Introduction : De celui qui garde sa bouche au railleur
Dans le verset précédent, nous avons étudié le cas du sage qui préserve sa bouche et sa langue : « Celui qui garde sa bouche et sa langue préserve son âme des détresses ». À présent, Chlomo Hamélekh nous présente le revers absolu de la médaille : l'homme dont la langue se déchaîne contre tous, qui ne bride nullement ses propos. Le verset qui s'offre à nous le définit en trois mots percutants, assortis d'un avertissement : ne va pas croire que le tort qu'il cause s'arrête à la parole.
זֵד יָהִיר לֵץ שְׁמוֹ עוֹשֶׂה בְּעֶבְרַת זָדוֹן׃ (כד) - Scélérat et orgueilleux, railleur est son nom : il agit dans la fureur de la malice.
Rabbénou Yona : Celui qui réunit ces deux traits de caractère est nommé railleur
Rabbénou Yona explique : « Zed » (l'homme malveillant) englobe la cruauté, la haine d'autrui, la réjouissance face au malheur d'autrui et la recherche de son détriment. C'est un être mauvais : cruel, hostile à ses semblables ; quelqu'un trébuche, et il s'en réjouit. « Yahir » (l'arrogant) désigne l'homme imbu d'orgueil. Et l'homme qui concentre en lui ces deux traits à la fois, la méchanceté perverse et la superbe, « railleur est son nom ». Veux-tu savoir ce qui réunit ces deux travers ? C'est le « lets », le railleur.
Le railleur est un adepte du lachon hara. Il plaisante aux dépens d'autrui, tourne les gens en dérision, nuit à ses semblables, les humilie, les outrage et leur fait honte. Et cela relève d'une perversité absolue. En effet, que retire-t-il d'un tel comportement ? Strictement rien. Il n'y a là aucun gain financier ni aucun plaisir tangible. Il a simplement lancé un bon mot contre lui, s'est moqué à ses dépens. Rabbénou Yona fait remarquer : c'est pire encore que celui qui cause un tort par intérêt financier. Car celui qui nuit pour de l'argent dispose au moins d'une justification, certes injustifiable, mais du moins : « j'y ai gagné quelque chose, je convoitais telle ou telle chose ». Mais celui qui outrage, humilie et dénigre, quel avantage concret peut-il donc invoquer ?
En réalité, il y a bel et bien un mobile, et c'est l'arrogance. Car lorsque je te blesse, que cherché-je véritablement à prouver ? Que je suis meilleur que toi. Peu importe ce sur quoi porte ma raillerie, le message reste identique : moi, je vaux quelque chose, et toi, tu n'es rien. « Comment as-tu pu commettre une telle bêtise ? Pourquoi ne m'as-tu pas consulté ? » - sous-entendu : moi, je suis quelqu'un d'avisé. « Comment as-tu pu investir dans une telle affaire ? Tu ne réfléchis donc jamais ? » - sous-entendu : voici quelqu'un de réfléchi, sache-le, c'est moi. « Quel avare, regarde, il est incapable de débourser quoi que ce soit... » - sous-entendu : moi, je suis quelqu'un de généreux. Chaque façon de dénigrer autrui revient à proclamer : je ne suis pas comme lui, je lui suis supérieur, ma valeur surpasse la sienne. Et parfois même, il rabaisse son prochain dans son for intérieur, sans même en tirer le moindre honneur public, et pourtant il persiste, uniquement pour se grandir et se glorifier à ses dépens.
Et Rabbénou Yona ajoute : « Par l'ampleur de son orgueil, il déprécie et rabaisse les qualités d'autrui, sans discerner en lui-même le moindre défaut ». On le constate aisément chez ceux qui ne supportent pas de voir autrui réussir. Aussitôt : « Ce n'est rien, de la pacotille, ce n'est vraiment pas difficile à obtenir, j'aurais très bien pu y parvenir moi aussi ». Pourquoi réagir ainsi ? Parce que moi, je n'y suis pas parvenu. Parce que cette qualité qu'il a acquise, je ne la possède pas. Et comment me justifier ? On ne peut décemment affirmer que je lui suis supérieur, puisqu'il est évident qu'il a accompli quelque chose. Alors on prétend : « Si j'avais voulu, je serais monté bien plus haut, mais je ne le souhaitais tout simplement pas, cela n'a aucune importance à mes yeux, on me l'a même proposé deux fois et j'ai refusé ». Toute qualité devient à ses yeux insignifiante, car si c'était vraiment estimable, comment se ferait-il que toi, tu n'y sois pas ? « S'il prêtait attention à ses propres défauts, il serait couvert de honte » : s'il considérait ses propres lacunes, il rougirait. C'est en ce sens qu'il est dit : « Il n'y a nul profit pour le médisant » : il n'en tire ni jouissance ni avantage, tout n'est que pure vanité.
