Le chapitre 17 s'ouvre sur un verset qui constitue un véritable conseil pratique pour l'existence : qu'est-ce que la véritable réussite ? Le roi Salomon établit un principe auquel chacun adhère intellectuellement, mais que la plupart d'entre nous contredisent dans les faits. Étudions ce verset à la lumière de Rachi et du Midrach, de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna et du Malbim.
טוֹב פַּת חֲרֵבָה וְשַׁלְוָה־בָהּ מִבַּיִת מָלֵא זִבְחֵי־רִיב׃ - Mieux vaut un morceau de pain sec avec la sérénité, qu'une maison pleine de festins de discorde.
Rachi cite le Midrach qui applique ce verset au Tout-Puissant : « Mieux vaut un morceau de pain sec (pat ‘haréva) » - dans le sens de ruine et de destruction (‘hourbane). Il valait mieux pour le Saint, béni soit-Il, détruire Sa demeure et Sa ville et être en paix, loin des fautes d'Israël, plutôt que d'avoir « une maison pleine de sacrifices de discorde » - où l'on offrait dans Son Temple des sacrifices souillés par la querelle. C'est comme si le Saint, béni soit-Il, disait : mieux vaut que Ma Maison soit détruite et que Je n'aie point d'offrandes, plutôt que de voir le Beth Hamikdach debout mais rempli de sacrifices entachés de transgressions, des offrandes qui M'opposent au peuple d'Israël.
Rabbénou Yona explique que ce verset s'inscrit dans le prolongement direct des derniers versets du chapitre précédent, tous consacrés aux voies de la paix : « On jette le sort dans le pan du vêtement, mais toute décision vient de l'Éternel », « Mieux vaut la patience que la vaillance, et être maître de soi que conquérir une ville ». Tous ces versets nous enseignent comment préserver la paix : lorsqu'un litige éclate, on tire au sort, ou l'on use d'autres moyens. Et Salomon poursuit ici avec un nouvel enseignement sur la paix : « Mieux vaut un morceau de pain sec et la sérénité ».
Le premier exemple concerne le partage d'un héritage. Un homme peut réclamer une part plus importante et s'engager ainsi dans des procès, des litiges, des frais d'avocat considérables. Supposons qu'il obtienne gain de cause et récupère cette part qu'il estimait lui revenir : qu'il regarde donc combien d'énergie il y a consumée, et quelle atmosphère empoisonnée s'est installée au sein de sa famille et de ses proches ! Et pourquoi ? Parce qu'il a refusé de se contenter d'un morceau de pain sec dans la sérénité, recherchant de somptueux « festins de discorde », au prix de querelles incessantes. C'est pourquoi Rabbénou Yona enseigne : qu'un homme ne cherche pas à l'emporter sur ses frères lors du partage d'un héritage, car mieux vaut avoir peu sans dispute ni contestation, que beaucoup au milieu des tiraillements et de la discorde. Parfois, un homme gagne un peu plus d'argent, mais perd toute sa famille. Cela en vaut-il la peine ?
Rabbénou Yona apporte un second exemple : si un homme a des créanciers qui réclament leur dû, qu'il ne cherche pas à leur résister ni à les repousser avec force, car il vaut mieux posséder peu qui lui appartienne en propre, plutôt que beaucoup appartenant à autrui. Il y a des gens qui ont du mal à payer ; la main ne s'ouvre pas. Les créanciers les poursuivent, et eux ne cessent de repousser les échéances. Il ne s'agit pas ici de celui qui n'a réellement rien à manger, mais de celui qui manœuvre, esquive et demande des délais uniquement pour ne pas débourser d'argent. À celui-là, Salomon dit : mieux vaut pour toi un morceau de pain sec et la sérénité ! Est-il agréable de vivre traqué par ses dettes ? Des appels du matin au soir, devoir sans cesse changer de numéro ou d'adresse... Est-ce là une vie agréable ? Quitte cette grande maison, vends-la, rembourse tes créanciers, installe-toi dans un modeste deux-pièces selon tes moyens, et jouis de la paix de l'esprit ! C'est infiniment préférable à une luxueuse villa assiégée de créanciers qui ont le sentiment que tu vis à leurs dépens et qui ne cessent de te maudire.
