Dans ce cours, nous aborderons deux versets du chapitre 21 des Proverbes, dont chacun touche à un fondement majeur du service divin et du savoir-vivre (derekh érets) : le premier verset traite du sacrifice et de la prière des impies - de l'homme qui tente d'apaiser son Créateur sans changer de conduite ; et le second verset traite du pouvoir de la parole - de la différence entre le « faux témoin » et « l'homme qui écoute », celui qui réfléchit avant d'ouvrir la bouche.
זֶבַח רְשָׁעִים תּוֹעֵבָה אַף כִּי בְזִמָּה יְבִיאֶנּוּ׃ (כ"א, כז) - Le sacrifice des impies est une abomination, d'autant plus s'il l'apporte avec une intention coupable. (21, 27)
Le Gaon de Vilna explique : l'essence même du sacrifice réside dans le fait que l'homme brise son orgueil et son esprit. L'essentiel du sacrifice est l'humilité, le repentir et la prise de conscience de s'être égaré - je reviens vers Hachem, je regrette mes mauvaises actions et je veux emprunter un nouveau chemin. Mais les impies ne reviennent nullement vers Hachem ; ils veulent simplement éviter le châtiment, et c'est pourquoi ils vont offrir un sacrifice. C'est à ce sujet que le verset affirme que leur sacrifice est une abomination : pourquoi as-tu apporté une offrande ? Tu ne fais pourtant pas téchouva, tu n'éprouves aucun regret ! « D'autant plus s'il l'apporte avec une intention coupable » - à plus forte raison si le sacrifice provient d'une transgression, s'il a été volé ou obtenu de manière illicite.
Et le Gaon de Vilna applique également ce principe à la prière, qui remplace les sacrifices - « En guise de taureaux, nous t'offrons l'hommage de nos lèvres ». La prière des impies est une abomination, car ils ne soumettent nullement leur esprit. Et à plus forte raison « s'il l'apporte avec une intention coupable » - lorsque la prière elle-même est envahie de pensées étrangères et de motivations d'orgueil et de vanité : l'homme prie pour que le Saint, béni soit-Il, lui accorde d'être nommé président, qu'on le nomme, qu'on le glorifie, qu'on l'élève - toute sa prière ne tourne qu'autour de cela.
Et combien les hommes peuvent être dénués de bon sens ! On rapporte qu'un président élu témoigna sur lui-même - un témoignage indiscutable, selon lui ! - qu'il était un homme humble, humble par nature, et qu'il n'existait que peu de personnes aussi modestes que lui. Il ajouta même : si j'ai lutté avec tant d'acharnement pour accéder à la présidence, ce n'était que par modestie et humilité, car que m'importe la présidence ? Qui suis-je donc ? Mais les gens m'ont poussé, affirmant qu'un homme humble comme moi devait impérativement occuper cette fonction ; alors, à contrecœur, j'ai fait tous les efforts pour y parvenir - et tout cela par pure humilité ! À quel point un être humain peut-il être déconnecté de la réalité sans même comprendre ce qu'il dit !
Cela évoque cette anecdote bien connue au sujet du Rambam (Maïmonide), qui affirmait qu'un non-juif ne peut acquérir de véritables vertus parfaites - « Si l'on te dit qu'il y a de la sagesse parmi les nations, crois-le », mais s'agissant d'une Torah qui transforme les traits de caractère de l'homme, ne le crois point. On lui objecta : il existe un bédouin vivant dans le désert, humble à un degré inimaginable. Le Rambam décida d'aller à sa rencontre, séjourna chez lui quelques jours et ne trouva effectivement aucun défaut ni aucune faille chez lui : une humilité en apparence authentique et parfaite. Au moment de prendre congé, le Rambam lui dit : j'ai une question difficile à vous poser, une interrogation qui me trouble profondément. Le bédouin répondit : je vous en prie, posez votre question. Le Rambam poursuivit : il est pourtant écrit « Or, cet homme, Moïse, était très humble, plus qu'aucun homme sur la face de la terre », or en vous observant, comment pareille affirmation est-elle possible ? Vous êtes la plus grande réfutation de ce verset, vous êtes plus humble que Moïse ! Le bédouin lui répondit : pour être tout à fait honnête, voilà bien longtemps que je me débats moi-même avec cette question... Le Rambam le remercia et prit congé. Tout était clair : voilà de quelle « humilité » il s'agissait ! Cet homme s'interrogeait depuis longtemps sur la manière dont on pouvait qualifier Moché de plus humble des hommes, alors que lui-même s'estimait encore plus modeste que lui ! Les hommes sont parfois totalement déconnectés et ne saisissent pas le sens de leurs propres paroles.
