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Chapitre 21 - Le cœur du roi dans la main d'Hachem - 15e partie

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Introduction : Conclusion du chapitre - Vérité, tradition et Providence

À la fin du chapitre 21, le roi Salomon aborde la question la plus fondamentale : qu'est-ce qui perdure dans ce monde et qu'est-ce qui disparaît ? Celui qui porte un faux témoignage est voué à périr, tandis que celui qui transmet une tradition véridique voit ses paroles subsister à jamais. De là, le chapitre se poursuit avec l'impie qui fait preuve d'effronterie face à la vérité, pour aboutir à la grandiose conclusion : toute la sagesse, l'intelligence et le dessein de l'homme ne peuvent rien contre la volonté du Créateur, car « le salut appartient à Hachem ».

« Le faux témoin périra » - Le mensonge gravé dans les esprits
עֵד־כְּזָבִים יֹאבֵד וְאִישׁ שׁוֹמֵעַ לָנֶצַח יְדַבֵּר׃ (כ"א, כח) - Le faux témoin périra, mais l'homme qui sait écouter parlera à jamais.

Commençons d'abord par le côté pratique, par la réalité qui nous entoure. Trumpeldor - quelles ont été ses dernières paroles ? « Il est bon de mourir pour notre patrie ». Or, il s'agit d'une pure invention. Des chercheurs ont déjà établi, d'après les témoins présents à ses côtés, que sa dernière phrase n'était autre qu'un juron en russe. Comme cela ne sonnait pas très bien, on lui a attribué ce « il est bon de mourir pour notre patrie », qui semblait bien plus noble. Ce mythe a été brisé depuis longtemps par les historiens ayant examiné les faits - mais il est resté ancré. Le témoin est mort depuis longtemps et a payé le prix de son faux témoignage, mais l'histoire a pris. « Comment, tu ne sais pas que Trumpeldor a dit cela ? »

Sans même parler du fait que cette formule est hérétique et contraire à l'esprit du judaïsme. Bon de mourir ? Il n'est jamais bon de mourir - « Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres de l'Éternel ». Et quant à mourir « pour notre patrie » : la terre fait-elle donc partie des trois péchés cardinaux pour lesquels l'homme doit se laisser tuer plutôt que de transgresser (Yéhareg vé'al ya'avor) ? L'idolâtrie, l'immoralité et le meurtre - mais la patrie ? Quelle est donc cette nouvelle Torah ? Cette phrase est fausse de bout en bout. Ils auraient au moins pu lui inventer une phrase correcte ! Mais le mythe demeure : ce que l'on répète s'imprime dans la conscience collective, et allez ensuite le réfuter, allez prouver que vous n'avez pas de sœur.

Et il en va ainsi dans tous les domaines. Pendant des années, une rumeur a circulé selon laquelle la mère de Shimon Pérès était arabe, ou que la fille de Shulamit Aloni avait fait téchouva - « c'est bien connu et notoire ». Or, ni l'un ni l'autre n'est vrai. Mais répétez un mensonge suffisamment de fois, et il s'enracinera profondément ; essayez ensuite de prouver le contraire - qui voudra écouter, qui voudra l'admettre ?

C'est également le cas du mensonge « connu de tous » selon lequel l'État distribuerait aux orthodoxes des appartements pour quatre cent mille shekels. Si seulement on savait où se trouvent ces logements ! Même à six cent mille, il n'y en a pas. Qu'on nous les montre, nous sommes preneurs ! De même pour l'affirmation selon laquelle « un avrekh gagne plus qu'un étudiant » : l'État subventionne un étudiant à hauteur de plus de cinq mille shekels, tandis qu'un avrekh reçoit de l'État moins de quatre cents shekels. Mais « j'ai ma théorie, ne venez pas m'embêter avec les faits ». C'est là tout le sens du « faux témoin » : l'individu et son témoignage finissent par disparaître, le faux témoignage est réfuté, l'homme meurt - tandis que « l'homme qui sait écouter parlera à jamais » : ce qui s'est gravé dans l'esprit des auditeurs perdure avec eux, et c'est une chose extrêmement difficile à déraciner.