Le roi Salomon vient nous dire : au-delà même des interdits relatifs au vol et de l'exigence scrupuleuse concernant l'argent d'autrui - car on pourrait rétorquer qu'il s'agit simplement ici d'argent qui ne lui appartient pas -, sache que la tranquillité et la paix d'esprit dont jouit un homme en paix avec ses proches et son entourage valent une fortune. C'est pourquoi il est préférable de céder, même sur son propre droit, afin d'acquérir cette paix intérieure et cette sérénité.
On entend souvent : si j'avais tort, d'accord, je céderais pour préserver la paix. Mais je sais que j'ai raison, alors pourquoi devrais-je céder ? Nul ne prétend qu'il y ait là une obligation stricte de céder. Il s'agit simplement du conseil du plus sage des hommes : il vaut parfois mieux renoncer afin d'acquérir le bien le plus précieux qui soit, le calme, la sérénité et le repos de l'âme. Tout le contraire de ceux qui appliquent aveuglément l'adage « Que la loi transperce la montagne », proclamant : « Je vais lui montrer, j'exigerai jusqu'au dernier centime et je lui donnerai une leçon ! » Très bien, le procès est gagné. Mais combien d'énergie y a-t-on gaspillée ? Combien de santé y a-t-on laissée ? Quelle politique de la terre brûlée a-t-on menée ? Au bout du compte, on a peut-être cent mille shekels de plus en poche, mais a-t-on mesuré tout ce qu'on a détruit en chemin ?
Parfois, il vaut mieux pour un homme se dire : c'est vrai, il a tort, il est malhonnête, ses exigences sont injustifiées - pourtant, je cède, l'essentiel étant de préserver la paix. Et ne pensez pas être un « pigeon ». Posons-nous la question : qui y a gagné ? Qui en sort en meilleure santé ? Qui évitera un ulcère et une crise cardiaque ? C'est moi. Et si l'on se dit : « Je vais aller lui donner une leçon et lui montrer qui je suis » - vous lui avez donné une leçon, bravo, mais à quel prix ? Aux dépens de votre santé ? Cela en vaut-il la peine ? C'est là le conseil de Chlomo : mieux vaut un morceau de pain sec dans la sérénité. Sachons qu'il est facile de dire cela lorsqu'on n'est pas soi-même impliqué. Mais lorsqu'on est au cœur du conflit, quelle sagesse et quelle patience infinie sont requises pour être capable d'appliquer un tel conseil !
Le Rabbi d'Ozerov, auteur du Ech Dat, se trouvait en Amérique lorsqu'un Juif vint le trouver. Cet homme lui raconta qu'il dirigeait une vaste communauté de fidèles craignant D.ieu, qu'il leur dispensait des cours et faisait faire le bien à la collectivité. Or, un individu était venu déclencher une querelle contre lui, cherchant à diviser la communauté pour en prendre le contrôle. Un grand conflit avait éclaté : que faire ?
Le Rabbi lui dit : Vous êtes-vous jamais demandé ce que je fais ici ? Je viens de Pologne, qu'ai-je donc à faire en Amérique ? Il poursuivit : Je vais vous raconter. À Ozerov, mon grand-père était le Rabbi. À sa disparition, mon père, qui était le rabbin de la ville, est devenu Rabbi, et j'ai moi-même été nommé rabbin de la ville. En tant que rabbin, j'ai relevé la communauté de ses cendres : institutions de Torah, structures éducatives, Beth Yaakov, soupe populaire - une communauté magnifique, où tout tournait comme une horloge, « nulle brèche, nulle sortie, nulle clameur dans nos rues ». Lorsque mon père, de mémoire bénie, est décédé, je lui ai succédé comme Rabbi, et j'ai poursuivi cette même direction d'une main ferme.
