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Chapitre 20 - Le vin railleur et l'ivresse - Partie 6

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Introduction

Dans ce passage du chapitre 20, nous abordons deux points essentiels : les degrés de pureté et d'élévation de l'homme, ainsi que les poids et mesures - l'interdiction rigoureuse du « double poids, double mesure » (pierre et pierre, épha et épha). Nous verrons comment, à partir de la halakha concrète des poids dans la poche, nos Sages parviennent à la racine même des traits de caractère de l'homme, à son intégrité intérieure, et à la question de savoir si l'homme suit une voie constante dans le service divin ou s'il vit au gré d'impulsions désordonnées.

Trois degrés : disperser tout mal de ses yeux, purifier son cœur, être net de tout manquement
מֶלֶךְ יוֹשֵׁב עַל־כִּסֵּא־דִין מְזָרֶה בְעֵינָיו כׇּל־רָע׃ - Un roi assis sur le trône du jugement dissipe tout mal par son regard.
מִי־יֹאמַר זִכִּיתִי לִבִּי טָהַרְתִּי מֵחַטָּאתִי׃ - Qui peut dire : « J'ai purifié mon cœur, je suis net de ma faute » ?

Le Gaon de Vilna explique que ces deux versets font allusion à trois degrés ascendants. Le premier - « dissipe tout mal par son regard » : l'homme ne commet aucune transgression concrète dans les actes. C'est le premier niveau. Le second - « Qui peut dire : j'ai purifié mon cœur » : cela concerne les pensées du cœur, le fait de n'entretenir aucune pensée coupable, même au plus secret de son esprit. Et le troisième niveau - « je suis net de ma faute » : c'est le sommet spirituel le plus élevé, celui où l'on accomplit l'intégralité des commandements positifs, ce qui, comme nous l'avons souligné, est extrêmement exigeant.

Et pourquoi cela est-il désigné par le terme « ma faute » (h'atati) ? Le Gaon de Vilna explique qu'en langue sainte, le mot h'et (faute) signifie également « manque » ou « omission ». « Je suis net de ma faute » signifie donc : je n'ai omis aucun commandement positif. C'est en ce sens qu'il est écrit : « Moi et mon fils Salomon serons considérés comme fautifs (h'ataïm) » - c'est-à-dire privés de nos droits ou lésés. De même, « manquer la cible » (lehah'ti) exprime l'idée de faire défaut à l'objectif. Prenons par exemple la mitsva positive : « Tu le méditeras jour et nuit ». Qui peut affirmer n'avoir jamais failli à ce commandement ? Concernant les interdits, on peut encore prétendre : je n'ai pas mangé de porc, je n'ai pas colporté de médisance (lachon hara), je n'ai pas posé le regard sur ce qui est interdit. Mais affirmer qu'à chaque instant, on a accompli la plénitude infinie des mitsvot positives - qui peut prétendre être net de tout manquement ?

Le Gaon de Vilna et le proche qui cherchait son bien dérobé

On raconte qu'un parent du Gaon de Vilna vint un jour lui rendre visite. Le Gaon lui demanda : « Qu'est-ce qui t'amène ici ? » Cet homme lui raconta qu'il avait été cambriolé et qu'on lui avait dérobé une somme d'argent considérable - l'équivalent de centaines de milliers de chekels d'aujourd'hui. Ayant appris que le voleur se trouvait à Vilna et qu'il était possible d'y récupérer le butin, il s'était rendu sur place afin d'agir par le biais de la police et par tous les moyens envisageables, parvenant effectivement à remettre la main sur cette importante somme.

Le Gaon lui dit alors avec douleur : « Je ne pouvais croire qu'un membre de notre famille gaspillerait son temps, ses heures et ses jours pour courir après de l'argent. » Telle était la perspective du Gaon : tu possèdes la vie, le don le plus précieux au monde, et tu la dépenses pour poursuivre une somme d'argent qui t'a été dérobée ? Une telle démarche dépassait tellement l'entendement du Gaon qu'il ne pouvait la concevoir. Nous peinons nous-mêmes à concevoir ce que le Gaon percevait avec tant d'évidence. Quoi qu'il en soit, pour le Gaon de Vilna, la mission de l'homme en ce monde était si claire qu'il ne comprenait pas comment un être humain pouvait consacrer son énergie à des considérations matérielles. Tel est le sens profond de « je suis net de ma faute » : n'avoir aucun manquement, pas même dans les commandements positifs, y compris celui de l'étude de la Torah, « Tu le méditeras jour et nuit », en tout point. Qui peut affirmer avoir atteint un tel sommet ? C'est le degré d'élévation le plus haut auquel l'homme puisse aspirer.