Pour en revenir à notre sujet : le b.a.-ba de la prière est de se présenter les mains vides - de reconnaître : je ne possède rien, je dépends entièrement de Toi, Maître du monde, « un cœur brisé et contrit, ô Dieu, Tu ne le méprises point ». Celui qui s'approche avec orgueil n'accomplit à l'évidence aucune véritable prière.
Rachi explique ainsi « d'autant plus s'il l'apporte avec une intention coupable » (bezima) : à plus forte raison lorsqu'il offre un sacrifice par machination (mézima), avec un dessein malveillant. C'est exactement le cas des sacrifices de Bil'am et de Balak, dont l'unique but était de maudire Israël et de lui nuire ; c'est pourquoi ils constituent, à plus forte raison, une abomination devant Hachem, béni soit-Il.
Le Ralbag explique que lorsque les impies apportent un sacrifice à Hachem béni soit-Il, cela Lui est en abomination, car ils ne visent ni ce que veut Hachem, ni le sens profond du sacrifice lui-même. Et même lorsqu'il apporte un sacrifice pour une faute, au même moment, il demeure encore dans son péché ; il ressemble alors à celui qui s'immerge au mikvé tout en tenant un reptile impur dans sa main. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : « Qu'ai-je besoin de la multitude de vos sacrifices ? dit Hachem ».
Que s'imagine-t-on ? Que le Saint, béni soit-Il, est comme un prêtre ? On vient le trouver, on dépose une somme d'argent, et il vous répond : « C'est pardonné, c'est pardonné ! Combien vous dois-je, monsieur le curé ? Cent shekels. J'ai un billet de deux cents. Ce n'est rien, répond le prêtre, cela couvrira aussi la semaine prochaine ; continuez à commettre des fautes, je vous ai accordé une absolution générale et même une semaine d'avance, tout est réglé ! » Est-ce là ce qu'Hachem attend de vous ? Le Saint, béni soit-Il, demande-t-Il que l'on apporte un sacrifice pour pouvoir continuer à pécher ?
Certains viennent à la synagogue pour Roch Hachana et Yom Kippour, achètent l'ouverture de l'Arche, achètent la sortie du Sefer Torah, achètent Kol Nidré. Pourquoi ? Ils ont de l'argent, parfois issu de trafics louches ou de la pègre. Un tel homme se présente devant le Maître du monde et Lui dit : « Tu as reçu Ta part, maintenant laisse-moi tranquille, je vais continuer à faire ce qui me chante. » Sans même entrer dans la question de savoir s'il est permis d'accepter cet argent et quelles en sont les sources, pourquoi s'imaginer que cet argent va apaiser le Maître du monde pour pouvoir persévérer dans le mal ? Le Saint, béni soit-Il, répond : « Ce sacrifice que tu M'apportes est une abomination à Mes yeux. Ce qui M'importe, c'est que tu améliores ta conduite. »
On voit souvent ce phénomène, particulièrement chez certains pseudo-faiseurs de miracles : quelqu'un arrive et se plaint : « Monsieur le Rabbin, nous avons des malheurs dans notre immeuble, il y a des problèmes. » On lui répond : « Apporte un coq, nous l'égorgerons tel jour à telle heure, nous te ferons un tiqoun, cela fera 1 200 shekels, payables en plusieurs fois, arrangez-vous avec le secrétaire dehors. » Bref, tout se résume à de l'argent et à des sacrifices, et l'affaire est classée. Pourtant, si une épreuve survient, elle a une raison d'être ; le Saint, béni soit-Il, exige un changement intérieur ! Lui a-t-on parlé du respect du Chabbat ? Des lois de la pureté familiale ? De l'éducation des enfants ? De la tsniout ? Rien du tout. Pas besoin : un coq règle tous les problèmes ! On décharge toutes les fautes sur la tête du volatile, on l'expédie au loin, et vous voilà purifié - vous pouvez continuer vos abominations ! C'est précisément à ce sujet qu'il est dit : « Le sacrifice des impies est une abomination » : le Saint, béni soit-Il, n'a que faire d'un sacrifice offert alors que celui qui l'apporte ne s'est nullement purifié de sa faute et compte bien y persister. C'est l'archétype de celui qui s'immerge avec un reptile impur dans la main.