C'est alors qu'un oncle querelleur est arrivé, suivi d'un groupe de 'hassidim, affirmant : « Comment est-ce possible ? Il est jeune, et il prend la place de son père ? Le grand-père avait deux fils : mon frère a reçu la direction de la 'Hassidout, mais maintenant qu'il est mort, c'est le frère survivant qui doit lui succéder, pas le fils ! » Le Rabbi ajouta : Cet oncle n'avait jamais rien accompli et personne n'avait entendu parler de lui, et voilà qu'il venait récolter le fruit de notre labeur, s'emparer de tout ce que nous avions bâti. Était-ce juste ? Absolument pas, d'autant que l'usage veut que le fils hérite de son père. Mais dès que j'ai su qu'il y avait une contestation, j'ai aussitôt rendu les clés. Qu'il prenne la 'Hassidout, qu'il prenne le titre de Rabbi ! Je ne voulais rien garder pour moi. Et je savais que si je restais, des gens refuseraient de céder, feraient pression sur moi en disant : « Comment le Rav peut-il partir ? Il est notre maître ! », et la discorde ne s'éteindrait jamais. J'ai donc fui le plus loin possible : je suis parti pour l'Amérique en laissant tout derrière moi. Ce ne fut pas facile, mais je suis arrivé ici, j'ai tout reconstruit à zéro, et par la grâce divine, cela a remarquablement prospéré.
Et si vous demandez ce qu'il est advenu de mon oncle ? Peu de temps après, les nazis, que leur nom soit effacé, sont entrés dans Ozerov. Comme on le sait, ils s'en prenaient toujours en priorité aux dirigeants et aux sommités, s'acharnant particulièrement sur les grands de la Torah. Ils ont aligné tous les Juifs d'Ozerov sur deux rangs dans la rue principale, ont sorti l'arche sainte de la synagogue, l'ont chargée sur le dos de mon vieil oncle devenu Rabbi, et l'ont forcé à courir dans la rue sous les yeux de tous les Juifs. L'ignominie était immense et l'humiliation terrible ; vieillard, il courait, puis après quelques dizaines de mètres, il a flanché, s'est écroulé et a été achevé sous cette même arche par les maudits nazis. Le Rabbi conclut : « Je ne regrette pas un seul instant d'avoir cédé, car du renoncement, on ne sort jamais perdant. Rentre chez toi et réfléchis à ce que tu vas faire, tu n'as pas besoin de me répondre tout de suite ; reviens demain et nous parlerons. » Le lendemain, l'homme revint et dit au Rabbi : « Je remets les clés, j'abandonne tout. » Le Rabbi le bénit pour son courage et sa noblesse d'âme, car c'est une chose loin d'être simple. Et c'est bien là le conseil de Chlomo : « Mieux vaut un morceau de pain sec dans la sérénité qu'une maison pleine de festins de discorde ».
Quelle est la différence entre pat, lé’hem (pain) et kikar (miche ou pain entier) ? Le kikar est un pain entier. En revanche, le mot pat désigne toujours un morceau, comme il est écrit : « Tu la briseras en morceaux (patot ota pitim) » - pat dérive de la racine de petita (l'émiettement, la division). Tout comme le pain entier est complet et la tranche n'en est qu'une part, la petita est un morceau de pain. Dès lors : « Mieux vaut un morceau sec » - il est préférable de n'avoir même pas un pain entier, mais seulement un fragment, et qui plus est desséché. Cela vaut mieux qu'une maison remplie, fût-ce de viandes d'abattage - le terme de « sacrifices » (ziv’hé) ne désigne pas nécessairement des offrandes rituelles, mais des bêtes abattues pour la consommation : l'homme dispose de bétail en abondance, de viandes apprêtées devant lui, mais tout cela dans la querelle.
Le Gaon de Vilna, fidèle à sa méthode, applique également ce principe à l'étude de la Torah : il vaut mieux étudier peu dans la Torah, mais réviser constamment, posément et de manière désintéressée (lichma), plutôt que d'étudier beaucoup dans un esprit de dispute et de provocation. Un homme achève l'ensemble du Talmud, mais toute sa démarche ne visait qu'à étaler son érudition et polémiquer, sans pureté d'intention. Mieux aurait valu qu'il termine un seul traité calmement, en profondeur, et qu'il le révise continuellement pour la gloire du Ciel. C'est là le « morceau de pain sec », bien supérieur à une « maison remplie » où l'on détiendrait tous les traités, mais entachés à D.ieu ne plaise de « festins de discorde ». C'est en ce sens que le Zohar 'Hadach parle de « ceux qui étudient la Torah et crient comme des chiens », posant des objections en aboyant « donne, donne ! » (hav, hav) - c'est-à-dire ceux qui s'adonnent à la Torah non pour la Torah elle-même, mais pour briller et faire étalage de leur savoir. Mieux vaut peu avec sincérité que beaucoup par vanité.
