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Chapitre 21 - Le cœur du roi dans la main d'Hachem - Partie 7

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Le chapitre qui s'ouvre à nous poursuit sur un fondement essentiel de ce monde : le regard juste à porter sur le méchant et sur le juste, sur le succès de l'un et sur la quiétude de l'autre. Dans ce cours, nous nous arrêterons sur trois versets : la capacité du juste à percer à jour le méchant et à discerner ses véritables intentions finales, le châtiment de celui qui ferme son oreille au cri de l'indigent, et la force de la tsédaka accomplie en secret.

« מַשְׂכִּיל צַדִּיק לְבֵית רָשָׁע » - Le juste connaît toutes les combines
מַשְׂכִּיל צַדִּיק לְבֵית רָשָׁע מְסַלֵּף רְשָׁעִים לָרָע׃ (יב) - Le juste observe la maison du méchant ; Il renverse les méchants pour leur malheur.

Une première explication de ce verset : le juste observe avec perspicacité la maison de l'impie, ses ruses, les machinations de son cœur et ses fins ultimes. Et puisque le juste comprend et discerne le but caché des méchants et connaît leur nature, il déjoue leurs plans, les fait dévier et triomphe d'eux.

On raconte à propos du 'Hazon Ich qu'un Juif des États-Unis, membre d'une communauté locale, vint un jour le consulter sur un certain sujet. Tout en parlant, l'homme tenait une lettre dans une enveloppe et commença à la pousser sur la table en direction du 'Hazon Ich. Le 'Hazon Ich continua la conversation tout en repoussant l'enveloppe vers son interlocuteur. L'homme poursuivit et repoussa l'enveloppe vers le 'Hazon Ich, qui la lui renvoya aussitôt. L'homme n'ayant pas compris, la poussa une troisième fois. Le 'Hazon Ich lui dit alors : « Rendez-moi service, remettez cela dans votre poche, sinon nous ne pourrons pas continuer à discuter. » Il comprit enfin, sous le choc, prit la lettre, la glissa dans sa poche, dit ce qu'il avait à dire, puis prit congé.

Un familier du 'Hazon Ich, témoin de toute la scène, s'étonna : que s'est-il passé ici ? Le 'Hazon Ich lui expliqua : il s'agit d'une communauté aux États-Unis confrontée à un problème particulier, et ils voulaient que je prenne position et donne mon avis. Ils m'ont envoyé une lettre à laquelle je n'ai pas répondu, puis une autre, restée également sans réponse. La raison pour laquelle je n'ai pas répondu est que je connais ce genre d'individus et je sais qu'ils ne cherchent qu'une réaction de ma part. Dès l'instant où je réagirai, ils sauront déformer mes propos et me faire dire ce que je n'ai jamais dit. Par exemple : « La lettre a été soumise au 'Hazon Ich ». Ils ne diront pas que je m'y suis opposé, seulement que la lettre a été portée à mes yeux. Les manipulateurs ne manquent pas d'astuces pour faire dire des absurdités aux Guedolê Israël (grands maîtres d'Israël). Sachant de quoi il retournait et devinant leurs intentions, je ne voulais faire absolument aucun commentaire sur cette lettre, sous aucune forme. Voyant mon silence, ils ont envoyé ici un émissaire pour me remettre la lettre en main propre, afin de pouvoir prétendre que le 'Hazon Ich l'a eue sous les yeux et ne s'y est pas formellement opposé. On trouve toujours des moyens de déformer la réalité.

On raconte qu'il y eut autrefois une course entre un coureur américain et un coureur russe, remportée par l'Américain. En Amérique, les journaux titrèrent que le coureur américain avait gagné la course. En Russie, il fallait aussi publier les résultats ; ils écrivirent donc : lors de la course d'hier opposant le coureur américain au coureur russe, le coureur russe a décroché la deuxième place, tandis que l'Américain a terminé avant-dernier ! Ne sont-ce pas des faits réels ? Tout est rigoureusement exact. Seulement, avec les faits, on peut toujours jouer, manipuler la façon de les formuler et la manière de présenter les choses. C'est précisément ce que redoutait le 'Hazon Ich, et c'est pourquoi il repoussa la lettre : afin qu'ils ne puissent même pas prétendre qu'elle lui était passée entre les mains.

