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Chapitre 16 - Les desseins du cœur et la réponse de la langue - Partie 9

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Introduction

Le chapitre 16 de Michlé traite, entre autres, de la royauté : de la puissance du roi, de son courroux et de sa fureur, de sa bienveillance et de la lumière de son visage. À travers les paraboles du roi de chair et de sang, Chlomo nous instruit également sur le véritable Roi, le Roi des rois, et sur la manière d'obtenir Sa faveur. Dans ce passage, nous nous pencherons sur trois versets : la fureur du roi et la lumière de sa face, l'acquisition de la sagesse et du discernement, ainsi que la voie des hommes droits (Messilat Yécharim), dont le Ramchal s'est inspiré pour donner le titre de son célèbre ouvrage.

Fureur du roi et lumière de sa face
חֲמַת־מֶלֶךְ מַלְאֲכֵי־מָוֶת וְאִישׁ חָכָם יְכַפְּרֶנָּה׃ (יד) - La fureur du roi est comme des messagers de mort, mais l'homme sage sait l'apaiser.
בְּאוֹר־פְּנֵי־מֶלֶךְ חַיִּים וּרְצוֹנוֹ כְּעָב מַלְקוֹשׁ׃ (טו) - Dans la lumière de la face du roi est la vie, et sa bienveillance est comme un nuage portant la pluie tardive.

Que signifie l'expression « כְּעָב מַלְקוֹשׁ » (comme un nuage de pluie printanière) ? Le Malbim nous renvoie à un verset du chapitre 19 : « Le rugissement du lionceau, tel est le courroux du roi ; et sa bienveillance est comme la rosée sur l'herbe ». Là-bas, le texte parle du « courroux du roi » (זַעַף מֶלֶךְ), alors qu'ici, il mentionne la « fureur du roi » (חֲמַת מֶלֶךְ), et il existe une différence majeure entre les deux. Le courroux (za'af) est un degré inférieur à la fureur ('hama). « Il rentra chez lui sombre et courroucé » : c'est l'homme contrarié, aigri intérieurement par un événement précis. La 'hama, en revanche, est un échauffement, une véritable ébullition intérieure. Et la colère (af) survient lorsque cette ébullition produit de la vapeur vers l'extérieur, lorsque la fureur éclate ouvertement. Le courroux n'est que la première étape.

Qu'enseigne le courroux ? Un simple agacement de ma part suffit pour que je refuse d'accéder à ta requête. Ne t'approche pas de moi, ne cherche pas à obtenir mes faveurs. C'est la raison pour laquelle le texte emploie précisément le mot « kfir » (lionceau) : la nature du kfir est d'attendre dans son repaire qu'une proie passe pour s'en saisir, à la différence du lion adulte qui part au loin en quête de son gibier. Le lionceau est encore vulnérable, c'est pourquoi il guette dans sa tanière. Il en va de même pour le roi courroucé : il ne sort pas pour frapper, mais il ne faut pas se présenter devant lui pour solliciter des faveurs, car il n'est pas disposé à les accorder. Il ne te poursuit pas et ne cherche pas à t'abattre ; il est seulement de mauvaise humeur. Par la suite, lorsque son bon vouloir revient, il répand à nouveau sa bonté - « et sa bienveillance est comme la rosée sur l'herbe », pareille à la rosée féconde qui humecte la végétation.

À la lumière de cela, on comprend notre verset. La « fureur du roi » ne se résume pas à un simple « courroux ». Lorsqu'il y a fureur, « la fureur du roi est comme des messagers de mort » : le souverain ne reste plus assis à l'écart comme un lionceau guettant le passage d'une proie, et il ne se contente plus de te priver de ses bienfaits ; il envoie des émissaires à tes trousses pour te capturer. Dès lors, n'importe qui ne saurait intervenir pour calmer la situation. Il faut impérativement qu'« un homme sage sache l'apaiser » - une personnalité d'une grande sagesse, capable de désamorcer cet engin explosif, faute de quoi tout saute.

