Le chapitre 20 des Proverbes regorge de mises en garde concrètes relatives aux affaires financières, au commerce et à l'intégrité. Dans ce cours, nous nous arrêterons sur un verset en particulier - celui qui traite du cautionnement. Le roi Salomon ne cesse de mettre en garde contre le danger de se porter garant, et il emploie ici des termes particulièrement sévères envers quiconque s'est porté garant pour une personne qu'il ne connaît pas. Nous étudierons ce verset à la lumière des commentaires de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna (le Gra), du Ralbag et du Malbim, et nous verrons comment chacun d'eux transforme cet avertissement financier en un enseignement d'ordre spirituel.
לְקַח־בִּגְדוֹ כִּי־עָרַב זָר וּבְעַד נׇכְרִיָּה חַבְלֵהוּ׃ (משלי כ, טז) - Prends son vêtement, car il s'est porté garant pour un étranger, et pour une femme étrangère, exige de lui un gage.
Remarquez la vocalisation : il n'est pas écrit « Laka'h bigdo » au passé, mais « Leka'h » avec un cheva. Rabbénou Yona explique qu'il s'agit d'une forme d'impératif : prends son vêtement ! De quoi est-il question ? Quelqu'un vous demande de vous porter caution pour lui : « Je dois contracter un emprunt important, j'ai besoin d'un garant ». Vous signez. Plus tard, vous venez réclamer le remboursement à l'emprunteur, mais celui-ci affirme ne rien avoir. Vous vous tournez alors vers le garant, et ce dernier tombe des nues : « Comment, il ne t'a pas remboursé ? Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? D'où veux-tu que je sorte cet argent ? Je dois acheter un appartement... ». C'est à ce propos que Salomon déclare : « Leka'h bigdo », saisis son vêtement, sans le moindre scrupule.
Et pourquoi agir ainsi sans pitié ? « Car il s'est porté garant pour un étranger » : cet homme est allé se porter caution pour un inconnu. Rabbénou Yona souligne qu'il faut avoir de la compassion pour l'emprunteur lui-même, car c'est un malheureux : il est tombé dans la précarité, devait combler son découvert bancaire, devait payer son loyer pour ne pas être expulsé. Mais toi, le garant, quelle folie t'a pris de te porter caution pour quelqu'un que tu ne connais pas ? Salomon nous rappelle ici la maxime de nos Sages : « Que tout homme soit à tes yeux suspect comme un brigand ». Dès lors, comment as-tu pu te porter garant pour un brigand en puissance ? La faute te revient entièrement, et il n'y a pas lieu d'avoir pitié de toi.
Bien plus encore : saisir son vêtement ne relève pas seulement d'une absence de pitié, c'est constater que ce garant a agi de manière coupable. En effet, pourquoi ai-je accordé ce prêt ? Je me suis fié à toi ! Sous prétexte de compassion pour l'emprunteur, tu es venu me causer du tort en prétendant à tort que tout irait bien et que la dette serait honorée. Qu'y as-tu gagné ? Pour l'emprunteur, passe encore : il n'avait rien à manger ou risquait de se retrouver à la rue. Mais toi ? C'est pourquoi Salomon affirme : prends-lui jusqu'à son habit, fais intervenir les huissiers, sans commisération ni pitié.
« Et pour une femme étrangère, exige de lui un gage [‘havléhou] » : s'il s'est porté garant pour une étrangère, prends-lui jusqu'à ses cordages (« 'hével » désigne les cordes qui soutiennent la tente, ses amarres). Démolis sa maison elle-même ! Et pourquoi est-ce encore plus grave ? Rabbénou Yona explique que le roi Salomon nous enseigne que celui qui fait confiance à une femme commet une faute encore plus grave que celui qui fait confiance à un homme, car la probité et la morale se trouvaient, dans leur contexte, plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes.
Il convient toutefois de faire remarquer que si Rabbénou Yona décrivait la réalité de son époque, le monde d'aujourd'hui est bien différent. Les prisons sont très majoritairement occupées par des hommes, et l'on y compte très peu de femmes. Les plus grandes escroqueries de l'histoire moderne sont le fait d'hommes - la pyramide de Ponzi, l'affaire Madoff - et les grands stratagèmes malhonnêtes se rencontrent bien plus souvent chez les hommes. À l'époque, les femmes ne recevaient guère d'instruction, alors qu'aujourd'hui elles étudient et acquièrent un grand savoir. Sur quel point l'observation du roi Salomon reste-t-elle intemporelle ? Sur ce qu'il a écrit lui-même : « J'ai trouvé un homme entre mille, mais parmi toutes celles-là, je n'ai pas trouvé une seule femme ».