Une semaine plus tard, le familier du 'Hazon Ich croisa ce même homme à Tel-Aviv. Ce dernier lui dit : « Sachez-le, le 'Hazon Ich est d'une immense sagesse. » Il lui demanda pourquoi. L'homme répondit : « Nous avons un problème complexe, et nous voulions au moins que le 'Hazon Ich y prête attention, qu'il dise un mot, pour que nous puissions affirmer qu'il l'avait vu de ses yeux. Or, il n'a même pas consenti à ce que la lettre lui parvienne ! » Le familier répliqua : « Il est bien plus sage encore que vous ne le pensez, car il avait déjà percé à jour votre stratagème. Il savait absolument tout. »

Certains s'imaginent que le sage vit déconnecté des réalités du monde, et qu'il ne comprend rien aux manigances ni aux subterfuges. De telles personnes ignorent une chose élémentaire : elles n'ont tout simplement jamais étudié la Guémara. Car si elles avaient étudié la Guémara, elles sauraient que le sage connaît toutes les ruses imaginables. Sur quoi repose la Guémara ? Elle est en constante confrontation avec les imposteurs et les fraudeurs. Tous les traités de Baba Kama, Baba Metsia et Baba Batra, sur quoi portent leurs débats ? Si l'un prétend ceci, l'autre répliquera cela ; et s'il cherche à tricher ainsi, pourquoi devrions-nous le croire ? Parce qu'il dispose d'un « migo » (crois-moi sur cette affirmation, car si j'avais voulu mentir, j'aurais pu présenter un argument bien plus avantageux). Un tricheur bénéficie-t-il d'un migo ou non ? Toute la Guémara traite des ruses, des plaidoyers d'escrocs et de combinards, et analyse : peut-être qu'en formulant cette réclamation, il vise en réalité autre chose, et qu'il a avancé cet argument uniquement pour qu'on le croie sur un autre point ? Tout est fondé sur une pénétration d'esprit aiguë, une observation minutieuse et la capacité à sonder le fond de la pensée du trompeur. La Guémara expose également toutes les techniques des faussaires, les diverses formes de fraude commerciale, la façon dont certains trafiquaient les poids et mesures, au point où les Sages déclarèrent : « Malheur à moi si je le révèle, malheur à moi si je ne le révèle pas » : si je le révèle, j'enseigne des procédés aux fraudeurs ; si je ne le révèle pas, des innocents se feront berner sans même s'en apercevoir. Les Sages sont experts en tout cela.

Dans le même esprit, le Rav de Brisk dit un jour au Rav Amram Blau - qui participait aux manifestations contre la profanation du Chabbath à Jérusalem, lors de l'ouverture du cinéma le Chabbath et d'autres incidents, et qui se faisait battre sans jamais rien craindre de personne : « Vous êtes un sioniste. » Or, pour le Rav Amram Blau, l'une des figures de proue des Zélotes, c'était le pire des anathèmes. Il demanda : « Comment le Rav peut-il me considérer comme un sioniste ? » Le Rav lui répondit : « Si vous allez manifester, c'est que vous estimez qu'ils ne vous tueront pas. À Kiev, seriez-vous sorti manifester contre un policier russe ? Là-bas, vous saviez pertinemment qu'on vous aurait tranché la tête. Tandis qu'ici, vous vous dites : ce sont des Juifs, ils ne me feront rien. C'est la preuve que vous leur faites confiance, et cela, c'est être sioniste. »

Et pourtant, n'ont-ils pas tué ? A-t-on manqué de personnes gênantes qui furent éliminées ? Celui qui en savait trop, ne l'a-t-on pas retrouvé mort dans sa cellule dès que son affaire a éclaté ? N'a-t-on pas connu ici l'époque de la Saison ? Le juste connaît les agissements des impies, sait de quoi ils sont capables, et ne prête pas un seul instant à leurs actes une intention bienveillante. Il sait qu'il n'y a pas d'illusions à se faire : si quelqu'un dérange, qu'il s'appelle docteur ou professeur, ou qu'il tente de négocier la paix sans leur aval, il sera liquidé. Il faut savoir qu'ils sont prêts à aller jusqu'au meurtre, comme l'affirmait Avraham Avinou : « Il n'y a assurément point de crainte de D.ieu en ce lieu, et ils me tueront ». Le juste connaît tous les rouages de la malice ; nul ne peut rien lui apprendre à ce sujet. Penser que, sous prétexte d'être un tsaddik enfermé dans les quatre coudées de la Halakha, il ne comprend rien aux intrigues, relève de la naïveté dans le meilleur des cas, ou de la duplicité dans le pire.

