Le chapitre 20 s'ouvre sur deux versets qui semblent éloignés l'un de l'autre, mais qui forment en réalité un seul et même développement : le premier traite de l'homme qui s'adonne au vin et devient un moqueur, et le second enseigne l'immense crainte que l'on doit éprouver devant le roi. Nos Sages et les commentateurs ont établi un lien entre eux : celui qui perd ses inhibitions à cause du vin n'est pas digne de paraître devant un souverain. Suivons l'ordre des versets à la lumière des explications d'Ibn Ezra, de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna, du Ralbag et du Malbim.
לֵץ הַיַּיִן הֹמֶה שֵׁכָר וְכָל שֹׁגֶה בּוֹ לֹא יֶחְכָּם׃ - Le vin est moqueur, les boissons fortes sont tumultueuses ; quiconque s'y égare ne deviendra point sage.
Ibn Ezra explique qu'il manque ici le mot « homme » : moqueur, c'est l'homme du vin. Autrement dit, le moqueur est celui qui s'adonne au vin. Et que signifie « tumultueuses sont les boissons fortes » (homé chékar) ? Le terme homé renvoie au tumulte et aux cris. Ce moqueur crie et s'agite : « apportez de la boisson forte, donnez à boire ! » « Et quiconque s'y égare » - celui qui trébuche dans cette voie et se laisse entraîner par le vin, « ne deviendra point sage », il n'acquerra point la sagesse. En effet, un homme qui vient étudier en état d'ébriété n'a plus l'esprit lucide, comment pourrait-il alors acquérir la sagesse ?
Rabbénou Yona rejoint Ibn Ezra sur l'idée qu'il s'agit de l'amateur de vin qui réclame bruyamment de la boisson, et ajoute un lien avec ce qui précède. Nous avons déjà vu que « les châtiments sont préparés pour les moqueurs », et le roi Salomon vient à présent nous révéler l'un des facteurs conduisant à la raillerie : l'attrait pour le vin. Un homme attiré par le vin en vient inévitablement à la dérision. Pourquoi ? Parce que le propre du vin est de briser les retenues du cœur. L'homme qui boit se désinhibe, et avant tout, perd ses freins moraux. Soudain, il tient des propos futiles, se moque de tout le monde ; quand le vin entre, le secret sort. Des choses qu'un homme retient naturellement au fond de lui et tait d'ordinaire jaillissent soudain de sa bouche sans discernement. Que s'est-il passé ? Le vin a fait sauter tous les verrous.
C'est de là aussi que découle ce que l'on disait à la femme soupçonnée d'infidélité (la sota) : « Ma fille, le vin est souvent la cause de bien des égarements ». On cherchait apparemment à lui trouver des circonstances atténuantes : tu as trop bu, et l'alcool peut conduire aux pires dérives, avoue donc la vérité. Mais cette tentative même de justification révèle jusqu'où le vin peut mener : il est capable de dépouiller un individu de toutes ses valeurs spirituelles, de le pousser à la raillerie, à secouer tout joug, et à donner libre cours à sa langue dans la frivolité, la moquerie et le mépris.
Lors d'un chabbat 'hatan, on a pu constater cela de façon frappante. Un convive avait apporté une grande bouteille de vin artisanal, et un autre ne le lâchait plus d'une semelle. À chaque instant, il lui tendait son verre, et le propriétaire de la bouteille, ravi d'avoir un bon client, remplissait le verre pendant que l'autre insistait : « Verse, verse encore ! » Dès le troisième verre, il s'est mis à parler sans discontinuer, intarissable. Au paroxysme de son discours, il s'est tourné vers son entourage et s'est exclamé : « Vous voyez, moi je bois et cela ne me fait absolument aucun effet, alors que tous les autres autour sont ivres... Rers-moi donc encore une goutte ! » C'en était presque gênant. C'est ainsi que le vin fait tomber les barrières, ouvrant la voie à la dérision, à l'absence de retenue et aux moqueries les plus viles. C'est là tout le sens de « le vin est moqueur » - l'homme, en devenant un buveur de vin, devient un railleur.
Et qu'advient-il de celui qui devient un moqueur ? Le prophète déclare : « Et maintenant, ne vous moquez point, de peur que vos liens ne se resserrent ». Le terme mossékhem (« vos liens ») dérive de mossérot, ces brides et courroies que l'on attache sur le dos des bœufs pour les maintenir dans la bonne direction - elles contraignent l'animal à suivre la voie tracée. C'est là une exacte mesure pour mesure : le moqueur se débarrasse de tout frein (mossérot), il n'a plus de limites ni de barrières, tout lui paraît permis et il s'autorise tout à fait à tout dire ; c'est pourquoi des liens puissants viendront l'entraver.