Double poids (« pierre et pierre ») - Le sens littéral du texte
אֶבֶן וָאֶבֶן אֵיפָה וְאֵיפָה תּוֹעֲבַת יְהֹוָה גַּם־שְׁנֵיהֶם׃ - Deux sortes de poids, deux sortes de mesures, sont l'un et l'autre en abomination à l'Éternel.

Au sens littéral, comme l'exprime la Torah : « Tu n'auras point dans ton sac deux poids différents » (pierre et pierre). Que signifie « deux poids » ? Deux pierres de mesure, deux étalons. Les plus âgés se souviennent certainement des marchands de pastèques avec ce bloc hexagonal en fonte posé sur un plateau de la balance, et la pastèque sur l'autre plateau ; normalement, pour le marché, ce bloc pèse un kilo. Mais l'escroc prend ce poids, le lime, ou y perce un trou à l'intérieur qu'il rebouche, ou utilise tout autre procédé - et de ce fait, au lieu de peser un kilo, il n'en pèse que huit cents grammes. Et l'utilise-t-il toujours ? Non. Il y a des situations où cela ne l'arrange pas. C'est pourquoi il possède un second poids, sur lequel il est inscrit un kilo mais qui pèse en réalité un kilo deux cents : il est un peu plus volumineux, ou taillé dans un matériau plus lourd.

Et pourquoi a-t-il besoin de deux poids différents ? Parce qu'avec l'un il achète, et avec l'autre il vend. Lorsqu'il achète des pastèques, c'est-à-dire lorsqu'il se rend au champ, il pose sur la balance le gros poids et dit au cultivateur : « Il y a un kilo ici » - alors qu'en réalité il en prend un kilo deux cents. Et lorsqu'il vend, il pose le poids allégé et dit à l'acheteur : « Voici un kilo » - alors qu'il n'y a que huit cents grammes. C'est le sens de : « Tu n'auras point dans ton sac un poids et un poids, un grand et un petit » : on utilise le grand pour acheter et le petit pour vendre. Et c'est une abomination pour Hachem - « tous deux sont en abomination à Hachem ».

Le pain et la margarine : tout le monde dupe tout le monde

On raconte l'histoire d'un homme qui achetait régulièrement son pain à la boulangerie, et qui un jour assigna le boulanger en justice. Il déclara : « Monsieur le juge, cela fait vingt ans que j'achète chaque jour une miche de pain chez ce boulanger, parmi celles du rayon d'un kilo. Une fois, j'ai eu l'idée de la peser, et j'ai découvert que la miche ne pesait que neuf cents grammes. Neuf cents grammes multipliés par trois cent soixante jours par an, pendant vingt ans : combien me doit-il ? » De nos jours, il aurait déposé une action collective.

Le juge demanda au boulanger : « Qu'avez-vous à répondre à cette réclamation ? » Le boulanger lui répondit : « Monsieur le juge, l'homme qui me poursuit est fabricant de margarine. Moi, je tiens une boulangerie et j'utilise de la margarine pour mes pâtisseries. Depuis de longues années, je ne possède pas de poids d'étalonnage pour peser mes miches : je prends simplement une motte de sa margarine, je la pose sur un plateau, la miche sur l'autre plateau, et je sais ainsi que je vends la quantité voulue. » Toute explication supplémentaire était inutile. Cet homme, qui vendait neuf cents grammes de margarine dans des paquets étiquetés un kilo, venait se plaindre du boulanger qui vendait des pains d'un kilo au poids réel de neuf cents grammes. En clair : tout le monde dupe tout le monde.