Et si, après être resté longtemps sous le coup de la fureur, sa bienveillance renaît enfin - « sa bienveillance est comme un nuage de pluie tardive ». Telle une pluie longtemps retenue qui finit par arroser et rassasier la terre, le malkoch désignant les pluies du mois de Nissan. Tout ce qui n'a pas été accordé durant l'hiver se trouve à présent dispensé avec abondance. C'est ainsi que la faveur du roi te reviendra, une fois que le sage aura réussi à apaiser son courroux.

Acquérir la sagesse est bien plus précieux que l'or
קְנֹה־חׇכְמָה מַה־טּוֹב מֵחָרוּץ וּקְנוֹת בִּינָה נִבְחָר מִכָּסֶף׃ (טז) - Acquérir la sagesse, combien cela vaut mieux que l'or pur ! Et acquérir le discernement est préférable à l'argent.

Rabbénou Yona rattache ce verset au précédent : nous venons de voir combien il est indispensable de bénéficier de la faveur du Roi. C'est à ce propos que Chlomo vient nous enseigner comment s'attirer cette bienveillance. « Et il obtient la faveur d'Hachem » - par quel biais ? Avec de l'argent ? Avec de l'or ? Auprès d'Hachem, on ne saurait obtenir Sa grâce ni avec de l'argent ni avec de l'or, car il est dit : « À Moi appartient l'argent et à Moi l'or, parole d'Hachem ». C'est uniquement par la force de la sagesse, c'est-à-dire par l'étude assidue de la Torah.

On peut comprendre cela tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel. Chez un roi de chair et de sang, en particulier dans les temps anciens, le souverain possédait d'immenses richesses. Vous désirez trouver grâce à ses yeux ? Vous n'allez pas vous présenter devant lui pour lui offrir cent mille dollars : que pourriez-vous bien lui apporter, alors qu'il est multimillionnaire et qu'il n'existe pas assez de banques au monde pour contenir sa fortune ? En revanche, si le roi trouve plaisir en votre compagnie parce que vous êtes sage et perspicace, cela lui agrée, et vous devenez son conseiller, son proche et son confident. Il en va exactement de même avec le Roi spirituel, le Saint, béni soit-Il, le Roi des rois : que pourriez-vous Lui offrir pour obtenir Sa faveur ? Vous n'avez rien à Lui donner, si ce n'est : « Acquérir la sagesse, combien cela vaut mieux que l'or pur ! » - l'acquisition de la Torah est supérieure à l'or ; « et acquérir le discernement » - déduire une chose d'une autre - « est préférable à l'argent ». Car qui a-t-on vu apaiser la fureur du roi, calmer sa colère et obtenir sa bienveillance ? L'homme sage.

La sagesse et le discernement - de quoi s'agit-il ?

Le Malbim explique ce verset selon la ligne directrice qu'il suit tout au long du livre. La sagesse ('hokhma) désigne les enseignements reçus par tradition de la Torah et des Prophètes : comment se comporter dans le domaine des traits de caractère, ce qui est convenable et ce qui ne l'est pas, ce qui est droit et ce qui ne l'est pas. Nous avons déjà mentionné que la sagesse ne repose pas sur des preuves logiques irréfutables, car pour une même action, une personne dira qu'elle est honorable et une autre prétendra qu'elle ne l'est pas. C'est pourquoi la sagesse est toujours reçue par tradition : il faut la recevoir d'autrui. Si l'on veut faire preuve de miséricorde, il faut être miséricordieux selon la Torah, sinon on s'exposerait au reproche : « Ne sois pas juste à l'excès », pour finir, lorsqu'on deviendra impie, par l'être à l'excès. Savoir quand être miséricordieux, envers qui, et quelle est la conduite appropriée, cela ne provient que du Saint, béni soit-Il. Telle est la sagesse.

