Le chapitre 19 des Proverbes traite des fondements du travail sur les traits de caractère (les midot) : de la relation entre l'intellect et le cœur, entre la richesse et la pauvreté, entre la vérité et le mensonge. Dans ce cours, nous approfondirons deux sujets centraux du chapitre : le verset « Acquérir un cœur, c'est aimer son âme », suivi de la répétition des versets « Le faux témoin ne restera pas impuni » - une fois au verset 5 et une fois au verset 9 - et ce que la Torah vient nous enseigner à travers cette répétition.
קֹנֶה־לֵּב אֹהֵב נַפְשׁוֹ שֹׁמֵר תְּבוּנָה לִמְצֹא־טוֹב׃ (ח) - Qui acquiert du cœur aime son âme ; qui garde l'intelligence trouvera le bien. (8)
Le Gaon de Vilna explique : celui qui acquiert pour lui-même un bon cœur est d'abord qualifié d'« amoureux de son âme ». Pourquoi ? Car c'est par le bon cœur que l'homme mérite sa récompense dans le Monde futur. L'homme qui aime son âme, qui désire l'ennoblir, lui acquiert et lui attache un bon cœur, et agit en toutes circonstances avec bienveillance.
Et l'on peut aussi le constater sur un plan très simple. Qui est généralement celui qui possède de mauvais traits de caractère ? C'est celui qui se comporte envers autrui avec rudesse, manque de respect (derekh erets) et animosité. En général, c'est un homme en conflit avec lui-même. Psychologiquement, il se sent mal dans sa peau, il n'est pas satisfait de lui-même, et cela rejaillit sur son comportement envers les autres. On le voit bien lorsqu'une personne traverse une période de crise : toute son attitude envers ses proches change - envers son épouse, envers ses enfants. Elle devient grincheuse, impatiente, réagit avec virulence et blesse tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Pourquoi ? Parce qu'elle est en conflit avec elle-même.
Il en va de même pour un enfant : lorsqu'un enfant adopte un tel comportement, il faut immédiatement vérifier ce qu'il traverse intérieurement. Peut-être que quelqu'un l'embête, peut-être qu'on le harcèle à l'école, mille et une choses sont possibles. La réalité est que celui qui tourmente les autres et agit de la sorte subit quelque chose au plus profond de lui. Mais celui qui aime son âme, qui vit en parfaite harmonie avec elle et n'est pas en conflit intérieur, adopte envers autrui une attitude bienveillante, chaleureuse et valorisante. Il manifeste un bon cœur envers les autres parce que son âme est en paix avec elle-même - il aime son âme.
Et celui qui désire que l'intelligence demeure gardée en son cœur doit étudier afin de trouver le bien. Deux personnes peuvent étudier : l'une retient ce qu'elle a appris, tandis que l'autre ne le retient pas. Pourquoi ? Parce que la première étudie pour accomplir, alors que la seconde n'étudie que comme une simple sagesse intellectuelle.
Celui qui étudie pour accomplir s'en souvient déjà pour une raison tout à fait naturelle. Il se dit : « Un instant, comment doit-on faire cela exactement ? Répète-moi : sépare-t-on d'abord la nourriture puis les déchets ? Pose-t-on d'abord les téfilines de la main, puis celles de la tête, et comment noue-t-on la lanière sur le doigt ? » Pourquoi est-il si méticuleux ? Parce que demain matin, il devra le mettre en pratique. En revanche, celui qui étudie comme une simple discipline intellectuelle, pour quelle raison s'en souviendrait-il ? Quel moyen aurait-il de retenir ? Il n'y voit pas une Torah qu'il est tenu d'appliquer demain.
Et cela comporte également une dimension de vertu spirituelle (ségoula) : une Torah apprise pour elle-même (lichma), afin de garder, de faire et d'accomplir, est une Torah qui perdure. Mais une Torah étudiée comme une sagesse profane ne perdure pas. Telle est la vertu propre de la Torah : elle s'enracine et subsiste chez celui qui l'étudie selon ses conditions et de la manière appropriée.