Il a déjà été expliqué pourquoi « les châtiments sont préparés pour les moqueurs » : c'est parce que le moqueur ne comprend aucun autre langage. Il est plongé dans une sorte d'ivresse de plaisanterie et de dérision, et quoi qu'on lui dise, même le sujet le plus grave, il le tournera en dérision. On a pu lire un jour dans la presse que des lycéens avaient décidé de transmettre la mémoire de la Shoah par l'humour, allant jusqu'à citer une blague sur un rescapé et son numéro tatoué. C'est ainsi, prétendaient-ils, qu'ils « intégraient les valeurs de la Shoah ». Chez celui qui verse dans la raillerie, le sujet le plus sérieux, le plus douloureux, ce qui devrait susciter le recueillement et la conscience de sa propre fragilité, se transforme en farce.
C'est pourquoi « les châtiments sont préparés pour les moqueurs ». Quelqu'un tente de lui faire entendre raison : « Mon cher ami, la vie est sérieuse ! » - mais il en rit. Que reste-t-il à faire ? Quelques revers cuisants, et soudain le monde perd de son comique. Il ne s'agit pas nécessairement de coups physiques ; parfois, il suffit d'un appel du médecin : « Vos résultats d'analyses sont arrivés, j'aimerais vous voir. » En un instant, finies les plaisanteries. Le voilà qui cherche un rabbin pour recevoir une bénédiction, donne deux cents shekels à la tsedaka, sollicite des prières et veille scrupuleusement à ce que l'on note avec exactitude son nom et celui de sa mère. Qu'on vienne alors lui proposer de rire des médecins - le cœur n'y est plus du tout. C'est l'unique moyen de briser l'esprit de dérision, dont toute l'essence consiste à s'affranchir de toute discipline.
Rabbénou Yona remarque avec précision qu'il y a ici trois traits distinctifs chez l'homme adonné au vin et aux liqueurs fortes. Premièrement, « lets » (railleur) - il tourne tout en dérision et en moquerie. Deuxièmement, « homé » (tumultueux) - même lorsqu'il ne se moque pas d'autrui, il multiplie les paroles et le bruit ; l'homme boit et devient bavard, or tout bavardage excessif conduit au péché. Troisièmement, « et quiconque s'y égare ne deviendra point sage » - même s'il ne raille pas et ne bavarde pas, et même s'il désire à présent étudier et acquérir la sagesse, dans la mesure où il est plongé dans le vin, son esprit n'est pas lucide et il ne pourra pas s'adonner aux concepts intellectuels. Et que signifie « s'y égare » ? Il s'y laisse entraîner comme par mégarde, comme sous la contrainte.
Le Gaon de Vilna explique que la majeure partie des railleries survient lorsque l'on s'assoit pour boire du vin. Chez les habitués des tavernes et des débits de boisson, la monnaie courante est la plaisanterie, et le propre de cette compagnie est la frivolité et l'hilarité. C'est là le sens de « le vin est railleur » : qui est le railleur ? Celui qui court après le vin. « La boisson forte est tumultueuse » - il s'agite et gronde après la liqueur forte pour en trouver et en boire.
Et le Gra ajoute : comme il est dit « fait fermenter l'huile du parfumeur ». Pourquoi la Torah est-elle comparée à l'huile ? De même que pour l'huile, lorsqu'un peu d'eau y pénètre, l'huile en sort, de même pour les paroles de Torah : lorsqu'un peu de raillerie s'y infiltre, on perd une grande quantité de Torah. Et la parabole est rigoureuse : si vous prenez une coupe de vin pleine à ras bord et que vous y versez un peu d'eau, qu'est-ce qui va déborder ? Un mélange de vin et d'eau ; il est impossible que l'eau reste à l'intérieur et que seul le vin s'échappe. Mais si vous faites de même avec une coupe pleine d'huile, seule l'huile débordera, car l'eau est plus lourde que l'huile et descend immédiatement au fond, tandis que l'huile flotte et remonte. C'est exactement ainsi que la raillerie agit sur la Torah.
Il en découle une divergence dans l'explication de la fin du verset. Selon Ibn Ezra et Rabbénou Yona, « quiconque s'y égare » se rapporte au vin : celui qui se laisse entraîner par le vin n'atteindra pas les voies de la sagesse. En revanche, selon le Gra, « s'y égare » se rapporte à la raillerie : celui qui raille s'éloigne de la sagesse et la perd, telle l'eau qui pénètre dans la coupe d'huile et en chasse l'huile.