Le Metsoudat David explique les mots « d'autant plus s'il l'apporte avec une intention coupable » : l'homme apporte parfois son sacrifice avec une pensée perverse, pour duper son entourage. Il offre un sacrifice pour se faire passer pour un tsaddik, pour donner l'impression d'être honnête et intègre : « Ne me regardez pas ainsi, voyez plutôt, j'apporte des sacrifices, je suis un homme droit et respectable ! » Tout cela n'est qu'une imposture destinée au public. Ainsi, selon la première explication, l'homme cherche à apaiser Hachem afin de pouvoir continuer à pécher ; selon le Metsoudat David, c'est pour séduire l'opinion publique : il offre un sacrifice et se donne des allures de saint homme, alors que son offrande n'est nullement sincère ni destinée à faire plaisir à Hachem, mais uniquement à tromper les hommes. C'est cela l'« intention perverse » : il nourrit un sombre dessein en apportant son sacrifice.
Le Malbim explique que le sacrifice apporté par les impies, même lorsqu'il est offert de tout cœur, reste une abomination tant qu'ils n'ont pas fait téchouva. À quoi cela ressemble-t-il ? À un ennemi du roi qui vient lui présenter un cadeau. Le roi l'agréera-t-il ? Certes non ! Le souverain ne veut même pas le voir, il ne peut le supporter et le déteste ; même si l'ennemi apporte ce présent de tout son cœur, le roi le jettera aux ordures en disant : « Cet homme est mon ennemi, je ne veux rien recevoir de lui ! »
« D'autant plus s'il l'apporte avec une intention coupable » : à plus forte raison lorsque cet ennemi n'offre pas son présent avec sincérité, mais avec calcul et duplicité. Au moment même de présenter son offrande, il est animé par de mauvaises pensées et trame un complot ; ce n'est qu'un stratagème, une ruse malveillante. Si le roi refuse le don de son ennemi même quand celui-ci semble bien intentionné, à plus forte raison lorsqu'il sait qu'il agit par pur intérêt personnel, en cherchant à obtenir un avantage : il s'agit d'une machination dont la finalité est mauvaise. Il est évident que le roi la rejettera sans ménagement.
עֵד־כְּזָבִים יֹאבֵד וְאִישׁ שׁוֹמֵעַ לָנֶצַח יְדַבֵּר׃ (כ"א, כח) - Le faux témoin périra, mais l'homme qui sait écouter parlera pour toujours. (21, 28)
« Le témoin mensonger » ('ed kezavim) est un faux témoin. Ibn Ezra explique : l'homme qui entend parler de la perte du faux témoin répétera toujours aux autres que s'il a péri, c'est à cause de son mensonge. En d'autres termes, après la perte du faux témoin, celui qui l'a entendu en parlera sans cesse et dira : « Vous avez vu ? Il a porté un faux témoignage, et c'est pour cela qu'il lui est arrivé ceci et cela ». « Parlera sans cesse » (lenetsa'h yedaber) : il rappellera continuellement que c'est en raison de son mensonge que son souvenir s'est perdu.
Rabbenou Yona explique : un « témoin de mensonges » est une personne qui a pour habitude de toujours témoigner faussement ; chaque fois qu'il parle, on cherche où se trouve l'exagération, où est le mensonge, où est l'invention. Et le groupe des menteurs, comme cela a déjà été expliqué, fait partie des groupes les plus vils et les plus corrompus.
En revanche, « l'homme qui écoute » (ich chome'a) : Rabbenou Yona précise qu'il ne s'agit pas d'une simple ouïe physique, mais que « qui écoute » signifie prêter attention et réfléchir de tout son cœur, comme dans l'expression : « Parle, car Ton serviteur écoute », ou « Accorde à Ton serviteur un cœur attentif (qui écoute) » - un cœur qui médite, qui approfondit, qui comprend. De même : « Une nation dont tu n'entendras pas la langue » - est-ce à dire qu'on ne l'entend pas physiquement ? On entend toutes les langues, même le chinois, et même le chinois ancien ; mais « tu n'entendras pas » signifie en réalité « tu ne comprendras pas ».
Ainsi, « l'homme qui écoute » est un homme qui comprend les choses avec précision et discernement ; son écoute est donc exacte et parfaite. Et bien que la prolixité soit un défaut, celui qui analyse avec soin ce qu'il entend et rapporte les faits avec rigueur est à l'opposé de l'homme de mensonge. Chez le menteur, on cherche toujours où réside la tromperie ; tandis que « l'homme qui écoute » est un homme réfléchi. Il ne laisse pas échapper n'importe quelle parole de sa bouche, mais il fait attention à ce qu'il faut dire, au moment où il faut parler et à la mesure de ses propos - autant de choses qui exigent de la réflexion. Un tel homme « parlera à jamais » : même s'il voulait parler toute la journée, on l'écouterait toute la journée sans jamais se lasser de ses paroles, car il sait ce qu'il convient de dire et comment il convient de le dire. Et parfois, la plus grande intelligence consiste à savoir quand il convient de se taire.