Les chanteurs et les logiciels

Cela rappelle les récriminations de divers chanteurs qui se lamentent sur le piratage de leurs disques : chacun grave leurs albums, télécharge leurs morceaux sur toutes sortes de réseaux, plus personne n'achète, et sortir un disque n'est plus rentable. Au passage, c'est pour cette raison que le prix des cours a été baissé à trois shekels : achetez des cours de Torah, c'est bien plus profitable ! Dans le commerce, on paie soixante shekels pour douze morceaux, alors qu'ici, on paie trois shekels pour deux cents enregistrements - et l'on acquiert un disque qui guide vers la vie du Monde futur. Là-bas, où ce disque mènera-t-il ?

Quoi qu'il en soit, ces artistes se plaignent d'être volés et dépouillés. Or, un journaliste a mené un jour une enquête et a découvert que presque tous possédaient sur leur ordinateur des logiciels de musique piratés - des logiciels coûteux valant des milliers de dollars, non pas des programmes d'amateurs, mais des outils pour professionnels de la création et de la composition musicale. Ils utilisent des versions piratées. Cet individu se plaint qu'on le vole en gravant ses disques, alors que lui-même vole les éditeurs de logiciels et utilise des outils qui ne lui appartiennent pas pour produire sa propre musique. Ainsi, hélas, chacun vole son prochain.

Rabbénou Yona : quelle tromperie est la plus grave ?

Rabbénou Yona pose la question : qu'est-ce qui est le plus abominable, la faute du grand poids ou celle du petit poids ? Autrement dit : lorsqu'on achète par tromperie ou lorsqu'on vend par tromperie ? Rabbénou Yona tranche en affirmant que le châtiment pour le grand poids est plus sévère que pour le petit poids, car la faute de l'acheteur qui trompe le vendeur est plus grave que celle du vendeur qui trompe l'acheteur.

Et pourquoi ? Parce qu'en achetant, on acquiert un bien, tandis qu'en vendant, on perd sa possession. Lorsqu'un homme vend, il possédait un bien dont il se sépare, et l'acheteur s'est en plus arrangé pour qu'il le cède à bas prix. Tandis que l'acheteur est en position de force, il a obtenu le bien, l'objet est désormais entre ses mains. Le vendeur, lui, pauvre homme, est souvent contraint de vendre sous la pression des circonstances et se trouve dans une situation vulnérable ; non content de cela, l'acheteur l'a trompé sur le poids pour l'amener à vendre encore moins cher. C'est pourquoi il faut veiller davantage au vendeur, pour qu'il vende avec un profit légitime, qu'à l'acheteur, pour qu'il achète à un prix avantageux. Ces principes s'appliquent sans doute moins aux produits de consommation courante qu'aux biens de valeur, où le vendeur se défait d'une part de son patrimoine, raison pour laquelle il faut être particulièrement rigoureux envers sa spoliation.

Et que vient enseigner l'expression « tous deux » ? Que l'on sera puni également pour le petit poids : pas seulement pour le grand, qui constitue une faute majeure pour avoir acheté par ruse en lésant le vendeur, mais aussi pour le petit, par lequel on a dupé l'acheteur - pour cela aussi, on encourt le châtiment.

Poids ou mesure : qu'est-il plus facile de remarquer ?

Rabbeinou Yona propose une autre explication : la tromperie commise par deux poids différents est plus grave que celle commise avec deux mesures (épha). Pourquoi ? Parce que lorsqu'on vend à la mesure et qu'il en manque une partie, il est plus facile de s'en apercevoir avec une mesure qu'avec un poids en pierre. Et c'est bien vrai : si on m'apporte un paquet de farine, je peux remarquer s'il y manque dix ou vingt pour cent. Je verrai bien que le fabricant a « rogné sur notre dos » - en réduisant la quantité de vingt pour cent tout en maintenant le même prix. Jusqu'à récemment, c'était leur méthode pour gagner davantage sur notre compte, et aujourd'hui la loi les oblige, pendant une certaine période, à indiquer que le format a été réduit.