« Il agit dans la fureur de la malice » : Ne va pas prétendre qu'il n'a fait que parler
C'est ici qu'intervient la fin du verset. Ne va pas t'imaginer que cet individu n'est qu'arrogant, qu'il se contente de blesser les gens, de les mépriser, d'ignorer leurs mérites pour ne voir en eux que des bassesses ; après tout, il n'a assassiné personne, n'a pas porté la main sur les biens d'autrui, n'a frappé personne, n'a commis aucun acte physique concret. À cela, le texte répond : « il agit dans la fureur de la malice ».
Sache que l'on a tendance à accorder à la parole bien moins de portée qu'à l'acte : « Pourquoi vous emportez-vous ainsi ? Il n'a fait que parler ». Mais qui a décrété que « ne faire que parler » était moins grave ? Un geste violent, une gifle finissent par s'oublier. En revanche, une blessure verbale peut laisser une plaie béante et saignante pendant de longues années, une blessure qui ne se cicatrise pas. Les coups assénés par la langue sont souvent bien plus redoutables que les coups portés par la main.
D'ailleurs, tel père affirmera ne jamais avoir levé la main sur ses enfants, mais à entendre la manière dont il leur parle, on reste stupéfait d'effroi. Sans cesse rabaissant et humiliant, leur prouvant à chaque instant qu'ils sont stupides, dénués de bon sens, qu'ils n'arriveront à rien et qu'il n'adviendra rien d'eux. Mieux aurait valu une gifle, car la gifle aurait fini par s'effacer. La balafre infligée à l'âme par des paroles dégradantes et humiliantes est infiniment plus destructrice.
C'est pourquoi Rabbénou Yona affirme : ne vous imaginez pas que cet homme ne pèche que par la langue. « Agissant avec la fureur de l'arrogance » : s'il s'emporte contre quelqu'un, il sera également capable de lui nuire concrètement et de le frapper. Or, nulle colère n'égale celle de l'homme à la langue médisante, qui est un orgueilleux. Car il est bien connu que l'orgueil décuple la colère : d'où provient la colère ? De la hauteur de cœur. Pourquoi suis-je en colère ? Parce que quelqu'un a fait quelque chose qui ne me convient pas, que je ne voulais pas, que je n'avais pas prévu. En revanche, l'homme humble accepte tout avec soumission ; il possède la émouna et sait que nul ne touche à ce qui est réservé à son prochain. Tandis que l'orgueilleux s'écrie : « C'est à moi que tu dis cela ? Comment oses-tu ? » - et dès lors, sa colère s'embrase bien davantage. La colère puise ses racines dans l'orgueil.
Le Gaon de Vilna : zed - celui qui ne préserve pas sa bouche de l'interdit
Le Gaon de Vilna explique que « zed » dérive de l'action délibérée et malveillante, désignant celui qui ne garde pas sa bouche des consommations interdites et consomme des aliments défendus. Cela se rattache au verset précédent : « Celui qui garde sa bouche et sa langue » - le zed ne garde pas sa bouche. Et dès lors qu'il poursuit ses pulsions, il s'enorgueillit également et devient prétentieux (yahir).
Et quel rapport y a-t-il entre la nourriture et la prétention ? Le Gaon de Vilna cite les propos de la Guémara dans le traité Berakhot : quiconque mange et boit puis prie, à son sujet l'Écriture déclare : « Et Moi, tu M'as jeté derrière ton dos (gavekha) » - ne lis pas « gavekha », mais « gué'ékha » (ton orgueil) ; le Saint, béni soit-Il, dit : après que celui-ci s'est enorgueilli, il accepte le joug de la Royauté céleste. Ainsi : le « zed » ne garde pas sa bouche et poursuit ses désirs, et par là devient « yahir » - orgueilleux. De plus, les nourritures interdites engendrent de mauvais traits de caractère, comme cela a souvent été expliqué : celui qui consomme un aliment interdit devient insensible aux sentiments d'autrui, insensible à la Torah et aux mitsvot - c'est l'engourdissement du cœur (timtoum halév), et cela mène également à la présomption.