Le Gaon de Vilna : Le juste éclaire les membres de la maison, tandis que les méchants se dénaturent dans le mal

Le Gaon de Vilna explique : « Maskil » signifie qu'il enseigne par la voie de la sagesse et de l'intelligence. Le juste enseigne aux enfants de la maison du méchant tant qu'ils sont encore jeunes, et les instruit dans le droit chemin. C'est le sens de « Le juste rend sage la maison du méchant ». Mais s'ils refusent de se soumettre et se moquent de lui, c'est-à-dire les impies eux-mêmes, alors « Il précipite les méchants dans le malheur » : Il les égare pour leur propre ruine.

Nous avons déjà rapporté ce que le Gaon de Vilna enseigne ailleurs, un principe exposé à plusieurs reprises : lorsqu'un juste entreprend de faire revenir un impie dans le droit chemin, deux dénouements s'ouvrent à lui. Soit cet impie fait téchouva, et l'on a alors le privilège de s'associer à toutes les mitsvot qu'il accomplira désormais, car tout le bien qu'il fait provient de notre influence - comme il est dit : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme Ma bouche » -, accédant ainsi à des niveaux spirituels immenses. Soit il refuse de revenir, et l'on est tenté de se désoler : « Qu'ai-je accompli ? J'ai perdu deux heures, deux jours entiers, et rien n'est sorti de cet homme ! » Ne vous inquiétez pas, enseignent les kabbalistes : sachez que par le seul fait de lui avoir parlé et d'avoir essayé de le convaincre, les étincelles de sainteté qui reposaient encore en lui le quittent pour s'attacher à vous, tandis que les étincelles de forces obscures qui se trouvaient en vous s'échappent pour s'attacher à lui. En clair : il s'agit d'un investissement toujours rentable. S'il a fait téchouva, vous avez gagné ; s'il n'a pas fait téchouva, vous avez extrait de lui les étincelles de sainteté qu'il recélait, et il a absorbé en retour vos étincelles d'impureté.

On a pu remarquer autrefois, avec une touche d'ironie bienveillante, que cela permet de juger favorablement ceux qui affirment : « Moi, je ne vais pas aux conférences, je ne fréquente pas les rabbins qui incitent au repentir ! » Ils pourraient dire : « Il me reste au moins quelques étincelles de sainteté, laissez-les-moi encore un peu ! Voulez-vous que ce rabbin vienne aussi me les prendre ? » Au moins, ils tiennent à les garder... Quoi qu'il en soit, voilà ce qu'enseigne ici le Gaon de Vilna : « Le juste rend sage la maison du méchant », c'est-à-dire qu'il instruit les fils du méchant et leur enseigne la Torah ; mais envers les méchants endurcis qui refusent tout repentir, « Il précipite les méchants dans le malheur » : il fait en sorte qu'il ne reste en eux que le mal, car le bien qu'ils possédaient a déjà été puisé et recueilli, ne laissant place qu'aux étincelles d'impureté et de ténèbres.

Le Ralbag : la réussite de la maison de l'impie provient du mérite du juste

Le Ralbag explique : « Maskil tsaddik levêt racha » - le juste apporte la prospérité dans la maison du méchant, à l'image de Yaakov Avinou qui prospéra chez Laban. La maisonnée de Laban s'enrichit et connut le succès grâce à la présence de Yaakov, ainsi que Laban l'admit lui-même : « J'ai deviné que l'Éternel m'a béni à cause de toi », toute ma réussite te revient. Et ce succès est sans le moindre doute imputable au seul mérite du juste. En effet, lorsque Yaakov arriva chez Laban, ce dernier n'avait même pas un berger pour son troupeau et devait envoyer ses propres filles mener paître les bêtes, n'ayant point de fils à l'époque. Et quel étranger aurait bien voulu garder le troupeau de Laban, sachant pertinemment que l'affaire tournerait mal ? Dès l'arrivée de Yaakov, tout prospéra en abondance.