Autre méthode bien connue : « Ce produit contient 675 grammes » - allez calculer ce qui est le plus avantageux, celui-ci ou la lessive de la marque concurrente ! Aujourd'hui, la loi impose d'indiquer le prix au poids, combien on paie pour cent grammes, afin qu'on ne nous trompe pas et qu'on puisse comparer les prix même sans avoir fait de hautes études. D'ailleurs, ceux qui font scrupuleusement ces calculs sont souvent des avrekhim : vous voyez un avrekh au supermarché sortir son téléphone cacher et faire le calcul - ici tant pour cent grammes, là tant - et il prend le moins cher. Et parfois, le format familial s'avère plus cher au kilo que les petits paquets, c'est incroyable. Celui qui achète sans compter tombe souvent dans le piège : il croyait faire des économies avec un grand format, alors qu'en achetant de petits paquets, il aurait préservé la fraîcheur, aurait eu un meilleur produit et aurait payé moins cher.

Quoi qu'il en soit, dit Rabbeinou Yona : avec des poids en pierre, il est difficile de discerner la vérité, car la pierre est un objet dense et compact, et il est ardu de savoir si elle fait un kilo ou moins d'un kilo. En revanche, pour l'épha, qui contient la marchandise elle-même, il est plus facile de constater si le sac paraît plus petit. C'est pourquoi le verset dit : « Deux poids différents, deux mesures différentes... tous deux également » : même pour l'épha, où l'on aurait pu arguer que le client n'avait qu'à bien regarder et vérifier s'il n'y a pas le compte, cela reste malgré tout une abomination pour Hachem. Ce n'est pas seulement le double poids fait en cachette et imperceptible, mais aussi la double mesure plus visible - pour cela aussi, des comptes lui seront demandés.

« Tu n'auras point dans ta bourse » - même le simple fait d'en détenir chez soi

Nos Sages déduisent de « Tu n'auras point dans ta bourse deux poids différents, un gros et un petit » qu'il ne faut pas garder une telle chose chez soi non plus, à l'image d'une machine à fabriquer de faux billets. Cela nous enseigne qu'on transgresse l'interdit dès l'instant de la fabrication, même si l'on n'a encore rien pesé ni trompé personne avec.

Et pourquoi cela ? Tout d'abord, parce que cela témoigne d'une corruption intérieure. Pourquoi auriez-vous besoin de garder chez vous un objet truqué ? Si vous êtes honnête et droit, dans quel but ? Que se passe-t-il dans la tête de celui qui conserve un tel objet ? « Peut-être qu'un jour j'en aurai besoin, peut-être qu'un jour je m'en servirai. » Cela signifie qu'il existe en vous une inclination à la tromperie, même si ce n'est ni pour aujourd'hui ni pour demain. Prenez-le et jetez-le ! C'est exactement comme l'interdiction de conserver un livre saint non corrigé, en vertu du verset « Ne laisse pas résider l'iniquité dans ta tente » : si une chose est défectueuse, ne la gardez pas chez vous, ne la laissez pas dans un endroit où elle pourrait induire en erreur. Et deuxièmement, cela peut mener à de graves fautes de tromperie, de mensonge et de vol.

C'est pourquoi, explique Rabbeinou Yona, ce verset s'inscrit dans la continuité du précédent : si vous conservez chez vous deux poids différents, comment oser dire « J'ai purifié mon cœur, je suis net de ma faute » ? Il faut avoir le cœur si pur, comme nous l'avons souligné, jusque dans la pensée, qu'il ne doit même pas y avoir deux poids distincts dans votre bourse. Et si l'on prétend : « Mais je ne m'en sers pas ! » - non, même cachés au fond d'une armoire, ils ne doivent pas s'y trouver. Même un objet dont on n'a pas l'intention de faire usage, il est interdit de le garder. Garder une telle chose est malsain, cela risque de vous corrompre à l'avenir, et cela prouve qu'il reste au fond de vous une scorie qu'il faut éliminer. Car sans cela, vous vous seriez débarrassé de cet objet trompeur.

תּוֹעֲבַת יְהֹוָה אֶבֶן וָאָבֶן וּמֹאזְנֵי מִרְמָה לֹא־טוֹב׃ - Deux poids différents sont en abomination à l'Éternel, et une balance fausse n'est pas bonne.

Rabbeinou Yona commente : l'Écriture nous a enseigné ce principe à trois reprises dans ce livre de Mishlei, pour nous montrer à quel point cette pratique est odieuse et abominable aux yeux d'Hachem. L'homme doit être si éloigné de toute tromperie qu'il ne doit même pas posséder d'instruments permettant de frauder. Le texte y revient par trois fois pour souligner à quel point l'intégrité du cœur est requise, et combien il faut fuir toute trace de faute et d'iniquité.