Le Malbim explique, selon son habitude, que le cœur représente le pouvoir qui gouverne chez l'homme. La souveraineté en l'homme est toujours comparée au cœur, et le cœur est le souverain qui incline l'homme à agir selon sa volonté. Et le Malbim précise : même celui qui connaît les lois de la sagesse ne possède pas encore son cœur, car dans le cœur règnent les désirs et les passions. Il se peut que par l'intellect on sache parfaitement ce qu'il convient de faire, mais qu'en pratique on agisse à l'inverse, car le cœur tire dans la direction opposée.
Et quel est le rôle de l'homme ? Faire prévaloir son intellect sur ses désirs. « J'en ai très envie », mais par l'intellect je comprends qu'une telle chose est très mauvaise, qu'un tel acte entraîne le Guéhinnom, qu'une telle chose me causera un grand tort. Cette « envie » n'est qu'une passion passagère, et la raison persuade l'homme de la surmonter. Il y a une lutte perpétuelle entre l'intellect et le cœur.
C'est pourquoi « celui qui acquiert un cœur aime son âme » : celui qui aime son âme et ne veut pas qu'elle soit retranchée par l'ennemi - c'est-à-dire le Yetser Hara - veille à acquérir le cœur, afin que ce pouvoir de commandement soit attiré vers le bien, pour accomplir la volonté d'Hachem, observer les mitsvot et étudier la Torah. En revanche, celui qui n'aime pas son âme laisse le cœur se déchaîner à sa guise ; le cœur l'entraîne alors après tous les désirs, et par là il nuit grandement à son âme. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas acquis son cœur, et le cœur a agi comme bon lui semblait, au gré de ses passions.
Comment acquiert-on le cœur ? Comme il est écrit : « La sagesse repose dans le cœur avisé ». C'est par la réflexion sur les voies de la sagesse, par la force du discernement, que la lutte cessera et que le cœur sera en son pouvoir. Celui qui réfléchit et se demande : que vais-je retirer de cette faute ? Son plaisir n'est qu'éphémère et je devrai en rendre compte en jugement - celui-là acquiert le cœur par la force de la réflexion.
Le discernement est comparable à une monnaie permettant d'acheter une marchandise, ainsi qu'il est dit : « Acquérir le discernement est préférable à l'argent ». Avec cet argent, par la réflexion, il acquiert le cœur pour qu'il lui appartienne. De quelle manière ? « Gardien du discernement » : c'est par la réflexion qu'il discerne toutes les voies trompeuses dans lesquelles le cœur tente de l'entraîner, et tous les chemins où le Yetser Hara s'efforce de le faire dévier. La réflexion est ce qui peut servir de rempart face au penchant au mal.
C'est pourquoi le Yetser Hara ne veut pas que l'homme réfléchisse. Il dit : « Tout de suite, viens, fais-le, maintenant, à l'instant même ». Pourquoi ? Parce que si tu réfléchis, il y a de fortes chances que tu t'en abstiennes. À l'inverse, le Yetser Hatov souhaite que chaque acte soit accompli avec réflexion, modération et discernement.
Et voici l'autre versant de cette même méthode : le Yetser Hara ne dit jamais « ne fais pas », à Dieu ne plaise. Il dit : « fais-le » - mais demain. Le Daf Hayomi ? Avec l'aide d'Hachem, pourquoi pas ! Mais dans six ans commence un nouveau cycle, tu débuteras avec tout le monde depuis le traité Berakhot, et tu auras ainsi tout le Daf Hayomi dans l'ordre. Les dîmes ? Le Yetser Hara se montre généreux avec toi : « Prélève même un cinquième ! Mais pas maintenant : il faut marier les enfants, il y a des dépenses... ». Le Yetser Hara est tout à fait disposé à ce que nous agissions, mais pas maintenant.