Et quelle est la conséquence d'une telle prospérité ? « Il précipite les méchants dans le malheur ». Cette réussite aveugle les impies, fausse leur jugement et les entraîne sur une pente néfaste. Le méchant s'écrie : « Vous voyez bien que je réussis ! Vous voyez bien que tout va pour le mieux chez moi et que rien ne me manque ? Ne venez pas me faire la morale sur ce qui déplaît à Dieu : les faits parlent d'eux-mêmes et prouvent que celui qui agit mal prospère ! » Mais d'où provient en réalité ce succès ? « Le juste apporte le succès à la maison du méchant » - la réussite émane en vérité du juste qui réside chez l'impie, c'est lui qui attire la bénédiction sur cette maison. Or, cette prospérité illusoire finit par précipiter les méchants dans le malheur, car elle les conforte dans leurs fautes et les pousse à persévérer dans leur voie dépravée.

Le Ralbag propose une autre explication : « Le juste fait prospérer la maison du méchant » - le bien s'attache parfois aux méchants par le mérite de leurs ancêtres. Si l'on a eu un grand-père tsaddik ou un aïeul particulièrement pieux, ce juste a laissé une empreinte spirituelle dans la famille de cet impie, et c'est par lui que vient toute la réussite présente. Et cela « égare les méchants pour leur perte », car ils s'imaginent à tort que leur succès est le fruit de leur propre perversité.

Le Malbim : la quiétude apparente de l'impie est sa propre perte

Le Malbim explique : même lorsque la maison de l'impie baigne dans la quiétude, que tout semble lui réussir sans rupture, sans exil et sans cris de détresse dans ses rues, n'oublions pas qu'il s'agit de la maison d'un méchant. Le terme « maison » indique qu'il y demeure en toute tranquillité, sans inquiétude ni revers apparent. Sachez-le, « le juste considère avec perspicacité la maison du méchant » : le juste observe, réfléchit et médite sur ce qui se déroule dans la maison de l'impie, et il en comprend la véritable cause. Pour quelle raison le Saint, béni soit-Il, a-t-Il accordé ce répit au méchant ? La réponse est : « Il précipite les méchants dans le malheur ». Le Saint, béni soit-Il, a agi ainsi afin qu'ils continuent à accumuler le mal, qu'ils reçoivent leur salaire pour le peu de bien ici-bas, qu'ils s'enfoncent dans leurs méfaits et subissent un châtiment total et sans partage dans le monde futur. Voilà la raison de leur tranquillité présente.

L'impie qui contemple cette situation se dit : « Regardez, le crime paie ! » Mais le juste pose sur la réalité un regard totalement différent. Il affirme : cette quiétude dont jouit le méchant dans sa maison n'est pas pour son bien, mais pour son malheur. Bien au contraire, si le Saint, béni soit-Il, avait désiré son salut, Il l'aurait éprouvé ; Il lui aurait envoyé des souffrances, des épreuves et des difficultés pour le réveiller. Si le Ciel ne cherche même plus à le secouer, c'est le signe d'une ruine programmée. Le terme « messalef » signifie subvertir, déstabiliser, faire en sorte que sa situation ne demeure pas intacte et qu'il finisse par payer l'addition jusqu'au dernier centime.

