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Chapitre 5 - S'éloigner de la femme étrangère - Deuxième partie

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Introduction

Le cinquième chapitre des Proverbes met en garde contre la « femme étrangère » - et selon l'allégorie développée par le Malbim : contre les sagesses étrangères et les passions qui séduisent l'homme et le détournent du chemin de la Torah. Dans cette partie, nous abordons la description des remords de celui qui les a suivies, puis le roi Salomon passe au versant positif : la « femme de ta jeunesse », c'est-à-dire la véritable sagesse, la Torah d'Hachem, à laquelle l'homme puise une eau vive et à laquelle il reste attaché toute sa vie. Suivons le fil des versets.

La haine de la réprimande et le mépris du reproche
וְאָמַרְתָּ אֵיךְ שָׂנֵאתִי מוּסָר וְתוֹכַחַת נָאַץ לִבִּי׃ - Et tu diras : « Comment ai-je pu haïr la réprimande, et comment mon cœur a-t-il méprisé le reproche ! »

Lorsque l'homme arrive à un stade où les désirs ne l'attirent plus et qu'il constate combien il a gaspillé sa vie dans le vide et la futilité, il s'exclame alors : « Comment ai-je pu haïr le moussar ! » Le terme « moussar » (morale, réprimande), comme nous l'avons expliqué, dérive de la même racine que « yissourim » (souffrances, châtiments) : on le châtie, on le frappe ou on le menace de punition. Cela, il le haïssait totalement. En revanche, la « tokha'hat » (le reproche argumenté) relève du débat : on ne passe pas par la souffrance, mais on vient discuter avec lui pour lui démontrer la vérité de la Torah et de la sagesse, afin de le ramener vers le bien par la force des preuves rationnelles. Cela, il ne le haïssait pas, mais « mon cœur l'a méprisé » : c'était dérisoire à ses yeux. Telle est d'ailleurs la nature humaine : les coups, on les déteste ; quant aux démonstrations intellectuelles qui ne nous conviennent pas, on ne les déteste pas forcément, mais on n'en fait aucun cas, « mon cœur l'a méprisé ».

וְלֹא־שָׁמַעְתִּי בְּקוֹל מוֹרָי וְלִמְלַמְּדַי לֹא־הִטִּיתִי אׇזְנִי׃ - Et je n'ai pas écouté la voix de mes guides, et je n'ai pas prêté l'oreille à mes maîtres.

La différence entre un guide (« moré ») et un enseignant praticien (« mélamed ») : le mélamed se situe à un niveau plus élevé que le moré. Le moré vous indique la route : « Tu vois là-bas ? C'est par là qu'on arrive. » Le mélamed, lui, vous prend par la main, marche pas à pas avec vous et vous montre exactement où tourner. Il en va de même dans l'apprentissage d'un métier : le moré dit : « Coupe ici, ponce là, colle là-bas » ; le mélamed dit : « Viens, prends la colle, je vais te montrer comment assembler », il montre le geste dans la pratique et le répète plusieurs fois jusqu'à ce que l'élève le maîtrise parfaitement. Telle est donc sa lamentation : je n'ai pas écouté la voix de mes « moray », ceux qui m'indiquaient la voie ; et pire encore, envers mes « mélamday », ceux qui étaient prêts à m'accompagner pas à pas et à tout me montrer concrètement, je n'ai même pas tendu l'oreille.

« Kim'at » : tout brader pour une bagatelle
כִּמְעַט הָיִיתִי בְכׇל־רָע בְּתוֹךְ קָהָל וְעֵדָה׃ - Pour si peu, je me suis retrouvé au comble du malheur, au milieu de l'assemblée et de la communauté.