« Sors combattre Amalek » - et quelle est la suite ? « Demain ». Et savez-vous qui est Amalek ? Amalek, c'est le « demain ». Fais-le, mais demain : voilà Amalek. Va et combats cet Amalek qui, pour chaque chose, te dit : « demain, demain ». Le régime ? Après les fêtes. On s'adresse à un artisan pour qu'il finisse son travail : « Après les fêtes ». Tout est remis à demain, sans cesse repoussé. Il y a cette devise du paresseux : « Ne remets jamais à demain ce que tu peux remettre à après-demain ». Telle est la méthode du Yetser Hara. Tandis que le Yetser Hatov proclame : « Aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix » - maintenant, à l'instant même, sans rien remettre au lendemain.
Un homme a raconté avoir vécu un grave accident de la route. Il circulait en voiture avec sa famille lorsqu'il a percuté le véhicule qui le précédait, et sa voiture a fait plusieurs tonneaux. Il a témoigné : « Nous sommes sortis de la voiture indemnes. Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Je n'avais même pas une égratignure. La voiture s'est retournée plusieurs fois, s'est remise sur ses roues, et nous en sommes sortis - moi, ma femme, les enfants - tous sains et saufs. Quelle bonté d'Hachem ! » Et soit dit en passant, voyez à quel point il est indispensable d'attacher sa ceinture de sécurité : tous étaient attachés, le bébé était attaché dans son siège auto et le siège fixé à la banquette. Combien il faut être rigoureux à ce sujet !
Et il a ajouté : « Je sais aussi pourquoi j'ai été sauvé, et ce n'est ni par mon propre mérite ni par celui de quiconque. Avant de partir en excursion, j'avais lu un dépliant déposé dans la boîte aux lettres au sujet d'un avrekh craignant Dieu, une personnalité hors du commun, décédé dans la fleur de l'âge en laissant une femme et sept orphelins - c'était le 'havrouta de Rabbi Israël Weintraub, de mémoire bénie, qui était lui-même un grand kabbaliste. J'avais été profondément touché par ce qui y était écrit. Sachant que nous étions sur le point de partir en voyage, j'ai dit à ma femme : appelle Koupat Haïr et fais un don de cinq cents shekels pour cette famille. Elle m'a répondu : pourquoi par Koupat Haïr ? Je vais leur donner directement. Je lui ai dit : non, si nous donnons directement, cela va traîner, qui sait quand et comment, et nous partons à l'instant. Appelle tout de suite avec la carte de crédit et fais le don. Et un instant avant de quitter la maison, elle a téléphoné et a donné cinq cents shekels à cette famille ».
Et il m'a confié : « Je n'ai pas l'ombre d'un doute que la tsédaka sauve de la mort. En temps normal, j'aurais dit : demain, on donnera peut-être directement, on verra bien. Je savais que si je reportais, qui sait ce qui arriverait. Et si j'avais repoussé, qui sait où je serais aujourd'hui ! » (Soit dit en passant, Koupat Haïr reverse l'intégralité des dons, sans déduire de frais de gestion ou de secrétariat, car des donateurs spécifiques prennent en charge l'ensemble des frais administratifs, et tout ce que l'on donne parvient intégralement à cette famille.)
La tsédaka sauve de la mort, cela ne fait aucun doute. Par la force de la tsédaka, même un impie comme Nabuchodonosor a été épargné tant qu'il donnait la tsédaka ; dès l'instant où il a cessé, le décret prononcé contre lui s'est abattu sur lui. Et observez bien le mécanisme : le yetser hara dit : « Bien sûr que tu vas donner la tsédaka, mais pourquoi te presser ? » Tandis que le yetser hatov dit : « Tout de suite ! » S'il s'agit d'une mitsva, accomplis-la sans tarder.
C'est précisément ce que dit le verset : « Celui qui acquiert du sens aime son âme » - comment ? En « gardant l'intelligence pour trouver le bien ». Avant que le mauvais penchant ne l'entraîne vers une faute, il déclare : j'attends, j'observe, je n'agis pas dans la précipitation. L'expression « chomer tévouna » peut en effet s'interpréter dans le sens de l'attente et de la retenue, à l'image du verset : « Et son père garda la chose » (il attendit l'accomplissement). Il ne commet pas la faute sur-le-champ, mais temporise, observe et réfléchit ; s'il constate que cela n'en vaut pas la peine, il renonce et s'abstient.
