Le chapitre 17 du livre de Michlei continue de traiter des traits de l'âme et des voies de la parole, et dans ce cours nous nous arrêterons sur trois versets voisins : l'amour de la querelle et l'exhaussement de l'entrée, la perversité du cœur et le retournement de la langue, et la peine des parents à cause d'un fils insensé et d'un fils vil. Nous verrons plusieurs facettes dans chaque verset - Rabbenou Yona, le Gaon de Vilna, le Ralbag et le Malbim - et chacun nous ouvre une lucarne différente sur ces mêmes mots.
אֹהֵב פֶּשַׁע אֹהֵב מַצָּה, מַגְבִּיהַּ פִּתְחוֹ מְבַקֶּשׁ שָׁבֶר. (יט) - Celui qui aime la transgression aime la querelle, celui qui exhausse son entrée cherche la ruine. (19)
Celui qui exhausse son entrée, c'est-à-dire qui grimpe trop haut, cherche la ruine. Car il est dit : "Avant la ruine vient l'orgueil". À ce sujet, nos Sages ont dit au sujet de Haman : qu'est-il écrit à son propos ? "En ces jours-là, le roi Assuérus éleva Haman fils de Hamdata". Pourquoi fallait-il l'élever ? Parce que avant la ruine vient l'orgueil. Un homme qu'on jette du deuxième étage : le bruit ne s'entend pas très bien. Mais quand on le jette du cinquantième étage, là le bruit s'entend comme il faut. Si le Saint béni soit-Il avait précipité Haman du rang de scribe dans un village perdu, cela n'aurait pas fait le bruit approprié. Que fait le Saint béni soit-Il ? Il le hisse jusqu'au rang de vice-roi, au degré le plus élevé, le sceau du roi entre ses mains, et de là il le fait tomber vers le gibet. C'est une ruine immense. Avant la ruine vient l'orgueil. Prends donc garde : ne t'enorgueillis pas et ne t'élève pas trop haut, afin que la ruine ne soit pas à la mesure.
Rabbenou Yona demande : pourquoi le verset a-t-il joint ses deux moitiés ? "Celui qui aime la transgression aime la querelle" parle du chercheur de dispute, et "celui qui exhausse son entrée cherche la ruine" parle de celui qui s'élève et cherche sa propre chute - apparemment deux sujets distincts. En réalité, le verset vient peser ces deux mauvais traits l'un contre l'autre et trancher que l'amour du pouvoir est pire. Pourquoi ? Parce que l'essentiel de ce qui rend la querelle blâmable réside dans ses conséquences : c'est parce que l'homme aime la querelle qu'il en vient à la transgression. La querelle elle-même n'est certes pas une bonne chose, mais l'essentiel de son mal est ce qu'elle engendre : de la querelle on en viendra à frapper, à voler, et même à tuer. En revanche, le pouvoir et l'orgueil sont une chose répréhensible en soi, non pas à cause de ce à quoi ils mèneront. Et il est pire de faire une chose répréhensible en soi que de faire une chose qui me mènera vers le répréhensible. À ce sujet il est dit : "Tout cœur hautain est une abomination pour l'Éternel" - la hauteur même est une abomination, non parce qu'elle me mènerait à quelque chose, mais la hauteur elle-même est chose abominable, et à la fin celui qui la possède recevra la ruine.
Le Gaon de Vilna explique : "celui qui aime la querelle" est celui qui aime se rebeller et transgresser envers ses semblables, qui fait toutes sortes de choses qui irritent les autres, parce que cela fait partie de son plaisir : se disputer et polémiquer. Il y a des gens qui se réjouissent quand il y a une querelle, quand il y a de l'action ; ils n'aiment pas que la vie s'écoule paisiblement. Quand il y a de quoi parler et de quoi médire - "Tu as vu ce qu'il a fait ?" - il cherche les motifs de dispute. Parfois, malheureusement, cela se trouve même à la synagogue : un homme guette la moindre faille, il guette que quelqu'un dise quelque chose pour pouvoir se lever et tomber sur lui. De tels gens, aimant la querelle, aiment la transgression : il cherche des transgressions pour qu'il y ait matière à se disputer.
