, et en cela elle lui est bien supérieure. En revanche, l'argent et l'or sont dissimulés : on les cache dans la terre, dans un coffre-fort, dans des endroits secrets. Face à eux se trouve la grâce véritable, qui ne se propage pas au loin : quiconque vous rencontre et vous côtoie vous trouve charmant et agréable, mais cela ne s'ébruite pas à distance. Le Gaon de Vilna a lui aussi adopté cette approche de Rabbénou Yona.

Le Malbim : Acquisition illusoire contre acquisition intrinsèque

Le Malbim explique que les biens de la richesse ne sont que des acquisitions illusoires. Comme nous l'avons expliqué, ils ne font pas partie intégrante de vous, et en un instant, on peut tout perdre. La vaillance ne se perd pas en un instant, la sagesse ne se perd pas en un instant ; mais la richesse - soudain on reçoit un appel annonçant un effondrement de la bourse, tous les investissements sont anéantis, et l'on se retrouve lourdement endetté auprès de nombreuses personnes. En revanche, la bonne réputation qu'un homme acquiert par ses bonnes actions devient une part indissociable de son être même.

Le Malbim ajoute : le but ultime de la grande richesse est d'obtenir des honneurs, que sa parole soit écoutée - or, la parole de celui qui jouit d'une bonne réputation est bien plus écoutée que celle du riche. De plus, la richesse prive de sommeil : que se passe-t-il avec l'entreprise ? Reste-t-elle ouverte ou ferme-t-elle ? Qui s'y trouve en ce moment ? Que se passe-t-il sur les places boursières mondiales ? Le pétrole baisse, l'indice de la construction monte, et que deviennent tous les projets dans lesquels j'ai investi ? Un homme riche n'est pas un homme serein. L'homme serein est celui qui n'a pas d'argent et qui ne court pas après l'argent - car on peut être démuni tout en continuant à le pourchasser sans relâche. Celui qui ne court pas après la fortune jouit d'un doux sommeil et ne vit pas dans la hantise d'être dépouillé. La richesse réclame d'être gardée et vole le sommeil de son propriétaire. Il n'en va pas de même pour la bonne réputation : point besoin de l'enfermer dans un coffre-fort ni de souscrire une assurance pour elle. Pour la fortune, on prend une assurance afin de pouvoir dormir sur ses deux oreilles la nuit ; la bonne réputation, elle, vous permet de dormir en paix même sans cela.

« De l'argent et de l'or, la bonne grâce est préférable » - La valeur conventionnelle

Le Malbim souligne ici une autre distinction entre la richesse immobilière et l'argent ou l'or. La richesse foncière, telle que les biens matériels, est une réalité indiscutable : vous possédez tant d'hectares, tant de maisons. Mais lorsqu'on vous dit « il possède tant de lingots d'or » - y a-t-il là une valeur intrinsèque ? Qu'un autre dise : « J'ai tant de lingots de fer », tout le monde se met aussitôt à rire. Et pourquoi ? L'un possède deux tonnes d'or et l'autre deux tonnes de fer - quelle est la différence ? Réfléchissez et vous verrez que toute la différence repose sur une convention sociale : on a convenu que l'or est précieux et l'on est donc prêt à payer une fortune pour en acquérir, tandis que le fer est bon marché.

Et ne dites pas que l'or est beau et brillant. Jadis, on pouvait peut-être le prétendre. Mais aujourd'hui, une femme achète un bijou en or, vous le regardez et demandez : « C'est de l'or ? - Oui. - Alors pourquoi est-il blanc ? On dirait de l'argent ! - C'est la mode, l'or blanc ! » N'est-ce pas ridicule : vous avez payé le prix de l'or pour l'apparence de l'argent. Achetez donc un bijou en argent ! Mais il n'y a rien à faire pour convaincre, c'est une question de sentiment. Et grâce à Dieu, toutes recherchent l'authenticité : « Quoi, je porterais une imitation ? Du zirconium ? Comme si c'était du diamant, comme si c'était de l'or ? » Et si l'on porte un bijou, qu'on l'achète comme il se doit : une bague, un vrai diamant, de préférence de plusieurs carats, pour que l'on sache ce que je vaux ! Pourtant, en fin de compte, explique le Malbim, l'or n'a aucune valeur intrinsèque supérieure à celle du fer ; nous avons simplement convenu qu'il est convoité, et les lois du marché le rendent cher. En revanche, pour les biens concrets, il n'y a pas de simple convention : une personne possède tant d'usines, de champs et de vignes - ce sont des biens réels.