On en tire une règle pratique : signer un acte de cautionnement sans disposer de la somme de côté relève de l'irresponsabilité et constitue une grave faute. Certes, on ne soupçonne pas autrui de mauvaise foi, mais si demain l'emprunteur se retrouve dans l'incapacité de payer, comment réglera-t-on le créancier ? Celui qui signe en ayant les fonds de réserve sait qu'en cas de défaillance, il couvrira la dette. Mais venir se porter garant sans la moindre garantie personnelle ?
Combien de cas dramatiques connaît-on, qu'Hachem nous en préserve ! Quelqu'un s'est porté caution pour un couple, puis ce couple a divorcé, les conflits ont éclaté, aucun des deux n'a voulu céder, les mensualités du prêt immobilier n'ont plus été payées, la maison a été saisie, et la banque s'est aussitôt retournée contre le garant. Autrefois, la banque se souciait à peine d'épuiser les recours contre les emprunteurs et s'adressait directement à la caution (baroukh Hachem, la loi a changé depuis). Des personnes en sont venues à perdre leur propre logement, d'autres ont sombré dans le divorce, ont subi des crises cardiaques ou de graves épreuves, totalement brisées. Un homme a travaillé dur pendant vingt ans, a bâti une situation, et perd tout en un instant pour avoir commis la folie de se porter garant pour un frère irresponsable ou un cousin insouciant : « Ne t'inquiète pas, tout ira bien ». Et l'on constate combien de fois Salomon met en garde : ne signez jamais de caution ! Dites simplement : « Mon père m'a fait jurer de ne jamais me porter garant ». Se porter garant est un péril immense.
Le Gra explique ce verset à la lumière de la Halakha. La Torah stipule en effet qu'il est interdit au créancier d'entrer dans la demeure de l'emprunteur pour y prélever un gage - « Tu te tiendras dehors ». Pourquoi ? Parce qu'en pénétrant chez lui, on agit en maître : sous prétexte que vingt mille shekels vous sont dus, vous vous sentez déjà propriétaire des lieux, entrant sans frapper pour vous servir. Il ne doit pas en être ainsi. Restez dehors, et c'est lui qui vous apportera le gage à l'extérieur. Ne suffit-il pas que cet homme soit dans le besoin, sans qu'on vienne en plus le traiter avec condescendance et s'introduire chez lui comme un conquérant ?
C'est précisément ce que formule le verset : « Prends son vêtement » - mais comment ? De l'extérieur, car il s'agit de celui qui « s'est porté garant pour un étranger ». En revanche, « et pour une étrangère, prends-en un gage » - l'étranger lointain est encore plus distant, et là, le texte autorise à pénétrer dans sa maison pour saisir son bien. Le Gaon de Vilna précise : toute la mise en garde d'attendre dehors et de ne point violer l'intimité du foyer ne s'applique qu'à l'emprunteur ; envers le garant, en revanche, rien n'interdit d'aller jusqu'à saisir son habit jusque dans sa propre maison. Dès lors que l'emprunteur n'a pas payé et qu'il existe un garant, il est permis d'entrer chez ce dernier pour se faire rembourser.
Toutes ces règles, souligne le Gra, renferment une profonde métaphore sur les affaires de la Torah et des mitsvot. Il a déjà été rappelé que la notion de garantie évoquée dans ces versets fait écho au principe : « Tous les enfants d'Israël sont garants les uns des autres ». Un homme est garant envers les membres de sa famille, un maître l'est envers son auditoire, un dirigeant envers l'ensemble de sa communauté. Chacun porte une responsabilité envers ceux qui reçoivent de lui et sur lesquels il peut agir, et cela vient s'ajouter à la solidarité mutuelle qui lie tout Israël : si l'on a la possibilité d'amener son prochain à mettre les téfilines, on a le devoir de l'y encourager et de lui faire une réprimande constructive (*tokhekhah*). Il ne s'agit pas d'entrer ici dans les détails halakhiques déterminant quand le reproche est obligatoire, mais tel est le principe même de la garantie : si tu n'as pas acquitté ta dette envers le Ciel, je dois t'aider à le faire, sans quoi c'est à moi que l'on demandera des comptes à ta place.