Et qu'est-ce que "celui qui exhausse son entrée" ? Le Gaon de Vilna donne une explication intéressante : l'entrée de la maison a une certaine hauteur, et cet homme veut que beaucoup de gens entrent chez lui, aussi exhausse-t-il l'entrée - venez, venez - et il fait entrer de nombreux compagnons par l'entrée de sa maison. Un tel homme cherche la ruine. Pourquoi ? Car il y a un verset : "L'homme aux nombreux compagnons ira à sa perte". Tu penses qu'avoir de nombreux compagnons est une bonne chose ? Sache qu'ils te mèneront à la ruine, car "lehitroéa" est un terme de brisure, comme dans "Tu les briseras avec un sceptre de fer, tu les mettras en pièces comme un vase de potier". Ainsi a-t-on dit au sujet du mois d'Av : "ria mazléh" - et nous avons expliqué par le passé que cela ne signifie pas que sa chance est mauvaise mais que sa chance est fragile. À l'opposé, le mois d'Adar : "barih mazléh" - "bari" signifie fort, fort par opposition à fragile, et non bon par opposition à mauvais. Il ressort donc que "l'homme aux nombreux compagnons ira à sa perte" : celui qui a trop d'amis, cela le mènera à la ruine. Cela mène aux disputes, à la médisance, et du fait qu'un homme se trouve beaucoup avec ses compagnons, il se trouve aussi avec la femme de son compagnon, et peut en venir à toutes sortes de fautes, et les amis l'entraînent aussi vers des choses qui ne sont pas bonnes. "Fais-toi un maître, et acquiers-toi un ami" - choisis-toi un bon ami, un ami véritable, un ami qui te fera progresser dans le service de Dieu. Mais ne crois pas que beaucoup d'amis soit une bonne chose ; trop de camaraderie n'est pas une bonne chose et ne te sera pas nécessairement utile. C'est pourquoi "celui qui exhausse son entrée" - qui fait entrer chez lui de nombreuses personnes afin que viennent à lui beaucoup de compagnons - "cherche la ruine", car les nombreux compagnons bien souvent font tomber et brisent l'homme. Mieux vaut un ami unique que d'exhausser l'entrée à de nombreux compagnons.
Une autre explication du Gaon de Vilna, dans la ligne de Rachi : "son entrée" désigne les ouvertures de sa bouche, comme dans le verset "L'ouverture de tes paroles illumine". "Celui qui exhausse son entrée" - il ouvre sa bouche pour dire du mal, et "cherche la ruine" - cela lui deviendra un obstacle. Quand un homme dit des choses qui ne sont pas bonnes, sa bouche le fait trébucher ; tes paroles et ta bouche finiront par te faire trébucher. "Dans l'abondance des paroles la transgression ne manque pas" - tu parles beaucoup, et à la fin on trouvera des contradictions dans tes propos, tu t'engageras sur des choses auxquelles tu ne pensais absolument pas, tu blesseras des gens intentionnellement ou non, et ils sentiront que tu avais une intention négative ou malveillante à leur égard. Parle moins, tu nuiras moins. "Celui qui exhausse son entrée cherche la ruine" : tu attires sur toi-même la ruine et l'échec.
