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Chapitre 21 - Le cœur du roi dans la main d'Hachem - Partie 13

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Introduction : deux versets sur le paresseux

Nous abordons deux versets consécutifs du chapitre 21 qui traitent d'un même sujet : la figure du paresseux. Chlomo HaMélekh ne décrit pas ici un simple individu indolent, mais dépeint toute une trajectoire de vie dont l'issue est amère. Le Malbim relie ces deux versets, faisant émerger un tableau d'une grande précision : le paresseux n'est nullement dépourvu de désirs - bien au contraire, ses convoitises surpassent celles de tout autre homme, mais il n'a aucune emprise sur ses mains pour les concrétiser. Et face à lui se dresse le juste, qui en est l'exact opposé.

« תַּאֲוַת עָצֵל תְּמִיתֶנּוּ » - Quand le repos devient un danger mortel

תַּאֲוַת עָצֵל תְּמִיתֶנּוּ כִּי־מֵאֲנוּ יָדָיו לַעֲשׂוֹת׃ - Le désir du paresseux le fera mourir, car ses mains refusent d'agir.

Rabbénou Yona explique : le paresseux préfère la paresse parce qu'il chérit le repos. « Ne me dérangez pas, ne m'imposez aucun effort, ne me faites pas lever ». Et cette paresse, nous enseigne Chlomo, mènera l'homme au point où elle « le fera mourir ». Cela peut nous paraître disproportionné : ce n'est après tout qu'un paresseux, qu'y a-t-il de si grave ? La vérité est que cet homme ne pourra jamais assouvir ses désirs. La paresse ne l'empêche nullement d'être habité par la convoitise ; il convoite tout ce que possèdent les autres, mais il est trop paresseux pour traduire son désir en actes.

Demandez-lui ce qu'il désire, et il vous déroulera une liste sans fin : une villa, une voiture, une autre maison à trois étages pour s'assurer des revenus locatifs, des voyages à l'étranger, et si possible un petit avion pour faire des sauts ici et là. Ses désirs sont débordants. Mais dans les faits, il n'a rien à se mettre sous la dent. Il parle, il fait des projets, mais concrètement, rien du tout. Il n'ouvre même pas les petites annonces d'emploi. Pourquoi ? « Laisse tomber, je n'ai pas la force, ce n'est pas le bon moment, je viens à peine de finir un travail, et puis cela demande bien trop d'efforts ».

De plus, les paresseux ont toujours des certificats médicaux sous la main. Nombre d'entre eux souffrent même d'hypocondrie : ils craignent constamment d'attraper une inflammation, ils ressentent une petite douleur et aussitôt s'abstiennent de travailler et de bouger le moindre doigt ; il tousse le matin, et ce sont peut-être les prémices d'une coqueluche, ou qui sait, d'une pneumonie, d'autant qu'un cousin au troisième degré est mort d'une pneumonie. Alors, il ne met même pas le nez dehors - et tout cela, bien entendu, au nom du devoir strict de préserver sa santé (« Vénichmartèm »), et pour aucune autre raison.

« כִּי־מֵאֲנוּ יָדָיו לַעֲשׂוֹת » - Des mains atrophiées

Pourquoi n'a-t-il pas cet élan nécessaire pour concrétiser ses désirs, cette volonté d'investir des efforts afin d'obtenir ce à quoi il aspire réellement ? Rabbénou Yona répond : parce qu'il a habitué ses membres à l'inaction et au repos. Cet homme s'est accoutumé à la paresse, et l'habitude devient une seconde nature. Dès lors qu'un individu s'habitue à un comportement, il lui devient extrêmement difficile de s'en défaire ; il est ardu de rompre avec de mauvaises habitudes, ardu de corriger ses traits de caractère (middot) et sa nature. Dès lors, il semble vouloir agir, mais ses mains refusent de s'exécuter. Ses membres se sont atrophiés, habitués à l'oisiveté, et ne sont désormais plus capables de faire quoi que ce soit.

Tel est le sens de « car ses mains refusent d'agir » : lorsque les membres sont habitués à l'empressement (zérizout), l'homme accomplit tout avec dynamisme ; mais lorsque les membres sont accoutumés au repos, même au moment où l'on voudrait agir et où l'on sait pertinemment qu'il faut régler la question, on ne fait rien. Certes, c'est sa propre négligence qui en est la cause, mais la situation a désormais échappé à son contrôle. Il s'est tellement accoutumé à la paresse que ses mains refusent tout simplement de fonctionner.