Autre aspect essentiel : leur propre méchanceté précipite et hâte leur catastrophe. Ayant consommé l'intégralité de leurs bienfaits ici-bas en un temps très court, le Ciel les rappelle prématurément, car ils ont déjà accumulé une masse colossale de crimes et comblé la mesure de leur culpabilité. Il n'y a pas si longtemps, l'un des parrains de la pègre de Netanya a accompli lui-même le précepte : « Tu extirperas le mal du milieu de toi ». Jusqu'alors, il s'était illustré dans d'autres pratiques : quiconque refusait d'obtempérer à ses ordres s'exposait au pire, que Dieu nous en préserve. Certaines besognes étaient exécutées de ses propres mains, d'autres confiées à des hommes de main - appliquant à sa manière le principe selon lequel la mitsva est plus méritoire accomplie par soi-même que par un intermédiaire. Et cette fois, il décida pour ainsi dire de faire œuvre d'utilité publique en se donnant la mort, réalisant au sens propre : « Tu extirperas le mal du milieu de toi ». À la suite de quoi des milliers de gens ont poussé un soupir de soulagement : des commerçants, des familles entières qui vivaient sous le joug terrible de cette pègre locale. Ils avaient l'habitude de débarquer dans un commerce et de lancer : « Cher monsieur, à partir de demain, nous sommes associés. - Comment cela, associés ? Mais de quoi parlez-vous ? - Vous vous souvenez d'un tel ? Oui, le pauvre, son magasin a brûlé... Lui aussi avait refusé au début. » Et lorsqu'on se tournait vers la police, celle-ci hésitait même à intervenir. Que d'angoisses, que de tourments endurés par tant d'honnêtes gens, sans parler de ceux qui furent expédiés dans l'au-delà bien avant leur heure !

Le juste est témoin de tout cela et ne s'en émeut point. On vient lui dire : « Regarde comme cet homme est puissant et prospère ! » Mais il répond : « Patientez, ne vous emballez pas, attendez et vous verrez. » Et soudain, tout s'effondre : le père est abattu, un fils est assassiné dans un règlement de comptes, un autre purge une lourde peine de prison, et le chef de famille finit par mettre fin à ses jours. Telle est la justice divine : « Tu extirperas le mal du milieu de toi ». C'est là tout le sens de « Le juste considère avec perspicacité la maison du méchant » : le juste observe la maison de l'impie sans céder à la panique. « Il précipite les méchants dans le malheur » - ne craignez rien, le Saint, béni soit-Il, déjoue les plans des pervers et fera s'abattre sur eux le désastre bien plus vite qu'on ne l'imagine. À l'époque où ce criminel menaçait et terrorisait tout le monde, quelle oppression régnait, et combien de temps a-t-il fallu pour qu'on le voie finalement traqué comme un rat au fond d'un trou ? Ne soyez point effrayés. Quand vous voyez l'impie parader et menacer, ne tremblez pas : ce n'est que purement temporaire.

Le juste comprend, observe et sait que tout cela vise à faire trébucher les méchants pour leur malheur, car « Hachem paie Ses ennemis en face pour les faire périr ». Le Saint, béni soit-Il, agit ainsi afin que le méchant reçoive rapidement ici-bas la rétribution de ses quelques mérites, puis quitte ce monde et monte là-haut pour subir son châtiment. Tout cela, le juste le comprend, mais le méchant, lui, ne le comprend pas : il affirme avoir vu des fauteurs réussir. Seul le juste, homme d'élévation, contemple la situation avec le recul nécessaire et sait que tout est éphémère. Cet individu qui menaçait, qui parlait d'enrôler les étudiants de yeshiva et de couper les budgets, tout le vacarme qu'il a causé, toutes ces querelles, toutes ces diatribes contre les fidèles observants, tout ce mépris déversé pour noircir le visage des avrekhim et des Bné Torah - un souffle a passé, et le voilà disparu, évincé par ses propres compagnons. Il n'est pas de revanche plus éclatante. « Ils fleurissent comme l'herbe » - il est écrit que les impies sont comparables à l'herbe : elle pousse vite et se dessèche tout aussi vite. Il ne faut donc pas s'effrayer de voir le méchant prospérer, ni s'alarmer de le voir jouir de la tranquillité. Bien au contraire, cela montre que sa chute est imminente.

« Qui ferme son oreille au cri du pauvre » - Mesure pour mesure
אֹטֵם אָזְנוֹ מִזַּעֲקַת דָּל גַּם הוּא יִקְרָא וְלֹא יֵעָנֶה׃ (יג) - Qui ferme son oreille au cri du pauvre, lui aussi criera sans recevoir de réponse. (13)

Le sens littéral du verset repose sur le principe de mesure pour mesure : tu n'écoutes pas le cri de l'indigent, lui aussi criera sans qu'on lui réponde. Le Saint, béni soit-Il, ne lui répondra pas et n'entendra point ses supplications.