Le Ralbag explique "celui qui aime la transgression" à propos d'un certain type d'homme : l'expert des défauts. Il y a des gens à qui il conviendrait de travailler comme contrôleur : tout ce qui est de travers, ils le repèrent aussitôt. Où ce n'est pas bien, où l'on n'a pas fait comme il faut ; il entre dans une maison et demande aussitôt qui t'a fait ce mur de travers - personne n'avait remarqué, et lui l'a vu immédiatement. C'est un expert des défauts et des manques, et il te dit aussitôt : monsieur, cela ne vous va pas bien, cela vous l'avez fait ainsi. Et il trouve aussi chez les autres des transgressions qui ont existé et qui n'ont pas existé ; il a une loupe géante, le télescope Hubble, et il examine chacun sous dix angles pour chercher ce qui ne va pas, ce qu'il n'a pas fait correctement et en quoi il n'a pas été rigoureux. Un tel homme, le roi Chelomo le définit "celui qui aime la transgression" - un type digne de la brigade criminelle de la police, qui cherche des transgressions en permanence, construit des théories du complot et des explications pour dire pourquoi on lui a fait ceci, et cherche toujours ce qu'on a voulu contre lui et comment on a voulu lui nuire. Un tel homme "aime la querelle" - il attire sur lui-même la dispute, car les gens feront toujours des choses auxquelles tu pourras donner une interprétation négative, et tu auras toujours toutes les circonstances pour prouver que tu as raison et que leur intention était malveillante à ton égard.
Et selon le Ralbag, "celui qui exhausse son entrée" est une suite merveilleuse à ce même sujet : il considère les choses en se plaçant lui-même dans une position de supériorité. Il regarde tout d'en haut, comme un service de contrôle. C'est pourquoi il finira par trouver en chacun un manque et un défaut - celui-ci m'a fait ceci, celui-là avait telle intention, cet autre avait tel désir - car il regarde tout le monde d'en haut. Il est le supérieur, et la seule question est de savoir ce que tous lui ont fait et ont eu l'intention de faire contre lui. Il se croit d'un grand degré, et tout ce que quelqu'un fait, il l'interprète comme dirigé contre lui : on ne m'a pas honoré comme il faut, alors que je mérite grand honneur. Un tel homme "cherche la ruine" - il attire sur lui-même un grand mal.
Le Malbim distingue d'abord entre la dispute et la querelle : la dispute se fait par la bouche, et la querelle est l'étape suivante, quand on passe à la pantomime, qu'on parle avec les mains et qu'on commence à frapper, comme dans le verset "Si des hommes se querellent ensemble et heurtent une femme enceinte". "Celui qui aime la transgression aime la querelle" - c'est parce qu'il aime la transgression, comme il est écrit "L'homme colérique est grand en transgression", que de la colère vient la querelle et vient la dispute, car comme nous l'avons expliqué, il se sent au-dessus de tous. Et qu'est-ce que "celui qui exhausse son entrée" ? Ici le Malbim a une interprétation novatrice qui ne ressemble à aucune des précédentes - ni sa bouche, ni l'exhaussement de l'entrée pour que beaucoup entrent : "celui qui exhausse son entrée" signifie celui qui exhausse le seuil de son entrée. Quand un homme exhausse le seuil, celui qui vient entrer bute et tombe sur son visage. Celui dont la maison est construite en un lieu bas et qui n'exhausse que l'entrée - qu'y gagne-t-il ? Il se brisera. "Celui qui exhausse son entrée cherche la ruine" : tu entres, tu butes sur le seuil que tu as exhaussé, et tu te brises. Ainsi également, un homme vil qui ouvre sa bouche avec orgueil, plus qu'il n'est en réalité - c'est comme l'exhaussement de l'entrée, cela ne convient pas à sa maison basse, et à chaque fois il butera et se brisera. "Celui qui exhausse son entrée" - celui qui parle avec un orgueil dépassant ce qu'il est, finit par se briser sur ces mêmes paroles qu'il a fait sortir de sa bouche.
עִקֶּשׁ לֵב לֹא יִמְצָא טוֹב, וְנֶהְפָּךְ בִּלְשׁוֹנוֹ יִפּוֹל בְּרָעָה. (כ) - Le coeur tortueux ne trouvera pas le bien, et celui qui déforme son langage tombera dans le mal. (20)
Que signifie "iqèch" ? Tordu, comme dans l'expression "le renard a les dents iqouchot", c'est à dire tordues. "Iqèch" est un terme désignant ce qui est retors, et de là vient aussi le mot qui désigne l'entêté qui marche dans une voie tortueuse. "Iqèch lev" désigne donc un homme dont l'esprit est tordu et faussé, qui ne reconnaît pas la vérité, et c'est pourquoi "il ne trouvera pas le bien". Car celui qui a l'esprit droit et qui réfléchit sur les choses trouvera le bien, mais celui dont le coeur est toujours tordu et l'esprit faussé n'arrivera jamais à une bonne chose, mais toujours à de mauvaises. "Celui qui déforme son langage" parle de l'homme qui connaît la vérité et affirme pourtant le mensonge, justifie le méchant et condamne le juste, parce qu'il déteste le juste et donc le condamne, et aime le méchant et donc le justifie. Un tel homme "tombera dans le mal".
