Introduction : la royauté terrestre comme métaphore de la Royauté céleste
Les versets qui s'ouvrent devant nous semblent traiter de la conduite des rois de chair et de sang : ce qui leur répugne, ce qu'ils désirent, ce qui survient lorsqu'ils s'emportent et ce qui advient lorsque leur visage s'illumine. Cependant, comme nous l'enseignent les Richonim et les commentateurs, tout cela n'est qu'une parabole. Le roi évoqué dans ces versets représente aussi le Roi des rois, le Saint béni soit-Il, et la relation d'un peuple avec son souverain préfigure celle qui nous unit au Créateur du monde. Suivons l'ordre des versets pour découvrir comment chacun d'eux nous ouvre une voie dans le service divin ('Avodat Hachem).
Verset 12 : Une royauté exempte d'iniquité
תּוֹעֲבַת יְהֹוָה... תּוֹעֲבַת מְלָכִים עֲשׂוֹת רֶשַׁע כִּי בִצְדָקָה יִכּוֹן כִּסֵּא׃ - Commettre l'iniquité est une abomination pour les rois, car c'est par la justice que s'établit un trône.
Rachi explique : « Commettre l'iniquité est une abomination pour les rois » - il est odieux et indigne pour des juges de commettre une injustice. Chez Rachi également, nous constatons que les « rois » ne doivent pas être compris au sens littéral, mais désignent ici les juges (dayanim).
Rabbénou Yona explique que le Saint béni soit-Il affermit le trône des rois en fonction des bonnes actions qu'ils accomplissent. Les événements du Printemps arabe en témoignent : lorsque les souverains sont malfaisants et corrompus, leur trône vacille jusqu'à ce qu'ils s'effondrent. Il y a là un autre enseignement : si les rois de la terre ont en abomination la pratique du mal, à plus forte raison le Roi des rois, le Saint béni soit-Il, réprouve-t-Il toute injustice.
Le Gaon de Vilna explique : quand une royauté est-elle considérée comme noble, éminente, intègre et respectable ? Lorsqu'elle est fondée sur la justice et le droit. Alors sa souveraineté s'élève et grandit, et tous en font la louange. En revanche, un pouvoir empreint de fraude, de mensonge, de manigances, de pots-de-vin et de déni de justice n'est qu'une « république bananière » : celui qui verse un peu plus d'argent obtient sous la table tout ce qu'il désire du dirigeant, lequel accapare les trésors de l'État, détourne des millions vers des comptes bancaires, dans un climat d'imposture et de fausseté. Un tel régime est méprisable. Ainsi, lorsque le peuple se conduit avec droiture et équité, on reconnaît la dignité de ce royaume ; mais lorsque l'iniquité s'y installe, cela répugne au roi, car il sait combien cela nuit au prestige de son règne dans le monde, et il veille donc à bannir toute mauvaise action de ses terres.
Le Gaon de Vilna ajoute une autre explication : « Commettre l'iniquité est une abomination pour les rois » - il leur répugne de commettre eux-mêmes le mal. Lorsqu'un roi dispense bienveillance et générosité envers tous, le peuple le sert volontiers et il devient un souverain aimé et respecté. En revanche, un roi corrompu suscite le dégoût et la haine, provoquant sans cesse des soulèvements d'opposants cherchant à le renverser. Il a donc en horreur de commettre l'injustice et le mal, afin de ne point s'attirer l'animosité de ses sujets.
