TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 18 - À son désir s'isole l'homme - Partie 12

Lire l'original

Introduction

Dans cette partie du chapitre, nous nous arrêtons sur deux questions fondamentales dont dépend toute la vie de l'homme : la puissance de la parole et celle de la Bina (le discernement) d'une part, et la rencontre d'une bonne épouse d'autre part. Le roi Salomon nous enseigne que la langue est un instrument dont on peut tirer la vie éternelle tout comme elle peut causer la mort, et que le bien absolu qu'un être humain puisse trouver en ce monde n'est ni la richesse ni les honneurs, mais une femme vertueuse. Suivons l'ordre des versets.

Du fruit de la bouche de l'homme - 'Hokhma, Da'at et Bina

מִפְּרִי פִי־אִישׁ תִּשְׂבַּע בִּטְנוֹ תְּבוּאַת שְׂפָתָיו יִשְׂבָּע׃ - Du fruit de la bouche de l'homme son ventre se rassasie, du produit de ses lèvres il est comblé.
מָוֶת וְחַיִּים בְּיַד־לָשׁוֹן וְאֹהֲבֶיהָ יֹאכַל פִּרְיָהּ׃ - La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, et celui qui l'aime en mangera le fruit.

Le Malbim explique que le terme « langue » renvoie ici à la Bina : l'action de pétrir les notions, de les analyser et de les approfondir. En d'autres termes, c'est par la Bina et la méditation que l'on parvient à la certitude de la foi. C'est pourquoi « la mort et la vie sont au pouvoir de la langue » : si l'homme n'exerce pas sa réflexion avec rectitude, il risque de sombrer dans l'hérésie, dont l'aboutissement est la mort éternelle. En revanche, s'il mène correctement sa réflexion, il s'agit de la vie, car il s'acquiert la vie éternelle. Celui qui choisit une voie tortueuse, niant l'existence d'Hachem ainsi que le principe de salaire et châtiment, à D.ieu ne plaise, « mangera son fruit » - le fruit amer de son égarement. Mais celui qui place sa foi en Hachem mangera son bon fruit.

De là découle une remarque d'une grande finesse mise en lumière par le Malbim. Dans le verset précédent, qui traite de la 'Hokhma et du Da'at - la « bouche » faisant référence à la 'Hokhma et les « lèvres » au Da'at -, le texte emploie l'idée de satiété : « son ventre se rassasie », « il est comblé ». Or ici, au sujet de la langue, qui représente la Bina, le texte ne dit pas qu'il sera rassasié, mais qu'« il en mangera le fruit ». Quelle est la différence ? La 'Hokhma est circonscrite : ce qui nous a été transmis constitue la limite du savoir reçu. Le Da'at signifie que l'on a hissé cette 'Hokhma à un degré très élevé d'assimilation et d'intégration personnelle. Mais la Bina, elle, n'a aucune limite, puisqu'elle consiste à déduire une chose d'une autre. On ne peut donc pas parler de satiété à propos de la Bina : plus on creuse un sujet, plus on y découvre un nouveau sens littéral, un éclairage inédit et une profondeur insoupçonnée.

Telle est la Bina : approfondir la pensée et comprendre une idée à partir d'une autre, faire émerger une dimension nouvelle, un 'Hidouch supplémentaire. Étudier une Souguiya déjà abordée maintes fois, et tenter d'y déceler un nouveau fil conducteur, une compréhension inédite, une autre perspective ; quelle merveille de puiser ainsi des diamants supplémentaires au plus profond du texte ! C'est le sens de l'expression « et celui qui l'aime en mangera le fruit » : il en mangera encore et toujours sans jamais être rassasié, car il ne s'agit là ni d'une simple 'Hokhma ni de Da'at, mais de Bina. Et dans la Bina, plus on étudie et plus on médite, plus on en dégage de nouvelles conclusions.

La Torah n'a pas de limites

À la réflexion, il apparaît qu'il ne saurait en être autrement. Lorsqu'un homme de chair et de sang écrit un texte, son écrit ne dépasse jamais la mesure de son intelligence et ses limites humaines. Certes, le Rambam précise explicitement qu'il ne faut pas lire ses ouvrages de façon superficielle, mais qu'il convient de les scruter et d'y réfléchir intensément, car il a condensé son propos avec l'intention d'y enfermer de nombreux enseignements ; de fait, le code du Rambam est l'une des œuvres ayant suscité le plus de commentateurs découvrant des abîmes de finesse dans ses moindres termes, tout comme pour Rachi et l'ensemble des premiers maîtres. Et pourtant, cela demeure l'œuvre d'un être de chair et de sang.