On ouvrit un jour à Salant un « Kollel Torat HaMoussar » : tous les étudiants s'y étaient engagés à se conduire selon les règles les plus strictes de la morale éthique - ne jamais couper la parole à son prochain, traiter chacun avec une politesse exemplaire et un profond respect. Rabbi Israël de Salant, le fondateur du mouvement du Moussar, s'y rendit un jour et entendit deux érudits débattre de l'étude. Le premier exposa son raisonnement, et le second attendit patiemment qu'il eût terminé, avant de demander poliment : « Mon cher maître a-t-il achevé, afin que je puisse exprimer mes propos ? » - « Oui ». L'autre déclara alors : « Il semblerait que l'on puisse soutenir l'inverse », et commença à développer son argumentation. Cela ne plut guère à Rabbi Israël, qui leur dit : Sachez-le, ceci est un Kollel de Moussar : j'ai vu ici du Moussar, mais je n'y ai pas vu de Torah ! Il leur expliqua : Ce n'est pas ainsi qu'on étudie la Torah. « Ma parole n'est-elle pas comme un feu, dit l'Éternel ? », il doit y avoir la sainte ferveur de la Torah (rit’ha de-Oraïta). Nos Sages enseignent que le père et le fils qui débattent dans l'étude incarnent le verset « Et vaheb beSoufa » : au départ, c'est la tempête (soufa), mais à la fin, l'amour règne entre eux. La véritable manière d'étudier implique cette saine vivacité intellectuelle, où l'un objecte et l'autre résout. Certes, cela doit se faire pour la gloire du Ciel, et non pour triompher dans la dispute ou prouver sa supériorité sur autrui - mais cette ferveur ardente fait partie intégrante de l'étude de la Torah. Ce dont parle le saint Zohar vise uniquement ceux qui font du bruit par vanité et pour la gloire personnelle. On raconte avec ironie que certains jeunes gens étudient « lichma » - non pas pour le Ciel, mais pour le Chiddoukh (le mariage), afin qu'on dise d'eux : « Quel grand assidu ! » Il n'étudie pas pour l'amour de D.ieu, mais pour la mariée. Or, l'étude doit impérativement être vouée au Ciel.
Le Malbim explique : la réussite apparente n'est pas la véritable réussite. On voit parfois un impie connaître un succès éclatant, mais sa maison est pleine de sacrifices de discorde. Le juste, en revanche, se contente d'un morceau de pain sec : il n'a même pas une tranche entière, mais un simple croûton, et de surcroît il n'a rien pour le tartiner, de sorte que le pain reste tout sec. Et pourtant, ce pauvre réussit bien mieux que le riche, car la sérénité règne dans son foyer. Quant au riche, il possède une immense fortune, mais tous ses biens ne font qu'engendrer des conflits internes, des querelles et des disputes.
C'est ce que l'on observe souvent chez les riches : un père a plusieurs enfants, il les intègre dans ses affaires, et chacun joue des coudes - qui plaira le plus au père, qui obtiendra la plus grosse part, qui gérera davantage de succursales. Chacun lutte contre l'autre, et l'argent finit par diviser la famille. Et même si les frères s'entendent, les belles-sœurs interviennent : « Pourquoi ton père ne donne-t-il qu'à lui ? D'où viennent ces injustices ? » Quelle est la cause de tout cela ? La maison est comble, mais pleine de querelles. On a coutume de dire : lorsqu'un homme décède sans laisser d'héritage, la paix et la quiétude règnent dans sa maison, car il n'y a rien à se disputer. Mais lorsqu'il laisse une succession, combien de familles finissent par se déchirer ! En particulier lorsque les parents manquent de discernement, provoquant une catastrophe courue d'avance : l'un des enfants, célibataire, réside encore chez eux, tandis que les autres lorgnent déjà sur la succession ; le premier prétend qu'il n'a nulle part où loger et que la loi lui donne peut-être le droit d'y rester, et les querelles éclatent. On connaît ainsi l'exemple d'une femme restée célibataire qui s'est installée chez ses parents quelques années avant leur disparition et a fini par s'approprier l'appartement : aujourd'hui, elle ne parle plus à aucun de ses frères et sœurs, qui l'accusent d'avoir fait main basse sur le bien familial. Et il ne s'agissait même pas d'un bien valant des millions, mais d'une somme de cent ou deux cent mille pour chacun. Quel en fut le résultat ? Une maison comble, mais pleine de discorde.