Le Malbim précise : la voie pour établir un royaume repose sur une justice équitable entre les hommes, assurant ainsi la solidité de la royauté dans la droiture. Mais pour asseoir durablement ce pouvoir à travers les générations, cela ne suffit pas ; il faut également la Tsedaka et les bonnes œuvres, qui insufflent une vitalité pérenne à la royauté. C'est le sens de : l'affermir par le droit - la justice dans les relations interpersonnelles pose les fondements adéquats du royaume ; et la soutenir par la bienfaisance - pour qu'elle s'appuie sur des bases solides au fil des ans. Dès lors, « commettre l'iniquité est une abomination pour les rois » : la méchanceté, antithèse de la Tsedaka, est odieuse aux yeux des souverains avisés car elle ruine le royaume ; non seulement elle empêche son maintien à long terme, mais elle ne saurait le faire subsister même un court instant - « car c'est par la justice que s'établit un trône », seule la Tsedaka permet à son trône de perdurer à jamais.
Verset 13 : Lèvres de droiture et langage intègre
רְצוֹן מְלָכִים שִׂפְתֵי־צֶדֶק וְדֹבֵר יְשָׁרִים יֶאֱהָב׃ - Les lèvres de droiture ont la faveur des rois, et celui qui parle avec rectitude est aimé.
Lorsque des personnes cherchent à juger leur prochain favorablement (limoud zekhout) et tiennent des propos d'intégrité et de vérité, le roi les chérit, car aucun souverain n'apprécie d'entendre des calomnies sur son propre royaume. Et comme nous l'avons souligné, cela s'applique éminemment au Saint béni soit-Il. L'exemple familial nous éclaire sans doute encore davantage : qu'y a-t-il de plus pénible pour des parents que d'entendre « Papa, il m'a fait ceci », « Maman, il m'a pris cela », « Il m'a tapé » ? Et que préfèrent-ils par-dessus tout ? Voir régner l'amour, la fraternité, la paix et la concorde entre leurs enfants : qu'un enfant remarque un manque chez son frère et vienne y pourvoir de son propre bien, qu'ils s'entraident, se soutiennent et partagent mutuellement. Cette image illustre combien il est précieux aux yeux d'Hachem que nous nous entraidions et nous soutenions les uns les autres, et à quel point les divisions, les querelles et le lachon hara Lui sont insupportables et détestables.
C'est pourquoi la transgression la plus grave de la Torah est le lachon hara, qui équivaut à l'idolâtrie, aux unions interdites et au meurtre réunis - parce qu'il engendre la division. La génération d'Achav partait au combat et l'emportait, pourquoi ? « Ephraïm est attaché aux idoles, laisse-le » : il n'y avait pas de délateurs parmi eux. En revanche, la génération de Chaoul partait à la guerre et tombait, pourquoi ? Parce qu'il y avait des délateurs parmi eux : « Lorsque les Ziphites vinrent dire à Chaoul : David ne se cache-t-il pas parmi nous ? », la colline de Hakhila, les hommes de Keïla et d'autres encore ; il y avait parmi eux des dénonciateurs, des propagateurs de lachon hara.
Dès lors, combien grande est la faveur royale (« ratson melakhim »), combien grande est la bienveillance devant le Roi des rois, lorsqu'il y a des lèvres de justice, que l'homme s'exprime avec droiture, défend Ses enfants et sait trouver le bien au sein du peuple d'Israël. Mais attention à ne pas s'y méprendre : chercher le bien en Israël ne signifie pas que, lorsqu'une réprimande est nécessaire, on doive venir caresser dans le sens du poil et s'exclamer : « Vous êtes des tsaddikim, vous êtes droits ! » - au contraire, ce serait de la perversité et de la flatterie déplacée, et cela est rigoureusement interdit. Voyez Yéchayahou, quelles paroles percutantes il a prononcées dans sa prophétie : « Tes princes sont des rebelles et les complices des voleurs, tous aiment les présents et courent après les pots-de-vin » - comme si cela avait été écrit à notre époque ! Quand il fallait réprimander, il employait des mots durs.