On a déjà rapporté l'histoire du 'Hazon Ich à qui l'on demandait de protester contre une certaine affaire. Il répondit : « Je n'en ai pas la force ». On lui dit : « Si le Rav proteste, on l'écoutera, tout le monde obéit au Rav ». Le 'Hazon Ich leur dit alors : « Sais-tu pourquoi tu penses qu'on m'écoute ? Parce que je ne parle pas. Dès l'instant où je commencerai à parler sans cesse, qui m'écoutera encore ? »
Et combien cela est vrai ! S'il publiait chaque jour une décision halakhique, une mise en garde ou une déclaration publique - ceci est interdit, cela est très grave - les gens se diraient : « Ah, encore une lettre », et personne ne s'en émouvrait. En revanche, lorsqu'il a pris la parole une fois pour déclarer que la conscription des jeunes filles relevait du principe de « se faire tuer plutôt que de transgresser » (yéhareg vé'al ya'avor), le monde entier a tremblé et s'est ému. Ben Gourion en personne est venu au domicile du 'Hazon Ich pour voir qui était ce petit Juif vivant dans un modeste appartement délabré de Bné Brak, qui ne lui appartenait même pas, et qui était cet homme dont un seul mot mobilisait des centaines de milliers de personnes - ce que lui, Ben Gourion, ne réussissait pas à faire ; qui était ce Juif qui faisait trembler les royaumes. Pourquoi ? Parce qu'il savait quand parler et quand se taire, et lorsqu'il fallait parler, il parlait, et ses paroles laissaient alors une empreinte indélébile.
Il vaut mieux qu'un homme ne tienne pas de longs discours futiles pour ne dire qu'une seule fois une parole substantielle, plutôt que de parler abondamment en glissant au passage quelques propos utiles. Ne dites que ce qui est nécessaire : tel est « l'homme qui écoute ». Un homme avisé, qui sait discerner ce qu'il convient de dire et de taire, « parlera à jamais », on l'écoutera toujours, car les gens savent que ses propos sont justes et vérifiés, qu'il réfléchit avant de parler et qu'il n'invente rien. Remarquez que chez certaines personnes, dès qu'elles prennent la parole, on a immédiatement envie d'écouter ce qu'elles ont à dire ; tandis que chez d'autres, on n'éprouve aucune curiosité. Chez le premier, on sait que les paroles sont fondées, étayées et mesurées, qu'il choisit le moment opportun pour parler - et c'est pourquoi elles captivent ; quant au second, il brasse tout, le bon grain et l'ivraie confondus, sans prêter attention à ce qui sort de sa bouche. « Le témoin trompeur périra » - qui voudra encore lui prêter l'oreille et l'écouter ?
Le Gaon de Vilna explique ce verset à la lumière de l'enseignement mentionné plus haut : « Celui qui a étudié puis s'est écarté a tout perdu » - même la droiture du juste ne lui est pas rappelée lorsqu'il commet le mal. Et nous avons expliqué que lorsqu'un homme a servi Hachem puis, à une certaine étape, s'est détourné du droit chemin, s'il éprouve des regrets et renie ses actes passés en regrettant d'avoir accompli des mitsvot, même ses premiers mérites ne seront plus rappelés, et tous ses mérites ainsi que toutes les mitsvot accomplies tout au long de sa vie sont effacés.
Et que signifie « tromperies » (kezavim) ? Cela vient de l'expression « torrent trompeur » (na'hal akhzav). Les maîtres de la langue sainte ont précisé : akhzav désigne ce qui a existé puis s'est tari, par opposition à un lieu où il n'y a jamais eu de cours d'eau - un oued asséché ne s'appelle pas un « torrent trompeur », puisqu'il n'y a jamais eu de fleuve ; ce n'est que s'il y avait un cours d'eau qui s'est tari qu'on le qualifie de trompeur. De même ici, il s'agit d'un homme qui servait Hachem puis a fait défection, dont le service divin s'est interrompu, c'est-à-dire qu'il l'a regretté. « Le témoin trompeur périra » : il perdra tous les mérites qu'il a acquis, toutes ses vertus ne seront plus évoquées et tout sera effacé. En revanche, « l'homme qui écoute » désigne celui qui entend le reproche moral, l'accepte et corrige ses voies ; ses mitsvot resteront siennes à jamais : « il parlera à jamais », même dans le monde futur il s'entretiendra de paroles de Torah et ne défaillira plus jamais.
