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Chapitre 3 - Le souvenir de la Torah et l'accomplissement des mitsvot - Troisième partie

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Introduction : La supériorité de la 'Hokhma et la supériorité de la Tevouna

Dans les versets qui s'ouvrent à nous, le roi Salomon entreprend de louer la 'Hokhma (la sagesse) et la Tevouna (le discernement), en enseignant ce qu'est une acquisition véritable face à une acquisition éphémère. Pour bien saisir ce propos, il convient de rappeler la distinction fondamentale déjà évoquée : la 'Hokhma ne s'acquiert pas par la seule réflexion intellectuelle. Elle est ce que l'homme reçoit d'Hachem, une transmission qui provient de la Source même de la sagesse, à travers la sainte Torah et la prophétie. L'essence de la 'Hokhma réside dans la capacité de discerner entre deux voies opposées : ce qui est juste et droit, l'avarice ou la générosité, la voie appropriée selon la juste mesure et le bon contexte, la miséricorde ou la fermeté. L'esprit humain ne peut parvenir à cela de lui-même. Pour preuve, il suffit d'observer la multitude d'idéologies et de conceptions divergentes dans le monde, souvent totalement contradictoires. Dès lors, la 'Hokhma doit obligatoirement être reçue d'En haut. En revanche, la Tevouna est ce que l'homme fait jaillir de son propre esprit : comprendre une chose à partir d'une autre, approfondir et tirer des conclusions.

« Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse » - Une trouvaille face à une extraction

אַשְׁרֵי אָדָם מָצָא חׇכְמָה וְאָדָם יָפִיק תְּבוּנָה׃ - « Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse, et l'homme qui produit le discernement ! »

Remarquez la précision des termes. Concernant la 'Hokhma, le texte emploie le verbe « trouver » (matsa), à l'instar d'une personne qui trouve un objet perdu. La sagesse ne provient pas de l'intérieur de l'homme, il ne peut l'atteindre par sa seule spéculation ; elle doit être reçue, c'est pourquoi elle a le statut d'une trouvaille. Néanmoins, une fois que l'homme a trouvé la sagesse - tel celui qui ramasse un bien trouvé et en fait l'acquisition -, elle devient sa propriété pleine et entière, elle fait corps avec lui et lui appartient.

Pour la Tevouna, le texte dit en revanche « yafik » (il produit, il extrait). En effet, une fois la 'Hokhma acquise, l'homme dispose de la matière première pour développer et multiplier la pensée : la méditer, l'approfondir et en déduire des applications. Telle est la Bina, ce que l'esprit produit par lui-même. Nous avons déjà précisé la différence entre Bina et Tevouna : la Bina est la déduction appliquée à un point précis, tandis que la Tevouna désigne l'ensemble harmonieux et global de ces déductions. La Bina consiste, par exemple, à analyser les composants d'un verre et son mode de fabrication, ou, dans la sainte Torah, à tirer des conclusions halakhiques d'une analyse fouillée. La Tevouna, elle, embrasse la vue d'ensemble de toutes les conclusions. C'est pourquoi celui qui s'attache à la 'Hokhma à son plus haut niveau n'en extrait pas seulement une Bina ponctuelle, mais une Tevouna complète : « et l'homme qui produit le discernement ».

« Car son négoce vaut mieux que le négoce de l'argent » - La découverte de l'or et le commerce de l'argent

כִּי טוֹב סַחְרָהּ מִסְּחַר־כָּסֶף וּמֵחָרוּץ תְּבוּאָתָהּ׃ - « Car son négoce est meilleur que le négoce de l'argent, et son produit est plus précieux que l'or pur. »