On raconte, toutes proportions gardées, qu'il était autrefois d'usage chez les intellectuels d'organiser des réunions d'« Oneg Chabbat » : on s'y rassemblait pour déclamer des poèmes et disserter d'idées élevées. On peut d'ailleurs constater le déclin des générations dans le monde profane : jadis, des personnes instruites trouvaient plaisir à écouter de la poésie, alors qu'aujourd'hui, l'intérêt commun se résume aux futilités des séries, de la télé-réalité et des jeux. Les esprits se sont affadis. Quoi qu'il en soit, au cours de l'une de ces réunions, un intervenant exposa que Na'hman Bialik avait écrit tel passage, mais qu'à ses yeux, l'auteur visait telle et telle profondeur cachée. Bialik lui-même, assis dans la salle, lui lança : « Que dites-vous là ? Je n'en savais rien, aurais-je vraiment eu tout cela à l'esprit ? » Il en va ainsi pour un homme : ses écrits sont nécessairement limités par ce qu'il est capable de concevoir.

Mais le Créateur du monde, est-Il limité ? Certainement pas. Dès lors, la Torah n'a aucune limite. Tout ce que l'on pourra approfondir et méditer y est déjà présent. Tout ce qu'un disciple chevronné sera amené à renouveler à l'avenir est déjà inclus dans la parole divine. Et si l'on s'étonne : Hachem avait-Il réellement prévu cette idée précise ? Sachez que le Maître du monde est infini, et puisqu'Il n'a pas de limites, Il sait d'avance ce que vous allez dire. Dès l'instant où vous énoncez une parole de vérité, d'où la tirez-vous ? Vous la puisez à la racine de votre âme, depuis sa Source céleste. Il apparaît ainsi que la Bina est tout entière Torah, car sa fonction est de sonder l'intérieur des choses pour en extraire un nouveau 'Hidouch, une nouvelle compréhension et une profondeur accrue. Et de cette source-là, nul ne se rassasie jamais : l'homme s'en nourrit inlassablement sans jamais en être repu.

Rachi et Rabbénou Yona : celui qui aime parler

Rachi explique « et ceux qui l'aiment mangeront de son fruit » : celui qui chérit sa langue et l'habitue à parler des paroles de Torah en recueille le salaire dès ce monde-ci. D'après Rachi, il est question ici de ce monde : celui qui persévère dans la Torah et atteint un niveau élevé dans son étude recevra déjà sa récompense ici-bas, en plus de ce qui lui est réservé pour le monde futur.

Rabbénou Yona explique : celui qui aime la langue, c'est-à-dire celui qui désire constamment parler, doit s'efforcer de toujours tenir des propos qui lui vaudront une récompense. Or, le 'Hafets 'Haïm était, comme on le sait, un homme très bavard ; il était impensable de marcher à ses côtés sans qu'il ne parle. Cela semble a priori étonnant, car ce n'est pas la coutume des sages. Chez un 'Hakham, on constate que quatre-vingt-dix pour cent du temps, il garde le silence. « Istera balaguina kish kish karia » - une seule pièce dans une cruche fait un vacarme assourdissant, mais une cruche pleine de pièces reste silencieuse, on n'en entend pas le moindre bruit.

Certaines personnes parlent à perte de vue : à peine les rencontre-t-on qu'en trente secondes, elles vous déballent toute leur vie. On a déjà fait observer que lorsqu'un homme vous déverse en cinq minutes tout ce qu'il sait - un Midrach, un passage de Guémara, par-ci par-là -, on en conclut rapidement que c'est là l'étendue de son savoir, et rien de plus. Mais une personne plus sage ne ressent pas le besoin d'étaler sans cesse ses connaissances, et soudain on découvre : il maîtrise aussi ce domaine ? Je ne le savais pas. Il est versé dans la Kabbale ? Je l'ignorais. Il connaît les calculs du calendrier ? Je ne le savais pas. Car le sage est généralement discret et ne s'exprime pas à tout bout de champ.

Dès lors, pourquoi le 'Hafets 'Haïm parlait-il autant ? Lorsqu'on lui posa la question, il répondit : « J'ai rédigé un livre intitulé Chemira't Halachon, et les gens s'imaginent qu'après l'avoir étudié, il faut se couper la langue et garder le silence toute sa vie durant - ceci est du Lachon Hara', cela est du colportage, ceci est de la poussière de médisance, cela est une offense, tant d'interdits et tant de commandements positifs. » Le 'Hafets 'Haïm ajouta : « Je veux prouver que cet argument est dénué de fondement. On peut parler constamment sans se taire un seul instant, sans jamais proférer la moindre médisance, aucun propos dénigrant ni aucune parole interdite. » Et il témoignait lui-même n'avoir jamais tenu de propos répréhensibles.