Et lequel est le pire ? Assurément le second. Le "iqèch lev" est un homme qui a besoin de pitié ; il est à plaindre, son esprit est tordu, et c'est pourquoi il arrive toujours à des conclusions tordues et ne trouve pas le bien. Que peut il faire ? Toutes ses décisions sortent tordues parce qu'il est tordu dans sa tête. Mais celui "qui déforme son langage" a l'esprit droit, il sait ce qui est droit, et pourtant il tord son esprit par intérêt, il retourne son langage pour prouver le contraire. Un tel homme est bien pire : non seulement il ne trouvera pas le bien comme le "iqèch lev", mais le mal viendra sur lui à cause de ses actes corrompus.
Le Gaon de Vilna explique : "iqèch lev" est celui qui tord et rend tortueux son coeur pour se détourner de la voie du bien, c'est à dire des mitsvot positives, "et tu feras ce qui est droit et bon". Un tel homme ne trouvera pas le bien, car il est écrit "vos fautes ont éloigné le bien de vous". Et comme cela est précis : la faute ("hét") en langue sainte est un terme de manque, comme dans "et moi et mon fils Salomon serons hataïm", c'est à dire dénués. Adonya fils de Haguit s'enorgueillit de régner et dit : "je régnerai", et par là moi et mon fils Salomon serons dénués de la royauté. Il y a là encore d'autres explications, mais tel est le sens simple. La faute est un manque, comme lorsqu'on dit d'un homme qu'il a manqué la cible, il l'a ratée. Et c'est pourquoi "le coeur tortueux ne trouvera pas le bien" : cet homme qui ne marche pas dans la bonne voie de l'accomplissement des mitsvot positives a un manque, il fait défaut aux mitsvot positives, et le bien lui manque. Mais remarquez qu'il n'est pas dit qu'il y a du mal en lui, parce qu'il ne transgresse pas d'interdits ; celui qui n'accomplit pas de mitsvot positives est appelé "ne trouvera pas le bien". En revanche "celui qui déforme son langage" est un homme de perversions qui fait le mal par sa parole, et transgresse un interdit ; et celui qui transgresse un interdit tombera dans le mal qu'il fait. Le premier est passif, et le second actif, il fait le mal en acte, et cela est bien pire. Un tel homme, ce mal même qu'il fait le fera tomber et le fera trébucher.
Le Malbim explique, selon sa méthode tout au long du livre, que le coeur est la force de gouvernement chez l'homme. "Les justes sont maîtres de leur coeur", ils ont une pleine maîtrise sur tous leurs désirs et gouvernent leur coeur ; et les méchants ont "leur coeur qui les gouverne", c'est à dire que le coeur qui les attire vers les plaisirs les mène où il veut et ils sont entraînés à sa suite. "Iqèch lev" est un homme dont la force qui le gouverne, le coeur, est tordue et retorse, et qui ne marche pas selon la voie de la sagesse et le chemin droit. Et bien qu'il examine et réfléchisse sans cesse à la manière d'atteindre le chemin droit, il ne trouvera pas le bien. Pourquoi ? Comme nous l'avons expliqué par le passé, l'homme ne peut déduire la sagesse par lui même, elle doit être reçue d'une force supérieure. Car la sagesse est la connaissance de ce qui est droit, de ce qui est moral et de ce qu'il est convenable de faire, et en cela chaque camp est toujours certain d'être le droit, le convenable et le moral. Comme nous l'avons développé dans les premiers chapitres, et l'on voit cette ligne tout au long du livre : les questions de traits de caractère ne peuvent être tranchées par la force de l'intellect. C'est pourquoi cet homme, dont l'intellect est tordu, ne peut arriver aux conclusions justes, et on ne peut les atteindre que par la tradition reçue des sages, de la sainte Torah, du Maître du monde. Il se peut qu'il ne fasse pas le mal, mais il n'atteindra pas la voie du bien, car la voie du bien ne peut être atteinte par l'intellect tordu de l'homme.
