Introduction : De la querelle à la parole
Dans les versets précédents, le roi Salomon dénonçait les méfaits des querelles, des disputes et des conflits. Il poursuit à présent en abordant le pouvoir même de la parole, compagne naturelle de la discorde. Les deux versets suivants, traitant du fruit de la bouche et de la vie et de la mort au pouvoir de la langue, s'inscrivent dans la droite ligne de ce thème. Chacun des commentateurs y ouvre une perspective singulière : Rabbénou Yona et le Ralbag sous l'angle moral et pratique, le Gaon de Vilna sous l'angle de l'étude de la Torah, et le Malbim selon sa méthode coutumière distinguant la bouche, les lèvres et la langue.
מִפְּרִי פִי אִישׁ תִּשְׂבַּע בִּטְנוֹ תְּבוּאַת שְׂפָתָיו יִשְׂבָּע׃ (כ) - Du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie ; du produit de ses lèvres il se rassasiera.
Rabbénou Yona : C'est la querelle qui ouvre la bouche
Rabbénou Yona explique que ce verset s'inscrit dans la continuité directe du précédent. Sache, nous dit le texte, que c'est sous l'effet de la querelle que l'homme pèche par ses lèvres. C'est une réalité bien connue : quand ouvre-t-on la bouche sans retenue ? À la suite d'une dispute. L'un lui a dit quelque chose, il n'a pas pu se taire et a répliqué, et l'autre a renchéri : « Si tu me parles ainsi, je vais te répondre ceci et cela ! » D'où tout est-il parti ? De la querelle. C'est pourquoi : « Du fruit de la bouche de l'homme » - le fruit de la bouche étant les paroles prononcées - « son ventre se rassasie », il recevra sa punition en conséquence. « Du produit de ses lèvres il se rassasiera » : de ce qui est sorti de ses lèvres, de cela même il sera saturé.
Et de la querelle, l'homme en vient ensuite au lachone hara et au colportage : « Tu as vu ce qu'il a dit ? Pour qui se prend-il ? Attends que je te raconte qui il est vraiment... » Tout prend naissance dans le conflit. À une telle personne, on dit : c'est sur ce que tu auras proféré que tu devras rendre des comptes. On peut expliquer cela aussi bien pour le monde futur que pour ce monde-ci. Pour le monde futur, c'est évident. Mais dans ce monde-ci également : lorsque l'on médit des autres, lorsque l'on profère du mépris, on finit par en subir soi-même les conséquences amères. Car les gens recherchent naturellement la compagnie de celui qui ne colporte pas de ragots, qui ne dénigre personne et qui ne trouve que du bien à dire sur chacun.
Une remarque fort juste a été faite à ce sujet : si vous consultez un conseiller - qu'il s'agisse d'un éducateur, d'un thérapeute conjugal ou de tout autre professionnel - pour lui demander de l'aide et résoudre une difficulté, et qu'il commence à vous citer les noms d'autres personnes qu'il reçoit, fuyez-le immédiatement. Car avec ses prochains consultants, c'est votre nom qu'il divulguera. En clair, on ne peut pas faire confiance à de telles personnes. Les gens refusent de fréquenter un adepte du lachone hara : aujourd'hui, c'est autrui qui est dans sa bouche, demain ce sera mon tour. Dès lors, parce qu'il s'est comporté en homme de discorde, « du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie » : ce qu'il s'est plu à faire sortir de sa bouche est précisément ce dont il devra se nourrir, et ses propos délétères finiront par lui causer du tort.
La portée positive du verset
Ce verset comporte toutefois également une lecture positive : « Du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie » peut s'entendre dans le bon sens. Lorsqu'un homme prononce des paroles de Torah et d'encouragement, qu'il incite au repentir et rapproche les âmes égarées, il fait mériter la multitude par ses propos, et c'est de cela que son ventre se rassasiera. Tant dans ce monde-ci que dans le monde futur, il tirera une immense satisfaction spirituelle de ce mérite.
C'est pourquoi Rabbénou Yona affirme que l'on peut considérer que le verset embrasse les deux dimensions à la fois : la première partie traite d'une parole néfaste, et la seconde d'une parole bienfaisante. « Du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie » : lorsqu'il profère des propos dénigrants, du lachone hara, du colportage et de la discorde, il sera saturé de l'amertume qui en résultera. « Du produit de ses lèvres il se rassasiera » : c'est le versant positif. Lorsqu'il tient de bons propos, formule des éloges sincères, éveille au repentir, rapproche les cœurs, rétablit la paix entre les hommes et enseigne la Torah.