Plus loin dans le livre (chapitre 16, verset 16), il est dit : « Acquérir la sagesse, combien cela vaut mieux que l'or pur, et acquérir le discernement est préférable à l'argent ! » Le terme « 'harouts » désigne l'or le plus fin et le plus précieux, comme dans le verset « et ses plumes d'un or verdâtre ». Voici le sens de ce rapprochement : pour la 'Hokhma, nulle réflexion personnelle ne saurait suffire ; il faut la recevoir d'un dispensateur, de la part d'Hachem. Elle est comparable à ce 'harouts, cet or précieux enfoui dans les entrailles de la terre, que l'homme creuse sans relâche jusqu'à l'atteindre : c'est l'ordre de la trouvaille. Il est dit de même dans Job : « Et la sagesse, d'où (mé-aïn) se trouvera-t-elle ? » Qui est cet « Aïn » ? Le Créateur béni soit-Il, qui est inaccessible à l'entendement. C'est précisément ce niveau suprême qui est désigné par le terme « Aïn » (le Néant divin, l'Inconnaissable). Selon la Kabbala, le « Aïn » renvoie à Keter, et la 'Hokhma est la séfira qui lui succède immédiatement, tirant son flux et s'abreuvant de ce Aïn, de Keter : « la sagesse provient du Aïn ». La 'Hokhma est ainsi reçue à la manière d'une trouvaille, comme l'or découvert au fond de la terre, et non par une élaboration personnelle.

En revanche, la Tevouna fonctionne comme une transaction commerciale (un va-et-vient d'achat et de vente) : on ouvre un texte, on examine, on observe, on confronte diverses sources et l'on en tire une conclusion ; il s'agit d'une véritable négociation intellectuelle. C'est pourquoi la 'Hokhma est comparée à l'or que l'on trouve, tandis que la Tevouna est comparée à l'argent que l'on acquiert par le commerce et les échanges. De même dans la Halakha, pour désigner un débat juridique d'approfondissement, on parle de « négociation halakhique » (massa oumatan hilkhati).

On peut en tirer une remarquable explication. Il semble y avoir une contradiction dans les paroles de nos Sages : un passage affirme que la première question posée à l'homme lors de son jugement céleste est « As-tu négocié avec probité ? » (nassata venatata be'émouna), tandis qu'un autre enseigne qu'on lui demande d'abord « As-tu fixé des temps pour l'étude de la Torah ? ». Plusieurs réponses existent, mais sans entrer dans tous les détails qui dépasseraient notre propos, voici une explication éclairante : au sens profond, la question « As-tu négocié avec probité ? » porte sur l'étude de la Torah elle-même. Lorsque l'on était engagé dans une discussion halakhique, que l'un avançait un argument et que l'autre le réfutait, que chacun apportait ses preuves et qu'un débat passionné s'ensuivait : a-t-on alors « négocié avec probité » ? Ou bien savait-on intérieurement que son propre argument était bancal, s'obstinant uniquement pour avoir le dernier mot et triompher par esprit de contradiction ? Quelle était l'intention qui animait l'effort d'étude : était-ce la vérité et la droiture ? Et lorsque le compagnon d'étude avait raison, a-t-on su reconnaître les faits et admettre que son avis était plus fondé ? Ainsi, la notion de commerce et de négociation s'applique également aux paroles de sagesse et de Torah, et il convient d'y débattre avec une absolue intégrité.

C'est précisément le sens du verset : « Car son négoce est meilleur que le négoce de l'argent » - cela vise la Tevouna, comparable au commerce et aux transactions, une acquisition qui s'opère par confrontation et échange d'arguments ; et « son produit est plus précieux que l'or pur » - les fruits que procure la 'Hokhma dépassent la valeur de l'or le plus précieux. Pourquoi ? Parce que tous les commerces et toutes les possessions matérielles relèvent de ce monde terrestre : au moment fixé, ils disparaissent et l'homme n'emporte rien avec lui. Lorsqu'un être humain quitte ce monde, il le quitte les mains ouvertes, comme pour dire : regardez, je n'ai rien emporté. Mais à sa naissance, il a les poings fermés, comme s'il voulait s'emparer du monde entier et tout engloutir. Les acquisitions de la 'Hokhma et de la Tevouna, quant à elles, sont éternelles et demeurent à jamais.