"Celui qui déforme son langage" : le Malbim explique toujours que la bouche symbolise la sagesse, comme dans "elle ouvre sa bouche avec sagesse", et la langue symbolise le discernement, comme dans "et ma langue prononce l'intelligence". La sagesse est ce qui est reçu des sages et de la Torah, ce qui est moral et ce qui est droit ; et le discernement est la réflexion qui vient ensuite, d'où je tire des conclusions supplémentaires, où j'élargis et comprends une chose à partir d'une autre, même dans ce qui ne m'a pas été transmis explicitement. Celui dont la langue prononce des perversions, au lieu de réfléchir et de tirer des déductions logiques justes, tire des conclusions inversées. Bien souvent tu vois un homme qui possède des données, et selon ces données il aurait dû arriver à la conclusion A, et il est arrivé à la conclusion B, signe que quelque chose y est tordu. C'est une langue qui prononce des perversions, qui renverse ce qui est droit. Et les conclusions erronées dans la sagesse le mènent à l'hérésie, au reniement de Dieu et à toutes sortes de choses qui nient l'existence du Créateur ou Ses mitsvot. À partir du verset même où je vois la divinité, il apprend de manière tordue pour prouver son raisonnement erroné. Par exemple "faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance" : voilà, il n'y en avait pas qu'un seul, "faisons" signifie qu'il y avait plusieurs divinités. Et Moïse notre maître lui même craignait cette erreur, et pourtant la Torah l'a écrit ainsi, et de là je comprends à quel point le Saint béni soit Il nous enseigne la morale, que le grand prenne toujours conseil du petit. Mais cet homme qui déforme son langage, ses conclusions sont toujours erronées et il ne réfléchit pas correctement, c'est pourquoi "il tombera dans le mal" : non seulement il ne trouvera pas le bien, mais il tombera dans le mal, l'hérésie, parce que la compréhension juste dans la Torah, l'existence de Dieu et l'accomplissement de Ses mitsvot, s'est renversée chez lui par des déductions logiques erronées et une réflexion qui n'a pas été menée comme il faut.
יֹלֵד כְּסִיל לְתוּגָה לוֹ, וְלֹא יִשְׂמַח אֲבִי נָבָל. (כא) - Qui engendre un sot en a du chagrin, et le père d'un vil ne se réjouira pas. (21)
Rabbénou Yona explique que le sot est un homme aux mauvais traits de caractère, et un tel homme cause du chagrin à son père : tu as engendré un sot, tu en as de la peine. Et le "naval", dit Rabbénou Yona, est l'homme méprisable et de basse condition, qui n'a acquis aucune qualité, ni en sagesse ni en vertus intellectuelles, comme il est écrit "et sa fin sera vile". C'est un terme de déchéance et de mépris, du langage de la feuille qui se flétrit, et comme dans "si tu t'es avili en t'élevant", "et le vil ne sera plus appelé noble". C'est pourquoi celui qui a un fils vil, qui n'a pas acquis la sagesse et qui est semblable à une feuille qui se flétrit, ne se réjouira pas.
Et lequel est le pire, celui qui a engendré un sot ou celui qui a engendré un vil ? Assurément le sot est pire que le vil. Car le sot marche dans les voies de la folie et met en acte ses mauvais traits de caractère ; comme dit, le sot a de mauvais traits, et cela ne reste pas en lui, il y a en lui de la haine, de la jalousie, de la colère et de l'orgueil, et il met tout cela en acte. Il en résulte de sa part un dommage réel, un dommage en acte. Mais le vil, qui n'a pas de sagesse, ne réfléchit pas et n'a pas acquis de vertus intellectuelles, ne fait pas le mal en acte ; c'est pourquoi son père n'aura pas de chagrin, mais ne se réjouira pas non plus, "et le père d'un vil ne se réjouira pas". En revanche, quand tu as un fils sot, "qui engendre un sot en a du chagrin" : c'est vraiment du chagrin, vraiment de la peine et de la souffrance d'avoir un tel fils.