Le Malbim, selon sa méthode habituelle, explique le verset d'après la définition rigoureuse des termes. Le railleur tourne en dérision les lois de la sagesse ('hokhma). Or, comme nous l'avons expliqué à plusieurs reprises, les règles de la sagesse - ce qu'est la droiture, ce qui est bien et ce qui est mal - ne comportent pas de démonstrations irréfutables ni de preuves scientifiques. En matière de morale, il n'existe pas de preuve absolue ; ce ne sont ni des mathématiques ni des sciences exactes. Vous affirmez qu'un acte donné est mauvais, et votre interlocuteur vous répondra : au contraire, j'estime qu'il est excellent. C'est pourquoi il faut recevoir les règles de la sagesse de la bouche du sage, avec foi et droiture de cœur.
Et même celui qui a déjà accepté les règles de la sagesse, s'il s'égare dans le vin, ne deviendra point sage. Pourquoi ? Parce que le vin gouverne le cœur, or l'acceptation des règles de la sagesse relève du cœur. Lorsqu'un homme boit du vin, le cœur a trouvé un nouveau maître, et ce maître, c'est le vin. Et pour l'homme ivre, le monde lui paraît aplani comme une plaine : il n'a plus de morale, plus de barrières, plus de freins. Il s'avère donc que non seulement il n'acquerra pas la sagesse, mais le vin détruit en lui les règles de sagesse qu'il possédait déjà.
Le Malbim établit une autre distinction : le railleur se moque de la sagesse ('hokhma), mais non de la connaissance (da'at). La connaissance concerne les réalités appuyées par des preuves formelles - deux et deux font quatre, l'eau bout à cent degrés, et ainsi de suite. Sur ces faits, on ne saurait ironiser ; calculez, vérifiez et constatez par vous-même. C'est pourquoi la raillerie vise précisément la sagesse, pour laquelle il n'existe pas de preuve mathématique, mais seulement une tradition reçue d'un prophète ou d'un sage.
Le mot « chékhar » (boisson enivrante) revêt deux significations dans les Textes. Dans la langue de la Torah et des Prophètes, il désigne généralement du vin vieux, comme le prouve le cas du nazir auquel sont interdits « le vin et la boisson forte » (yayin véchékhar), ce que le Targoum traduit par « du vin nouveau et du vin vieux » - et le vin vieux est plus enivrant. En revanche, dans la langue de la Guémara, « chékhar » désigne habituellement toutes sortes de boissons alcoolisées, telles que la liqueur de dattes ou la liqueur de figues, car on peut produire une boisson enivrante à partir de n'importe quel fruit. Quoi qu'il en soit, le chékhar enivre davantage que le vin, et ses effets sur l'homme sont donc bien plus redoutables.
C'est d'après cela que le Malbim précise les deux parties du verset. « Le vin est moqueur » - celui qui s'égare dans le vin tourne la sagesse (hokhma) en dérision, mais il accepte encore la connaissance raisonnée (da'at). En revanche, « les boissons fortes rendent tumultueux » - celui qui s'enivre de liqueur forte, selon les termes mêmes du Malbim : « sa raison s'annule et il devient semblable aux animaux qui mugissent sans raison ». Il est comme une bête qui beugle ; on lui parle et il n'émet qu'un grondement confus. Pour lui, même les preuves évidentes du da'at n'ont plus aucune prise, car il a totalement perdu l'esprit.
נַהַם כַּכְּפִיר אֵימַת מֶלֶךְ מִתְעַבְּרוֹ חוֹטֵא נַפְשׁוֹ׃ - Comme le rugissement d'un jeune lion est la terreur qu'inspire le roi ; celui qui s'attire son courroux pèche contre sa propre vie.
Rabbénou Yona explique : l'homme doit redouter la terreur qu'inspire le roi comme il redouterait le rugissement d'un jeune lion, même lorsque le roi ne lui adresse aucun reproche. On peut songer à cette expérience : en longeant un jour la clôture d'une propriété, deux rottweilers se mettent soudain à aboyer violemment. La puissance des aboiements, la proximité immédiate font défaillir le cœur. Même après avoir constaté qu'une clôture solide sépare de l'animal, le calme ne revient pas aussitôt, car on continue d'entendre leur souffle résonner avec force. On comprend alors ce que décrivent les livres saints au sujet des chiens féroces qui viennent assaillir l'âme après le départ de ce monde, la plongeant dans une angoisse indicible. C'est ainsi que Rabbénou Yona explicite le verset : même si le roi ne vous réprimande pas ouvertement, la terreur demeure bien réelle. De même que l'on tremble devant le rugissement du fauve, de même doit-on craindre la majesté du roi.