Pourquoi opérer une telle distinction ? Parce que le terme « fruit » sert généralement à désigner une conséquence fâcheuse, quelque chose de négatif, comme dans les expressions : « le fruit de leurs pensées », « ils mangeront du fruit de leurs méfaits » ou encore « je sévirai contre le fruit de l'arrogance du cœur ». Le « fruit » vient presque toujours signifier : ce fruit amer que tu as cultivé, c'est toi-même qui le mangeras. C'est pourquoi « du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie » s'applique au versant négatif : c'est ce mauvais fruit qu'il consommera et il en subira les fâcheuses conséquences. En revanche, « du produit de ses lèvres il se rassasiera » se rapporte à la parole positive : d'un autre côté, s'il parle pour le bien, il sera comblé de bienfaits.
Le Gaon de Vilna : L'innovation et la révision
Le Gaon de Vilna explique : « Du fruit de la bouche de l'homme » - cela désigne ce qu'une personne renouvelle dans la Torah, car le 'hiddouch (l'éclairage novateur) est le fruit ; « son ventre se rassasiera » - car par ce moyen, l'enseignement demeure acquis et il s'en souvient. « Du produit de ses lèvres » - c'est ce qu'il répète ensuite de ses lèvres, révisant inlassablement, et c'est de cela qu'« il sera rassasié ».
Et que signifie « être rassasié » ? Si une personne a appris quelque chose et ne s'en souvient plus ensuite, on pourrait dire, par métaphore, qu'elle a mangé mais qu'elle a faim : précisément au moment où elle a besoin de cet enseignement, elle ne s'en rappelle plus. On a étudié une halakha, on a appris un commentaire sur un verset, on veut le citer à présent, et la mémoire fait défaut. C'est l'image d'un homme qui a mangé mais qui, finalement, reste affamé. En revanche, si l'on a appris et que les notions sont clairement gravées dans l'esprit, on en est pleinement nourri. Or, ce qu'un homme découvre et renouvelle par lui-même, il a bien plus de facilité à le retenir ; c'est pourquoi « son ventre se rassasiera », cela s'ancre en lui durablement. En y associant la révision constante, les enseignements deviennent fluides sur ses lèvres et présents à sa mémoire ; il éprouve une plénitude qui perdure, car tout est ordonné dans son esprit.
Le Ralbag : selon ta parole, ainsi cela te reviendra
Le Ralbag explique dans le même sens que Rabbénou Yona : c'est dans le sillage de ses paroles qu'un homme « mange », c'est-à-dire qu'il reçoit en retour. Un homme qui s'exprime avec douceur - « Une réponse douce calme la fureur » - écarte ainsi le malheur de sa route. À l'inverse, celui qui parle durement : quelqu'un vient lui faire une remarque, et il explose aussitôt en lui répondant avec insolence. Soudain, le lendemain matin, il se réveille et trouve ses quatre pneus crevés : une journée de travail perdue, du dépit et des frais inutiles. Pourquoi ? Parce que la veille, il a eu un accrochage avec quelqu'un qui a rameuté du monde... C'est un cas extrême, les situations peuvent être bien moins dramatiques, mais le principe reste identique.
Si seulement tu avais gardé le silence ! Tu as vu que cet homme était emporté : tu aurais pu lui dire : « Je vous demande pardon, je m'excuse, tout va s'arranger, ne vous inquiétez pas ». Tu aurais temporisé et apaisé les esprits. Mais tu as voulu lui montrer qui tu étais, tu lui as rendu la pareille : « son ventre se rassasiera ». Ne t'étonne donc pas si ton ventre se rassasie d'un coup de couteau ; ici, « son ventre se rassasiera » s'entend au sens le plus littéral. Réfléchis à qui tu as affaire ! Le Ralbag enseigne ainsi : que l'homme sache qu'à la mesure de ses propos et de son comportement envers son entourage, tel sera l'accueil qu'il recevra d'eux.
Le Malbim : de la bouche aux lèvres - de la 'Hokhma au Da'at
Le Malbim, fidèle à sa méthode, analyse avec précision la nuance entre les organes. Au début du verset, il est dit « le fruit de la bouche de l'homme » - la bouche, puis « le produit de ses lèvres » - les lèvres. La bouche fait allusion à la parole de 'Hokhma (sagesse), car la bouche est plus intérieure, tout comme la sagesse est profonde et intérieure. La lèvre est plus extérieure, et elle correspond au Da'at (la connaissance intégrée). Cela signifie que lorsqu'un homme répète inlassablement les enseignements de sagesse et les révise, il parvient au niveau de Da'at : un savoir limpide, une parfaite maîtrise du sujet. Et comme nous l'avons souvent souligné, la 'Hokhma ne repose pas sur des preuves rationnelles directes mais se transmet de maître à disciple ; or, si tu la répètes, l'approfondis et la médites, tu atteindras également le Da'at, une compréhension claire et absolue.
