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Chapitre 20 - Le vin est moqueur et l'ivresse - Partie 13

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Introduction : Le conseil et le secret

Dans la suite du chapitre, nous abordons deux versets entièrement consacrés à un même thème : la force du conseil, et l'unique chose capable de le ruiner - la révélation du secret. Le verset qui nous précédait traitait du conseil lui-même :

מַחֲשָׁבוֹת בְּעֵצָה תִכּוֹן וּבְתַחְבֻּלוֹת עֲשֵׂה מִלְחָמָה׃ (יח) - Les desseins s'affermissent par le conseil, et c'est avec des stratagèmes qu'il faut mener la guerre.

Nous avons déjà vu au chapitre 15 (22) : « Les desseins échouent faute de secret, mais ils réussissent par la multitude des conseillers ». Le conseil est d'une grande importance, mais c'est précisément en lui que réside un piège : lorsqu'on prend conseil, que se passe-t-il concrètement ? D'autres personnes ont entendu parler du problème, et d'autres personnes ont entendu parler de la solution. Il est fort possible que les murs aient des oreilles, qu'il y ait une taupe, que quelqu'un soit désormais au fait de toute l'affaire. C'est pourquoi, lorsque l'on veut entreprendre une action confidentielle, les délibérations sont extrêmement restreintes - on ne fait pas entrer dans la salle de décision une personne susceptible de livrer aux ennemis les coordonnées précises pour lancer leurs missiles. Mais d'un autre côté, sans une multitude de conseillers, on se trouve en difficulté : si le premier plan échoue, quelle sera l'alternative ? Et par quoi risque-t-il d'échouer ? Précisément par l'échec des desseins faute de secret - les projets avorteront si le secret n'est pas gardé, car l'ennemi se préparera. Il faut donc un conseil de secours, prêt à servir si le secret venait à être éventé. Et c'est là tout le propos du verset suivant.

Révéler un secret, c'est colporter
גּוֹלֶה־סּוֹד הוֹלֵךְ רָכִיל וּלְפֹתֶה שְׂפָתָיו לֹא תִתְעָרָב׃ (יט) - Celui qui trahit un secret va colportant, et ne te mêle pas de celui dont les lèvres s'égarent.

Ailleurs, nous avons vu la formule inverse : « Le colporteur révèle le secret » (Proverbes 11, 13). Rabbénou Yona y explique : ne confie pas de secrets à un colporteur ; ne lui dévoile rien d'intime, car cet homme ne retient pas sa langue du bavardage médisant, et par conséquent il ne retiendra pas davantage sa bouche de divulguer tes secrets. Mais ici, le verset énonce l'inverse : « Celui qui révèle un secret est un colporteur ». Autrement dit, si un homme divulgue des secrets, ne parle pas devant lui des défauts d'autrui, ni des défaillances de la communauté, ni de quoi que ce soit que tu ne souhaiterais pas voir ébruité.

Et ne va pas te dire : certes, cet homme révèle les secrets, mais quant à la médisance ? Il est pourtant écrit : « Tu ne marcheras point en colporteur parmi ton peuple », et il se gardera certainement d'enfreindre un interdit aussi formel ! Il est vrai que sa langue est trop prompte, il est vrai qu'il peine à garder un secret - car il ne voit pas de transgression morale dans l'indiscrétion, la Torah ne comportant aucun commandement explicite disant « tu ne dévoileras point de secret » - mais pour ce qui est du colportage, je ne le soupçonne pas. C'est à cela que l'Écriture répond : ne t'y trompe pas. Celui qui révèle un secret est aussi un colporteur. Et la raison en est simple : « Dès lors qu'il ne sait pas se maîtriser pour taire un secret, il ne saura pas non plus dominer son esprit pour s'abstenir de colporter ». Cet homme est incapable de retenir sa langue, incapable de garder une confidence en lui-même ; pourquoi penserais-tu alors que si tu lui racontes une anecdote piquante sur Untel, il ne la répétera pas ? Il n'a aucun empire sur sa bouche, et les mots lui échapperont inévitablement. C'est pourquoi, dès que tu vois quelqu'un divulguer constamment des secrets, sache qu'il est tout autant capable de colporter des ragots, et ne lui confie donc rien du tout.