C'est précisément ce qu'enseigne Rabbénou Yona : celui qui aime parler doit rechercher des sujets constructifs - des paroles de Torah, des éloges, des propos utiles à autrui, des paroles de paix, des paroles de vérité. Alors, « ceux qui l'aiment mangeront de son fruit ». Cette langue devient une usine qui produit des diamants. Mais si un homme aime parler et oriente ce penchant vers des voies négatives, la langue devient une usine à fabriquer des bombes : par ses discours, il cause du tort ici et de la peine là, et la médisance équivaut aux trois péchés capitaux - l'idolâtrie, l'immoralité et le meurtre, et « l'abondance de paroles ne va pas sans péché ».

On peut le constater concrètement. Tel homme doué d'une parole percutante donne des conférences et acquiert chaque jour des milliers de mitsvot ; avec ces mêmes talents, il aurait pu faire carrière comme animateur de radio ou présentateur d'émissions. La parole est un outil, et tout dépend de l'usage qu'on en fait : va-t-on s'en servir comme d'un glaive dévastateur, ou pour redonner vie aux âmes ? « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue ».

Le Gaon de Vilna : si tu es sage, tu es sage pour toi-même

Le Gaon de Vilna explique : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » - l'étude de la Torah équivaut à tout le reste, ainsi qu'il est écrit : « Car elle est ta vie ». Et l'opposé de l'étude de la Torah est la perte de temps, les futilités et la raillerie. « Et ceux qui l'aiment mangeront de son fruit » - tout dépend de ce que l'on chérit. Si l'on aime la Torah, qui est une Torah de vie et notre existence même, on en mangera les fruits et l'on méritera la vie éternelle. Mais si l'on s'adonne aux futilités, aux moqueries et au Lachon Hara', on en mangera également les fruits, les fruits amers issus de ces propos.

Le Gaon de Vilna explique en outre, à la lumière du verset « Si tu es sage, tu es sage pour toi-même, et si tu es railleur, tu en porteras seul la charge » : même si tu as enseigné à des élèves, toi seul prendras ta part dans la vie, ainsi qu'une part correspondant à la leur. C'est-à-dire que celui qui instruit les autres a le mérite d'avoir une part dans tout ce qu'ils étudient.

Un jour, quelqu'un fit remarquer à un enseignant : « Vends donc ces enregistrements à dix ou quinze shekels, pourquoi te contenter de trois ? Un tel prix ne valorise pas l'enseignement. » La réponse fut claire : « Au départ, ils étaient vendus à un shekel, et si le prix est monté à trois, c'était uniquement pour éviter de dévaloriser l'objet. Mais à dix shekels, dix pour cent des auditeurs seulement les achèteraient. Le but n'est nullement de faire de l'argent : chaque centime récolté sert à produire d'autres cours. Quel est donc le véritable gain ? Une seule chose : si quelqu'un écoute un cours, cela demeure comme un mérite éternel. On ne cherche pas à faire du profit, on cherche à accumuler du mérite : une personne de plus qui écoute, c'est un mérite supplémentaire, et ainsi de suite. » Chacun doit prendre conscience qu'il reçoit la part de ceux qu'il a éveillés : si par votre intermédiaire quelqu'un accomplit une mitsva, si une parole l'a touché au point qu'il se mette à être vigilant et méticuleux, telle est votre récompense, et elle est éternelle - vous prenez votre part et la sienne.

En revanche, « et si tu es railleur, tu en porteras seul la charge » : ne crois pas que si tu as plaisanté au milieu d'un groupe, la faute sera partagée entre tous. Loin de là - tu en porteras seul la responsabilité. Bien plus encore, le mécanisme est exactement l'inverse de celui de la Torah : pour la Torah, si quelqu'un a appris grâce à toi, tu reçois aussi sa récompense ; mais pour la raillerie, quiconque s'est laissé entraîner par tes moqueries te fera porter aussi sa punition. C'est pourquoi nous trouvons qu'un homme impie, même s'il a fait téchouva, éprouve par la suite les plus grandes peines à entrer au Gan Éden. Pourquoi ? Parce qu'on lui dit : toi, tu serais au Gan Éden pendant que tes disciples sont au Guéhinom ? Tous ceux qu'il a égarés réclameront justice en affirmant qu'il les a corrompus. On lui dit alors : tu as été leur maître ici-bas, reste leur maître là-bas aussi. C'est redoutable. C'est bien ce qui est enseigné ici : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » - si tu as consacré ta parole aux enseignements de la Torah, tu as la vie, la tienne et la leur ; mais si elle a servi à la raillerie, tu hérites de la mort, à Dieu ne plaise, la tienne et la leur.