Le Gaon de Vilna explique que le texte conserve son sens premier, comme nous venons de l'exposer, mais qu'il recèle également une portée plus profonde. Le penchant au bien (le Yetser Hatov) est appelé « un homme indigent et sage ». Lorsque l'homme ferme son oreille au cri du pauvre (« dal »), qui est ce pauvre ? C'est le Yetser Hatov. L'homme refuse d'écouter le bon penchant alors que celui-ci l'implore : « Ne fais pas cela, c'est une faute, cela va te faire chuter, tu vas en souffrir ! » Il crie, c'est le cri du pauvre. Mais il reste sans défense et démuni, un pauvre et sage personnage qu'on n'écoute pas, et l'homme ne se détourne point de sa sottise.

Puis, « lui aussi criera sans recevoir de réponse ». Pourquoi ? Parce qu'on lui dira : cher monsieur, vous avez déjà écouté le mauvais penchant, vous êtes devenu son client fidèle. Et lorsque vous vous retrouverez enfoncé dans la boue et que vous réclamerez qu'on vous en retire, vous découvrirez que c'est loin d'être simple. Se défaire de mauvaises habitudes et de comportements corrompus s'avère particulièrement ardu. Si vous aviez écouté le Yetser Hatov avant de sombrer, ce qui constituait le « cri du pauvre », vous n'auriez pas besoin de crier aujourd'hui. Mais celui qui fait la sourde oreille au cri du faible, c'est-à-dire au bon penchant, au moment où il pouvait encore l'entendre, criera à son tour sans recevoir de réponse. Viendra le jour où il hurlera « Au secours ! » sans être exaucé, et on lui répondra : le moment est passé, vous avez atteint un point d'où il est, par nature, bien difficile de revenir.

Le Malbim : le juge qui ne rend pas la justice

Le Malbim explique qu'il existe une différence entre « dal » et « rach ». Le « rach » est un indigent de condition, tandis que le « dal » est un homme autrefois fortuné qui a été dépouillé de ses biens. Le plus souvent, un individu devient « dal » sous le coup de l'oppression et de la rapine ; il court alors crier justice auprès des magistrats pour qu'ils le délivrent de son spoliateur. Or, si le juge ferme son oreille au cri de celui qui a été ruiné par la tyrannie des impies, s'il refuse de lui rendre justice et de le sauver, son châtiment sera le suivant : « lui aussi criera sans recevoir de réponse ». Cela signifie que cette même spoliation que tu n'as pas veillé à faire cesser finira par t'atteindre toi aussi. Au lieu d'intervenir en tant que magistrat, tu as laissé cet oppresseur agir en toute licence et faire tout ce qui lui plaît, si bien que le prochain sur la liste, ce sera vous-même, monsieur le juge.

Cela s'applique à deux niveaux. Selon les lois célestes, par la règle de mesure pour mesure : tu crieras et le Saint, béni soit-Il, ne te répondra pas, car tu n'as pas répondu au cri du pauvre. Selon les lois d'ici-bas : n'ayant pas fait régner la justice ni maîtrisé les malfaiteurs, ces derniers s'enhardiront et finiront par frapper aussi à sa porte. En revanche, si tu n'avais pas fait la sourde oreille au cri du spolié, mais avais sévi contre le coupable, le crime ne se serait pas propagé, et tu n'aurais pas eu à en souffrir toi-même.

On se souviendra que c'est précisément l'un des reproches formulés par les compagnons de Job à son encontre. Ils lui dirent : à l'époque où tu étais puissant et respecté, tu n'as pas combattu le mal ; tu as donc créé un climat où tous ces malfaiteurs ont fini par venir se venger sur toi. La reine de Saba est venue, les Chaldéens sont arrivés, et d'autres encore. Pourquoi ? Parce que tu as laissé le crime s'installer et prospérer, et cette violence a fini par te frapper directement. C'est là le sens de « qui ferme son oreille au cri du pauvre, lui aussi criera sans recevoir de réponse » sur le plan terrestre : en n'anéantissant pas le crime, l'homme s'en trouve un jour la victime, il criera sans trouver de secours et souffrira des maux mêmes qu'il n'a pas voulu réprimer.