« Pour trouver le bien » - un tel homme trouvera effectivement le bien. En fin de compte, il prendra les bonnes décisions et ne trébuchera pas dans la faute, car il soumettra constamment les impulsions de son penchant à l'examen. En effet, le mauvais penchant nous présente souvent des transgressions sous l'apparence de mitsvot ; mais celui qui temporise et réfléchit ne tombera pas dans le péché et ne trouvera que le bien. Il sera à même de démasquer les pièges du penchant : là où il cherche à le tromper et là où il lui fait croire à une bonne action, alors que son unique but est de le faire chuter dans ses filets pour l'amener à fauter.
עֵד שְׁקָרִים לֹא יִנָּקֶה וְיָפִיחַ כְּזָבִים לֹא יִמָּלֵט׃ (ה) - Le faux témoin ne restera point impuni, et celui qui profère des mensonges n'échappera point. (v. 5)
עֵד שְׁקָרִים לֹא יִנָּקֶה וְיָפִיחַ כְּזָבִים יֹאבֵד׃ (ט) - Le faux témoin ne restera point impuni, et celui qui profère des mensonges périra. (v. 9)
Rabbénou Yona fait remarquer que ce sujet est répété deux fois dans le passage, au verset 5 et au verset 9, et presque dans les mêmes termes - là-bas « n'échappera point », et ici « périra ». Pourquoi donc ? « Car il importe d'avertir vigoureusement et à jamais sur l'éloignement des mensonges, car l'homme menteur n'a ni avenir ni espoir ». Il emprunte ici une tournure inspirée de l'histoire de Yossef : « Et si le songe s'est répété deux fois, c'est que la chose est arrêtée par Dieu et qu'Il se hâtera de l'accomplir ». De même ici, la réitération de ce thème souligne à quel point il faut s'en écarter et mettre en garde contre lui. Lorsque la Torah répète une chose à plusieurs reprises, c'est pour insister encore et encore sur la vigilance extrême qu'elle exige.
Il est écrit : « Car les voies de l'Éternel sont droites, les justes y marcheront et les pécheurs y trébucheront ». Et nos Sages ont enseigné : pour ceux qui la prennent par la droite, elle est un élixir de vie ; pour ceux qui la prennent par la gauche, elle est un poison de mort. Rachi explique : « ceux qui la prennent par la droite » désigne celui qui étudie la Torah de toutes ses forces, comme il se doit et avec droiture - elle devient pour lui un élixir de vie. En revanche, « ceux qui la prennent par la gauche » désigne celui qui étudie la Torah pour faire étalage d'érudition, pour obtenir des honneurs ou des diplômes, ou pour attaquer ceux qui observent les mitsvot. Non seulement cette même Torah ne le protège ni ne le préserve, mais elle se transforme pour lui en un poison mortel.
Quelle est l'explication de ces propos ? Le Gaon de Vilna propose ici une explication profonde. La Torah vient du Ciel - c'est de là-haut que nous l'avons reçue, et elle est une réalité spirituelle : lorsqu'un homme prononce des paroles de Torah, c'est le souffle de la bouche, une chose spirituelle. En revanche, l'accomplissement des mitsvot relève de la terre, et nous les accomplissons au moyen d'éléments matériels : on pose les téfiline sur son bras - et que sont les téfiline ? Du cuir d'animal. De la même façon, toutes les mitsvot s'investissent dans la matière.