Qui trouve une femme a trouvé le bien

מָצָא אִשָּׁה מָצָא טוֹב וַיָּפֶק רָצוֹן מֵיְהֹוָה׃ - Qui trouve une femme a trouvé le bien, et obtient la faveur de l'Éternel.

Rachi explique : « A trouvé une femme » - a trouvé le bien, a trouvé la Torah ; et selon le sens littéral, une femme vertueuse. D'après le Midrash : le roi Salomon, comme nous l'avons déjà vu dans l'introduction, traite toujours de questions spirituelles et tout relève de la parabole. Lorsqu'il parle de la mauvaise femme qui séduit l'homme, il fait référence aux sagesses profanes qui le séduisent et l'entraînent vers le mal ; et la femme vertueuse qui l'attire vers le bien, c'est la sainte Torah, qui est assimilée à une épouse. C'est là le sens de « a trouvé une femme » : celui qui a trouvé l'épouse adéquate, c'est-à-dire la Torah, « a trouvé le bien ».

C'est pourquoi on a pu expliquer que le second mariage, c'est l'épouse, tandis que le premier mariage, c'est la Torah. Il n'est pas nécessaire de proclamer cela à la maison, mais le principe reste limpide : où investit-on le plus ? Dans le premier mariage, car il est premier. En clair, s'il y a un conflit entre le premier et le second mariage, la priorité va au premier. Lorsqu'une divergence survient quant au fait d'aller étudier ou non, l'homme ne doit pas céder à son épouse si celle-ci risque de le détourner de la bonne voie. Certes, il convient toujours d'écouter les deux côtés, d'examiner les possibilités et de consulter un rav, mais si en fin de compte l'exigence est d'abandonner l'étude, il est certain qu'il ne faut pas obtempérer. On a un premier engagement, et c'est la sainte Torah. « Et obtient la faveur de l'Éternel » - par cela, Hachem comblera tes désirs, puisque tu accomplis Sa volonté en t'adonnant à la Torah.

Toutefois, Rachi ajoute : « Selon le sens littéral, une femme vertueuse ». Il n'est d'ailleurs pas nécessaire de se compliquer dans les allégories, car le sens simple est à la portée de tous : celui qui a trouvé une épouse a indubitablement trouvé le bien, et par là même « obtient la faveur de l'Éternel » - il sera bien plus à même d'accomplir la volonté divine. En revanche, lorsqu'il a une épouse acariâtre, où tout n'est que disputes et querelles, il ne peut servir Hachem convenablement ; nul n'est là pour l'encourager dans son service divin, et il lui est assurément bien plus difficile d'obtenir la faveur d'Hachem.

Rabbénou Yona : le seul bien exempt de tout tort

Rabbénou Yona explique : la réussite dans les affaires de ce monde - la richesse, la tranquillité et les honneurs - n'est bien souvent qu'une illusion. Un instant, on a le sentiment d'avoir le vent en poupe et que tout est merveilleux, mais en fin de compte, tout ce que l'on possède peut n'avoir été que pour notre malheur. « Celui qui se confie en sa richesse tombera » : voilà une richesse qui tourne au détriment de l'homme. Il en va de même pour les honneurs : tout le monde le respecte et l'admire, et son cœur s'enorgueillit ; voilà précisément la cause de sa chute : « Alors ton cœur s'élèvera et tu oublieras l'Éternel ton D.ieu », « Tout cœur hautain est en abomination à l'Éternel ».