Pourtant, Eliahou s'est vu demander des comptes. Pourquoi ? Parce qu'il s'est présenté devant le Saint, béni soit-Il, en disant : Maître du monde, ils ont abandonné Ton alliance ! Le Saint, béni soit-Il, lui a répondu : Si tu étais allé trouver le peuple pour lui dire : « Vous avez abandonné l'alliance d'Hachem », au contraire, tu aurais trouvé grâce à Mes yeux, car tu serais allé réprimander Mon peuple ; mais venir Me dire que Mes enfants ne sont pas dignes, c'est de la délation contre Mes fils ! C'est pourquoi il fut enjoint d'assister à chaque brit mila, pour constater que le peuple d'Israël observe bel et bien l'alliance d'Hachem. Il s'ensuit donc que « les lèvres de justice sont la faveur des rois » : les hommes doivent parler favorablement les uns des autres et plaider en leur faveur. Et ceux qui s'expriment toujours avec intégrité et justesse, non seulement ils attirent la bienveillance, mais ils sont véritablement aimés du Maître du monde.
Le Malbim explique : le terme « tsédek » (justice), comme il l'a déjà précisé, relève du jugement, c'est-à-dire une justice rigoureuse et non dévoyée au tribunal, à l'image du verset : « Il jugera les pauvres avec justice ». Telle est la faveur des rois, car c'est pour faire régner la justice qu'Hachem a intronisé le roi ; c'est pour cette raison qu'on l'a couronné, afin d'appliquer un droit intègre et équitable. Mais il existe un degré plus élevé encore, qui est la droiture (« yocher ») : « et celui qui parle avec droiture sera aimé ». La droiture se situe au-delà de la stricte justice, comme dans « afin que tu marches sur la voie des gens de bien », ce qui dépasse la lettre de la loi et relève du « lifnim michourat hadin » (au-delà des exigences strictes du droit). Ici, le texte emploie précisément le mot « aimera » : la volonté du roi est certes que règne une stricte justice, mais quiconque agit en deçà du strict droit devient véritablement aimé d'Hachem. Quant au mot « yécharim », il désigne des propos de droiture, suivant la même forme grammaticale que « bekarim » dérivé de « boker ».
Verset 14 : La fureur du roi et l'homme sage qui l'apaise
חֲמַת־מֶלֶךְ מַלְאֲכֵי־מָוֶת וְאִישׁ חָכָם יְכַפְּרֶנָּה׃ - La fureur du roi est comme des messagers de mort, mais un homme sage sait l'apaiser.
Rachi commente : lorsque le roi s'emporte, sa fureur est semblable à des émissaires de mort. En d'autres termes, prépare-toi, une telle colère entraîne des conséquences fatales, des têtes s'apprêtent à tomber ! Mais « un homme sage sait l'apaiser » : l'homme sage sait comment amadouer le souverain et dissiper son courroux.
Rabbénou Yona explique que ce verset vient nous instruire au sujet du Roi de l'univers. Prends garde : si tu provoques l'indignation du Maître du monde, tu susciteras, à Dieu ne plaise, des anges de mort, et tu créeras une situation où le Saint, béni soit-Il, pourrait envoyer le Satan pour régler les comptes. Car lorsqu'il y a un courroux divin, les conséquences et l'impact sont inéluctables. Cela doit nous enseigner la crainte d'Hachem : si face à la colère d'un roi de chair et de sang, chacun sait immédiatement garder ses distances et ne pas s'approcher de son périmètre, ignorant comment les choses tourneront - à plus forte raison face à la fureur du Souverain de l'univers, qui porte en elle des messagers de mort ! Comment dès lors ne pas Le craindre, Lui et Son courroux ?