C'est à partir de là que le Gaon de Vilna explique le verset : « אֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמָח וְצֶדֶק מִשָּׁמַיִם נִשְׁקָף » (« La vérité germera de la terre, et la justice se penchera des cieux »). Le propre de la terre est la vérité, car « la vérité germera de la terre » : c'est par ce qu'elle fait germer que se révèle la vérité de la terre. Si vous avez semé de l'orge, il poussera de l'orge. Du blé, du blé. De l'ail, de l'ail. De l'oignon, de l'oignon. Ce que vous y avez déposé est exactement ce que vous récolterez, et elle ne ment jamais dans son œuvre. Il est impossible de semer de l'orge et d'obtenir du blé ; sa mesure est celle de la vérité, et cette vérité se manifeste dans ce qu'elle fait germer (« titsma'h »).
Et que signifie « et la justice se penchera des cieux » ? Comment la terre fait-elle germer ? Grâce à la pluie, qui vient abreuver le sol. Mais le Saint, béni soit-Il, a-t-il l'obligation de nous envoyer la pluie ? Nullement - c'est pourquoi la pluie est appelée une générosité (tsédaka), car le Saint, béni soit-Il, fait preuve de générosité envers nous en nous l'accordant. On ne peut pas en dire autant de la terre, car la terre fait pousser ce que j'y ai mis : j'ai semé de l'orge et j'ai reçu de l'orge ; c'est de la vérité, non de la générosité, car elle m'a rendu exactement ce que j'avais déposé. Mais la pluie, qu'avez-vous déposé en échange ? Rien. Le Saint, béni soit-Il, dit : C'est Moi qui l'ai donnée, c'est un pur bienfait. C'est pourquoi « la justice se penchera des cieux » : la pluie qui descend du ciel est appelée justice (tsédek), car elle descend par générosité et bienveillance.
Bien plus encore, la pluie tombe sur tous de manière égale et agit de manière identique. Et si son action est égale pour tous, est-elle pour le bien ou pour le mal ? Le Gaon de Vilna répond : tout dépend de ceux qui la reçoivent. La pluie fait pousser - mais que fait-elle pousser ? Ce que vous avez semé. Vous avez semé du blé, il poussera du blé. Vous avez semé du poison, vous obtiendrez du poison. Le don de la pluie est accordé à tous équitablement, et la grâce qu'elle renferme est égale pour tous, mais ce qui en germera dépend de l'homme, de ce que l'homme a semé.
Les pluies sont qualifiées de « bien », elles sont bénéfiques pour le monde. Il en va de même pour la Torah qui vient du Ciel : la Torah est comparable à la pluie, comme il est écrit : « יַעֲרֹף כַּמָּטָר לִקְחִי » (« Que mon enseignement s'épanche comme la pluie ») - « mon enseignement » (likh'i) désigne la Torah, et elle est pareille à la pluie. Et que fait germer la Torah chez l'homme, un élixir de vie ou un poison mortel ? Cela dépend de ce que l'on sème : « Pour ceux qui se portent vers sa droite, elle est un élixir de vie ; pour ceux qui se portent vers sa gauche, elle est un élixir de mort ».
C'est pourquoi l'on voit parfois des personnes qui, avec la Torah qu'elles ont apprise, attaquent et battent en brèche tout ce qui relève de la sainteté. D'où cela provient-il ? De la Torah elle-même ! Comment est-ce possible ? Exactement comme pour la pluie : tout dépend de ce que l'on a semé. Si vous avez semé du poison, c'est du poison qui poussera ; si vous avez semé de bonnes graines, de bonnes choses germeront. La Torah correspond à cette justice penchée des cieux, et elle fait fructifier ce que l'homme a semé ; c'est elle qui développe ce qui se trouve déjà dans le cœur de l'homme. Celui qui étudie la Torah lishma (pour elle-même) s'élèvera grâce à elle en tsadik. Mais celui qui étudie pour d'autres desseins verra cette même Torah produire « une racine fertile en poison et en absinthe ».
Bien plus encore, cette Torah amplifiera les fautes et les mauvais actes de cet individu. En tant que simple ignorant (am haarets), il n'aurait pas causé autant de tort ni de dégâts ; mais en raison de la Torah qu'il a étudiée, celle-ci a fait fructifier le poison qui sommeillait en lui et lui a donné une ampleur considérable. En effet, grâce à son savoir, il est devenu une autorité écoutée, une référence consultée - et puisqu'il a étudié la Torah de manière dévoyée, cette même Torah engendre des choses dévoyées. La Torah agit comme la pluie qui fait croître ce que vous avez semé.