Le mot « kim'at » n'a pas ici son sens hébraïque moderne (« presque »), mais signifie : pour une chose minime, pour un rien (de la racine « mé'at », peu). Et quelle est cette chose minime ? Les désirs de ce monde, des plaisirs dérisoires qui ne valent rien et ne durent qu'un instant. Tout plaisir physique est éphémère : lorsqu'un homme mange, combien de temps dure son plaisir ? Le Messilat Yécharim fait remarquer : la longueur d'un centimètre, le temps que la nourriture franchisse la gorge ! Il en va de même pour tous les plaisirs. Ainsi, pour cette jouissance dérisoire, j'ai vendu mon droit d'aînesse, jusqu'à me retrouver « dans tout le malheur » : tous les maux se sont abattus sur moi. À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui investirait un million de dollars pour acheter un billet de loterie permettant d'en gagner dix ! Il s'exclame donc : pour une somme dérisoire, j'ai bradé toutes les valeurs de vérité, de Torah et du monde futur, et la perte dépasse infiniment le gain.

De plus, le texte précise : « au milieu de l'assemblée et de la communauté ». Les malheurs qui m'ont frappé sont arrivés publiquement, dans l'opprobre et l'indignation générale, aux yeux de tous. S'ils étaient survenus en secret, sans que personne ne le sache, passe encore ; mais ils ont éclaté au grand jour, au vu et au su de toute la communauté venue constater le prix que j'ai payé. C'est là-dessus qu'il exprime ses regrets, comme il est dit plus haut : « Et tu gémiras à ta fin » ; il gémira et s'étonnera de lui-même : comment ai-je pu commettre une telle folie ?

C'est dans ce même sens que l'on comprend le verset des Psaumes : « כִּמְעַט אוֹיְבֵיהֶם אַכְנִיעַ וְעַל צָרֵיהֶם אָשִׁיב יָדִי » (« Pour un rien, Je soumettrais leurs ennemis, et contre leurs adversaires Je tournerais Ma main »). Celui qui lit sans approfondir s'interroge : le Saint, béni soit-Il, éprouverait-Il une quelconque difficulté à terrasser Ses ennemis, pour que le texte dise « kim'at » ? En réalité, le sens est le suivant : Je les soumettrais comme s'ils étaient très peu nombreux, non pas comme une armée de cent mille soldats, mais comme un groupe de quatre personnes seulement. De même ici : pour une bagatelle, pour des passions de ce monde qui ne durent pas, je me suis déjà retrouvé plongé dans le pire des malheurs.

Bois l'eau de ta citerne - La citerne et le puits
שְׁתֵה־מַיִם מִבּוֹרֶךָ וְנֹזְלִים מִתּוֹךְ בְּאֵרֶךָ׃ - Bois l'eau de ta citerne, et les eaux vives qui jaillissent du milieu de ton puits.

Face aux séductions du penchant, qui conseille à l'homme de se creuser des citernes crevassées qui ne retiennent pas l'eau - prétendant qu'il y trouvera les sources de la sagesse, alors qu'en vérité elles ne contiennent rien -, Chlomo lui dit : tu possèdes ta propre citerne, les eaux de la sagesse et de la connaissance, et c'est de là que tu pourras puiser des eaux pures et limpides. Pourquoi irais-tu creuser des citernes crevassées ?

Et quelle est la différence entre « ta citerne » (borekha) et « ton puits » (be'erekha) ? (Leur réunion forme d'ailleurs le mot « ton Créateur », Borekha.) Le Malbim explique : une citerne (bor) contient des eaux recueillies, comme l'eau de pluie ; on creuse une fosse pour y amasser des eaux venues du dehors. Un puits (béer), en revanche, renferme une eau jaillissante, comme une source : on creuse jusqu'à atteindre la nappe phréatique là où l'on sait qu'elle se trouve, et l'eau monte d'elle-même. Le puits s'alimente de lui-même, tandis que la citerne se remplit d'eaux venues de l'extérieur.

Dans le sens allégorique : au début, l'apprentissage de la sagesse est comparable aux eaux recueillies d'une citerne, car au point de départ, l'homme ne peut déduire la sagesse par lui-même. La sagesse, il faut la recevoir. Le discernement entre le juste et l'injuste, entre le convenable et l'inapproprié, entre l'avarice et la prodigalité, entre la colère et la sérénité - ce sur quoi repose la notion même de sagesse -, nul ne peut l'acquérir de son propre chef ; on la reçoit de la bouche d'un prophète. Seul un prophète peut nous indiquer quelle est la voie de la sagesse, ce qu'Hachem attend de l'homme et quel est le service divin authentique. C'est pourquoi, au départ, tu dois agir comme une citerne : préparer un réceptacle et recevoir. « Par moi-même » ? Non. Si tu commences par toi-même, tu aboutiras à des égarements, car il est impossible de parvenir aux voies de la sagesse par ses seules forces.