On en trouve une parfaite illustration chez Assuérus (Achachveroch). Lorsqu'il s'éveilla au matin et se souvint de Vachti et de ce qu'elle avait fait, qui lui conseilla de faire chercher de jeunes vierges d'une grande beauté ? « Les jeunes serviteurs du roi » : les garçons qui lui apportaient sa tasse de café, ceux qui lui mettaient ses chaussures ! Était-ce là des conseillers ? Tout souverain dispose d'un conseil attitré, or ici, ce sont des valets qui le conseillent. Et leur conseil est typique d'adolescents frivoles, comme l'explique le Malbim : oublie la noblesse, oublie le sang bleu, le plus important est qu'elle soit belle ! Qui raisonne ainsi ? Un jeune sans maturité. Un homme important, un roi, comprend qu'une reine doit être issue de son rang, quelqu'un dont la présence en société ne le fera pas rougir. Mais pourquoi le roi se retrouvait-il entouré de ses seuls valets, et où étaient donc passés ses conseillers ? Le Malbim précise : après avoir constaté à quel point ce roi était versatile, ayant exécuté son épouse sur un coup de tête, et ayant de surcroît modifié la législation perse pour décréter que le souverain pouvait désormais exécuter qui bon lui semblait sans l'aval des ministres ni débat en assemblée, devenant l'unique arbitre - les ministres comprirent qu'il y avait danger de mort et prirent leurs distances : « Aujourd'hui je suis malade, je ne viens pas ». Va savoir, un mot de travers et il pourrait ordonner mon exécution immédiate ! C'est ainsi que le roi se retrouva seul avec ses serviteurs, et que ce furent eux qui le conseillèrent. Voilà précisément l'illustration de l'enseignement de Rabbénou Yona : si devant un roi de chair et de sang en colère, les gens sont saisis d'effroi et prennent le large, à plus forte raison doit-il en être ainsi face au courroux du Roi de l'univers.
« Mais un homme sage sait l'apaiser » : dans le sens allégorique (nimchal), il s'agit de l'éminence de la sagesse, qui n'est autre que la Torah. C'est par la Torah et l'accomplissement des mitsvot que l'on parvient à expier et apaiser. Au sens littéral (machal), lorsqu'un homme sage se présente et trouve grâce aux yeux du roi, il parvient à calmer sa colère. De même dans la parabole : Hachem dispense la sagesse, de Sa bouche émanent connaissance et discernement, et la sagesse réside dans l'étude de la Torah et la pratique des commandements. Un homme sage qui se consacre à la Torah, un tsaddik craignant Dieu, saura apaiser le courroux divin. À l'instar de Moché Rabbénou, qui s'est dressé sur la brèche à plusieurs reprises, et des autres maîtres d'Israël qui, en prenant la défense de leur peuple, ont sauvé le peuple juif.
Qu'est-ce que la « kapara » (expiation) : nettoyer
Il convient de savoir que le sens profond de « lekhaper » (expier) est de nettoyer. Yom Kippour est le véritable jour du grand nettoyage, bien que certains s'imaginent qu'il s'agit de Pessa'h ! « Et il expiera (vekhiper) pour lui et pour sa maison » signifie qu'il a nettoyé les fautes pour lui et pour sa maison. On retrouve également cette notion dans le langage de nos Sages : « Le Saint, béni soit-Il, a voulu détruire Sa maison et a voulu essuyer Ses mains sur cet homme » - comme si, après avoir détruit Son Sanctuaire, Ses mains s'étaient salies et qu'Il les essuyait sur l'homme qui a causé cette ruine ; « lekhapori yédé » signifie précisément essuyer. Il en va de même pour les coupes du Temple, où le Cohen « essuyait sa main » (mekhaper yado) sur le bord du bassin de réception du sang, c'est-à-dire qu'il s'essuyait le sang des mains. Par conséquent, « un homme sage sait l'apaiser (yekhaperéna) » signifie qu'il nettoie les fautes d'Israël en plaidant en leur faveur, par l'étude de la Torah et par le mérite des mitsvot qu'il détient.