L'explication du Malbim : Véritable tradition contre fausse tradition

Le Malbim explique que ce verset traite de la transmission et de la tradition (Massora) de génération en génération, touchant aux mitsvot, aux croyances et aux conceptions fondamentales. Celui qui témoigne de faits authentiques et reçus, transmis au sein du peuple d'Israël de génération en génération, voit ses paroles s'établir pour l'éternité. Mais parfois, un individu désire témoigner de ce qu'il n'a point entendu, et inculquer au public ses propres croyances, opinions et conceptions forgées de toutes pièces - « le faux témoin périra ». Et pourquoi ? Par la Providence divine (Hachgaha), qui veut que la vérité triomphe et que le mensonge se dissipe comme de la fumée. On ne peut fabriquer une histoire, forger une légende et faire en sorte que tout le monde y souscrive durablement si elle ne repose sur aucune vérité.

« Mais l'homme qui sait écouter parlera à jamais » : lorsqu'une chose est reçue par transmission orale, et que cette tradition provient de fondements et de sources fidèles, elle perdurera à jamais. Nous sommes à telle et telle génération depuis le don de la Torah au mont Sinaï, et ce que nous transmettons provient directement de la Révélation sinaïtique - c'est là une tradition authentique. L'Histoire en apporte la preuve : combien de croyances, d'idéologies, de cultes idolâtres et de mythologies se sont évanouis en fumée ? Bel, la divinité de Babylone - que reste-t-il de lui ? Une marque de montres, tout au plus. Où sont passées toutes ces idoles qui comptaient des myriades d'adeptes : Kémosh, le Baal et tant d'autres cultes ? Il n'en reste rien, et où sont toutes ces puissantes nations ? En revanche, le peuple d'Israël chemine depuis trois mille trois cents ans avec sa foi et sa Torah ; la vie de la Torah s'épanouit, rayonne et palpite avec toute sa vigueur, car il s'agit d'une tradition véritable, et des pères ne transmettent pas le mensonge à leurs enfants.

« L'homme impie prend un air effronté » - L'audace comme substitut à la vérité
הֵעֵז אִישׁ רָשָׁע בְּפָנָיו וְיָשָׁר הוּא יָבִין דַּרְכּוֹ׃ (כ"א, כט) - L'homme impie montre de l'effronterie sur son visage, mais l'homme droit discerne sa voie (21, 29).

Le Malbim relie ce verset au précédent. Vous venez transmettre votre tradition - une tradition de vérité, le mont Sinaï, le don de la Torah - et voilà qu'un homme impie vient vous affronter avec insolence, s'enhardissant à prétendre que rien de tout cela n'est vrai. Et pourquoi ose-t-il précisément ici ? Parce qu'une chose vérifiable en laboratoire ne laisse aucune place à l'effronterie ; quelqu'un oserait-il contester avec aplomb que « deux et deux font quatre » ? Mais ici, il s'agit d'une transmission par tradition, reçue de père en fils jusqu'à la révélation du mont Sinaï ; c'est pourquoi les impies qui osent effrontément nier la tradition sont loin d'être rares.

« Mais l'homme droit discerne sa voie » - l'homme intègre par nature ne se laisse pas impressionner par l'insolence du méchant. Grâce à la largeur de son discernement, il sait quelle est la voie de la vérité et peut trancher face à tous les détracteurs par la force de l'intelligence, du bon sens et de la logique droite ; il observe et comprend que les propos de l'impie ne proviennent que de son propre cœur et de ses désirs, et qu'ils sont dénués de toute vérité et de toute consistance.

Rabbénou Yona : le cri qui masque le mensonge

Rabbénou Yona rattache lui aussi ce verset à « Le faux témoin périra », et y relève une remarque particulièrement intéressante, que les enquêteurs de police connaissent bien. Comment le faux témoin tente-t-il de convaincre ? Par l'effronterie. Car lorsqu'un homme ment, des signes le trahissent : le langage corporel, se gratter le nez, des gestes révélateurs ; il vous regarde mais pas dans les yeux - on l'interroge et il répond « oui, bien sûr », tout en détournant le regard. Il y a aussi le degré d'assurance avec lequel les mots sont prononcés : il existe un « oui » timide qui signifie en réalité « non ».