« Et ne te mêle pas de celui dont les lèvres s'égarent » : une bouche qui devance la raison

« Celui dont les lèvres s'égarent » (poté sefatav) désigne un homme inconsidéré, naïf d'esprit : ne t'associe pas à lui et ne te mêle pas à ses propos. De qui s'agit-il ? Il existe des personnes dont la bouche fonctionne plus vite que l'intellect, et c'est hélas une habitude très répandue. L'esprit tourne à la cadence d'un processeur d'un gigahertz, mais les lèvres carburent à huit gigahertz ! On lui pose une question, et il avance déjà quatre réponses, analyse et conclut, avant même d'avoir compris le sens de l'interrogation. La parole ne devrait s'exprimer qu'après mûre réflexion de l'intellect. Un tel individu, inconsidéré dans ses paroles, ne pèse pas ses propos, ne prend pas le temps de les épurer de leurs scories, et son discours manque de discernement ; sa langue se délie pour tout ce qui lui passe par la tête. Une telle personne sera tout à fait capable de divulguer ton secret et de révéler ce que tu lui auras dit dans la plus stricte intimité. C'est pourquoi tu ne dois absolument pas frayer avec lui, c'est-à-dire ne point nouer de lien de confiance pour lui confier quoi que ce soit, car il parle sans réfléchir.

Le meilleur des conseils est anéanti par la révélation du secret

Le Gaon de Vilna et le Malbim adoptent ici une approche tout à fait concordante. Le Malbim explique : puisque l'essentiel - comme nous l'avons vu dans les versets précédents - réside dans le conseil, et que face à un dilemme, le point crucial est de trouver le bon conseil pour agir convenablement, le verset vient nous avertir : sache qu'un conseil, fût-il le plus brillant de tous, sera gâché par la divulgation du secret. Nous avons une stratégie remarquable, un plan parfait - mais qu'est-ce qui causera l'échec ? La fuite de l'information. Par exemple, en temps de guerre, une brillante manœuvre d'attaque a été conçue : tout sera réduit à néant si quelqu'un vient à connaître notre plan.

Le convoi des Trente-Cinq, comme on le sait, fut entièrement anéanti. Et cela s'est produit à cause de la compassion mal placée d'une belle âme au sein du détachement : lorsqu'un berger arabe les aperçut, ils voulurent le neutraliser, mais cet homme s'y opposa - « Pas question, il n'a fait aucun mal et n'a rien tenté de fâcheux, pourquoi le tuer ? » Ce berger continua de paître son troupeau, et dès qu'ils se furent éloignés, il courut au village donner l'alerte. Une embuscade leur fut tendue et ils furent tous massacrés. Trente-six jeunes gens d'Israël y perdirent la vie, que D.ieu nous en préserve, et des années passèrent avant que leurs dépouilles ne soient ramenées pour l'inhumation. Et même lorsqu'on put leur offrir une sépulture juive, Rav Arié Levine dut recourir au tirage au sort du Gaon de Vilna (Goral ha-Gra) pour identifier chacun d'eux - savoir qui il était, quel était son nom et où l'enterrer. Un épisode bouleversant : à la lueur des bougies, dans une synagogue de Jérusalem, et c'est uniquement d'après ce tirage que l'on put déterminer leurs identités. Tout ce récit est rapporté dans l'ouvrage « Ich Tsadik Haya » de Simcha Raz.

On peut en tirer plusieurs enseignements. Le premier : « Ne sois pas trop juste », car quiconque se montre compatissant envers les cruels finit par se montrer cruel envers les compatissants. Mais pour notre sujet, le point essentiel est autre : sachez que vous pouvez avoir le plan le plus admirable qui soit - s'il est découvert, il ne vaut plus rien. Dès que votre secret est éventé, tous les projets tombent à l'eau. C'est exactement comme aux échecs : si vos coups sont découverts par votre adversaire, c'est terminé - vous savez d'avance que vous allez subir l'échec et mat. En revanche, si vous gardez des cartes cachées dans votre manche et restez capable de surprendre, vous surprendrez et vous l'emporterez. C'est pourquoi, dans un conflit entre deux États, rien n'est plus précieux qu'une taupe. Les pays investissent des fortunes dans des agents infiltrés - quelqu'un de notre camp placé à l'état-major, au Pentagone, au cœur même de la prise de décision, pour nous transmettre des rapports - car un seul individu de ce genre permet d'économiser des milliards, d'éviter des guerres et tant d'autres désastres. Il apparaît ainsi que celui qui divulgue un secret anéantit tout le dessein élaboré ; c'est pourquoi il faut se garder de ceux qui ont l'habitude d'ébruiter les confidences.