À l'opposé se trouve la femme vaillante (Échet 'Haïl) : « Elle travaille d'une main volontaire » (vatáass bé'héfets kafèha) - sitôt qu'elle désire quelque chose, aussitôt elle agit. Chez le paresseux, en revanche, même lorsqu'il désire, ses mains refusent d'agir. Et même si on lui trouve un emploi et qu'on prend tout en charge pour lui, cela ne durera pas plus de trois jours : « Si tu savais ce qu'il me demande de faire, il veut que je porte des charges, alors que j'ai des problèmes de dos... » - nous avons déjà évoqué l'hypocondrie. Ils traînent avec eux tous les maux et toutes les maladies imaginables, et c'est pourquoi ils s'avèrent incapables d'accomplir la moindre chose.

L'oisiveté - La racine de toutes les fautes

Sachez qu'un homme qui ne travaille pas - c'est là la source et le fondement de toutes les fautes. Un homme doit absolument avoir soit un travail, soit l'étude, l'un des deux. L'ennui n'est en aucun cas une option. Beaucoup commettent cette erreur et leur vie s'en trouve détruite : des gens partent à la retraite sans avoir ni travail ni étude, et alors commencent les querelles à la maison, les conflits avec l'épouse et la recherche de futilités. Fais quelque chose de ta vie ! L'ennui est la pire des choses. Travaille à quelque chose même si tu n'as pas besoin d'argent, car « la peine de l'un et de l'autre fait oublier le péché ». Et si l'on n'a ni Derekh Erets, c'est-à-dire aucun métier, ni Torah - un homme inactif et désœuvré en vient à la faute. Des sottises commencent à lui trotter dans la tête et toutes sortes de pensées dont on ne comprend pas la provenance, et tout cela vient de l'ennui.

C'est exactement là le problème de la jeunesse. On entend parler de « jeunes de bonnes familles » qui ont commis telle ou telle chose, et l'on s'étonne : comment des enfants de bonnes familles en sont-ils arrivés là ? L'ennui. L'ennui mène au péché. Il est interdit à l'homme de rester dans l'oisiveté ; on doit toujours se contraindre à faire quelque chose, s'occuper à une activité. Car « le désir du paresseux le tue, car ses mains refusent d'agir » : même lorsqu'il doit enfin faire quelque chose - ses mains s'y refusent, et même si on l'envoie sur un lieu de travail - il partira très vite. Et c'est là la pire des choses.

L'empressement et l'ambition

La première chose qu'un homme doit développer en lui-même, c'est l'empressement. Pour une personne vive et diligente, tout va facilement, tout s'arrange. Mais quelqu'un avec qui vous avez fixé un rendez-vous à huit heures du matin et qui se réveille à onze heures, vous savez déjà d'avance qu'il n'y a personne à qui parler ; vous lui dites « porte-toi bien » et vous faites des affaires avec quelqu'un d'autre. La chose la plus élémentaire, se lever à l'heure, tu en es incapable.

C'est pourquoi il faut aussi savoir dans l'éducation des enfants : se lever tard n'est pas une option. Il ne s'agit pas de se lever à six heures du matin ; lève-toi à huit heures, mais ne te lève pas à midi. « Mais je ne travaille pas » - peu importe. Lève-toi, prie ; et si tu ne pries pas, au moins ne sois pas paresseux. Quand on est paresseux, cela détruit la vie dans tous les domaines.

Et observez bien : ceux qui réussissent dans quelque domaine que ce soit - et nous en avons déjà parlé longuement, selon les enseignements de Rabbénou Yerou'ham - leur dénominateur commun est d'avoir de l'ambition. L'ambition est le contraire de la paresse ; l'ambition, c'est l'élan d'agir. Peu importe le domaine : pour la subsistance matérielle, dans le service divin, pour rédiger un livre, pour diffuser le bien auprès du public, dans l'étude - ayez cet élan et vous réussirez. Le manque d'ambition conduit à l'effondrement, dans tous les domaines : matériellement comme dans les devoirs envers le Ciel. La première règle - ne pas être paresseux.