Le Gaon de Vilna remarque en outre qu'ici se trouvent réunis les trois sommets de la transgression : la pensée, la parole et l'action. « Yahir » (prétentieux), c'est la pensée : il s'enorgueillit dans son esprit en se disant « je suis quelqu'un d'important ». « Letz » (railleur), c'est la parole : il se moque des autres et médit d'eux. « Agissant avec la fureur de l'arrogance », c'est l'action, car la formule « et l'homme qui agira avec arrogance » s'applique toujours à un acte concret. Il n'existe pas de faute au monde qui n'appartienne à l'un de ces trois registres : la pensée, la parole ou l'action - et ici, chez cet impie, les trois se trouvent consommés.
Le Ralbag : celui qui détruit autrui « par pure dérision »
Le Ralbag explique : le méchant qui agit par orgueil est appelé moqueur (letz), car il commet le mal par pure fierté et non par convoitise. Il le fait par dérision, car les créatures ne représentent rien à ses yeux. Et puisqu'il se sent supérieur à tous, il s'autorise à bafouer tout le monde et à humilier chacun.
Et ses termes sont terrifiants : « On trouve déjà des hommes pervers correspondant à cette description, qui détruisent autrui par voie de dérision, parce que les gens ne comptent pour rien à leurs yeux ». Il existe des individus prêts à causer d'immenses dommages à autrui sans même en tirer le moindre profit. Pourquoi ? Parce que tu es un zéro à mes yeux, et si tu n'es rien, je suis prêt à te détruire, voire à te causer un tort affreux. Pour le simple plaisir, comme on dit. Et il rapporte un exemple effroyable : on a ainsi raconté l'histoire d'un homme qui a tranché la jambe de son compagnon pendant la nuit alors qu'il dormait - et pourtant il ne lui vouait aucune haine, il l'a fait uniquement par moquerie. Pour s'amuser, en quelque sorte, « pour le délire ».
Et jusqu'où de telles dérives peuvent-elles mener ? Deux adolescents de moins de seize ans sont montés dans un taxi et se sont dit : « Voyons ce que c'est qu'un meurtre ». Ils ont sorti une arme et ont abattu le chauffeur. Pourquoi ? Pour le frisson. Un homme simple, qui travaille pour gagner sa vie, qui transporte des clients - et deux gamins décident de l'assassiner pour une montée d'adrénaline. Qui répondra d'une telle éducation ? Ces choses dépassent l'entendement, et tout particulièrement au sein du peuple d'Israël, où pendant deux mille ans, un meurtrier était un phénomène quasi inexistant. Autour de nous, les cadavres tombaient comme des mouches, et un Juif venu de Roumanie racontait : ce n'est qu'ici, en terre d'Israël, qu'on fait tout un scandale d'un meurtre ; chez nous, quand quelqu'un avait un problème, il sortait avec son arme, mettait deux balles dans le voisin, et c'était réglé. Mais un Juif ? A-t-on jamais entendu parler d'un Juif en Europe, au Maroc, en Irak ou au Yémen qui se levait pour assassiner son frère ? Et quand bien même, ce n'était qu'une infime exception. Voilà à quel point la dérision, la légèreté et la raillerie sont destructrices, conduisant un individu à nuire à son prochain avec une fureur arrogante, alors que la victime ne lui avait strictement rien fait.
Le Malbim : l'arrogant avec qui l'on peut débattre et le moqueur avec qui c'est impossible
Le Malbim explique : le « zed » est celui qui conteste délibérément les lois de la sagesse (hokhma). Les lois de la sagesse correspondent à cette partie de la Torah qui requiert une démonstration, celle qui exige de l'homme de suivre la voie de l'éthique mais sans preuves rationnelles absolues, car ce qui paraît moral à l'un peut sembler immoral à l'autre. Le « zed » vient alors polémiquer contre les lois de la sagesse, nie la Providence divine, ne croit pas au salaire ni au châtiment, et agit ainsi ouvertement, la tête haute.