Mais par la suite : « et les eaux vives qui jaillissent du milieu de ton puits ». Dès lors que tu possèdes les fondements de la sagesse, tu accèdes au stade de la tévouna (l'intelligence réflexive) : observer, déduire et comprendre une chose à partir d'une autre, jusqu'à devenir toi-même comme une source jaillissante. Et que signifie le terme de « nozlim » (eaux qui débordent) ? Lorsqu'on dit d'un verre qu'il déborde, cela signifie que la boisson est montée jusqu'à s'écouler au-dehors. Il en va de même pour la sagesse : après en avoir reçu les fondements de la bouche d'un prophète, elle grandira et se développera en toi à tel point qu'elle commencera à déborder vers l'extérieur - à force d'approfondir les enseignements et de les méditer, les 'hidouchim (développements novateurs de la Torah) se multiplieront et s'élèveront en toi.

Que tes sources se répandent au-dehors - L'extérieur et la place publique
יָפוּצוּ מַעְיְנֹתֶיךָ חוּצָה בָּרְחֹבוֹת פַּלְגֵי־מָיִם׃ - Que tes sources se répandent au-dehors, des ruisseaux d'eau sur les places publiques !

« Que tes sources se répandent au-dehors » : c'est l'enseignement qu'il dispense par l'étude approfondie des voies de la sagesse, à ses enfants et à ses disciples. Puis vient : « des ruisseaux d'eau sur les places publiques ». Et quelle est la différence entre le « dehors » ('houts) et la « place » (re'hov) ? Le Malbim l'explique, et nous l'avons déjà vu : le « dehors » désigne l'espace situé derrière les maisons, une sorte d'arrière-cour où ne se trouvent que les gens de sa maisonnée. La « place » est le large espace situé devant les habitations, le domaine public, ce que nous appelons aujourd'hui la rue. Ainsi, dans un premier temps, « que tes sources se répandent au-dehors » concerne tes enfants et tes élèves ; puis, dans un second temps, « des ruisseaux d'eau sur les places publiques », jusqu'à atteindre la sphère publique où tous s'abreuveront de sa sagesse - des eaux qui se divisent en ruisseaux et se diffusent en tous sens, devenant comme une source jaillissante et un fleuve intarissable dont chacun tire profit.

C'est précisément ce que dit la Guémara à propos du jeune érudit (tsourba mérabanan), qu'il ressemble à une graine cachée sous une motte de terre : au début, elle fait à peine poindre une minuscule tige, puis, lorsqu'elle grandit, on découvre un arbre vaste et élevé. Il en va de même pour le talmid 'hakham : au départ, on se demande où il est, nul n'a entendu parler de lui, deux ans plus tôt personne ne le connaissait ; et soudain, « que tes sources se répandent au-dehors, des ruisseaux d'eau sur les places publiques » - un flot d'eau inonde les rues, et chacun découvre et reconnaît la grandeur de sa sagesse.

יִהְיוּ־לְךָ לְבַדֶּךָ וְאֵין לְזָרִים אִתָּךְ׃ - Qu'ils soient pour toi seul, et non pour des étrangers avec toi.

Bien que les sources de la sagesse se diffusent au-dehors, sache que ces enseignements seront cités en ton nom : « Ainsi a dit tel maître », « ainsi a dit Rav Houna », « ainsi a dit Rav Pappa » - et par conséquent, la récompense de la sagesse te reviendra à toi seul. Et que signifie : « et non pour des étrangers avec toi » ? Même si tes disciples sont ceux qui propagent ta sagesse et qu'ils ont une part de salaire avec toi, ils ne sont pas des étrangers : les disciples d'un homme sont considérés comme ses enfants, à l'image du verset : « les fils des prophètes ». Les étrangers n'auront aucune part à ce mérite ; il n'appartiendra qu'à toi et à tes disciples, qui sont tes enfants.