Et le discernement (bina) ? C'est déduire une chose d'une autre. Après avoir reçu les règles de la sagesse, on en vient à examiner toutes sortes de cas particuliers : ceci est-il également convenable ou non ? Comment le savoir ? Le Saint, béni soit-Il, dit : Je t'ai transmis les principes généraux, et le discernement, tu le possèdes déjà : réfléchis et déduis une chose à partir d'une autre. Si tel acte n'est pas convenable, à plus forte raison tel autre ne l'est pas non plus. Comme nous l'avons déjà mentionné : il n'est écrit nulle part qu'il est interdit de poser un chat sur un Sefer Torah, et le Choul'han Aroukh ne stipule pas : « On ne posera pas de chat sur un Sefer Torah ». Et pourtant, nous savons pertinemment qu'il s'agit d'un outrage. D'où le sait-on ? Par le discernement, en déduisant une chose d'une autre : s'il est interdit de toucher un Sefer Torah à mains nues en raison de son honneur et de sa sainteté, à plus forte raison ne doit-on pas y poser un animal, qui est inférieur à l'homme. C'est là un exemple simple de discernement, et il en va de même dans tous les domaines, y compris les plus profonds.

« L'argent est une monnaie, l'or est une marchandise »

Il convient encore d'examiner avec précision : pourquoi la sagesse est-elle comparée à l'or pur ('harouts) et le discernement à l'argent ? 'Harouts signifie l'or, comme nous le trouvons en plusieurs endroits. Quelle est la différence entre l'argent et l'or ? La Guémara enseigne dans le traité Bava Metsia : « Kassa tib'a, dahava pira » - l'argent est une monnaie et l'or est considéré comme une marchandise (littéralement : des fruits). Autrement dit : lorsque vous allez faire des courses à l'épicerie, vous ne proposez pas un lingot d'or, même minuscule ; vous payez avec de l'argent. L'argent sert de moyen d'échange, tandis que l'or fait partie des biens que l'on achète avec de l'argent : avec de l'argent, je peux acheter des légumes à l'épicerie, et je peux aussi acheter des lingots d'or. L'argent est la monnaie courante, et l'or est la marchandise acquise grâce à l'argent. Cela a une incidence halakhique majeure (nafka mina) pour les lois relatives au prêt à intérêt (ribit) et pour bien d'autres questions : si le cours de la monnaie monte ou descend, si l'or prend de la valeur ou se déprécie, y a-t-il intérêt interdit ou non ? Tout dépend de cette problématique talmudique : l'or est-il marchandise ou monnaie ?

C'est pourquoi on place l'or dans des coffres ou des trésors. L'or est un bien que l'on acquiert afin de l'amasser et de le conserver, c'est un patrimoine, il n'est pas destiné aux dépenses courantes. C'est en ce sens qu'il est écrit : « Car son commerce est meilleur que le commerce de l'argent, et son produit vaut plus que l'or pur » : l'argent sert au commerce, tandis que l'or pur est semblable à la récolte que l'on engrange dans un grenier. Certes, le blé se vend aussi, mais on ne l'utilise pas directement pour acheter et vendre, il n'est pas de la monnaie ; on l'entrepose, et quelqu'un vient nous l'acheter. Il en va de même pour l'or : on le thésaurise, et celui qui veut l'acheter vous l'achètera, mais il n'est pas la monnaie qui circule de main en main. C'est là le sens de « son produit vaut plus que l'or pur » : la notion de récolte s'applique davantage à l'or pur, assimilé à une marchandise.

À partir de là, le Malbim explique : la sagesse est ce que l'homme thésaurise dans son cœur sans en faire commerce, telle une récolte que l'on consomme pour rassasier son âme. C'est à ce sujet qu'il est dit : « Acquérir la sagesse, combien cela vaut mieux que l'or pur ! » - une acquisition plus précieuse que l'or conservé dans un coffre-fort. Et pourquoi ? Parce que toute la valeur de l'or ne réside que dans ce qu'il permet d'obtenir, alors que la sagesse ne se mesure pas à ce qu'elle procure : elle constitue en soi une grandeur suprême.