Et il y a encore une explication de "le père d'un vil ne se réjouira pas" : même s'il a de la richesse, il ne se réjouira pas de cette richesse. Pourquoi ? Parce qu'il se dit : à qui vais je la léguer ? À un vil. Quel fils ai je ? Un vil, qui n'est pas sage et n'a aucune vertu intellectuelle. Est ce à lui que je laisserai ma richesse, pour qu'il la perde entièrement dans quelque mauvaise affaire ? Il en résulte qu'il n'a pas de chagrin, mais qu'il n'a pas de joie non plus.
Le Gaon de Vilna explique d'après cela que le maître qui enseigne la Torah à son élève est appelé son père, son père spirituel. Aujourd'hui encore nous employons cette expression : son parent spirituel, celui qui lui a enseigné la Torah. Et où avons nous vu cela ? Élisée appela Élie son maître "mon père, mon père, char d'Israël et ses cavaliers", il appela donc son maître son père. Et c'est ce qui est dit "qui engendre un sot", c'est à dire celui qui enseigne à un sot, qui devient le père spirituel d'un sot, "en a du chagrin", car cet élève sot le contredira ensuite, le méprisera en paroles et ne le respectera pas. Il en résulte que le verset parle aussi bien du père spirituel que du père biologique.
Le Malbim explique, selon la ligne qu'il suit tout au long du livre, que le sot peut être, du point de vue du niveau intellectuel, très intelligent, voire un génie avec un QI de 180, mais qu'il ne gère pas sa vie avec sagesse et ne marche pas selon la Torah. Car en vérité, il peut y avoir un homme qui est le plus grand professeur, qui t'expliquera les méfaits du tabac, puis sortira une cigarette pour se détendre de ce qu'il vient de dire, car il s'est tellement effrayé de ses propres paroles qu'il a besoin de se calmer. Comment s'appelle-t-il ? Un sot. Pourquoi ? Parce que tu n'as pas de problème intellectuel, mais tes désirs prennent le dessus sur le grand intellect que tu possèdes. Le sot est toujours un homme qui connaît la chose et pourtant son désir le domine et aveugle ses yeux.
Et le Malbim innove en disant qu'il y a un sot de naissance et une sottise acquise. Le sot de naissance est un homme né avec de nombreux désirs, et il y a des gens chez qui l'on voit dès le plus jeune âge qu'ils sont nés avec de nombreux désirs ; et l'on sait que cela dépend de la force génératrice, de la nature transmise par le père et la mère, et comme on le sait, cela dépend aussi des quatre éléments présents dans l'enfant : l'élément de l'eau, de la terre, de l'air et du feu. Et chez qui l'élément de l'eau domine, c'est l'élément du désir ; et il y en a qui, dès le ventre et la naissance, sont dominés par le désir. Et il y a un sot qui est devenu sot par l'habitude et l'apprentissage : en vérité il n'avait pas de désirs dès son jeune âge, mais peu à peu il s'est lié à de tels compagnons, peu à peu il a accompli de telles actions, jusqu'à ce qu'il en arrive à se lier au désir. Et le Malbim dit que si la sottise n'est pas naturelle, bien que le père ne se réjouisse pas de lui, il n'en aura pas de chagrin particulier, car il espère que son fils sera éduqué vers la bonne voie : maintenant ils l'ont entraîné vers les désirs, et il espère que l'intellect prendra le dessus et l'attirera vers la bonne voie.