Le Gra poursuit : lorsqu'on a la charge d'agir - d'exercer une influence sur sa communauté et ses fidèles pour qu'ils étudient, accomplissent les mitsvot et se conforment à la volonté d'Hachem - et qu'on s'y dérobe, à qui réclamera-t-on la dette ? Au garant, c'est-à-dire à celui qui était investi de cette mission. Il incombait d'exiger d'eux des progrès et de les corriger avec droiture, mais au lieu de cela, on a préféré ne leur répéter que des flatteries, leur disant sans cesse combien ils sont vertueux, merveilleux et parfaits.
Certains intervenants ne tiennent de discours que sur l'amour d'Israël (*ahavat Israël*) : « Tout ton peuple est fait de justes, tous sont saints, tous sont purs », et dès qu'un problème réel est soulevé, ils répliquent aussitôt : « Il est interdit d'accuser ! » Ces orateurs n'ont toujours que des éloges à la bouche, soucieux de plaire au public afin d'être sollicités pour davantage de cérémonies et de conférences. C'est le « rabbin de complaisance », maniable et agréable à l'usage : quelle que soit la demande, il trouvera un biais pour l'autoriser. Et d'où tire-t-il sa science ? De « Rabbi Google ». Une personne racontait précisément avoir interrogé un moteur de recherche pour en tirer une décision halakhique. On lui a alors fait observer : quel est donc ce maître imaginaire ? Ce ne sont que des billevesées, de pures illusions servies à bon compte.
Prétendre qu'« il ne faut pas accuser » relève du non-sens. Il ne s'agit point ici d'examiner l'opportunité pédagogique de chaque intervention, ni de définir comment et quand s'exprimer, mais que l'on observe la franchise avec laquelle le prophète Isaïe reprenait son peuple : « Tes princes sont des rebelles et des complices de voleurs, chacun aime les présents et court après les pots-de-vin ». Cette réprimande semble rédigée pour fustiger ceux qui dissimulent des caisses noires sans tenue de comptes, jusqu'à ce que les gros titres s'écrient : « Nous savons enfin où est passé l'argent ».
Pour en revenir au sens fondamental : chacun doit prendre conscience que dès lors qu'il porte une responsabilité, son devoir est de guider les personnes dont il a la charge sur la voie divine. S'il est nécessaire de reprendre, il doit le faire. Il lui appartient de choisir la manière adéquate, sans blesser personnellement mais en s'adressant au groupe de manière constructive, car il demeure sans conteste garant du devenir de ces âmes.
Le Gra enseigne : quiconque manque à ce devoir se cause un préjudice direct, car ses propres vertus et les dons qu'il possédait lui seront retirés. Il aura beau arguer : « Quant à moi, ma conduite est irréprochable, que m'importe le reste ! », la réponse divine demeure sans appel : le Saint, béni soit-Il, ne vous a octroyé cette force que pour la diffuser ; si vous refusez de faire rayonner ce dépôt, ce qui vous a été confié vous sera repris.
Le Gra précise par ailleurs qu'il existe chez l'être humain deux penchants négatifs : la convoitise sensuelle (*ta'ava*) et l'avidité cupide (*'hemda*). La convoitise pousse l'homme à flatter continuellement les désirs de son corps : plaisirs de la table, appétits physiques, goût de l'oisiveté et du confort domestique. L'avidité, quant à elle, est une course effrénée et insatiable : convoiter sans cesse de nouveaux biens, multiplier le travail et les affaires, accumuler toujours davantage. Face à ces deux travers se dressent deux vertus, l'une intérieure et l'autre extérieure : la vertu intérieure régit les devoirs envers D.ieu (*bein adam la-Makom*), tandis que la vertu extérieure concerne les relations envers le prochain (*bein adam la-'haveiro*), c'est-à-dire la rectitude de son comportement visible parmi les hommes.
Or les traits de caractère sont comparés à des vêtements, comme il est écrit : « Le cohen revêtira sa tunique de lin » (*middo vad*), expression sur laquelle nos Sages ont enseigné : « *middo* » signifie à sa mesure (*kemidato*). On retrouve d'ailleurs cette parenté linguistique dans le mot *madim* (l'uniforme) du soldat ou de l'employé : l'habit dérive de la même racine que la mesure morale (*middot*). L'habit véritable de l'homme n'est autre que la parure de son caractère.