Et puisque le menteur sait qu'on peut le démasquer, il adopte exactement le comportement inverse : il affirme son mensonge avec insolence et fermeté, afin de lui donner l'apparence d'une vérité absolue. Cette audace et cette véhémence visent à court-circuiter vos mécanismes de détection du mensonge. C'est là le sens de « L'homme impie montre de l'effronterie sur son visage » - c'est ce même faux témoin qui parle avec aplomb, car il est dans la nature humaine d'avoir honte et de rougir quand on ment, et lui prend un air encore plus dur pour ne pas être percé à jour.

« Mais l'homme droit discerne sa voie » - l'homme intègre ne cesse de vérifier et ne se laisse pas impressionner par ce front d'airain ; il enquête et approfondit jusqu'à découvrir la vérité. En effet, il sait lui aussi que « L'homme impie montre de l'effronterie sur son visage », et il en connaît les techniques et les subterfuges. Bien plus encore, explique Rabbénou Yona : c'est peut-être précisément par cette attitude qu'il reconnaîtra le mensonge, car de peur d'être contredit, le menteur fait preuve d'une assurance bien plus exagérée que ceux qui disent la vérité. Quand une personne est sincère, on sent qu'elle parle avec cœur ; mais lorsqu'elle cherche à mentir, elle s'efforce de le faire d'une manière un peu trop zélée. C'en est presque trop, et cela éveille immédiatement le soupçon.

Comme on le dit souvent : quand on manque de preuves, on se met à crier. Si vous aviez des preuves, vous resteriez calme et serein pour les exposer, car on ne discute pas contre les faits ; mais quand les arguments ne sont pas convaincants, on tente de persuader par d'autres moyens. On le voit très clairement chez les enfants : ils ne sont pas encore de bons acteurs et leur visage les trahit facilement quand ils mentent, mais ils connaissent déjà la technique. On demande à l'enfant : « L'as-tu apporté ? » et il répond avec véhémence : « Oui, je l'ai apporté, mais si, je l'ai apporté ! » - et c'est justement cette fougue excessive qui trahit le fait qu'il ne l'a pas apporté.

Un autre indice révélateur : la répétition. Quand on dit la vérité, une seule fois suffit ; quand il s'agit d'un mensonge, on répète encore et encore, pensant que la répétition finira par convaincre. Il y a là aussi une forme d'autosuggestion - il s'efforce de s'en persuader lui-même : « Oui, je l'ai fait, bien sûr que je l'ai fait, je t'assure que je l'ai fait ! », et il le répétera huit fois - précisément parce qu'il ne l'a pas fait. Mais l'homme droit comprend sa voie : il possède assez de perspicacité pour discerner s'il s'agit d'une vérité ou d'un mensonge.

Le Gaon de Vilna : l'audace face au Créateur

Le Gaon de Vilna explique : « L'homme impie montre de l'effronterie sur son visage » - l'impie se montre impudent et n'éprouve nulle honte, car le propre du juste est la pudeur et la retenue, tandis que l'impudence caractérise le méchant. Autre explication : l'impie brave son Créateur et commet des fautes par provocation délibérée - car en toute circonstance et en chaque action, l'homme se tient devant le Saint, béni soit-Il. Et pour ces transgressions, l'effronterie et l'orgueil, nous trouvons qu'une expiation était requise par les vêtements sacerdotaux : la tiare et la lame d'or (Tsits), qui expiaient respectivement l'orgueil et l'impudence. En contrepartie, « l'homme droit discerne sa voie » : il comprend quel est le droit chemin à suivre et se conduit avec modestie et humilité, sans la moindre effronterie.

« Il n'y a ni sagesse ni intelligence » - les limites de la raison humaine
אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד יְהֹוָה׃ (כ"א, ל) - Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre l'Éternel.

Rabbenou Yona rattache ce verset à ce qui a été dit plus haut : « Le sage est monté dans une ville de héros » - le sage a conquis une ville forte grâce à sa sagesse. Le verset vient nous enseigner à ce sujet : sache qu'il n'y a point de sagesse contre Hachem. Si la chose s'oppose à la volonté du Créateur, béni soit-Il, toute ta sagesse ne te permettra ni de gravir une ville de guerriers, ni d'accomplir quoi que ce soit. La sagesse, le discernement et le conseil n'ont aucun pouvoir d'annuler les décrets, comme il est écrit : « Si Hachem ne bâtit la maison, en vain peinent ceux qui la construisent ; si Hachem ne garde la ville, en vain veille la sentinelle ».