Le Gaon de Vilna : de niveau en niveau, sans sauter les étapes

Le Gaon de Vilna explique : celui qui possède deux poids, l'un exact pour lui-même et l'autre pour vendre à son prochain, ou deux mesures, une pour lui-même et une pour autrui - tous deux sont en abomination à Hachem. Et à quoi cela fait-il allusion sur le plan spirituel ? « Le sens profond est que l'homme doit progresser pas à pas, de degré en degré. Mais s'il saute les étapes, s'attribuant un niveau plus élevé que celui qui lui convient, qu'il vient à en déchoir et choisit alors une tout autre voie - cela est en abomination devant Hachem. »

C'est un principe fondamental : l'homme manque de patience. Nous appartenons à une génération impatiente, une génération qui veut tout instantanément, vite, ici et maintenant - et nous nous imaginons qu'il en va de même dans le service divin. On veut devenir rapidement Baba Salé, rapidement Rav Ovadia, tout doit aller vite. Mais cela n'existe pas ! Quelqu'un a fait téchouva hier, et dès aujourd'hui il veut être le Tsaddik de la génération. Certes, avoir des aspirations est une excellente chose, mais il faut savoir que les choses prennent du temps, et que les pas doivent être mesurés. Sinon, on saute trop haut, et lorsqu'on saute trop haut, on tombe. Et quand la chute se fait de haut, l'impact est rude. Alors il se dit : « Cette voie n'a pas fonctionné », et il en commence une autre, tombe à nouveau et recommence encore.

C'est à ce propos que le Gaon de Vilna affirme : cela est une abomination pour Hachem. Hachem ne veut pas d'hommes qui n'ont pas de ligne de conduite constante, qui manquent d'uniformité dans le service divin, qui n'ont pas de voie droite mais vivent au gré de leurs impulsions : un jour ainsi, un jour autrement, tantôt scrupuleux sur tel point et négligent sur tel autre, tantôt rigoureux ici et laxiste là-bas. Ce n'est pas là la voie d'Hachem. La voie d'Hachem consiste à progresser pas à pas, de degré en degré.

Il en va de même dans les relations humaines : parfois bon, parfois mauvais, sans ligne de conduite claire. Tantôt dur, tantôt doux, répondant un jour avec insolence et s'exprimant le lendemain avec humilité, blessant son prochain une fois et se montrant très soucieux de son honneur une autre - il n'a aucune constance. Là encore, le Gaon de Vilna explique qu'il s'agit d'une abomination pour Hachem. C'est là le « deux poids, deux mesures » dans les traits de caractère : se comporter avec autrui selon une mesure bonne et droite, et non au gré de ses sautes d'humeur. Certaines personnes sont habituellement paisibles avec vous, mais s'il arrive quelque chose qui les contrarie, elles explosent soudainement, blessent, insultent, et parfois même s'en prennent physiquement aux autres. C'est une abomination aux yeux d'Hachem. L'homme doit avoir une ligne de conduite stable et s'élever progressivement dans le perfectionnement de ses traits de caractère. On ne devient pas Rabbi Israël Salanter du jour au lendemain, mais on acquiert une bonne habitude, puis une autre. Il est évident que cette façon de clopiner des deux côtés, sans choisir de voie et en vivant au gré de ses impulsions, est une abomination pour Hachem.

Une abomination aussi pour les hommes

Et l'on peut ajouter : c'est également une abomination pour les hommes. L'une des choses les plus repoussantes pour autrui, le genre de personnes avec lesquelles on n'aime pas être en relation, ce sont ceux qui agissent de manière impulsive - définissons-les : les gens imprévisibles. Il est bien plus facile de vivre avec une personne prévisible, même si l'on sait qu'elle est prompte à la colère, car au moins, on s'y attend. Mais il est extrêmement difficile de vivre avec quelqu'un qui donne une impression de douceur mielleuse, où tout semble parfait, et qui, tout à coup, lance une pique ou une véritable bombe à laquelle on ne s'attendait pas. On n'aime pas être aux côtés d'individus imprévisibles, car on ne sait jamais quel geste déclenchera soudain leur crise. Si l'on sait que quelqu'un est sensible et qu'une simple remarque le blesse, on en tient compte d'avance, on évite de plaisanter avec lui et l'on prend des précautions. Mais face à une personne imprévisible, on est constamment dans le doute : ce qu'elle a dit était-il pour rire ou sérieux ? On vit avec elle dans une tension permanente. C'est une abomination non seulement pour Hachem, mais aussi pour les hommes.