Ainsi, l'homme qui devait réprimander autrui et ne l'a pas fait : « Prends son vêtement » (Lékakh bigdo). Du Ciel, on lui retire son vêtement, c'est-à-dire les bonnes vertus régissant les relations avec autrui (bein adam le-khavéro), vertus dites « extérieures », comme l'enseigne la Halakha : « Tu te tiendras dehors ». « Car il s'est porté garant d'un étranger » (ki arav zar) : cet homme s'était porté garant envers autrui mais n'a pas rempli sa mission, préférant courir après son confort personnel : « Laisse-moi tranquille, je ne veux pas m'évertuer à reprendre les gens, à exiger d'eux ou à dispenser un cours ». Tu avais la capacité d'agir, pourquoi n'as-tu rien entrepris ? En punition de cette quête de confort extérieur, on le dépouille de sa vertu relationnelle extérieure.
Et quant à celui qui s'est porté garant « pour une étrangère » (be'ad nokhriya) : la femme étrangère symbolise toujours les passions matérielles, comme dans les versets « pour une femme étrangère », « pour un morceau de pain », etc. Puisqu'il a cédé à son penchant et cherché son propre repos, son confort ou le gain financier, au lieu de chercher comment ramener les autres dans le droit chemin : « saisis son gage » (khavléhou). Il s'agit ici des vertus intérieures, celles qui relèvent de la relation entre l'homme et D.ieu (bein adam la-Makom), lesquelles sont endommagées par ses défaillances. En résumé, selon le Gaon de Vilna : lorsqu'un homme a une mission à accomplir et s'y dérobe, le Ciel lui retire les instruments mêmes qui devaient lui servir à l'accomplir, car il n'a pas mis à profit ce qu'Hachem lui avait accordé.
Le Ralbag explique, selon son approche constante, qu'il s'agit d'un homme entraîné par les passions matérielles au lieu de se vouer à la spiritualité. Qui est le « garant » ? L'intellect. C'est lui qui se porte garant de l'étranger et de l'inconnue. Et qui sont cet « étranger » et cette « étrangère » ? Les désirs, les voluptés corporelles, l'attrait de ce qui est agréable et flatteur. Pourquoi cela est-il qualifié d'« étranger » ? Parce que cela est étranger à la nature véritable de l'homme et à son rôle en ce monde. C'est le mauvais penchant, qui lui est extérieur. Qui est l'homme en vérité ? Une âme sainte qui puise sa source dans les trésors célestes. Comment un tel intrus s'est-il insinué en nous ? C'est la conséquence de la faute d'Adam et Ève : à sa suite, le bien et le mal se sont entremêlés, et le serpent ainsi que la force du mal ont pénétré au plus intime de l'homme.
L'intellect aurait dû siéger en juge. L'étranger a ses exigences : il veut telle chose, éprouve telle pulsion, désire assouvir sa convoitise, léser ici et voler là, et l'intellect devrait trancher : non, cela est interdit ; non, ce n'est pas moral ; cette action ne fera que te nuire. Mais dans les faits, l'intellect s'engage comme caution en faveur de l'étranger : quand l'homme cède au désir, l'intellect intervient pour affirmer : « Écoute, ce n'est pas si clairement prohibé, certains décisionnaires l'autorisent, et après tout, dans le Tanakh aussi on trouve de tels précédents... ». Au lieu d'assumer son rôle de juge et de faire barrage à la faute, l'intellect se mue en avocat de l'étranger et de l'inconnue : il fabrique a posteriori des justifications pour expliquer pourquoi il faut le faire, pourquoi ce n'est pas si grave et pourquoi tout est licite. Tel est le sens de « arav zar » : il est devenu le garant, celui qui cautionne et apporte des excuses aux égarements de la passion.
Et en fin de compte, qui paie le prix fort ? C'est l'intellect qui subit le châtiment. On peut l'envisager sous deux aspects. Le premier concerne le Monde Futur. Là-bas, au Gan Éden comme au Guéhinam, il n'existe plus ni pulsions, ni plaisirs matériels, ni corporéité. Que reste-t-il ? L'intellect et l'âme. C'est alors qu'elle s'écrie : « Quel insensé j'ai été ! Pourquoi me suis-je laissé séduire, pourquoi ai-je obéi au corps, pourquoi suis-je devenue l'avocate et le défenseur de la chair au lieu d'être le juge qui lui interdit d'assouvir ses caprices ? ». Soudain, elle constate que « l'on prend son vêtement » : tous les mérites qu'elle pensait posséder lui sont ôtés, et elle endure sa punition.