En revanche - et voyez combien cela est admirable -, le discernement, dit le Malbim, est semblable à ce avec quoi l'on commerce. Car qu'est-ce que le discernement ? C'est déduire une chose d'une autre : à partir de telle loi, de telle idée, on tire une conclusion et l'on éclaire une autre notion. Il ne s'agit pas d'un savoir enfoui dans le cœur comme la sagesse, faite de principes gravés au fond de l'être parce que le Créateur du monde les a ainsi transmis, mais d'un outil d'échange et de déduction : quelqu'un énonce un principe, et l'on en déduit un nouvel élément que l'on applique à un autre domaine. C'est pourquoi le verset compare précisément le discernement à l'argent : l'argent n'a généralement pas de valeur intrinsèque, mais seulement celle des biens qu'il permet d'obtenir en échange. De nos jours, nous le comprenons encore mieux : quelle est la valeur d'un billet de cent dollars ? Ce que l'on peut acheter avec. Si demain le gouvernement américain décidait d'annuler le dollar, il ne servirait plus à rien, tout au plus à boucher une fiole. Le dollar n'a aucune valeur en soi ; tout son intérêt réside dans ce qu'il permet d'acquérir.

Il en va de même pour le discernement : sa force réside dans la manière dont on le fait fructifier - étudier telle halakha ou telle notion morale, et en déduire des applications dans des domaines où aucun enseignement explicite n'a été transmis. Et qu'acquiert-on grâce au discernement ? « Et acquérir le discernement est préférable à l'argent » : avec de l'argent, on achète des fruits et des légumes, des maisons, des champs et des vignes ; mais avec le discernement, on acquiert de la sagesse, qui est le bien le plus précieux. Par le discernement, on tire des conclusions dans la sagesse, on découvre des 'hidouchim dans la Torah et l'on dégage de nouvelles règles halakhiques grâce à la réflexion et à l'approfondissement. Il s'avère donc que c'est une monnaie que l'on peut faire fructifier bien plus efficacement que l'argent qui se trouve dans votre poche.

La voie des hommes droits - explication de Rabbénou Yona
מְסִלַּת יְשָׁרִים סוּר מֵרָע שֹׁמֵר נַפְשׁוֹ נֹצֵר דַּרְכּוֹ׃ (יז) - La route des hommes droits est de s'écarter du mal ; celui qui garde son âme préserve sa voie.

C'est de ce verset que le Ramhal a tiré le titre de son ouvrage « Messilat Yecharim » (La voie des hommes droits), car la voie frayée des hommes droits conduit à s'écarter du mal. Rabbénou Yona explique cela d'après ce que nous avons déjà appris, « la voie des hommes droits est aplanie » : un homme naturellement droit et habité par l'amour de la rectitude peut maîtriser son esprit et se conduire sur un chemin droit, et par conséquent se détourner du mal. Parce qu'il chemine sur la voie droite sans chercher de détours tortueux, de ruses ou de procédés malhonnêtes, il s'écarte du mal.

Rabbénou Yona ajoute : l'homme doit scruter l'ensemble de ses voies - où il va, comment il agit et de quelle façon il se comporte - et veiller à ne pas nourrir en lui un trait de caractère susceptible d'entraîner des fautes et des trébuchements, comme la colère. La colère pervertit toutes les voies de l'homme, car tous ses actes deviennent impulsifs, dictés par l'irritation, la rancœur et le désir de vengeance envers celui qui l'a exaspéré, ce qui engendre bien des embûches. C'est pourquoi, dès l'abord, l'homme doit prendre garde de ne point s'éloigner du Créateur, ni par des péchés, ni par de mauvais traits de caractère qui risqueraient de l'y conduire. C'est là la première étape.

Il en va de même pour un ba'al téchouva : quelle est la première mise en garde qu'on lui donne ? « Écarte-toi du mal ». On ne dit pas à une personne qui vient de faire téchouva aujourd'hui de commencer aussitôt par quatre heures d'étude. Tu enfreins le Chabbat ? Cesse de profaner le Chabbat. Tu commets telle ou telle transgression ? Cesse de la commettre. La première priorité est de le préserver de la faute. Ensuite seulement, pour progresser davantage dans le service divin, vient l'étape de « fais le bien » : se rapprocher du Créateur et parvenir à Son amour et à Sa crainte. Et c'est là le sens de « celui qui garde son âme préserve sa voie » : celui qui désire atteindre le niveau de l'amour de Hachem et de la proximité divine préserve déjà sa voie, et ce degré est bien plus élevé que celui de quiconque se borne à fuir le mal ; il veille sur sa conduite afin de ne marcher que sur le chemin du bien.