La déclaration de patrimoine de l'Abarbanel

On raconte au sujet de l'Abarbanel, et certains disent au sujet d'un autre personnage, qu'il était ministre des Finances du roi d'Espagne. Des ministres jaloux prétendaient qu'il s'en mettait plein les poches et ne gérait pas le trésor royal avec honnêteté et droiture. Le roi exigea alors de lui ce qu'on appelle aujourd'hui une « déclaration de patrimoine » - une liste de tous ses biens, afin de savoir s'il en dissimulait ou s'il s'était enrichi illégalement. Il lui remit une déclaration qui ne représentait que dix pour cent de la valeur réelle de ses possessions. En apprenant cela, le roi entra dans une grande colère, ordonna de le jeter en prison, d'ouvrir une enquête et confisqua tous ses biens, en déclarant : s'il trompe le roi, c'est assurément que tout a été dérobé au trésor royal, car pourquoi éprouverait-il sinon le besoin de mentir ?

Cependant, le roi savait que l'Abarbanel était un grand sage, et cela éveilla sa curiosité. Il le fit mander et lui dit : ce que tu as fait ne sied pas à un homme sage comme toi, car même les biens dont j'ai connaissance valent bien plus que le montant que tu as inscrit, sans parler de ceux que tu possèdes peut-être à mon insu. Quelle en est la logique ? Le Rav lui répondit : Monseigneur le roi a demandé à connaître mes possessions et ce qui m'appartient en propre. Je suis rentré chez moi et j'ai commencé à calculer combien de dîmes et de Tsédaka j'avais données jusqu'à ce jour. La somme que je vous ai soumise correspond exactement au total de la Tsédaka que j'ai distribuée : voilà ce qui m'appartient véritablement. Et cela, vous ne pourrez jamais me le prendre. La preuve en est : vous m'avez demandé ce que je possède, mais ma maison m'appartient-elle vraiment ? Où est-elle aujourd'hui et à quel nom est-elle enregistrée ? Vous, monseigneur le roi, vous l'avez confisquée et vous vous en êtes emparé ; comment serait-elle alors à moi ? Vous m'avez ravi tous mes biens matériels. Mais qu'ai-je donc réellement ? Je possède une chose que vous ne pourrez jamais m'enlever : les Mitsvot et les bonnes actions, la récompense de ce que j'ai donné à la Tsédaka et du soutien apporté aux orphelins et aux veuves. Cela, vous ne me le retirerez jamais.

C'est précisément ce que dit le verset : « Car son acquisition vaut mieux que celle de l'argent, et son produit est supérieur à l'or fin ». Les acquisitions spirituelles surpassent tout l'argent et tout l'or le plus précieux, car les biens matériels restent ici-bas et périssent : on en jouit pendant soixante-dix ans, et qu'en est-il après ? En revanche, l'accomplissement des Mitsvot subsiste pour l'homme pour l'éternité.

« Elle est plus précieuse que les perles » - Le prix à payer pour la sagesse

יְקָרָה הִיא מִפְּנִינִים וְכׇל־חֲפָצֶיךָ לֹא יִשְׁווּ־בָהּ׃ - Elle est plus précieuse que les perles, et rien de ce que tu désires ne l'égale.

Les perles sont précieuses, et pourquoi ? Parce qu'elles ne se trouvent pas à la surface de la terre ; celui qui désire les obtenir doit faire appel à un plongeur pour descendre dans les profondeurs de la mer et les en extraire. Il en va de même, par analogie, pour les lois de la sagesse : la sagesse ne réside pas dans l'intellect humain et ne s'assimile pas à la sagacité naturelle (Tévouna) ; nul ne peut la déduire par lui-même, il faut la recevoir d'un prophète et de la sainte Torah. Et le texte nous enseigne : « Elle est plus précieuse que les perles » - plus inaccessible encore que les perles. Car pour les perles, il existe encore une voie d'accès, puisqu'elles reposent dans les profondeurs marines ; mais les lois de la sagesse ne résident point dans des demeures d'argile, dans l'intellect humain. Elles émanent des Cieux, de l'Intellect divin, et l'Intellect divin est bien plus lointain que les profondeurs des mers : il est plus aisé d'atteindre le fond des océans que de s'élever jusqu'au Ciel. La sagesse réside au Ciel, elle est lointaine, et qui saura la trouver ?