C'est précisément le sens du texte : lorsque tu exprimes la sagesse par la bouche, elle produit son fruit jusqu'à ce que ton être s'en rassasie. Et qu'est-ce que « la récolte » (la tevouah) ? Le Malbim explique que la récolte désigne le fruit parvenu à maturité complète, et dans le langage imagé des Proverbes, elle exprime le Da'at. Le Da'at implique une maîtrise claire des données : le fruit est parachevé, il n'est plus en cours de formation mais totalement mûr. Dans l'application concrète : non seulement j'ai reçu la sagesse de mon maître, mais je suis parvenu à une compréhension lumineuse, à un véritable Da'at, au point d'être capable de l'énoncer par mes lèvres - et c'est là la récolte du fruit.
C'est pourquoi, à propos des lèvres lorsqu'elles s'expriment, on trouve une formule liée à la récolte : « l'expression des lèvres » (niv sefatayim). De même pour le terme « prophète » (navi), ou encore le verset « le moût fera fructifier (yenovev) les jeunes filles » : tous ces termes dérivent de la même racine désignant la production, la récolte (tenouva). La parole est intimement liée à la récolte, à l'expression (niv), à la prophétie (navi), car le produit de la bouche et les fruits qu'elle délivre sont les paroles qu'elle prononce. Tel est le fil conducteur du verset : « Du fruit de la bouche de l'homme, son ventre se rassasiera » - commence par intégrer ces notions par la sagesse jusqu'à en être comblé, puis élève-toi à un degré supérieur : « du produit de ses lèvres il sera rassasié » - lorsque la récolte, le fruit achevé, sort de tes lèvres et que tu accèdes à une compréhension profonde et élevée, au point que chaque concept te soit parfaitement clair et inébranlable.
מָוֶת וְחַיִּים בְּיַד לָשׁוֹן וְאֹהֲבֶיהָ יֹאכַל פִּרְיָהּ׃ (כא) - La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, et ceux qui l'aiment mangeront de ses fruits. (21)
La langue correspond à la Bina
Après avoir évoqué la bouche et les lèvres, le texte en vient à traiter de la langue. Le Malbim nous a déjà enseigné que la langue correspond à la Bina (le discernement, la déduction) - une parole capable de déduire une chose d'une autre. Quelle est la définition de la Bina ? C'est lorsqu'on enseigne un principe à quelqu'un, à l'image du verset : « Dieu a parlé une fois, deux fois je l'ai entendu » : vous avez énoncé une seule idée, et de vos propos, il en déduit quatre autres. Comment ? En comprenant une chose à partir d'une autre (mevin davar mitoch davar). S'il s'est exprimé de cette façon, c'est assurément ce qu'il visait ; et pourquoi n'a-t-il pas formulé cela plus brièvement ? Sans doute pour faire allusion à tel autre point ; et s'il l'a dit précisément à cet instant, j'en déduis encore autre chose. On retrouve souvent cette démarche dans la Guémara : « Nous apprenons de cette parole de Rav Houna trois enseignements » - il a prononcé une courte phrase, et la Guémara en scrute chaque terme pour en dégager trois principes fondamentaux. C'est précisément l'essence de la Bina : analyser et déduire une chose à partir d'une autre.
Et où cela est-il suggéré ? Dans le mot lachone (la langue). En effet, pourquoi la langue est-elle appelée lachone ? Parce qu'elle pétrit (lacha). Sans la langue, on ne pourrait pas mâcher les aliments. Qui déplace la nourriture pour qu'elle ne reste pas au milieu de la bouche ? À première vue, les aliments devraient rester au centre, car c'est là que se trouve l'espace vide ; qu'est-ce qui les pousserait vers les côtés où l'espace est plus restreint ? C'est la langue qui pétrit, qui brasse la nourriture et la repousse sans cesse vers les dents. Remarquez cette action : c'est exactement le travail de la bina - observer les choses, les scruter en profondeur, et en faire émerger une notion nouvelle, en tirer une déduction, comprendre une chose à partir d'une autre.