« Ils porteront encore des fruits dans la vieillesse » - L'homme actif

Un homme qui est en action, qui bouge, vieillit bien. « Ils porteront encore des fruits dans la vieillesse » - parce qu'il est actif. En revanche, le paresseux, on le voit toute la journée affalé sur le canapé, à zapper avec la télécommande. C'est une réalité. Demandez à un septuagénaire actif ce qu'il fait, et il vous répondra : le matin, je fais du bénévolat dans une association de 'Hessed, ensuite j'enseigne à quelques enfants, et puis... Il a un but dans l'existence, il fait quelque chose de sa vie. Et le paresseux ? Il va prier, rentre de la prière et va dormir parce que la prière l'a fatigué ; il se lève, déjeune, et retourne dormir parce que le repas l'a épuisé ; ensuite il sort un peu, prend un verre avec des amis, tourne en rond - et a gâché sa journée. « Le désir du paresseux le tue ». L'homme doit savoir être actif, et lorsqu'on est actif, on se trouve des occupations, on a du goût à la vie et de l'adrénaline qui coule dans les veines - et cela donne la vie.

Sachez qu'on a constaté que les personnes parties à la retraite sans s'occuper - ni par une activité intellectuelle, sans commencer à étudier, sans fréquenter une maison d'étude, ni par une activité physique - ont très vite sombré dans la démence et la sénilité. Les troubles de type Alzheimer sont très peu fréquents chez ceux qui s'adonnent à la Torah, car chez celui qui étudie la Torah, le cerveau fonctionne constamment et les connexions cérébrales restent actives. En revanche, pour celui dont l'esprit décline dans l'inactivité, ce genre de problèmes commence à surgir ; le cerveau s'engourdit et s'atrophie.

Avez-vous déjà vu des personnes âgées travailler dans des magasins ? On voit un homme de quatre-vingt-cinq ans travailler et rester actif. Alors qu'à l'inverse, chez celui qui a pris sa retraite - au bout de cinq ans, on le voit dépérir. Lorsqu'un homme a une activité, sa vie continue ; mais lorsqu'il n'en a pas, il s'enterre lui-même : le cerveau s'engourdit, le corps s'ankylose, les maladies et les douleurs apparaissent, les os se fragilisent, le moindre petit choc devient une fracture, et il court d'un médecin à l'autre. C'est là l'avantage des indépendants. Certes, d'un côté c'est un défaut, et l'on dit par boutade à propos des commerçants que « le cortège funèbre partira de tel magasin », car jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans, il est encore dans sa boutique, et s'il faut organiser les funérailles - elles partent de son commerce, puisqu'il s'est effondré à son poste. Il y a certes là un inconvénient, celui de s'enchaîner au travail. Mais le grand avantage que l'on en retire réside dans le fait même d'être actif : lorsqu'on est actif, la tête réfléchit, on calcule, on travaille, et l'on trouve du goût à l'existence. Et cela vaut tout autant pour la Torah : une personne qui assiste à un cours ici et à un cours là, qui fait du bénévolat d'un côté et agit de l'autre - un homme actif, sa vie a du sens.

Le Malbim : C'est précisément le paresseux qui a les plus grands désirs

Le Malbim explique que notre verset est lié au suivant : « Tout le jour il éprouve des désirs ». Le fondement en est le suivant : une chose qui ne nous paraît ni importante ni nécessaire - nous rechignons à l'accomplir. En réalité, pour les choses qui tiennent vraiment à cœur à un homme, il ne fait preuve d'aucune paresse. On peut être un grand paresseux, mais quand il a besoin de ses cigarettes, même en pleine nuit il ira jusqu'au bout de la ville pour obtenir sa ration quotidienne - là, soudain, il n'est plus paresseux du tout.

D'après cela, on aurait pu penser : si le paresseux se montre négligent dans son travail, ce n'est que parce qu'il n'éprouve aucun désir, que les choses de ce monde n'ont pas d'importance à ses yeux ; amasser de l'argent n'est pas son but - « Laisse-moi tranquille, qu'est-ce que l'argent ? Tout cela n'est que futilité », et c'est pour cette raison qu'il se laisse aller à la paresse.