Et bien qu'il faille payer un prix pour mériter la sagesse, dans notre analogie, il ne s'agit ni d'or ni d'argent, mais du renoncement aux attraits corporels, aux désirs physiques et aux convoitises du corps. En effet, celui qui aspire à la sagesse - à la sagesse de la Torah - doit savoir qu'elle est incompatible avec les plaisirs matériels ; on ne peut prétendre à la grandeur dans la sagesse tout en s'adonnant à toutes sortes de jouissances de ce monde. Avant même de prier pour que les paroles de Torah pénètrent dans ses entrailles, l'homme devrait prier pour qu'un excès de nourriture et de boisson n'y entre pas, car l'un se fait au détriment de l'autre, et l'un repousse l'autre. Il s'ensuit que le prix à payer pour la sagesse est le renoncement aux désirs du corps et à ses plaisirs. C'est à ce propos qu'il est dit : « Et rien de ce que tu désires ne l'égale » - tout ce que tu pourrais céder pour elle ne saurait rivaliser avec elle, car par la sagesse, tu atteins ce qu'il y a de plus précieux : non pas de l'argent et de l'or matériels et terrestres, mais des accomplissements spirituels d'un prix inestimable. Tout ce que tu sacrifieras pour elle reste sans commune mesure avec ce que tu recevras en retour.

« La longueur des jours est dans sa droite » - L'essentiel et l'accessoire

אֹרֶךְ יָמִים בִּימִינָהּ בִּשְׂמֹאולָהּ עֹשֶׁר וְכָבוֹד׃ - La longueur des jours est dans sa droite, dans sa gauche la richesse et l'honneur.

L'argent, l'or et les perles tiennent pour ainsi dire la richesse et l'honneur dans leur main droite. Or, quelle est la différence entre la droite et la gauche ? La droite est la main forte et la gauche la main faible. Lorsqu'un homme cherche à acquérir de l'argent, de l'or et des perles, quel est son but ? Devenir riche, accumuler des biens et obtenir du prestige ; tout cela relève donc pour eux de la droite, c'est leur finalité première. Mais pour la sagesse, la richesse et les honneurs ne sont que secondaires : « Dans sa gauche la richesse et l'honneur », elle les dispense aisément et de la main gauche. Tandis que dans sa droite, dans son essence même, elle apporte un bien infiniment plus précieux : « la longueur des jours », c'est-à-dire le bien dans ce monde-ci et l'éternité dans le monde futur, un monde d'une plénitude absolue, la vie éternelle.

« Ses voies sont des voies agréables » - Le général et le particulier

דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי־נֹעַם וְכׇל־נְתִיבוֹתֶיהָ שָׁלוֹם׃ - Ses voies sont des voies de douceur, et tous ses sentiers sont paix.

On a expliqué à plusieurs reprises la différence entre derekh, ora'h et nativ : le derekh est la voie principale, la grande route ; l'ora'h est le chemin secondaire qui bifurque de la voie principale pour mener aux bourgs et aux villages ; et le nativ est une sente ou un sentier privé, semblable à l'allée menant au domicile d'un particulier, un accès réservé aux individus. Selon ce principe : « Ses voies sont des voies de douceur » - les voies de la sagesse, les grands axes fondamentaux, les règles générales de la sagesse mènent l'homme vers la douceur, vers la plénitude de l'âme et la sérénité spirituelle, comme il est dit : « Tu rassasieras ton âme de délices » ; elle conduit l'homme à l'agrément, à la félicité et à la saveur la plus exquise, selon l'expression du saint Or Ha'haïm, au degré le plus élevé. « Et tous ses sentiers sont paix » - les petits sentiers, les voies particulières où cheminent les individus, sont tous paix : paix du corps, paix du foyer, paix du pays et paix de ses biens.