C'est pourquoi « la mort et la vie sont au pouvoir de la langue » : par le truchement de la langue, par la capacité de déduire une chose d'une autre, on tranche entre la vérité et le mensonge, on observe et l'on sait quoi rapprocher et quoi éloigner. Et c'est véritablement une question de vie ou de mort.
La réflexion qui mène à la foi
Prenons un exemple dans le domaine de la foi. Comment parvient-on véritablement à une foi pure, claire et inébranlable ? Par la réflexion et l'observation. Quiconque observe avec attention doit nécessairement aboutir à la conclusion qu'il y a un Créateur au monde. Celui qui ne réfléchit pas dira : il y a eu une explosion, il s'est passé ceci ou cela, et racontera des histoires. Mais celui qui observe doit inévitablement parvenir à cette conclusion. Comment Avraham Avinou est-il arrivé à la certitude qu'il existe un Créateur du monde, bien avant l'existence des séminaires de réflexion ? Il a observé et s'est dit : est-il concevable que le monde se soit créé tout seul ? C'est une simple déduction logique et rationnelle. C'est impossible ; quelqu'un a forcément dû le créer. Et d'où cela ressort-il ? Du fait qu'il est impossible qu'un corps aussi complexe soit apparu de lui-même. Nul besoin d'être un scientifique pour constater à quel point notre organisme est complexe. Il est inconcevable que cela se soit fait tout seul.
D'ailleurs, près de deux cents des plus éminents scientifiques du siècle dernier étaient tous des croyants, affirmant explicitement leur foi en un Créateur du monde. Einstein, élu homme du siècle par le magazine Time, déclarait qu'il était inconcevable qu'un homme ne croie pas en un Créateur du monde, en un être qui a conçu toute cette création prodigieuse. Et lorsqu'on lui objectait que certaines choses arrivaient peut-être par hasard, il répondait : le Créateur ne joue pas aux dés. Le Saint, béni soit-Il, ne jette pas les dés pour voir ce qui en sortira - tout est ordonné. De fait, la recherche scientifique elle-même repose sur le postulat que l'univers est ordonné. Car si l'on ne suppose pas un monde ordonné, à quoi bon chercher ? Aujourd'hui l'atome agirait d'une manière et demain l'électron et le proton agiraient autrement ; on dirait : « J'ai fait une recherche », et l'on répondrait : « Nous avons tenté de reproduire l'expérience mais sans succès, la matière a sans doute changé d'avis et de direction ». Cela aurait-il le moindre sens ? Nous savons tous que la recherche repose sur le fait que le Saint, béni soit-Il, a inscrit une loi dans la Création, et que les phénomènes obéissent à des lois naturelles immuables édictées par Lui. Il s'ensuit que quiconque réfléchit un tant soit peu ne peut demeurer incrédule.
L'observation d'une orange
On a déjà mentionné cet exemple : observer une orange. Laissons de côté l'être humain, avec ses milliards de cellules, son ADN et toute sa complexité ; prenons une créature relativement simple - une orange. Au début, elle grandit entourée de feuilles, alors qu'elle n'est pas encore comestible ; aussi Hachem l'a-t-Il créée verte, fondue dans le feuillage et invisible. Dès qu'elle devient propre à la consommation, elle prend une couleur orange, se détache de l'arbre et attire le regard. Et si l'orange était dépourvue d'écorce, imaginez à quoi elle ressemblerait, et pourrait-on seulement la manger ? Laissez une orange pelée une demi-journée à l'air libre - elle devient immangeable. Mais le Saint, béni soit-Il, l'a pourvue d'une écorce, et tant qu'elle reste dans son écorce, elle est préservée ; ensuite, on la pèle pour accéder au fruit.
Et une fois pelée - elle est divisée en quartiers. Imaginez que l'orange soit d'un seul bloc : on voudrait y mordre, et ce serait une inondation sur le visage, une éclaboussure générale. Or, elle a été découpée pour vous à l'avance en petites tranches, et à l'intérieur même de ces quartiers, se trouvent comme de minuscules petites fioles de jus. Comment cela est-il conçu ? Et ce n'est pas tout : le Créateur du monde vous a fourni une orange en « code ouvert ». On en a déjà parlé longuement. Qu'est-ce qu'un code ouvert ? Vous voulez fabriquer des oranges ? Prenez donc : tous les secrets du programme vous sont livrés, ils sont déjà placés à l'intérieur du fruit. Ouvrez-le et vous constaterez que s'y trouve le moyen de faire d'autres oranges. Le Saint, béni soit-Il, ne s'est pas réservé l'exclusivité de l'arbre, il n'y a pas de droits d'auteur : « Voici, J'ai mis dans chaque orange une vingtaine de pépins, va et plante-toi un verger ». Quelle merveille ! Et celui qui observe ne serait-ce qu'une orange ne peut pas rester incroyant. Si un homme comprend une chose à partir d'une autre, s'il réfléchit, il est forcé d'arriver à la conclusion que quelqu'un a créé ce monde.
