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Chapitre 22 - Une bonne renommée vaut mieux que de grandes richesses - Deuxième partie

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Introduction

Le chapitre 22 des Proverbes se poursuit par une série de maximes courtes et profondes sur la conduite de la vie. Dans cette étude, nous nous concentrerons sur un seul verset, le verset 3, qui semble à première vue relever du simple bon sens, mais qui, à la lumière des enseignements de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna et du Malbim, s'ouvre sur plusieurs degrés de profondeur : depuis la prudence élémentaire dans les affaires de ce monde, en passant par la question de celui qui « force le destin » (dod'hèk et hacha'ah), jusqu'à la définition précise de la distinction entre l'homme avisé (« 'aroum ») et le sage (« 'hakham »).

עָרוּם רָאָה רָעָה וְנִסְתָּר וּפְתָיִים עָבְרוּ וְנֶעֱנָשׁוּ׃ (פסוק ג) - L'homme avisé voit le malheur et se met à l'abri, mais les simples continuent d'avancer et sont punis. (verset 3)
Le sens littéral : anticiper et ne pas s'avancer

Au sens premier du verset : l'homme avisé pressent le danger à l'avance et se met en retrait. Il ne s'engage pas dans les ennuis. S'il constate un rassemblement houleux, il n'y pénètre pas. S'il voit une querelle éclater, il s'en tient à distance. S'il repère une affaire douteuse, il n'y prend pas part. S'il observe un entourage qui ne lui convient pas, il s'en écarte. Il perçoit le mal de loin, prend la fuite et se dissimule. Les personnes crédules et ingénues, en revanche, ne prêtent attention à rien : elles foncent tête baissée, passent outre, s'enlisent dans l'embarras - et finissent par en payer le prix en recevant leur châtiment.

Une parabole simple tirée de la vie quotidienne illustre bien cela : un automobiliste aperçoit devant lui un embouteillage, un tumulte, une manifestation. L'homme avisé - l'homme réfléchi - se dit : « Inutile de m'engouffrer là-dedans. Je vais faire un détour, contourner la zone et parvenir sain et sauf à destination. » Mais l'homme simple se dit : « Comment ? Faire tout un détour ? Je vais forcer le passage. » Il s'y engage, persiste, et se retrouve coincé au milieu de la circulation, du désordre, de l'agitation et de tous les désagréments.

Rabbénou Yona : la sagesse de ne pas forcer le moment

Rabbénou Yona enseigne qu'il existe une disposition salvatrice et salutaire, plus efficace encore que la sagesse ordinaire, que la force ou que la richesse. Certes, il n'est point de sagesse ni de conseil contre la volonté divine, et la sagacité humaine n'annule point un décret céleste, mais elle préserve néanmoins celui qui la détient de s'exposer à la punition au temps de la détresse. Pourquoi ? Parce que l'homme sage veille sur son âme et s'abstient de précipiter les événements ou de forcer l'heure. En des termes clairs : face à un décret, ni l'ingéniosité, ni la bravoure, ni l'argent ne sauraient prévaloir. Mais la vraie sagesse permet de discerner à quel moment il ne faut pas insister et quand il convient de lâcher prise. Dès lors que l'on pressent une période défavorable, on se retire jusqu'à ce que la tourmente soit passée. On ne force pas le destin, car quiconque brusque les circonstances se fait écraser par elles.

C'est ce que rapporte le Talmud dans le traité Berakhot (page 64a) : Rabbi Lévi a dit que quiconque force l'heure, l'heure le repousse, et quiconque s'efface devant l'heure, l'heure lui cède la place. Kora'h incarne l'exemple parfait de celui qui a voulu précipiter les choses : il refusait d'attendre. C'était un homme illustre, un grand personnage, destiné à recevoir une fonction éminente en son temps, mais il a exigé le pouvoir ici et maintenant - et cet empressement inconsidéré lui a coûté la vie.