Le Gaon de Vilna explique : lorsque le roi s'irrite, sa fureur est faite d'anges de mort, car il envoie des émissaires pour exécuter la sentence, et l'homme sage, par sa sagesse, l'apaise. Il en va de même en Haut : lorsque montent l'ardente colère et le courroux du Saint, béni soit-Il, ce n'est pas une réalité distincte de la mort - Son courroux est la mort elle-même. Mais lorsqu'il se trouve un homme sage, parce qu'Hachem aime le sage et le tsaddik, lui vient en aide et le soutient, il l'apaise. Le Gaon de Vilna ajoute que la seule vue du sage est déjà salutaire : Il ne réveille pas toute Sa fureur. C'est le sens de ce qui est écrit lors de l'épidémie, « et Aharon vint et fit l'expiation pour le peuple » - par la simple venue d'Aharon, lorsqu'Hachem l'a vu, Son courroux s'est apaisé.
À ce propos, le Midrach rapporte la parabole d'un roi : lorsqu'il était en colère, on faisait entrer son petit enfant devant lui. Le roi est debout dans sa colère, et soudain on amène ce petit bout si mignon - et aussitôt : « Mon chéri, mon trésor adoré ! », il le prend, l'enlace, l'embrasse et oublie toute sa colère et son ressentiment. Ainsi, dit le Midrach, en va-t-il avec le Saint, béni soit-Il : lorsqu'Il est irrité et que le sage se présente devant Lui, Hachem voit le sage, le tsaddik, l'homme aux multiples mitsvot, aux mérites éminents et au dévouement total pour Son service - et par cela, pour ainsi dire, Il s'apaise et oublie Sa colère et Son courroux.
La différence entre « 'héma » (fureur) et « af » (colère)
Le Malbim explique que la 'héma (la fureur) est enfouie dans le cœur, et lorsqu'elle se manifeste au-dehors, elle devient af (la colère). Nous l'avons déjà expliqué à plusieurs reprises : le af est extérieur, tandis que la 'héma est intérieure. La fureur couve au-dedans, bouillonne peu à peu, puis, quand tout jaillit, cela sort par le nez : « Car un feu s'est allumé dans Ma narine » (af). On voit le visage s'empourprer, les narines fumer, tel un lance-flammes. C'est déjà la manifestation extérieure de la fureur intérieure.
Ceux qui s'en souviennent savent que c'est ainsi que nous avons aussi expliqué le verset de la Meguilat Esther : « Le roi entra dans une grande fureur (vayiktsof) et son courroux s'enflamma en lui (va'hamato ba'ara vo) ». Là aussi, le Malbim explique que le ketsef (l'emportement) est extérieur - semblable à l'écume sur l'eau - tandis que la 'héma est intérieure. Or, l'ordre semble a priori inversé : l'homme commence par bouillonner intérieurement avant d'exploser, comme un volcan qui connaît une activité sismique jusqu'à l'éruption, et il aurait donc fallu dire « et son courroux s'enflamma en lui, et le roi entra dans une grande fureur ». Le Malbim explique (comme cela est développé plus longuement dans les cours sur la Meguilat Esther) qu'A'hachvéroch avait un plan méthodique pour instaurer un pouvoir absolu sur la Perse et la Médie, sans dépendre des ministres ni de quiconque. Quand ce dessein a échoué, il ne pouvait pas se permettre de manifester trop ouvertement sa colère, car on aurait alors compris qu'il y avait là un projet secret ; c'est pourquoi l'essentiel de sa fureur est demeuré intérieur - « et son courroux s'enflamma en lui ». Il rongeait son frein de rage intérieure parce qu'il avait presque réussi et que Vachti avait déjoué ses plans, sans que personne ne se doute à quel point il bouillait au fond de lui-même.