Que ta source soit bénie - la joie avec la femme de ta jeunesse
יְהִי־מְקוֹרְךָ בָרוּךְ וּשְׂמַח מֵאֵשֶׁת נְעוּרֶךָ׃ - Que ta source soit bénie, et réjouis-toi de la femme de ta jeunesse.

Le mot « source » (makor) désigne toujours le point d'où jaillit le ruisseau : l'eau sort de sa source et s'écoule vers l'extérieur, la partie inférieure étant appelée la source. Au sens allégorique : que ton intellect soit béni, afin que tu reçoives d'Hachem une saine intelligence. « Et réjouis-toi de la femme de ta jeunesse » - cette Torah pour laquelle tu as peiné dans ta jeunesse, dans laquelle tu as investi tant d'efforts et de labeur, c'est d'elle à présent que tu tireras de la joie.

En effet, au début de l'étude, l'homme ne voit que l'obscurité. La Guémara dit à propos du verset « et l'obscurité couvrait l'abîme » qu'il s'agit du Talmud de Babylone. Pourquoi ? Parce que lorsqu'on commence à étudier, on ne comprend pas qui parle à qui, ce que la Guémara demande, ce que signifie telle notion - c'est une grande obscurité. Jusqu'à ce que l'on peine, que l'on se fatigue et que l'on approfondisse les Richonim et les Aharonim, jusqu'à ce que tout devienne clair et limpide, et alors « le peuple qui marchait dans l'obscurité a vu une grande lumière ». Il en va de même pour le labeur de la Torah : lisez les biographies des grands maîtres, vous verrez dans quelle pauvreté et quelle précarité ils vivaient à leurs débuts. Cet homme auprès de qui l'on fait aujourd'hui la queue pour lui faire des dons, le soutenir et l'aider - lorsqu'on lit son histoire à ses débuts, on découvre dans quel dénuement il vivait et combien il a dû lutter. C'est ainsi au commencement. Et c'est ce que dit le verset : « Et réjouis-toi de la femme de ta jeunesse » - cette compagne de jeunesse avec laquelle la situation était alors si difficile, le moment est venu de te réjouir en elle ; cette Torah que tu as acquise dans ta jeunesse, le moment est venu d'en goûter la joie.

Biche aimée et gracieuse chevrette
אַיֶּלֶת אֲהָבִים וְיַעֲלַת־חֵן דַּדֶּיהָ יְרַוֻּךָ בְכׇל־עֵת בְּאַהֲבָתָהּ תִּשְׁגֶּה תָמִיד׃ - Biche aimée et gracieuse chevrette, que ses charmes te désaltèrent en tout temps, et sois constamment épris de son amour.

Deux sortes d'animaux sont mentionnées ici : la biche (ayala) et la chevrette de montagne (ya'ala). Le Malbim explique qu'elles vivent toutes deux sur les rochers, et que toutes deux ont la matrice étroite, comme il est écrit : « Sais-tu le temps où les chevrettes des rochers mettent bas ? Observes-tu l'enfantement des biches ? », ainsi que nous l'avons appris dans le livre de Iyov. La biche éveille l'amour et la chevrette suscite la grâce, et comme leur matrice est étroite, cela exprime une intensité de désir au moment de l'union.

Il compare la sagesse suprême à la chevrette et à la biche : leur course est agile et rapide, et la sagesse provient d'un lieu élevé - l'homme ne peut acquérir la sagesse par lui-même, mais d'une source élevée, d'en Haut. « Et elle est vive dans ses conceptions » - par la force de la sagesse, l'homme saisit chaque chose avec une grande célérité et comprend les notions avec aisance. « Et elle suscite l'amour et la grâce » - et comme cela a été expliqué plus haut, celui qui possède la sagesse divine trouve grâce et saine intelligence aux yeux de D.ieu et des hommes ; ses paroles sont écoutées et acceptées, empreintes de logique et de finesse d'esprit, car la sagesse divine est le bon sens même et la logique la plus pure.