L'exemple classique en est notre monnaie. Vous sortez de votre poche un billet rouge, et certains voient rouge et se précipitent dessus comme un taureau sur une cape. Mais qu'y a-t-il d'impressionnant ? Ce n'est qu'un morceau de papier ! Simplement, on a décidé d'attribuer à ce bout de papier une valeur de deux cents shekels, et au papier vert une valeur de vingt ou cinquante. Il n'y a là aucune valeur intrinsèque, tout n'est qu'affaire de convention. Il en va de même pour l'or : on a convenu qu'un métal de telle couleur coûte tant, et qu'un autre métal vaut autrement.

De là découle la parfaite comparaison avec la grâce, dit le Malbim : la bonne grâce relève elle aussi d'une convention. C'est comme si les gens s'accordaient implicitement sur le fait qu'Untel trouve grâce à leurs yeux - « Et Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient ». Demandez-moi quelle vertu particulière il possède, je n'ai point d'explication. Quand on demande pourquoi l'on admire Untel, on répond : parce que c'est un grand maître en Torah. Mais pourquoi tout le monde aime-t-il telle autre personne ? Rien à répondre. Elle possède une grâce particulière, les gens sont attirés vers elle. Tout comme l'or, vers lequel tous sont attirés par convention. Et pourtant, la grâce est meilleure que l'argent et l'or, car elle réside dans la personne elle-même et non dans un objet extérieur : l'or demeure à l'extérieur de moi, tandis que la grâce est en moi.

Et particulièrement sur le plan pratique : ce que l'on peut obtenir avec l'argent et l'or, on peut l'obtenir bien davantage en trouvant grâce. On dira certes : l'argent ouvre des portes - c'est vrai. Mais lorsque vous voulez ouvrir des portes auprès d'un homme très riche et que vous lui proposez un million de dollars pour régler une affaire, il vous rit au nez et dit : « Un million de dollars, c'est ce que je gagne en une journée ! » Chez des gens plus modestes, promettre dix mille ou vingt mille shekels règlera peut-être la question, mais l'homme doué de grâce voit toutes les portes s'ouvrir devant lui, où qu'il aille. « Et Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient », Yossef trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui le voyaient, Moché Rabbénou - « car tu as trouvé grâce à Mes yeux », et Noa'h trouva grâce aux yeux d'Hachem. La grâce ouvre bien plus de portes que l'argent et l'or ; par elle, on obtient l'assentiment et la volonté d'autrui de vous venir en aide bien plus qu'avec de l'argent.

Le renom s'acquiert par le labeur, et la grâce - par trouvaille

Le Malbim enseigne un autre principe fondamental : le renom qu'un homme acquiert pour lui-même dépend de ses actes. Comment se forge-t-on une bonne réputation ? Prenez un commerce qui a bonne réputation et où tout le monde vient acheter. Comment en est-on arrivé là ? Le commerçant a agi avec droiture, a toujours donné un peu plus, et lorsque vous êtes venu retourner un article, il ne vous a pas raconté d'histoires en prétendant que vous l'aviez cassé ou mal utilisé : il vous a remboursé et vous a servi convenablement. Une bonne réputation s'acquiert par le labeur, par des années de probité, jusqu'à ce que l'homme mérite légitimement son bon renom.