À ce sujet, le Rav Dessler remarque : bien souvent, les gens chantent les louanges du bita'hon (la confiance en Hachem), alors qu'il ne s'agit en réalité que de paresse. Vous demandez à quelqu'un : « Pourquoi ne vas-tu pas travailler ? », et il répond : « La parnassa vient du Ciel, l'homme reçoit ce qui lui a été décrété, et tout provient de Lui, béni soit-Il ». Des paroles édifiantes et émouvantes, mais derrière lesquelles se cache le défaut de la paresse : « Je n'ai pas la force, ne me dérange pas, laisse-moi me reposer ». C'est de la paresse drapée de bita'hon. Et comment le vérifier ? Qu'un tiers vienne lui proposer un poste à vingt mille shekels par mois, et il accourra à quatre pattes. Où est donc passé le bita'hon ? Avez-vous confiance dans le Saint, béni soit-Il, jusqu'à cinq mille shekels, mais au-delà, comptez-vous déjà sur le salaire ? Si l'on reçoit véritablement ce qui nous revient, il aurait fallu dire à celui qui proposait trente mille : « Vas-tu acheter ma confiance avec de l'argent ? J'ai confiance dans le Maître du monde et je n'ai pas besoin d'aller travailler ». Mais si, au lieu de cela, on l'entend s'exclamer : « Combien as-tu dit ? Trente mille ? Quand commence-t-on ? C'est possible tout de suite ? » - cela prouve qu'il ne parlait que par pure paresse. Cela ne lui convenait pas de se déranger pour cinq ou sept mille shekels ; ce n'est qu'à partir de vingt mille que cela commence à lui parler. Preuve qu'il ne s'agit pas de bita'hon, mais de paresse.

« Du pain dans son panier » - Pourquoi désirons-nous ?

Le Malbim explique : ne vous y trompez pas. On aurait pu penser que le paresseux n'est pas attiré par les affaires de ce monde, la matérialité, l'avancement et les profits, et qu'il est quelqu'un de plus spirituel, raison pour laquelle il ne se met pas en action. Il n'en est rien. « Le désir du paresseux le tue » - sachez que ses désirs sont bien plus intenses que ceux de l'homme actif.

Et pourquoi donc ? Parce que celui qui n'est pas paresseux a « du pain dans son panier » ; il sait qu'il a la capacité d'agir et d'obtenir ce qu'il souhaite, la chose est à sa portée, car il a de l'ambition, de l'élan, et il se met à l'œuvre. En revanche, le paresseux n'a pas de pain dans son panier, la chose n'est pas à sa portée. Et que désirons-nous toujours ? Ce qui est hors de portée. Ce que je possède m'est familier, cela m'ennuie. L'enfant ouvre le réfrigérateur : « Maman, il n'y a rien à manger ! » Il y a du thon, de la charcuterie, du fromage blanc - « On en a déjà mangé ! » Il veut quelque chose de spécial, d'inédit. La voiture que je possède ne m'intéresse plus, le téléphone a besoin d'être renouvelé, et les vêtements... ce que j'ai ne me dit plus rien. On désire constamment ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'a pas encore atteint. Il s'avère donc que l'homme convoite toujours ce pour quoi il n'a pas « de pain dans son panier ».

Nous avons déjà cité à ce propos l'exemple d'une personne qui jeûne : dès cinq heures du matin, elle a soif. Pourquoi ? Parce qu'il est interdit de boire. Dès l'instant où c'est interdit, la soif apparaît aussitôt. Mais s'il m'est permis de boire, je peux reporter d'un quart d'heure, d'une demi-heure, de deux heures ; certains ne s'en rappellent que vers midi : « Je suis sorti de la synagogue, j'ai couru à la banque, j'ai fait ceci et cela... j'ai oublié de boire aujourd'hui ! » Ils n'ont rien ressenti du tout, sachant qu'ils pouvaient boire à tout instant. Mais dès qu'on leur dit que c'est interdit, ils ont immédiatement soif.