Rabba et Rav Yossef : s'effacer devant le moment opportun

À l'inverse, « quiconque s'efface devant l'heure, l'heure lui cède la place », et c'est lui qui réussit. D'où le savons-nous ? De Rabba et de Rav Yossef. Rav Yossef était surnommé « Sinaï », possédant une érudition monumentale, tandis que Rabba était un « déracineur de montagnes », d'une acuité dialectique exceptionnelle. (Soit dit en passant, un bon moyen mnémotechnique pour se rappeler qui était « Sinaï » consiste à penser à Rabbénou Ovadia Yossef, qui portait le même nom et dont l'érudition embrassait tout le corpus rabbinique. À l'époque talmudique, la maîtrise encyclopédique constituait la qualité suprême, car il fallait connaître par cœur les sources, les Michnayot, les Baraytot et les traditions orales, et plus on en connaissait, plus l'étude était féconde ; aujourd'hui, où tout se trouve consigné par écrit, l'accent est davantage mis sur le raisonnement et l'analyse approfondie.)

Les maîtres voulurent alors désigner Rav Yossef en qualité de « Sinaï ». Ils vinrent lui proposer la direction de l'académie - une charge hautement prestigieuse -, mais il refusa. Pourquoi ? Parce que des astrologues chaldéens lui avaient prédit : « Sache que tu seras Roch Yéchiva durant deux années, après quoi tu quitteras ce monde. » Il répondit : « Est-ce là ce dont j'ai besoin à présent ? Je suis encore jeune. Diriger l'académie pour mourir si vite ? Je renonce à cet honneur. » Ils se tournèrent alors vers Rabba, qui assuma la direction de l'académie pendant vingt-deux ans. Durant toutes ces années, Rav Yossef refusa même de faire venir un saigneur à domicile - honneur réservé aux notables de l'époque -, préférant se déplacer lui-même : « Je me rendrai auprès de lui comme le commun des hommes. » Il se refusait à la moindre marque de préséance. Au terme de ces vingt-deux années, Rabba s'éteignit, et l'on chercha un successeur digne de la fonction. Rav Yossef, qui méritait déjà cette charge plus de deux décennies plus tôt, l'était d'autant plus désormais, ayant vieilli au sein de l'académie et accru sa sagesse. Se sentant désormais rassasié de jours, il accepta la nomination ; il dirigea la Yéchiva pendant deux ans et demi avant de rejoindre sa demeure éternelle, confirmant presque fidèlement la prédiction reçue.

L'immense leçon morale de cette histoire

De là découle un enseignement capital. Racontons l'histoire sans les Chaldéens : il y a eu des élections, et c'est Rabba qui a été élu. Nous ne parlons certes pas de géants de la stature de Rav Yossef, mais transposons les faits à notre échelle : un homme ordinaire serait resté aigri pendant vingt-deux ans : ce poste me revenait de droit ! L'autre a fait plus de politique auprès du comité électoral, il a payé untel, soudoyé un autre, et a obtenu la nomination, alors que c'était ma place. Et finalement, au bout de vingt-deux ans, on le nomme - et un an et demi plus tard, il quitte ce monde. Il arrive en Haut, et on lui dit : va embrasser les pieds de tous les membres du comité électoral qui n'ont pas voté pour toi à l'époque, car s'ils t'avaient choisi alors, tu serais ici en Haut depuis vingt ans déjà. Remercie Hachem qu'ils ne t'aient pas élu !

Voyez combien l'homme est myope - et même pas seulement myope, mais véritablement aveugle. Car ce sont là des choses que nous ne pouvons absolument pas savoir. Mais une certitude demeure : Kol dé'avid Ra'hmana letav 'avid (tout ce que fait le Miséricordieux est pour le bien). Et si quelqu'un d'autre a obtenu le poste, c'est la volonté d'Hachem. Bien au contraire, peut-être est-ce précisément cela qui me maintient en vie ! Rav Yossef a eu le privilège de le savoir, c'est pourquoi il l'a accepté avec joie ; quant à nous, en règle générale, nous ne le savons pas, et quand on ne sait pas, c'est là qu'intervient la émouna : croire que telle était la volonté d'Hachem et que c'est là mon véritable bien.