La seconde possibilité est que les désirs lui portent préjudice dès ce monde-ci, et cela s'observe de manière manifeste. Quiconque cède à la dépendance du tabac - à D.ieu ne plaise qu'un malheur n'arrive à qui que ce soit -, risque fort de devoir vivre lui-même ce qu'annoncent les images et les mises en garde figurant sur les paquets de cigarettes. On regrette alors que l'intellect, au lieu de légitimer le bien et de proscrire le mal, se soit fait le plaideur du mal : « Écoute, ce n'est presque rien, juste une petite cigarette après le repas ». Et que donne ce « presque rien » ? Aujourd'hui, il fume deux paquets par jour. Qui peut savoir jusqu'où cet engrenage vous mènera ?
Une enquête montrait un jour que très peu de personnes parviennent à maintenir une consommation de tabac infime et maîtrisée. Beaucoup affirment : « Je ne peux pas me passer de cigarettes, mais je n'en fumerai qu'après le repas, lors d'occasions particulières ou entre amis ». Or la réalité, sans prétendre que ce soit le cas de tous, est que l'immense majorité échoue à tenir cette limite. Peu à peu, la consommation augmente, revient à son niveau antérieur ou empire encore, jusqu'à devenir un tabagisme chronique, car même commencée à petite dose, l'habitude se transforme en seconde nature. (Sans compter que la médecine a établi que la moindre cigarette est déjà nocive, mais laissons cela de côté.)
Quoi qu'il en soit, un stade arrive où l'homme s'avoue : quel insensé j'ai été, pourquoi ai-je poursuivi ces plaisirs et ces désirs, en voyant tout le tort et toute la détresse qu'ils m'apportent ! « Prends son vêtement, car il s'est porté garant d'un étranger » : toi, intellect, pour le compte de qui t'es-tu porté garant ? Pour celui des passions et des voluptés ! Dès lors, on te prendra ton vêtement, puis « saisis son gage » : en conséquence de quoi ? Du fait que tu as cautionné une étrangère, que tu as obéi à ses pulsions terrestres, et tout cela ne débouche que sur le remords et la peine.
Le Malbim souligne qu'il existe dans la langue sainte une distinction entre un « zar » et un « nokhri ». Un « zar » (étranger) peut fort bien être une personne du pays, d'ici même, mais qui n'appartient pas à ma maisonnée, au sens de : « N'ouvre pas la porte aux inconnus ». Le « nokhri » (l'étranger distant), en revanche, est foncièrement extérieur, issu d'une contrée lointaine. C'est ainsi que le roi David s'exprime : « מוּזָר הָיִיתִי לְאֶחָי וְנׇכְרִי לִבְנֵי אִמִּי » - « Je suis devenu un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère » : pour mes frères j'étais méconnaissable, mais pour les fils de ma mère, j'étais déjà un étranger absolu, pareil à quelqu'un venu d'une terre lointaine.
D'après cela, au sens littéral : si un homme s'est porté garant d'un simple étranger, saisis son vêtement en gage, mais ne t'en prends pas à sa personne. En revanche, s'il s'est porté garant d'une prostituée étrangère : « saisis son gage » (khavléhou), exige des sûretés corporelles et applique la rigueur la plus stricte, car il est alors considéré comme un véritable transgresseur.
Quel est donc le sens allégorique ? Nous avons vu précédemment que la femme infidèle est appelée « nokhriya » (étrangère), comme il est écrit : « Pour te préserver de la femme étrangère, de l'inconnue aux paroles mielleuses ». Mais Salomon ne vient pas traiter de sujets aussi vils ; il parle des doctrines mensongères. Nous avons déjà expliqué que ces idées fallacieuses relèvent de paroles séduisantes (« amareha heḥeliqah »), à l'image de ce que disaient les Sages : « les propos d'hérésie attirent » - les discours d'apostasie et d'incroyance captivent l'homme, éveillent sa curiosité et finissent par l'entraîner. C'est ce que soulignait le Gaon de Vilna à propos de certains écrits du Rambam qui semblaient contredire l'opinion des Sages sur la réalité des démons et d'autres questions : le Gaon écrivit à son sujet que « la philosophie maudite l'a séduit par l'abondance de ses discours » - l'attirant vers les spéculations philosophiques d'Aristote et de ses pairs, à la manière d'une femme étrangère qui séduit le cœur de l'homme.