Pour en revenir à notre verset : la « fureur du roi » ('hamat melekh) est celle qui couve dans le cœur, et les « anges de mort » (malakhei mavet) sont sa manifestation lorsqu'il se venge. La colère d'un homme du commun, dit le Malbim, n'est pas si dangereuse : que peut-il bien faire ? Il va s'énerver, s'emporter, maudire ; mais la crainte du pouvoir s'impose encore à lui, il craint la police ou la justice. Mais si c'est le roi qui est en colère, vous êtes perdu. Qui est au-dessus de lui ? Qui oserait lui dire ce qu'il doit faire ? C'est pourquoi « la fureur du roi, ce sont des anges de mort » : attention, c'est redoutable, c'est une situation critique. Le Malbim ajoute : car dans sa fureur, il sème la ruine - en un instant, il peut décider d'anéantir un village entier. On l'a vu lors de Septembre noir, et on l'a vu avec Assad le père lorsqu'une révolte a éclaté contre lui dans la ville de Hama, où il a déversé sa rage et fait usage d'armes chimiques. Et « le fils suit les pas du père » (bera kara de'avouha) : le fils a retenu la leçon paternelle et sait détruire encore plus impitoyablement. Quand le roi est en colère, malheur, le désastre est immense et les victimes nombreuses. Il faut alors un homme sage qui sache, par sa sagesse, sauver les habitants, réparer la faute et détourner la fureur.
Verset 15 : Dans la lumière du visage du roi est la vie
בְּאוֹר־פְּנֵי־מֶלֶךְ חַיִּים וּרְצוֹנוֹ כְּעָב מַלְקוֹשׁ׃ - Dans la lumière du visage du roi est la vie, et sa faveur est comme un nuage de pluie printanière.
Le 'av est le nuage porteur du malkoch (la pluie printanière tardive), ce qui signifie que la bénédiction et l'abondance reposent sur cet homme. Rabbénou Yona explique que « la lumière du visage du roi » signifie qu'Hachem lui montre un visage bienveillant. Et « sa faveur » (ou-retsono) : lorsqu'Hachem agrée l'un de Ses serviteurs, le bienfait qui en découle pour ce serviteur fait partie intégrante de ce bon vouloir divin et ne fait aucun doute. C'est pourquoi le verset ne dit pas que ce bienfait viendra dans l'avenir, mais qu'il est déjà là. « Et sa faveur est comme un nuage de pluie tardive » - de même que lorsqu'il y a un nuage dense, la pluie s'y trouve déjà ; point n'est besoin de prier pour qu'il contienne de la pluie (on priera tout au plus pour qu'elle tombe ici et non en Jordanie), car cela est déjà contenu en lui. Ainsi, dès lors que le Saint, béni soit-Il, accorde Sa faveur à l'homme, rien de plus n'est nécessaire : la délivrance est déjà là, la bénédiction est déjà là, l'abondance est déjà là.
Dès lors, dans la faveur divine à mon égard est déjà comprise toute l'abondance que je dois recevoir. Et c'est là l'essentiel de ce vers quoi l'homme doit tendre : « Et Toi, dans Tes immenses miséricordes, désire-nous et agrée-nous » - que j'obtienne la faveur d'Hachem, qu'Il ne me dise pas : « Je t'ai pris en dégoût ». C'est exactement ce qu'enseigne le Rambam au sujet du pécheur qui a fait téchouva : hier encore, il était haï, méprisé, rejeté et en abomination devant Hachem, et aujourd'hui le voilà aimé, précieux et proche ; hier, il priait et l'on rejetait sa prière à son visage, et aujourd'hui, il prie et sa prière est agréée. Dès lors qu'il y a le ratsone (la faveur divine), tout y est déjà inclus, comme ce nuage lourd qui renferme déjà la pluie en son sein.
En fait, Rabbénou Yona ne s'attarde pas à détailler pourquoi il s'agit précisément du malkoch ; il semble l'employer comme un terme général désignant la pluie, sans entrer dans la question du moment où le malkoch survient ni de la différence qui le sépare du yoreh (la première pluie d'automne). Son idée est : tel un nuage qui apporte la pluie. Tout comme celui qui a ses entrées auprès du roi et bénéficie de sa faveur a tout pour lui, de même, à l'image d'un nuage où la pluie est déjà prête, quand Hachem vous agrée, vous avez tout. Cependant, les autres commentateurs, comme nous allons le voir immédiatement, s'attachent bien à expliquer pourquoi le texte emploie précisément le mot malkoch, et non 'av guéchem (nuage de pluie) ou 'av yoreh (nuage de première pluie).