Trois catégories de personnes dont il faut se méfier

Le Malbim explique qu'il en existe trois sortes. La première : celui qui, par nature, ne sait pas garder un secret. Il y a des gens tout simplement incapables de se taire ; à peine leur confiez-vous quelque chose que l'affaire est déjà sur la place publique. Impossible de leur révéler un fait sans qu'il s'ébruite aussitôt. Et chacun prend soin d'ajouter : « Surtout, ne le répète à personne », avant de le raconter à un premier, qui le confie à un deuxième, et le deuxième à un troisième... au point qu'on disait un jour : vous voulez lancer une nouvelle ? Racontez-la à quelqu'un qui ne sait pas tenir sa langue, et vous bénéficierez d'une publicité gratuite - à partir de là, la diffusion fonctionne de manière automatique.

À cet égard, il convient de noter que chez la femme, ce trait de caractère représente aussi un immense avantage. Il lui est difficile de cacher quoi que ce soit à son mari et elle ressent constamment le besoin de raconter - et c'est une qualité précieuse. Les femmes se plaignent d'ailleurs exactement du contraire : impossible de tirer un mot des hommes, ils n'ont pas pensé à mentionner qu'un tel les avait invités à une bar-mitsva, ni qu'ils avaient croisé Untel qui leur avait dit ceci ou cela ; « Il faut toujours que je l'apprenne par la voisine ! » Chez les époux, la tendance est parfois trop prononcée dans le sens inverse. De surcroît, Ève (Chava) porte ce nom - par jeu de mots - parce qu'elle aime relater ce qu'elle vit (chavayot) ; remarquez que lorsqu'elle accomplit une tâche, elle en décrit volontiers tout le déroulement : maintenant j'emmène l'enfant là-bas, ensuite je le ramène, puis je me rends à tel endroit. Et c'est une force remarquable que le Saint, béni soit-Il, a ancrée en elle. Quelqu'un remarquait un jour : heureusement que les enfants sont élevés par leur mère, car s'ils l'étaient par les pères, ils finiraient handicapés sur le plan affectif. La femme prend le petit dans ses bras et lui parle sans cesse : « Viens mon chéri, tu dois avoir faim, maman va te préparer à manger, maman t'écrase une pomme de terre... » L'enfant d'un an n'y comprend rien, mais c'est là son arrosage, c'est l'attention qui le nourrit, et c'est ainsi qu'il grandit et s'épanouit. Un homme est capable de se concentrer sur une seule tâche au point d'oublier tout ce qui l'entoure ; une femme, en revanche, a une attention facilement partagée - ce qui s'avère précieux pour l'éducation des enfants. Elle est au téléphone tout en cuisinant, au téléphone tout en changeant une couche, au téléphone tout en rangeant la maison et en répondant aux sollicitations de l'enfant. Un homme a bien du mal à mâcher un chewing-gum et lire le journal en même temps ; mener deux choses de front ne lui convient guère. Quoi qu'il en soit, voilà ce que nous enseigne le verset : certains individus sont enclins par nature à divulguer les secrets, tenez-vous sur vos gardes face à eux. Vous désirez préserver une chose que personne ne doit savoir ? Ne la racontez même pas chez vous. C'est pourquoi, lorsqu'on prépare un projet, il faut d'abord s'assurer qu'aucun témoin indiscret ne viendra le révéler, sans quoi tout sera irrémédiablement gâché.

La deuxième : le colporteur de ragots. Un individu dont l'habitude est de cancaner - « Tu as vu ce qu'il a fait ? », « Tu as entendu qu'on a interrompu son chantier ? », « La police est intervenue, quel désordre ! » - toujours friand de potins et de « nayes », toujours à l'affût de ce qui arrive à l'un ou à l'autre. À un tel homme, on confie une affaire et il la transmet aussitôt par réflexe, sans y réfléchir à deux fois. Et par la suite, il le regrette sincèrement : « Je ne voulais pas. » Il se peut tout à fait qu'il n'ait pas cherché à nuire - mais vous, qui connaissez son travers et savez qu'il agit ainsi sans malice, pourquoi iriez-vous vous confier à lui ? Avec tous ces gens-là, ne frayez point.