« Celui qui s'attire son courroux pèche contre sa propre vie » (mit'abro 'hoté nafcho) - quiconque amène le roi à s'irriter contre lui commet une faute grave et met son existence en danger. Si vous vous êtes placé dans une situation où le roi éprouve de la fureur ('evrah) et une stricte rigueur à votre égard, vous ne pourrez pas plaider l'accident en affirmant : « J'étais contraint, je n'aurais jamais pensé que le monarque s'emporterait pour si peu, j'ignorais qu'il avait la mèche si courte ». L'Écriture le traite d'insensé et de coupable, car il appartient à chacun de trembler devant la terreur du roi et de ne formuler en sa présence que des paroles limpides, incapables d'offenser les yeux du maître. Celui qui s'avance pour parler devant un roi doit peser ses mots au trébuchet, car un simple détail peut déclencher le rugissement du lion. De plus, le mot « 'hoté » exprime ici une perte, un manque, comme dans le verset : « moi et mon fils Salomon nous serons frustrés » - privés de tout ; celui qui manque la cible la prive de son but. « Mit'abro 'hoté nafcho » : par son imprudence, il risque de se priver de sa propre vie.
Rabbénou Yona souligne que ce verset est délibérément juxtaposé au précédent. Le premier verset dénonçait la bassesse du moqueur et la déchéance de celui qui devient tumultueux sous l'effet de l'alcool, et le second verset avertit : il ne sied point à un homme de paraître devant le roi en état d'ébriété. Ne vous présentez jamais ivre devant lui, de peur de provoquer sa colère et de mettre votre vie en péril. C'est ce que disaient nos Sages : qui est considéré comme pris de boisson ? Tout individu incapable de s'exprimer convenablement devant un roi. Si vous êtes dans un état qui vous empêche de paraître devant le souverain avec crainte et tremblement, vous êtes déjà qualifié de « moqueur par le vin » et de « tumultueux par la liqueur forte », et mieux vaut ne pas franchir le seuil du palais, de peur que cette entrée ne soit sans retour.
Rabbénou Yona fait remarquer avec finesse qu'on ne peut interpréter « mit'abro » comme désignant l'homme qui chercherait délibérément querelle au roi. En effet, si quelqu'un va contester ouvertement l'autorité royale, il est évident qu'il court au désastre et que le roi le fera exécuter sur-le-champ ; pour une telle banalité, Salomon n'aurait nul besoin d'écrire un verset. L'avertissement vise plutôt celui contre qui le roi s'emporte de façon inattendue : l'homme a tenu une parole inconvenante ou déplacée, pensant naïvement qu'il n'y avait là rien de fâcheux et sans imaginer que le roi s'en offenserait - et pourtant, il répond de sa vie. Pourquoi s'est-il permis de parler sans mesurer rigoureusement chacune de ses phrases ?
Le Gaon de Vilna adopte une perspective semblable : la frayeur inspirée par le roi lorsqu'on se tient en sa présence, même en dehors de tout accès de fureur, équivaut au rugissement d'un jeune lion. Dès lors, celui qui s'attire son courroux pèche contre sa vie, car la colère du souverain s'accompagne d'« envoyés de mort » : quiconque irrite le roi s'expose à ce que son arrêt de mort soit décrété à l'instant même.
Le Ralbag transpose cet enseignement dans sa dimension allégorique. La terreur du roi qui dirige l'homme, c'est l'intellect humain. Comme nous l'avons rappelé à maintes reprises au nom du 'Hazon Ich, l'être humain est doté d'un cœur et d'une raison. L'intellect examine les choses avec recul et les analyse avec lucidité, tandis que le cœur se laisse emporter par les convoitises et les pulsions, réclamant sans cesse : « Donne-moi ! ». La crainte envers le roi souverain doit correspondre à la révérence accordée à la raison, afin qu'elle gouverne souverainement l'ensemble des forces de l'âme, conformément à l'ordre établi par le Saint, béni soit-Il, au moment de leur création. Et plus les actions d'un individu procèdent de l'esprit plutôt que de l'émotion impulsive, plus il atteint la stature d'homme accompli.