Ne nous y trompons pas : la richesse et les honneurs sont a priori de bonnes choses, et nous prions même pour les obtenir : « Fais-nous mériter d'accueillir les Chabbaths dans une grande joie, dans la richesse et l'honneur, et avec peu de fautes ». Le Saint, béni soit-Il, promet Lui-même à Avraham : « Je rendrai ton nom grand », et lui promet la richesse. La richesse et l'honneur constituent donc, dans une certaine mesure, un aspect positif. Mais ils ont un talon d'Achille : ils peuvent porter en germe leur propre déchéance et aboutir à un dommage. En revanche, pour celui à qui le Saint, béni soit-Il, accorde une femme vertueuse, il « obtient la faveur de l'Éternel » : un bienfait sans préjudice, un bien pur sans ombre de mal. « Une femme vaillante est la couronne de son mari », « C'est de l'Éternel que vient une femme sensée », « Sa valeur dépasse de loin celle des perles ». Qui trouve la richesse a-t-il trouvé le bien ? Rien n'est moins sûr. Qui trouve les honneurs a-t-il trouvé le bien ? Ce n'est pas garanti. Mais qui trouve une femme a trouvé le bien, avec certitude. C'est là le plus grand des biens.

Avoir consommé son monde de son vivant

Il en est même qui craignent que celui qui jouit d'une bonne épouse n'ait déjà consommé sa part du monde futur de son vivant - manière de consoler celui qui penserait que ce verset ne s'applique pas à lui. Car il n'est rien de meilleur pour un homme qu'une femme vertueuse. On raconte l'histoire d'un homme qui vivait avec son épouse en parfaite harmonie, comme deux tourtereaux, et elle l'entourait du plus grand respect. Un jour, il entendit dans un sermon qu'un tel homme risquait de recevoir sa récompense en ce monde, et il prit peur. Il dit à sa femme : « Que va-t-il advenir ? Ici, la vie est douce, mais que me restera-t-il Là-haut ? » Elle était d'une telle bonté qu'elle décida de divorcer et de lui trouver une femme qui accepterait de lui mener la vie dure, afin qu'il s'assure une part dans le monde futur. Elle s'enquit auprès des marieuses et dénicha la mégère de la ville, une furie qui avait déjà usé six maris ; les prétendants ne se bousculant pas, elle accepta de l'épouser. Il divorça donc et prit cette femme pour épouse.

Un premier jour passa, puis un deuxième et un troisième, et il attendait que les assiettes volent à travers la maison, conformément aux descriptions apocalyptiques qu'il avait entendues. Mais elle se comportait comme un doux agneau, presque comme sa première épouse ! Au bout d'un mois, songeant qu'il y avait peut-être tromperie sur la marchandise, il lui demanda : « Dis-moi, est-il vrai ce que l'on racontait sur toi, que tu es redoutable et impitoyable ? » Elle lui répondit : « Tu t'imagines que je ne suis pas au courant ? Tu crois que j'ignore tes plans ? Tu espères gagner le Gan Éden sur mon dos ? Jamais de la vie tu n'auras cela ! » Une mauvaise femme reste une mauvaise femme, seule sa manière d'agir se transforme. Quoi qu'il en soit, il faut savoir que c'est ainsi que l'on mérite le Gan Éden : un homme qui a vécu son enfer ici-bas ne subit pas deux peines, et lorsqu'il monte Là-haut, le Gan Éden lui est acquis.

On raconte aussi l'histoire d'un homme qui monta Là-haut et aperçut deux files : ceux dont la femme portait la culotte devaient aller dans la file de droite, et ceux qui dominaient leur femme, dans la file de gauche. Comme tout le monde, il se dirigea vers la file de droite. Soudain, il aperçoit Moshé, la mauviette du quartier, qui se tient dans la file de gauche. Éclatant de rire, il lui demande : « Moshé, qu'est-ce que tu fais là ? C'est la file de ceux qui menaient leur femme à la baguette ! » Moshé lui répond : « Que veux-tu que je te dise ? Ma femme m'a dit de me mettre ici, alors je me suis mis ici ».

« Matsa » ou « Motsé »

La Guémara rapporte qu’à Néhardéa, on demandait à celui qui venait de se marier : « Matsa ou Motsé ? » C’est-à-dire : à quelle catégorie appartiens-tu - « Il a trouvé (matsa) une femme, il a trouvé le bien », ou bien « Et je trouve (oumotsé) plus amère que la mort la femme » ? Et il convient de comprendre : pourquoi emploie-t-on ici le passé (« matsa », il a trouvé), et là-bas le présent (« motsé », je trouve) ?

Le Gaon de Vilna explique : la nature humaine fait que l’on s’habitue très vite au bien - deux semaines après avoir acheté une voiture neuve, elle ne vous fait plus aucun effet, et vous regardez déjà les nouveaux modèles qui viennent de sortir. En revanche, le mal est semblable à une gouttière incessante qui ne vous laisse aucun répit, et l’on cherche constamment à lui échapper ; au mal, il est bien difficile de s’habituer. C’est pourquoi il est écrit « Matsa icha » (il a trouvé une femme) au passé - quand l’a-t-il trouvée ? Il y a vingt ans, au moment de son mariage, et il a déjà eu le temps de s’y habituer : c’est la vie, et Baroukh Hachem. Mais celui dont la femme est plus amère que la mort - chaque jour à nouveau, « je trouve la femme plus amère que la mort », car le mal harcèle sans cesse, un mal inventif que l’on redécouvre perpétuellement au présent.