Mais « il engendre un sot » - déjà d'emblée, en série, toutes les convoitises sont en lui ; il est sot par nature dès l'origine, la sottise lui vient naturellement. Cela est « pour son chagrin », car l'en faire sortir est bien plus difficile, puisque la chose est enracinée dans son âme depuis la naissance. Et il ne faut pas mal comprendre ces propos : il ne s'agit pas ici de refermer la dalle sur lui. Certainement, dans toute situation, un homme peut corriger ses traits de caractère et améliorer ses actions, mais il nous est bien plus difficile de corriger une nature imprimée en nous depuis notre naissance que de corriger une nature acquise. Une nature acquise ne fait pas partie de moi, tandis qu'une nature imprimée chez l'homme dès sa naissance fait partie de lui, et il est plus difficile de la corriger - mais on ne peut pas dire qu'elle ne peut être corrigée, et il est certainement possible de la corriger.
« Et le père du vil ne se réjouira pas » - le vil, dit le Malbim, est l'opposé du généreux, et le plus souvent il le devient par l'habitude. Un homme ne naît pas vil ; il a un peu d'argent et commence peu à peu à s'attacher à son argent, jusqu'à ce qu'il lui soit difficile d'ouvrir la main et de donner quelque chose. Et il y a un homme dont le père est vil, et qui enseigne à son fils à être vil : pourquoi lui as-tu donné ? Garde ton argent, chaque personne qui te demande, tu dois lui donner ? Et ne cède pas, et si tu pouvais prendre, pourquoi ne pas avoir pris ? Le père l'éduque à être l'opposé du généreux, à fermer sa main, à ne rien offrir et à ne rien donner à personne.
Et qu'est-ce que « le père du vil » ? Ce père, qui est lui-même vil et enseigne à son fils à être vil, pense a priori que cela lui est profitable : mon élève est un bon élève, tel que je le lui ai enseigné, il se comporte ainsi. Le verset lui dit : sache-le, en fin de compte cela ne te réjouira pas. Le Malbim n'explique pas pourquoi, mais on peut expliquer simplement que cela ne te réjouira pas parce qu'il s'avérera que cela te revient. Le fils que tu as enseigné à être opportuniste, à qui seul son propre intérêt importe et que rien n'intéresse en dehors de lui-même, il s'avérera finalement que toi non plus tu ne l'intéresses pas, et que ton bien ne l'intéresse pas du tout. Il n'a aucun problème à te cracher dessus et à te piétiner - « Je suis ton père ! », « Et alors ? Qu'est-ce que je gagne à t'aider ? C'est fini, tu n'as plus d'héritage, qu'est-ce que j'y gagne ? ». Tu penses avoir réussi ton éducation, voilà que tu as élevé quelqu'un qui n'est pas un pigeon - mais tu as éduqué un fils à être vil, et « le père du vil ne se réjouira pas » : en fin de compte tu regretteras toi-même la nature que tu as transmise à ton fils.
Ces trois versets placent devant nous un miroir. « Qui élève sa porte cherche la ruine » - l'orgueil et la domination sont disqualifiés en eux-mêmes, et celui qui élève sa porte au-dessus de sa mesure, que ce soit par de nombreux compagnons, par sa bouche qui prononce de grandes choses, ou par un regard de haut sur toutes les créatures - finit par trébucher et se briser par cette élévation même, comme Haman qui fut élevé pour être brisé. « Le cœur tortueux ne trouvera pas le bien, et celui qui a la langue retorse tombera dans le malheur » - le tortueux a l'esprit courbé et le bien lui manque, mais celui qui déforme sa langue sciemment, pour ses intérêts, est pire que lui et son mal le fera tomber ; et la voie du bien ne s'acquiert pas par le seul intellect de l'homme, mais par la réception de la Torah et des sages. « Il engendre un sot pour son chagrin, et le père du vil ne se réjouira pas » - les mauvais traits de caractère qui passent à l'acte sont un véritable chagrin, et même l'éducation à la bassesse n'apporte pas de joie mais du chagrin à la fin ; et la différence entre une nature imprimée et une nature acquise réside seulement dans la difficulté de la correction, non dans sa possibilité - car dans toute situation, un homme peut corriger ses traits de caractère et améliorer ses actions.