La grâce, en revanche, ne fonctionne pas ainsi : « Je t'ai désigné par ton nom, et tu as aussi trouvé grâce à Mes yeux ». Qu'ai-je fait pour cela ? Quels efforts ai-je déployés ? Cela n'existe pas. La grâce, on la trouve ou on ne la trouve pas. « Et Noa'h trouva grâce aux yeux d'Hachem » - qu'a-t-il fait pour cela ? Il était certes un juste, mais pour le reste des justes, nous ne trouvons pas l'expression « tu as trouvé grâce à Mes yeux ». Trouver grâce ne découle pas nécessairement de la piété. Certes, le Or Ha'haïm Hakadoch, dans la Parachat Noa'h, explique que Noa'h a accompli une mitsva spécifique par laquelle on trouve grâce aux yeux d'Hachem, et qu'elle ne nous a pas été révélée - car sinon tout le monde courrait après elle. Quoi qu'il en soit, c'est une chose qui ne dépend pas uniquement du labeur de l'homme. Il en va de même aux yeux des êtres humains : certaines personnes possèdent un charme, une grâce particulière, et quiconque s'adresse à elles a envie de s'en rapprocher ; quel labeur ont-elles donc fourni pour cela ?

En résumé des paroles du Malbim : la richesse est une acquisition extérieure, et la bonne réputation lui est préférable car elle constitue une acquisition intrinsèque, tandis que la richesse - selon les mots de Rabbénou Yona - peut disparaître en un instant. Quant à la grâce, elle n'est pas du tout une acquisition : on ne travaille pas pendant des années pour l'acquérir, mais on la « trouve » - « il a trouvé grâce à mes yeux ». C'est pourquoi elle est supérieure à l'argent et à l'or que les autres vous donnent. Remarquez bien : lorsqu'on dit que quelqu'un trouve grâce aux yeux des gens, l'action réside dans le regard de l'observateur ; vous recevez cette grâce d'autrui, ils vous regardent et vous leur plaisez. Il en va de même pour l'argent et l'or que les autres vous donnent - or, mieux vaut qu'ils vous accordent leur grâce et leur bienveillance plutôt qu'ils ne vous donnent de l'argent et de l'or.

Verset 2 : Le riche et l'indigent se rencontrent

עָשִׁיר וָרָשׁ נִפְגָּשׁוּ, עֹשֵׂה כֻלָּם ה'. - Le riche et l'indigent se rencontrent : c'est Hachem qui les a tous faits.

Rachi explique : lorsqu'un indigent dit au riche « fais-moi vivre (soutiens-moi) », et que le riche lui répond avec dureté et lui parle avec insolence, c'est à ce sujet qu'il est dit « c'est Hachem qui les a tous faits ». Le Saint, béni soit-Il, peut renverser la situation et les refaire à neuf : Il peut rendre celui-ci pauvre et faire de celui-là un homme riche.

L'histoire de la prise de tabac

On raconte l'histoire d'un homme extrêmement pauvre qui, la veille de Yom Kippour, n'avait même pas de quoi manger chez lui pour préparer le jeûne. Il arriva à la synagogue le ventre vide et vit un homme riche sortir sa tabatière. Il lui demanda : « Pourrais-je avoir une prise de tabac ? » Le riche, sans même en prendre pour lui-même, reposa la boîte et lui lança : « Juste avant Kol Nidré, avant une prière si pure, c'est cela qui te préoccupe ? Une prise de tabac ? » Le pauvre fut blessé jusqu'au plus profond de son âme : ne suffisait-il pas de sa détresse terrible, ne suffisait-il pas qu'il ait quitté sa maison sous les récriminations de son épouse parce qu'il n'y avait rien à manger, pour qu'en plus il ne vaille même pas une prise de tabac ? Pendant ce Yom Kippour, il pleura du fond du cœur, et dans le Ciel, on prit en considération sa douleur. Il fut décrété que le riche deviendrait pauvre, et que le pauvre recevrait la fortune et deviendrait riche. Et en effet, en l'espace de quelques mois, la roue tourna pour tous les deux.