Il y a là une leçon morale considérable. Il ne suffit pas d'évoluer dans « ses voies sont des voies de douceur », c'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'emprunter les grandes voies et d'être globalement sur le bon chemin ; il faut aussi que « ses sentiers » soient paix, jusque dans les cheminements les plus personnels. Car c'est précisément dans les détails que l'homme est mis à l'épreuve. Dans les grandes entreprises, l'homme s'engage avec l'enthousiasme requis : on lui présente un vaste projet de bienfaisance - il s'investit, se passionne, s'active et accomplit. Mais là n'est pas le véritable test ; l'examen de vérité réside dans les petits actes de bonté à la maison, envers les voisins, dans la rue, dans les détails du quotidien - et c'est cela que le verset nomme « ses sentiers », des sentiers privés et non la voie générale.

Et si l'on souhaite entrer dans les détails : on aurait pu penser que dans la trajectoire générale, l'homme rencontre le succès et la bénédiction en suivant les voies de la Torah, mais que dans les applications particulières, des embûches surgiraient - que cela susciterait des querelles familiales, entraînerait des déboires financiers ou causerait des tourments dans l'éducation des enfants. Le texte vient nous dire : non. Dans la Torah, les voies majeures ne sont pas seules à être douceur : l'ensemble de ses sentiers - toutes les ramifications qui en découle, jusqu'aux plus étroites - sont tous paix et tous bénédiction. Dès lors que l'on se conforme à la Torah, celle-ci s'adresse à chaque situation particulière, et dans chaque situation en soi résideront la paix, la bénédiction et la réussite.

« Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent » - Celui qui dompte son penchant et le juste

עֵץ־חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ וְתֹמְכֶיהָ מְאֻשָּׁר׃ - Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, et comblé de bonheur est quiconque la soutient.

Le Malbim explique qu'il existe une différence fondamentale entre le juste (le tsaddik) et celui qui dompte son penchant (le kovech). Le juste est un homme naturellement enclin à la sagesse, et son penchant ne l'incite guère à la transgression. En revanche, le kovech est vivement attiré par le mal, mais « qui est un héros ? Celui qui maîtrise son inclination » : il ressent le désir et l'attirance, mais il parvient à surmonter son penchant.

« Pour ceux qui la saisissent » - l'expression de saisie (ha'hazaka) implique toujours un effort soutenu et une contrainte, comme dans : « je l'ai saisi et ne l'ai point lâché », ou encore « comme celui qui saisit un chien par les oreilles » alors que l'animal cherche à fuir. Le texte biblique s'adresse ainsi à l'homme ayant le statut de kovech, qui s'agrippe à la Torah alors même que son mauvais penchant s'efforce de l'en détacher ; il s'y cramponne de toutes ses forces, résiste à l'inclination, refuse de se laisser submerger et ne laisse pas la sagesse lui échapper - pour celui-là, elle est un arbre de vie. Tandis que « ceux qui la soutiennent » désigne l'homme qui a le rang de tsaddik, dont la nature n'entre pas en conflit avec la sagesse et qui se sent naturellement porté vers elle ; il n'a nul besoin d'une prise de force ni d'un labeur immense, n'éprouvant aucune résistance de sa matérialité - il lui suffit simplement d'apporter son soutien.