Le Ralbag : la juste mesure dans les traits de caractère et les conceptions

Le Ralbag explique : « Pierre et pierre » - une pierre dont le poids est inférieur à ce qu'il devrait être, et une seconde dont le poids est supérieur, et de même pour « épha et épha ». Toutes deux sont en abomination devant Hachem, tant dans les vertus que dans les opinions. Le Ralbag, fidèle à sa méthode, applique tout ce qui est écrit dans le livre de Mishlei à la conduite humaine. La voie idéale et convenable dans les traits de caractère est l'équilibre et la rectitude : l'homme doit se garder des extrêmes et ne pas s'y réfugier. Et quant aux idées et aux paroles, l'attitude choisie consiste à ne pas être plus concis qu'il ne faut, ni plus long qu'il ne convient : là où les Sages ont prescrit d'allonger, on n'a pas le droit d'abréger, et là où ils ont prescrit d'abréger, on n'a pas le droit d'allonger, en gardant toujours le juste milieu.

On vous a invité à prendre la parole. Il y a des gens qui réagissent comme dans cette histoire d'un délateur qui voulait sonner du Choffar à Roch Hachana. La communauté refusa catégoriquement : « Plutôt mourir ! » Il alla donc dénoncer l'affaire aux autorités, et le pouvoir imposa qu'on lui confie la sonnerie. On lui attribua alors l'ultime sonnerie de Yom Kippour. Il vint se plaindre : « Que m'avez-vous donné ? Ce n'est qu'une seule sonnerie, alors qu'à Roch Hachana il y en a cent ! » On lui répondit : « Nous ne voyons pas où est le problème : le Choffar est entre tes mains, sonne aussi longtemps que tu veux, pourquoi te limiter ? On t'a donné le Choffar ! »

De la même façon, certains reçoivent le micro et bloquent alors l'assemblée pendant deux heures, sous prétexte qu'on leur a confié la parole. Mais la question est de savoir si c'est bien ce qui convenait à ce moment précis : ce public est-il venu écouter un long discours ? Ces paroles sont-elles réellement utiles ? Même si l'on se prend pour le plus grand orateur, dont chaque propos mériterait des baisers - quelqu'un avait lancé un jour cette malédiction humoristique : « Je te souhaite d'être invité à chanter après Dudu Fisher et à parler après le Rav Lau ! » Comprenez l'idée : même si l'on est très doué, et même si l'on s'imagine que tout le monde est suspendu à ses lèvres, il y a toujours une mesure à respecter. Le Ralbag dit : c'est une abomination que de se tromper dans les proportions, d'agir sans équilibre ni mesure et de tomber dans l'excès.

L'un se lève pour parler pendant trois minutes : à peine a-t-il eu le temps de saluer les personnes présentes pour leur rendre hommage qu'il a déjà terminé. Ce n'est pas convenable, on s'attendait à entendre un développement. Un autre se lève, et qui osera lui faire signe que d'autres orateurs attendent après lui ? De plus, il ne s'agit pas d'un cours magistral dans une Yéchiva : tenez un propos adapté à l'auditoire ! Il s'agit d'un public simple, racontez une histoire, donnez des paroles d'encouragement. Vous êtes parti bien trop loin ! Et qui pourra le lui faire comprendre ? C'est parfois un dilemme délicat : il est difficile de faire une remarque, c'est très embarrassant.