Une année passa, puis deux, et le riche ruiné tenta par tous les moyens de se relever sans y parvenir. Finalement, il s'adressa à l'un des grands d'Israël - semble-t-il le Maguid de Mézéritch - et lui raconta son histoire. Le Rav lui demanda : « As-tu déjà blessé un pauvre venu te demander la tsedaka, as-tu humilié quelqu'un ? » L'homme chercha dans ses souvenirs et répondit : « Il s'est passé quelque chose une veille de Yom Kippour. » Le Rav lui dit : « Dans ce cas, ton argent se trouve chez lui. » L'homme faillit s'arracher les cheveux : pour une sottise pareille, avoir perdu toute sa fortune ! Il demanda : « Maître, que faire à présent ? » Le Rav lui répondit : « Va le trouver à un moment où il n'est pas disposé, et demande-lui une prise de tabac. S'il réagit comme tu as réagi envers lui, vous serez quittes et l'argent te reviendra. Sinon, que Hachem t'aide, je n'ai point de conseil pour toi. »

Il guetta le moment opportun et apprit que cet ancien pauvre, désormais fortuné, mariait son fils. Il se rendit à la houppa et l'aperçut quelques secondes avant la cérémonie des kidouchin. Le rabbin demande : « La bague, s'il vous plaît », et tout le monde cherche ; le marié cherche, demande à son père : « L'as-tu sur toi ? » L'homme saisit l'instant, s'approche et lui demande : « Pourrais-je avoir une prise de tabac ? » Il y avait de quoi lui rétorquer : « Tu n'as rien d'autre à faire ? Ne vois-tu pas que nous sommes en pleine houppa et que le photographe organise la scène ? Écarte-toi ! » Mais il n'en fit rien. Il lui sourit, sortit sa tabatière de sa poche et dit : « Prends-en autant que tu veux. » À cet instant précis, l'homme ruiné s'évanouit et s'écroula ; on commença à crier pour le secourir, jusqu'à ce qu'il reprenne connaissance.

Après la houppa, une fois remis de ses émotions, on lui demanda ce qui s'était passé, et il raconta toute l'histoire. Le Rav leur dit : « Venez me trouver tous les deux après les sept jours de réjouissances. » Ils vinrent ensemble, et le Rav s'assit avec le pauvre et le riche. Il dit au nouveau riche : « Sache que ton argent est celui de cet homme, et que c'est à la suite de cette parole que tu l'as reçu. Sois un homme de 'hessed et donne-lui la moitié de tes biens. » Et ce qui est prodigieux, c'est que cet homme enrichi accepta sincèrement et avec foi les paroles du Rav : il lui donna la moitié de sa fortune et lui en rédigea un acte officiel. Qui d'entre nous aurait consenti à une chose pareille ? Nous aurions dit : « Cher Rav, tout cela est bien beau, mais le Ciel me l'a donné, c'est désormais à moi ; pourquoi nous immiscer dans les comptes célestes, c'est la volonté du Créateur ! » Soudain, on devient de grands croyants, arguant même du contraire : « Si je lui donne, je m'oppose à Sa volonté, à Dieu ne plaise ! » Mais lui, avec une foi pure et entière, accepta les propos du Rav. N'est-ce pas exactement ce que dit Chlomo : « Le riche et le pauvre se rencontrent : c'est Hachem qui les a tous faits » ?

Rabbénou Yona : une rencontre qui n'a rien de fortuit

Rabbénou Yona explique : le riche n'a pas mérité sa richesse par sa propre force ni par son intelligence. Et si tu dis : « Tu sais combien j'ai travaillé pour cela, combien d'efforts j'ai déployés ? » Mon cher ami, es-tu le seul à avoir travaillé ? Des centaines, des milliers et des millions d'individus ont trimé et investi. En termes simples : l'argent vient d'Hachem. Débarrasse-toi de toutes ces pensées de « ma force et la vigueur de ma main », tout cela n'est que vanité. Hachem l'a voulu : un décret de pauvreté pesait sur Untel et un décret de richesse sur tel autre, et tout provient de Lui, béni soit-Il, ni de tes efforts (ichtadloute) ni de l'inactivité du pauvre.