D’autres l’expliquent d’une autre manière : il s’est marié et l’a trouvée, et depuis lors « ta femme est comme une vigne féconde au cœur de ta maison » - c’est admirable. Mais il y a celui qui, constamment, la « trouve » : une fois au centre commercial, une fois chez des amies, une fois chez ses parents - jamais à la maison, et il ne cesse de la découvrir dehors à longueur de temps. C’est cela « oumotsé ani » (je la trouve sans cesse), et cela est plus amer que la mort.

Autre explication : il est écrit « Matsa icha » (il a trouvé une femme) sans article défini, alors que le verset dit « et je trouve plus amère que la mort ha-icha » (la femme) - avec la lettre hé marquant l’article défini. S’il s’agit d’une femme simple, pudique et discrète, sans prétention - c’est formidable. Mais si l’on a épousé une femme à l’ego surdimensionné, « la femme » d’exception, celle qui vous donne des ordres, qui se place au-dessus de vous et vous traite comme un moins-que-rien - cela est plus amer que la mort.

Il existe encore une explication par la guématria : « Ich » (homme) a pour valeur numérique 311, et « Icha » (אִשָּׁה) 306, tandis que « Ha-icha » (הָאִשָּׁה) vaut 311, tout comme ich. « Matsa icha » - toi tu es à 311 et elle à 306, conformément au principe talmudique « descends d’un degré et prends femme » (néhot darga ounssiv itata) : tu es descendu d’un degré pour épouser une femme d’un rang légèrement inférieur, et c’est à ce propos qu’il est dit « il a trouvé le bien ». Car l’homme qui se marie doit choisir une épouse d’un niveau légèrement inférieur au sien, afin qu’elle l’estime et le respecte. Mais « et je trouve ha-icha (la femme) » - elle est au même niveau numérique que lui, n’éprouve nul besoin de recevoir des directives de sa part et ne le considère pas comme le directeur du foyer ; la vie n’est alors qu’une dispute perpétuelle. Au foyer, il faut le savoir : il y a l’homme et il y a la femme, l’un est roi et l’autre est reine, mais c’est le roi qui donne le ton.

C’est un grand principe : si la femme fait de son mari un roi, elle sera une reine ; mais si elle fait de lui une serpillère, elle ne sera tout au plus qu’un seau, rien de plus. Et il en va de même pour l’homme : si tu traites ta femme comme une servante, tu ne seras toi-même qu’un esclave ; mais si tu l’honores comme une reine, tu seras véritablement un roi. C’est à la mesure du respect que l’on témoigne que l’on reçoit du respect en retour.

« Et de femme parmi elles toutes, je n’en ai point trouvé »

On demande : d’une part, tu affirmes « Qui a trouvé une femme a trouvé le bien », et d’autre part, il est écrit « Un homme sur mille, je l’ai trouvé, mais une femme parmi toutes celles-là, je ne l’ai point trouvée » - sur mille personnes, j’ai trouvé un homme d’élite, mais pas une femme d’élite. Et c’est Chelomo qui le dit, lui qui avait une expertise inégalée en la matière, avec ses mille épouses ; il savait de quoi il parlait.

Une autre difficulté se pose en apparence, car il est écrit : « Bien des filles se sont montrées vaillantes, mais toi, tu les as toutes surpassées » - c’est bien la preuve qu’il a trouvé une vertu éminente chez l’une d’elles. Certains répondent sur le ton de l’humour : voici comment il faut lire le verset : « Bien des filles se sont montrées vaillantes, mais toi, tu les as toutes surpassées » - et la suite du verset ajoute immédiatement : « Trompeuse est la grâce et vaine est la beauté » ; il ne faudrait donc pas prendre ce compliment trop au sérieux.