Dès lors, qui est le plus habité par le désir, le paresseux ou l'homme actif ? Sans nul doute le paresseux, car il n'a pas « de pain dans son panier » ; la chose est inaccessible pour lui, et c'est pourquoi il la convoite aussitôt. En revanche, celui qui a du pain dans son panier, qui peut travailler un peu et l'obtenir, voit la chose comme accessible et n'en est donc pas tellement tenté. Ne commettez pas l'erreur de croire que le refus du paresseux d'aller travailler provienne d'un détachement envers les affaires de ce monde ; bien au contraire, il a de grands désirs et veut bien plus que celui qui agit et réalise.

Et s'il en est ainsi, pourquoi n'agit-il pas ? Le Malbim répond : parce qu'il n'a aucune maîtrise sur ses mains, aucun pouvoir de commandement sur elles. Pour agir, il faut ce pouvoir de souveraineté : si je le veux, je fais. Or cette volonté lui fait défaut, et ses mains se sont déjà atrophiées. Il est devenu paresseux, et la paresse l'a conduit à un état qui ne dépend même plus de lui. Dès lors, « le désir du paresseux le tue » : en temps normal, qu'est-ce qui aurait dû le sauver de la mort ? Ses mains, qui vont, agissent et satisfont son désir. Mais comme il n'a aucun moyen de combler son désir, le paresseux peut mourir de faim : il ressent le désir mais n'a aucun moyen de l'assouvir, et tous les moyens destinés à le préserver de la mort, comme le travail de ses mains, il ne les a pas mis en œuvre. En accomplissant un travail, il assouvirait son désir, mais ses mains ne lui obéissent plus, tant elles sont engourdies par la paresse. Il passe ainsi toute sa journée à brûler de désirs, sans avoir aucun moyen de les satisfaire.

« Tout le jour il ne fait que convoiter »

כׇּל־הַיּוֹם הִתְאַוָּה תַאֲוָה וְצַדִּיק יִתֵּן וְלֹא יַחְשֹׂךְ׃ - Tout le jour il ne fait que convoiter, tandis que le juste donne et ne retient rien.

Ne croyez pas que le paresseux n'ait pas de désirs : il en a, et à profusion, puisqu'il n'a pas « de pain dans son panier », et c'est pourquoi « tout le jour il ne fait que convoiter ». Le Malbim remarque : notez bien qu'en cela il diffère de l'homme zélé et actif. Que fait l'homme actif durant la journée ? Il travaille. A-t-il seulement le temps pour les convoitises ? « L'effort consacré aux deux fait oublier le péché » - lorsqu'on travaille, on n'a pas le loisir de se laisser aller aux désirs. C'est pourquoi nous avons dit que quiconque veut être préservé du mauvais penchant doit occuper sa journée, toute la journée, dût-il travailler du matin au soir, peu importe à quoi. Lorsque l'homme est absorbé par son travail, son esprit n'est pas disponible pour les désirs. Quand les convoitises commencent-elles ? Dès que l'on se repose : c'est alors que l'on commence à penser et à imaginer. En revanche, le paresseux, qui ne remplit pas ses journées, qu'a-t-il d'autre à faire ? Tout le jour il ne fait que convoiter, passant son temps à ressasser ses désirs. L'homme actif, quant à lui, n'a que la nuit pour ressentir de telles envies, car le jour, il est occupé à son ouvrage.

« Tandis que le juste donne et ne retient rien » - La compassion envers le paresseux

Face à lui, observez le juste : « et le juste donne sans retenir » (Mishlei 21, 26). Le juste donne la tsédaka même au paresseux et ne s'en abstient pas, car il se fait la réflexion suivante : ce paresseux est bien à plaindre ; il n'a aucun contrôle sur lui-même, il n'a pas la force de se mettre au travail, et personne n'aura pitié de lui. Même s'il mourait de faim, personne ne s'en soucierait. C'est d'ailleurs dans notre nature : lorsqu'on nous dit qu'un homme est capable de travailler mais ne le fait pas, qui d'entre nous lui donnerait la tsédaka ? « Aide-toi toi-même ! Tu as la capacité de travailler et tu cherches quelqu'un pour subvenir à tes besoins ? » Quand une personne est en mesure de s'aider mais préfère aller dormir et attendre des autres qu'ils la soutiennent, personne ne souhaite l'aider. Telle est la nature humaine.