De la Création au dessein, et du dessein à la Torah
Cette conclusion est relativement simple ; il faudrait être insensé pour ne pas y souscrire. L'étape la plus complexe consiste à comprendre que Celui qui a créé le monde attend quelque chose de moi - et là encore, quiconque y réfléchit ne peut manquer d'arriver à cette constatation. Car nous ne fabriquons pas même un gobelet en carton sans intention précise. Si vous me demandez combien de temps il faut pour fabriquer un tel gobelet de façon artisanale, je vous répondrai vingt minutes - or personne ne fait cela sans but. Je ne parle pas de gens désœuvrés, mais d'êtres doués de raison. Et le Créateur du monde n'a pas créé des univers, des galaxies et tout ce qui existe ici-bas, dont l'exploration n'en est qu'à ses balbutiements, par ennui ou par jeu. Il y a ici une finalité.
Et s'il y a une finalité, et s'Il a créé un être humain pourvu d'une si vaste intelligence, Il attend assurément quelque chose de lui. Et il est impossible qu'Il attende quelque chose de lui sans s'adresser à lui pour lui signifier Ses attentes ; Il ne le laisserait pas deviner au hasard. Il faut nécessairement qu'à une certaine époque, Il ait parlé à quelqu'un pour lui faire connaître Sa volonté. Dès lors, on en conclut que le Créateur du monde a établi un contact avec les hommes, et l'on commence à chercher avec qui Il a communiqué. On découvre alors qu'il y eut la révélation du mont Sinaï, où Hachem fit connaître clairement Sa volonté et donna la Torah. Et l'on peut démontrer que la Torah ne sera jamais remplacée, qu'elle est cette même Torah transmise par Moché Rabbénou ; on peut prouver que cet événement fut unique dans l'histoire, et l'on peut prouver qu'« il n'y en a pas d'autre en dehors de Lui ». Toutes ces vérités sont démontrables - mais qu'exigent-elles ? De la réflexion. Déduire et comprendre une chose à partir d'une autre.
Mais si l'on reste superficiel, on dira : « Rien n'est prouvé, personne n'a jamais vu le Gan Éden ni le Guéhinom, ce sont des histoires inventées par les religieux ». En revanche, l'homme qui réfléchit - lorsqu'on lui propose d'examiner et d'analyser les faits - se montre prêt à vérifier. Quant à celui qui répond : « Je n'ai pas le temps, je viens tout juste de commencer un nouveau travail », que traduit cette réplique ? « Laisse-moi tranquille, car si je me mets à réfléchir, je devrai en tirer des conclusions ; laisse-moi tel que je suis ». Et c'est là le sens de : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » : la puissance de réflexion et la capacité de déduire une chose d'une autre déterminent si l'homme accèdera à la vie ou, à Dieu ne plaise, à son contraire.
En conclusion : « Du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie » - la parole est un fruit, et l'homme consomme lui-même ce qui est sorti de sa bouche. Rabbénou Yona en déduit que la querelle entraîne les péchés de la langue, et que celui qui prononce des paroles dégradantes en récolte les fruits amers dans ce monde et dans le monde futur, tandis que celui qui s'exprime avec bienveillance et fait mériter la communauté se rassasie de bienfaits. Le Gaon de Vilna applique ce verset aux 'hidouchim dans la Torah et à la révision constante, grâce auxquels l'homme conserve son étude et ne se retrouve pas à « manger tout en restant affamé ». Le Ralbag enseigne que c'est à la mesure des paroles d'un homme et de son comportement avec son entourage que les choses lui reviendront. Enfin, le Malbim élève le verset du niveau de la sagesse (la 'Hokhma) liée à la bouche jusqu'à celui de la connaissance (le Da'at) lié aux lèvres, du fruit à la récolte, et de là vers la langue qui représente le discernement (la Bina) - cette contemplation profonde qui brasse les notions et déduit une chose à partir d'une autre. Et c'est précisément de la force de cette réflexion que dépendent la vie et la mort : quiconque contemple la Création, ne serait-ce qu'à travers une seule orange, parvient nécessairement à son Créateur, au but pour lequel il a été créé, et à la Torah dans laquelle le Saint, béni soit-Il, a révélé ce qu'Il attend de nous.