C'est précisément ce qu'affirme le Malbim : la réussite illusoire n'est pas la vraie réussite. Un homme qui roule dans un véhicule de luxe et possède une somptueuse demeure ne goûte qu'à un succès de façade. L'essence même de la réussite réside dans la paix intérieure : celui dont l'âme est sereine et épanouie, et dont rien ne vient troubler la quiétude, est le véritable gagnant, même s'il ne mange qu'un morceau de pain sec. Rationnellement, chacun en convient. Dans les faits, hélas, on constate l'inverse. Pourtant, si l'on demandait à quelqu'un : « Que préfères-tu : beaucoup d'argent sans bonheur intérieur, ou le bonheur et la paix sans grande fortune ? », chacun répondrait sans hésiter : « Je préfère la paix intérieure. » Dès lors, pourquoi courir après l'argent ? Combien de riches connaissez-vous qui bénéficient d'une réelle sérénité ? Ces deux réalités sont pourtant étroitement liées.
On raconte le cas d'un homme qui avait investi en bourse. Autrefois, il ouvrait le journal financier avec une règle pour scruter les petits caractères et surveiller le cours des actions, à la hausse ou à la baisse. Aujourd'hui, plus besoin de cela : tout s'actualise en direct sur son téléphone. Même si l'on est assis tranquillement, une notification surgit soudain annonçant que le titre a chuté de tant de pourcents ; immédiatement monte l'angoisse, on appelle le banquier, faut-il vendre, faut-il racheter ? D'où provient tout ce stress ? Si vous ne possédiez pas ces actions, vous seriez parfaitement détendu. De même pour un chef de gouvernement qui souhaite dîner au restaurant : il lui faut planifier à l'avance, alerter les services de sécurité, mobiliser des gardes et sécuriser les lieux - tandis qu'un homme ordinaire dit un mot à son épouse et, cinq minutes plus tard, ils sont attablés. Qui jouit donc de la sérénité ? Certes, la notoriété et les honneurs sont là, mais en a-t-on réellement besoin, ou vaut-il mieux être cet homme libre qui monte en voiture et part sans tout ce tumulte ? L'argent et la gloire ont un prix, et ce prix est la tranquillité - c'est avec son repos de l'esprit que l'on paie. Celui qui n'a rien de tout cela est assurément bien plus paisible. Pourquoi donc les hommes s'obstinent-ils à poursuivre l'illusion que le bonheur réside dans la richesse ? C'est là une preuve éclatante de la force du mauvais penchant pour aveugler l'être humain.
Que signifie l'expression « morceau de pain sec » (pat 'haréva) ? Le Malbim explique : sans assaisonnement, à l'image du verset décrivant l'offrande végétale : « pétrie à l'huile ou sèche » ('haréva) - 'haréva désigne ce qui est sec, sans assaisonnement. Il en va de même ici : le pauvre n'a ni huile ni accompagnement pour y tremper son pain, et c'est pourquoi son pain est qualifié de « sec ». Nous avons déjà rappelé qu'autrefois, la coutume était de consommer le pain en le trempant. Comme l'explique Rachi à propos de Rabbi 'Hanina qui trempait son cédrat (l'étrog) pour s'en nourrir : leur façon habituelle de manger consistait à tremper le pain, semblable à la manière orientale d'étaler du labné sur une pita. De là provient aussi l'usage des Juifs du Yémen, dont tous les mets s'accompagnent de sauces dans lesquelles on trempe : le jachnoun dans la sauce tomate, les galettes dans la 'hilbé. Par conséquent, lorsqu'un homme n'a rien pour assaisonner son morceau de pain, celui-ci est appelé un pain sec.