Et si l'on demande : n'est-il pas écrit que le sage « abat la force qui faisait sa confiance » et qu'il est monté dans une ville de héros - preuve que la sagesse est utile ? La réponse est : ne vous y trompez pas. Le mérite et la victoire sont acheminés par l'intermédiaire de la sagesse, mais non par le pouvoir propre de la sagesse. Le Saint, béni soit-Il, veut que la chose s'accomplisse et fait en sorte que votre réussite découle de votre sagesse - tout comme Il fait parfois provenir la victoire de la bravoure physique. Mais dès lors que la chose est contraire à la volonté d'Hachem, ni sagesse, ni force, ni quoi que ce soit d'autre ne pourront servir.

Le Gaon de Vilna explique que le mot « conseil » désigne ici le Da'at, la connaissance appliquée, tandis que le sens de la sagesse et du discernement est bien connu : la sagesse est ce que l'homme reçoit par tradition, et le discernement est la déduction d'une chose à partir d'une autre. Et le Gaon ajoute : même pour celui qui réunit ces trois vertus, ces trois niveaux suprêmes de réflexion, de profondeur d'analyse et de jugement au-delà desquels il n'y a rien - si la chose n'est pas conforme à la volonté d'Hachem, rien ne lui servira. « Mais je veux assurer ma subsistance ! » - « Le pain n'appartient pas aux sages ». « Mais je suis extrêmement intelligent ! » - cela ne changera rien.

On a déjà évoqué l'histoire de ce professeur de calcul qui, faisant un jour son marché, rencontra l'un de ses élèves les plus limités d'il y a vingt ans, devenu aujourd'hui propriétaire d'un stand très prospère. « Bonjour Danny, comment vas-tu ? » « Baroukh Hachem, j'ai plusieurs étals, trois villas, des biens immobiliers par-ci et par-là », et il roule dans une BMW flambant neuve. Le professeur, qui vit de son salaire de l'Éducation nationale, l'écoute et lui dit : « Danny, je me souviens de toi en classe, tu ne savais même pas faire quatre plus quatre... Comment as-tu pu amasser une telle fortune ? » Il lui répond : « Monsieur le professeur, au marché, il n'y a pas besoin de trop réfléchir. J'achète une caisse de légumes pour dix shekels, je la revends pour cinquante, et j'ai mes dix pour cent de bénéfice, cela me suffit ! » Pas besoin d'une grande sagesse. En réalité, s'il a été décrété pour lui de gagner sa vie, il réussira. C'est en fin de compte la volonté divine qui s'accomplit, et non pas nécessairement les prévisions de notre sagesse ou de notre intelligence.

Autre explication du Gaon de Vilna : « Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre l'Éternel » fait écho à l'enseignement de nos Sages selon lequel « on ne ménage pas l'honneur d'un maître lorsqu'il s'agit de l'honneur du Ciel ». Quand l'honneur divin est en jeu, on ne peut pas dire « respectons le Rav » à un moment où l'honneur d'Hachem est bafoué. « Mais c'est un sage, il faut honorer le sage ! » - point de sagesse : on ne tient aucun compte de la sagesse humaine dès lors qu'il s'agit d'une atteinte à l'honneur du Créateur, béni soit-Il.

Et une troisième explication : toute la sagesse, l'intelligence et le conseil que l'on pourrait réunir, que sont-ils en comparaison de la sagesse d'Hachem ? Un néant absolu. Rassemblez l'intégralité du savoir humain : que vaut-il devant Sa sagesse ? Plus les hommes de science approfondissent leurs recherches, plus ils restent ébahis devant leur petitesse face à l'intelligence divine. Quelle sagesse extraordinaire dans une simple cellule d'ADN, et dans chaque détail observable de la création ! Plus l'homme scrute et approfondit, plus il prend conscience de ses limites et découvre combien les rouages du monde sont infiniment plus profonds qu'il ne le pensait.