Pour les hommes droits, le principal effort, tout particulièrement au début du cheminement, consiste à s'écarter du mal, et il leur est aisé de dominer leur penchant parce qu'ils sont naturellement droits. Bien souvent, on rencontre dans les affaires des personnes qui ne trompent personne ; il se peut qu'elles ne respectent pas les mitsvot ou ignorent les Dix Commandements, mais de par leur nature, ce sont des personnes honnêtes et intègres. Certes, elles n'y parviendront pas toujours - car face à une épreuve majeure, elles risquent de faillir, d'où la nécessité des barrières et des clôtures établies par la Torah - mais chez certains, cette rectitude est innée. Et même celui qui n'est pas naturellement droit est tenu de veiller sur son âme et de préserver sa voie, de se méfier de son penchant et de marcher avec droiture. Tel est l'ordre adéquat pour l'homme à ses débuts : il doit d'abord se garder des transgressions, puis, dans un second temps, voir comment enrichir sans cesse son service de Hachem, rectifier ses traits de caractère et les élever à un degré supérieur.

Explication du Gaon de Vilna - La chaussée et la clôture

Le Gaon de Vilna explique : qu'est-ce qu'une chaussée (messila) ? C'est une route dont on a ôté les pierres, selon les termes des versets : « Frayez, frayez, dégagez la route », ou « une chaussée dans la plaine stérile ». Et les hommes droits, dit le Gaon, sont des personnes douées de discernement qui s'attachent à déblayer leur chemin et à en faire une chaussée praticable, débarrassée de pierres et d'obstacles, afin de s'écarter du mal.

Cependant, même un tel individu, même un homme droit qui examine et veille à ce que sa voie soit droite, risque de se méprendre - de croire qu'un obstacle n'est pas une pierre, et de finir par trébucher et tomber. Même celui qui rectifie sa conduite et désire agir avec droiture peut commettre une erreur. Au début de son parcours, Rabbi Akiva aperçut un corps sans sépulture (met mitsva) et le transporta sur une distance d'un mil afin de lui donner une sépulture juive ; les Sages lui dirent alors : à chacun des pas que tu as faits en portant ce mort, tu as été considéré comme un meurtrier, car tu aurais dû l'enterrer sur place, le met mitsva acquérant le lieu même où il gît. Voilà qui démontre que même un homme droit peut se tromper. Et celui qui désire préserver son âme pour ne pas en arriver à la faute « préserve sa voie » (notser darko) : il érige des barrières pour ne point tomber dans le mal. Le terme « notser » évoque une ville fortifiée ou assiégée (ir netsoura), une place gardée.

Prenons une parabole : un homme doit emprunter un chemin déterminé et on lui signale la présence de mines. L'homme droit neutralise les mines - il s'avance avec un détecteur de métaux ou fait précéder sa marche d'un engin qui repère et retire les engins explosifs. Est-il pour autant à l'abri absolu ? Pas nécessairement. Il se peut qu'il prenne un objet pour un simple morceau de ferraille alors qu'il s'agit d'une mine, ou que l'appareil ne la détecte pas, et la mine explosera - il aura commis une erreur d'appréciation. Quel est le conseil à donner à un tel homme ? Lorsque tu pars déminer, revêts un gilet blindé très lourd ou déplace-toi dans un véhicule blindé ; ainsi, même si tu commets une erreur et qu'un engin explose, tu restes protégé.

Tel est le sens du verset : « La voie des hommes droits s'écarte du mal » - celui qui déblaie la route pour en faire une chaussée de droiture s'écarte certes du mal, mais cela ne lui garantit pas qu'il ne trébuchera pas par erreur, sur un mal qu'il ignorait ou qu'il jugeait bon et qui a fini par lui porter préjudice. En revanche, celui qui désire véritablement garder son âme ne se contente pas d'enlever les pierres du chemin : il veille à être « celui qui préserve sa voie » - il s'entoure d'un blindage protecteur, de sorte que même si un accident survient, il ne soit pas atteint. Il en va de même sur le plan spirituel : lorsqu'un homme s'impose des barrières et des garde-fous, ceux-ci le préservent de toutes sortes d'erreurs, de difficultés et de dommages, car la barrière l'empêche d'atteindre ce qui est porteur de ruine.