Et le Malbim ajoute : tant qu'il n'est pas prétentieux (yahir), il ne mérite pas encore le titre de moqueur (letz). Pourquoi ? Parce qu'il soulève des objections, argumente et avance des raisonnements ; si on le réfute et qu'on lui démontre son erreur, il se taira et admettra. Son débat est une discussion intellectuelle, rationnelle, qui relève du domaine de l'entendement. Mais si cet arrogant est en outre prétentieux, toutes les preuves que l'on pourra lui apporter et toutes les démonstrations ne le convaincront pas. « Tu m'aurais donc vaincu ? Ce que je fais serait faux ? Pas du tout ! » Il décidera de ne pas voir ce que vous avez démontré, affirmera que vos arguments sont inexacts, l'essentiel étant de persister dans sa voie. Et si on le coince sans lui laisser d'échappatoire, que fera-t-il ? Il tournera tout en dérision.
Et nous l'avons déjà expliqué : la manière d'esquiver ce qui est solidement prouvé, c'est la dérision (letsanout). Si tu m'apportes des preuves, tous les auditeurs voient que j'ai perdu pied ; comment puis-je m'en sortir ? Je tourne tes paroles en dérision. Et la raillerie, selon l'expression de Rabbénou Yona, est comme un bouclier frotté d'huile : toutes les flèches tirées glissent dessus sans pénétrer. Quand quelqu'un est un moqueur (lets), il devient imperméable ; tes preuves peuvent être parfaitement logiques et rationnelles, lui dispose d'une voie de contournement des preuves.
Et qui a su manier cette méthode à la perfection ? Kora'h. Kora'h avait compris : « Je ne peux pas argumenter rationnellement avec Moché. Moché a fait descendre la Torah, a ouvert la mer, les a sortis d'Égypte, parle avec D.ieu face à face - si j'avance des arguments logiques et des preuves, Moché Rabbénou me réfutera instantanément. » C'est pourquoi, lorsque Moché convoque Datane et Aviram, ils répondent : « Nous ne monterons pas ! » - car dès l'instant où nous nous tiendrons en tête-à-tête face à lui, il prouvera en vingt secondes que nous racontons des absurdités. Alors comment combattre Moché ? « Il rassembla contre eux des foules toute la nuit » et se moqua d'eux - inventant des histoires sur cette pauvre veuve qui possédait un champ et à qui l'on prenait tout, des récits émouvants devant lesquels nul ne pouvait rester indifférent : « Voici une injustice criante, on ne peut se taire ! » C'est ainsi qu'il parvint à soulever les foules, car il savait que sur le terrain intellectuel et sur celui des preuves, personne ne pouvait tenir tête à Moché.
Et ce phénomène se reproduit à chaque génération. Nous avons déjà évoqué cette recherche sur les codes de la Torah (les sauts équidistants de lettres), menée par Doron Witztum et le Dr Eliyahou Rips - mathématicien de renommée mondiale, qui s'était initialement penché sur le sujet pour en démontrer la fausseté, mais qui finit par en constater la véracité et fit téchouva. Ils publièrent un livre intitulé « La Dimension supplémentaire », contenant des études répondant à des critères scientifiques rigoureux. Et que fit-on pour s'y opposer ? On monta une pièce de théâtre qui tournait entièrement en dérision les codes de la Torah. À la radio, on organisa un entretien croisé entre le Dr Rips et le producteur de la pièce ; ce dernier parla d'absurdités, d'inventions et de fadaises dont on abreuve le public. Quand on se tourna vers le Dr Rips pour recueillir sa réaction, il répondit : « Je n'ai pas grand-chose à lui dire, je voudrais juste lui poser une seule question : avez-vous lu l'étude ? » Et l'autre d'avouer : « J'en ai entendu parler, j'en ai vu des extraits... » Le Dr Rips conclut : « Peut-on dialoguer avec quelqu'un qui n'a même pas lu l'étude ? Quelle base commune avons-nous pour discuter ? »
Cela en dit long sur le niveau : quelqu'un qui n'a même pas lu l'étude vient la tourner en ridicule ! As-tu étudié les mathématiques ? Dans quelle université ? As-tu vérifié les données ? Dans n'importe quel autre domaine, on vous demanderait immédiatement votre CV, votre expérience, vos diplômes, sur quoi vous vous fondez. Prétendez vouloir réfuter la physique quantique, et l'on vous demandera quelles études vous avez faites. Mais dès qu'il s'agit de judaïsme, tout est permis : n'importe qui vient, soulève des objections, réfute et débite des inepties avec l'assurance d'un expert. Et pourquoi ? Parce qu'on sait bien que dans une confrontation directe et rationnelle, on ne tiendrait pas. Alors, on monte une pièce de théâtre, on tourne tout en ridicule et en plaisanterie, et le tour est joué. On se moque du sujet, et l'on esquive ainsi toute obligation de s'y confronter sérieusement.