Le Ralbag : « Devant Hachem » - se tenir en Sa présence

Le Ralbag propose un commentaire original : « lénégued » ne signifie pas ici « contre » la volonté divine, mais « devant », « face à ». C'est-à-dire que celui qui s'attache à Hachem et se tient en Sa présence n'a besoin ni de sagesse, ni d'intelligence, ni de stratagèmes pour que ses souhaits se réalisent, car le Saint, béni soit-Il, aplanit ses voies et dispose tout en sa faveur. C'est le sens de « Décharge ton fardeau sur Hachem et Il te soutiendra » : si vous vous tenez face à Hachem en reconnaissant que vous n'êtes rien et que vous remettez toute votre charge au Maître du monde, nul besoin de sagesse, d'intelligence ou de calculs ; le Saint, béni soit-Il, prendra soin de vous, vous êtes entre de bonnes mains.

« Le cheval est préparé pour le jour du combat » - effort humain et délivrance divine
סוּס מוּכָן לְיוֹם מִלְחָמָה וְלַיהֹוָה הַתְּשׁוּעָה׃ (כ"א, לא) - Le cheval est équipé pour le jour du combat, mais c'est à l'Éternel qu'appartient le salut.

Le Malbim relie ces deux derniers versets. Certes, le libre arbitre a été confié à l'homme et, dans sa sphère individuelle, s'il choisit le bien, il réussira dans la voie choisie grâce à sa préparation et à son assiduité. Le Saint, béni soit-Il, a accordé à l'homme la faculté d'agir et de parvenir au succès, faute de quoi il ne pourrait vivre, subsister ni rien entreprendre, puisque ses actes demeureraient sans effet. Mais dans les décrets fixés par la Providence, et en particulier dans les affaires générales touchant les nations et les empires - bien que l'effort humain soit nécessaire -, sachez qu'en fin de compte, seul le dessein d'Hachem s'accomplira.

En termes simples : s'il n'y a pas d'opposition d'En haut, l'effort personnel portera ses fruits, et l'on a le devoir de s'efforcer - c'est pourquoi « le cheval est préparé pour le jour de la bataille ». Ne dis pas : « Hachem est un homme de guerre et Il vaincra », car cela ne te dispense aucunement de préparer le cheval pour le jour du combat. Et malgré tout, il faut savoir que Celui qui tranche en fin de compte l'issue de la bataille, victoire ou défaite, c'est le dessein d'Hachem qui s'accomplira, et aucun effort démesuré à l'encontre de la volonté divine ne servira à quoi que ce soit.

Le Malbim détaille ici les trois facultés par lesquelles l'homme réussit selon les lois de la nature : la première est la sagesse, lorsqu'il a reçu de ses maîtres une ligne de conduite droite et qu'il agit convenablement. La seconde est le discernement, la capacité de déduire une chose d'une autre, de tirer les leçons d'expériences passées et de déterminer ainsi la conduite appropriée. La troisième est le conseil, qui représente la perfection de la faculté d'imagination et d'anticipation. À quoi cela ressemble-t-il ? À un joueur d'échecs émérite. Quel est le meilleur joueur d'échecs ? Celui qui sait calculer le plus grand nombre de coups d'avance : je déplace le fou, tu avances le pion, puis ceci et cela, et au quarante-sixième coup, échec et mat. Et pourquoi l'ordinateur gagne-t-il la plupart du temps ? Parce que ses capacités de calcul sont quasi illimitées. L'homme de conseil est celui qui sait observer et calculer : si je réagis ainsi, il réagira de cette façon, alors je dirai ceci, et il adviendra cela.

Malgré tout, quand bien même ces trois atouts se trouveraient réunis en toi - sagesse, discernement et conseil -, si le projet va à l'encontre d'Hachem, rien ne saurait t'aider à modifier ce qui a été décrété et scellé par Dieu. Regarde : « Le cheval est préparé pour le jour de la bataille ». À cette époque, le cheval constituait l'arme de guerre maîtresse ; aujourd'hui, nous parlerions de chars, d'avions et de missiles. Tout est prêt, et pourtant « mais le salut appartient à Hachem ». Et puisque la guerre décide de la grandeur ou du déclin d'un État, du succès ou de la chute d'un peuple, il s'agit là d'enjeux relevant de la Providence, et les affaires collectives font l'objet d'une vigilance divine toute particulière. C'est en ce sens que nous disons : « Le cœur des rois et des ministres est entre les mains d'Hachem » : puisqu'il s'agit d'une Providence générale touchant au destin de toute une nation, le Saint, béni soit-Il, dirige aussi bien le roi que ses ministres.