En parallèle à la « gracieuse chevrette », il dit : « Que ses charmes te désaltèrent en tout temps ». Certains commentateurs expliquent que les seins (dadéha) font référence à la poitrine, mais le Malbim soutient, et l'explique ainsi en plusieurs endroits, que ce terme fait référence au lieu de l'union, c'est-à-dire qu'elle suscite la grâce au moment de l'union. Et en parallèle à la « biche aimée », il dit : « Sois constamment épris de son amour » - même en dehors des moments d'union. Quant au mot « tichgué » (souvent traduit par s'égarer ou s'enivrer), le Malbim l'explique à l'instar de « tisgué », de la racine araméenne sagi qui signifie abondant ou nombreux : que son amour grandisse et se multiplie constamment auprès de toi.

Et voici l'allégorie : lorsque l'homme s'attache à la sagesse, « que ses charmes te désaltèrent en tout temps » - il s'en abreuve constamment et y découvre de nouveaux éclairages (hidouchim), il l'approfondit et l'étudie sans cesse, et dans ce qu'il a déjà appris, il trouve chaque fois quelque chose de neuf. Comme le dit la Guémara, la Torah est comparée au figuier : chaque fois qu'on le palpe, on y trouve des figues mûres. En effet, la figue ne mûrit pas d'un coup, mais peu à peu au fil des jours, et chaque fois qu'on cherche, on en découvre. Il en va de même dans la Torah : un homme qui a étudié une souguiya et y a apporté des éclairages nouveaux, lorsqu'il l'étudie à nouveau, y découvre de nouveaux aspects et d'autres idées admirables. C'est le sens de « que ses charmes te désaltèrent en tout temps » - bien que tu aies déjà été désaltéré, tu y trouves une plénitude nouvelle.

Et même lorsque l'on ne produit pas de nouveautés, « sois constamment épris de son amour » : par excès d'amour pour elle, on révise ce que l'on a déjà appris, on y revient et on le répète inlassablement. On rapporte ainsi au nom du Gaon de Vilna qu'il témoignait de lui-même que, par son immense amour de la Torah, il aurait été capable d'étudier une seule et même Michna toute sa vie. Et qui donc est capable de répéter ainsi une Michna ? Lorsqu'on termine un chapitre et que l'on propose de réviser, on entend souvent : « Laisse tomber, avançons ! » L'homme aime la nouveauté, non seulement dans les nouvelles du jour, mais aussi dans l'étude. Pourtant, celui qui étudie sans réviser est comparable à celui qui sème sans récolter. C'est là une véritable difficulté pour l'homme.

On raconte à propos de l'auteur du Sifté Cohen, le Chakh, que l'un des grands d'Israël de son époque, qui avait lui aussi rédigé un ouvrage, lui demanda : « Par quel mérite le Rav a-t-il vu ses livres se diffuser à ce point dans le monde ? » (Car tout le monde des yéchivot les étudie, et quiconque étudie le Choulhan Aroukh le fait nécessairement avec le Chakh.) Le Chakh lui demanda : « Lorsque vous terminez une journée d'étude, que faites-vous ? » L'autre répondit : « Je résume tous les points nouveaux que j'ai dégagés aujourd'hui et je les consigne par écrit. - Et le lendemain ? - Le lendemain, je commence une nouvelle halakha ou une nouvelle règle, je l'examine, je l'étudie en profondeur et je la mets par écrit. » Le Chakh lui dit alors : « Pour ma part, je ne fais pas ainsi. Après avoir fini d'étudier et d'avoir consigné les choses par écrit, le lendemain, je révise tout ce que j'ai appris la veille, et je m'assure que tout ce que j'avais compris hier était parfaitement exact. »

L'un des grands d'Israël disait : mon mauvais penchant dans l'étude ne consiste pas à aller flâner dans la rue - mon mauvais penchant, c'est de devoir réviser ce que j'ai appris hier. Et c'est en effet une vraie difficulté : nous avons appris cela, passons plutôt à du nouveau ! À ce propos, le Gaon de Vilna disait que, par son immense amour de la Torah, il était capable d'étudier toute sa vie une seule et unique Michna. Mesurons la portée de cette parole : pour nous, relire la Michna une deuxième fois permet de mieux la comprendre, et une troisième fois encore mieux ; mais le Gaon de Vilna, ce que nous comprenons à la millième lecture, il l'avait déjà saisi dès la première. Qu'avait-il donc encore à y apprendre ? C'est un génie inconcevable, et pourtant, telle est l'essence même de l'amour de la Torah.