Explication du Gaon de Vilna : Torah et prière
Le Gaon de Vilna explique que « dans la lumière de la face du roi » signifie lorsque le roi est joyeux. Quand le roi est réjoui - il y a la vie, il y a l'abondance, il y a la bénédiction, il donne et dispense ses bienfaits. En revanche, lorsque le roi est irrité, malheur à son peuple ; voyez ce qui est arrivé au peuple syrien (bien que même lorsqu'il était de bonne humeur leur sort n'était guère enviable, c'était tout de même bien préférable aux moments de fureur). Et lorsque le roi manifeste sa bienveillance, il est pour son peuple « comme un nuage de pluie tardive ». Et qu'est-ce que le malkoch (la pluie tardive) ? C'est l'averse qui tombe au mois de Nissan, la dernière des pluies de la saison, qui possède une vertu singulière : elle s'abat sur des céréales déjà mûres, et ces dernières ondées apportent un immense bienfait en achevant la récolte. De même, la faveur dont le roi gratifie son peuple est aussi précieuse que cette pluie de fin d'hiver tombant sur les épis mûrs pour parfaire et hâter leur maturation.
Mais à quoi ces paroles font-elles référence ? Le texte ne cherche évidemment pas à décrire les simples relations avec un monarque terrestre, mais plutôt, comme l'explique Rabbénou Yona, le lien intime qui nous unit au Créateur du monde. Le Gaon de Vilna enseigne : il y a la Torah et il y a la prière (la Tefila). La Torah est la lumière intérieure du Roi, car « le Saint, béni soit-Il, la Torah et Israël ne font qu'un », et comme nous le disons dans nos prières : « Car c'est par la lumière de Ta face que Tu nous as donné... » - et que nous as-Tu donné par la lumière de Ta face ? La Torah. Il apparaît ainsi que « la lumière de la face du Roi » désigne la Torah, l'intériorité même du Roi. Et « Sa faveur » (retsono) désigne la prière, car comment suscite-t-on la bienveillance du Roi ? En Lui adressant des supplications.
Celui qui a mérité « la lumière de la face du Roi », qui a eu le privilège de s'attacher à l'étude de la Torah, accède à « la vie », car elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent. Et celui qui accomplit la volonté du Roi par la prière, ainsi que par la pratique des mitsvot - ce qu'on appelle également faire la volonté du Roi -, cela équivaut à être « comme un nuage de pluie tardive ». Et quelle différence y a-t-il entre les deux ? Au sujet de la prière, il est dit qu'elle relève de la vie temporelle ('hayé cha'ah), alors que la Torah relève de la vie éternelle ('hayé 'olam). C'est ainsi que la Guémara rapporte l'histoire d'un sage qui, voyant ses maîtres interrompre leur étude pour aller prier, s'exclama : « Ils délaissent la vie éternelle pour s'adonner à la vie temporelle ! » Au sens littéral : par la prière, l'homme sollicite des nécessités d'ici-bas - la subsistance, la santé, etc. -, tandis que par la Torah, vouée au monde futur, il édifie ses demeures célestes.
Toutefois, le Gaon de Vilna apporte un autre éclairage : qualifier la prière de « vie temporelle » ('hayé cha'ah) signifie que l'effet salutaire de cette heure ne se concrétise qu'à l'issue du temps, à la fin ; alors que la rétribution de la Torah relève dès à présent de la « vie éternelle ». La récompense d'une mitsva n'existe pas en ce monde-ci, mais la Torah fait partie des actions dont l'homme cueille les fruits en ce monde tout en conservant le capital intact pour le monde futur. La Torah est éternelle, et l'on ne saurait dire à son sujet : « Tu ne recevras ton salaire qu'à la fin », car l'éternité implique une permanence de tous les instants, y compris maintenant. C'est pourquoi elle porte des fruits dès ce monde-ci : « De qui tient-il sa sagesse et sa sagacité ? », on tire de lui conseil et ressource, « À moi le conseil et la prévoyance, à moi la force » - tant de bienfaits découlent de l'étude de la Torah dès ici-bas.