Et que se passe-t-il bien souvent ? L'homme force le destin (do'hék et hacha'a). Imaginons la même scène : il va déposer un recours contre les élections. Le scrutin n'était pas régulier, deux électeurs n'avaient pas le droit de vote, leur mandat avait expiré, et il y a eu des vices de procédure lors du vote. Bref, il use de tous les stratagèmes pour faire annuler les élections ; un nouveau scrutin est organisé, et le voilà élu ! Cela en valait la peine, n'est-ce pas ? Que de ressentiment, que de lachon hara, que de querelles et d'intrigues - mais la nomination est là, j'ai réussi ! Et savez-vous comment cela s'appelle ? Cela s'appelle forcer le destin. Alors le destin se retourne contre lui : un an et demi plus tard, il est rappelé au Tribunal céleste, et il comprend soudain : insensé, pourquoi t'es-tu ainsi suicidé ? Le Saint, béni soit-Il, veillait sur toi, Il a fait en sorte que tu ne sois pas élu, pourquoi t'es-tu obstiné à passer en force ?

Et que signifie « s'effacer devant l'heure » (nid'hé mipné hacha'a) ? À chaque vague qui déferle sur moi, je courbe l'échine, je baisse la tête et laisse passer la vague. Une tempête survient ? C'est la volonté d'Hachem, et je l'accepte. Je fais mes efforts humains (hichtadlout), mais je ne force pas le destin. Je ne vais pas fomenter une querelle avec Moché Rabbénou sous prétexte que je dois obtenir une nomination ici et maintenant. Quand Hachem le voudra, Il m'accordera une charge, car telle est Sa sainte volonté, et j'accepte le décret du Ciel. « Ke-erez ba-Levanon yisgué » (Il croîtra comme le cèdre du Liban) - les lettres finales forment en hébreu le nom de Kora'h. C'était un homme immense, l'un des porteurs de l'Arche, gratifié de l'esprit de sainteté (roua'h hakodech), et qui sait quelle illustre renommée aurait été la sienne à travers les millénaires ! Au lieu de cela, il est devenu le fauteur de discorde le plus tristement célèbre de l'histoire, dont le nom reste voué à l'opprobre éternel.

Pour résumer l'enseignement de Rabbénou Yona : l'intelligence ne vous servira pas à annuler le décret d'Hachem, mais elle vous aidera grandement à ne pas forcer le destin. Un décret a été prononcé ? Je baisse la tête et je patiente. « L'homme avisé voit le malheur et se dissimule ». Et l'insensé ? Il prétendra : je me montrerai plus malin, l'intelligence ne me servira-t-elle pas ? Il multipliera les combines pour finir par obtenir ce qui ne lui revenait pas et qui ne lui avait pas été destiné ; il est même possible qu'on le lui accorde, mais ce sera à sa perte. C'est pourquoi l'homme doit s'effacer devant l'heure et ne point forcer le destin.

Le Gaon de Vilna : « Il en est qui périt sans jugement » et la dissimulation

Le Gaon de Vilna explique le verset à la lumière de ce qui est écrit : « Il en est qui périt sans jugement ». En quel sens ? Il existe des personnes qui périssent sans jugement préalable, et l'un des exemples réside dans le fait qu'un homme mériterait peut-être de vivre en vertu de ses actes, mais comme l'ange destructeur procède actuellement à une frappe générale, il l'emporte lui aussi. Il fauche tout le monde sans distinguer le juste du méchant.

Soit dit en passant, c'est ce que nous trouvons dans le Kli Yakar au sujet de l'explication du verset : « La fin de toute chair est venue devant Moi... et Je vais les détruire avec la terre ». Il propose deux explications : la première, c'est que « la fin de toute chair » désigne le jour de la mort, qui vient se plaindre devant le Saint, béni soit-Il : personne ne se souvient de moi, tous ont oublié qu'ils finiront par mourir, et c'est pourquoi ils s'adonnent au mal. La seconde explication avance que « la fin de toute chair » désigne l'ange de la mort, celui qui mène toute chair à son terme, venu réclamer qu'il y a là de nombreuses personnes dont il doit se charger et qu'il lui faut faucher de ce monde. Et que lui répond le Saint, béni soit-Il ? « Et Je vais les détruire avec la terre » : car si l'ange de la mort s'en chargeait, malheur ! Il emporterait tout le monde, Noa'h et ses fils y compris, or Je désire préserver un reste pour le monde. C'est pourquoi : reste de côté, c'est Moi qui m'occuperai d'eux, et Je détruirai ceux qui doivent l'être, mais non pas ceux qui ne le méritent pas.