Autre explication : celui qui écoute et accepte les reproches et le moussar reçoit pour récompense que « לנצח ידבר » - au sens de la parole de nos Sages : « Il y a un seul dirigeant (dabar) par génération, et non deux ». Le terme « dabar » désigne un guide, de la racine évoquant la conduite et le gouvernement. Ainsi, en récompense d'avoir été un « homme qui écoute », Hakadoch Baroukh Hou veillera à ce qu'il demeure un dirigeant pour toujours.
Le Ralbag explique : « Le faux témoin périra » - l'homme qui vient colporter un mensonge, même s'il le répète de nombreuses fois, finira par s'arrêter à un certain stade, car il lui devient difficile de continuer. Il sait que ce n'est pas la vérité, il sait que cela ne correspond pas aux faits, et c'est pourquoi il ne le répétera pas sans fin. En revanche, celui qui l'a écouté continuera, lui, à le raconter encore et encore. Pourquoi ? Parce que l'auteur de la fable n'est pas serein avec son mensonge et sait qu'il est faux ; il ne l'a proféré que pour les besoins du moment et n'y reviendra plus. Mais celui qui l'a entendu a reçu cette histoire comme une certitude absolue, comme la vérité pure et simple, et il la répétera encore cinquante ans plus tard - persuadé qu'il en fut réellement ainsi, puisqu'il l'a entendu de ses propres oreilles.
C'est là le sens de « Le faux témoin périra » : son témoignage disparaîtra, car il cessera de le propager. Mais « l'homme qui écoute parlera à jamais » : celui qui a entendu ce récit continuera indéfiniment à le répéter, car de son point de vue, il ne fait que rapporter la vérité : « C'est ce que m'a dit Réouven ». Seulement, Réouven est un menteur, et lui ne le sait pas. Réouven lui-même s'est arrêté depuis longtemps de propager son mensonge, car au fond de lui, il sait qu'il s'agit d'une invention et craint d'être démasqué ; mais celui qui l'a écouté n'a aucun scrupule à continuer à le raconter continuellement.
Le Metsoudat David explique : « Le faux témoin périra » - même si le faux témoin n'a pas été confondu devant le tribunal et que l'on n'a pas décelé la fausseté de ses dires, il périra de toute manière par la main du Ciel. « Mais l'homme qui écoute parlera à jamais » - bien que le témoin ait péri sous le jugement divin, les paroles qu'il a proférées ne s'effacent pas des mémoires : celui qui a écouté son témoignage croira qu'il s'agit de la vérité et continuera à relayer cette invention sans fin.
Le Metsoudat David soulève ici un point fascinant et d'une grande justesse : les gens ont tendance à adopter des mythes, à les répéter et à les rabâcher, bien qu'ils soient totalement infondés, et même longtemps après avoir été réfutés - le mythe subsiste. Prenez par exemple l'affaire de Mohammed al-Dura, cet enfant palestinien prétendument tué par des tirs de Tsahal. Des enquêtes approfondies ont prouvé que l'enfant était encore en vie et n'avait pas été tué ; et ceux qui affirment le contraire ne possèdent aucune preuve que les soldats de Tsahal l'aient abattu. Bien au contraire, les expertises balistiques ont démontré qu'il était impossible que les tirs viennent d'eux, puisqu'il ne se trouvait pas dans leur ligne de mire. Le corps n'a jamais été remis ni autopsié, les balles n'ont jamais été examinées, et tout cela a pu être démontré devant les tribunaux. Malgré cela, on continue de ressasser cette histoire, devenue un véritable symbole. De la même façon, on pourrait multiplier à l'infini les exemples illustrant la manière dont des mythes prennent racine et perdurent, bien qu'ils ne reposent sur rien.
Ces deux versets nous éclairent sur l'exigence de vérité intérieure. « Le sacrifice des méchants est une abomination » : le sacrifice et la prière ne sont pas une monnaie d'échange par laquelle l'homme achète le droit de persévérer dans sa faute. L'essence du sacrifice réside dans le brisement de l'orgueil, l'humilité et le repentir ; quiconque s'approche avec superbe, par calcul ou pour tromper son prochain, voit son offrande assimilée au présent d'un ennemi du roi, jeté au rebut - à plus forte raison quand l'acte même d'apporter cette offrande dissimule une vile intrigue. D'un autre côté, « Le faux témoin périra, mais l'homme qui écoute parlera à jamais » : le menteur perd son témoignage et son crédit, tandis que le mensonge qu'il a semé continue de se répandre par la bouche d'autrui comme un mythe dénué de substance. Mais « l'homme qui écoute » - celui qui réfléchit, pèse ses propos, accueille les reproches et le moussar, et sait quand parler et quand se taire - voit sa parole écoutée pour toujours, et son autorité demeurera éternellement.