Prenons un exemple dans le domaine spirituel. Il est des personnes attentives à la pureté du regard (chemirat ha'énayim) qui disent : « Je ne fréquente aucun lieu d'impudeur ». C'est fort louable - cela correspond à « la voie des hommes droits s'écarte du mal », car cet homme chemine là où l'indécence n'est pas à craindre. Mais même dans des endroits exempts de tout risque apparent, n'est-il pas possible qu'apparaisse soudain une vision inconvenante ? Assurément, et il risque alors d'en subir le dommage. Dès lors, qui est « celui qui garde son âme » ? Dans notre parabole, c'est l'homme qui prend soin de toujours marcher les yeux baissés. Il préserve sa voie, et sa route est protégée et gardée : même s'il parvient en un lieu où se trouve une mine prête à exploser, il demeure protégé, comme à l'intérieur d'un blindé, le regard baissé, et n'en subit aucun dommage. On distingue donc ici deux dimensions, et celui qui se protège activement est bien supérieur à celui qui se contente de s'écarter du mal.

Explication du Malbim - L'homme droit et le juste

Le Malbim explique : le « yachar » (l'homme droit) est celui qui incline naturellement vers la droiture et ne connaît pas la lutte intérieure du « tsadik » (le juste). Le « tsadik » est celui qui rend ses actes justes, dont le mauvais penchant l'attire sans cesse vers le mal mais qui le surmonte. Lorsque Yossef est sur le point d'être entraîné vers la faute et qu'il triomphe de l'épreuve, c'est précisément ce que l'on appelle un tsadik.

Soit dit en passant, c'est pourquoi celui qui se préserve des interdits de mœurs est appelé Tsadik, et l'on ne qualifie véritablement de Tsadik que celui qui en est préservé - comme Yossef HaTsadik, ou le verset « car c'est toi que j'ai vu juste devant Moi en cette génération ». Quant à ce qui est dit de Noa'h, « un homme juste et intègre » (tsadik tamim) - quelle est la différence entre juste et intègre ? Le juste l'est dans le domaine des mœurs, tandis que l'intègre l'est dans le domaine des convictions et de la foi, n'ayant suivi ni l'idolâtrie ni les doctrines vaines et corrompues. Le Beit Yossef soulève d'ailleurs une question : pourquoi est-il dit une fois « car c'est toi que j'ai vu juste devant Moi en cette génération » et une autre fois « un homme juste et intègre » ? Il répond : Noa'h a traversé deux époques. Lors de la génération du Déluge, dont le péché était que « toute chair avait perverti sa voie sur la terre » - en corrompant sa semence et en sombrant dans les dérèglements de mœurs ; face à eux, dans la mesure où Noa'h s'en était gardé, il méritait le titre de Tsadik. Mais Noa'h a également vécu à l'époque de la Tour de Babel (la génération de la Dispersion), où l'atteinte portait sur la foi - « Montons et faisons-Lui la guerre », prétendant qu'Il n'avait pas le droit de Se réserver les mondes supérieurs et de nous reléguer dans le monde d'en bas ; face à cette génération, Noa'h s'illustra par la qualité appelée tamim (intègre). C'est pourquoi, lorsque le Saint, béni soit-Il, évoque cette génération précise et lui ordonne d'entrer dans l'arche, Il dit : « Car c'est toi que j'ai vu juste devant Moi en cette génération » ; mais lorsque le texte embrasse l'ensemble de la vie de Noa'h, il déclare : « Noa'h était un homme juste et intègre dans ses générations » - dans les deux générations où il vécut, se montrant à la fois juste et intègre face à chacune d'elles. Cela dépasse un peu notre sujet immédiat, mais cette belle réflexion méritait d'être partagée.

Quoi qu'il en soit, nous avons compris ce qu'est un Tsadik : celui qui se préserve de l'immoralité. Le Malbim précise que le Tsadik mène une guerre intérieure, car tout être humain sain d'esprit éprouve une attirance vers ces désirs : « L'âme de l'homme convoite le vol et les interdits de mœurs ». Une personne pour qui l'argent ne suscite aucune envie a besoin d'aide, et de même, un individu qui n'éprouve absolument aucune attirance physique présente une anomalie. Le Saint, béni soit-Il, a doté l'homme de cette attirance afin qu'il bâtisse le monde, et celui qui parvient à surmonter cette nature est appelé Tsadik, car il s'agit d'un combat perpétuel au plus intime de son être.