C'est ce que nous constatons également lors de la sortie d'Égypte, où le Saint, béni soit-Il, ordonna de placer un signe sur les maisons, car l'ange exterminateur ne distingue pas le juste de l'impie. La chose semble a priori surprenante, puisque le Saint, béni soit-Il, a agi Lui-même pour frapper ; nous avons développé ce point dans les enseignements sur la Haggada, et tel n'est pas le sujet de notre propos actuel.

Quoi qu'il en soit, dit le Gaon de Vilna : « Il en est qui périt sans jugement » - pourquoi périt-il ? Parce qu'un mauvais décret a frappé la collectivité et qu'il se trouve parmi eux. Ainsi qu'il est écrit : « Si un feu se déclare, rencontre des épines et dévore les gerbes ou le blé sur pied ». Le feu jaillit à cause des épines, mais qui est consumé en premier ? La gerbe ou le blé sur pied - la gerbe représente le bon grain, c'est-à-dire les justes. « C'est devant le malheur que le juste est recueilli » : ce sont les justes qui souffrent en premier.

Dès lors, explique le Gaon de Vilna, l'homme avisé se dissimule. Pourquoi ? Parce que si je reste mêlé à tous, je risque, à Dieu ne plaise, de subir leur sort funeste : tous seront anéantis et je le serai avec eux. Comme l'affirme la Guémara : « Sois toujours effacé et tu subsisteras » (Le'olam hevé kaval vekayam) - avance dans l'ombre. Ne cherche pas la publicité, ne fais pas de bruit. J'ai lu un jour l'histoire d'un homme qui fêtait ses cent quatorze ans. Tous les médias du monde en ont parlé, ses photos ont circulé partout - et une semaine plus tard, il est décédé. Tant que tu te tenais tranquille, l'ange de la mort t'avait oublié ; et soudain : « Attendez, que voit-on là ? Cent quatorze ans ?! Qui est responsable de ce secteur, comment as-tu oublié d'aller le chercher ? » On s'est souvenu de lui et on a envoyé le chercher. Je dis cela sous forme de boutade, mais au fond, tout ce qui s'expose au grand jour s'expose au danger. Sois toujours discret et effacé : reste dans l'ombre, et tu subsisteras ; ainsi, tu seras préservé de tout dommage.

Il en va de même pour l'homme avisé : il ne veut pas faire partie de ceux qui périssent sans jugement, c'est pourquoi il s'en va et se cache, et ne se mêle pas à tous ces méchants, afin de ne pas subir leur dommage. « Mais les simples continuent et sont punis » - les simples ne sont pas nécessairement des transgresseurs et aucun décret particulier ne pesait sur eux, mais ils ne se sont pas mis à l'abri, et ils ont ainsi péri avec la collectivité.

Le même principe dans la voie d'Hachem : fuir la mauvaise compagnie

Le Gaon de Vilna ajoute qu'il en est de même dans le service divin : l'homme doit courir comme une gazelle pour fuir le piège de l'oiseleur, exactement comme on fuit une bande de malfaiteurs et l'assemblée des railleurs. Lorsqu'il s'agit d'une mauvaise compagnie, cachez-vous d'eux, fuyez de là. L'homme avisé perçoit le danger, les mauvaises fréquentations, les personnes corrompues, et se cache. Quant aux simples, ils se disent : « Il ne se passera rien, je ne suis resté avec lui que cinq minutes, nous avons seulement discuté, nous avons juste bavardé » - et soudain, il devient son ami, soudain il se corrompt, soudain on ne le reconnaît plus. Dans la voie d'Hachem également, l'homme avisé voit le mal de loin et s'en écarte, tandis que le simple passe outre et en subit le châtiment.