De là découle l'explication du verset. « Le témoin de mensonges ne restera pas impuni » : lorsqu'un homme étudie sans avoir une Torah de vérité dans la bouche, mais que sa Torah n'est que mensonge sur ses lèvres - sans intention d'accomplir ni de faire la volonté du Créateur - cette étude est une étude de mensonge. Car tu viens de lire qu'il faut poser les téfiline sur le bras gauche, et tu n'as pas mis les téfiline du tout. Tu viens de lire qu'il faut observer le jour du Chabbat pour le sanctifier, et tu n'observes pas le Chabbat. Tu viens de lire qu'il faut rectifier ses actes, et tu ne corriges rien à ta conduite.
Tu as transformé la Torah en faux et usage de faux. La Torah est un témoignage pour Israël, mais pour toi, elle devient un « témoin de mensonges » : tout ce dont la Torah témoigne est réputé faux, car si c'était vrai, pourquoi ne le fais-tu pas ? Tu traites la parole de la Torah comme si elle n'avait aucune réalité. C'est ainsi que l'on enseigne aujourd'hui le Tanakh dans de nombreuses écoles : « Le prophète affirme ceci, une croyance prétend que cela s'est passé ainsi » - tout est étudié comme s'il s'agissait de simples réflexions philosophiques des générations passées, non point d'une Torah divine et contraignante. Dès lors, l'ensemble de la Torah devient pour toi un « témoin de mensonges ». C'est pourquoi il « ne restera pas impuni » : il paiera un lourd tribut et, selon les termes du Gaon de Vilna, sa perversion s'en trouvera décuplée et sa faute ne pourra être effacée.
Remarquez la précision du texte : la Torah est qualifiée de témoignage pour Israël, et si le terme « mensonges » est au pluriel, il aurait fallu dire « des témoins de mensonges » (édim chekarim) ou « des témoignages de mensonges ». Pourquoi donc « témoin » au singulier et « mensonges » au pluriel ? Le Gaon de Vilna explique : la Torah est semblable à deux témoins - la Torah écrite et la Torah orale. Or, la méthode des hérétiques consiste à nier la Torah orale ; c'est pourquoi l'accent est mis sur un « témoin » unique. D'où commence l'hérésie ? Par la Torah orale : « Ce sont les rabbins qui l'ont ajouté », « cela est apparu plus tard », « à chaque époque, ils sont venus rajouter des règles, mais ce n'est pas écrit dans le texte et ce n'est pas obligatoire ». C'est pour cette raison qu'il est écrit « témoin » au singulier. Et pourtant, « mensonges » est au pluriel, car au bout du compte, cet homme en viendra à prétendre que tout n'est que mensonge - il commence simplement par rejeter la Torah orale.
Que signifie « exhale des mensonges » (*yafia'h kezavim*) ? Il s'agit d'un homme qui, au départ, a étudié, a donné un peu de Tsedaka et accompli de bonnes actions, puis s'en est détourné. Nous avons déjà expliqué la définition du terme *kèzev* : c'est comme un cours d'eau trompeur (*na'hal akhzav*, qui finit par tarir), et c'est là toute la différence entre le mensonge (*chéker*) et l'illusion trompeuse (*kèzev*). Le mensonge est faux dès l'origine ; le *kèzev*, lui, commence de manière authentique mais finit par faire défaut, son dénouement n'étant pas fidèle à ses débuts. Un homme qui commence une bonne action sans la mener à terme accomplit un acte trompeur (*ma'assé kèzev*), car l'accomplissement du bien n'est pas parachevé.