Ibn Ezra tenta d'exercer toutes sortes de métiers, mais la pauvreté avait été décrétée contre lui, et il vécut dans un dénuement extrême. Au point qu'il composa sur lui-même ce poème : « Malheur à l'homme né sans étoile » - né sans mazal. Et dans ce long poème, il écrivait : si je vendais des bougies, le soleil ne se coucherait jamais ; et si je vendais des linceuls, les gens cesseraient tout simplement de mourir. Autrement dit, tout commerce que j'entreprendrais serait voué à l'échec. Or Ibn Ezra comptait parmi les plus grands sages de toutes les générations : il ne s'agissait nullement d'un manque d'intelligence ni assurément de paresse, car il fournissait certainement tous les efforts requis dans son travail.

Ainsi, affirme Rabbénou Yona : le riche n'est pas parvenu à la richesse par sa force et sa sagacité, et le pauvre n'a pas sombré dans la misère par paresse ou manque d'esprit. Mais ils « se sont rencontrés » - le riche a rencontré la circonstance de la richesse, et le pauvre a rencontré la circonstance de la pauvreté, sans qu'aucun des deux n'en soit l'artisan. C'est pourquoi il ne convient nullement que le riche s'enorgueillisse devant le pauvre. Et si tu prétends que tout découle du roulement de la roue du destin, c'est-à-dire de ce qu'on appelle la chance ou le mazal, il n'en est rien : « c'est Hachem qui les a tous faits », toutes les causes sont l'œuvre d'Hachem, et Il a le pouvoir d'empêcher la cause qui t'a procuré la richesse tout comme celle qui a plongé ton prochain dans la pauvreté. Ne dis point « cela provient de telle cause », car cette cause elle-même, d'où provient-elle ? D'Hachem. Il s'ensuit que cette rencontre n'a absolument rien d'aléatoire : Quelqu'un l'a minutieusement orchestrée.

Comme nous l'avons déjà expliqué au nom du Rav Dessler, le mot « Mazal » ne désigne pas un simple coup de chance ou un hasard heureux, comme on l'entend communément. Mazal vient de la racine nozel (couler, s'épancher) - ce qui descend, découle et ruisselle depuis les mondes supérieurs, selon l'expression « L'eau coule de ses seaux » (yézal mayim midalyav). En fin de compte, tout découle d'En haut.

Le Gaon de Vilna : la renommée et la grâce rejoignent l'un comme l'autre

Le Gra explique que ce verset s'inscrit dans la continuité directe du précédent. « Une bonne réputation est préférable à de grandes richesses, et la bonne grâce à l'argent et à l'or - le riche et l'indigent se rencontrent » : le bon renom et la bonne grâce se rencontrent tous deux chez le riche comme chez le pauvre. Il est tout à fait possible qu'un homme modeste possède une aussi bonne réputation qu'un homme riche, et qu'il jouisse d'une grâce comparable. Cela n'a aucun lien avec la fortune ou la pauvreté, ni avec ce que l'on possède matériellement : un indigent peut lui aussi s'acquérir un bon nom, et mériter une véritable grâce. Et pourquoi ? « C'est Hachem qui les a tous faits » - Hachem a créé chacun d'entre eux, et ils sont par conséquent égaux devant le bon renom et la grâce. Soit on possède ces qualités, soit on ne les possède pas, mais cela ne dépend nullement des richesses de ce monde.

On trouve dans l'ouvrage Zikaron BaSefer une interprétation sur le mode de l'esprit : il arrive parfois qu'un homme s'achète à prix d'argent le titre de « Rav » - s'arrangeant pour franchir un examen superficiel et obtenant ce titre en échange de rétributions. Tel est le sens allusif de : « Niv'har chem mé'ocher - rav » : un homme se choisit une réputation pour être honoré, mais par quelle force ? Par la force de sa richesse ; il s'achète le titre de « Rav » grâce à ses moyens financiers.

Le Ralbag : le maintien du monde exige des riches et des pauvres

Le Ralbag explique : « Le riche et l'indigent se rencontrent » - le monde ne pourrait exister sans riches ni pauvres. Et pourquoi ne seraient-ils pas tous riches ? L'exemple en est évident : si tous les hommes étaient riches, personne n'accepterait d'accomplir les tâches matérielles et artisanales. Trouverait-on un cordonnier si tout le monde était opulent ? Trouverait-on un boucher ? Trouverait-on un commerçant ? Un magnat de l'industrie n'ouvre pas une échoppe de quartier. Et si l'on dit qu'il embaucherait des salariés - mais qui accepterait de travailler pour lui, si chacun jouissait déjà de la fortune ? S'ils étaient tous riches, il n'y aurait ni menuisier, ni carreleur, ni plâtrier.