Une parabole permet d'éclairer cette distinction : supposons que l'on dresse un poteau électrique extrêmement lourd qui n'est pas scellé dans le sol. On peut dire à un passant : « Regarde, il tient debout, fais attention, maintiens-le » ; et le tenir et le soutenir est à sa portée. Mais si le poteau commence à basculer et qu'on lui crie : « Retiens-le maintenant ! », il en sera bien incapable, tant la charge est lourde. Telle est la différence : le juste agit à la manière d'un soutien - l'édifice se tient déjà droit, et il se contente d'empêcher qu'il ne vacille. Le kovech, lui, déploie une énergie continue, soulève et maintient à bout de bras, sachant que s'il relâche un instant, tout s'effondre ; il doit constamment lutter pour dominer la situation, car le mauvais penchant ne désarme jamais, fait sans cesse miroiter de nouvelles pensées pernicieuses, et il lui faut sans relâche les subjuguer.

Et le Malbim souligne que chacun d'eux est porteur d'un enseignement nouveau et remarquable. Chez le combattant, le bonheur intérieur n'a pas besoin de nous être démontré, car nous savons déjà que « le salaire est à la mesure de la peine » (lefom tsa'ara agra) ; plus il redouble d'efforts pour triompher de son penchant, plus sa félicité spirituelle et sa rétribution s'accroissent. Pourtant, on aurait pu se dire : cet homme passe son existence entière sur le pied de guerre, assailli sans cesse par le penchant qui le pousse à la faute et le contraignant à une résistance continuelle, « et comme elle lui parlait jour après jour » - une lutte éprouvante ; vivre dans une telle tension permanente ne risque-t-il pas d'écourter ses jours ? C'est pourquoi l'Écriture déclare : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent » - bien au contraire, celui qui s'y agrippe avec vigueur et mène ce combat perpétuel est comme s'il avait mangé de l'arbre de vie ; or, à propos de celui qui en a mangé, il est écrit : « et il vivra à jamais » - il obtiendra l'éternité véritable, et cela dès ce monde-ci.

Concernant celui qui soutient, on aurait pu faire le raisonnement inverse : chez un être à qui la sagesse s'attache naturellement et qui ne connaît aucun déchirement intérieur, quel mérite justifierait une récompense ? À cela le texte réplique : « Et comblé de bonheur est quiconque la soutient » - celui-là même qui s'est contenté d'apporter son soutien pour que rien ne s'effondre connaîtra lui aussi la plénitude et recevra le bonheur éternel. Il y a donc un enseignement novateur pour l'un comme pour l'autre.

« L'Éternel par la sagesse a fondé la terre » - 'Hokhma, Tevouna et Da'at dans la Création

יְהֹוָה בְּחׇכְמָה יָסַד־אָרֶץ כּוֹנֵן שָׁמַיִם בִּתְבוּנָה׃ בְּדַעְתּוֹ תְּהוֹמוֹת נִבְקָעוּ וּשְׁחָקִים יִרְעֲפוּ־טָל׃ - C’est par la sagesse qu’Hachem a fondé la terre, et par le discernement qu’Il a affermi les cieux. Par Sa connaissance, les abîmes se sont fendus et les cieux distillent la rosée.

Le Malbim explique que cette formule est étroitement liée à ce qui est enseigné plus loin, au chapitre 24 : « C’est par la sagesse qu’une maison se bâtit, et par le discernement qu’elle s’affermit ; c’est par la connaissance que les pièces se remplissent de tous les biens précieux et agréables ». La construction brute de la maison est attribuée à la sagesse (la 'hokhmah) ; l’achèvement de la maison, ce que l’on appelle les finitions, est attribué au discernement (la tevounah) ; enfin, l’emménagement des meubles et des objets précieux - une fois les finitions achevées - est attribué à la connaissance (le da'at).

Il en va de même pour l’édifice universel que constitue le monde créé par le Saint, béni soit-Il : la pose des fondations correspond à « C’est par la sagesse qu’Il a fondé la terre » ; le couronnement de l’édifice correspond aux cieux - « Il a affermi les cieux par le discernement » ; et le remplissage des pièces, c’est-à-dire le moment où le monde commence à recevoir l’abondance que le Saint, béni soit-Il, y déverse, à travers les abîmes qui font jaillir l’eau et la rosée qui descend du ciel - « Par Sa connaissance, les abîmes se sont fendus et les cieux distillent la rosée » -, relève de la connaissance. En effet, la base du bâtiment est la terre, tandis que les cieux forment le toit qui parachève la structure, comme il est écrit : « Il bâtit Ses étages dans les cieux » ; et les abîmes, la rosée ainsi que les pluies de bénédiction sont ce qui vient combler le monde de vie et de subsistance.