On trouve dans un ouvrage ancien de guématriot que les initiales des mots hébreux « Mibayit Malé Ziv’hé Riv » (d'une maison pleine de sacrifices de discorde) forment le mot Mamzer (enfant adultérin). Cela vient enseigner que la femme adultère lui a servi des mets somptueux - comme Salomon lui-même le décrit lorsqu'elle l'appelle chez elle, dressant sa table et mêlant son vin pour le séduire. C'est à ce propos qu'il est dit : mieux vaut un morceau de pain sec, délaisse tous les délices que cette femme t'offre. Il est préférable de se contenter d'un pain sec dans la sérénité, plutôt que de céder à la femme infidèle, d'engendrer d'elle un enfant adultérin (mamzer), et de n'y gagner que des querelles destructrices et la ruine de son foyer. Comme le dit la Guémara au sujet de l'adultère : « semblable au ver dans le sésame » - il dévore sa propre maison de l'intérieur et détruit la paix conjugale. Il s'imagine pouvoir concilier les deux mondes, mais il finira par tout perdre.
Dans le Midrash Michlé (chapitre 17) : « Mieux vaut un morceau de pain sec dans la paix qu'une maison pleine de sacrifices de discorde ». Rabbi Yo'hanan a enseigné : cela fait référence à la terre d'Israël - car même si un homme n'y mange que du pain et du sel, du moment qu'il y habite, il a l'assurance d'être voué au Monde futur. « Qu'une maison pleine de sacrifices de discorde » - cela désigne l'étranger, l'exil, qui est rempli de violence et de spoliations. Certes, on gagne de l'argent en Amérique, mais il vaut infiniment mieux rester ici sans fortune, avec un pain sec, plutôt que de chercher l'exil empreint d'injustice et de brigandage.
Le Sefer 'Hassidim rattache ce verset à un autre : « Mieux vaut un repas de légumes là où règne l'amour, qu'un bœuf engraissé accompagné de haine » - l'amour envers son épouse et les siens. Qu'un homme ne se dise pas : « J'achèterai des mets raffinés pour Chabbat », alors qu'il sait que cela provoquera des disputes avec sa femme, avec ses parents ou avec son entourage. Qu'il n'achète pas ces délices pour Chabbat s'il sait qu'il n'en a pas les moyens, risquant de s'entendre reprocher par son épouse : « D'où as-tu payé tout cela ? Nous n'avons pas d'argent à consacrer à de telles dépenses, auprès de qui as-tu emprunté et comment pourrons-nous rembourser ? » Mieux vaut un morceau de pain sec dans la quiétude : il est préférable de réduire ses dépenses et de préserver la paix dans son foyer, plutôt que d'acheter à profusion et de remplir sa maison de disputes. Et la règle est identique pour Chabbat comme pour les jours de fête. C'est en ce sens qu'il est écrit : « Et tu l'honoreras » - par quoi honoreras-tu le Chabbat, si l'on te demande de ne pas dépenser sans mesure ? « Tu l'honoreras » : en veillant à ne pas t'y quereller. Car il n'y a aucun honneur pour le Chabbat à être en conflit avec sa propre épouse.
Et parfois, la situation est inverse : la femme demande qu'il achète, et le mari n'achète pas. Il y a malheureusement des maris avares, et la dispute dans le foyer porte alors sur ce point précis - elle demande, et lui prétend que ce n'est pas nécessaire, que les enfants ne mangent pas, qu'il est dommage de jeter, qu'il est dommage de dépenser, que c'était cher et que cela vient tout juste de se terminer. Il a toujours des prétextes pour ne pas acheter, l'essentiel étant de ne pas dépenser d'argent. D'un autre côté, il existe la situation inverse, où c'est lui qui veut acheter et rapporter des provisions, tandis que sa femme lui fait remarquer qu'ils n'en ont pas les moyens - il est alors préférable qu'il réduise ses dépenses. Et où réside l'honneur du Chabbat ? L'honneur du Chabbat consiste à préserver la maison de toute querelle. C'est cela aussi, l'honneur du Chabbat.