Mais le juste, bien qu'il sache que cet homme pourrait agir et ne le fait pas, lui donne tout de même. Vous demanderez : ses mains ne sont-elles pas en parfaite santé ? Certes, mais l'un souffre d'une inflammation à la main, tandis que l'autre a une maladie de l'âme. Et qu'y a-t-il de pire ? De toute évidence, une maladie de l'âme est bien plus grave. Le juste prend en pitié le paresseux, car il sait combien cet individu est misérable, incapable de rien faire de lui-même ni de s'en sortir seul ; c'est pourquoi il lui donne. L'homme ordinaire ne s'identifie pas à cette infirmité, il ne croit pas que cette personne soit réellement malade, et lui lance donc : « Va travailler ! » Mais le juste a pitié de lui et lui donne, bien qu'il soit paresseux.

Rabbénou Yona : trois oppositions entre le juste et le paresseux

Rabbénou Yona explique que le verset nous enseigne que le juste est le parfait opposé du paresseux. Premièrement, il ne saurait exister de juste paresseux, car il est écrit : « Quand tu te nourriras du labeur de tes mains, tu seras heureux et tout ira bien pour toi » (Téhilim 128, 2), et : « Celui qui hait les cadeaux vivra » (Mishlei 15, 27) ; le juste ne convoite pas les présents, mais le fruit de son propre travail. Et dans le service divin, il est tout à fait impensable qu'un juste soit paresseux, car toute son essence et sa piété découlent de son zèle (zérizout) dans le service du Créateur béni soit-Il.

Deuxièmement, Chlomo Hamélekh oppose le juste aux convoitises du paresseux pour nous signifier que, même si le juste a les moyens de s'offrir des plaisirs matériels, il y renonce pour donner à la tsédaka, comme il est écrit : « Tout le jour il fait grâce et prête, et sa descendance est bénie » (Téhilim 37, 26), et : « Heureux l'homme qui fait grâce et prête » (Téhilim 112, 5). Le juste restreint sa nourriture, sa boisson et les dépenses de son foyer afin d'avoir de quoi donner aux autres. Tout le contraire de l'homme de convoitise, qui « tout le jour ne fait que convoiter » et dilapide tout son argent dans ses désirs, ses jouissances et ses plaisirs matériels.

Troisièmement, « sans retenir » : Rabbénou Yona explique que même s'il a déjà donné plusieurs fois, le juste donne encore. Certains donnent lorsqu'on les sollicite, mais voilà qu'un autre pauvre arrive aussitôt, puis encore un autre quelques minutes plus tard ; alors ils ferment la porte à clé en disant « c'est exagéré pour aujourd'hui ! » et regardent par le judas. Ce n'est pas là l'attitude d'un juste. Le troisième indigent est-il coupable d'être passé après les autres ? Et il s'agit bien ici de personnes honorables munies de recommandations rabbiniques dûment vérifiées, non de cas suspects d'escroquerie. Donner, puis redonner, et donner encore : voilà une véritable épreuve. Or le juste, même s'il a déjà donné à plusieurs reprises, ne refuse rien au pauvre : il donne encore et toujours. C'est là un niveau spirituel exceptionnel.

Le Gaon de Vilna : « sans retenir » - rien ne lui manquera

Le Gra explique : le paresseux passe sa journée à convoiter sans rien accomplir, tandis que le juste, lui, donne encore de la tsédaka aux autres, et malgré tout, « ne sera pas privé » (lo ya'hsokh). Que signifie « ne sera pas privé » selon son explication ? Lorsqu'un homme donne aux autres, il peut craindre de manquer, car il donne tout ce qu'il a. L'Écriture affirme alors : bien qu'il donne et redonne sans cesse, la subsistance ne lui sera pas retenue et il lui restera de quoi vivre. Comme le dit le verset : « Tel disperse ses biens et s'enrichit encore » (Mishlei 11, 24) - le fait de donner ne provoque aucune privation sous prétexte qu'on a partagé avec autrui.