Nous avons déjà rappelé l'enseignement selon lequel « la sagesse des scribes se corrompra » ('hokmat soferim tisra'h). Que signifie tisra'h ? L'auteur du 'Homat Ba'arim explique, dans le Ein Yaakov, que ce terme est apparenté au verset « et le pan qui déborde » (vessara'h) à l'arrière du Tabernacle : tisra'h signifie donc « elle s'étirera en longueur ». Comment cela se traduit-il ? Le sage commence à parler et ne s'arrête plus, il en oublie l'auditoire et discourt pendant trois quarts d'heure. « La sagesse des scribes s'étirera » : elle s'allonge démesurément. Quelqu'un parlait un jour sans fin, et on lui demanda ensuite : « Pourquoi avoir été si long ? » Il répondit : « Il n'y avait pas d'horloge. » On lui répliqua : « Certes, il n'y avait pas d'horloge, mais il y avait un calendrier derrière vous ! »

L'homme doit connaître la juste mesure en toute chose. Parfois, il est nécessaire de faire un reproche : encore faut-il savoir comment le formuler, dans quel langage et avec quelle brièveté. On constate parfois cette même erreur chez des parents envers leurs enfants. Un enfant a commis une faute, il convient de lui faire une remarque - et voilà que le parent lui « tombe dessus ». Soit, fais une remarque, l'enfant s'est trompé, fais-lui observer et il comprendra la leçon. Mais non, le voilà qui s'acharne pendant vingt minutes : « Je ne comprends vraiment pas comment tu as pu faire une chose pareille, c'est insensé, où avais-tu la tête, es-tu idiot ? » Il se calme cinq minutes, puis recommence : « Mais enfin, tu ne voyais pas que ceci et cela ? » Encore deux minutes de plus, et ainsi de suite. Laisse-le tranquille, tu as dépassé les bornes ! Il suffisait d'une simple remarque.

Il faut beaucoup de discernement et de mesure : parfois, il n'est même pas nécessaire d'intervenir. Parfois, on a envie de faire une remarque, on croit devoir intervenir, alors que dans ce cas, il vaut bien mieux se taire. Et parfois, lorsqu'il faut absolument parler, il convient de dire les choses de manière à ce qu'elles soient acceptées. Attend-on que l'autre s'emporte contre nous, qu'il se dise : quel père stupide, quel casse-pieds ? Dans chaque domaine, l'homme doit savoir trouver le juste dosage ; il faut une grande circonspection pour apporter la réaction appropriée, la parole juste, sous la forme qui convient. « Le meilleur des avis » : ne pas être trop bref quand il ne le faut pas, ni s'étendre outre mesure, faire chaque chose de la manière la plus juste et la plus convenable.

Et dans l'étude également, le Ralbag enseigne : que l'homme ne sonde point ce qui dépasse la portée de son entendement, et qu'il ne néglige point d'approfondir ce qui est à sa portée. C'est-à-dire : devant un sujet particulièrement profond, ne cherchez pas à vous y perdre à force de spéculations au point de ne plus vous y retrouver. Et inversement, devant un sujet moins complexe, ne vous contentez pas de l'apprendre superficiellement pour passer aussitôt à la suite ; si vous êtes capable de le scruter davantage, de l'examiner pour le comprendre dans toute son exactitude, étudiez-le et saisissez-le plus profondément. En somme, dans chaque domaine, l'homme doit peser ses actes - épha et épha, poids et poids, grand et petit - sans s'étendre là où il convient d'abréger, ni abréger là où il convient de s'étendre.

Le Malbim : « Tous deux ensemble » - même quand tout semble se compenser

Le Malbim explique : il se peut fort bien qu'une action paraisse mauvaise au regard extérieur, alors qu'en réalité, dans son essence intérieure, elle est bonne. Celui qui l'observe de l'extérieur n'y voit qu'un comportement blâmable, mais celui qui en examine le fond constate qu'il n'y a aucun reproche à lui faire, car elle est conforme au droit et à l'équité.