« Poteh sefatav » selon le Gra : celui qui séduit par ses lèvres

Le Gaon de Vilna s'inscrit dans la même perspective, mais au lieu de rattacher l'expression « poté sefatav » à la naïveté (péti), il l'interprète au sens de la séduction (pitouy) : ne vous liez pas non plus avec celui qui enjôle par ses lèvres. Celui qui sait manier les mots finira par vous séduire à votre tour, afin que vous lui racontiez ce qui s'est passé ici ou là, la manière dont vous avez procédé et chaque détail des événements - il use de flatteries pour vous faire lâcher votre secret, avant de courir le répéter ailleurs. Non pas pour nuire directement, mais par pure curiosité : « Et comment c'était ? Et qu'avez-vous fait ? Et que t'a-t-il dit ? Et que lui as-tu répondu ? » - il vous tire les vers du nez, bribe après bribe, jusqu'à vous soutirer la moindre information. Et sitôt détenteur d'un scoop, il s'empresse de faire l'article de sa marchandise. Il ressent le besoin impérieux d'être « au cœur de l'action », il veut que chacun sache que si un fait nouveau survient, c'est lui la source privilégiée ; toujours branché sur les derniers flashs, sachant toujours le premier qui est mort, qui est en vie et qui est au plus mal.

Il y avait ainsi un individu qui, au moment où Rav Ovadia Yossef se trouvait sur son lit d'agonie, téléphona au collel de son père pour annoncer qu'il était décédé - tout cela parce qu'on lui avait transmis un prétendu message interne en ce sens. Certains fidèles avaient déjà procédé à la déchirure rituelle (keri'a) - alors que le décès n'intervint qu'environ deux heures plus tard. La situation était certes critique, un témoin avait aperçu un mouvement d'agitation, en avait tiré des conclusions hâtives avant d'alerter son carnet d'adresses, et cet homme s'était empressé de relayer l'annonce. Le malheureux n'était pas animé de mauvaises intentions - mais on constate que certaines personnes n'ont d'autre préoccupation que d'être au courant de tout pour le transmettre dans la foulée, ce qui constitue un très vilain trait de caractère. C'est pourquoi l'Écriture nous avertit : dérobez scrupuleusement vos secrets à de tels individus, car par leur entremise vos confidences finiront toujours par éclater au grand jour, réduisant à néant les projets que vous aviez mûris.

Celui qui maudit son père et sa mère
מְקַלֵּל אָבִיו וְאִמּוֹ יִדְעַךְ נֵרוֹ בֶּאֱשׁוּן חֹשֶׁךְ׃ (כ) - Celui qui maudit son père et sa mère, sa lampe s'éteindra au plus noir de l'obscurité.

Rachi explique l'expression « be-échoun 'hochekh » : lorsque les ténèbres s'épaississent et s'obscurcissent totalement, c'est-à-dire qu'au jour du malheur, sa lampe s'éteindra. Ibn Ezra précise que « sa lampe » renvoie à son âme ; dès lors, « sa lampe s'éteindra » s'oppose à la formule « que sa lampe brille » (yair néro) : lorsqu'on souhaite bénir une personne en lui accordant longévité, bénédiction et succès, on dit « néro yair », et dans le cas inverse, à D.ieu ne plaise, « néro yid'akh ». Et ce terme « s'éteindra » correspond à la sentence « il sera mis à mort » (mot youmat) - celui qui maudit son père et sa mère voit son âme vouée à l'extinction, ce qui équivaut à la peine capitale.

« Car la mitsva est une lampe et la Torah est une lumière » - Une faute éteint une mitsva

Rabbénou Yona cite le verset : « Car la mitsva est une lampe et la Torah est une lumière ». La mitsva protège l'homme des épreuves et des mauvais coups du sort, et c'est là l'aspect de la lampe : lorsqu'un homme marche dans l'obscurité sans rien distinguer - comme on dit familièrement, il n'y voit pas à deux pas - il a besoin d'une source lumineuse pour échapper aux fosses, aux fondrières et aux embûches. Cette lampe est la mitsva, qui le préserve des malheurs susceptibles de s'abattre sur lui. Cependant, nos Sages enseignent : une faute éteint une mitsva, mais une faute n'éteint pas la Torah. Un homme qui a accompli des mitsvot puis a commis des transgressions verra ces dernières éteindre sa mitsva.

Il faut toutefois veiller à ne pas se méprendre : il n'est pas dit que la faute annule la mitsva ou l'efface. S'il en était ainsi, malheur à nous : nous ferions une mitsva, puis une faute, et la mitsva serait anéantie ! En réalité, la mitsva demeure, elle est seulement éteinte : la lampe est bien là, mais elle ne brille plus. Quelle en est la portée concrète ? Si demain l'on fait techouva, la faute est annulée et n'éteint plus la mitsva, qui se remet aussitôt à éclairer. Si la mitsva avait été effacée, à quoi servirait donc la techouva ?