Le Gra : tout s'applique à la Torah

Fidèle à sa démarche, le Gra applique tout cela à l'étude de la Torah. « Le désir du paresseux le fait mourir » : le paresseux désire ardemment étudier, il s'en préoccupe constamment, mais il n'étudie pas, « car ses mains refusent d'agir ». Tout reste chez lui à l'état de souhait abstrait : « Ah, j'aimerais tellement achever l'étude du Shass ! » Et que fais-tu pour y parvenir ? « Écoute, demain, quand tu vas au cours, appelle-moi. » Et le lendemain : « J'ai vu ton appel, mais j'avais justement un imprévu urgent. » Le désir est bien là, les souhaits et les ambitions aussi, mais le passage à l'acte fait défaut.

On raconte que des élèves de yeshiva s'étaient assis pour parler du mauvais penchant (le Yétser Hara), de ses tentations et des moyens de le combattre. C'est alors que passa le Mashgia'h - peut-être s'agissait-il de Rav 'Hatzkel Levenstein - qui leur fit remarquer qu'ils discutaient pendant le séder d'étude. Ils lui répondirent : « Rav, à D.ieu ne plaise, nous ne tenions pas des propos futiles au milieu de l'étude, nous parlions de la façon de lutter contre le mauvais penchant ! » Il leur dit alors : « Le mauvais penchant est tout à fait disposé à ce que vous parliez de lui, à ce que vous le maudissiez, à n'importe quoi, pourvu que vous n'étudiiez pas ! Parlez de moi, dites sur moi tout ce qui vous plaît, mais pendant ce temps, vous ne remarquez pas que vous n'avez pas étudié. »

Il en va de même ici : le paresseux brûle du désir d'étudier, mais son désir le fait mourir ; il veut et projette toujours d'étudier, mais il n'étudie pas, car ses mains refusent d'agir. Il existe une explication encore plus profonde : n'est-il pas enseigné que « quiconque a une sagesse plus abondante que ses actes, sa sagesse ne subsiste pas » (Avot 3, 9) ? Même lorsqu'il étudie enfin, concrétise-t-il son étude ? Met-il en pratique ? Il ne met rien en pratique, il se montre paresseux, n'a aucun goût pour l'accomplissement des mitsvot, et par conséquent il n'acquerra pas la sagesse, car sa sagesse dépasse ses actes et n'a aucune pérennité. « Tout le jour il ne fait que convoiter » : durant l'ensemble de ses soixante-dix années de vie, dit le Gra, tout demeure confiné dans son désir d'étudier, alors qu'en réalité il n'étudie pas et n'agit pas.

Face à lui se trouve le juste : non seulement il étudie, mais il enseigne également aux autres. On pourrait penser que cela se fait à ses dépens et au détriment de son temps, car il aurait pu étudier et progresser par lui-même. C'est à ce sujet que le verset déclare « sans rien retenir » (« vélo ya'hssokh ») - cela ne se fait pas à ses dépens. Ce que vous enseignez aux autres ne vous appauvrit pas et ne vous enlève rien, bien au contraire : plus une personne donne et fait bénéficier les autres de ce qu'elle possède, plus le Saint, béni soit-Il, lui accorde en retour et l'assiste. Et parce qu'elle enseigne aux autres, elle bénéficie d'une siyata dichmaya (aide divine) encore plus grande dans sa propre étude.

En conclusion :

Ces deux versets dépeignent deux figures diamétralement opposées. Le paresseux n'est nullement exempt de convoitises, il en est au contraire saturé - et précisément parce qu'il n'a rien à manger, son désir est plus intense que celui de quiconque. Seulement, ses mains se sont atrophiées par l'accoutumance au repos et il n'a plus aucune autorité sur elles ; sa convoitise finit donc par le faire périr, et toute sa journée se résume à des désirs stériles, sans aucun passage à l'acte. Face à lui se dresse le tsaddik : plein de zèle et exempt de paresse, vivant du travail de ses mains, réduisant ses propres plaisirs pour subvenir aux besoins d'autrui, donnant encore et toujours sans jamais fermer sa porte, et prenant même en pitié ce paresseux rongé par une maladie de l'âme. Non seulement sa générosité ne diminue en rien ses biens - mais elle lui apporte davantage encore, sur le plan matériel comme dans la Torah. Le message pratique pour chacun d'entre nous est évident : fuir l'oisiveté, remplir son temps de Torah ou d'une activité féconde, et cultiver en soi la promptitude et l'élan d'agir - car c'est là que réside la vie du corps comme celle de l'âme.