C'est pourquoi celui qui a étudié la Torah, donné un peu de Tsedaka et accompli de bonnes actions, puis a tout abandonné, perdra le bénéfice de son passé, comme il est dit : « la justice du juste ne sera pas rappelée » le jour de sa transgression. Mais il faut préciser : cela s'applique à celui qui « a appris puis s'est retiré » en reniant son passé (*tohé al harichonot*). Il a agi, accompli des Mitsvot, puis s'est dit : « Quel insensé j'ai été, pourquoi ai-je gaspillé mon temps à la Yechiva ? » - dès lors, on lui efface toutes ces années où il a étudié la Torah. C'est une chose terrible et redoutable. Voilà ce qu'est *tohé al harichonot*, celui qui regrette sincèrement d'avoir accompli les Mitsvot.
En revanche, si un homme a étudié la Torah puis a trébuché parce que son penchant l'a dominé, regrette-t-il pour autant les Mitsvot qu'il a faites ? Absolument pas ! Il en recevra la récompense, et celle-ci lui restera acquise ; il devra certes d'abord se purifier au Guéhinom, mais il recevra son salaire. Mais s'il en vient à dire : « Quel dommage d'avoir accompli des Mitsvot, quel dommage d'avoir perdu mon temps », c'est là renier son passé, et la justice du juste ne lui sera pas comptée au jour de sa faute. C'est le sens de « celui qui exhale des mensonges » : il a commencé à pratiquer, mais la fin a été décevante et stérile - « il périra », et toutes ses bonnes actions tomberont dans l'oubli.
Le Malbim explique ce verset sous un autre angle. « Le faux témoin ne restera pas impuni » : il s'agit d'un homme qui a réfléchi - car la *Bina* est la faculté de discerner une chose d'une autre et de distinguer le vrai du faux, *Bina* étant liée à l'analyse et la réflexion (*hitbonénout*) - et qui, malgré cette clairvoyance, a laissé sortir de sa bouche un mensonge, tel que nier l'existence du Créateur ou Sa providence. Il « ne restera pas impuni » : il sera châtié pour la gravité même de ce qu'il a commis.
« Et celui qui exhale des tromperies » : cela s'opère par toutes sortes d'arguments spécieux, de déductions fausses et d'analogies infondées. Cette tromperie n'apparaît pas immédiatement : de prime abord, il semble tenir des propos cohérents, il avance des arguments, des sources et des citations ; mais après examen approfondi, il s'avère que tout cela n'est que vent et n'a aucune consistance. C'est pourquoi cela est qualifié de « tromperies » (*kezavim*) : « il périra ». Le Malbim ajoute que selon cette explication, le verset d'ici diffère entièrement du verset 5 tel qu'il l'a commenté là-bas ; ainsi, le texte ne se répète pas, car chaque passage traite d'un sujet bien distinct.
Le chapitre 19 nous enseigne deux voies essentielles de travail sur soi. La première - « Qui acquiert du cœur aime son âme » : le cœur est le siège de la maîtrise en l'homme, et les passions cherchent sans cesse à s'en emparer. Celui qui aime son âme acquiert ce cœur par l'acquisition du discernement et de la réflexion, et étudie pour mettre en pratique ; ainsi, sa Torah demeure vivante en lui et ses vertus envers autrui s'affinent, car son âme est en paix avec elle-même. À l'opposé, le mauvais penchant pousse à l'urgence : « maintenant, tout de suite » pour la faute, et repousse à « demain, plus tard » pour la Mitsva - c'est là l'esprit d'Amalek qu'il faut combattre. La seconde - « Le faux témoin ne restera pas impuni », répété deux fois pour mettre solennellement en garde contre la fausseté : la Torah est semblable à une pluie bienfaisante qui tombe également pour tous et fait germer ce que chacun a semé - élixir de vie pour ceux qui la mènent vers le bien, et poison mortel pour ceux qui en dévient. Enfin, celui qui avait bien commencé mais en vient à renier son passé verra tous ses mérites antérieurs s'effacer. Que chacun veille donc sur sa clairvoyance, étudie pour accomplir et agisse sans tarder - c'est ainsi qu'il trouvera le bien véritable.