Le Malbim : l'homme avisé n'est pas le sage

Le Malbim apporte une nuance précise : « aroum » (l'homme avisé) n'est pas « 'hakham » (le sage). Du fait que le verset emploie le terme « aroum » et non « 'hakham », la preuve est faite qu'il s'agit de deux notions distinctes. (Précisons au passage : « 'aroumim » avec un daguech signifie dénudés, sans vêtements, tandis que « 'aroumim » sans daguech provient de la racine de la prévoyance et de la finesse d'esprit.) Le sage connaît les lois de la sagesse et ses règles théoriques, mais l'homme avisé possède ce qu'on appelle une sagesse intuitive - en d'autres termes : l'intelligence de la vie, le bon sens pratique. Cette perspicacité l'aide à analyser la situation dans laquelle il se trouve et le chemin qu'il emprunte ; il pressent qu'un problème se profile plus loin et se montre prudent. « La sagesse de l'homme avisé est de discerner sa voie » - il pèse tout au trébuchet pour veiller à ne pas s'attirer d'ennuis à l'avenir.

Et si l'on se demande : cet homme est-il particulièrement habile, sage ou érudit ? La réponse est non ; il arrive même qu'il soit illettré et ne sache rien, mais il a le bon sens de la vie. Il sait décoder les situations, comprendre les périls et s'en préserver - c'est cela, être avisé. C'est pourquoi il voit le malheur et se met à l'abri, refusant d'aller vers un lieu dont l'issue sera néfaste. En revanche, les simples, qui sont l'opposé des avisés, ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ne se méfient nullement du mal à venir. Dès lors, ils « continuent » et « sont punis » : non seulement le malheur les rattrape et les frappe, mais de surcroît ils en subissent un châtiment : pourquoi n'as-tu pas fait attention ?

Un exemple concret

Prenons une illustration marquante : l'avalanche au Népal qui a enseveli une quarantaine de personnes, parmi lesquelles des Israéliens, qu'Hachem nous en préserve. Imaginons qu'un homme s'apprête à partir et qu'on lui dise : « Écoute, la météo risque d'être extrêmement capricieuse, il faut faire très attention ». L'homme avisé pressent le danger et se met à l'abri. Et que signifie « mais les simples continuent et sont punis » ? Remarquez qu'il y a deux aspects ici : d'une part, ils subissent le préjudice physique ; d'autre part, « mais votre sang, qui est votre vie, J'en demanderai compte ». Il ne s'agit pas de juger ces personnes en particulier, dont l'histoire exacte nous échappe, mais d'envisager une situation où l'on prévient quelqu'un qu'une tempête de neige est imminente, et qu'il part malgré tout. Il est alors frappé doublement : le premier dommage est d'être blessé ou de périr ; le second est d'être tenu pour responsable au Ciel comme s'il avait attenté à sa propre vie : pourquoi es-tu allé dans un tel endroit ? Pourquoi t'es-tu lancé dans une telle aventure ? Tu aurais dû être prudent. En plus du drame qui l'a frappé, il sera puni pour s'être engagé sans prêter attention à sa route.

En conclusion :

« L'homme avisé voit le malheur et se cache, mais les simples continuent et sont punis » - au sens littéral : l'homme prévoyant discerne l'épreuve de loin et évite de s'y aventurer, tandis que le naïf s'y précipite, s'y retrouve piégé et en subit de surcroît le châtiment. Rabbénou Yona ajoute que la sagesse n'annule pas un décret divin, mais qu'elle enseigne à l'homme à ne pas forcer le destin, à l'instar de Kora'h, mais plutôt à s'effacer devant les circonstances, comme Rav Yossef, et à croire fermement que tout ce que fait le Miséricordieux est pour le bien. Le Gaon de Vilna enseigne qu'« il y a tel qui périt faute de jugement » lorsqu'un individu se trouve au sein d'une collectivité frappée par un décret de malheur ; c'est pourquoi il faut courber le dos et se préserver - cache-toi, et dans le service divin, fuis comme une gazelle la mauvaise compagnie et l'assemblée des railleurs. Enfin, le Malbim révèle qu'il n'est nul besoin d'être un grand Talmid 'Hakham pour cela : un simple bon sens pratique suffit pour analyser la situation, peser ses pas avec justesse et se prémunir du danger futur. Quant à celui qui néglige cette vigilance, il subit une double peine : le coup lui-même, et le châtiment pour son insouciance.