Il convient de se remémorer le livre des Juges : Sissera disposait de six cents chars de fer, et le peuple d'Israël ? « Et Barak fut envoyé à pied » - il n'avait même pas un véhicule, même pas un taxi pour le mener au champ de bataille ! Et quelle fut l'issue ? « Le torrent de Kichon les a emportés, le torrent des temps antiques ». On voit bien qu'on peut avoir un cheval préparé pour le jour du combat, mais si les desseins du Saint, béni soit-Il, sont différents, rien n'y fera. Les moyens naturels sont utiles là où aucun décret n'a été tranché ; mais lorsqu'un décret a été prononcé, on pourrait déployer toutes les ressources du monde qu'elles ne serviraient à rien. Et nous savons combien de fois le petit nombre l'a emporté sur la multitude ; l'histoire en regorge, tout particulièrement celle du peuple juif.

Rabbénou Yona développe la même idée. Le Gaon de Vilna précise : « Le cheval est préparé pour le jour de la bataille » - à cette époque, le cheval était le cœur de la force militaire, et il est particulièrement efficace au combat ; et pourtant, « le cheval est trompeur pour le salut, et toute sa puissance ne saurait sauver », car c'est à Hachem qu'appartient la délivrance ; tout provient de Lui. Le Ralbag explique quant à lui que le cheval est préparé pour le combat afin de poursuivre l'ennemi et de le terrasser, mais le salut véritable ne vient que d'Hachem.

La conclusion pratique : ne pas forcer la volonté céleste

Le verset vient ainsi nous enseigner qu'aucun effort ni aucune tentative ne peuvent annuler un décret d'Hachem, et que ce qui est exigé de l'homme, c'est d'effacer son avis et sa volonté devant la volonté d'Hachem, béni soit-Il. C'est pourquoi, lorsque nous prions et lorsque nous agissons, nous ne devons jamais chercher à forcer la volonté divine. Même si l'on y parvenait parfois, il ne pourrait en découler que des tourments. Quelqu'un qui insiste sans cesse pour obtenir ce qu'il réclame risque fort de voir cet exaucement se révéler destructeur et néfaste pour lui.

Le mieux pour l'homme est donc de dire : « Maître du monde, je Te prie et Te demande telle chose ; si cela est pour mon bien, de grâce, Hachem, comble mon désir et accorde-moi ma requête. Mais si cela doit me nuire, je ne souhaite pas que mon désir soit exaucé. » Dans les domaines spirituels, il convient de supplier sans relâche ; mais dans les affaires matérielles, nul ne peut savoir ce qui est véritablement bon pour lui. Prie donc ainsi : « Maître du monde, si cela m'est destiné, fais que cela m'arrive avec facilité. Car je sais que le salut appartient à Hachem, je sais qu'il n'y a ni sagesse, ni discernement, ni conseil contre Hachem, et je ne désire rien obtenir à l'encontre de Sa volonté, mais uniquement selon Son bon vouloir - c'est ainsi que j'obtiendrai un salut véritable et durable. »

En conclusion :

La fin de ce chapitre forme une trame continue : le mensonge n'a aucune pérennité - « le faux témoin périra » - et seule la parole de vérité reçue de génération en génération « s'exprimera à jamais ». L'impie qui durcit son front face à la vérité se trahit précisément par son impudence et ses éclats, tandis que l'homme droit discerne la réalité avec sagacité sans se laisser impressionner. Et par-dessus tout : aucune sagesse, aucun discernement ni aucun conseil au monde ne sauraient tenir tête à la volonté du Créateur, et quiconque s'en remet à Sa divine présence verra ses voies affermies. Nous avons le devoir de préparer le cheval pour le jour de la bataille, de fournir un effort complet, tout en sachant dans le même temps que « c'est à Hachem qu'appartient le salut » - en ne demandant que ce qui est véritablement Sa volonté et pour notre bien.

Versets étudiés dans ce cours : Proverbes 21, 28 - 31.