« Un présent fait en secret apaise la colère » - La puissance de la tsédaka discrète
מַתָּן בַּסֵּתֶר יִכְפֶּה אָף וְשֹׁחַד בַּחֵק חֵמָה עַזָּה׃ (יד) - Un don secret apaise la colère, et un présent glissé sous le manteau calme une fureur ardente. (14)

Au sens simple, « un don secret » désigne la tsédaka, et « apaise la colère » (yikhpé af) signifie qu'il soumet et fait fléchir la colère céleste. « Un présent glissé dans le sein » relève également de la tsédaka, et il est capable d'apaiser même une fureur intense. Rachi a pour habitude d'être très concis ici, et ces notions sont explicitées plus en détail par les autres commentateurs.

Rabbénou Yona explique : certes, si un homme ne prend pas la peine de s'enquérir des besoins des indigents et ne court pas après eux pour leur donner, c'est déjà un manquement ; mais la faute devient infiniment plus grave lorsque des pauvres viennent crier devant lui et qu'il refuse de donner, que le pauvre le supplie en face et qu'il n'ouvre pas sa main. En toute justice, il aurait dû chercher activement, poursuivre la tsédaka, s'enquérir des nécessiteux et se soucier du pauvre (« maskil el dal »), ce qui lui vaudrait une immense récompense, car « un don secret apaise la colère ».

Ce verset s'inscrit donc dans la continuité directe du précédent. « Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre criera lui-même sans recevoir de réponse » - or, quel était le devoir de l'homme ? Ne pas attendre que l'indigent vienne crier, mais aller donner en secret avant même qu'il ne pousse son cri, poursuivre la tsédaka et venir à lui avant qu'il n'ait à solliciter qui que ce soit. La récompense en est immense : « un don secret apaise la colère », de sorte que même si cet homme a commis des fautes, le mérite de ce don discret viendra soumettre le courroux céleste et l'annuler.

« Et un présent dans le sein, une fureur violente ». Un présent ou pot-de-vin (cho'had) est ce qu'une personne verse lorsqu'elle se trouve dans la détresse afin d'en réchapper. Il peut s'agir d'un pot-de-vin donné à un juge pour obtenir gain de cause, ou d'une gratification offerte à un fonctionnaire pour faire valider un projet de construction ou une affaire semblable. Le propre du cho'had est d'extirper une personne d'une situation critique.

Rabbénou Yona précise : la fin du verset, « et un présent dans le sein, une fureur violente », signifie que même si l'on se trouve déjà plongé au cœur de l'épreuve, qu'un décret rigoureux a déjà été scellé et qu'il pèse sur soi bien plus qu'une simple réprobation - car le « af » désigne la colère, tandis que la « 'héma aza » représente déjà un décret d'une extrême sévérité dans le Ciel -, si l'on offre « un présent dans le sein », non pas dans un sens corrompu mais en allant discrètement déposer une somme d'argent dans la poche ou le giron du pauvre, ce don possède la force d'écarter cette fureur violente. Et pourquoi l'Écriture qualifie-t-elle cela de cho'had ? Parce qu'il s'agit d'un individu déjà pris au piège d'une situation périlleuse, qui s'empresse alors d'offrir ce présent salvateur. Par cette générosité discrète, il annule la grande indignation et le courroux suspendus au-dessus de sa tête.

En conclusion :

Les trois versets que nous avons étudiés enseignent une profonde grille de lecture. « Le Juste considère attentivement la maison du méchant » : le tsadik n'est pas naïf, il discerne les voies du méchant et ses desseins véritables, et il ne s'émeut nullement de sa prospérité apparente, car Dieu « précipite les méchants dans le malheur » - cette tranquillité même prépare leur perte, afin qu'ils reçoivent leur salaire ici-bas et hâtent leur châtiment. « Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre » : quiconque reste sourd aux cris de l'opprimé, ou insensible aux suppliques de son bon penchant, finira par crier sans obtenir de réponse, aussi bien devant le tribunal céleste que dans les jugements d'ici-bas. Enfin, « un don secret apaise la colère » : n'attends pas le cri de détresse, recherche activement la tsédaka en toute discrétion, car elle a le pouvoir d'apaiser la colère et de dissiper même la fureur la plus intense.