Nous avons également raconté que l'une des premières choses dites au Rav Uri Zohar, avant même d'entreprendre de le rapprocher de la téchouva, fut : « Pas d'humour, pas de moquerie ! Tu veux débattre, avancer des arguments, exiger des preuves - dis tout ce que tu veux. Mais ne tourne rien en dérision. » Il excellait dans l'art de faire rire, et l'on craignait fort qu'au moment où l'on commencerait à lui présenter des preuves, il ne se mette à plaisanter - or, face à la raillerie, rien ne fonctionne. On peut réfuter des arguments logiques ; mais la raillerie est un moyen d'écarter les choses sans même les examiner.
Que signifie « évrat zadon » ?
Et lorsqu'un homme atteint ce degré de dérision, il « agit avec un emportement pervers » (ossé bé-évrat zadon). Le Malbim explique : « évra » dérive de la racine qui signifie traverser, franchir les limites. Le verset ne dit pas simplement « zadon » (méchanceté, préméditation), mais « évrat zadon ». Si un homme commet un acte poussé par son désir, cela s'appelle de la faute délibérée (zadon). Mais s'il accomplit des actes vers lesquels même son penchant ne l'attire pas, pourquoi agit-il ainsi ? Par pure provocation (lehakh'is). C'est cela « évrat zadon » : une perversité qui dépasse les limites humaines, des actes qui vont à l'encontre de la nature de l'âme et de l'humanité même.
C'est ce que nous trouvons chez Amon, qui eut des relations avec sa propre mère. On lui demanda : « Quel plaisir y trouves-tu donc ? » Il répondit : « Je ne comprends pas votre question, est-ce du plaisir que je cherche ? Mon seul but est de provoquer mon Créateur ! » C'est cela l'« évra », le franchissement des bornes : il n'y éprouve aucun plaisir, et son unique dessein est de braver le Maître du monde. Il en va de même pour l'homme arrogant et railleur : il a déjà franchi les bornes de la décence et commet des actes dont il ne tire aucune satisfaction, si ce n'est celle de défier son Créateur.
En conclusion : « Arrogant, superbe, son nom est railleur ; il agit dans l'emportement de la perversité » (Zèd yahir lets chémo, ossé bé-évrat zadon). Rabbénou Yona nous a enseigné que celui qui associe la malice délibérée et l'orgueil est qualifié de lets (railleur), et que son seul gain à humilier autrui n'est que la gloriole - c'est pourquoi sa faute est plus grave que celle de qui nuit par appât du gain. Et qu'on ne dise pas : « Il n'a fait que parler », car la blessure de la langue est plus cruelle que celle de la main, et le médisant finira par nuire concrètement, car l'orgueil décuple la colère. Le Gaon de Vilna a décelé dans ce verset les trois dimensions de la faute - la pensée (yahir), la parole (lets) et l'action (évrat zadon) - enseignant que le manque de retenue verbale mène inévitablement à l'arrogance. Le Ralbag a mis en lumière l'horreur de la dérision, qui pousse l'homme à détruire son prochain sans aucun mobile, par simple mépris envers les créatures. Et le Malbim a précisé : avec le zèd (le rebelle rationnel), on peut encore dialoguer, car son opposition repose sur l'intellect ; mais lorsque le zèd est aussi arrogant (yahir), il devient un moqueur (lets), et sa raillerie forme un bouclier huilé sur lequel glissent toutes les preuves - à l'image de Kora'h et des moqueurs de chaque époque. L'aboutissement fatal du railleur est de perdre toute limite, jusqu'à commettre des actes dénués de tout plaisir, uniquement pour braver son Créateur.