Pourquoi la fondation de la terre relève de la sagesse

Le fondement de la création du monde a été tiré du néant (yéch mé-aïn). Comme l’explique le Ramban, l’ensemble de la matière a été créé dès le premier jour. À titre de comparaison, c'est comme un chantier où arriverait, le premier jour, un camion déchargeant du gravier, un autre du sable, un autre des parpaings, du ciment ou du carrelage - en somme, tous les matériaux ; puis, le deuxième jour, l'ouvrier commencerait l'assemblage. De la même manière, le premier jour a vu apparaître ce que les anciens appelaient la matière primordiale (la matière hylique), c'est-à-dire la substance fondamentale et élémentaire, ce que nous nommons aujourd'hui les atomes. Tout ce qui existe dans l'univers n'est qu'un assemblage d'atomes dont la combinaison varie, faisant que tel corps devient du bois et tel autre du fer. Jadis, les Grecs pensaient pouvoir intervenir sur ces combinaisons et changer le fer en or par de simples manipulations chimiques ; nous savons aujourd'hui que ce n'est pas le cas.

Quoi qu’il en soit, la création première, le fondement de la terre, relève de la sagesse, car la sagesse constitue la première manifestation concrète, issue du néant. C'est le sens de « Au commencement, Dieu créa », que le Targoum traduit par « Avec sagesse » (bé-’hokhméta) : la force de la sagesse réside dans cette capacité de créer l’être à partir du néant. Ensuite, lorsque le Saint, béni soit-Il, commence à façonner à partir de cette matière les cieux et la terre, les animaux, les astres, le soleil, la lune, les étoiles, les reptiles et l’être humain, il s’agit d'une création à partir de l’existant (yéch mi-yéch), puisque les matériaux de base étaient déjà là dès le premier jour. L’achèvement de la création au fil des six jours relève donc de la tevounah. Comme nous l'avons précisé : la sagesse doit être reçue d’un maître et constitue une nouveauté absolue tirée du néant ; tandis que la compréhension et le discernement procèdent de l’existant - ayant reçu la sagesse, on commence à en déduire d'autres vérités et à élaborer à partir d'une matière déjà présente. Au départ, toutes les options étaient ouvertes ; mais une fois le fer créé, c'est avec le fer qu'il faut composer, sans autre alternative possible. Après la création ex nihilo, on ne peut que développer ce qui existe, et cela relève de la tevounah : comprendre une chose à partir d'une autre (davar mitoch davar), faire jaillir l'être de l'être. Le discernement suit une logique rigoureuse, où l'esprit analyse les données pour en tirer les conclusions nécessaires.

La nature de la connaissance : la providence divine

Le gouvernement ordonné du monde par Dieu, la Providence par laquelle le Saint, béni soit-Il, veille sur la création et dispense la pluie et la rosée, relève quant à lui du da'at. Selon le Malbim, le da'at définit précisément l'art de diriger le monde de manière que chacun reçoive ce qui lui revient de droit. C'est pourquoi le texte affirme : « Par Sa connaissance, les abîmes se sont fendus et les cieux distillent la rosée » - il s'agit d'une Providence perpétuelle, qui exige le décret divin pour déterminer à qui donner, quelle mesure accorder, à quel endroit et avec quelle intensité. Comme l'enseigne la Guémara à propos des pluies : s'il a été décrété que la pluie tomberait en abondance mais que le peuple s'est rendu coupable de fautes, le Saint, béni soit-Il, détourne ces précipitations vers Ammon, la Syrie ou d'autres terres désertes ; et si au contraire peu de pluies ont été décrétées mais que les hommes se sont conduits avec droiture, Il concentre ces rares averses au-dessus du lac de Tibériade et des terres arables. Il faut donc une immense connaissance pour dispenser le flux de bénédiction de façon parfaitement ajustée aux décrets divins.