Il y a une autre explication, également teintée d’humour : quand un jeune homme arrive à l’âge des chidoukhim, on le pare de toutes les couronnes - le plus assidu de la yéchiva, le plus grand érudit, tout ce que l’on veut. On demanda un jour au Rav Kahaneman qui était le prodige (l’ilouï) de Ponovez ? Il répondit : « Je ne sais pas, attendons ce soir pour voir qui va se fiancer aujourd’hui, et je le saurai ! » Car celui qui se fiance est toujours présenté comme le grand prodige. Il en va de même pour une jeune fille lors des présentations : elle a un cœur d’or, elle est extraordinaire, excellente cuisinière, ravissante, parfaite en tout point. Puis, tout à coup, on découvre que la réalité ne correspond pas tout à fait aux éloges, et l’on s’aperçoit que ce n’est pas la trouvaille espérée. C’est le sens de « Bien des filles se sont montrées vaillantes » : tant qu’elles sont jeunes filles, elles sont toutes pieuses, craignant le Ciel et pleines de bonté. Mais lorsqu’il s’agit d’une femme mariée, alors « je trouve plus amère que la mort la femme » et « de femme parmi elles toutes, je n’en ai point trouvé » - car une véritable femme accomplie est bien plus difficile et complexe à trouver.

Le Gaon de Vilna : Torah, prière et bonnes actions

Le Gaon de Vilna interprète l'ensemble du verset : « A trouvé une femme » - ce sont les bonnes actions, comparées à une femme ; certains expliquent qu'il s'agit des bons traits de caractère, et d'autres des mitsvot. Celui qui possède de bonnes actions, de nobles vertus, des mitsvot et le service divin entre dans la catégorie de celui qui « a trouvé une femme ». « A trouvé le bien » - c'est la Torah, car il est dit : « Car Je vous ai donné un bon enseignement », or il n'y a de véritable bien que la Torah. « Et obtient la faveur de Hachem » - c'est la prière ; car comment obtient-on la bienveillance de Hachem ? Par la supplication et la prière, afin qu'Il exauce ses requêtes. Il apparaît ainsi que nous trouvons réunis ici la Torah, la prière et les bonnes actions.

Le Ralbag : l'âme au service de l'intellect

Le Ralbag explique que « a trouvé une femme » signifie que les forces de l'âme parviennent au rang de l'épouse dévouée qui sert son mari et le chérit, et qu'elles se mettent au service de l'intellect de toute leur énergie. L'intellect représente ce que notre raison comprend devoir accomplir - et au niveau de l'intellect, nous sommes tous de parfaits tsaddikim. Toute notre difficulté réside dans le fait que les volontés, les aspirations et les désirs corporels tirent dans d'autres directions ; mais sur le plan intellectuel, quiconque a un peu étudié est un juste parfait et un grand érudit, sachant fort bien ce qu'il convient d'être.

Et qui est l'homme d'élite ? Celui dont les forces de l'âme sont soumises à l'intellect. Car le mot « nefesh » (l'âme) désigne aussi la volonté - comme dans les versets « si telle est votre volonté (im yech et nafshekhem) », ou « si une âme vient à pécher (venefesh ki te'heta) », c'est-à-dire que son désir s'est laissé entraîner vers la faute. Dès lors, « a trouvé une femme » signifie que l'âme se comporte comme une épouse, et qu'il l'a trouvée disponible, ayant pour unique dessein, but et volonté d'accomplir le vouloir de l'intellect, qui guide et comprend ce qu'il faut faire. C'est cela « a trouvé le bien », car c'est par ce moyen qu'il atteindra sa perfection.

Mais celui qui n'a pas trouvé de femme possède certes de très vastes connaissances, mais il n'a personne avec qui dialoguer : son âme poursuit d'autres aspirations, d'autres désirs, et elle n'en fait qu'à sa tête. Un tel homme a trouvé le mal, faute d'avoir réussi à imposer l'autorité de l'intellect à cette épouse insoumise. En revanche, s'il a trouvé une femme, c'est-à-dire une âme véritablement consentante, dont la volonté se plie à celle de la raison et chemine selon ses directives - c'est là le bien suprême, et par là il obtiendra la bienveillance et la providence du Créateur du monde.

Le Malbim : qu'elle veuille aussi de lui

Le Malbim propose une explication novatrice : « A trouvé une femme » - il a trouvé pour sa part une femme vertueuse et désirable ; « et obtient la faveur (ratson - l'assentiment) » - elle aussi veut de lui, et cela vient de Hachem. La première étape consiste à se dire : voilà la femme qui me convient, elle est bonne pour moi. La seconde étape, c'est qu'elle décide à son tour qu'il est bon pour elle. Car bien des chiddoukhim n'aboutissent pas simplement parce qu'un seul côté est désireux alors que l'autre n'est pas disposé.