Dès lors, il est question ici des doctrines trompeuses et des théories dévoyées issues de l'idolâtrie. Celui qui s'attache à des sagesses profanes étrangères à la Torah - des savoirs illusoires, mais qui ne constituent pas encore de l'idolâtrie ni un reniement total - correspond à la femme « étrangère » (zarah) et non pas « inconnue » (nokhriya). Quelle est la définition de « zarah » ? Sa vision des choses manque de netteté : il ne lui paraît pas absolument évident qu'il faille suivre la voie de la Torah, bien que l'idée d'une idolâtrie ne lui viendrait jamais à l'esprit, à Dieu ne plaise. Sa conception est décalée, étrangère, mais pas encore rompue avec Dieu. En revanche, la « nokhriya » s'apparente à une débauchée, au sens d'une personne qui dévie totalement de la route, comme dans le verset : « et vous ne suivrez pas les désirs de votre cœur et de vos yeux qui vous entraînent à l'infidélité » - elle s'est entièrement détournée du droit chemin.
C'est pourquoi, pour celui qui s'est porté garant d'un étranger : « Prends son vêtement ». Quel est ce vêtement ? Au mont Sinaï, le peuple d'Israël a reçu une parure inestimable, une couronne spirituelle. Lorsqu'il a fauté, le Saint, béni soit-Il, lui a ordonné : « Dépouille-toi de ta parure ». Si ta pensée commence à s'altérer, ne serait-ce qu'un peu, tu perds cette précieuse parure - cette vision juste, pure et limpide reçue au mont Sinaï, affirmant qu'il n'y a rien en dehors de Lui et que rien n'égale la sainte Torah. Et soudain, on entend chez lui un autre discours : « Certes, la Torah, c'est très bien, mais il faut aussi d'autres choses, l'homme doit vivre, l'homme doit profiter de l'existence ». Cet individu a perdu ses vêtements de sainteté et de pureté, la parure qui lui avait été conférée au Sinaï.
Mais pour celui qui s'est porté garant d'une étrangère idolâtre - celui qui en vient à dire : « Pourquoi la Torah ? Pourquoi les mitsvot ? À quoi bon tout cela ? Il existe d'autres croyances, je suis d'ailleurs déjà entré dans une église... » - la dérive a atteint l'idolâtrie. À son sujet, il est dit : « saisis un gage sur lui » (« ḥavlehou », qui évoque aussi la blessure et la rupture) : cet homme est comme mutilé, retranché de la communauté divine. Il a en quelque sorte coupé la branche qui le rattachait à l'ensemble du peuple d'Israël, se trouvant totalement exclu de la sainteté. En revanche, celui qui reste dans la bonne direction, malgré certaines confusions intellectuelles, a seulement perdu ses habits d'honneur : il n'a pas subi de mutilation irrémédiable et n'est pas coupé de sa racine sacrée.
Un seul verset, et quatre degrés d'interprétation. Au sens littéral (Pshat) - une sévère mise en garde contre le cautionnement : on compatit avec l'emprunteur insolvable, mais on n'éprouve aucune pitié pour le garant irresponsable qui s'est engagé pour un inconnu ; en pratique, il vaut mieux ne jamais se porter garant, car cela a ruiné tant de familles. Selon la Halakha - vis-à-vis de l'emprunteur, « tu te tiendras dehors », tandis qu'il est permis d'entrer chez le garant pour recouvrer la créance. Selon l'approche du Gaon de Vilna - chacun est garant de ceux qui sont sous son influence ; s'il manque à son devoir de réprimande et d'édification, on le prive de ses vertus relationnelles envers autrui, et ses devoirs envers le Créateur s'en trouvent meurtris. Selon la vision du Ralbag - l'intellect qui se fait l'avocat du désir charnel au lieu d'en être le juge paiera le prix fort et sera pris de remords. Enfin, selon le Malbim - celui dont la pensée commence à vaciller perd la parure du mont Sinaï, et celui qui dérive jusqu'à l'idolâtrie se coupe de sa racine. Sous tous ces angles, l'enseignement reste le même : celui qui se porte garant engage sa responsabilité, et quiconque la néglige, matériellement ou spirituellement, finira dépouillé du vêtement qui le protégeait.