Et le Malbim donne un exemple. Si je vois quelqu'un détenir deux poids différents - par exemple un poids portant l'inscription « un kilo » mais qui ne pèse en vérité que neuf cents grammes - et faire du commerce avec cette masse, je m'écrierai : cet homme est un fraudeur, c'est un menteur ! Tu vends aux gens en prétendant leur donner un kilo alors qu'il n'y en a que neuf cents grammes ! Pourtant, dit le Malbim, il est tout à fait possible que son acte soit légitime. Comment donc ? Parce que celui qui lui a vendu possède lui aussi deux mesures d'épha différentes : il lui a vendu du blé avec un épha incomplet, si bien qu'au lieu d'obtenir le volume d'un épha entier, il n'a reçu qu'un volume correspondant à neuf cents grammes. Dès lors, s'il a commercé avec lui au moyen d'un poids minoré - ce qui constitue en soi une pratique défectueuse et répréhensible -, c'est uniquement parce que lui-même a reçu une mesure amoindrie. Dans ce cas, on pourrait apparemment affirmer que l'opération est conforme à la justice, et cela se rattache au verset précédent : « Qui pourra dire : J'ai purifié mon cœur, je suis net de mon péché ? » Et celui-là pourrait dire : oui, j'ai purifié mon cœur ! Tu me reproches de vendre avec un poids défectueux ? Mais je reçois moi-même un épha amoindri ! C'est compensation exacte, comme pour ce propriétaire de boulangerie qui vendait des pains de neuf cents grammes parce qu'il les mesurait d'après les blocs de margarine censés peser un kilo mais n'en pesant que neuf cents. Tu viens te plaindre de moi ? Je n'ai fait que peser en fonction de ce que tu m'as donné !

Nous comprenons donc que dans une telle situation, nous aurions pu être enclins à juger sa conduite irréprochable. C'est pourquoi le roi Salomon intervient et déclare : « Deux poids différents, deux éphas différents, sont tous deux ensemble en abomination à l'Éternel ». Or, selon le Malbim, le mot « aussi / tous deux » (gam) signifie toujours « ensemble ». C'est ainsi qu'il explique le passage : même lorsque les deux éléments se rejoignent et qu'il semble y avoir là un équilibre juste. Que signifie « ensemble » ? Il y a ici deux poids et deux éphas, et bien que la mesure de chacun soit contraire à la loi, l'une compense l'autre en apparence. Le texte affirme alors : absolument pas, l'Éternel les a tous deux en abomination ! Même lorsqu'une ruse paraît justifiée par la nécessité, cela reste une abomination pour l'Éternel, car la Torah a ordonné : « Tu n'auras point dans ton sac deux poids différents, deux éphas différents », et cela suffit. « Tu n'auras point », un point c'est tout. Et si l'on demande quelle en est la raison, ou si cela ne s'applique qu'au sac, la réponse est non : « Tu n'auras point », point final, en aucune circonstance. De là découle qu'un tel agissement est foncièrement corrompu en tout état de cause, et nul ne doit imaginer qu'une telle situation puisse le rendre permis.

En conclusion :

Notre chapitre nous conduit depuis les trois degrés de pureté - l'acte, la pensée et l'accomplissement de toutes les mitsvot positives - jusqu'à l'interdit des « deux poids et deux éphas ». Nous en avons découvert le sens obvie : deux poids, l'un pour acheter et l'autre pour vendre, ce qui conduit dans les faits à ce que « chacun trompe son prochain ». Rabbénou Yona nous a enseigné combien la faute de l'acheteur est grave, que l'homme sera puni même pour le plus petit des poids, qu'une rigueur s'applique également à un épha visiblement faussé, et qu'il est rigoureusement interdit de conserver un tel instrument chez soi - car sa simple possession trahit une impureté intérieure et risque de mener à la faute -, le texte réitérant cette mise en garde à trois reprises pour souligner à quel point la droiture du cœur est exigée. Le Gaon de Vilna a transposé ces vérités au service divin : celui qui ne possède pas une mesure constante, qui cherche à s'élever au-delà de ses forces puis chute, qui change sans cesse de voie et vit au gré de ses impulsions, est en abomination devant l'Éternel et détestable aux yeux des hommes. Le Ralbag a mis en relief la juste mesure dans les traits de caractère et les conceptions : éviter les extrêmes, ne pas s'étendre là où il convient d'abréger ni abréger là où il convient de s'étendre, que ce soit dans la parole, la réprimande ou l'étude. Enfin, le Malbim a conclu : même lorsque les deux parties recourent à des procédés faussés et que tout semble s'équilibrer dans une parfaite réciprocité, « ils sont tous deux en abomination à l'Éternel », car la Torah a proscrit l'instrument défectueux lui-même, en toute circonstance.

Chapitre 20 - Le vin railleur et l'ivresse - Partie 6 · Sefer Mishlei · ספר משלי