Un jour, Rabbi 'Haïm de Volozhin vint le trouver et lui dit : j'aimerais que le Maître m'interroge sur le traité Soukka. Le Gaon lui demanda : combien de fois l'as-tu étudié ? Il répondit : quarante fois. Et pourtant, le Gaon lui dit : cela ne suffit pas. Il demanda : alors combien, cent et une fois ? Il lui répondit : toute sa vie, l'homme est tenu de « s'arrêter et de restituer ». Cette expression s'applique à un objet perdu : si quelqu'un a rendu un objet égaré et que celui-ci s'échappe à nouveau, il a le devoir de le restituer encore et encore, selon le précepte « tu devras fidèlement le lui restituer » (Hachev techivem). Il en va de même pour l'étude de la Torah : toute sa vie durant, l'homme doit s'arrêter et réviser, reprendre et mémoriser sans cesse. C'est alors seulement, lui dit-il, que tu parviendras à la véritable connaissance de la Torah. Rabbi 'Haïm demanda : et qu'est-ce que la connaissance de la Torah ? Le Gaon lui demanda alors : combien y a-t-il de controverses entre Abbayé et Rava dans le traité Soukka ? Combien de cabanes sont cachères et combien sont passoul (invalides) ? Et il commença à lui poser une série de questions. Puis le Gaon s'assit et les lui énuméra une à une : tant de soukkot invalides - selon la valeur numérique du mot « Soukka » écrit avec un Vav ; et tant de soukkot valides - selon la valeur numérique de « Soukka » sans Vav. De même, il lui compta toutes les controverses du traité, celle d'un tel et celle d'un tel. Voilà ce qui s'appelle savoir. Certes, pour cela, il faut être le Gaon de Vilna ; mais le point essentiel est que même celui qui a déjà tout parfaitement assimilé dès la première fois continue de réviser et de répéter. C'est là le sens de : « ses seins t'abreuveront en tout temps, dans son amour tu t'égareras sans cesse » : un amour si grand que, même lorsqu'il n'y a plus aucune nouveauté, par la force de cet amour, on révise, on reprend et on répète sans fin.

L'étrangère et l'inconnue - Les sagesses profanes et l'hérésie
וְלָמָּה תִשְׁגֶּה בְנִי בְזָרָה וּתְחַבֵּק חֵק נׇכְרִיָּה׃ - Pourquoi donc t'égarerais-tu, mon fils, avec une étrangère, et embrasserais-tu le sein d'une inconnue ?

« Pourquoi donc t'égarerais-tu, mon fils, avec une étrangère » - avec une femme étrangère ; et non content de cela, tu aggraves ton égarement en étreignant le sein d'une inconnue, pire encore que l'étrangère : l'étrangère (zara) est une femme qui n'est pas la sienne ; l'inconnue (nokkriya) est une non-juive, attachée à une divinité étrangère. Sur le plan allégorique : l'étrangère représente les sagesses trompeuses, celles qui détournent le bon sens et l'écartent de la vraie sagesse, celle de la Torah. Le terme « tichegué » peut s'entendre au sens d'erreur involontaire, s'égarer en chemin, ou au sens de s'absorber intensivement dans leur étude. Penserais-tu vraiment y trouver une quelconque utilité ? La véritable sagesse et le discernement ne se trouvent que dans la Torah d'Hachem. Quant à « l'inconnue », ce sont les doctrines hérétiques et l'athéisme, qu'on finit par embrasser. Comment en arrive-t-on là ? Parce que si l'on s'égare avec l'étrangère, on finit inévitablement par étreindre le sein de l'inconnue : cela commence par l'étude de leurs philosophies profanes et s'achève par l'adhésion à leur hérésie.

Sous le regard d'Hachem - Le chemin direct et le détour
כִּי נֹכַח עֵינֵי יְהֹוָה דַּרְכֵי־אִישׁ וְכׇל־מַעְגְּלֹתָיו מְפַלֵּס׃ - Car les voies de l'homme sont sous les yeux d'Hachem, et Il pèse tous ses sentiers.