La preuve en est que nos Sages ont décrété que les scribes, les sofré stam, ne s'enrichiraient pas. Pourquoi ? Car s'ils faisaient fortune, qui écrirait encore les rouleaux de la Torah, les téfilines et les mézouzot ? Il en va de même aujourd'hui : les scribes ne s'enrichissent pas par la seule écriture. Ceux qui gagnent confortablement leur vie sont ceux qui sont passés de copiste à négociant, ce qui constitue généralement la seconde phase de leur activité. Combien peut-on écrire soi-même ? Une mézouza en une heure ou une heure et demie ne suffit pas pour faire fortune. En revanche, celui qui reçoit une commande de cinquante mézouzot et prélève une marge sur chacune, ou qui négocie des Sifré Torah avec une commission conséquente, gagne sa vie bien plus aisément. Mais par la calligraphie elle-même, impossible de s'enrichir ; cela fut décrété afin que perdurent des scribes fidèles à leur mission, rédigeant Sifré Torah, téfilines et mézouzot selon toutes les règles requises.

Et si l'on demandait : pourquoi ne pas être tous pauvres ? Cela ne conviendrait pas davantage - comment pourraient-ils assurer leur subsistance mutuelle ? Il faut nécessairement des détenteurs de capitaux pour faire vivre autrui et financer l'activité. C'est pourquoi « C'est Hachem qui les a tous faits » : Hachem a façonné des pauvres et Il a façonné des riches afin que l'ordre du monde se maintienne. La rencontre entre le riche et l'indigent que nous constatons ici-bas est une disposition divine pour la survie de la création, sans laquelle rien ne tiendrait.

Le Malbim : la raison de la primauté du bon renom

Le Malbim, à l'instar du Gaon de Vilna, relie également ce verset au précédent en y discernant une justification : pourquoi la bonne réputation est-elle préférable à de grandes richesses ? Parce que la richesse n'est pas un bien immuable. On l'acquiert aujourd'hui, mais la roue tourne sans cesse et le riche finit tôt ou tard par perdre ses biens - voilà pourquoi l'homme de bon renom lui est supérieur. « Le riche et l'indigent se rencontrent » : le riche peut croiser le pauvre demain, l'un sur la pente descendante et l'autre en pleine ascension. La richesse est une roue perpétuellement en mouvement, tandis que le bon nom demeure pour toujours, à moins que l'homme n'agisse lui-même pour entacher et ruiner sa réputation. Mais pour celui qui vit avec droiture, nul ne saurait lui ravir son bon renom, car cela ne dépend d'aucune circonstance extérieure.

En conclusion : les deux premiers versets de ce chapitre rétablissent la véritable échelle des valeurs. Le bon renom l'emporte sur l'abondance matérielle, car la richesse est un bien extérieur et illusoire, qui prive son possesseur de sommeil et peut disparaître en un instant, alors que la bonne réputation se bâtit par des années de rectitude et devient indissociable de la personne elle-même. La grâce surpasse l'argent et l'or, dont la valeur n'est que pure convention, tandis que la grâce émane de l'homme et lui ouvre des portes bien plus sûrement que n'importe quelle fortune. Et par-dessus tout : « Le riche et l'indigent se rencontrent, c'est Hachem qui les a tous faits » - le riche ne parvient pas à l'opulence par sa seule vaillance, et le pauvre ne tombe pas dans la misère par sa seule faute ; tout procède du Créateur, tant pour l'équilibre du monde que pour rappeler que la roue tourne. Que le riche ne s'enorgueillisse donc jamais face au pauvre, et qu'il se garde de l'humilier, ne fût-ce que pour une prise de tabac - car « c'est Hachem qui les a tous faits », et Il a le pouvoir de renverser les destins en un instant.