En revanche, la prière relève de la vie temporelle, et cette heure d'exaucement se manifeste à la fin. Et quand en perçoit-on la récompense ? « Comme un nuage » - quelle pluie ce nuage dispense-t-il ? Le malkoch, l'ultime pluie de la fin. Remarquez donc bien : « Dans la lumière de la face du roi est la vie » - dès à présent, car la lumière du Roi est la Torah, source de vie dès ce monde-ci. Mais pour « et Sa faveur », lorsque vous accomplissez Sa volonté par la prière et les mitsvot - sachant qu'il n'y a pas de salaire pour les mitsvot ici-bas -, quand recevrez-vous cette récompense ? Comme ce nuage qui apporte la pluie tardive, à la fin seulement - à votre arrivée dans la vie du monde futur.
Trois étapes : fureur, apaisement et éclat du visage
Le Gaon de Vilna explique également que notre verset s'inscrit dans la continuité directe du précédent. « La fureur du roi est messagère de mort, mais l'homme sage saura l'apaiser » : dès lors que l'homme sage a apaisé cette fureur, c'est-à-dire qu'il a su désamorcer le courroux royal - sachant quelle approche adopter et comment convaincre -, les messagers de mort se retirent. Et à la suite de leur départ, que se produit-il ? La lumière de la face du Roi se remet à briller. La colère dissipée, on retrouve la vie, qui est l'exact contraire de la mort.
Il s'ensuit qu'il y a là trois étapes bien distinctes : au départ survient la fureur du roi, porteuse de mort, car dans un accès de colère le souverain peut tout anéantir d'un coup. Vient ensuite « l'homme sage saura l'apaiser », qui réussit à calmer l'emportement et à effacer le courroux royal. Enfin, en conséquence, « dans la lumière de la face du roi est la vie » - si la fureur du roi semait la mort, la clarté de son visage apporte la vie. Et si l'on ne se contente pas de cela, mais que l'on parvient également à s'attirer la faveur du Roi en se pliant à Sa volonté, on accède alors à ce qui est « comme un nuage de pluie tardive ».
En conclusion :
Ces quatre versets brossent le tableau d'une royauté humaine accomplie, derrière laquelle transparaît la Royauté des Cieux. « Faire le mal est en abomination aux rois » - la justice fonde la royauté et l'équité assure sa pérennité, tandis que l'iniquité la ruine dans ses fondations. « Les lèvres justes ont la faveur des rois » - le roi recherche celui qui parle avec droiture et plaide pour le bien d'autrui, chérissant par-dessus tout l'homme intègre qui agit au-delà du strict devoir ; les querelles et la médisance lui font horreur. « La fureur du roi est messagère de mort » - un courroux intérieur qui, lorsqu'il éclate, met les âmes en péril ; seul un homme sage, pénétré de Torah et de mitsvot, sait apaiser, réparer et détourner cette fureur. Et quand la colère s'éteint - « dans la lumière de la face du roi est la vie » : la Torah octroie la vie dès maintenant par sa nature éternelle, tandis que la prière et les mitsvot portent leur récompense comme ce nuage de pluie tardive, qui survient au terme du cycle pour achever la moisson. Et par-dessus tout : « Et Toi, dans Ton immense miséricorde, Tu nous désireras et Tu nous agréeras » - car dans la bienveillance divine envers l'homme sont déjà contenues toutes les bénédictions et toute l'abondance.