C'est comme ce chadhan qui vint proposer au pauvre du village de marier son fils avec la fille de Rothschild. L'homme s'exclama : « Quelle question, la fille de Rothschild, évidemment ! » Le chadhan dit : « Très bien. » Le pauvre demanda : « Mais dis-moi, l'affaire est-elle envisageable ? » Le chadhan lui répondit : « Vois-tu, nous avons déjà l'accord d'un côté, nous allons maintenant nous adresser à l'autre. La moitié du chiddoukh est déjà faite ! » On constate ainsi qu'il ne suffit pas de vouloir soi-même ; il faut également que l'autre partie le désire. C'est le sens de la suite du verset, « et obtient la faveur » - tu as su éveiller la volonté de l'autre côté, la femme est également consentante et considère que ce chiddoukh lui convient. Alors seulement vient la mention « de Hachem », sous la Providence divine. En vérité, on ne conclut pas de chiddoukh sans volonté ni sans consentement mutuel, et on ne conclut pas de chiddoukh par la contrainte ; dès l'instant où la volonté existe des deux côtés et que chacun estime y trouver son bien, on peut avoir la certitude que cela vient de Hachem.

On connaît à ce sujet la parole du 'Hazon Ich, à qui l'on demandait où l'on pouvait contempler la main de Hachem de nos jours : dans le domaine des chiddoukhim. C'est là que se révèle la Providence divine, même dans notre génération. Les récits sont infinis sur ces personnes qui se sont mariées alors qu'il n'existait a priori aucune chance qu'elles se rencontrent un jour.

En voici une illustration : un jeune homme se présenta un jour chez les parents d'une jeune fille pour une rencontre, cravate nouée, frappa à la porte et demanda : « Est-ce bien la famille Cohen ? » Le maître de maison comprit immédiatement, à sa tenue, qu'il cherchait sans doute la famille Cohen de l'étage supérieur - sachant que ceux-ci avaient également une fille en âge de se marier - et lui dit : « Non, il y a des Cohen au-dessus, montez chez eux. » Le jeune homme s'y rendit, mais ce premier père de famille, qui avait échangé deux mots avec lui, avait été très favorablement impressionné. Deux jours après l'entrevue, il croisa le voisin du dessus et lui demanda : « Tu as bien eu une rencontre tel jour ? Le jeune homme s'était trompé d'étage et avait frappé chez moi. Qu'en est-il résulté ? » L'autre répondit : « Rien du tout, ils ne se correspondent pas, nous ne donnons pas suite. » Le premier lui demanda : « As-tu le numéro du chadhan ? » Il obtint les coordonnées, proposa sa propre fille, les deux familles se renseignèrent, une rencontre fut organisée cette fois dans son salon - et l'affaire aboutit à un mariage. Un Juif ne se trompe jamais de chemin : s'il a frappé à cette porte, c'est que le Ciel l'y avait conduit. Il existe tout un livre consacré à des merveilles de Providence divine tout simplement invraisemblables - comment le Ciel met sur la route de chacun la personne qu'il doit épouser à travers d'apparentes erreurs d'aiguillage, et comment ce prétendu malentendu suscite le chiddoukh. Il n'y a pas d'erreurs, tout vient de Lui, béni soit-Il. C'est pourquoi le Malbim enseigne : lorsque tu vois qu'un homme « a trouvé une femme » et qu'elle-même lui accorde sa faveur, sache que cela relève de la Providence de Hachem.

En conclusion :

Deux perspectives majeures nous ont été ouvertes ici. « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » - la langue symbolise le discernement (bina), dont on peut se nourrir sans fin et sans jamais s'en rassasier, car l'intelligence n'a point de limite et la Torah est infinie ; que celui qui aime la parole oriente cet attachement vers les paroles de Torah et les propos constructifs, car la langue est un instrument capable de façonner des diamants comme de fabriquer des bombes, et la rétribution des maîtres comme le châtiment des railleurs ne leur appartiennent pas en propre, mais s'étendent aussi à leurs disciples. Et « qui a trouvé une femme a trouvé le bien » - la fortune et les honneurs ne constituent nullement un bien certain, tandis qu'une femme vertueuse procure un profit exempt de tout dommage ; et dans un sens plus profond, la « femme » représente la Torah, les mitsvot, les nobles traits de caractère ainsi que les forces de l'âme soumises à la raison. Enfin, lorsqu'un accord mutuel s'établit entre les deux conjoints, « il obtient la faveur de Hachem », car cette harmonie procède directement d'une providence particulière émanant de Lui, béni soit-Il.