En revanche, l'homme droit (le Yachar) est droit d'emblée. Il ne ressent pas d'impulsions extérieures déviantes ni de penchants qui cherchent à le submerger ; dès le départ, il n'est naturellement porté qu'à faire le bien. Il en résulte que l'homme droit bénéficie d'une voie toute tracée, selon les mots de Salomon : « La voie des hommes droits est aplanie », et c'est par cela même qu'il s'écarte du mal. Pour prendre une comparaison : chacun de nous est un « homme droit » face aux drogues dures. Nous n'avons aucune attirance pour cela et ne menons aucun combat intérieur à ce sujet. De ce point de vue, nous marchons sur une route parfaitement goudronnée, et nul besoin de nous avertir : « Prends garde, il y a peut-être un piège ! » Quel piège ? Si je vois quelqu'un consommer des stupéfiants, vais-je soudainement en avoir envie ? Je n'ai aucune pulsion de ce genre ni aucune aspiration à cela. C'est une voie frayée, et l'on y progresse sans la moindre difficulté.

Mais celui qui ne dispose pas d'une route nivelée et bien damée, et qui doit s'engager sur un sentier rocailleux, se heurte à un vrai problème. Lorsqu'on s'aventure sur une piste non goudronnée, on risque la crevaison : il y a des pierres, des clous, toutes sortes d'embûches. « Nombreux sont ceux qui le combattent pour le détourner de la voie et causer la mort de son âme », selon l'expression du Malbim. Un tel homme pourrait gémir : « Si seulement j'étais droit par nature ! Si seulement je n'avais pas ce combat intérieur incessant ! Mais je ne fais pas partie de ces hommes droits dont la voie est déjà pavée. » Quel conseil Salomon lui donne-t-il ? « Celui qui veille sur son âme garde sa voie » - ta route exige une vigilance redoublée. Sur une autoroute, on accélère sans crainte, que pourrait-il arriver ? Mais sur une piste de terre défoncée, on rétrograde et l'on avance très lentement, de peur d'accélérer, de tomber dans une ornière et de briser le véhicule. De même, celui qui n'a pas encore atteint le niveau de cette route des hommes droits, et qui reconnaît : « Je ne suis pas né droit, je suis né avec des pulsions, des désirs et la tentation de dévier du chemin », trouve sa réponse dans « garde sa voie ». Tu avances sur un terrain accidenté : fais attention, progresse pas à pas et surveille ta route, afin de ne pas t'égarer dans des sentiers tortueux et pour empêcher toutes ces tentations et ces épreuves de te faire trébucher et de te perdre.

En résumé :

Nous avons appris que l'irritation est moindre que la fureur : l'irritation du roi est semblable au rugissement d'un jeune lion - il ne faut rien lui solliciter, mais il ne poursuit pas sa victime ; en revanche, la fureur du roi dépêche des messagers de mort, et seul un homme sage sait l'apaiser, après quoi sa bienveillance revient comme la nuée portant la pluie tardive. De là découle que la faveur du roi - et en particulier la volonté du Roi des rois - ne s'achète ni par l'argent ni par l'or, mais par la sagesse, qui s'incarne dans la Torah. La sagesse a été comparée à l'or précieux, ce trésor enfoui et gardé dans le cœur, dont la valeur réside en lui-même ; tandis que le discernement (la Bina) est comparé à l'argent employé pour commercer - car c'est par lui que l'on déduit une chose d'une autre et que l'on acquiert la sagesse elle-même. Enfin, nous avons découvert l'ordre du travail intérieur : « La voie des hommes droits s'écarte du mal » - ôter les pierres et se tenir loin de la faute ; et « celui qui veille sur son âme garde sa voie » - instaurer des barrières protectrices, cheminer avec prudence et lenteur sur un terrain non nivelé, et se prémunir même là où pourrait se cacher un piège insoupçonné.