Dès lors, celui qui commet la faute de « maudire son père et sa mère », qui non seulement n'accomplit pas la mitsva d'honorer ses parents mais au contraire les blesse, doit savoir que même s'il possède le mérite de les avoir honorés par le passé et d'avoir agi envers eux avec déférence en diverses occasions, rien de tout cela ne lui viendra en aide. Pourquoi ? « Sa lampe s'éteindra » : la lampe allumée autrefois, au moment où il honorait ses parents, vacille et s'éteint à présent par cette faute. En effet, si cette transgression a la force d'éteindre d'autres mitsvot, elle a à plus forte raison le pouvoir d'éteindre la mitsva même dont il s'agit, à savoir le respect des parents.

« Il nourrit son père de faisans mais le chasse du monde »

C'est à ce propos que nos Sages enseignent : il arrive qu'un homme nourrisse son père de faisans et le chasse pourtant du monde. Que signifie cette formule ? Un homme honore grandement son père et lui apporte du faisan, une volaille d'un très grand raffinement, et malgré cela, il le chasse de ce monde et hérite du Guéhinam. Pour quelle raison ? Parce que toute la question réside dans la manière dont il le lui sert : « Debout le vieux, mange ! Voilà, je t'ai apporté à manger, lève-toi et prends quelque chose », sur un ton méprisant. Est-ce ainsi que l'on s'adresse à son père ? Certes, il lui sert du faisan, mais il le chasse du monde futur. On peut aussi y voir une allusion par assonance : quand le nourrit-il ainsi ? Lorsque son père est devenu « pensionnaire », retraité ; il se permet alors de lui parler avec dédain, comme à quelqu'un qui a déjà fait son temps.

Rabbénou Yona explique : « Sa lampe s'éteindra au cœur des ténèbres » - il est comparable à un homme qui prend une lampe et parvient au cœur de l'obscurité, c'est-à-dire dans les ténèbres les plus denses, où cette lampe ne lui est plus d'aucune utilité. De même, celui qui bafoue son père et se comporte ainsi envers lui fait vaciller sa lampe, et le mérite de la mitsva n'éclairera plus sa route dans le monde supérieur.

Explication du Gaon de Vilna : le père symbolise la Torah, la mère symbolise la mitsva

Le Gaon de Vilna précise : « Celui qui maudit son père » - le père est celui qui enseigne la Torah à son fils, comme il est dit : « Vous les enseignerez à vos enfants » et « Tu les répéteras à tes fils » ; d'ailleurs, selon la Halakha, l'obligation d'enseigner la Torah incombe au père et non à la mère. La mère, en revanche, guide son enfant dans la pratique concrète des mitsvot et sur le droit chemin. L'un relève de la lumière et l'autre de la lampe : ce que le père transmet relève de la Torah - « et la Torah est lumière » -, tandis que ce que la mère inculque correspond à la « lampe de la mitsva ». Or, la lampe est plus fragile que la lumière. C'est pourquoi une faute éteint une mitsva, car une flamme peut s'éteindre d'un simple souffle ; en revanche, nul ne peut éteindre l'éclat du soleil, et c'est pourquoi aucune faute ne peut éteindre la Torah, car la Torah possède l'essence même de la lumière.

Le Gaon poursuit : lorsqu'un homme se trouve dans un lieu obscur, même une simple lampe lui est d'un immense secours et l'éclaire dans les ténèbres. Dès lors, on aurait pu penser que celui qui « maudit son père » est certes privé de lumière, mais que s'il honore au moins sa mère, il conserve une lampe qui lui permettrait encore de se diriger. C'est pourquoi le verset précise qu'un tel homme ne se contente pas de maudire son père, il méprise aussi sa mère. Ne possédant dès lors ni la Torah (la lumière) ni les mitsvot (la mère, c'est-à-dire la lampe), « sa lampe s'éteindra » et il demeurera plongé dans une nuit complète.