La voie (dérekh), comme nous l'avons précisé, est le droit chemin. Le sentier ou détour (ma'agal), comme expliqué au début du chapitre, est la route indirecte menant à la destination finale où l'on doit aboutir. Et pour s'assurer d'arriver exactement au but, il faut un niveau (pélès) - cet instrument de mesure garantissant que l'on parviendra bien à la bonne destination.

C'est pourquoi le verset affirme : sache que « les voies de l'homme » - l'orientation spirituelle et la conduite droite de l'homme - sont devant les yeux d'Hachem. Le Saint, béni soit-Il, trace pour toi une voie conforme à la sainte Torah : « tu leur feras connaître le chemin dans lequel ils doivent marcher » ; la voie juste et directe dans le service divin est toujours devant Hachem. Étudie les paroles de la Torah, et la Torah redressera tes voies. « Et Il pèse tous ses sentiers » - même s'il t'arrive parfois de devoir t'écarter du droit chemin, comme nous l'avons expliqué précédemment : il arrive que l'on adopte une conduite de piété rigoureuse en agissant au-delà de la stricte obligation de la loi, ou qu'il faille temporairement déroger à une prescription en raison d'une urgence spirituelle, à l'image d'Élie sur le mont Carmel qui offrit des sacrifices en dehors du Temple. C'est ce qu'on appelle un « ma'agal », un détour par rapport à la voie directe. Mais puisque ton intention demeure constamment le service d'Hachem et Sa voie, le Saint, béni soit-Il, aplanit et ajuste ces détours : Il veille à ce que cette déviation te ramène sur le droit chemin pour atteindre le but escompté, à la différence de celui qui s'engage dans un détour et y reste irrémédiablement piégé.

Iniquité et faute - Comment le fauteur est pris au piège
עֲוֺנוֹתָיו יִלְכְּדֻנוֹ אֶת־הָרָשָׁע וּבְחַבְלֵי חַטָּאתוֹ יִתָּמֵךְ׃ - Le méchant sera capturé par ses propres iniquités, et retenu par les cordes de son péché.

Nous avons vu que les bonnes voies sont sous le regard d'Hachem, et qu'Hachem aide l'homme qui cherche à se purifier pour marcher sur le bon chemin. À présent, le texte précise : sache que les voies de l'impie ne procèdent pas d'Hachem. Et qui donc le prend au piège ? Ses propres iniquités. À celui qui vient pour se purifier, on prête assistance, et le Saint, béni soit-Il, aplanit ses détours ; mais à celui qui vient pour se souiller, on ouvre la voie, et le méchant, par ce chemin tortueux, s'enfonce dans l'impureté.

Remarquons qu'il y a ici le terme « avon » (iniquité délibérée) et le terme « 'hatat » (péché), selon un principe que le Malbim explique à travers tout le Tanakh : l'avon vient de la racine ivout (déformation, perversion) et désigne l'égarement de l'esprit, la déviation intellectuelle ; le 'het désigne généralement une faute par inadvertance, ou l'acte concret lui-même - un manquement dans l'action. Pourquoi l'homme pèche-t-il d'ordinaire ? Parce que le désir l'a submergé, et il a donc fauté, ce qui est considéré comme une sorte d'inadvertance, son mauvais penchant l'ayant contraint. Mais que se passe-t-il lorsque l'homme s'enfonce dans le péché ? Il refuse de se voir comme un être faible et sans consistance, alors il mobilise son intellect pour prouver que ce qu'il fait est juste. Ainsi, d'une simple faiblesse - « Que pouvais-je faire ? Le mauvais penchant m'a vaincu » -, il devient un homme animé d'une idéologie hérétique. Il cesse d'invoquer son penchant pour s'excuser et commence à affirmer : « Quel mal y a-t-il à cela ? C'est ainsi qu'il faut agir. » L'homme cherche toujours à se justifier.