Le 'Hazon Ich ajoute que l'homme doit également faire régner sa raison sur ses sentiments. Si un homme s'abandonnait aveuglément à son humeur, il pourrait se sentir habité par une grande gaieté le jour de Ticha Béav sans parvenir à se l'expliquer, simplement parce qu'il suit le flot de ses impressions intérieures. Mais l'homme doué de raison sait que l'instant ne se prête aucunement à la légèreté, et il s'astreint délibérément à entrer dans un climat de deuil et d'affliction. Faute de quoi, quelqu'un pourrait prendre place dans une maison endeuillée et éclater de rire sous prétexte : « Je suis libre, une plaisanterie m'est revenue en mémoire, que m'importent les convenances ? » - un tel comportement caractérise l'homme frivole et dépourvu de sens. Il a le devoir de mobiliser son esprit pour comprendre qu'il se trouve dans un cadre exigeant solennité et gravité. L'inverse est tout aussi vrai : face à une personne morose au milieu d'un mariage, lieu où doit éclater la réjouissance du 'hatan et de la kallah, on lui demande de faire intervenir sa raison afin qu'elle suscite en lui la joie. Des voies existent pour y parvenir, car la pensée est entraînée par les actions concrètes et les cœurs s'inclinent à leur suite. En toute circonstance, les rênes de la conduite doivent impérativement demeurer entre les mains de l'intellect.
Et ce gouvernement, dit le Ralbag, doit être si puissant qu'il soit comparable au rugissement du lionceau venant déchirer sa proie : "le rugissement du lionceau, telle est la terreur du roi". Et qui est "celui qui le provoque", qui est l'adversaire de l'intellect ? Le désir. L'intellect sait et dit : ne suis pas ce désir, il te nuira, il te causera de la peine, sa fin, qui peut la mesurer. Et si malgré tout l'homme a suivi les désirs de son cœur, alors le désir a commis une transgression et une querelle avec l'intellect, et cela le conduit à "celui qui pèche contre son âme", car il perd et diminue son âme.
Le Malbim explique différemment du Gaon de Vilna et de Rabbénou Yona. "Le rugissement du lionceau, telle est la terreur du roi" : lorsque le roi est en colère, il est certain qu'il ne faut pas s'approcher de lui, de même que tu ne t'approcheras pas du lionceau au moment où il a faim, car alors il déchirera à coup sûr. Un lion rassasié ne te fera rien, mais lorsqu'il a faim il n'est pas conseillé d'être à ses côtés. Et au moment de la fureur il faut faire très, très attention. Et c'est ici que le verset vient ajouter que même en temps de faveur l'homme est mis en garde par la terreur du roi.
Et quelle est la définition de la crainte ? Le Malbim dit : la crainte est une peur qui provient de la crainte de la grandeur, à cause de son éminence considérable. Et il faut se garder de faire des choses contraires à cette crainte. Un homme aux yeux duquel le roi n'est pas redoutable dira : je me servirai de son sceptre, je m'assiérai sur son trône et je verrai s'il est confortable, peut-être lui ont-ils fait un siège orthopédique. Qui va s'asseoir sur le trône du roi ? Seul celui qui n'a envers lui aucune crainte de la grandeur. Même lorsque le roi n'est pas présent ici, si tu possèdes la crainte de la grandeur, tu ne te serviras pas de son sceptre, tu prendras garde à son autorité et tu ne feras pas preuve de légèreté devant lui.
"Et celui qui le provoque" : celui qui transgresse ces règles est passible de mort et pèche contre son âme. Celui qui s'approche de cette crainte sans la redouter, sans la peur qui convient envers le roi, est comme celui qui s'approche du lionceau dans sa tanière au moment de sa faim. La conduite qui convient dans la relation avec le roi est la distance, la crainte et la crainte de la grandeur ; et celui qui se sent familier et s'approche de lui en vertu de cela s'est mis dans le pétrin, en termes simples.
Et pourquoi le Malbim explique-t-il "celui qui le provoque" au sens de transgression et de franchissement, alors que "evra" désigne la colère ? Le Malbim explique que "evra" elle-même dérive de la racine "avar" (passer, franchir). La colère (ketsef) s'exerce contre celui qu'il convient de réprimander, selon le droit ; la fureur (evra) survient lorsque le roi sort de la mesure du droit et frappe dans toutes les directions, punissant aussi celui qui n'a pas fauté. Il y a donc ici une expression qui englobe les deux choses : l'homme franchit la limite qui lui convient dans sa conduite avec le roi, et par là il fait en sorte que le roi lui aussi franchisse la limite qui convient et se remplisse contre lui de fureur et de colère au-delà de ce qu'il mérite.