Sagesse sur terre et discernement dans les cieux : le libre arbitre

Le Malbim propose une explication supplémentaire : les créatures terrestres, au premier rang desquelles se trouve l'homme, relèvent elles aussi du principe de la sagesse. Pourquoi ? Parce que la sagesse implique la capacité de trancher entre deux voies opposées, entre le bien et le mal - et c’est là le rôle essentiel dévolu à l'homme, doué de libre arbitre. « Hachem a fondé la terre avec sagesse » : les êtres d'ici-bas sont soumis au principe de la sagesse, appelés à choisir délibérément entre le bien et le mal.

Dans les cieux, en revanche, le libre arbitre n'existe pas. Les anges sont appelés des « immobiles » ('omdim), ainsi qu’il est dit : « Je te donnerai libre accès parmi ceux qui se tiennent là », car ils n’ont pas la faculté d'opter pour le mal. C’est pourquoi le verset dit : « Il a affermi les cieux avec discernement » - le discernement ne consiste pas à choisir entre deux pôles moraux, mais à suivre une déduction rigoureuse, à contempler la vérité pour en tirer les justes conséquences ; celui qui en déduirait une erreur ne ferait que se tromper de calcul, car la logique pure n'offre qu'une seule conclusion valide. Tel est l'ordre céleste : point de libre choix, seule règne la volonté fixée par le Créateur, et les anges saisissent Sa grandeur selon toute l'étendue de leurs facultés - ce qui constitue la nature même de la tevounah.

Enfin, la gouvernance permanente du monde, qu'elle suive les lois habituelles de la nature ou qu'elle relève du miracle transcendant cet ordre établi, dépend constamment du da'at divin. Hachem sait avec une absolue précision à qui donner, combien donner, comment, quand et de quelle manière dispenser Ses bontés. Tout cela exige une sagesse d'une ampleur infinie, et c’est le sens profond de : « Par Sa connaissance, les abîmes se sont fendus et les cieux distillent la rosée ».

En résumé :

Nous avons appris dans ces versets le principe fondamental de la distinction entre la 'hokhma et la tevouna : la 'hokhma est une trouvaille que l'on reçoit d'Hachem, tel l'or extrait des entrailles de la terre ou les perles tirées des profondeurs des mers, et plus encore - car elle se trouve dans les cieux ; tandis que la tevouna est une production de l'homme, fruit de l'analyse, de la délibération et de la réflexion, à condition qu'il débatte et approfondisse avec droiture. Les acquisitions de la sagesse surpassent tout argent et tout or, car elles sont éternelles et ne peuvent être ôtées à l'homme, à l'image de la déclaration de biens de l'Abarbanel ; leur prix d'acquisition est le renoncement aux désirs corporels, et leur valeur dépasse tout. L'essentiel de la sagesse ne réside pas dans la richesse et la gloire qui sont dans sa main gauche, mais dans la longueur de jours portée par sa droite, et ses voies sont des voies de délices jusque dans les sentiers les plus étroits - car même dans les détails et les petites choses, elle est source de paix et de bénédiction. Elle est un arbre de vie, tant pour le combattant qui s'en saisit avec force que pour le juste qui la soutient avec constance, chacun portant sa propre dimension remarquable. Enfin, nous avons appris que le Saint, béni soit-Il, a Lui-même fondé la terre avec 'hokhma - création yech mé-aïn (ex nihilo) et libre arbitre entre le bien et le mal -, qu'Il a affermi les cieux avec tevouna - création yech mi-yech (à partir d'une matière préexistante) et voie unique -, et qu'Il dirige et dispense Son abondance avec da'at, sachant exactement à qui, quoi, quand et en quelle mesure accorder cette profusion.