Il s'ensuit que le péché conduit à l'iniquité, et l'iniquité est bien plus grave, car elle constitue une perversion de l'esprit. Le péché ne relève que des instruments de l'action, et l'on peut dire à son sujet que son penchant l'a dominé ; mais lorsque vient l'iniquité, c'est l'idéologie elle-même qui se fausse, ce qui est particulièrement redoutable, car la raison et le discernement sont alors corrompus. C'est le sens de « et par les cordes de son péché il sera saisi » : qu'est-ce qui le retient prisonnier du péché ? C'est l'iniquité, qui confère une caution idéologique à sa faute. Si, auparavant, il péchait par faiblesse, désormais, armé de cette idéologie, ce qui n'était qu'un manquement toléré à regret devient la règle à suivre : « C'est ainsi qu'il faut agir ». Et comment en arrive-t-on là ? Par l'accoutumance : à force de s'habituer à l'hérésie et au reniement, ces égarements finissent par devenir chez lui des principes fondamentaux.

Il mourra faute de discipline
הוּא יָמוּת בְּאֵין מוּסָר וּבְרֹב אִוַּלְתּוֹ יִשְׁגֶּה׃ - Il mourra faute de discipline, et par l'excès de sa folie il s'égarera.

En fin de compte, il mourra faute de discipline : il n'est plus capable d'accepter la moindre réprimande. Et qu'est-ce que le Moussar ? Nous l'avons expliqué : ce sont les épreuves, ainsi que la crainte inspirée par les châtiments venant d'Hachem. Or, même si on le punit, il n'en tire aucune leçon. Pourquoi ? « Et par l'excès de sa folie il s'égarera », car il reste obstinément attaché à sa sottise.

Et nous avons expliqué la différence entre un insensé (évil) et un sot (kessil) : évil dérive de la notion de « oulaï » (peut-être) ; c'est le sceptique invétéré. Quoi qu'on lui dise - il y a un Créateur au monde, il existe des preuves -, il rétorque : « Qui l'a prouvé ? Ce n'est pas certain, ce n'est pas absolu, il n'y a pas de preuve formelle. » Tel est l'insensé : un homme qui instille sur chaque chose le doute du « peut-être ». C'est pourquoi il refuse d'admettre que le châtiment relève de la Providence. Il y a pourtant là une leçon évidente : pourquoi ne l'acceptes-tu pas ? Mais il se dit : peut-être est-ce une simple coïncidence, peut-être me trouvais-je là par pur hasard au mauvais moment. C'est précisément ce qui l'empêche de recevoir le Moussar et d'en comprendre le message : « Par l'excès de sa folie il s'égarera » - il s'égare à la suite de sa sottise en prétendant que tout n'est que hasard, qu'il n'y a nulle Providence et aucune preuve de l'erreur de sa voie ; dès lors, sa fin sera de mourir faute de réprimande.

En résumé :

Dans cette partie du chapitre, le roi Salomon dépeint les regrets amers de celui qui a haï la réprimande et méprisé le reproche, qui n'a écouté ni ses maîtres ni ses éducateurs, et qui a sacrifié, pour un plaisir minime et éphémère, toutes les vérités et le monde futur - et ce, publiquement, au sein de l'assemblée et de la communauté. Face à cela, il trace la voie authentique : « Bois l'eau de ta citerne » - reçois d'abord les fondements de la sagesse à sa source même, de la bouche du prophète et de la Torah, et tu deviendras ensuite semblable à un puits jaillissant, au point que tes sources se répandront au-dehors et formeront des ruisseaux sur les places publiques, et que ces enseignements porteront ton nom. Réjouis-toi de la femme de ta jeunesse, de cette Torah pour laquelle tu as peiné dans la précarité et l'obscurité des débuts, et attache-toi à elle avec ferveur : « que ses charmes t'enivrent en tout temps » - par les profondeurs qui se révèlent à chaque étude, « sois sans cesse épris de son amour » - par la révision constante et passionnée. Ne t'égare pas auprès d'une étrangère, dans ces sagesses trompeuses dont l'issue n'est autre que l'étreinte d'une inconnue. Car les voies de l'homme sont sous les yeux d'Hachem, et Il aplanit les sentiers de celui qui marche vers Lui ; quant au méchant, ses propres fautes le capturent, son péché s'enracine dans la déviation de son intellect, et dans sa folie qui attribue tout au hasard, il s'interdit à jamais de tirer leçon de la réprimande.