Il en va de même au niveau allégorique de la Torah, poursuit le Gaon de Vilna, qui transpose couramment les images au plan spirituel : « maudire son père », c'est mépriser la Torah ; « et sa mère », c'est mépriser les mitsvot, d'où la sentence : « sa lampe s'éteindra au cœur des ténèbres ». Dans le monde de vérité, ainsi qu'on en trouve plusieurs descriptions rapportées dans l'ouvrage Michnat Haguilgoulim à travers des récits de dibboukim, les tourments infligés dans la réalité spirituelle supérieure sont souvent décrits comme une plongée dans les ténèbres. L'âme s'y avance dans la vallée de l'ombre de la mort, dans un lieu ténébreux, selon le verset : « Tu répands l'obscurité, la nuit survient, alors rôdent toutes les bêtes de la forêt » - allusion aux forces de rigueur (Din), aux klipot et à la Sitra A'hra auxquelles l'homme s'est attaché durant sa vie dans sa course effrénée après les convoitises de ce monde, et aux mains desquelles il se trouve livré dans le monde d'en haut. Autrement dit, quiconque méprise la Torah et les mitsvot verra sa lampe s'éteindre au cœur des ténèbres, privé de toute clarté pour subsister dans la vie du monde futur.

Metsoudat David : pourquoi la récompense est comparée à la lumière

Le Metsoudat David explique : « Sa lampe s'éteindra au cœur des ténèbres » - son âme sera éteinte dans la noirceur de l'obscurité. Lorsque viendra le jour de la rétribution, l'âme du juste illuminera ; et puisque l'âme est comparée à une lampe - « La lampe de l'Éternel est l'âme de l'homme » - la récompense est également comparée à une lampe : l'homme s'illumine. Et en quoi cette rétribution se manifeste-t-elle ? Dans la lumière.

Pour approfondir ce point : dans les écrits des Kabbalistes, on retrouve cela constamment. Lorsqu'ils parlent de l'épanchement d'une Séfira à l'autre, de la descente du flux divin, ils emploient le langage de la lumière - « le Dikna illumine vers le bas » et d'autres expressions semblables, comme nous le disons lors de Tachlikh : « de la lumière suprême qui éclaire ». Or, a priori, quelle lumière y a-t-il Là-haut ? La lumière est une réalité matérielle - et comment sait-on qu'elle est matérielle ? Parce qu'on peut la mesurer ; on mesure la lumière en photons, et l'on peut quantifier le nombre d'unités de lumière. Il est donc évident qu'il ne s'agit pas Là-haut de lumière au sens propre, et quiconque s'y imagine une lumière matérielle pèche, à Dieu ne plaise, par anthropomorphisme, ainsi que l'écrit Rabbi 'Haïm Vital dans son avertissement précédant l'étude de la Kabbale. De quoi s'agit-il alors ? La lumière est le concept le plus spirituel que l'homme soit capable de concevoir ; il n'existe pas de notion plus spirituelle à notre portée. Au-delà, notre esprit ne saisit rien. C'est pourquoi la tradition nous parle à travers la notion de lumière. Et c'est en ce sens que le Metsoudat David emploie la métaphore de la lumière : celle-ci vient symboliser la récompense du juste dont l'âme rayonne dans le monde de vérité. Dès lors, pour exprimer le châtiment, il est dit « sa lampe s'éteindra », l'opposé absolu de la lumière rayonnante qui constitue l'essence de la suprême récompense spirituelle.

En conclusion :

Les deux versets que nous avons étudiés s'articulent en un seul et même enseignement. Le conseil est l'essentiel, mais le meilleur des conseils s'évanouit dès lors que le secret est divulgué - c'est pourquoi il faut se garder de trois attitudes : celui qui est par nature enclin à révéler les secrets, le colporteur de médisance, et celui qui séduit par ses lèvres, qu'il soit un esprit crédule dont la bouche devance l'entendement ou un séducteur qui use de sa langue pour soutirer les confidences d'autrui. Celui qui ne sait pas se maîtriser pour garder un secret ne saura pas non plus se maîtriser pour éviter le colportage. Et dans le verset suivant, nous avons appris au sujet de celui qui maudit son père et sa mère : « Car le commandement est une lampe, et la Torah est lumière », et une transgression éteint une mitsva - sans toutefois l'effacer, car par la téchouva, elle se remet à briller. Mais celui qui offense ses parents éteint de ses propres mains jusqu'au mérite du respect filial accompli par le passé ; et même s'il nourrit son père de faisans - s'il le fait avec dédain, cela le chasse de ce monde. Face à lui s'élève le juste, dont l'âme resplendit dans le monde de vérité d'une clarté qui représente le concept spirituel le plus sublime que nous puissions appréhender.